SA
ANLASPECHE
13% jour, à la chasse, je m’approchais de la rive quand j’aperçus un banc de gros poissons à dos rouges, qui semblaient remplis de sang. Ils nageaient à la surface, jouissant des rayons du soleil. Quand le fleuve fut tout à fait délivré de ses glaçons, les poissons apparurent en énormes quantités. Bientôt, je vis qu’ils remontaient le courant pour la saison du frai, dans les petites rivières. Je pensai alors à employer une méthode de pêche interdite par la loi de tous les pays ; mais tous les hommes de loi et les législateurs voudront bien se montrer indulgents envers un homme qui, vivant dans sa hutte, sous des racines d’arbre abattu, osa violer leurs lois raisonnables.
En recueillant des branchages de bouleau et de tremble, je bâtis dans le lit du fleuve une digue que le poisson ne pouvait traverser et je vis bientôt qu’ils essayaient de la franchir en sautant par-dessus. Près de la rive, je ménageai une ouverture dans ma barrière à environ cinquante centimètres de la surface et fixai en amont un haut panier, tressé avec des tiges flexibles de saule où le poisson arrivait en passant par l’ouverture. Puis
je guettai et, au passage, je les frappai cruellement sur la tête avec un gros bâton. Tous ceux que j’attrapai pesaient plus de trente livres ; quelques-uns même dépassaient quatre-vingts. Cette espèce de poisson s’appelle le taimen, appartient à la famille des truites, et il n’en est pas de meilleur dans le Iénisséi. Deux semaines plus tard, tous les poissons étaient passés, et mon panier ne me donnant plus rien, je recommençai la chasse.
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