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TEMPS MODERNES

Louis XI mort, les États de Franche-Comté, réunis à Besançon par emprunt de territoire, reconnurent comme souverain de la province le nouveau roi de France Charles VIII, fiancé à la petite-fille de Charles le Téméraire. Mais ce prince ayant épousé Anne de Bretagne, les Comtois se regardèrent comme déliés envers la France. Maximilien d'Autriche, père et tuteur des enfants de Bourgogne, vint reconquérir la Franche- Comté. Besançon, ville impériale, dut lui ouvrir ses portes : il y fit son entrée le 21 décembre 1492, vers cinq heures du soir, à la lueur des torches, sous un dais en drap d'or porté par quatre des gouverneurs, et prit logis au palais archiépiscopal. Il était accompagné de plusieurs princes allemands et avait une escorte de mille chevaux. Le gouvernement municipal lui offrit cent muids de vin et cent moutons gras. Après avoir confirmé la cité dans ses privilèges, il partit la veille de Noël pour aller passer cette fête au château de Montrond (1483-1492).

Maximilien, devenu empereur, gouverna la Franche- Comté jusqu'à la majorité de son fils Philippe. Ce prince, uni à l'héritière des Espagnes, mourut âgé de vingthuit ans, laissant pour lui succéder un enfant de cinq ans, le futur Charles-Quint. Marguerite, tante de cet enfant, fut créée souveraine de la Franche-Comté pour la durée de sa vie, et gouvernante des Pays-Bas pendant la minorité de son neveu. Cette princesse autorisa la réunion dans la province d'une armée de Suisses et d'Allemands, forte d'environ 30,000 hommes, destinée à assiéger Dijon. Pendant huit jours, cette armée campa autour de Besançon, et la ville dut lui fournir les vivres nécessaires à son alimentation (1494-15 13).

Ainsi se nouèrent des relations qui bientôt aboutirent à un traité de combourgeoisie entre la ville de Besançon et les trois villes \de Berne, Fribourg et Soleure. Cette alliance ne fut pas vue d'un bon œil par le gouvernement de la province, car Besançon devait s'en autoriser pour accueillir dans ses murs quelques adeptes du protestantisme. Or, il importait grandement au souverain de la Franche-Comté que la république bisontine vécût en communion de principes avec la province dont elle était la principale forteresse. Pour obtenir ce résultat, Charles-Quint employa successivement l'habileté de Laurent de Gorrevod, grand maître de sa maison, et celle de son garde des sceaux, Nicolas Perrenot de Granvelle, qui construisit à Besançon une demeure princière. Non seulement la commune résilia son traité de combourgeoisie avec les Suisses, mais elle élimina de

son conseil ceux qui pactisaient avec les nouveautés religieuses. Simon Gauthiot d'Ancier, que l'on avait surnommé pendant dix ans le petit empereur de Besançon, fut contraint de s'exiler, tandis que son fidèle agent, le secrétaire Lambelin, était décapité devant l'hôtel de ville (1518-1538).

La docilité de la commune avait été achetée par des concessions fructueuses pour elle. A l'instigation du garde des sceaux Granvelle, une compagnie de Génois vint établir à Besançon des foires financières qui, abolies lors de la reprise des guerres, furent transportées à Plaisance, où elles continuèrent à s'appeler Feria di Bisanzpne. La ville reçut en outre le privilège de frapper des monnaies de tout métal, marquées d'un côté à ses armoiries, de l'autre à l'effigie de Charles-Quint C1).

La famille de Granvelle peuplait d'œuvres d'art et de livres précieux son palais de Besançon ; de plus, elle instituait dans la ville un collège qui n'eut pas une longue existence, mais qui suffit pour éveiller chez les Bisontins le désir persistant de posséder un centre d'études. La ville garda un profond souvenir de tous ces bienfaits : dix ans après, le conseil communal érigea dans la façade de l'hôtel de ville un groupe en bronze figurant l'apothéose de ce monarque (153 5-1 568).

(1) Pour rester dans la lettre du privilège qui lui avait été concédé, la municipalité de Besançon perpétua sur les monnaies l'effigie de Charles- Quint avec les dates qui arrivèrent à être postérieures de plus d'un siècle à la mort de ce monarque. On en connaît une de 1673 dans la collection de M. Roy, à l'Isle-sur-le-Doubs.

