ACT I. SCÈNE VL
RANTZAU
Mais vous n'y arriverez pas ! On ne verra là- dedans que les projets d'une vengeance ou d'une ambition praticulièreo Et qu'importe à la multitude que vous vous vengiez de la reine Mathilde, votre rivale, et que par suite de cette discussion de famille, monsieur Koller obtienne une place ? qu'est-ce que c'est qu'une intrigue de cour, à laquelle le peuple ne prend point de part ? Il faut, pour qu'un pareil mouvement soit durable, qu il soit préparé ou fait par lui ; et pour cela il faut que ses intérêts soient en jeu... qu'on le lui persuade du moins! Alors il se lèvera, alors vous n'aurez qu'à le laisser faire ; il ira plus loin que vous ne voudrez. Mais quand on n'a pas pour soi l'opinion publique, c'est-à-dire la nation... on peut susciter des troubles, des complots, on peut faire des révoltes, mais non pas des révolutions ! ••• c'est ce qui vous arrivera.
LA REINE
Eh bien ! quand il serait vrai... quand mon triomphe ne devrait durer qu'un jour, je me serai vengée du moins de tous mes ennemis.
RANTZAU, souriant.
En vérité ! Eh bien ! voilà encore qui vous empêchera de réussir. Vous y mettez de la passion, du ressentiment. . . Quand on conspire, il ne faut pas de haine, cela ôte le sang-froid. Il ne faut détester personne, car l'ennemi de la veille peut être l'ami du lendemain. . . et puis, si vous daignez en croire les conseils de ma vieille expérience, le grand art est de ne se livrer à personne, de n'avoir que soi pour complice ; et moi qui vous parle, moi qui déteste les conspirations et qui par conséquent ne conspirerai pas... si cela m'arrivait jamais, fût-ce pour vous et en votre faveur,., je déclare ici à votre majesté qu'elle-même n'en saurait rien et ne s'en douterait pas.
LA REINE
Que voulez-vous dire ?
RANTZAU
Voici du monde !...