‹ Bibliographie Cornélienne; ou, Description raisonnée de toutes les éditions des œuvres de Pierre Corneille, des imitations ou traductions qui en ont été faites, et des ouvrages relatifs á Corneille et á ses EcritsChapitre 10 sur 108 · Cinna || ov || la Clémence || d'Avgvste || Tragédie · texte numérisé non relu

Cinna || ov || la Clémence || d'Avgvste || Tragédie

Horat. cui lecta potenter erit res || Nec facun-

dia deseret hune, nec lucidus ordo. || Imprimé à Rouen aux despens de VAutheur, & se vendent. || A Paris, Chez Toussainct Quinet, au Palais, soubs || la montée de la Cour des Aydes. \\ M. DC. XLIII [1643]. Auec Priuilege du Roy, in-4 de S ff., I !() pp. et 1 f. blanc.

L'édition est précédée d'un frontispice gravé, qui représente les conjurés implorant la clémence d'Auguste, avec ce titre en haut: Cinna ou In Clémence d' Auguste, et dans le coin inférieur de droite : A Paris, Chez Tous. Quinet, au Palais, auec Pri. 1643. Ce frontispice est compris dans la sign. â, et précède 7 autres feuillets prél. contenant: le titre, 1 f.; la dédicace à M. de Montoron, 3 ff'., dont le dernier est blanc au verso; l'extrait de Sénèque, de Clementia, 1 !'.; l'extrait de Montaigne, Essais, liv. I", 1 f.; VExtrait du Privilège et la liste des Acteurs, 1 f. Les 110 pp. sont entièrement imprimées eu caractères italiques.

Le privilège de t "mna est accordé directement à Corneille, et les conditions en sont aussi favorables que celles du privilège du Cid. Il > esl dit : « 11 esl permis à nostre amé et féal Pierre Corneille nostre Conseiller e1 Advocal gênerai à la Table de Marbre des Eaues et Forests de Rouen, de faire imprimer nue Tragédie de sa composition intitulée Cinna, ou Im clémence d'Auguste, durant le temps de vingt ans, à compter du jour que ladite pièce sera achevée d'imprimer. Et deffenses sont faictes à tous Imprimeurs et Libraires d'en imprimer, vendre el distribuer d'autre impression que celle qu'aura fait faire ledit Corneille, ou ses ayans cause, sur peine de quinze cens livres d'amende, confiscation des exemplaires, et de tous despens, dominterests, ainsi qu'il est porté par les lettres de Privilège. Donné à Fontaine-bleau, le premier aoust 1642. Signé Clier. Et scellé du grand sceau de cire jaune. » Corneille fit imprimer la pièce à ses frais, comme l'indique la mention portée sur le titre, mais il s'entendit avec Quinet, au moment de la mise en vente. Il est fait mention, à la fin du Privilège, de la cession consentie par le poète, en faveur de ce libraire. Corneille déclare lui transporter tous ses droits « ainsi qu'il a esté accordé entre eux ». L'achevé d'imprimer est du 18 janvier 1643. On a lieu d'être surpris de cette date, si l'on observe que l'arrangement intervenu entre Corneille et Quinet ne fut conclu que le 27 janvier. Voici ce qu'on lit, à ce sujet, dans les Mémoires de Mathieu Mole :

« Le 16 juin [1643], sur la requête de Toussaint Quinet, marchandlibraire à Paris, il y eut arrêt de la Cour, ainsi qu'il suit : « Vu par la Cour les lettres patentes du Roi, données à Paris le 21 juillet 1642, signées : Par le Roi en son Conseil, Le Brun, et scellées sur simple queue de cire jaune, par lesquelles et pour les causes y contenues, ledit Seigneur auroit permis à Toussaint Quinet, marchand libraire à Paris, d'imprimer, vendre et débiter, pendant sept années entières, les Harangues héroïques des hommes illustres, tant anciens que modernes, tirées de plusieurs auteurs et en plusieurs volumes, en telles marques, caractères et autant de fois que bon lui semblera, durant ledit temps, à compter du jour que lesdites Harangues seront achevées d'imprimer, et fait défenses à toutes personnes de les imprimer, ou faire imprimer, vendre ni débiter, sans le consentement dudit Quinet, sous les peines y contenues. Vu aussi autres lettres patentes du Roi, données à Paris, le 1er août dudit an 1642, par lesquelles ledit Seigneur auroit aussi permis à maître Pierre Corneille, conseiller du Roi et avocat général du siège de la Table de marbre des eaux et forêts de Rouen, de faire imprimer, vendre et débiter une tragédie de sa composition, intitulée : Cinna, ou la Clémence d'Auguste, aussi en telles marques et caractères et autant de fois qu'il voudra, pendant l'espace de vingt ans, aussi sous les peines et aux charges y contenues; la cession et transport fait par ledit Corneille dudit Privilège audit Quinet de faire imprimer ladite tragédie, du 27e janvier, passée entre eux sous seing privé, requête présentée à ladite Cour par ledit Quinet à

CORNELIENNE.

l'm d'entérinement desdites lettres, conclusions du procureur général du Roi, tout considéré : ladite Cour a ordonné et ordonne que lesdites lettres des 21e juillet et 1er août dernier seront enregistrées au greffe d'icelle, pour jouir par ledit Quinet de L'effet et contenu •mi icelles, selon leur forme e1 teneur, aux charges y contenues. » Mémoires de Mathieu Mole, publiés par Aime Champollion-Figeac, t. Ille. (Paris, 1856, in-8, pp. 66 sq.)

