‹ Betes, Hommes Et DieuxChapitre 35 sur 45 · LA NAISSANCE DU BOUDDHA VIVANT · texte numérisé non relu

LA NAISSANCE DU BOUDDHA VIVANT

Le Bouddha vivant ne meurt pas. Son âme passe quelquefois dans celle d’un enfant qui naît le jour de sa mort et parfois se transmet chez un autre homme pendant la vie même du Bouddha. Cette nouvelle demeure mortelle de l’esprit sacré de Bouddha apparaît presque toujours dans la yourta de quelque pauvre famille tibétaine ou mongole. Il y a à ceci une raison politique. Si le Bouddha apparaît dans la famille d’un prince riche, il peut en résulter l’élévation d’une famille qui ne voudrait pas obéir au clergé, ce qui arriva dans le passé, tandis que la famille pauvre et inconnue qui hérite du trône de Gengis Khan, acquérant la richesse, se soumet volontiers aux lamas. Seuls, trois ou quatre Bouddhas vivants furent d’origine purement mongole ; les autres étaient Tibétains.

Un des conseillers du Bouddha vivant, le lama Khan Jassaktu, me raconta ceci :

Les monastères de Lhassa et de Tashi Lumpo sont constamment tenus au Courant, par des lettres d’Ourga, de l’état de

santé du Bouddha vivant. Quand son corps humain devient vieux et que l’esprit du Bouddha cherche à se dégager, des services solennels commencent dans les temples tibétains et en même temps les astrologues étudient l’avenir. Ces rites désignent les lamas d’une piété signalée qui doivent découvrir où l’Esprit de Bouddha doit se réincarner. Ils voyagent à travers tout le pays et observent. Souvent Dieu lui-même leur donne des signes et des indications. Quelquefois un loup blanc apparaît près de la yourta d’un pauvre berger, ou bien c’est un agneau à deux têtes dont on annonce la naissance, ou un météore qui tombe du ciel. Des lamas prennent des poissons dans le lac sacré de Tangri Nor et lisent sur les écailles le nom du nouveau Bogdo Khan ; d’autres ramassent des pierres dont les craquelures leur indiquent où ils doivent chercher et qui ils doivent trouver ; tandis que d’autres se retirent dans d’étroits ravins de montagnes pour écouter les voix des esprits qui prononcent le nom du nouvel élu des dieux. Quand il est découvert, on recueille secrètement tous les renseignements possibles sur sa famille, et on ies transmet au très savant Tashi Lama connu sous le nom d’Edeni, c’est-à-dire la perle du savoir, qui, selon les rites de Rama vérifie le choix de l’élu. Si le choix concorde avec les textes sacrés, Tashi Lama envoie une lettre secrète au Dalaï Lama qui célèbre un sacrifice spécial dans le temple de l’Esprit des montagnes et confirme l’élection en apposant son grand sceau sur la lettre de Tashi Lama.

Si le vieux Bouddha vivant vit encore, le nom de son successeur est gardé jalousement secret ; si l’esprit du Bouddha a déjà quitté le corps de Bogdo Khan, une délégation spéciale quitte le Tibet avec le nouveau Bouddha vivant. Les mêmes formalités accompagnent le choix du Gheghen et des Houtouktous dans tous les monastères lamaïstes de Mongolie, mais la confirmation du choix est réservée au Bouddha vivant et n’est annoncée à Lhassa qu’après l’événement.

AA

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