‹ Bibliographie anecdotique du jeu des échecsChapitre 15 sur 29 · I.a notation de Ponziani est assez estimée · texte numérisé non relu

I.a notation de Ponziani est assez estimée

Vandermonde, mort en 1796, donna, dans un mémoire présenté à V Académie des sciences, une notation d’échecs.

Origine du jeu des échecs.

L’origine de ce jeu se perd dans la nuit des temps; aujourd’hui, vouloir lui assigner un lieu ou une date positive est chose impossible.

Le jeu d’échecs semble avoir été inventé aux Indes, et de là avoir passé en Égypte; de l’Éigypte en Judée; de la Judée, d’une part, en Scythie, en Chine, et de la Chine au Japon; d’autre part en Grèce dans les temps les plus reculés. Notre jeu actuel serait celui reçu des Indous par les Persans au v** ou vi'' siècle de notre ère.

On trouvait dans les pessos grert, la rivià'e ou mare que l’on voit encore de nos jours dans l’échiquier chinois et qui existait, d’après le passage du texte hébreux du Livre des rois, chap. iij verset 14, dans l’ancien jeu de la Judée. L’usage des dés dans le jeu indien du chafuranga se retrouve dans celui des pessos.

Le jeu des latruncules {larroti ), ou des calculi, dérive des pessos, avec des changements notables, bien entendu.

f.es larrons étaient, à Rome, ainsi qu’à la cour de Charlemagne, des gens de guerre fort estimables, et leur jeu ne pouvait être qu’un jeu de guerre. La rivière du jeu des pessos se retrouve sous le nom de ligne sacrée dans celui des latrimcules; les pièces avaient plusieurs marches, celle du cavalier, d’après un passage du Panégyrique de Calpumiiis Vison, était la même que de nos jours. Le jeu des latruncules était fort attachant, comme on peuten juger par diverses anecdotes qui nous

2;o variétés.

sont parvenues : celles de Julius Gains, de Scævola et autres.

Chez les anciens Egyptiens, un jeu de combinaison analogue à celui des échecs se jouait au moyen de latruncules; les échiquiers qui nous eu sont parvenus ne donnent aucune idée précise de ce qu’il pouvait être; mais il est certain, par leur grand nombre, qu’il était fort en vogue chez eux.

La rivière que les Chinois adoptèrent, à cause de la nature de leur pays, ne se trouve pas dans l’échiquier persan, non plus que dans celui des Indiens, où le climat n’est plus le même.

Presque aussitôt son apparition en Perse, ce jeu se répandit avec rapidité chez tous les peuples voisins, et il pénétra en Occident, où les mœurs oisives de l’époque l’accueillirent avec empressement.

Sa première apparition en France daterait de l’an 7o7, 800 ou 802.

Selon l’opinion de M. Duncan-Forbes {History of chess, Londres, 1801, in-8), l’histoire des échecs se diviserait en trois périodes distinctes. La première est celle de l’ancien jeu des Indous, appelé chaturanga, dans lequel les coups et la puissance de toutes les pièces employées auraient été à peu près les mêmes que de nos jours; son origine se perd dans la nuit des temps. L’échiquier avait, comme aujburdhui, 04 cases, mais non coloriées. On jouait à ce jeu quatre personnes à la fois, chacune ayant un roi, une tour, un cavalier et un fou (représenté par un navire), plus quatre pions.

Le roi, la tour, le cavalier et les pions, avaient alors la même marche que de nos jours, excepté que ces

piniti"

variétés.

deraiers ne pouvaient faire qu’un pas en commençant; les fous se mouvaient diagonalement à chaque 3® case, passant par-dessus leur case voisine;, sur laquelle ils n’avaient pas d’action, qu’elle soit occupée ou non par une autre pièce.

. Les deux joueurs face à face étaient alliés contre les deux autres, et les traits se décidaient en jetant un dé oblong à quatre côtés, sur lesquels étaient les nombres 2, 3, 4 et o, les 2 et 5 vis-à-vis l’un de l’autre, comme le 3 et le 4. L’ancienneté de ce jeu peut remonter, selon le môme auteur, à trois ou quatre mille ans avant le vr siècle de notre ère.