Il ne serait pas impossible que l'achevé d'imprimer eût été antidaté de quelques jours, pour bien constater que l'impression s'était faite aux frais de l'auteur.

.M. Edouard Fournier (Notes sur la vie de Corneille, pp. cxvn sq.) s'est efforcé de démontrer que le sujet de Cinna .avait été inspiré par les événements dont Rouen fut le théâtre en 1639, et qu'en mettant sur la scène la clémence d'Auguste, l'auteur du Cid avait eu la pensée de protester indirectement contre les exécutions que le chancelier Séguier ordonna contre les partisans de Jean-va-nu-pieds. Il n'est pas impossible que le poëte ait été guidé dans ses développements par le désir d'inspirer la modération aux agents du cardinal ; mais nous croyons, quant à nous, qu'il n'aura puisé son sujet, comme celui d'Horace, que dans ses lectures journalières sur l'histoire romaine. Nous ne pensons pas qu'il ait pu songer à l'aire la leçon à Richelieu, qu'il s'appliquait au contraire à ménager depuis la querelle du Cid.

Cinna l'ut joué sur le théâtre du Marais, vers la fin de 1640. Les frères Parfaict (Histoire du Théâtre François, t. V«, p. 92) placent la représentation à la fin de 1G39; mais, comme Horace venait à peine d'être joue le 9 mars 1640, c'est là une erreur évidente.

De même que le Cid, Cinna fut représenté en costumes de cour de l'époque, c'est-à-dire que les hommes avaient la fraise plate, les hauts-de-chaiisse à bouts de dentelle, le justaucorps à petites basques, la longue épée, les souliers à nœuds énormes; et les femmes le corsage court et rond, le sein découvert, la grande, ample et solide jupe à queue, les talons hauts, les cheveux crêpés et bouffants ou retombant en boucles. Auguste portait une couronne de lauriers par-dessus sa vaste perruque. (Voy. Curiosités théâtrales anciennes et modernes, françaises et étrangères, par V. Fournel; Paris, Adolphe Delahays, 1859, in-16.)

On ne peur dire avec certitude quels acteurs eurent l'honneur d'interpréter pour la première fois cette tragédie. On sait seulement qne Bellerose remplit, le rôle de Cinna (le Théâtre François, par Chapuzeau, p. 123); Floridor et Beauchâteau lui succédèrent (Pratique du Théâtre, par l'abbé d'Aubignac, p. 52).

Du 3 mai 1059 au 28 mai 1680, la troupe de Molière donna 10 représentations de Cinna. Les détails que nous fournit le Registre; de Lagrange nous prouvent que la vogue des pièces de Corneille ne fut pas constante. Le mardi 18 novembre 1659, un spectacle composé de Cinna et des Précieuses ridicules, alors dans leur nouveauté, rapporta aux comédiens 533 livres, tandis que le mardi 3 octo-

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lire 1662, Cinna, donné seul, ne produisit qu'une recette d6 65 livres !

Le Manuscrit du Dauphin, dont nous avons parlé plus haut (n° 9), nous donne pour Cinna, au commencement de 1685, la distribution suivante :

DAMOISELLBS.

Emilie : Chanmeslé.

Fulvie : Poisson.

Julie [Livie] : Guiot, ou Bertrand.

HOMMES

Cinna : Baron.

Auguste : Chnnmeslé,

Maxime : Villiers, ou la Torilliere.

Euphorbe : Raisin.

Policlette : Beauval.

Evandre : Hubert.

Cinna subit à la scène des coupures analogues à celles qui furent pratiquées dans le Cid. Le rôle de Livie fut supprimé, comme celui de l'Infante. Voltaire dit, en parlant de cette suppression, qu'elle remonte à plus de trente ans {Œuvres de Corneille, édition de 1764). Les actrices chargées du personnage d'Emilie n'hésitèrent pas à retrancher le grand monologue placé en tête de la pièce ; mais Voltaire obtint qu'il fût conservé. Quant au rôle de Livie, il fut rétabli pour une représentation donnée à Saint-Cloud en 1806, sans que les sociétaires du Théâtre-Français eussent l'idée de le remettre à la scène. Ce n'est que le 21 novembre 1860 que la pièce a reparu dans son intégrité.

De tous les acteurs modernes qui ont joué dans Cinna, celui qui a laissé les plus durables souvenirs est Joanny (m. en 1849), qui donnait au rôle d'Auguste une grandeur qu'aucun artiste n'a su lui donner depuis. Quant au rôle d'Emilie, il a été joue 60 fois par Jfn« Racket.

