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CHAPITRE VIL EXCURSIONS ORDINAIRES, A PIED OU A CHEVAL

Les promenades en voiture nous ont introduit déjà au cœur de la montagne. Il ne nous reste qu'à les continuer en suivant les nombreux sentiers, qui, des points où s'arrêtent les voitures, rayonnent en tout sens et invitent le voyageur à de plus complètes explorations.

La plupart des courses dont nous allons essayer de donner quelque idée peuvent être faites en un jour. Quelques-unes exigent qu'on parte le soir et qu'on aille chercher un gîte à la montagne. D'autres sont calculées pour deux jours pleins.

J'appelle courses ordinaires celles qui peuvent être faites par toutes les personnes bien portantes, même par des dames, pour peu qu'elles aient l'habitude de marcher, qui ne présentent aucun danger quelconque, et pour lesquelles, par le beau temps, un guide n'est pas nécessaire. Nous ne sortirons pas

des sentiers battus, ou. si nous indiquons, en passant, quelque variante qui présente plus de difficultés et exige plus d'attention, le lecteur en sera chaque fois très expressément averti.

Nous commencerons par les excursions sur la rive vaudoise. en rayonnant, du sud au nord, pour passer ensuite au massif de la Dent du Midi. On nous pardonnera de nous attacher particulièrement à celles qui offrent le plus d'intérêt, et qui sont le plus goûtées des voyageurs. Nous ne devons pas d'ailleurs oublier le point qui nous sert de centre, et nos notices deviendront plus courtes à mesure que nous nous éloignerons de Bex.

MORCLES.

Si du Grand-Hôtel on regarde dans la direction de la vallée ombreuse qui s'étend entre les coteaux de Chiètres et les bases de la montagne, on voit à la distance de deux petites lieues, à vol d'oiseau, une tête rocheuse et couronnée de sapins, formée par une des arêtes qui tombent de la Dent de Morcles. Elle s'appelle la tête de l'Oulivaz et mesure une hauteur absolue de 1496 mètres, soit 1079 mètres au-dessus du Rhône à Saint- Maurice. Derrière la tête de l'Oulivaz se creuse le vallon où se trouve le village de Morcles, à 1165 mètres au-dessus de la mer. Grâce à une jolie route qui part des bains de Lavey, on peut y arriver en voiture ; mais la montée est si longue que c'est un véritable exercice de patience , et que toutes les personnes capables de marcher quelques heures préféreront faire

la route à pied. C'est pourquoi nous n'avons pas décrit cette course daus le chapitre précédent.

La manière la plus pittoresque d'aller à Morcles est de monter par le sentier qui part du village de Lavey, où l'on peut se faire conduire en voiture, et de descendre sur les bains, où l'on retrouve la voiture. Le sentier part de l'extrémité sud du village ; il s'élève à travers les prairies, de manière à gagner les terrasses boisées qui dominent immédiatement la route des bains, et d'où la vue embrasse toute la vallée du Rhône, jusqu'à Martigny. Le sentier, continuant à monter en oblique, s'ouvre un passage au milieu des longues et arides coulées de pierres, qui viennent mourir au bord du Rhône, à peu de distance des bains ; il va toucher barre à la haute paroi de rochers d'où tombent tous ces débris, puis il entre dans la fissure où coule le ruisseau de Morcles. A mesure qu'on s'y engage, l'horizon se rétrécit; mais on se sent à la montagne, et l'on respire plus librement. Les accidents qui égaient l'âpre montée n'ont plus le même caractère de stérilité sauvage ; ce ne sont plus des pentes ruinées et chargées de débris, des rochers torrides , aux saillies desquelles se cramponnent des pins noueux ; on est à l'ombre, dans une petite gorge bien alpestre, où règne une fraîcheur reposante, entretenue par les brises qui accompagnent le ruisseau dans sa course folle. Enfin l'on sort de la fissure, et l'on se trouve au bas de longues pentes verdoyantes, sur lesquelles s'étage le hameau de Morcles.

Les ressources ne sont pas grandes à Morcles ; il n'y a ni hôtel, ni auberge proprement dite , mais on peut s'y faire ser-

vir une bouteille de bon vin et au besoin un dîner frugal. Il n'est pas impossible non plus de trouver une chambre pour y passer la nuit.

