‹ Bibliographie coréenneChapitre 57 sur 413 · INTRODUCTION. CIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. CIX

à ces peuples jeunes que la déférence exigée dès lors par TEmpire dans ses relations avec les états de la péninsule. Le chinois fut donc étudié avec enthousiasme, et bientôt on s'en servit pour écrire même les choses coréennes ; les mêmes faits se sont produits en Annam, chez diverses peuplades tartares et, dans une certaine mesure, au Japon ; si nous voulons trouver en Europe un point de comparaison, il nous faut songer au long règne du latin depuis les jours de la conquête romaine jusqu'au XVIB siècle et jusqu'aujourd'hui. ' Par cette intrusion du chinois, le développement littéraire du coréen fut suspendu pour des siècles'' et à tout

jamais modifié.

En effet, il n'est pas jusqu'à la langue la plus commune qui ne se soit remplie d'expressions chinoises ; on les entend dans la bouclie du plus bas peuple, on les trouve dans les romans et les chansons populaires, elles forment la moitié du vocabulaire de la langue usuelle ; souvent, d'ailleurs, elles sont fortement défigurées comme sens et comme prononciation. Elfes jouent, dans le coréen, le rôle de racines invariables, susceptibles de prendre les affixes des cas, de fournir des adjectifs et des verbes à l'aide de l'auxiliaire hâta (faire). Le nombre des expressions chinoises employées dans la langue parlée varie naturellement avec la

Gz iirrBODncTio2ff.

classe des interlocuteurs et avec les questions qui sont traitées ; il est presque toujours bien porte d'en mettre le plus possible ; s'il s'agit de félicitations ou de condoléances à présenter, de quelque devoir rituel à accomplir» la phrase ne contient plus que quelques terminaisons coréennes accolées à des mots chinois et devient incompréhensible pour l'auditeur non prévenu. Dans les romans et les cliansons en langue vulgaire, les mots chinois sont au moins aussi nombreux et ' employés de même sorte ; les citations d'auteurs chinois abondent, généralement sous forme d'allusions à des faits et à des personnages que tout le monde est censé connaître : c'est ainsi que des chansons qui ne sont même pas écrites, le Ouen ial ho ha (nS 427) par exemple, nous parlent de lA JPç, de Han Sin, de Oen aang^^K

Le style le plus proche de celui de la conversation et des romans est celui des clercs de yamen, le ni monuy dont j'ai déjà parlé à propos des caractères de Syel TchOng : la langue indigène y a encore une très grande place par la construction, d'une part, et aussi par toutes les particules écrites en ni do, qui sont purement coréennes : mais, à part quelques adverbes et

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quelques termes administratifs d'un usage fréquent, tout le reste est chinois ; les noms, les verbes sont écrits au moyen d'idéogrammes pris dans un sens voisin de leur sens primitif et prononcés suivant la prononciation coréenne de la langue chinoise.

La Gazette de la CJour (n? 1521), bien que tout entière en idéogrammes chinois, est en réalité écrite dans une langue mixte, dont le vocabulaire et la phraséologie sont voisins de la langue des yamens. Ainsi ridée de surveiller est exprimée par les deux caractères tchyeh kan^ ^ ^, celle de faire est rendue par ma ryen, |^ ^, des fèves s'appellent htai^ ^^ de la toile de coton pàih moTcy Q TJC ; ori^ qui veut dire un canard, s'écrit ovsl oi, ^ ^ : or ces expressions n'ont aucun sens en chinois ou ont un sens tout différent. L'emploi fréquent de ouiy ^, faire, et de tjya^ ^, quant à, vient évidemment de la présence constante en coréen de l'auxiliaire hâta et de la particule nàn ; m^ ^, affaire, mis à la fin d'une phrase ; l'impératif rendu simplement par le verbe sans caractère auxiliaire ; la brièveté de certaines phrases privées de verbe et où l'afltanation est exprimée par l'une des particules haho^ hàya^ hâni ajoutées par le lecteur ; le rejet fréquent du verbe à la fin de la phrase ; toutes ces particularités fgnt du style de \à,

CXII INTBODUCTION.

Gazette un intermédiaire curieux entre le ni moun et la langue littéraire.

Celle-ci n'est autre que du chinois, mais elle présente bien des variétés, très proches les unes des autres, et qui établissent une gradation insensible depuis le style que les Chinois déclarent incompréhensible jusqu'à celui qui satisfait leur goût. Les différences portent d'abord sur les expressions et les constructions ; les Coréens recherchent les expressions anciennes, mais les emploient sans grand discernement et le pastiche le meilleur se trahit toujours par quelque maladresse. Mais il y a surtout l'absence, dans le style coréen le plus semblable au modèle, de cette cadence que seul un lettré chinois sait mettre dans sa phrase et que seul il sait complètement apprécier, qui consiste dans un mélange des différents tons, dépourvu de règles précises, mais senti par l'oreille. Au XV? siècle, Sye Ke tjyeng^^^ déclarait que les Coréens ont un style spécial, différent de celui qui était usité en Chine sous les diverses dynasties ; mais, depuis lors, l'idéal semble avoir changé, et c'est l'imitation stricte du chinois qui est devenue la règle : comme les auteurs latins de la décadence copiaient les maîtres du commencement de l'Empire,

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