‹ Besançon et ses environs. Nouv. éd., complétée et mise a jourChapitre 58 sur 119 · HOSPICES RÉUNIS · texte numérisé non relu

HOSPICES RÉUNIS

Dans les testaments dictés à Besançon pendant le moyen âge, il est fait mention de six hôpitaux : Saint- Jacques dans les Arènes, institué par le chapitre de Sainte-Madeleine, en 1182, pour recevoir les voyageurs et les pèlerins de Rome ou de Jérusalem ; Saint-Antoine, créé plus anciennement encore par l'ordre hospitalier de ce nom ; le Saint-Esprit, fondé par Jean de Montferrand, en 1203, pour secourir les malades et recueillir les enfants trouvés ; Saint-Antide, affecté aux habitants

du territoire de l'abbaye Saint-Paul; Sainte-Brigitte, spécialement à l'usage des clercs et des serviteurs des deux églises cathédrales ; la Vèze, léproserie rurale qu'entretenait la commune de Besançon.

L'hospitalité cessa bientôt à Saint-Antoine, qui ne subsista plus qu'à l'état de couvent ; Saint-Antide avait été supprimé dès la seconde moitié du xve siècle; Sainte- Brigitte s'éteignit comme hôpital vers la même époque; la Vèze cessa de fonctionner quand disparut le mal de la lèpre. Seuls, les hôpitaux de Saint-Jacques et du Saint-Esprit eurent une importance réelle, une existence de longue durée.

L'hôpital du Saint-Esprit de Besançon eut de bonne heure la haute main sur toutes les maisons de cet ordre qui existaient en Franche-Comté, en Bourgogne, en Lorraine et dans la Suisse romande : sa juridiction s'exerçait, au xve siècle, sur vingt-deux hôpitaux qui lui payaient tribut ; ses quêtes étaient autorisées dans la plupart des diocèses de l'est et du nord-est de l'ancienne Gaule. Ce puissant établissement s'annexa, en 1436, l'hôpital Saint-Jacques : il en fit une succursale affectée aux malades, tandis que la maison principale tendait à ne plus recevoir que les femmes en couches et les enfants trouvés. L'ordre du Saint-Esprit voulut même ne conserver que ces derniers services : la municipalité y consentit, mais à condition que l'hôpital Saint-Jacques lui serait cédé et deviendrait la maladerie communale ; cet arrangement fut conclu le 28 septembre 1571.

La municipalité gouverna directement l'hôpital Saint-

RiqNUMENTS CIVILS. 20}

Jacques jusqu'en 1666. Le 17 juillet de cette année, elle se déchargea de ce soin sur un bureau d'administration composé de notables citoyens. Le premier souci du bureau fut de provoquer la formation d'une communauté de religieuses qui soigneraient les malades et tiendraient l'économat de la maison. Le grand hôtel- Dieu de Beaune consentit à envoyer à Besançon deux religieuses pour jeter les bases d'un institut hospitalier; elles arrivèrent en 1667 et furent honorablement reconduites en 1670. La communauté de Besançon, constituée dès 1672, est placée sous l'invocation de Notre- Dame des Sept-Douleurs.

En même temps, le bureau d'administration s'occupait de la reconstruction de l'hôpital sur un autre terrain que celui des vieilles arènes. L'archevêque Antoine- Pierre de Grammont abandonna généreusement, à cet efîet, un pré qu'il possédait à Chamars ; d'autres terrains contigus furent acquis, et l'on demanda les plans du nouvel édifice à l'architecte parisien Royer. L'abbé Jacques Magnin, aumônier de la Visitation, mit la dernière main à ces plans, qui furent approuvés en 1685. Le gouvernement de Louis XIV venait de conférer au nouvel établissement le titre d'hôpital général, en imposant à la province de Franche-Comté l'obligation de contribuer à la nouvelle bâtisse pour 6,000 livres par année, jusqu'à son achèvement. Tout était terminé en 1702, et si magnifiquement, qu'un ministre du roi de France, traversant Besançon, avait pu dire : « Ici, ce sont les gueux qui sont le mieux logés. »

Dans le voisinage du nouvel hôpital, un établissement appelé la Charité avait été fondé, en 1683, pour recueillir et élever les enfants pauvres de la ville : c'était l'œuvre du maître des requêtes Froissard de Broissia. On jugea bientôt convenable de réunir cette maison à celle de Saint-Jacques : deux bienfaiteurs, le premier président Jôbelot et l'abbé Paris, curé de Virey, en avaient fait une'condition de leurs importantes libéralités.

