‹ Bêtes et gens de lettresChapitre 8 sur 19 · EN LEQUEL TROIS POETES PARLENT CONGRUMENT DE L'OISEAU DE NOËL · texte numérisé non relu

EN LEQUEL TROIS POETES PARLENT CONGRUMENT DE L'OISEAU DE NOËL

Mais le cou d'un oison,

Ah ! grands dieux! que c'est bon!

disait Panurge-Barral dans le Rabelais dont Oscar Aléténier et Dubut de Laforêt nous offrirent la fête au Nouveau-Théâtre.

Du cou d'un oison, pour l'usage qu'en entendait le Joyeux Curé, oncques n'en connus la saveur, mais fort bien l'imagine. Mais, parlant comestiblement, j'ai grand respect pour cet enfant de basse-cour dont les parchemins datent, on le sait, de l'ancienne Rome.

Pourtant, et bien que lui n'ait de Gapitole jamais sauvé, combien je lui préfère le dindon, ce véritable oiseau de Noël !

TROIS POÈTES ET l'ûISEAU DE NOËL 2~9

Depuis huit grands jours, a. Tétai de toutes les rôtisseries parisiennes, dans les vitrines de toutes nos halles à volailles, les bons dindons plumés nous montrent — les chers ! — leur rebondie panse blanche, pochée, de-ci, de-là, des taches bleues desquelles les historient les truffes.

Que penseriez-vous, lecteur, à l'occasion de ce nouveau Noël, d'une jolie consultation sur la dinde ?

Quoi que vous en deviez penser, contents ou pas contents, je suis en mesure de vous la servir, cette consultation, que j'ai provoquée au moyen de la circulaire (oh ! prestigieuse !) suivante :

Cher poète, donnez-moi donc, En quinze lignes d'une prose indestructible,

Sur la femelle du dindon (Au double point de vue : animal, comestible) Votre avis de naturaliste et de gourmet.

Voici que bon Noël approche,

Paris va mettre dinde en broche, Sentez-vous pas, déjà, le bon fumet?

C'est entendu? Je vous deminde

Votre opinion sur la dinde.

Que diable! ce n'est point pour vous embarrasser l Sur ce, dans un salut, laissez-moi me casser,

El, selon l'us antique, Vous dire que je suis bien votre domestique.

Pour obtenir de la prose des poètes, j'estime qu'il sied de la solliciter en vers.

Le poète-aubergiste Paul Harel, qui vient de publier des Souvenirs d'auberge à s'en lécher les doigts, m'a, le premier, répondu :

« Echauffour.

» Mon cher confrère,

» Au point de vue animal, la dinde est une... dinde.

» C'est un des plus petits cerveaux de la création. La domesticité l'a encore déprimée; de sorte, qu'en nos basses-cours, elle est bête comme on ne l'est pas.

» Je ne la comprends guère qu'à l'état sauvage, au bord du marais ou dans le gaulis, partant sous l'arrêt du chien avec un grand bruit d'ailes, bruyante, gloussante — chatoyante de toute la lumière entrée en sa robe métallique.

» Au point de vue comestible, elle n'est pas sans mérite, particulièrement dans l'âge tendre, où elle est qualifiée de dindonneau. — un mot qui n'a pas de sexe.

» Quand vous viendrez me voir, je vous la ferai servir en abatis avec boulettes, puis rôtie. Le len-

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