Le gouvernement municipal de Besançon était alors à l'apogée de son développement : essayons d'en esquisser rapidement le mécanisme.

La ville de Besançon était, de temps immémorial, divisée en sept quartiers qui avaient chacun un étendard avec armoiries distinctes et tiraient -de là le nom de bannières.

Ces armoiries, qui se voient sur les jetons de comptabilité communale et sur les pièces d'honneur offertes annuellement aux membres de la municipalité par le maître des monnaies de la ville, étaient les suivantes :

Saint-Quentin : d'or à l'aigle éployée de sable. C'était le blason que le moyen âge attribuait à l'empire romain et que l'empire germanique avait ressaisi. Si la bannière de Saint-Quentin avait adopté ce blason suzerain de la ville, blason qui passait en même temps pour l'emblème des empereurs de Rome, c'était vraisemblablement pour symboliser la préséance qu'elle avait sur les autres circonscriptions, peut-être aussi pour se flatter de ce qu'elle possédait le plus apparent des monuments romains de Vesontio, la Porte-Noire.

Saint-Pierre : de gueules à la clé d'argent posée en pal. La clé est, comme on le sait, l'attribut caractéristique du patron de l'église dont ce quartier tirait son nom.

Chaînais : de gueules à la clé d'argent mise en pal et surmontée d'un croissant d'or, parti d'azur à quatre croissants d'or posés en pal. — Une portion de la bannière de Chamars était de la paroisse Saint-Pierre : d'où

la clé qui' figure dans le blason de ce quartier. Quant aux croissants d'or, faut-il, avec le bénédictin Dom Berthod, les considérer comme des images altérées du bouclier lunaire que les Romains appelaient pelta, et voir dans leur présence une allusion aux exercices militaires dont le quartier de Chamars, le Campus Martis de l'époque romaine, avait fourni l'emplacement ?

Le Bourg : de gueules au 'griffon d'or. — Ce quartier, très fréquemment appelé le Maisel, à cause des grandes boucheries qui y existaient, avait eu toute raison de prendre pour symbole le plus carnassier des animaux fantastiques.

Battant : coupé d'argent et de gueules. — Ces couleurs sont celles de la maison impériale d'Autriche : le quartier populeux de Battant avait fort bien pu, en un jour d'enthousiasme officiel, adopter pour emblème la livrée des» suzerains de la ville.

Charmont : de gueules à la croix fleufonnée d'or. — Ce quartier renfermait une grande église qui était le centre paroissial des trois bannières de la rive droite du Doubs : de là, très probablement, la croix dont on avait fait son emblème.

Arènes : de gueules au lion rampant d'or accosté de deux coquilles d'argent. — Ce quartier tirait son nom de l'arène d'un amphithéâtre romain, aux ruines duquel aboutissait sa principale rue ; il était de plus en possession d'un hôpital fondé au xne siècle sous le vocable de Saint-Jacques; dans ses armorie , le lion rappelait les combats de fauves autrefois livrés sur l'arène de

l'amphithéâtre, tandis que les coquilles symbolisaient les pèlerins qui recevaient l'hospitalité dans les mêmes parages.

Tous les ans, le jour de saint Jean-Baptiste (24 juin), après une messe du Saint-Esprit célébrée à l'église de Saint-Pierre, chaque quartier élisait, au scrutin secret, quatre notables. Dans l'après-midi du même jour, les vingt-huit notables ainsi élus se rendaient à l'hôtel de ville, choisissaient parmi eux le président et procédaient à l'élection de quatorze gouverneurs qui devaient exercer le pouvoir exécutif pendant un an. Les notables avaient la faculté d'ajourner plus ou moins longtemps le dépouillement de ce scrutin, et tant que durait l'interrègne, c'est-à-dire généralement pendant une huitaine, c'était à eux qu'appartenait le gouvernement de la chose publique.

Les quatorze gouverneurs ayant été proclamés, les notables en assignaient deux à chaque quartier. Le corps des gouverneurs n'avait pas de président annuel : chaque semaine, à tour de rôle, un nouveau membre occupait le fauteuil. Les notables, au contraire, conservaient toute Tannée le président qu'ils avaient élu.