Il est probable que l’usage du dé a été abandonné de très-bonne heure, les plus anciennes lois des Indes, telles que celles du Thann, etc., la loi et la religion des anciens Indous prohibant strictement ces sortes de jeux de hasard combinées avec l'habileté.

La seconde période, celle du Shatranj, occuperait, selon l’historien anglais, un millier d’années, antérieurement au VI® siècle >de noire ère. La marche des pièces reste la même ; mais les deux forces alliées se sont réunies sur un seul côté de l’échiquier, un des deux rois devient une pièce secondaire dont le nom est Ferjin ou Wajir, ce qui signifie conseiller ou minislre avec une puissance réduite de moitié de celle qu’il avait comme souverain indépendant. Lu même temps la tour est transportée au coin de l’échiquier et le fou placé où il est resté depuis.

La troisième période, commence au vi® siècle; on y voit : t® l’extension de la puissance donnée au fou : on lui permet d’agir sur toute la longueur de la diago- ■ nale, au lieu de borner son action à la 3* case; 2“ l’é-

Î42 VARIÉTÉS

norme pouvoir combiné de la tour et du fou donné à la reine, etc.

Nicolas Fréret, membre de l’Àcadémie française, mort en 1749, Le discours de ce savant sur l’Origine du jeu des échecs a été prononcé par lui dans une séance extraordinaire de l’Académie, où se trouvait Louis XV; il a été inséré dans le t. V, p. 230 à 239, de l’Histoire de l’Académie royale des inscriptions et belles^ lettres, Paris. 1729, in4; dans les ÛEuures de cet auteur, Londres, 1776; Paris, 1792, t. III, an vu (1799); Didot, 1823, et dans le Palaméde, 1836, p. 138 à 143.

Une analyse détaillée de ce discours a été donnée dans le Journal des savants, 1729, p. 642.

Fréret n’est pas persuadé que les Grecs et les Romains aient eu connaissance des échecs ; il croit que c’est uniquement des ^écrivains orientaux qu’on en peut apprendre Forigine : les Persans avouent, selon lui, qu’ils le tiennent des Indiens, et les Chinois, qui le connaissent sous le nom de jeu de l’Éléphant, font le môme aveu. Il indique l’occasion qui fit inventer ce jeu dans les Indes, examine les noms que portent les pièces et qui n’ont de signification raisonnable, selon lui, que dans les langues de l’Orient.

Dans cette dissertation, Fréret fait observer que la première mention qui ait été faite des échecs dans l’Occident est due à nos vieux romanciers, et que c’est uniquement des écrivains orientaux qu’on en peut apprendre l’usage.

Le chevalier de Jaucourt donna une Notice historique sur les échecs, tirée de la Dissertation de Fréret ; dans le Dictionnaire encyclopédique de Diderot et de d’Alembert, articles Jeu et Echecs.

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Louis-Fr. Dubois, de l’Institut, est auteur de Recherches sur le jeu des échecs, imprimées (à Paris) en 180o, in-8 de 16 pages, et dans le t. 1, 1806, du Magasin encyclopédique, p. 48 à 62. Il cite les sources d’où il tire ce qu’il avance.

Arrhæologia, or Miscellaneous Tracts relatùig to antiquity. Published by the Society of Antiquaries of London. London, 1804 à 1844, 30 vol. in-4. Le 1. IX comprend Count de Brühl and M. Barrington on chess, p. 1 4-38 ; les Echecs en Italie, p. 26-27; inventés en Chine, p. 17-33; joués au Thibet, p. 17; chez les Grecs et les Romains, p. 17, 21 ; introduits en Europe, etc., p. 26, 28, 29, 32, 33, 36 et 37. Le t. XI parle des échecs aux p. 397 à 410. Le t. XXIV, p. 204 à 208, 239-240, 273 à 283-288.

