‹ Bibliographie Cornélienne; ou, Description raisonnée de toutes les éditions des œuvres de Pierre Corneille, des imitations ou traductions qui en ont été faites, et des ouvrages relatifs á Corneille et á ses EcritsChapitre 11 sur 108 · ALCIDON · texte numérisé non relu

ALCIDON

Il est fait tout de même ; il vient le nez au vent, Les pieds en parentaise, et l'épaule en avant, Sa perruque qui suit le côté qu'il avance, Plus pleine de laurier qu'un jambon de Mayenee. Les mains sur les cotez d'un air peu négligé, La teste sur le dos comme un mulet chargé, Les yeux fort égarez, puis débitant ses rôles, D'un hoquet éternel sépare ses paroles, Et lorsque l'on luy dit : Et commande: iey.

Il répond

Connoissez-vous César de luy parler ainsi ? Que m'o/friroit de pis la Fortune ennemie, A moy qui tient le Sceptre égal à l'infamie?

Le Manuscrit du Dauphin (voy. n° 9) nous fournit pour la Mort de Pompée, à l'époque de la mort de Corneille, la distribution suivante :

DAMOISELLES

Cornelie :

Beauval.

Cleopatre :

le Comte.

Charmion

: Raisin.

HOMMES

Ptolomée :

Baron

César :

Chanmeslé.

Antoine :

le Comte.

Achorée :

la Tuillerie

Photin :

Dauvilliers.

Achillas :

VilUers.

Septime :

Raisin L.

Philippe :

Beauval.

Le rôle de Cornelie fut pour Adrienne Lecouvreur, au commencement du dix-huitième siècle, l'occasion d'un grand triomphe ; Mlle Clairon, au contraire, déclara qu'elle ne le comprenait pas et refusa de le jouer.

La Mort de Pompée a eu 193 représentations au Théâtre-Français, de 1680 à 1870, savoir : sous Louis XIV : à la ville, 80 ; à la cour, 9 ; — sous Louis XV : à la ville, 50 ; à la cour, 6 ; — sous Louis XVI : à la ville, 3 ; à la cour, 9 ; — sous le Directoire, le Consulat et l'Empire : à la ville, 28 ; à la cour, 3 ; — sous la Restauration, 7 ; — sous le second Empire, 4. Elle n'a pas été reprise dans ces dernières années.

Vendu : 100 fr., exempl. à relier, Huillard, 1870 (n<> 594).

33. La Mort || de || Pompée. || Tragédie. || A Paris, \\ Chez || Antoine de Somma- || utile y en la Gallerie des || Merciers, à VEscu de Frâce. || Au Pa- 1| lais. || Et jj Augustin Courbé || en la mesme Gallerie, à la || Palme. || M. DG. XLIIII [16-44]. || Auec Priuilege du Roy. Irt-12 de 12 ff. et 71 pp.

Collation des feuillets prélim. : 1 f. blanc ; 1 f. de titre; 3 pp. pour la dédicace à Mazarin, G pp. pour le Remerciment à Mazariu (ce Remerciaient est accompagné de la traduction latine ex gallico Cornelii, dont nous avons parlé plus haut) ; 4 pp. pour l'avis Au Lecteur; 2 pp. pour les extraits des auteurs ; 5 pp. pour le Privilège et les Acteurs.

Le privilège et l'achevé d'imprimer sont les mêmes que dans l'édition in-4.

Cette édition fait partie du recueil de 1647.

Vendu : 80 f. mar. r. (Duru et Charnbolle), Potier, 1870, n° 1229.

CORNELIENNE. 41

34. Pompée. || Tragédie. ||ParP. Corneille. || A Paris, || Au Palais. || Chez || Guillaume de Luyne, dans la Salle des || Merciers sous la montée de la Cour des Aijdes || à la Justice. || Estienne Loyson, || au premier Pillier de \\ la grand'- Salle proche les Consultations || au Nom de Jésus. || Pierre Traboûillet, dans la Galerie des \\ Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune || proche le Greffe des Eaux & Forets. || M. DG. LXXXII [1682]. || Avec Privilège du Roy. In- 12 de 66 pp. et 1 f. pour le privilège, sign. A. D.

Edition publiée en vertu du privilège général accordé en 1G79 à G. lia Luyne et à ses associés. C'est un simple extrait du Théâtre de 1682, tiré sur les mêmes formes. L'achevé d'imprimer est du 7 février 1682.

35. Le Mentevr, || Comédie. || Imprimé à Rouen, & se vend || A Paris, Il Chez \\ Antoine de Sommauille, || en la Gallerie des Merciers, \\ à l'Fscu de France. \\ Au || Palais || Et || Augustin Courbé, en la mesme \\ Gallerie, à la Palme. \\ M. DC. XLIV [1644]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 4 ff. prélim., 136 pp. et 1 f.