Les gouverneurs étaient souverains en matière d'administration et de police communales. Ils instruisaient les procès de toute nature, les jugeaient avec l'assistance du juge que le souverain de la province entretenait dans la cité, puis faisaient prononcer et exécuter leurs sentences par l'une des trois cours de justice concurrentes qui existaient à Besançon, la régalie, la vi-

comté et la mairie ; ces sentences étaient définitives en matière criminelle, et en matière civile elles ne pouvaient être réformées que par le conseil aulique de l'empereur d'Allemagne, suzerain de la cité.

Aux notables appartenait l'inspection permanente de leurs quartiers respectifs sous le rapport de la voirie et sous celui de la salubrité ; ils dénonçaient les délits aux gouverneurs, qui en faisaient justice. Réunis en assemblée, les vingt-huit notables avaient droit de remontrance sur les actes du pouvoir exécutif, et celui-ci ne pouvait pas leur refuser audience pour entendre leurs observations ; ils étaient les organes du populaire auprès du gouvernement. On les appelait au conseil chaque fois qu'il s'y traitait une question de haute importance ou que l'on y jugeait une cause criminelle de quelque gravité. S'il s'agissait de légiférer ou d'intervenir dans la politique extérieure, on mandait en outre les anciens gouverneurs, c'est-à-dire ceux des citoyens qui avaient été honorés une ou plusieurs fois du mandat gouvernemental.

A partir de l'année 1660, il y eut une deuxième catégorie de notables, portée au nombre de quarante-deux, c'est-à-dire de six par bannière. Ce groupe supplémentaire n'était réuni aux autres que quand il s'agissait de guerre ou de politique. Alors les délibérations de l'hôtel de ville étaient promulguées au nom des quatre compagnies.

Le conseil, en assemblée plénière, ne reconnaissait d'autorité supérieure à la sienne que celle de l'empereur

d'Allemagne, suzerain de la cité : aussi le roi d'Espagne Philippe II, souverain de la Franche-Comté, dut-il recourir à l'entremise de deux commissaires impériaux pour faire exercer dans la ville une persécution religieuse. A la requête du comte de Montfort et du baron de Bohviller, délégués à cet effet, une foule de citoyens dénoncés comme protestants furent arrêtés ; on en pendit quelques-uns et l'on bannit le plus grand nombre ; la plupart de ceux-ci se réfugièrent en Suisse ou à Montbéliard. Au bout de deux ans d'exil, ils se massèrent pour pénétrer de force dans la ville. Entrés par le Doubs au moyen de petites barques, ils s'étaient retranchés sur le pont, quand l'alarme fut donnée. L'archevêque Claude de la Baume et le gouverneur de la province François de Vergy montèrent à cheval pour les refouler : on leur coupa la retraite en abaissant la herse d'une porte par où ils voulaient fuir et il n'y eut pour eux ni pitié ni merci. On les déclara proditeurs, et leurs biens furent confisqués au profit de la ville. En mémoire de cet événement décoré du nom de délivrance, le conseil communal arrêta qu'une procession aurait lieu chaque année le 21 juin au tombeau des saints apôtres Ferréol et Ferjeux ; cette procession n'a cessé de se faire qu'en

Ce fut encore la politique d'intolérance de Philippe II qui amena le roi de France Henri IV en Franche-Comté avec une armée de vingt-cinq mille hommes. Il se présenta devant Besançon, voulant uniquement tendre la main à cette ville pour en recevoir un petit secours

d'argent ; il se contenta de 30,000 écus, dont 27,000 seulement lui furent payés (1595).

La ville de Besançon demeura tributaire du fanatisme religieux de l'Espagne ; et comme elle n'avait plus d'hérétiques dans ses murs, les agents de persécution s'attachèrent à y découvrir des sorciers et des sorcières. Le populaire crut aisément que ces malheureux hallucinés étaient les auteurs des pestes qui sévissaient fréquemment dans la ville ; il n'en fallut pas davantage pour que le conseil communal déclarât dignes du bûcher la plupart de ceux que lui dénonçait l'inquisition. C'était à Chamars que l'on faisait ce genre iïautodajés ; le patient était généralement étranglé avant d'être livré aux flammes. Plus de deux cents de ces exécutions eurent lieu pendant la première moitié du xviie siècle.

