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CHAMP-DE-MARS

Ce terrain, que les chartes latines appellent Campus Martis, que le populaire nomme depuis longtemps Chamars, est situé au sud-ouest de notre ville. Il formait, au moyen âge, un quartier à peine habité qui était compris entre le cours du Doubs et les rues du Porteau, du Perron, Saint- Vincent (actuellement Mégevand), du Lycée et des Bains du Pontot. Toute la partie qui avoisine la rivière n'est devenue praticable que depuis son aménagement en promenade : au moyen âge, c'était une sorte de marécage; à l'époque antique, ce devait être un groupe d'îlots. Le Champ-de-Mars romain ne pouvait donc comprendre que la zone actuellement' située entre la rue Saint-Vincent et la rue Neuve ou Charles Nodier.

Les annales antiques de ce coin de terre ont été révélées par les fouilles qui y ont été faites entre les années

1840 et 1847, pour la fondation des bâtiments de l'arsenal d'artillerie.

Ce qui devint le Champ-de-Mars avait commencé par être le cimetière de Vesontio. C'était là qu'on amenait les cadavres et que s'accomplissaient les cérémonies funèbres. On a retrouvé encore en place Yustrinum, bloc de grès sur lequel on brûlait les morts, encadré par de petites murailles. Tout le sol environnant était couvert de dépôts cinéraires renfermés dans des amphores en terre cuite, avec des monnaies et des objets votifs ; le plus curieux de ces objets est un couteau triangulaire en bronze, portant en gravure sur l'une des faces de sa lame l'inscription : SVADVRX. V. S. L. M. Non moins intéressants sont des boutons d'uniforme représentant des divinités gauloises ou des têtes d'empereurs romains du Ier siècle. De grands encaissements en bois avaient reçu les ossements des animaux brûlés pendant les funérailles de leurs maîtres. Les monnaies romaines de ce cimetière ne dépassent pas le règne de Claude, et les boutons offrent comme plus récente image celle de l'empereur Néron.

On sait le rôle important que joua la Séquanie dans l'insurrection gauloise qui précéda la chute de ce détestable monarque. En retour de cette conduite, l'empereur Galba combla notre province de faveurs.

Devenue maîtresse de ses destinées urbaines, en même temps que chef-lieu politique d'une importante province, Vesontio dut créer un Champ-de-Mars en rapport avec cette situation nouvelle. Au moyen d'un remblai

établi par-dessus le cimetière, on transforma celui-ci en une place publique où eurent lieu désormais, à l'imitation de ce qui se passait à Rome, les exercices militaires ainsi que les assemblées législatives et électorales.

Au Champ-de-Mars de Rome, ces réunions étaient abritées par un immense bâtiment dans lequel chaque classe de citoyens avait son parc distinct ; on appelait cet édifice Ovile ou Septa. Dès la seconde moitié du 11e siècle, la municipalité de Vesontio construisit un Ovile au centre de son Champ-de-Mars.

Ce monument consistait dans une cour circulaire de 80 mètres de diamètre, avec une galerie couverte régnant tout autour. A cette précinction d'une architecture très simple, était adossée une estrade de 30 mètres de long, qui dominait la cour. Une façade horizontale, tournée vers l'est, avait pour ouverture deux couloirs, l'un d'entrée et l'autre de sortie, séparés par une logette qui avait un front de 13 mètres sur l'intérieur de l'édifice. Des murs de refend obliques divisaient la galerie en sept espaces inégaux, destinés, selon nous, aux élections partielles des sept tribus que renfermait Vesontio et qui reparurent, comme une institution traditionnelle, dans l'organisation communale du moyen âge.

Des bâtiments annexes, qui s'appuyaient à l'ouest contre l'enceinte extérieure de notre Ovile, pouvaient être les analogues du Diribitorium et de la Villa publiai, où se faisaient, à Rome, la récapitulation des votes, les opérations du recrutement et la répartition du cens.

Au sud existait une riche demeure, dont la pièce

principale, pavée en mosaïque, se terminait par l'un de ses bouts en manière d'abside : là furent rencontrées une cornaline représentant Mars et Vénus, ainsi qu'une jambe de forte statuette en bronze du plus bel art. Tout indiquait en cet endroit un sanctuaire, vraisemblablement l'autel de Mars, encadré par les habitations des pontifes qui le desservaient.

Le Champ-de-Mars de Rome était peuplé d'effigies d'hommes célèbres. Cette décoration semblait avoir été reproduite dans le nôtre, car on y a rencontré un titulus de buste ou de statue qui porte en caractères de haut style les mots Vublius CORNELIV^ SCIPb.

De même que les canaux de la source dite Virginale aboutissaient au Champ-de-Mars de Rome, pour se déverser dans le Tibre, de même ici la source d'Arcier, après avoir abreuvé la ville, venait perdre ses eaux dans un magnifique cloaque qui passait sous notre Ovile et se prolongeait jusqu'au Doubs.

AMPHITHEATRE ou ARÈNES

Cet édifice, qui servait à donner en spectacle des combats de gladiateurs et des chasses d'animaux sauvages, était situé en dehors de la presqu'île de Vesontio, non loin de la rive droite du Doubs, dans la direction du sud-ouest. Seul, parmi nos grands édifices romains, il avait donné son nom à tout un quartier de la ville : la principale rue de ce quartier n'a cessé de s'appeler rue d'Arènes. Une rue qui s'embranchait verticalement sur

la précédente s'appelait naguère encore rue du Péteur, dénomination qui traduisait en langage vulgaire, malséant même, le vieux mot Posiicum : or, il est notoire que, dans les amphithéâtres, la porte dite Postica était celle par laquelle on introduisait les bêtes fauves et les gladiateurs dans l'arène.