Ahmed Ben Sirim, ’Ex tûv népouv xal AlKvimuv, Ttepi Zaïpixiou. DeZatricio, exPersarum et.Egyplorium disciplina. (Des Echecs en Perse, en Egypte, etc.) Voir Achmetis Filii Seizim Oneiro-critica, ed.Nic. Rigaltio. Lutetiœ, 1603, in-4, cap. ccxxxxi, p. 218. (Imprimé dans V Artemidori F. Oneiro-critica. Ibid. eod. anno, 4, und Apomasar, Apotelesmata, Francof., 1377, in-8, p. 331.) (Cité par Clodius, p. 23. — A. Schmid, p. 98.)

Voltaire dit que « l’esprit des Indiens paraît dans les jeux de leur invention. Le jeu que nous appelons les échecs par corruption fut inventé par eux, et nous n’avons rien qui en approche, il est allégorique comme leurs fables. C’est l’image de la guerre

Thom. Hyde regarde les échecs comme une invention indienne.

Will. Jones est auteur d’une Dissertation sur le jeu des échecs dans les Indes, insérée dans The Transactions

variété?.

of the Asiatic society, etc., traduite en français par Labaume, t. Il, desRecJierches asiatiques. Paris (1805), in-4. Il pense que le jeu des échecs est originaire des Indes, qu’il y était connu depuis des temps immémoriaux sous le nom de tchaiurunga, qui signifie les quatre angas ou parties intégrantes d’une armée *. Que ce jeu serait passé des Indes en Perse, au vi* siècle de notre ère.

La France littéraire, le Palamêde, 1836, p. 60, ont reproduit en partie cette dissertation, sous la signature de Pichard.

M. Fréd. Madden est auteur d’une savante dissertation sur les échecs ; il conclut que l’invention de ce jeu est indienne. (Voir Archæologia, t. XXIV, p. 209.)

M. Francis Douce, dans une communication sur l’origine des échecs, imprimée dans Y Archeologia, donne -la même conclusion que M. Madden. ^

Voici l’étymologie du nom Palamêde ; est

un des héros des Homérides qui figurent dans la Petite Iliade et dans les Cypriaques. Son nom vient probablement de nà)iTi, lutte, combat, et MéSto, commander.

La mythologie le donne comme fils de Namphius, roi de l’île d’Eubée, parti avec les princes grecs pour la guerre de Troie; il y aurait inventé le jeu d’échecs (du Pettia) pour contenir la patience de ses soldats et en même temps leur apprendre l’art de la guerre. U aurait dédié ce jeu au temple de la Victoire,

Alexandri Allexandro, liv. 111, chap. xxi, De Lad.

1. Il est dit dans l’Amaracôcha que ces quatre parties sont : Hastyasouarafhapddàthan, ou les éléphants, les chevaux, tes chars et les fantassins.

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Ui

gen., pense que les échecs furent inventés par Palamède à la guerre de Troie.

Cassiodore, dans la 31® de ses Epitres, regarde les échecs comme inventés par Palamëde.

Homère, vivant 900 ans avant J. C., rapporte que Palamède aurait inventé le jeu des échecs pendant la guerre de Troie, et il cite, dans son premier livre de VOdyssée, les amants de Pénélope, jouant à ce jeu devant la porte de cette reine.

Pausanias, dans scs Corinthiaques, et Philostrate, dans ses Eérotques, attribuent l’invention des échecs à Palamède. Les traducteurs ont rendu le mot pessos par tessera, dé. C’est là une des sources de la confusion dans laquelle tombent plusieurs commentateurs au sujet de divers jeux anciens.

Servius Maurus, dans ses commentaires sur l'Enéide de Virgile, liv. Il, donne à Palamède l’honneur de l’invention du jeu d’échecs.

Saint Grégoire de Nazianze, dans la première de ses Invectives, cite Palamède comme inventeur des échecs.

Sophocle regarde Palamède comme inventeur des échecs.

