‹ Bibliographie coréenneChapitre 71 sur 413 · jE · texte numérisé non relu

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siècle prient, mais un assez grand nombre d'ouvrages nouveaux ont été écrits.

L'étude de la philosophie coréenne ne manquerait pas d'un certain intérêt : on ne trouverait dans la pensée de ces Asiatiques ni la profondeur des Hindous, ni la clarté des Grecs, mais peut-être ne manqueraitil pas de rapprochements avec la philosophie scolastique, soumise, comme celle des Coréens, au principe d'autorité et emprisonnée, comme elle, dans un réseau de formules. A coup sûr, on n'y verrait pas ce mouvement continu de la pensée qui, depuis l'antiquité, est la marque de la philosophie occidentale : il serait assez difficile d'^blir une démarcation bien nette entre les idées du XV? siècle et celle du XVIII? siècle, par exemple ; peut-être pourrait-on dire que les auteurs du XIV? siècle et du commencement du XV* ont étudié surtout la morale, la métaphysique étant l'œuvre de l'école de Htoi hyei et de quelques écrivains isolés du XVî et du XVIS siècles ; les rites auraient excité un intérêt spécial aux XVI? et XVIP siècles : mais il ne faudrait accorder à ces divisions qu'une valeur très approximative et se souvenir qu'elles laissent place à de nombreuses exceptions.

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Ce n'est pas seulement dans les ouvrages consacres à la morale, à la métaphysique, aux rites que sont exposées les idées confucianistes : on les trouve développées et paraphrasées dans une multitude de traités, de lettres, de rapports, de pièces rituelles, prières et autres, de postfaces, de préfaces, de dédicaces ; et les œuvres de ces diverses sortes forment les trois quarts dans toutes ces collections de pièces dues à des lettre célèhres, qui sont une des branches les plus importantes de la littérature coréenne Sous une forme moins dogmatique, plus déguisée, les préceptes de la morale chinoise, piété filiale, fidélité au souverain, équité, modestie, courage pour soutenir les idées que Ton a adoptées, reviennent presque à chaque phrase dans les œuvres de tous les genres ; souvent elles sont indiquées par un mot, rappelées plus qu'exprimées : mais elles sont au fond de tout et les supprimer, c'est détruire la substance la plus profonde, la plus intime de la pensée coréenne, comme ce serait anéantir notre littérature du moyen âge et du XVII? siècle que d'en retirer l'inspiration chrétienne.

Pour le Coréen, ces idées morales sont la prin-

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cipale source de l'art d'écrire ; le style, la valeur littéraire sont subordonnés à l'orthodoxie de la pensée, un lettré sage est toujours mis au-dessus d'un écrivain éminent. Le lettré digne de ce nom ignore ou condamne toute idée qui ne vient pas des anciens, comme le scolastique repoussait tout ce qui n'a pas été prévu par la Sible et par Aristote ; ces pensées anciennes doivent être exprimées par des mots anciens, l'écrivain doit chercher à se rapprocher des modèles classiques, sans jamais espérer les atteindre. L'originalité est con* damnable pour la forme comme pour le fond, il ne faut ni idées neuves ni expressions recherchées : bien des décrets royaux . en ont signalé les dangers aux lettrés et aux candidats des examens.

n en résulte que, dès qu'un écrivain trouve dans un ouvrage classique un passage ou une phrase correspondant à l'idée qu'il a dans l'œprit, il n'a garde de chercher une façon de dire personnelle : il transcrit le passage ou la phrase, joyeux de se couvrir de l'autorité d'un ancien. A côté de la citation directe et avouée, on trouve aussi l'emprunt d'une phrase, d'une expression, qui se fait sans rien ajouter pour indiquer le procédé et en laissant au lecteur le soin de reconnaître l'origine des termes employa* L'allusion n'est pas moins pratiquée : deux mots sont