« Le village de Morcles, nous écrit M. le conseiller national Eytel, qui y possède un fort joli chalet, compte douze feux. Il y a cinq ans. on eût dit que toutes ces habitations allaient disparaître; plusieurs maisons, tombant en ruines, avaient déjà été démolies, et l'on prévoyait que, les vieillards une fois morts, la nouvelle génération descendrait peu à peu dans la plaine pour s'y établir. La fusion de la commune avec celle de Lavey, décrétée par le grand conseil, il y a une vingtaine d'années, était considérée par les Morclans comme devant produire fatalement ce résultat, lorsque quelques amateurs d'une villégiature tranquille et sans gêne, recherchant en même temps une belle nature et le voisinage de gens qui n'eussent pas contracté les habitudes qu'on prend en servant les étrangers, vinrent les uns après les autres planter leur piquet" à Morcles l.

» Maintenant le village ne menace plus de s'en aller, il se redresse sur ses ergots. Des gens de la plaine ont bâti deux chalets sur le plateau de Dailly ; on en construit un autre au haut du village ; plusieurs indigènes ont blanchi au lait de chaux leurs cuisines et leurs chambres , qui en avaient grand

1 Nous avons dit au chapitre Ier, pag. 61, que le cercle de Bex comprenait quatre communes, Bex, Gryon, Lavey et Morcles. On voit, par cette citation, que Lavey et Morcles n'en font plus qu'une. Le recensement du 1er décembre 1870 donne à Morcles 54 habitants. C'était, il y a vingt ans, ridéal de la commune microscopique.

besoin, si bien que, l'été dernier, une quarantaine de citadins avaient trouvé place dans la localité, qui pour un mois, qui pour deux. Chaque famille faisait tant bien que mal son ménage, les commères du voisinage aidant avec bienveillance. »

Ajoutons que les montagnards de Morcles sont pâtres, bûcherons, chasseurs de chamois, distillateurs de cerises sauvages et de gentiane. Au printemps, leurs troupeaux broutent les pâturages communs au-dessus du village ; en été, ils gagnent les alpages élevés. Morcles possède un joli troupeau de chèvres, qui part bruyamment le matin pour aller paître sur la rocaille ou sur quelque pente abrupte. Le soir, chaque famille retire les siennes, et c'est une importante affaire que de les traire. Le fromage de ces chèvres est excellent. L'eau de Morcles est aussi Tune des meilleures et des plus fraîches qu'on puisse trouver en Suisse. Les femmes font bien le café et les gâteaux. En somme, les habitants de Morcles sont de bonnes gens, peu ambitieux, mais qui aiment à savoir ce qui se passe dans la plaine, et qui, dit-on, n'y descendent guère sans y faire de longues séances de cave. Si l'on en croit leurs combourgeois de Lavey, quand au retour la fatigue les éprouve , ils dorment sur le sentier aussi bien que dans leur lit , et il arrive parfois que le plus attardé, passant à l'aube, réveille les dormeurs et les remet en route. On trouve dans ce petit hameau reculé plus d'un type vraiment original.

Le chalet où l'on s'arrête, celui de l'ancien syndic Guillat, est situé au bas du village. De la porte on voit le défilé, dont on vient de gravir la pente ardue, s'ouvrir comme un cadre autour de la Dent du Midi, qui, des gorges de Saint-Maurice,

s'élance à une hauteur vertigineuse. On ne connaît pas toute la richesse d'aspect de cette montagne, si on ne l'a pas vue de la. La beauté n'en est plus la même. Les grandes forêts de châtaigniers, les gracieuses ondulations des plateaux de Veyrossaz et de Ghouex ont disparu ; en revanche, le cirque des gorges du Bois-Noir se développe tout entier aux regards ; on devine les catastrophes dont il a été le théâtre, depuis les temps du Tauretunum jusqu'à celle de 1835, et l'on scrute du regard l'équilibre incertain des masses encore debout. Il semble que la nature ait mis de la coquetterie et de l'art dans cette œuvre de destruction. Autant les flancs de la montagne sont confusément sauvages, autant les lignes de faite sont nettes, hardies et pures. On ne voit que la seule Cime de l'Est, campanile léger, dont la grâce est relevée par l'éclat des glaces qui se penchent sur le précipice et par les sombres massifs de Gagnerie et du Salantin. Cette vue est surtout admirable au lever du soleil, qui l'éclairé de rayons directs et embrase les cimes, pendant que les gorges retiennent encore l'obscurité de la nuit.

