‹ Bex et ses environs;Chapitre 9 sur 30 · LA TOUR DE DTJIN · texte numérisé non relu

LA TOUR DE DTJIN

La tour de Duin couronne la plus gracieuse des collines de toute la vallée du Rhône. C'est , avec quelques murs et quelques fossés, le dernier débris du château de Bex, comme on l'appelait dans l'origine. Construit au XIIe siècle , par Girold de Bex, ainsi qu'on l'a vu dans la notice sur le village de Bex, il passa entre les mains de différentes familles, des de la Tour, des de Greysier, des de Blonay, jusqu'en 1431, où Ant. de Duin en devint le seigneur, grâce à son mariage avec Marguerite de Blonay, la dernière des filles de Jean de Blonay. Il fut détruit pendant les guerres de Bourgogne , comme les châteaux de Saint-Triphon , d'Aigremont, etc. Le sire de Duin expia ainsi sa fidélité à la maison de Savoie. Cette ruine n'est plus aujourd'hui qu'un ornement pour la contrée. Elle appartient à M. Grenier, l'un des principaux promoteurs des diverses entreprises dont nous avons parlé dans l'introduction générale.

La colline de Duin n'est pas très élevée, 180 mètres audessus du Rhône ; mais elle n'en est pas moins charmante. Vue de l'hôtel , elle fait l'effet d'un bouquet de châtaigniers. Il n'y a pas dans les environs de Bex de plus séduisants ombrages. Il faut dire que le châtaignier est, par excellence, l'arbre pittoresque. Il a rarement le développement du tilleul, du chêne, de l'érable. A l'ordinaire, en vieillissant, il voit mourir quelques-unes de ses branches, parfois les plus belles ; mais il en pousse d'autres , et tout un groupe de châtaigniers peuvent naître d'un aïeul au tronc

La tour ûe

Dm

mort. De là des accidents sans nombre. Autant de châtaigniers, autant d'individus ou de groupes originaux. Le châtaignier est l'arbre du monde qui se répète le moins. Ses larges feuilles découpées , au bout de branches capricieusement tordues , encadrent le paysage mieux que ne pourrait le faire le feuillage d'aucune autre espèce; son ombre, presque aussi fraîche que celle du noyer, invite à s'asseoir, et les sentiers où la fatigue est le plus lente à venir , sont ceux qui circulent sur les pentes qu'il peuple de ses forêts.

Il faut se défier des sentiers, en apparence plus courts, qui partent des terrasses de l'hôtel, dans la direction de la tour de Duin. Le vrai chemin se prend à l'angle du domaine du château actuel Bex, propriété de M. Grenier, dans le premier groupe de maisons, au-dessous de l'hôtel. C'est le chemin du hameau dit Châtel; il va longer par le pied le flanc oriental de la colline de Duin. Un peu après avoir passé le ruisseau, souvent à sec, de la Croisette. on trouve un sentier qui monte à droite , et va directement à la tour. La distance n'est guère que d'une demi-heure.

On pouvait autrefois, moyennant une clef et l'autorisation du propriétaire, monter au sommet de la tour. On ne le peut plus aujourd'hui, à moins d'y faire transporter une échelle assez haute pour en atteindre une autre, qui est restée fixée à la partie supérieure du mur. C'est dommage, car la vue a son cachet particulier, qui tient surtout à la grâce des premiers plans. Il vaut la peine de monter à ce belvédère, surtout au temps de la floraison des châtaigniers. Toutefois, il est probable que la plupart des promeneurs iront chercher à la tour de Duin moins la vue

«que la ruine elle-même et les frais ombrages qui l'entourent. Les brillantes échappées que le hasard leur offrira, ne seront ■qu'un assaisonnement de plus au plaisir. S'asseoir et deviser, <ou, si l'on est seul, dessiner, lire , rêver; voilà ce qu'on fait à la tour de Duin. Il est peu de ruines où s'associent plus heureusement les souvenirs du passé et les beautés toujours jeunes de la nature. Un lierre antique en tapisse les murs, et de vieux «chênes ombragent le préau solitaire. On se figure tour à tour, entre les murailles de ce donjon, la triste vieillesse du sire Bertholet de Greysier , poursuivi par le souvenir de son crime , et forcé , avant de mourir, d'abandonner à ses créanciers le manoir de ses pères, la vie sans souci de l'ancienne noblesse vaudoise , réceptions , festins, chevauchées, et la grâce des jeunes châtelaines, car il n'y eut jamais, dans une résidence pareille, que de gracieuses châtelaines. Il en est deux dont les légendes populaires ont gardé le souvenir : la première, pour avoir entendu seule, dans une nuit d'insomnie, le cor du vacher de Javernaz , sonnant l'alarme tout au haut de la montagne , et appelant à l'aide son seigneur contre les Valaisans qui venaient enlever ses troupeaux; la seconde, pour avoir été miraculeusement protégée par la bonne fée Frisette, qui habitait la grotte de Saint-Maurice. (Voir pag. 133.)

Pour descendre, on peut varier la promenade de plus d'une manière. Il suffit de prendre un sentier au coin sud-est des terrasses de la ruine ; il aboutit à une maison, d'où l'on peut prendre à gauche pour rejoindre le chemin du Ghâtel, ou à droite pour revenir à Bex, en passant par une -ferme isolée, au pied des rochers de la tour.

Page 1