Cependant la France, sous les Bourbons, ambitionnait de réunir à son domaine tous les territoires qui avaient fait partie de l'ancienne Gaule. La Franche- Comté, avec sa puissante barrière des monts Jura, était un morceau particulièrement enviable, et Richelieu ne demandait qu'un prétexte pour y porter la guerre. La Franche-Comté et la ville de Besançon eurent la généreuse maladresse de fournir ce prétexte; elles ne crurent pouvoir refuser asile à Gaston d'Orléans, frère du roi de France, et au duc Charles IV de Lorraine, l'un et l'autre sous le coup de la haine implacable du cardinal de Richelieu. La province, considérée dès lors comme coupable d'une violation de neutralité, fut, pendant dix ans. en proie à la guerre, a la peste et à la famine; les

neuf dixièmes de ses habitants périrent. La cavalerie française avait incendié le village de Saint-Ferjeux, aux portes de Besançon, et le farouche Weymar était venu reconnaître cette place que pourtant il n'avait pas osé attaquer (1631-1642).

Une suspension d'hostilités finit par être accordée à la province, la ville de Besançon comprise, moyennant paiement à la France d'une contribution annuelle de 120,000 livres. Cet arrangement fut négocié par un des citoyens distingués de Besançon, le poète Jean Mairet, auteur de la première tragédie française régulièrement construite. Bientôt après, la diète de Ratisbonne stipulait que le protectorat de Besançon, qui appartenait à l'Empire, serait échangé contre la forteresse de Frankenthal que détenait l'Espagne. Pour la ville de Besançon, c'était la perte de son autonomie et l'annexion de son territoire à la Franche-Comté. Elle demanda et obtint comme compensation un district de cent villages à ajouter à sa banlieue, une chambre de justice égale en autorité au Parlement de Dole, la promesse d'une Université entretenue par le trésor royal d'Espagne (1649- 1665).

Pendant ces arrangements, le roi d'Espagne Philippe IV mourait, et Louis XIV, son gendre, prétendait recueillir dans sa succession les Pays-Bas et la Franche- Comté. Des intrigues avaient été nouées dans cette province pour y paralyser tout sentiment de résistance : aussi la place de Besançon se rendit-elle sur une simple sommation du grand Condé. Le vainqueur se hâta de

mettre la main sur l'artillerie municipale et fit sauter le château d'Arguel, voisin de la ville. D'après les plans de Vauban, alors simple lieutenant aux gardes, on commença la construction d'une citadelle sur la montagne où s'élevait la basilique de Saint-Etienne (1665-1668).

Au bout de trois mois, le traité d'Aix-la-Chapelle restituait la Franche-Comté à l'Espagne. L'allégresse fut grande dans la province, car les allures tranchantes de l'administration française avaient froissé bien des amours-propres. Tous ceux qui avaient préparé les voies à la conquête furent expulsés comme traîtres au pays : la reconduite qui leur fut faite à Besançon eut le caractère d'une véritable émeute. Le sentiment public se modifia lorsque le prince d'Aremberg , institué gouverneur par l'Espagne, supprima le Parlement de Dole, qui fut remplacé par une chambre de justice, établie à Besançon, et obligea enfin cette dernière ville à continuer les fortifications commencées par Vauban (1668- 1674).

Ces travaux de défense permirent de soutenir un véritable siège, lorsque Louis XIV vint présider à une seconde et définitive conquête de la Franche-Comté. Ce monarque établit son quartier général à Saint-Ferjeux ; le duc d'Enghien commandait les troupes d'investissement, et les attaques étaient dirigées par Vauban. La ville était défendue par une garnison de 2,500 soldats et par un nombre à peu près égal de citoyens ou villageois armés. Le commandement de ces troupes avait été attribué au prince de Vaudémont, fils du duc de

Lorraine Charles IV et de la belle Franc-Comtoise Béatrix de Cusance. Sous la protection d'une batterie placée au sommet de Chaudane, les Français ouvrirent une tranchée contre les murailles de Chamars; ils en dirigèrent une seconde contre le bastion d'Arènes ; un boyau de communication relia bientôt ces deux cheminements. Repoussés dans un assaut de nuit qu'ils avaient tenté à Chamars, les assiégeants firent rage contre le bastion d'Arènes. La brèche, en cet endroit, devenant accessible à la cavalerie, force fut à la ville de souscrire une capitulation analogue à celle de 1668. La citadelle toutefois n'était pas prise : le prince de Vaudémont s'y retira avec les troupes régulières. Les batteries de Chaudane et de Bregille, qui dominaient cette forteresse dépourvue de flanquements, y firent pleuvoir les projectiles : la basilique de Saint-Etienne fut ruinée par une explosion de poudres emmagasinées dans cet édifice. Enfin Vaudémont accepta une capitulation des plus honorables. Le double siège avait duré vingt-sept jours. Louis XIV voulut visiter les ruines de la citadelle et descendre à pied jusqu'à la cathédrale de Saint-Jean pour y faire chanter un Te Deum (1674).