Collation des feuillets prél. : titre, avec le fleuron de Laurens Maurry et les initiales L. M.; 3 ff. pour la dédicace et les noms des Acteurs. M. Brunet indique vin front, gravé que nous n'avons jamais rencontré.

Le privilège, qui occupe le dernier f., est accordé à Corneille pour la Mort de Pompée et le Menteur, à la date du 22 janvier 1644 ; il est d'une durée de dix ans. On lit à la fin : Acheué (f imprimer pour la première fois, à l\oùen,par Laurens Maurry, le dernier d'Octobre 1644. 11 n'est pas fait mention de la cession du privilège aux libraires.

Après avoir emprunté aux Espagnols le sujet du Cid, Corneille leur emprunta le sujet de sa première comédie sérieuse. La Vertical sospechosa, qui lui servit de modèle, parut en 1630 sous le nom de Lope de Vega {Parte veynte y dos de las Comedias del Fenix de Espana, Frey Lope Félix de Vega Carpio ; Çaragoca, Pedro Verges, 1630, in-4), mais elle fut revendiquée en 1630, par son véritable auteur, D. Juan de Alarcon. (Parte segunda de las Comedias del

BIBI.IOtiRAIMIIK.

Ucenciado Don Juan Ruyz de Alarcon y Mendoça; Barcelona, Sébastian de Cormellas, 1634, in-4.) C'est de cette pièce, dont on trouvera facilement le texte dans les Comedias escogidas de Don Juan Rttiz de Alarcon y Mendoza ; Madrid, Ortegay Compania, 1826-29, 2 vol. in-8, t. Ier, dans les Comedias escogidas de Don Juan Ruiz de Alarcon; edicion de la real Academia espanola ; Madrid, 1867, 3 vol. in-8, t. IIIe, et dans le Tesoro del Teutro espanol, desde su origen hasta nuestros ilias, arregladu g dividido en cuatro partes, por D. Eugenio de Ochoa; Paris, Baudry, 1838, 5 vol. in-8, t. IVe, que Corneille a tiré les traits principaux du Menteur ; il ne fait point difficulté de le reconnaître, et il ajoute dans Y Examen joint à la comédie en 1660, « qu'il voudrait avoir donné les deux plus belles pièces qu'il ait faites et que ce sujet fût de son invention. » M. Marty-Laveaux a donné place dans son édition de Corneille (t. IV^, pp. 241-273) à une intéressante étude de M. Viguier, sur l'original espagnol et sur l'imitation française. On peut y suivre, scène par scène, les deux comédies, et s'y rendre compte de tous les détails que Corneille a dû modifier, tant pour accommoder son modèle au goût du temps que pour rester fidèle aux règles qu'il s'était prescrites. L'avantage n'est pas toujours pour Corneille, moins libre dans ses allures que l'écrivain espagnol, mais le poète français l'emporte par la précision et l'élégance. On ne peut donc que négliger des critiques superficielles comme celles d'un auteur allemand, dont M. Viguier a pris la peine de relever les erreurs. Dans un accès de gallophobie, M. Ad. Fréd. de Schack (Geschichte der dramatischen Literatur und Kunst in Spam'en; Berlin, 1845-1846, 3 vol. in-8, t. IIe, pp. 430 et ,625) a pris plaisir à célébrer les poètes espagnols aux dépens du Cid et du Menteur, mais toutes ses études sur le théâtre espagnol ne lui ont même pas appris à quelle époque écrivait au juste Diamante !

Le Menteur fut représenté au Marais en 1643. Dans une de ses lettres à Corneille, Balzac, s'il ne témoigne pas encore du succès qu'obtint la nouvelle comédie, semble tout au moins indiquer qu'on en parlait déjà dans le public : « Vous serez Aristophane, quand il vous plaira, lui dit-il, comme vous estes déjà Sophocle (Lettres choisies du sieur de Balzac ; Paris, 1647, in-8, 2e partie, p. 535, lettre du 10 février 1643; Œuvres de Corneille, éd. Marty-Laveaux, t. Xe, pp. 442 sqq). » Le Registre de Lagrange nous apprend que la troupe de Molière en donna 3 représentations en 1659. Le Menteur occupait alors une soirée à lui seul; mais, le vendredi 14 novembre de cette année, il ne rapporta aux comédiens que 70 livres, soit 3 livres 3 sols pour chacun des membres de la troupe. Il fut dès lors établi qu'il ne suffisait plus pour « faire la recette ». Molière, qui jouait volontiers les œuvres de Corneille et qui appréciait sans doute le Menteur, ne renonça pourtant pas à le jouer, mais il l'accompagna d'une seconde pièce : le Cocu imaginaire, l'Ecole des Maris, etc. Le B,egistre de Lagrange mentionne 18 représentations de 1660 à 1666.

CORNELIENNE.

La distribution du Moiteur indiquée par le Manuscrit du Dauphin, au commencement de 1685, est la suivante :

DAMOISELLES

Lucresse :

Poisson.