Un joli sentier, qu'on fera bien de se faire montrer, conduit en dix minutes à Dailly, où est le signal de Morcles, situé immédiatement au-dessus des grands rochers dont on a côtoyé la base en montant. La vue en a du rapport avec celle des terrasses inférieures ; mais elle est infiniment plus dégagée. A plus de 800 mètres de profondeur, circule le Rhône et se blottit la petite ville de Saint-Maurice , au fond de son entonnoir; au nord, se déroulent les perspectives des campagnes vaudoises jusqu'au lac et au Jura; au sud, celles du long défilé que

traverse le Rhône, de Martigny à Saint-Maurice, et, par delà, quelques-uns des plus brillants sommets de la chaîne du Mont-Blanc.

La route offre un moyen de descente plus long que le sentier, malgré les spéculations possibles. Elle va chercher, à quelque distance sur la gauche, les interminables pentes herbeuses et rocheuses, qui dominent le hameau d'Eslex, à vingt minutes des bains de Lavey. Les lacets en sont innombrables, et la vue, toujours bien dégagée, décroît lentement, à mesure qu'on s'approche de la vallée. Un sentier plus direct, mais très ardu, descend par la fissure où coule le ruisseau.

Il convient de partir matin pour faire la course de Morcles, si l'on ne veut pas trop souffrir du soleil, dont les rayons sont brûlants sur les rampes pierreuses. La montée, du village de Lavey au village de Morcles, est d'environ deux heures ; la descente sur les bains n'est pas moins longue si l'on fait au pas tous les lacets de la route; mais les petits sentiers ne manquent pas pour en couper un grand nombre.

Morcles est un centre bien placé pour quelques courses intéressantes. Nous en parlerons ailleurs. (Voir entre autres la fin de l'article suivant, et celui qui est relatif à l'ascension de la Dent de Morcles.) Mais nous ne le quitterons pas sans indiquer aux amateurs quelques phénomènes géologiques d'un haut intérêt. Voici ce que nous écrit à ce sujet M. le pasteur Sylvius Chavannes : « La petite gorge qui, du pied des rochers du signal de Morcles, descend jusqu'à la source thermale de Lavey, a été déterminée par l'immense faille qui sépare les calcaires jurassiques , dont les rochers du signal sont

formés, des schistes cristallins anciens sur lesquels la route de Morcles aux bains déroule ses zigzags. Cette gorge est presque entièrement remplie par des éboulis , et ce n'est qu'à sa partie supérieure qu'on peut observer la ligne de démarcation entre le calcaire et les schistes cristallins. Là, l'une et l'autre roche, surtout le calcaire, sont profondément altérées. Le calcaire est devenu grenu et dolomitique, et les schistes ont subi une transformation, dont, à défaut d'une analyse chimique, je ne saurais indiquer exactement la nature. Sur plusieurs autres points, toujours dans la direction de la faille, on peut observer de nouvelles traces de métamorphisme dans les couches du calcaire, qui, par places, passe à la corgneule. Ce qui ajoute un grand intérêt à cette localité, c'est la présence de la source thermale de Lavey ; elle jaillit précisément au pied de la grande faille, qui a donné lieu aux phénomènes métamorphiques que je viens de signaler. »

LES COLLATELS ET JAVERNAZ.

Si les hauteurs boisées , situées derrière le Grand Hôtel des Salines, étaient percées d'un tunnel montant, il n'y aurait qu'à s'y engager pour déboucher, après une ou deux heures de marche, dans un vallon alpestre, où de grandé troupeaux pâturent en été , et qui , en tout autre saison , est absolument désert. On l'appelle le vallon de Javernaz. Les sommités qui l'enserrent appartiennent à deux arêtes secondaires , dont la Dent de Morcles est le point de départ. La vue en est très restreinte ; ce n'est qu'une échappée par l'issue même du vallon,

et il ne vaudrait guère la peine d'une promenade à Javernaz, si ce n'était pas le chemin de l'arête qui sépare ce vallon reculé de la grande vallée du Rhône.

