‹ Bibliographie coréenneChapitre 56 sur 413 · initiales · texte numérisé non relu

initiales

dV INTEODTOnON.

tent comme tels, en comprend un certain nombre qui, malgré un aspect coréen, semblent bien dérivés du chinois : n'est-il pas permis de rapprocher maly cheval, de ma^^'^y surtout alors que cet animal a un nom presque semblable en japonais ^^^ ? le mot am^ femelle n'est-il pas voisin de eum^^^^ nom du principe femelle ? Si le chinois, en pénétrant dans la langue populaire, a subi d'importantes transformations, pourquoi des modifications phonétiques ne l'auraient-elles pas affecté aussi dans la langue httéraire ? Il s'en est produit un certam nombre depuis l'invention de \en moun : je n'en veux pour preuve que les prononciations vulgaires notées fréquemment par le Tjyen oun oh Jifyen (nS 68) à côté des prononciations correctes. La substitution fréquente de la lettre ^ à la lettre r, la chute de r au commencement des mots, l'adjonction de i après you . donnant un " u long totalement étranger au coréen du XVI siècle, sont des faits du même genre et qui tous s'appliquent aux sons des caractères chinois. Parleraije aussi de la confusion, constante devant les diphthongues ya^ ye, ete., de la série des palatales avec

% Muma : la première sjUabe disparaît presque dans la prononciation.

INTRODUOnON. CV

celle des dentales ? de la disparition des initiales chinoises J, ts, tsh ? Enfin l'entorse la plus curieuse donnée par les Coréens à la langue chinoise est la transformation en 2 du ^ final, qui existe encore dans les dialectes chinois du sud : pourqjioi supposer que cette l finale vient de Tancienne prononciation du Chan tang? je ne vois pas sur quel fait linguistique peut reposer cette assertion ; et je ne sais pas non plus pourquoi les CJoréens auraient tiré de cette province leur connaissance du chinois, puisqu'aucune dynastie n'y a résidé depuis l'époque oîi des relations suivies se sont établies entre la Cor^ et l'Empire. H semble bien plus naturel d'admettre que les CJoréens étaient incapables de prononcer le t final, et cela encore au XV? siècle, puisque tous les mots indigènes qui ont aujourd'hui cette terminaison, ont été écrits et s'écrivent encore avec une s finale. De» même, de l'absence des tons dans la prononciation coréenne du chinois, il n'est pas possible de conclure que ces tons se sont introduits dans la langue chinoise après qu'elle avait déjà pénétré en Corée ; il^emble au contraire bien naturel que les Coréens, dont l'idiome indigène n'offre rien d'analogue aux mtonations, aient néghgé tout ce qui les concerne. En somme, il faut, à mon avis, se borne/ à dire que la prononciation du chinois

CVI IKTBOBUCriON.

efl Corée peut nous permettre de retrouver certains faits relatifs aux transformations phonétiques de la langue chinoise ; mais il est dangereux d'affirmer que les Coréens emploient la prononciation chinoise d'une époque ou d'une province quelconques ^*^

L'élément chinois, qui a pâiétré dans le coréen au moyen des idéogrammes, s'est étendu jusqu'à la langue populaire, dont il a transformé l'aspect ; il est étrange que deux idiomes aussi opposés aient pu s'unir aussi intimement, il eût semhlé plus naturel que l'un remplaçât l'autre, comme il est advenu pour la langue littéraire. Le trait distinctif du coréen, c'est le verbe : pour s'en figurer la nature, un Européen doit mettre de côté toutes les idées qu'il peut avoir sur le sens du mot verbe, il n'en doit conserver qu'une 2 le verbe est un mot qui exprime un état ou une action. Des personnes et des nombres, il n'est pas question ; les temps et les modes se forment par l'adjonction de suffixes ; la racine verbale et les suffixes ont pour mission d'exprimer tout ce que rendent, dans les langues

1. La prononciation du chinois en Corée se fait encore remarquer par les traits suivants : maintien des anciennes finales dures et nasales ; diphthongues beaucoup moins nombreuses que dans le chinois moderne ; i chinois fréquemment remplacé par eut ou yei ; aspirations supprimées ou ajoutées sans règle apparentjf^

ÎOTÎBODTJcriOU. CVlt

européennes, outre le verbe même, les conjonctions de coordination et de subordination, de faire connaître les modalités de la pensée, telles que négation, affirmation, doute, possibilité, causalité, opposition, interrogation, exclamation ; d'indiquer le rang social de la personne qui parle, de son interlocuteur et de celle de qui on parle. L'adjectif est un verbe, c'est-à-dire qu'il contient toujours l'affirmation de la qualité, se conjugue à la façon du verbe et joue dans la phrase le même rôle que le verbe ; réciproquement le verbe proprement dit prend fréquemment la valeur d'un adjectif. Pour la construction, en coréen comme en japonais, on met en tête les mots qui correspondent au sujet, puis les mots de temps, les locatifs, Tmstrumental, tous les compléments divers ; alors seulemwt paraît le verbe ou l'adjectif attributif, suivi des particules qui répondent à nos conjonctions et à notre ponctuation. La langue coréenne est encore marquée par des règles phonétiques assez nombreuses, qui amènent de fréquentes mutations de lettres, et par une fusion des racines et de certains su£Bbces, qui est plus qu'une simple agglutination : par là, elle se rapproche des langues à flexions. Le génie de cet idiome est donc tout l'opposé de celui du chinois, dont la c(MQstruction est sensiblement^ conforme à celle du

CVin INTRODUCTION.

français et qui ignore toute conjugaison, toute modification phonétique.

Néanmoins les Coréens ont emprunté énormément à la langue chinoise, et le fait s'explique par la différence de culture qui existait au IV§ siècle entre les tribus guerrières et pastorales de la Corée, et leurs puissants voisins d'occident ; chez celles-là, la vie sociale, les arts, les connaissances générales, par suite aussi la langue, tout était dans Tenfance ; les autres arrivaient avec

une organisation militaire perfectionnée, radministration reposait sur des traditions vieilles de plus de mille ans, la constitution de la famille était d'origine encore plus antique, les commencements des arts et des sciences se perdaient dans le lointain des âges, la parole écrite était devenue un instrument délicat capable de montrer tout objet et de traduire toute pensée. Les barbares coréens, éblouis de l'éclat de cette civilisation, cherobèrent à l'acclimater chez eux ; les commodités de la vie, les besoins d'une administration qui se formait, les aspirations vers une religion nouvelle, tout les poussa vers la Chine ; à des idées neuves il fallait des mots neufs, les dialectes coréens auraient eu besoin d'une longue élaboration pour les fournir. H était plus simple de se servir de l'instrument qu'apportaient les Chinois ; cette Sujétjpn intellectuelle coûtait moins

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