Joh. Meursius est auteur de la Grœcia ludibunda, sive de ludis Gracomm liber singuîaris; accedit D. Souterii Palamedes, sive de tabula lusmia, aléa, et variis ludis, Lugd. Bat. Elz., 1622, pet. in-8 de 70 pages. Brunet évalue, dans le Manuel du libraire, ce volume de 5 à 6 fr.; un exemplaire figure au catalogue Boulard, t. IH, p. 592, n» 4370. — Lugd. Batav. Elzev., 1625, 3 parties, pet. in-8. Tross, 10® cat. 6 fr. ; Gouttard, 12 fr.

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Ammieu Marcellin, liv. XXIV de VHistoire rotmine, dfe Pyrrhus comme inventeur des échecs.

Donat, dans ses Commentaires sur Térenee, attribue l’invention des échecs û Pyrrhus.

Ephore, de Sparte, regarde Pyrrhus comme inventeur des échecs. [Extraord. du Mercure galant, p. 38t.)

Sidoine Apollinaire, évéque de Clermont, dans le livre I de ses Epîtres, donne à Attale, roi de Pergame, en Asie, l’honneur d’avoir inventé les échecs.

Jean de Meung, dans sa continuation du Roman de la Rose, cite Attalus, mathématicien, mort 200 ans avant Jésus-Christ, comme inventeur du jeu des échecs.

Jean de Sarisbéry, dans son Polycratius, liv. I, ch. v, regarde Attale, roi de Pergame, en Asie, en l’an 620 de la fondation de Rome, comme inventeur du jeu des échecs.

Grégoire, le Toulousain, Syntag. Juris, liv. XXXV, chap. IV, attribue l’invention du jeu des échecs aux Hébreux.

Nicolas de Saint-Nicolaï, dans ses Parties du jeu des échecs, attribue l’invention de ce jeu à un chevalier et à une dame lombards présents au siège de Troie.

Sénèque, Traité de la colère, liv. II, chap. xiv, donne à Chilon, Lacédémonien, Tun des sept sages de la Grèce, l’honneur de l’invention du jeu des échecs.

Texeira, lib. I, cap. xxxv, dit que le jeu des échecs est venu de Perse, et que le nom latin scacchia vient de celui de son inventeur, persan de nation.

Jean de Vignay regarde Diomène, grec contemporain d’Alexandre le Grand, comme inventeur des échecs et auteur d’ouvrages sur ce jeu.

Xercès, ministre d’Enimelderacus ou d’Evilmerodac,

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fils de Nabuchodonosor, voyant son maître se livrer à tous les excès de la tyrannie et de la cruauté, inventa les échecs dans l’espérance que les attraits qu’offre ce jeu le ramèneraient à de meilleurs penchants. Extrait de Cessoles, Ludi schaccorum de moribus et offtciis nobih'um,..; de Grég. Ducchi, /a Scaccheide; de Polydore de Vergile, De inventoribus rerum. Amst. Elzev., 1671, liv. 11, chap. xni.

John Barrow, dans son Voyage en Chine, Londres, 17..,in-4, chap. 4, pense que le jeu des échecs est d’origine chinoise.

An Inquivy irUo the ancient greeh game supposed to bave been invented by Palamedes, antécédent to the siégé of Troy, uHth reasons for believing the same to hâve been hnown from remote antiquity in China, etc. (Recherches sur l’ancien jeu grec supposé avoir été inventé par Palamède, avant le siège de Troie, avec les raisons propres à montrer que ce jeu doit avoir été connu très-anciennement, en Chine, aux Indes, en Perse et en Europe, et modifié successivement) ; by J. Christie. London, Bulmer, 1801, in-4 de 169 pages et figures.

Une analyse française très-détaillée de cet ouvrage tiré en grande partie de Th. Hyde, Hist. nerdiludi, a été donnée par Sénébier, et imprimée dans le t. XVIII (Belles-Lettres), de la Bibliothèque britannique, p. 183.

Alliey a dû en donner aussi une traduction fran- • çaise.

J. Christie pense que le jeu des latruncules était le même que notre jeu do dames, et que le jeu grec du pettia, qui aurait de l’analogie avec nos échecs, aurait été inventé par les Scythes et serait passé de là en Grèce. Ce dernier jeu existe en Chine, où on le joue

VAIUKTËS.

aujourd’hui ; le jeu chinois a les cinq cailloux qui se meuvent sur les lignes ; on y trouve la ligne sacrée ; on y prend les pièces de la même manière ; mais il a l’allure militaire; les cailloux sont appelés soldats, et la ligne sacrée, une rivière qu’il faut traverser.