Par les indications de Jean-Jacques Chiflet, qui datent de 1618, on tenait pour certain que l'amphithéâtre de Vesontio avait son grand axe dirigé du nord-est au sud-ouest. D'après le même écrivain, la longueur du petit axe avait été d'environ cent mètres. L'édifice se serait ainsi rapproché des majestueuses proportions que présentent les amphithéâtres d'Arles et de Nîmes.

En 1678, lors du creusage d'un fossé vaste et profond qui fit disparaître tout ce qui pouvait rester de l'arène proprement dite et des gradins de son entourage, « on vit , dit un témoin oculaire , comme sortir du sein même du rocher cinq ou six arcades du premier ordre de notre amphithéâtre : les piliers en paraissaient encore à la hauteur de quatre à cinq pieds; ils sont faits de pierre d'une grosseur qui n'était ordinaire qu'à l'architecture romaine. »

Dans un creusage pratiqué, en 1863, vers l'angle que fait la caserne d'Arènes à l'entrée de la rue- Thiémanté, on rencontra quelques fragments provenant de la démolition de l'amphithéâtre : c'étaient deux bases de colonnes engagées et un fragment de base, tous trois à double tore et répondant à un module d'un mètre, plus un tambour à peu près entier de 93 centimètres de diamètre.

On ne possédait pas d'autres traces matérielles de l'amphithéâtre, quand, au mois de juin 1885, l'abaissement du talus de la courtine de la fortification, derrière la caserne d'Arènes, fit réapparaître, avec la petite chapelle de Saint-Jacques hors les murs, les restes, signalés jadis par Chiflet, des précinctions de l'édifice antique. De concert avec M. Ducat, je me mis en campagne pour obtenir la préservation de ces vestiges par leur encadrement dans un square analogue à celui qui met en évidence les débris de notre théâtre romain.

Ces démarches reçurent bon accueil : le Conseil municipal de Besançon et le Conseil général du Doubs fournirent les subsides nécessaires au dégagement des vestiges retrouvés, et le génie militaire adhéra au projet d'établissement d'un square archéologique derrière la caserne d'Arènes. La réalisation de ce projet se trouve encore subordonnée à la démolition d'un ouvrage du corps de place qui recouvre un important fragment de l'amphithéâtre.

La portion actuellement dégagée appartenait au quart méridional du pourtour qui entourait l'ovale de l'arène. Dix murs d'égale longueur y sont disposés comme les rayons d'une roue qui serait ovale, autour d'un moyeu elliptique. Ces murs, dont les têtes sont alignées suivant une courbe, avaient été reliés par des voûtes qui se reproduisaient aux divers étages de l'édifice et épaulaient les descentes gradinées où s'asseyaient les spectateurs. Au delà des têtes de murs, règne un couloir, ou ambulacre, bordé sur sa rive supérieure par la

muraille d'une précinction. Celle-ci est formée de deux murs parallèlement courbes, dans l'intérieur desquels sont des cloisons : le tout s'élevait à une certaine hauteur, avec des raccordements en berceaux, pour procurer un balcon, puis une dernière zone de gradins. Le second mur de la précinction est soudé à un blocage perpendiculaire qui était revêtu d'un paravent en gros appareil et formait un socle élevé tout autour de l'arène : c'était le podium, destiné à préserver les spectateurs de l'atteinte des bêtes fauves.

Parmi les décombres qui obstruaient l'un des deux passages ménagés dans le morceau de précinction découvert, on a rencontré un casque militaire de l'époque romaine, dont M. Vaissier a très habilement rajusté les morceaux.

L'autre percée est sous une voûte dont l'une des coupes montre encore un bel arc composé de longs et minces claveaux. On passe sous cette voûte, pour se rendre, depuis l'ambulacre, à la chapelle que l'on appelait Saint-Jacques hors les murs.

Cette chapelle, greffée sur l'une des précinctions actuellement survivantes de l'amphithéâtre, est déjà mentionnée, dans une bulle pontificale de 1120, parmi les dépendances de l'église Sainte-Madeleine : elle était le centre du cimetière de cette importante paroisse. La gracieuse petite nef qui nous est restituée remonte seulement à l'année 1301. Sous cette construction est une crypte, organisée dans un couloir voûté de l'amphithéâtre : deux squelettes de femmes y sont encore cou-

chés. Sur chacune des quatre dalles qui pavent la chapelle au-dessus de ce caveau, on avait esquissé au pinceau le portrait à mi-corps et les mains jointes d'une personne défunte. Entre le seuil de la chapelle et ces dalles, trois rangs de beaux carreaux émaillés, remontant au début du xive siècle, formaient une décoration variée. Deux types de ces carreaux ont des légendes circulaires dont chacune indique un nom de fabricant. Les murs de la chapelle avaient été décorés de figures grossièrement esquissées au pinceau : sur Y intrados de l'arcature du fond on avait représenté l'Ascension du Christ. La paroi du nord montrait une image votive où on semble lire en caractères gothiques la date de 1353. Plusieurs pierres tumulaires avaient été remisées dans la chapelle ; deux, qui sont à peu près intactes, portent des images gravées au xive siècle; elles ont été dressées pour servir à la décoration de Pédicule.

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