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marchandise littéraire. Qui oserait lire une obs-
cénité offerte nature et présentée crüment ?
Alléché par la curiosité, en passant devant un
gros numéro, On peut rapidement risquer un coup
d'œil, mais on ne s’arrête pas et on entre encore moins. Il en est de même pour le livre effrontément impur, on le regarde, mais on ne le lit pas. L’ordure répugnera toujours où qu’elle soit, dans le volume ou dans le ruisseau. Si les fabricants d’érotisme moderne le présentaient brutalement et ne l’emmaillotaient point dans un jargon honnêtement libertin, il est probable que, perdant alors autant d’ argent qu'ils. en gagnent, ils fermeraient boutique et cesseraient vite ce commerce indélicat.
Ea literature actuelle ne peut mieux se comparer qu'à une ji/le rusée et savante, qui ne cache
avec soin et ne voile avec tant d’ Art des nudités
affriolantes que pour mieux les faire désirer et allumer dans la chair grésillante des appétits insatiables. Elle ne se décollète pas jusqu’au ventre, non, ce serait presque de la vertu, mais elle ménage ‘des étoffements tellement habiles et piquants qu’ils sont dix fois plus indécents que la nudité la plus complète. La prudente poignée de sable qui sert de manteau de Noë à nos statues publiques, a plus soulevé de curiosités indiscrètes et allumé de désirs coupables que n'aurait pu le faire la nudité naïve qu’elle signale. Ces précautions habiles sont de la provocation. Prenez au hasard n'importe laquelle de ces œuvres à succés du jour, lisez : chaque phrase, dés l’abord, vous semble aussi innocente que
FE agneau qui vient de naître et pourtant il en sort un parfum âcre qui vous grise et un feu
lent mais sûr, qui vous dévore. Chaque syllabe a son intention voluptueuse, chaque mot son trait
licencieux et chaque sous-entendu sa portée Hbertine. Rien ne parait plus inoffensif et plus
chaste même et rien ne met au cœur des ardeurs
plus tumultueuses et dans la chair des désirs
plus crépitants et plus inexorables.
Nos industriels littéraires n’ont qu’un but:
n'en pas dire trop de peur d’effrayer et de
” réveiller la loi, mais en dire assez et en sous-
entendre suffisamment pour amorcer et affrian-
der la pratique. Question d’argent, voilà! s’ils étaient honnêtes ou franchement canailles, ils ne vendraient pas, alors ils sont habiles et la mar- = chandise se débite à 60 et à 121 éditions. La
Méthode pour nourrir .et élever soi-même ses enfants et l’Art de tenir son ménage vont triste-
ment chez l’épicier entourer du poivre et du sel, pendant que Nana se vend et s’épuise à cinquante mille exemplaires, voilà la morale naturaliste de notre temps ! ; |
Ma foi! toutes choses égales, et ici ce n’est pas le cas, immoralité pour immoralité, pas-
. sionné glaneur de nos vieux bouquins, je préférerais leurs mots sans bride et sans corset, leurs | phrases qui sonnent un large et franc rire, leurs peintures de mœurs égrillardes et leurs descriptions chaudes et savoureuses à toute cette litté- rature moderne impudiquement alambiquée. Il n’y a rien à craindre de ce cocuage ancien un peu salé, frondeur et sensuel: c’est un franc et