Les 692 représentations de Cinna données au Théâtre-Français, de 1680 au 28 février 1875, se décomposent de la manière suivante : sous Louis XIV : à la ville, 139; à la cour, 27; — sous Louis XV : â la ville, 92; à la cour, 22 ; — sous Louis XVI : à la ville, 43; à la cour, 9 ; — sous la Révolution : 7 ; — sous le Directoire, le Consulat et l'Empire : à la ville. 130; à la cour, 5; — sous la Restauration : à la ville, 57; — sous Louis-Philippe : 110; — sous la seconde République : 8 ; — sous le second Empire : 36 ; — sous la Republique : 7.

Vendu : 300 fr., exempl. à relier, Huillard, 1870 (n°592) ;— 135fr.. mar. r. ancien, exempl. court de marges et raccommodé, Potier, 1870, no 1227.

!1. Cinna || ov l| la Clémence || d'Avgvste. || Tragédie. || Horat.... cui lecta potenter erit res || Nec facundia de

seret hune, nec lucidus ordo. || A Paris, || Chez Toussainct Quinet, \\ au Palais, soubs la montée de la || Cour des Aydes. || M. DC. XLIII [1643]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 10 ff. prélim. eL 76 pp.

Collation des feuillets préliminaires : frontispice gravé représentant une aigle romaine qui abrite, à l'aide d'une draperie qu'elle tient dans ses serres, la louve dont Romulus et Remua prennent le lait ; sur la draperie on lit : China, ou la Clémence d'Auguste, et au bas, dans un cartouche : .4 Paris, chez Tous. Quinet, au Palais. Auec Priuilege du R<>y. 1643; 1 f. pour le titre imprimé; 3 ff. pour li dédicace; 4 ff. pour les extraits des auteurs; 1 f. pour V Extrait du Privilège et les noms des Acteurs.

L'extrait du privilège et l'achevé d'imprimer sont les mêmes que dans L'édition in-4.

Cette édition in-12 fait partie du recueil de 1647.

Vendu : 14 IV., velin, exempt, taché, B"* [Bordes], 1873 (n» 356).

22. Ginna il ov II la Clémence || d'Avgvste || Tragédie. || Horat. — cui lecta potenter erit res || Née facundia dcseret hune, nec lucidus ordo. || Imprimé à Rouen, & se vend || A Paris, || Chez Tuussainct Quinet, au Palais, sous || la montée de la Cour des Aydes. || M. DC. XLVI [1646]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de S ff. et 96 pp.

Collation des feuillets préliminaires : titre ; 2 ff. pour la dédicace à Monsieur de Montoron; 1 f. pour l'extrait de Sénèque ; 1 f. pour l'extrait de Montaigne ; 2 ff. pour la Lettre de Monsieur de Balzac à Monsieur Corneille, sur le sujet de cette Tragédie (imprimée ici pour ta première fois); 1 f. pour VÉxtrait du Privilège et les noms des acteurs.

Ce qui fait le prix de cette édition, c'est la lettre de Balzac à Corneille, donl voici le début :

c* Monsieur, « J'ay senty un notable soulagement depuis l'arrivée de vostre paquet. Je crie donc miracle, dés le commencement de ma Lettre : Vostre Cinna guérit les malades : Il fait que les paralytiques battent des mains : Il rend la parole à un enrumé, qui l'avoit perdue avec la voix ; et la luy rend pour les employer l'une et l'autre en perpétuelles exclamations, et pour dire sans cesse, La belle chose. Vous avez peur neantmoins d'estre de ceux qui sont accablez par la majesté des choses qu'ils traittent. Vous croyez estre inférieur à vostre matière, et n'avoir pas apporté assez de force pour soutenir la grandeur Romaine. Quoy que cette modestie me plaise,

elle ne me persuade pas, et je m'y oppose pour l'interest de la vrriic. Vous estes trop subtil examinateur d'une composition universellement approuvée : Et s'il estoit vray qu'en quelqu'une de ses parties vous eussiez senty quelque faiblesse, ce seroit un secret entre vos Muses et vous, car je vous asseure que personne ne l'a reconnue. »

L'extrait du privilège et l'achevé d'imprimer sont les mêmes que dans l'édition de 1643.

Vendu : 27 fr. mar. r. (Cape), Giraud, 1835 (n° 1G36).

23. Cinna, ov la Clémence d'Avgvste, Tragédie. Horat. — cui lecta potenter erit res Nec facundia descret hune, nec lucidus ordo. Imprimé à Rouen, & se vend A Paris, Chez Toussainct Quinet, au Palais, sous la montée de la Cour des Aydes. M. DG. XLVI (1646]. Auec Priuilege du Roy. In-12.

Édition citée par les bibliographes, en particulier par M. Marty- Laveaux (t. XII, p. 524). Nous ne sommes pas parvenu à en trouver un exemplaire.