Cette arête, qui domine immédiatement l'hôtel, offre deux points de vue particulièrement intéressants. Le premier est à mi-hauteur, à l'endroit où elle commence à s'escarper, et où les prairies des Collatels , avec leurs chalets échelonnés , se font place au milieu des forêts; le second est beaucoup plus loin et beaucoup plus haut, au point culminant, immédiatement au-dessus de la grande écorchure, en forme d'entonnoir, qui déverse ses eaux sur le village de Lavey. Une croix plantée autrefois sur ce sommet bien en vue lui a fait donner le nom de Croix de Javernaz.

Jusqu'aux Collatels la course est des plus faciles. Le chemin le plus direct, à l'usage des piétons et des chevaux, se détache de la route de Frenières, à l'entrée de la forêt, d'où il s'élève en oblique, en suivant une direction assez constante, jusqu'à ce qu'il débouche au bas des prairies des Collatels. A part l'îlot de Plan-Seujet, qui n'est qu'un pré avec quelques granges, le chemin est toujours en pleine forêt. On peut aussi monter aux Collatels en passant par Frenières. C'est plus long, deux bonnes heures au lieu d'une heure et demie ; mais la montée est plus douce et comme on peut aller en voiture jusqu'à Frenières, le trajet qui reste à faire à pied n'est pas considérable.

Les Collatels sont une vaste prairie montante, coupée de clôtures, qui séparent les propriétés ; il n'y a pas moins de trois cents mètres de différence de niveau entre les chalets du

bas et ceux du haut. On monte soit par les petits sentiers qui vont de chalet en chalet , soit en continuant le chemin de Javernaz, pour prendre ensuite à droite, par le haut de la prairie. On voit tout de suite où il faut aller chercher le point de vue , et Ton peut choisir son chemin.

Les Collatels sont un des points des environs de Bex d'où les masses du Mont Blanc se dégagent de la manière la plus heureuse, remplissant la grande échancrure ouverte entre les arêtes de la Dent du Midi et celles de la Dent de Morcles. Les premiers plans ont le charme des sous Alpes : une belle verdure, des prairies, des bouquets de bois, et des chalets si bien situés qu'ils donnent envie d'y passer une saison.

Si l'on veut voir la vue se développer et devenir tout à fait grandiose, il faut pousser jusqu'à la Croix de Javernaz, deux bonnes heures plus loin et 700 mètres plus haut ; mais on peut faire à cheval environ les deux tiers du trajet. On retourne au chemin , et on le suit fidèlement jusqu'à ce qu'il débouche, après une montée assez forte, dans le vallon de Javernaz, dont les chalets sont heureusement groupés sur la pente. Un chemin de dévestiture, à l'usage des troupeaux, vous conduit jusqu'au pied même de la tête qui portait la croix, et dont il faut remonter à pied les pentes herbeuses ou buissonnantes. Les pas des vaches forment une sorte d'escalier naturel, qui a le tort d'être très irrégulier, mais qui empêche les glissades. Quand on arrive au sommet , il est difficile de ne pas pousser un cri de surprise. La vallée du Rhône dont le vide immense apparaît soudain, la Dent du Midi qui se dresse en face, et les masses éblouissantes du Mont Blanc forment un tableau dont les

grandes lignes semblent avoir été disposées non par le hasard des soulèvements du sol, mais par un artiste souverain.

La promenade de Javernaz est particulièrement belle à la lin de juin , lorsque les pelouses alpines ont encore toute leur fraîcheur. Je ne serais point surpris si on s'y laissait retenir par les humbles merveilles de la végétation autant que par la splendeur du panorama. La flore de Javernaz est intermédiaire entre celle des Alpes vaucloises et celle des Alpes valaisannes. On est encore sur sol calcaire ; mais on touche aux roches granitiques. Les simples touristes, aussi bien que les amateurs de botanique,, me sauront gré de leur donner ici quelques indications. La grande ancolie des Alpes, d'un bleu si pur, dont les fleurs ont deux ou trois fois la dimension de celles de l'ancolie ordinaire et se balancent si gracieusement au moindre souffle , couronnent les petits escarpements qui coupent, un peu au-dessous du sommet, du côté du vallon, les forêts en miniature des aulnes buissonnants. Dans les éclaircies de ces mêmes forêts, le botaniste cherchera avec quelque espoir de succès deux hybrides très rares, YAchillea Thomasiana et le Geum inclinatum. En descendant quelque peu par l'arête qui s'abaisse vers le nord, on trouverait des touffes d'une beauté exceptionnelle de l'épervière orangée ( Hieracium aurantiacum); mais les plus belles récoltes se feront en remontant les arêtes vertes qui relient la Croix de Javernaz à la Dent de Morcles. Une promenade d'un quart d'heure sur ces pelouses de facile accès est un enchantement perpétuel. Aux grandes anémones blanches succèdent des anémones jaune-paille, dont le type devient plus petit à me-