Eglès Irvin donna une Lettre curieuse sur le jeu des échecs chinois, datée de Canton, 14 mars 1793, imprimée dans les Mémoires de l’Académie de Dublin, t. IV, et dans les Archives littéraires de l’Europe, t. 111, 1804, p. 233 à 243. L’auteur cite des extraits curieux tirés du Concum, ou Annales chinoises, et conclut que les échecs auraient été inventés en Chine.

Averani (Giuseppe), florentin, mort en 1738, est auteur de : De Calculorum seu Latrunculorum ludo Disserlatio. Voir Miscellanea di varie operette. In Venezia, app. Tomm. Bettinelli, 1743, in-12, vii-160 pages.

Daines Barrington, membre de la Société royale des sciences de Londres, mort en 1800, a inséré de curieuses recherches sur les échecs, dans ses Disquisitions on the game of chess, impr. dans V Archœlogia, t. IX, p. 10.

J. Fr. Sarrasin, secrétaire des commandements du prince de Conti, mort en 1634, adressa à M. d’Arnauld, maréchal de camp, général des carabiniers du royaume, une lettre intitulée : Opinion du nom et du ■ jeu des eschets, imprimée séparément, en 1633, in-12; et dans les œuvres de cet auteur, publiées en 1646, 1636, 1638, 1663, 1664, p. 239; 1664, p. 237; 1683, t. 1, p, 392; 1694, t. I, p. 237, édit. d’Amst.; 1694, t. I, p. 392 ; et dans le journal le Palamède, 1836, p. 236.

P. M. Sagittarius, recteur du Gymnase d’Altem-

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bourg, publia une Dissertation latine sur les échecs et autres jeux anciens. Fréd. Alliey en a donné la traduction française dans le Palaméde, 1847.

Pédagogie et philosophie.

« On dit que les gens de la campagne sont fins pour leurs intérêts; oui, pour de petits intérêts!., mais ils n’entendent point leurs grands intérêts. Peu de cultivateurs sont en état de profiter d’un meilleur procédé qu’on leur offrirait pour labourer, semer, planter, etc. Nous regardons les échecs comme la logique du cultivateur. » {Dictionnaire des jeux, de Panckoucke, 1792, article échecs.)

Ce jeu, avec les diverses situations delà vie, le met au-dessus de tous les autres. En apprenant à jouer aux échecs on apprend à se gouverner. Voici l’opinion de Franklin à ce sujet : « Le jeu des échecs offre par luimême assez d’intérêt pour n’avoir pas besoin de l’appêt du gain ; plusieurs bonnes qualités d’esprit, utiles dans le cours de la vie, s’acquièrent et se fortifient par son aide, de façon à tourner en habitudes prêtes pour toute occasion, car la vie est une partie d’échecs. En jouant à ce jeu nous acquérons : 1 ® la pénétration; 2® le coup d’œil ; 3® la prudence; et 4® à ne pas nous décourager par l’apparence présente d’un mauvais état de nos affaires. »

V C’est un jeu tout noble, étant consacré à l’honneur et à la gloire. L’avarice n’y a point de part comme dans les autres jeux ; on n’y cherche point d’autre

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gain que celui de la victoire... 11 convient à toutes sortes de personnes et de condition^, au.v gens d’épée, de robe et d’église. Ce qui le rend convenable à la profession ecclésiastique c’est que ce jeu est sérieux, grave, d’un grand recueillement et d’une méditation continuelle... Tout dépend de l’esprit et de la conduite du joueur; comme on étale d’abord toutes les pièces sur l’échiquier, il n’y a pas lieu de faire des tours de souplesse et de surprise... Vida a tellement cru que ce jeu était sortable aux gens d’église, que dans son beau poème, il donne l’institution do ce jeu comme étant divine, et il y fait jouer les dieux aux noces de l’Océan, dont l’eau, qui en est l’élément, figure l’innocence et la pureté. Ce jeu est un préservatif contre les jeux de hasard. En Chine, on fait apprendre de bonne heure aux tilles à jouer aux échecs, avec le même soin qu’on leur apprend ailleurs à chanter et à danser. » Extrait de la Lettre à M***, touchant le jeu des échecs, 1 694, impr. dans le Eecueil de pièces curieuses. La Haye, 1694, in-8.

