ENVIRONS DE BESANCON
Quel que soit le point culminant des environs de la ville que l'on choisisse pour but d'ascension, on aura la certitude d'avoir sous les yeux un horizon étendu et des perspectives variées, l'ombre dorée des berceaux de charmille, le velours des mousses vertes, la broderie des fougères et le serpentement argentin des clairs ruisseaux.
Chailluz, au nord, grande côte boisée, forêt patrimoniale de la ville de Besançon dès les temps du municipe romain : sur le point culminant de cette hauteur (614 mètres), au lieu dit la Dame Blanche, s'élève l'un des forts détachés les plus importants du pourtour de Besançon. De ce point, on a un cercle d'horizon complet : d'une part la vallée de l'Ognon et les collines qui bordent la Saône; de l'autre la vallée du Doubs et les divers étages des Monts- Jura; en avant, la trouée de Belfort, entre les Monts-Jura et les Vosges; en arrière, les plaines jurassiennes qui confinent à la Bresse.
Chatillon-le-Duc, contrefort de Chailluz (427 mètres) : vue magnifique sur la vallée de l'Ognon. Ancien emplacement d'un château féodal construit à la fin du
xne siècle, par le comte Othon Ier, qui voulut ainsi se créer un poste de surveillance aux abords de Besançon : les souverains de la Franche-Comté y établirent plus tard un siège de justice mixte, dit de la gardienneté, pour juger leurs contestations entre leurs sujets et les citoyens de [la ville impériale. Ce château fut détruit par les troupes de Louis XI, lors de l'occupation française de Besançon en 1478 (voy. p. 18). Les Prussiens tentèrent de s'emparer de cette position en 1870 (voy. p. 34). Depuis, on y a construit un fort qui, en cas de siège, protégerait les salines de Miserey et d'Auxon, alimentées par une mine de sel gemme, pressentie et trouvée, en 1867, par Farchitecte Delacroix.
Mont de Bregille (442 mètres) et Beauregard (3 63) : belle vue de Besançon, de sa banlieue et deson pourtour stratégique. — Beauregard avait été le point choisi par Crocus, roi des Vandales, en 407, pour menacer Besancon : de* là le nom de Mons Vandalorum, ou Mont Mandelier, donné à cette hauteur (voy. p. 8) : les archevêques eurent en "ce point un château fort, qui fut démoli parla commune en 1445 (voy. p. 17). — Bregille {nommée Dorcaîonge à |l'époque celtique) fut le lieu de campement de Rodolphe de Habsbourg en 1289 (voy. p. 14); les Autrichiens y établirent une batterie en 18 14 pour tirer sur la ville (voy. p. 33). Un fort couronne chacune de ces hauteurs (voy. p. 186).
Montfaucon (6 1 1 mètres) : vue d'ensemble de la
chaîne du Lomont, dont la citadelle de Besançon est le premier gradin ; aspect des trois autres étages des Monts- Jura et de quelques cimes des Alpes. Le nom de cette montagne {Mons Falconis) lui vient d'un seigneur surnommé Falco, qui possédait au xie siècle le castel situé sur un ressaut du versant qui regarde le Doubs. « Cent vingt villages, dit Frédéric de Gingins, dépendaient de la mouvance du château de Montfaucon, et les fiefs de la maison de ce nom, presque souverains dans les montagnes du Jura, s'étendaient depuis les portes de Besançon jusqu'aux limites du val de Morteau et même au delà, dans le val de Ruz et la seigneurie de Valangin. » La maison de Chalon-Arlay recueillit ces domaines vers la fin du xive siècle. Le château de Montfaucon fut saccagé par l'armée de Louis XI, en 1477 (voyez p. 18); les ruines qui en subsistent sont encore imposantes. Sur le point culminant de la montagne,, un fort avait été ébauché pendant la guerre francoprussienne ; depuis, on en a construit un autre, qui est l'un des principaux ouvrages défensifs du pourtour de
Chapelle-des-Buis (493 mètres) : chemins celtiques du plateau de Trôchatey (Rétro Castrum, c'est-à-dire derrière la citadelle) ; terrasse de la chapelle (voy. p. 177), d'où l'on a une très belle vue sur la citadelle et les montagnes qui lui font escorte. En gagnant la ligne des crêtes de Fontain, parallèles à la colline des Buis, on a un aspect de la région dite la moyenne
montagne : au premier plan le marais de Saône, avec ses tourbières ; à l'horizon la grande montagne de Poupet, la côte Belin, Montmahoux, le plateau d'Amancey, la roche d'Hautepierre; entre les deux plans, le château féodal de Montrond, démantelé par le maréchal de Luxembourg en 1674 ; les côtes de Mamirolle et la plate-bande boisée qui suit la rive gauche du Doubs.
Arguel (507 mètres) : crête déchiquetée dans la manière alpestre, ayant vers son milieu une sorte de bastion naturel qui servait d'assiette à un château féodal. La famille^qui possédait cette forteresse avait pour emblème héraldique une comète : elle dut néanmoins céder son nid d'aigle à la maison de Chalon, qui, déjà pourvue du château de Montfaucon, se trouva maîtresse de deux des clefs du territoire de Besançon. Dès que le grand Condé eut fait capituler cette place, en 1668, il donna l'ordre de détruire le château d' Arguel : ce qui fut exécuté immédiatement. Quelques bases de tours et des restes de casemates rappellent l'existence du château, remplacé aujourd'hui par deux forteresses qui lui font face sur la colline de Fontain. Sur le versant de la crête d'Arguel qui regarde le Doubs et dans la direction du village de Larnod, une saillie de rocher, qui ressemble beaucoup à un gigantesque fauteuil, se nomme la Chaise: son intérieur est une caverne qui fut jadis habitée par un ermite, car on y a taillé un autel avec une niche pour sacraire. On y pénètre en se laissant glisser dans
un couloir presque vertical : de l'intérieur on a une belle vue sur la vallée du Doubs.
Planoise (494 mètres) : magnifique vue sur le cours inférieur du Doubs et sur les montagnes qui déterminent les méandres de cette rivière. Beaucoup de ces montagnes étaient couronnées de châteaux : Avanne contrefort de Planoise (faibles restes d'un castel) ; Montferrand (intéressantes ruines) ; Thoraise, château restauré, (curieux escalier en balcon du xvie siècle); Torpes (château reconstruit, arbres splendides) ; Abbans-Dessus (château féodal conservé).
Chaudane (419 mètres). Le nom de cette montagne dérive du composé celtique Caledunum, qui signifie montagne à pic, et c'est en effet le caractère du versant de Chaudane qui regarde Besançon. De la plate-forme qui règne devant le fort Chaudane, on a une vue de Besançon en quelque sorte à vol d'oiseau : l'œil se promène dans la plupart des rues de la ville et l'oreille perçoit nettement les bruits qui s'y produisent.
Mont-Boucon (371 mètres). Cette colline fait barrière entre deux cols qui donnent passage aux routes de Gray et de Langres. Un col se disait en latin bucca (bouche) : de là le nom de Mont-des-Bouches ou Mont- Boucon. On a de cette hauteur un assez beau coup d'oeil sur les sommets de la chaîne du Lomont. Un groupe de tombelles gauloises se trouve sur le versant
qui regarde le village de Pirey. Il serait permis de supposer que ces sépultures résultent d'une action militaire, car les envahisseurs arrivèrent fréquemment par ce côté, et comme, dans ces circonstances, c'était Pirey qui donnait le plus souvent le signal d'alarme, un dicton populaire rappelait ainsi ce lamentable souvenir :
C'est toujours à Pirey qu'on sonne!