Dans la capitulation accordée à la ville, il y avait eu des réserves concernant les privilèges de ses habitants ; mais le gouvernement centralisateur de Louis XIV devait faire bon marché de ce genre de stipulations. Tout fut refondu dans la province en matière d'administration, de justice et de fortifications. Besançon, fortifié d'après les plans de Vauban, devint la capitale de la Franche-

NOTRE HISTORIQUE. 3l

Comté, en même temps que l'un des boulevards de la défense de la France. Dole se vit enlever successivement, au profit de ce nouveau centre, le gouvernement militaire, le Parlement, l'Université et la Monnaie royale; il ne lui resta que la Chambre des comptes. Mais Besançon paya cher ces apparentes faveurs : chaque translation fut achetée par une somme énorme applicable aux fortifications. Il fallut encore que la ville procurât des logis aux principaux fonctionnaires. Le Champ de Mars fut confisqué par l'autorité militaire, et les citoyens supportèrent des impôts écrasants pour se racheter, en bâtissant des casernes, de l'obligation qui leur incombait de loger les gens de guerre (1676-1711).

A l'ancienne forme du gouvernement municipal, la France substitua, dès 1676, une organisation analogue à celles qui régissaient les autres villes du royaume, c'est-à-dire un maire ayant la qualité de vicomte, trois échevins et seize conseillers de ville. Le maire et les échevins durent être annuellement élus par le conseil, auquel vinrent s'adjoindre deux conseillers au Parlement et dix-huit notables; on renouvelait en même temps un quart, c'est-à-dire quatre des conseillers de ville. Déplus, en 1692, le trésor royal étant obéré, les offices municipaux des villes furent érigés en charges vénales qui devinrent la propriété viagère de ceux qui en soldaient la valeur. A la mort de chacun d'eux, le successeur élu remboursait à la famille du défunt le capital primitivement versé. A partir de 1760, le corps électoral de l'hôtel de ville n'eut plus le droit d'élire directe-

ment le chef de la municipalité : il ne servit plus qu'à établir annuellement une liste de candidats à proposer au choix du pouvoir royal. Une petite juridiction de police avait été attribuée au maire ; mais au criminel elle était concurrente avec celle du bailliage, et au civil avec celle de l'ancienne vicomte et mairie (1676-1760).

En échange de ses libertés perdues, Besançon obtint une situation politique normale et le bénéfice d'être associé à la plus généreuse des grandes nations. Les sciences, les lettres et les arts, que les Comtois ne pouvaient cultiver jadis qu'à la condition de s'expatrier, prirent rang dans les préoccupations du pays lui-même. Le vieil esprit franc-comtois, estimable mélange de rustique droiture et de causticité souvent paradoxale, se réfugia dans le Parlement de Besançon : aussi cette compagnie fit-elle souvent une opposition systématique aux idées françaises. A la veille de la Révolution, elle se signala par son hostilité aux mesures libérales édictées par Louis XVI : deux de ses membres eurent leurs maisons pillées. La force armée commandée par le comte de Narbonne, ami du ministre Necker, évita d'empêcher le mouvement populaire de suivre son cours (1711-1789).

Lors des grandes réformes décrétées par l'Assemblée nationale, Besançon devint le chef-lieu du département du Doubs et le siège de l'évêché métropolitain de l'Est. L'agitation révolutionnaire provoquée dans cette ville par la visite des représentants du peuple Bassal et Bernard de Saintes eut pour conséquence d'y faire détruire

la plus grande partie des œuvres d'art qui rappelaient l'ancien régime. Par compensation, le même Bassal accueillit à Besançon une colonie d'horlogers proscrits de la Chaux-de-Fonds et du Locle pour leur adhésion aux idées républicaines de la France ; puis le Comité de salut public déclara national l'établissement d'horlogerie formé par ces artistes dans le département du Doubs (1790-

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