Les romans de Tristan de Léonnois, de Florimont, etc., nous apprennent que les échecs faisaient partie de Téducation des nobles au moyen âge.

Vers le milieu du xv® siècle, il a été écrit un poème français intitulé les Echecs amoureux. Un manuscrit sur vélin, de 143 feuillets à 2 col. â la page, écriture gothique, initiales et miniatures, se trouve à la bibliothèque de Dresde; il est marqué au catalogue O. 66. Ce manuscrit ne porte ni titre, ni inscription, ni nom d’auteur; il commence ainsi :

Tous les amoureux gentils

Spécialement aux soubtilz

VARIÉTÉS. 25i

Qui aiment le beau Jeu nottable,

Le jeu plaisant et délectable,

Le jeu très soubtil et très gent,

Veuil enuoyer et leur présente Geste escripture cy présente,

‘Car ils y trouueront comment Il fuy au ieu na pas gramment. •

Ce livre curieux parait n’dtre point terminé. A la 6n du 143* et dernier feuillet on lit ce mot : « Remulteplyer. »

Prosper Marchand, dans son Dictionnaire hütorigue, t. Il, p. 98j col. 2, parlant des Echecs amoureux ou Echecs d'amour : * C’est, dit-il, un ouvrage traitant de la Mythologie ou Explication de l’ancienne fable du paganisme, de la philosophie, de la physique et de la morale, et quelquefois même de la théologie, mais continuellement ramenée au jeu des échecs. »

11 existe à la Bibliothèque impériale deux manuscrits, l’un n® 6808, intitulé ;

Eschet amoureux et archiloge sophie, laquelle traicte de divers arts; in-fol. vélin à 2 col., 31 belles miniatures grandes et petites, vignettes autour des grandes miniatures et initiales. (Premières années du xvi« siècle, par Jacques le Grand, augustin ; dédié à Louis de France, duc d’Orléans.)

On ne trouve dans ce manuscrit qu’un commentaire en prose sur certains passages des Echecs amoureux. Quelques phrases de ce commentaire, qui sont parfaitement conformes au système orthographique du xm* siècle, peuvent le faire supposer de cette date.

L’autre manuscrit du même commentaire, coté n® 7570, semble antérieur à celui-ci d’un demi -siècle environ.

VARIÉTÉS

On y lit : « Ce livre présent fut fait et ordonné principalement à l’instance d’un aultre, fait en ryme n’a gueres et de novel venu à cognoissance qui est intitulé des Echecs amoureux et des Echecs d’amour, »

Ce commentaire se rattache presque uniquement à l’explication des fables de la mythologie païenne et des systèmes cosmogoniques de l’ancienne philosophie.

Ce manuscrit a sans doute été exécuté pour le jeune comte d’Angoulôme, depuis François 1'^. Dans la première vignette se trouve l’écu d’Orléans (dé France au lambel d’argent, dont chaque pendant est chargé d’un croissant de gueule) parti de Savoie (de gueule à la croix d’argent), surmonté d’un diadème, ou cercle de couronne royale. Dans la première miniature on voit autour d’un échiquier aux armes d’Orléans, le dos d’un jouvenceau, jouant avec une dame jeune encore, et derrière cette dame, un homme d’un âge mûr, décoré de l’ordre du Roi, et tenant un chien en laisse. Tout porte à croire que cette miniature représente le jeune François, comte d’Angouléme, Marguerite sa sœur, depuis reine de Navarre, et enfin, Artus de Gouffîer, chevalier de l’ordre du Roi et gouverneur des enfants du comte d’Angouléme.

