TROIS POÈTES ET L'OISEAU DE NOËL
demain — s'il en reste ! — on vous la présentera sous la couche onctueuse d'une mayonnaise compacte, ou réchauffée dans la recette avec de l'oignon haché.
» Venez, si l'appétit vous en dit.
» A vous cordialement,
» Paul Harel. »
Un autre suprême chantre de la bonne chère, mon copain Gabriel Vicaire, le grand poète de la Bresse, m'écrit :
« Cher ami,
» La dinde?
» Moi, je trouve ça délicieux, surtout avec des truffes, beaucoup de truffes.
» Que veux-tu que je te dise de plus? J'ai été élevé dans un pays de dindes.
» T'en serais-tu douté ?
» Tu ne t'attends pas, j'imagine, à ce que j'aille débiner mes compatriotes?
» A toi cordialement,
» Gabriel Vicaire. »
Le ressuscité — si mal en point encore, hélas! — de Moret-sur-Loing, possède, en la cour fermière de sa désormais sinistre maison des Greffières, une dindonnerie.
Il m'envoie le joli mot que voici :
« Les Greffîères, par Moret (Seine-et-Marne).
» Mon cher confrère,
» Batailleur, vaniteux et jaloux, tel est le dindon, telle la dinde. Mais celle-ci est une mère excellente. Elle a la patience, la vigilance et le courage. Le mâle n'est pas pire que les trois quarts des hommes. La femelle est meilleure qu'un bon quart des femmes.
» Mais Colius nie l'intelligence des animaux, et il a bien fait. Car nous serions trop humiliés.
» Cependant, j'accorde que les dindons n'ont pas imaginé les duels où on échange deux balles sans résultat. Ils sont assez bêtes pour s'entêter à leurs querelles jusqu'à ce qu'un des adversaires en meure, ce qui arrive infailliblement si on ne les sépare ; et cela sent furieusement son boulevard extérieur pour des êtres qui, dès qu'ils ont atteint leurmajorité, sont tous commandeurs de la Légion d'honneur.