INTRODUCTION. CLXXXVII
lettré coréen, le centre du monde et lui-même se tient pour Tunique dépositaire de la doctrine; Tignorance et la vanité qui en résultent, dépassent l'attente : à entendre parler un Coréen, il semble parfois qu'on entende un de ces Grecs antiques, seuls civilisés au milieu des barbares et pour qui le monde commençait à la mer Egée et allait à peine jusqu'à la mer Ionienne ; mais la Grèce a joué un bien autre rôle dans le monde.
Telle qu'elle est cependant, bien inférieure à la littérature chinoise, à la littérature japonaise aussi qui a su conserver une part d'originalité malgré les emprunts faits à l'étranger, la littérature coréenne l'emporte de beaucoup sur ce qu'ont produit les Mongols, les Mantchous et les autres élèves de la Cliine. Mieux qu'aucun d'eux, la Corée s'est assimilé les leçons reçues, a fait siennes les idées apprises, les a mises en pratique avec une rigueur, en a tiré des conclusions avec une logique que la Chine n'a pas connues ; le dévouement des sages coréens à leur théories, à leur foi, peut bien leur mériter une place d'honneur à cote des sages chinois : ils ont, en somme, créé une religion confucianiste qui n'existait pas en Chine, et plusieurs sont morts pour elle. Et dans l'histoire, les écrivains ont porté assez de simplicité, d'honnêteté, de critique impartiale pour avoir droit à un haut rang.
CLXXXVm iKTBODtJCnON.
La clarté de l'esprit coréen apparaît dans la belle impression des livres, dans la perfection de l'alphabet, le plus simple qui existe, dans la conception des caractères mobiles où iî a atteint le premier ; et je ne veux pas parler ici de toutes les coimaissances, de tous les arts reçus de la Chine, développes et transmis aux Japonais. Le rôle de la Corée a été considérable dans la civilisation de l'Extrême Orient : si la situation y avait été analogue à celle de l'Europe, les idées et les inventions coréennes auraient remué tous les jmys d'alentour ; mais les barrières élevées par l'orgueil de race et la conception de l'état, étaient plus hautes, le respect du passé imposait l'immobilité. Resserrée entre deux puissants voisins, remarquablement doués, l'un pour l'art et la guerre et l'organisation, l'autre pour toutes les branches de la littérature et pour les luttes de la vie pratique ; pays pauvre, à communications difficiles, la Corée, surtout depuis quelques siècles, n'a eu de rapports avec l'étranger que pour être pillée et asservie ; elle a vécu en elle-même, ses forces d'invention n'ont pas dépassé ses frontières, ses idées élevées, à l'étroit dans le royaume, se sont changées en ferments de discordes, elle a été déchirée par des partis, ces divisions ont arrêté tout progrès social : c'est ainsi que s'explique la triste
INTBODUCriON.
situatioD actuelle. Les dons que ce peuple avait reçus, ont ainsi tourné contre lui-même et il n'a pu remplir son mérite et son génie, entravé par l'inclémence de la destinée.
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