Les miniatures du n” 6808 sont de la main de l’artiste qui décora un autre manuscrit. Les Histoires de Troyes, par Raoul Lefebvre. Manuscrit de la Bibliothèque impériale, portant le n“ 6896. Voir M. Paulin Paris, Manuscrits français, t. VI, p. 209 à 21b; Montfaucon, p. 785, col. 1.

Un exemplaire manuscrit du Livre des Eschetz d'amour se trouve aussi à la Bibliothèque royale des ducs

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de Bourgogne, à Bruxelles; il provient des fonds barrois.

Prosper Marchand, dans son Dktimmire, cite un manuscrit de cet ouvrage, se trouvant alors dans la bibliothèque du comte Charles Bentick, comprenant une table fort détaillée, un prologue assez étendu et 441 feuillets; le tout parfaitement bien écrit sur vélin, et orné de très -belles miniatures et lettres d’or et d’azur.

Le prologue commençait ainsi :

« Chi commence l’acteur de che présent livre à déclairier aulcunement la rime dudit livre Rimet, » et finit par ces vers :

Je lairray doncq ceste matere,

Tant soit-elle de grant mystère.

Je ny puis, briefment plus entendre,

Ne ma nef plus avant estendre;

Face qui voelt le romannant :

Il me convient ailleurs déduire;

Et Dieu voelle ma hef conduire.

L’ouvrage est en prose. Par le langage, il parait avoir été écrit en Picardie; le che pour ce, comme che livre, chette femme, y régnent partout.

Âmédée Conrad PfelTel, mort en 1809, donna un petit article philosophique sur les échecs, traduit de l’allemand en français, dans le Magasin pittoresque, 1840, p. 181, col. 2.

Th. Murner est auteur du Ludus Studentium Friburgensium cwn prophetia mirabili in fine; iaipr. en loi 2' pet. in-4 de 15 feuillets et titre gravé, fig. en bois.

La figure du titre représente deux personnages de l’époque, assis chacun sur un tabouret devant une table portant un trictrac avec ses pièces.

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La gravure du !•' chapitre représente une main dont les pointes des doigts sont marquées de voyelles ; 1 gravure au 3* chapitre ; au 4* chapitre se trouve l’échiquier de 15 cases sur 14, avec l’inscription : « Scacus quantitates syllabarum vocales quinque, cum earum figuris loti accommodati; » au 5* chapitre se trouve un trictrac avec des dés ; 1 flg. au chapitre 7 ; un échiquier de 210 cases au chapitre 9.

Dans sa préface, Th. Mumer fait remarquer qu’il n’est pas un joueur, et que son seul but est d’enseigner des syllabes d’une manière nouvelle.

L’ouvrage se divise en 10 chapitres ou parties différentes, ayant chacune un titre et une pagination particulière. C’est un jeu orthographique qui est appliqué aux échecs.

11 existe une édition antérieure, datée de 1511, in-4 de 1 1 feuillets, avec 6 gravures sur bois.

Gratian Dupont, dabs ses Controverses des sexes masculin et féminin (Toulouse, 1534, 1536, 1540 et 1541, liv. 11), donne des leçons de morale basées sur le jeu des échecs.

La Philosophie royale du jeu des eschets pour Hf*' le Dauphin, et autres œuvres mêlées, par G. du Peyrat, aumOnier de S. M. (Henri IV). Paris, Mettayer, 1608, in-8 de vi-148 pages. 1 feuillet pour le titre, 3 feuilets pour la dédicace au roi de France, 2 feuillets pour la dédicace au Dauphin. La première partie de 38 feuillets est la Philosophie des échecs.

Le Génie et la philosophie des échecs (sans nom d’auteur). Hambourg, 1799.

Le fond de cet ouvrage semble être tiré de la Philosophie royale du jeu des échecs. U a été réimprimé en

VARIÉTÉS

partie par Labourdonnais dans son journal le Palaméde, 1'® série, sous le titre : Théorie du jeu des échecs, et dans le Palamède, 2* série, 1844, p. 156 à 162 et 253 à 264.

Pièces du jeu.

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