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mis pour rappeler toute une page d'un auteur classique, ou une anecdote connue de l'antiquité, et ils prennent par là un sens détourné, souvent fort éloigné de la signification primitive, mais dont l'intelligence est nécessaire à qui veut comprendre tout le passage. Citations, emprunts, allusions ramènent dans la mémoire du lecteur des passages souvent relus, des œuvres longtemps feuilletées, lui présentent des idées qui lui sont familières, qu'il reconnaît avec plaisir, auxquelles il peut se fier, et l'écrivain moderne bénéficie d'une part de la faveur qui s'adresse aux anciens dont il rappelle les paroles ou les actions ; sans compter que le lecteur se sait gré à lui-même de l'instruction et de la sagacité dont il fait preuve pour comprendre ces passages difficiles, et en est d'autant mieux disposé pour l'auteur. Le style devient ainsi œuvre de marqueterie, et celui dont la mémoire est le mieux meublée, celui qui montre le plus d'ingéniosité à rapprocher ces lambeaux de phrases, est reconnu pour le plus grand écrivain : ce système est loin de la simplicité et du naturel que nous recherchons ; il amène à la compilation de ces recueils encyclopédiques par ordre de matières, où l'on est sûr de trouver ce qu'il y a à dire sur un sujet donné, et qui sont si nombreux en Extrême Orient ; et c'est souvent encore plus comme

cxLvm nrTBODUonoK.

répertoires de citations que œmme modèles littéraires, qu'ont été reimprimés en Corée tant d'ouvrages chinois des auteurs renommés.

Dans la prose, le Coréen jouit d'une liberté relative ; aussi bien n'étudie-t-il pas le oen tchang^^\ cette rhétorique chinoise, plus stricte et plus remphe de subdivisions que notre rhétorique classique. Mais en poésie, le système est le même ; la difficulté 01 est encore accrue de toutes les exigences de la métrique, de sorte que toute inspiration personnelle est exclue. Les Coréens ont copié les formes chinoises : l'ode ^^ pour la brièveté* et pour la rigueur des règles, pourrait être comparée au sonnet, mais à un sonnet hérissé à plaisir de prescriptions minutieuses ; c'est de beaucoup le genre le plus employé et le large usage qui en est fait, met en lumière le côté précieux et raffiné de la littérature chmoise et coréenne. Dans l'ode, le nombre des vers d'une pièce est fixé ; les vers sont tous de cinq ou de sept caractères ; chacun d'eux forme un sens complet, l'enjambement n'existant pa3 ; les vers de rang pair riment tous entre eux, par le dernier caractère seulement ; les rimes sont fixées par des tables, o\x tous les caractères de la langue sont répartis en un certain

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nombre de classes, tous les caractères d'une même classe riment ensemble, mais il n'est pas permis de faire rimer un caractère avec lui-même ; en dehors des caractères qui riment, le ton de presque tous les autres est fixé par des règles sévères : on a pu ainsi construire des modèles schématiques de toutes les formes dont Tode est susceptible, la confection d'une ode consiste seulement à remplir ce cadre tout fait d'expressions toutes faites ingénieusement agencées. On voit qu'il ne reste pas de place pour l'originalité dans ces bouts-rimés perfectionnés. Les vers hrréguliers^^^ ont des règles moins strictes : l'étendue de la pièce n'est pas limitée, elle se divise en couplets monorimes, la rime portant toujours sur les vers de rang pair ; dans un même couplet les vers sont presque toujours de même longueur, mais la longueur des vers de chaque couplet est laissée au choix du poète ; l'enjambement est interdit ; ce genre est réservé aux descriptions. L'épigramme^^^ est composée de vers de quatre caractères, la longueitt de la pièce n'est pas déterminée ; les règles pour les rimes sont les mêmes que dans l'ode, mais l'accentuation des autres caractères y est beaucoups moms fixe : ce genre, imité des anciennes poésies chinoises, a beaucoup plus

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