24. Cinna, || Tragédie. || A Rouen, & se vend \\ A Paris, Chez Guillaume de Luyne, Libraire Iuré, au Palais, en la Gallerie des Merciers, à la Justice; [ou Chez Thomas Iolly, au Palais, dans la petite Salle, à la Palme, & aux Armes de Hollande; ou Chez Louis Billaine, au Palais, || au second Pi Hier de la (jrand'Sale à la \\ Palme, & au grand César]. || M. DC. LXIV [1664]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff. et 71 pp.

Collation des feuillets préliminaires : titre; 2 ff. pour la dédicace; 3 ff. pour la lettre de Balzac et les noms des Acteurs.

Au verso de la page 71 se trouve un extrait du privilège de janvier 1C53, avec mention de la cession faite par Corneille à Courbé et à de Luyne, et par Courbé, pour sa moitié, à Jolly et à Billaine. On lit à la fin : Acheué d'imprimer pour la première fois [en] vertu du présent Priuilege, le dernier d'Octobre 16G0, à Rouen, par Laurens Maurry.

25. Cinna, Tragédie. Par P. Corneille. A Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers, sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loy-

son, au premier Pillier de la grand' Salle proche les Consultations, au Nom de Jésus. Pierre Traboi'nllel, dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Faux et Forets. M. DG. LXXXII [1682]. Avec Privilège du Roy. In-12.

Nous avons cité plus haut (n°s 14 et 19) des éditions du Cid et d'Horace avec la date de 1682; nous croyons pouvoir affirmer qu'il a été fait des tirages à part, sinon des 32 pièces contenues dans le recueil de 1G82, du moins des 16 pièces qui forment les tomes IIe et IIIe de cette édition. Nous n'avons vu par nous-même ou rencontré dans les catalogues que cinqde ces tirages à part : le Cid, Horace, Pompée, Théodore et Œdipe, mais ces indications nous ont paru assez significatives pour que nous n'ayons pas hésité à faire figurer, sous la date de 1682, toutes les pièces comprises entre le Cid et la Toison d'Or.

Cbma doit compter 2 ff. pour le titre, l'Extrait du Privilège et les Acteurs, et 63 pp.

26. Polyevcte || martyr. || Tragédie. || A Paris, || Chez Antoine de Sommauille, en || la Gallerie des Merciers, à l'Fscu |1 de France. \\ Au Pa- || lais. \\ & Augustin Courbé, en la mesme || Gallerie, à la Palme. || M. DG. XLIII [1643]. || Auec Priuilege du Roy. In-i de 8 ff. prél., 121 pp. et 1 f.

Collation des feuillets prélim. : frontispice gravé qui représente les chrétiens brisant les idoles dans un temple ; on lit sur le mur du temple le titre : Polieucte, martir ; titre imprimé; 3 ff. pour la dédicace à la reine régente; 3 ff. pour Y Abrégé du martgre de saint Polyeucte et le nom des Acteurs.

Au verso de La page 121 commence le privilège, qui se développe sur le recto du feuillet suivant. Il est daté du 30 janvier 1643, et est accordé pour dix ans à Corneille lui-même. On lit à la fin : Acheva d'imprimer à Rouen pour lu première fois, aux dépens de l'Authcur, par Laurens Maurry, ce 20. jour d'Octobre 1643. Il n'est pas fait mention de la cession aux libraires. L'achevé d'imprimer ne se trouve pas dans un exemplaire que nous avons vu chez M. Benzon.

A l'époque où Corneille entreprit de mettre sur la scène un mar-

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tyr chrétien, il y avait plus de vingt ans que les drames religieux, renouvelés dos mystères du moyen âge, avaient disparu du théâtre. Dans les premières années du dix-septième siècle, quelques auteurs de province, comme J. Gauche, J. Boissin de Gallardon, Denis Coppée, etc., avaient emprunté à la Bible ou aux légendes des Saints Le sujet de plusieurs tragédies; mais, à mesure que le goût s'était formé, la fable avait été remise en honneur. Les pièces de Hardy, de Rotrou et de Scudérj sont entièrement païennes, et l'auteur du Traité de la disposition du poème dramatique ne fait que se conformer aux usages reçus, quand il reconnaît que les arguments tirés des livres saints » sont plus propres en particulier qu'en public, et dans les collèges de l'Université ou dans les maisons privées, qu'à la cour ou à l'Hôtel de Bourgogne ». Baro songea le premier à revenir aux sujets chrétiens. Il mit sur la scène un Saint Ettstache, martyr, qui donna peut-être à Corneille l'idée de Polyeucte. La pièce de Baro ne fut publiée qu'en 1649, mais nous savons qu'elle avait été jouée vers 1639.