sure que la couleur de la fleur devient plus foncée , jusqu'à ce qu'an tombe enfin dans le véritable type de l'anémone soufre, basse sur tige et à corolle d'un jaune intense. Dans les mêmes localités , on pourra faire une moisson d'anémones printanières (Anémone vernalis), la plus belle de toutes les espèces alpines du genre ; mais il est parfaitement inutile de la chercher ailleurs que sur les tertres que la neige vient de quitter. La floraison en est au moins aussi hâtive que celle de la soldanelle, et le fruit se développe avec une extraordinaire rapidité. En continuant jusqu'aux premiers escarpements, on trouvera en plein rocher des touffes considérables de YAndrosace helvetica, et de YAndrosace alpina. La dernière de ces deux espèces est déjà très rare dans la flore alpestre; mais ce qui l'est bien plus, c'est l'hybride qu'elles forment entre elles. Une autre curiosité du même genre, qu'on a chance de trouver dans ces parages, est un hybride entre l'auricule à fleurs jaunes et l'auricule à fleurs roses (Primula auricula et Primula villosa). Enfin, je mentionnerai le rosage à fleurs blanches, dans le vallon de Javernaz, à quelques pas au-dessus du chemin de dévestiture qu'on suit en partant des chalets. Malheureusement il n'y en a que quelques touffes, et les bergers, qui les connaissent, les dépouillent souvent lorsqu'elles ne sont encore qu'en boutons ; ils doivent même avoir arraché les plus belles. Il va sans dire que je laisse de côté une multitude d'espèces intéressantes et plus ou moins rares. Ce sont de véritables jardins.

Une manière de retour qui augmenterait encore l'intérêt de la course, serait de prendre le sentier de la Rosseline et de

descendre par les chalets de l'Haut de Morcles, le village de Morcles et celui de Lavey ; ce n'est pas beaucoup plus long, mais plus ardu, et jusqu'à l'Haut de Morcles le sentier n'est pas très facile à trouver ; si l'on veut essayer de cette variante, on fera bien de se faire accompagner par un vacher. En tout cas, cette descente n'est pas pour les chevaux.

L'ascension de la Croix de Javernaz exige environ cinq heures, les haltes déduites. On peut, sans trop de peine, économiser une heure et demie sur la descente, ce qui n'en fait pas moins huit ou neuf heures de marche. Il y aurait moyen de grimper directement, par de petits sentiers, malaisés à trouver, de l'hôtel à l'arête , mais c'est une montée tellement ardue qu'il ne faut la conseiller à personne. La course des Gollatels est de moitié moins forte.

J'oubliais de dire que, si l'on veut avoir la vue d'un précipice de premier ordre, il suffit, quand on est à la Croix, de descendre jusqu'au bord de l'échancrure qui domine la grande vallée. C'est l'affaire de quelques minutes. Il y a ordinairement une palissade ; si elle manque, on fera bien de ne pas s'aventurer trop au bord. C'est du haut de cet abime que le vacher de Javernaz vint sonner de la trompe pour avertir la dame de Duin d'une invasion nocturne des Yalaisans. Si l'on en croit les traditions du pays , les Valaisans ne se gênaient pas pour faire des razzias de bétail sur les Alpes vaudoises ; mais il se pourrait bien que, de l'autre côté de la frontière, on trouvât des traditions toutes semblables , sauf que les rôles seraient intervertis. Cet affreux précipice offre encore une voie de retour. Un sentier, que les communes de Bex et de Lavey

doivent améliorer, le prend en écharpe , et conduit à Morcles par le col de l'Oulivaz. On le prend aux chalets de Drosine,

Un guide est nécessaire.

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