EGLISES DISSIDENTES TEMPLE PROTESTANT DU SAINT-ESPRIT
Antérieurement à la conquête française, Besançon n'exerçait de suprématie sur la province de Franche- Comté qu'en sa qualité de ville archiépiscopale : la juridiction ecclésiastique y faisait vivre beaucoup de monde, tandis que les canonicats et chapellenies fournissaient clés placements honorables à nombre d'enfants des bonnes familles de la cité; le tempérament local comportait d'ailleurs un réel attachement au culte qui résumait les traditions du foyer domestique. Aussi, lorsque trois bourgeois de Neuchâtel vinrent, en 1530, consulter la municipalité de Besançon sur le fait de l'insurrection provoquée chez eux par Farel, la réponse fut-elle que quiconque essaierait de prêcher à Besançon pareille doctrine subirait un châtiment exemplaire.
En effet, pendant deux cent soixante ans, la municipalité de Besançon dut se montrer impitoyable envers tous ceux qui essayèrent de pactiser avec le protestantisme. Elle fut cependant contrainte, au xvme siècle, de fournir un local pour les exercices religieux des soldats protestants qui faisaient partie de la garnison; mais l'accès de ces prêches fut rigoureusement interdit aux habitants. Pour être admis à résider dans la ville, il fallait justifier que l'on appartenait à la religion catholique, apostolique et romaine.
La Révolution française fit disparaître ces restrictions : elle eut d'ailleurs pour conséquence d'amener a Besançon une colonie d'horlogers suisses. La plupart de ces artistes appartenaient à la confession calviniste. Dès 1796, ils demandèrent un temple pour les exercices de leur culte : on leur concéda d'abord la jolie chapelle du Refuge, puis on les transféra dans l'ancienne église des Capucins ; le pasteur Jean-Henri Ebray y fut installé par le maire de la ville, le 25 décembre 1803.
L'emplacement de cet édifice étant devenu nécessaire aux constructions de l'arsenal, les exercices du culte protestant se firent dès lors dans l'ancienne église de l'hôpital du Saint-Esprit. La dédicace de ce nouveau temple eut lieu le 28 avril 1842, par le ministère du pasteur Miroglio, assisté de quatorze de ses collègues.
L'hôpital du Saint-Esprit de Besançon avait été fondé par Jean de Montferrand, mort en 1207. La construction de l'église remonte a une époque voisine de cette date; le chœur et une chapelle latérale appartiennent au xve siècle. L'intérieur de l'édifice consiste en une seule nef couverte d'une voûte d'arête, basse, faiblement éclairée par des fenêtres latérales longues et étroites : le chœur est percé d'une fenêtre à meneaux. Le long des murs sont des piles engagées, flanquées chacune de deux colonnettes qui reçoivent la retombée des nervures de la voûte. Les chapiteaux de ces colonnettes sont à feuillage et presque tous semblables; ceux du chœur ont quelques figures fantastiques.
Au xve siècle, tout l'intérieur de l'église avait été dé-
coré de peintures à fresque représentant des scènes empruntées aux deux Testaments : le Jugement dernier y était figuré d'après les données de l'Apocalypse. L'architecte Marnotte a reproduit en aquarelle ce qui subsistait de ces peintures. Une seule des anciennes tombes de l'église existe encore dans le pavé du temple : c'est une dalle richement gravée, où se voit l'image du licencié Etienne Navarret, originaire de Verceil, en Piémont, mort en 1404, après avoir été l'un des oracles de la commune de Besançon pendant la seconde moitié du xive siècle.
La porte d'entrée de l'église est en plein cintre : à sa droite se trouvait une crèche extérieure en pierre, destinée a recevoir les enfants trouvés. Dans une cour contiguë a l'église existe encore une galerie de bois curieusement sculptée dans le style fantastique du xve siècle : une colonne de pierre, qui la soutient, a l'allure d'un bâton noueux cerclé d'une sorte de briquet, reproduisant ainsi les emblèmes des comtes-ducs de Bourgogne. Cette galerie se raccorde avec une grosse tour qui fut, comme elle, bâtie par les soins de frère Lambelet Vernier, de Velesmes (près de Gray), recteur de l'hôpital du Saint-Esprit de Besançon entre les années 1427 et
Le porche, construit en 1841 pour servir de façade au temple, est une conception de l'architecte Delacroix, réalisée dans un style gothique de pure fantaisie.
IÔ4 BESANX'ON.