Dans un chapitre manuscrit ajouté à l'exemplaire de la Pratique du Théâtre que possède la Bibliothèque nationale, l'abbé d'Aubignac dit ce qui suit : « Depuis peu d'années, Barreau mit sur le théâtre de l'Hostel de Bourgogne le martyre de saint Eustache, et Corneille ceux de Polyeucte et de Théodore » (Voy. Marty-Laveaux, t. IIIe, p. 4G7) ; Baro lui-même s'exprime ainsi dans la préface de Saint-Eustache : « Cher lecteur, je ne te donne pas ce poëme comme une pièce de théâtre, où toutes les règles seroient observées, le sujet ne s'y pouvant accommoder : c'est sans doute que je n'y aurois point travaillé, si je n'y avois été forcé par une autorité souveraine; la mesme obéissance qui nie le fit composer, me le fait mettre en lumière, après m'en estre défendu depuis dix ans : et j'ay cru enfin que je devois ceste justice au sieur des Fontaines, qui a fait imprimer le sien sans se nommer [des Fontaines avait publié, en 1643, un nouveau Martyre de saint Eustache], de ne souffrir que son nom et le mien fussent confondus dans un mesme ouvrage. »

Corneille, dominé par des idées pieuses, crut pouvoir suivre l'exemple donné par Baro. Il mit Polyeucte sur la scène, malgré l'accueil assez froid que la pièce avait reçu à l'hôtel de Rambouillet. S'il faut en croire Voltaire, ce serait un prélat, Godeau, évêque de Grasse, qui aurait été le plus opposé à l'introduction des sujets chrétiens sur la scène.

On admet généralement que Polyeucte fut représenté à la fin de l'année 1640. M. Mnrty-La veaux lui-même adopte cette opinion dans la notice qu'il a mise en tête de la tragédie (t. IIIe, p. 468) ; mais il s'est aperçu plus tard, en reproduisant une lettre latine adressée à Corneille par le conseiller Claude Sarrau (t. Xe, pp. 438 sq.), que la représentation ne pouvait être antérieure à l'année 1643. Dans cette lettre, datée de la veille des ides de décembre (12 décembre) 1642, -Sarrau parle des trois grandes pièces déjà composées par Corneille

CORNE LIENNE.

et de la quatrième qu'il prépare : « Ut valeas tu cum tuis Musis scire imprimis desidero, et utrum tribus eximiis et divinis tuis dramatis quartum adjungere mediteris... Inaudivi nescio quid de aliquo tuo poemate sacro, quod an affectum ac perfectum sit, quœso, rescribe. » Comme cette lettre contient une allusion à la mort de Richelieu, arrivée le 4 décembre 1642, on ne peut supposer que la date en ait été altérée. On doit donc placer la représentation de Polycucte en 1643, et reculer en conséquence celle des pièces suivantes.

Le succès de Polyeucte fut éclatant et rappela celui du Ciel. Les acteurs de l'Hôtel de Bourgogne, qui le représentèrent, y gagnèrent autant d'argent qu'à aucune tragédie profane.

On peut affirmer que Corneille n'emprunta rien à Baro ; il n'emprunta rien non plus au Saùl ni à YEsther de Du Ryer (1642 et 1644), pièces qui avaient sans doute aussi précédé Polyeucte. Si le sujet de ces tragédies est tiré de la Bible, ce ne sont pourtant pas des pièces chrétiennes.

On ne sait rien de positif sur les acteurs qui jouèrent Polyeucte à l'origine. M. Lefèvre indique, dans son édition, une distribution de fantaisie, dont il se garde bien de faire connaître la source. Le Journal i manuscrit) du Théâtre François, qui appartenait autrefois à M. Beflara et qui est conservé maintenant à la Bibliothèque nationale, indique comme la distribution primitive celle que nous fournit le Manuscrit du Dauphin (voy. ci-dessus, n° 9). Voici, d'après ce manuscrit, la liste des acteurs qui jouaient Polyeucte au commencement de l'année 1685 :

Le rôle

DAMOISELLES

Pauline :

le Comte

Stratonice

HOMMES

Guiot

Polyeucte

La Tuillerie

Severe :

Baron

Félix :

Chanmeslè

Nearque :

la Torilliere

Fabian :

Hubert

Albin :

Guerin

Cleon :

Beauvai

de Pauline a

rarement

trouvé de digr

dignes interprètes.

Tandis que les moindres élèves du Conservatoire ont cru pouvoir se charger avec succès du rôle de Camille, dans Horace, des tragédiennes comme MIle Clairon ont regardé le rôle de Pauline comme étant au-dessus de leurs forces. (Mémoires de HP1* Clairon, nouvelle édition; Paris, Ponthieu. 1822, in-8, pp. 315-318.)

Les deux comédiennes à qui la tragédie de Polyeucte a valu le plus beau triomphe, ont été Adrienne Lecouvreur, qui, en 1705, âgée d'environ quinze ans, prit part à une représentation de cette pièce, organisée par quelques jeunes gens, et Rachel, qui joua le rôle de Pauline pour la première fois le 22 décembre 1840, juste deux cents ans après la première représentation.

Adrienne « avait emprunté un habit de la femme de chambre de Mm0 la présidente le Jay, dans lequel elle ne parut pas avantageusement; mais elle charma tout le monde par une façon de réciter toute nouvelle, mais si naturelle et si vraie, qu'on disoit d'une voix unanime qu'elle n'avoit plus qu'un pas à faire pour devenir la plus grande comédienne qui eût jamais été sur le Théâtre-François. » (Lettre à Mylord *** sur Baro)i et Mllc Lecouvreur [par d'Allainval], 1730, in-12, pp. 23-25.)

