CLXXX INTRODUCTION
des faits œnnus de Thistoire chinoise et coréenne, ou sont des œuvres d'imagination sans aucun fondement historique : même parmi ces derniers, Tintrigue d'un grand nombre se passe en Chine, tant est bien établi l'ascendant de ce pays sur les esprits coréens ; d'ailleurs cette Chine des romans est toujours peu réelle, les anachronismes abondent et les personnages expriment sans cesse des idées coréennes nullement déguisées. Quel que soit le lieu de la scène, les traits communs de ces ouvrages sont nombreux et manifestes : les études de caractères sont nulles ; les personnages sont toujours les mêmes, étudiant qui devient docteur ou jeune guerrier qui repousse les ennemis, jeune fille douée de toutes les perfections physiques et morales, père qui s'oppose au bonheur des jeunes gens, méchant mandarin qui convoite la jeune fille et dont les calonmies sont démasquées, grand fonctionnaire bienfaisant, bonze versé dans l'art de la guerre et dans les sciences occultes : les înêmes types se retrouvent partout et deviennent vite de vieilles connaissances. L'intrigue est monotone : il s'agit d'arriver au mariage des jeunes gens, ou à la reconnaissance d'un fils longtemps perdu ; les événements s'accumulent, guerres, rapts, naufrages, songes, signes miraculeux, calomnies, exils se succèdent sans trêve ; le seul intérêt est celui de la
IlîTRODUCnON. CLXXXI
curiosité tenue en éveil, qui se demande comment pourra se débrouiller un écheveau aussi compliqué, et qui est souvent déçue par la maladresse du dénouement. Quand on a lu deux ou trois de ces productions, on les connaît toutes. On trouve parfois quelques descriptions de paysage assez fraîches, ou des traits de caractère heureusement -saisis et qui ne sont pas dépourvus d'intentions satiriques : mais les descriptions sont toujours les mêmes et deviennent vite fastidieuses, et les traits de caractère s'amassent de façon exagérée, tournent à la grimace. Parfois l'intrigue prend une allure fantastique et a des péripéties assez imprévues ; mais de temps en temps les invraisemblances sont tellement grandes, le fil qui relie les personnages est si ténu,. que l'ouvrage devient inférieur en intérêt aux plus faibles de nos contes moraux à l'usage des enfants.
Après les romans, la littérature populaire nous offre des chansons assez nombreuses, quelques-unes sont imprimées, la plupart se trouvent dans des volumes manuscrits, beaucoup ne sont écrites nulle part ; de noms d'auteur et de dates, il n'est pas question. Ces poésies se font remarquer par un vif sentiment de la nature, un réel talent de description, une teinte tantôt sentimentale, tantôt légèrement ironique ; l'amour