Pendant le xvme siècle, l'hôpital Saint-Jacques recueillit un grand nombre de fructueuses donations : Marguerite Favière y créa, en 1759, vingt places d'incurables pour les deux sexes. L'État secourut aussi l'établissement par la réunion à son domaine de plusieurs bénéfices ecclésiastiques. Dès 1696, la léproserie de la Vèze et la maladrerie de Quingey avaient été éteintes à son profit. En 1710, on lui concéda, moyennant quelques pensions à servir, les nombreuses propriétés du prieuré de Mouthier-Haute-Pierre. En 177 1, ce fut le tour du prieuré de Rosey, qui, antérieurement, assurait l'existence de l'inquisiteur de la foi au diocèse de Besançon.

La perturbation momentanée que la Révolution française apporta dans l'administration de l'hôpital ne tarda pas à être compensée par un accroissement de ressources. Ses bâtiments s'agrandirent de ceux du Refuge qui leur étaient contigus. Trois hôpitaux supprimés lui versèrent leurs dotations ; c'étaient : l'hôpital du Saint- Esprit que la Révolution avait surnommé Yhôpital des enfants de la Patrie; les établissements réunis de l'Aumône générale et de Saint-Jean l'Aumônier, fondés en

1708 et en 17 12 pour assister à domicile les nécessiteux valides et recueillir les pauvres infirmes ; le Bon-Pasteur, maison de force et de correction, créée en 1747, pour détenir les filles et les femmes scandaleuses.

La dotation de l'hôpital du Saint-Esprit, dont le revenu s'élève à plus de 50,000 fr., est entièrement ab-

Hôpital Saint- Jacques

sorbée par le service des enfants assistés : l'administration des hospices n'en a que la gestion économique, mais l'emploi des ressources est réglé par un inspecteur de l'assistance publique, agissant au nom de l'administration départementale. Les enfants sont tous placés à la campagne. Quant aux garçons assistés ^par la dotation dite de la Charité, ils résident encore dans la colonie agricole qui a été transportée récemment d'École à Çhàteaufarine.

Les hospices peuvent admettre à la fois jusqu'à cent quatre-vingts malades curables de la population civile :

le chiffre annuel des entrées pour cette catégorie varie de quinze à dix-huit cents personnes.

Les vieillards et les incurables des deux sexes ont quatre-vingts places.

Deux salles, comprenant ensemble deux cent soixante lits, sont affectées aux militaires de la garnison, pour le traitement desquels l'État indemnise la caisse des hospices.

Peu d'établissements hospitaliers surpassent le nôtre pour la grandeur et l'intelligente distribution des bâtiments; aucun ne lui est supérieur pour le dévouement aux malades.

L'aspect est très monumental : trois corps de bâtiment, étages sur des portiques, encadrent une vaste cour qui a pour frontispice une grille en fèr forgé de toute magnificence. Ce chef-d'œuvre3 -exécuté à Rans (Jura), par le serrurier Nicolas Chappuis, fut terminé en 1703 et revint à 22,000 livres ; son auteur reçut comme récompense le titre de citoyen de Besançon.

Contre le mur du bâtiment qui sépare la grande grille de l'église- du Refuge, on a récemment placé dans un encadrement en forme de niche le buste de la sœur Marthe (Anne Biget, de Thoraise), jadis populaire par son dévouement aux malades et aux blessés pendant 1« guerres du premier Empire.

Les visiteurs prennent intérêt à la pharmacie, dont les faïences, les pilastres, les trumeaux du xviie siècle constituent un ensemble réellement curieux. Une inscription latine dit que ce fut un legs fait à l'hôpital

MONUMENTS < l\ II. S. . 235

Saint-Jacques, en 1692, par l'un de ses directeurs, le bienfaisant apothicaire Gabriel Gascon.

De nombreux tableaux sont répartis dans les salles : un seul mérite qu'on le mentionne comme œuvre d'art : c'est une Sainte-Famille de facture italienne, qui est dans un cadre richement sculpté. On peut encore citer, à titre de production locale, une grande scène du Crucifiement, peinte par Charles Guillot, de Besançon, en

Plusieurs portraits de bienfaiteurs ornent la salle du conseil des hospices. Voici les noms des personnages qu'ils représentent : Louis XIV ; les trois archevêques du nom de Grammont ; l'archevêque Antoine-François de Blictersvich ; le cardinal de Choiseul ; l'archevêque Raymond de Durfort ; Franchet de Rans, évêque de Rhosy, suffragant de Besançon ; le chanoine Belot de Chevigney ; les premiers présidents Jobelot et Perreney de Grosbois ; les présidents Boquet de Courbouzon et Dagay ; le conseiller Bouhélier de Sermange ; le cogouverneur Jean-François Chandiot ; François des Caves, commandant du fort Griffon à Besançon ; l'avocat Bulabois; le capitaine Parguez.

Parmi les groupes de documents qui composent les archives des hospices, le fonds du Saint-Esprit est particulièrement riche et intéressant.

Page 1