Quant à Rachel, « avec quelle ardeur, dit M. Jules Janin (Rachel et la Tragédie; Paris, Amyot, 1859, gr. in-8, p. 160), avec quelle ardeur elle était tour à tour la femme obéissante à son mari, la fille qui résiste à son père, et cette Pauline adorable, à l'aise même avec Sévère qu'elle aime et dont elle est aimée, et qui le revoit après un an d'absence, comme si elle l'avait vu la veille! Elle était surtout la Pauline de Corneille en tout ce quatrième acte admirable et rempli des émotions les plus touchantes, et comme enfin elle disait jusqu'aux nues ce grand cri : Je vois ! je crois! je suis chrétienne [sic] ! En ce moment solennel, tout brillait, tout parlait, tout brûlait dans cette personne héroïque ; elle avait dix coudées, elle était immortelle. En ce moment, nous retrouvions, contents d'elle et de nous, la jeune fille inspirée des premiers jours, lorsque, toute seule sur ce théâtre, abandonnée à elle-même, sans manteau et presque sans tunique, la tète chargée d'un diadème dédoré, la main armée d'un poignard de hasard, elle s'abandonnait librement, sans chercher l'effet, sans viser au pittoresque et sans songer aux applaudissements du parterre absent, à ce grand art dont elle était l'espoir, à ce grand souffle ingénu que contenait son étroite poitrine, à cette inspiration qui lui était venue comme le chant vient à l'oiseau, et qui l'obsédait à son insu.

« Le rôle de Pauline est resté jusqu'à la fin de ses jours une des meilleures révélations de Mllc Rachel; elle ne l'a pas joué moins de soixante et une fois. La veille de son dernier jour au Théâtre- Français, M1Ie Rachel a joué Pauliiie. »

Il ne faut pas oublier que M. Beauvallet, dans le rôle de Po lyeucte, fut presque à la hauteur de Mllc Rachel. Bien que celui de Sévère eût toujours été considéré comme le plus important, M. Beauvallet, par le caractère religieux qu'il sut donner à Polyeucte, en fit le premier rôle.

Le nombre des représentations de Polyeucte données au Théâtre- Français, de 1680 à 1875, a été de 405; savoir : sous Louis XIV: à la ville, 95 ; à la cour, 17; — sous Louis XV : à la ville, 122; à la cour, 17 ; — sous Louis XVI : à la ville, 14; à la cour, 2 ; — sous

CORNELIENNE.

la Révolution : 2 ; — sous le Directoire, le Consulat et l'Empire : à la ville, 27 ; à la cour, 4 ; — sous la Restauration, 10; — sous Louis- Philippe, 41 ; — sous la seconde République, 15; — sous le second Empire, 39; — sous la République : 1.

On a dit souvent que le gouvernement révolutionnaire avait interdit la représentation de Polyeude. M. Hallays-Dabot, désireux sans doute de justifier par un précédent semblable les trop fréquentes erreurs de l'administration à laquelle il préside, n'a pas manqué de le répéter {Histoire de la Censure dramatique en France; Paris, Dentu, 1862, in-18, p. 215), en attribuant au Consulat l'honneur d'avoir permis la reprise de la pièce. Il y a là une erreur évidente, et M. Marty-Laveaux a bien fait de la relever. Si Polyeude fut interdit dans un moment d'effervescence, il fut remis au théâtre dès le 13 floréal an II.

Vendu : 105 fr., exempl. à relier, Huillard, 1870 (n<> 593).

27. Polyevcte || martyr. || Tragédie. || Imprimé à Rouen, & et se vend \\ A Paris, \\ Chez || Antoine de Somma || uille, en la Gallerie || des Merciers, à l'Escu || de France. \\ Au Palais || Et || Augustin Courbé, || en la mesme Gallerie, \\ à la Palme. || M. DC. XLIIII [1644]. Auec Priuilege du Roy. In-12 de 10 ff., 85 pp. et 1 f.

Collation des feuillets prélimin. : 1 f. blanc; 1 f. pour le titre; 3 ff. pour la dédicace ; 5 ff. pour l'extrait de Surius et les noms des Acteurs.

Le privilège, dont nous trouvons un extrait au verso de la page 85 et au recto du feuillet suivant, est celui dont le texte entier figure dans l'édition in-4. On lit à la fin : Acheuè d'imprimer le 27 novembre 1643 (cinq semaines, par conséquent, après l'édition en grand format).

Cette édition fait partie du recueil de 1647.

Vendu : 100 fr., mar. r. (Duru et Chambolle), Potier, 1870 (n° 1228).

28. Polyevcte || martyr. || Tragédie. || A Paris, \\ Chez || Antoine de Sommauille, en \\ la Gallerie des Merciers, à l'Escu || de France. || & || Augustin Courbé, en la mesme \\ Gallerie, à la Palme. || M. DG. XLVIII [1648]. || Auec Priuilege du Roy. In-i de 8 ff., 121 pp. et 1 f.

Collation des feuillets prélim. : frontispice gravé (le même que dans l'édition de 1643); titre imprimé; 3 ff. pour la dédicace; 3 ff. pour Y Abrégé du martyre de sai?it Polyeude et les noms des Acteurs.

Le privilège, qui occupe le verso de la page 121 et le recto du feuillet suivant, n'est suivi d'aucun achevé d'imprimer.

29. Polyevcte || martyr. || Tragédie chresticnne. || A Paris, l| Chez Antoine de Sommuille [sic], Il au Palais, dans la petite salle des Merciers, || à l'Escu de France. || M. DC. XLVIII [16 58]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 10 ff., 85 pp. etl f.

Collation des feuillets prélim. : 1 f. blanc ; titre avec les armes de France et de Navarre ; 3 ff. pour la dédicace ; 5 ff. pour les extraits des auteurs et les noms des Acteurs.

Le privilège, daté du 30 janvier 1643, est donné par extrait au verso de la page 85, et se développe sur le recto du feuillet suivant.

30. Polyevcte martyr, Tragédie chrestienne. A Rouen, & se vend A Paris, Chez. . . ., 1664, in-12.

Nous empruntons cette indication au Catalogue des livres de la bibliothèque de feue Mme la marquise de Pompadour, n° 890. On pourrait croire qu'il y a ici une faute d'impression, et que l'édition annoncée est celle de 1644, in-12; mais, comme elle est classée après celle de 1648, il est plus naturel de supposer qu'il existe effectivement une réimpression de Polyeucte faite par Laurens Maurry en 1664. Elle devait se vendre chez de Luyne, Jolly et Billaine, comme les éditions de Cinna et du Menteur publiées sous la même date (no 24 et 38).

31. Polyeucte martyr, Tragédie chrestienne. Par P. Corneille. A Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers sous la montée de la Cour des Aydes à, la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la grand' Salle proche les Consultations au Nom de Jésus. Pierre Traboïnllel dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux & Forets. M. DG. LXXXII [1682]. Avec Privilège du Roy. In-12.

Nous n'avons pas vu cette édition, mais il est hors de doute quelle existe, les pièces contenues dans les (ornes II" et 111°, sinon toutes les pièces du recueil de 1GK2. ayant été tirées à part. (Voy. ci-dessus, n° 2:;.; Polyeucte doit compter 2 H', et 72 pp.

CORNELIENNE.

32. La Mort || de Pompée. || Tragédie. || A Paris, || Ckez\\ Antoine de Sommauille, en la Gallerie || des Merciers, à l'Escu de Fronce. || Au Va || lais. || & || Augustin Courbé, en la mesme Gallerie à la Palme. || M. DG. XLIV. [1614]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 8 ff prél. et 100 pp.

Collation des feuillets prélim. : frontispice gravé qui représente l'assassinat de Pompée dans une barque, sur la mer, et qui porte le titre île la tragédie et les noms des deux libraires; Au pâlies [sic], 1644, avec la signature : F\ra?içois] C[hauveau] in. et fecit; 1 f. pour le titre ; 2 ff. pour la dédicace à « Monseigneur l'éminentissime Cardinal Mazarin; » 2 ff. pour le remercîment à Son Éminence (en vers), et 2 ff. pour l'avis Au Lecteur, les extraits de Lucain et de Yelleius Paterculus, et pour les noms des Acteurs. M. Brunet indique par erreur 9 ff. prélim.

Le dernier feuillet, paginé 00-100, contient le privilège accordé à Corneille, pour la Mort de. Pompée et te Menteur. Ce privilège, daté du 22 janvier 1044, lui est donné pour dix ans. Il déclare en faire cession à Antoine de Sommaville et à Augustin Courbé. L'achevé d'imprimer est du 16 février 1644.

Nous donnons la collation de l'édition d'après plusieurs exemplaires semblables que nous avons eus entre les mains ; mais l'exemplaire de la Bibliothèque Cousin contient, après l'indication des Acteurs, deux feuillets préliminaires pour la traduction latine du Remerchnent à Mazarin : Gratiarum Actio eminentissimo Cardinali lulio Mazarino, ex gallico Cornelii, traduction qui compte 79 vers hexamètres et qui est signée A. R. (Abrahamus Remius). La place occupée par ces deux feuillets, qui portent à dix le nombre des feuillets préliminaires, est une preuve, croyons-nous, qu'ils ont été intercalés après coup dans l'édition dont ils ne faisaient primitivement pas partie. Du reste, le Remercîment parut d'abord en édition séparée; nous aurons l'occasion d'en parler plus loin.

C'est à Lucain, son auteur favori, que Corneille a emprunté le sujet de la Mort de Pompée. Il le déclare dans son avis /h* Lecteur, où il ajoute que la lecture de ce poète l'a rendu si amoureux de la force de ses pensées et de la majesté de son raisonnement, qu'afin d'en enrichir notre langue, il a fait cet effort pour réduire en poème dramatique ce que Lucain a traité en épique. « On trouvera icy, « dit Corneille, cent ou deux cents vers traduits ou imités de luy. » En dehors de ces emprunts et de ceux qu'il a faits à Velleius Paterculus, Corneille a tiré quelques idées de deux tragédies françaises

qui avaient précède .sa pièce : la Cornélie de Robert Garnier (Paris, Robert Estierme, 1574, in-8), et la Mort de Pompée, de Charles Chaulmer (Paris, Antoine de Sommaville, 1638, in-4). Voltaire a le premier fait connaître les analogies qui existent entre ces deux pièces et celle de Corneille. On trouve dans celle de Garnier une scène entre la veuve de Pompée et Philippe, l'affranchi du triumvir, qui permet quelques rapprochements curieux avec la tragédie de Corneille. Quant à celle de Chaulmer, « cette pièce, dédiée à Richelieu, dit M. Marty-Laveaux, diffère tout à fait, par le plan, de celle de Corneille. Elle a, il est vrai, le mérite de mieux justifier son titre, car Pompée en est le principal personnage; mais ce mérite est à peu près le seul qu'elle possède. L'auteur a eu cependant la pensée de substituer à l'unique discours de Photin sur le parti à prendre à l'égard de Pompée, une véritable délibération, déjà dramatique, qui a été de quelque utilité à Corneille pour l'admirable scène par laquelle sa pièce commence. » On conçoit à peine comment le savant rédacteur du Catalogue Soleinne a pu dire, en parlant de la tragédie de Chaulmer (n° 1168) : « On pourrait avancer et soutenir, avec quelques bonnes raisons, que ce Ch. Chaulmer n'est qu'un pseudonyme, et que le grand Corneille est l'auteur de cette première ébauche de la Mort de Pompée. »

Le poète nous apprend, dans l'épître qui précède le Menteur, qu'il fit Pompée « pour satisfaire à ceux qui ne trouvaient pas les vers de Polyeucte si puissants que ceux de Cinna, et leur montrer qu'il en saurait bien trouver la pompe quand le sujet le pourrait fournir ». Il l'écrivit, ajoute-t-il, dans le même hiver que le Menteur. Si l'on adopte pour Polyeucte la date de 1643, comme la lettre du conseiller Sarrau oblige de le faire, il faudra dire que ce n'est pas deux pièces, mais trois pièces, que Corneille a écrites dans le seul hiver de 1642, et l'on a encore plus de « peine à croire qu'elles soient parties de la même main ». La représentation dut avoir lieu, au théâtre du Marais, dans les premiers mois de l'année 1643. Jusqu'à ces derniers temps, il n'avait pas été possible de déterminer, avec une entière certitude , la scène sur laquelle cette pièce fit son apparition. La découverte d'un projet de lettres patentes, présenté au roi par Corneille en 1643, afin d'obtenir qu'il pût empêcher les comédiens déjouer ses œuvres sans son autorisation, a dissipé tous les doutes. « Le sieur Corneille, y est-il dit, nous a fait remonstrer qu'il a cy-devant employé beaucoup de temps à composer plusieurs pièces tragiques nommées Cinna, Polyeucte et la Mort de Pompée, lesquelles il auroit fait représenter par nos comédiens ordres, représentant au Marais du Temple à Paris ; et d'autant qu'il a appris que depuis quelque temps les autres comédiens auroient, à son grand préjudice, entreprins de représenter lesdictes pièces et que si Ils avoient cette liberté, l'exposant seroit frustré de son labeur, nous suppliant sur ce luy pourvoir et luy accorder nos lettres nécessaires, etc. » Cette demande si juste ne fut d'ailleurs pas admise, et les comédiens continuèrent de jouer Corneille malgré

lui, parce qu'il était d'usage que les pièces une fois imprimées appartinssent au domaine public. (V'oy. Marty-Laveaux, tome l™, pp. lxxiv sq.)

Le Registre de Lagrange nous apprend que Molière en donna trois représentations en 1659 : le jeudi 16 mai, avec une recette de 135 livres ; le jeudi 19 juin, avec une recette de 153 livres, et le mardi 26 août, avec une recette de 90 livres seulement. Cette dernière soirée, qui ne rapporta que 3 livres à chacun des comédiens, fit abandonner Pompée, que nous ne voyons plus mentionner jusqu'à la fin du registre de Lagrange. Lors îles trois représentations que nous venons de citer, ce fut Molière lui-même qui remplit le rôle de César, ainsi que nous l'apprend un passage de ^Impromptu de l'Hosfel de Condé (Paris, N. Pépingué, 1664, in-12), cité par M. Marty-Laveaux. Dans cette comédie, Montfleury, relevant les attaques que Molière avait dirigées contre les comédiens de l'Hôtel de Bourgogne dans l'Impromptu de Versailles, met dans la bouche de ses personnages les vers suivants :

Cet homme est admirable, Et dans tout ce qu'il fait il est inimitable.

Il est vray qu'il récite avec[que] beaucoup d'art, Témoin dedans Pompée alors qu'il fait César. Madame, avez-vous vu dans ces tapisseries Ces héros de romans?

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