Clarice :

Raisin.

Sabine :

Beauval,

Isabelle :

Guiot.

HOMMES

Lisandre [Dorante]

: Ln Grange.

Cliton :

Poisson.

Artabaze [Alcippe]

Brécourt.

Philisse [Philiste] :

de Villiers.

Le Père [Geronte] :

Chanmeslé.

Dueliste [Lycas] :

Beauval.

Parmi les actrices qui jouèrent le Menteur, Dangeau {Journal, t. XI1'. p. 306) fait figurer la duchesse du Maine qui, le lundi 21 février 1707, donna, dit-il, à Clagny, une représentation de cette pièce à laquelle assista la duchesse de Bourgogne. Il est vrai que, d'après le Mercure, ce ne serait pas le Menteur, mais les Importuns de Malézieux, que la duchesse du Maine aurait joué à cette occasion.

Les deux artistes qui, de notre temps, se sont le plus distingués dans le rôle du Menteur sont Firmin (m. en 1859) et M. Delaunay.

De 1G80 à 1870, la Comédie-Française a donné 616 représentations du Menteur, savoir: sous Louis XIV : à la ville, 169; à la cour, 13 ; — sous Louis XV : à la ville, 161 ; à la cour, 15 ; — sous Louis XVI : à la ville, 28, à la cour, 6 ; — sous la Révolution : 8; — sous le Directoire, le Consulat et l'Empire : à la ville, 74, à la cour, 2 ; — sous la Restauration : 30 ; — sous Louis-Philippe : 51 ; — sous la seconde République : 5 ; sous le second Empire : 54.

Vendu : 30 fr. mar. v. (Duru), Giraud, 1855 (n° 1637).

36. Le II Mentevr, || Comédie. || Imprimé à Rouen , & se vend || A Paris, \\ Chez || Antoine de Somma - \\ utile, en la Gallerie \\ des Merciers, à l'Escu \\ de France. \\ Au || Palais || Et \\ Augustin Courbé, en la mesme Gallerie, || à la Palme. || M. DG. XLIV [1644]. Auec Priuilege du Roy. In-12 de 4 ff. et 91 pp.

Collation des feuillets prélim. : titre; 2 ff. pour YEpistre; 1 f. pour la Privilège et les noms des Acteurs. Le privilège, qui n'est rap-

ni BLIOGRAPHIE

porté ici que par extrait, est le même que dans l'édition in-4; il est suivi du même achevé d'imprimer.

Cette édition fait partie du recueil de 1647.

37. Le II Mentevr, Il Comédie. || Par le Sieur Corneille. || A Paris, \\ Chez Guillaume de Luyne, au Palais, en la || G al '1er ic des Merciers, sous la montée de || la Cour des Ai/des. || M. DC. LUI [1653]. In-4 de 2 ff et 124 pp.

Collation des feuillets prélim. : titre ; 1 f. pour YEpistre.

Nous avons vu deux exemplaires tout à fait semblables de cette édition, l'un à la Bibliothèque Cousin, l'autre à la Bibliothèque Mazarine;ils n'ont bien tous deux que 2 ff. prélim., c'est-à-dire qu'ils ne contiennent ni le Privilège ni les Acteurs. Il est vrai que le privilège n'est pas annoncé sur le titre.

3N. Le || Menteyr, || comédie. || A Rouen, Et se vend \\ A Paris, \\ Chez Guillaume de Luyne, Libraire Juré, au Palais, en la Gallerie des Merciers, à la Iustice , [ou Chez Thomas Iolly, au Palais, dans la || petite Salle, à la Palme, & aux Armes de Hollande ; ou Chez Louis Billaine, au second Pi/lier de la grand Salle du Palais, à la Palme & ou (/rond César], || M. DC. LXIV [1664]. || Auee Priuilegc du Roy. In-i:2 de 2 (?) ff. et 92 pp.

Collation des feuillets prélimin. : titre; 1 f. pour V Extrait du Privilège et les Acteurs.

Le privilège, daté de janvier 1653, est donné à Corneille lui-même pour neuf années. Corneille déclare y associer Augustin Courbe et Guillaume de Luyne, et Courbé fait cession de sa part à Thomas Jo/f/j et à Louis Billaine. On lit à la fin : Acheué d'imprimer pour In première fois,[en] vertu dupresent Priuilege, le dernier d'Octobre 16G0, à Rouen, par Laurens Maurry.

L'exemplaire de la Bibliothèque Cousin, le seul de cette édition que nous ayons eu entre les mains, n'a que deux feuillets prélim. 11 est au nom de Jolly. Nous avons complété l'adresse des autres libraires sur l'édition de Cinna de 1664 (n° 24).

39. Le Menteur, Comédie. Par P. Corneille. A Paris, Au Palais, Chez Guillaume de Luyne, dans la Sali» de* Merciers sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Eslienne Loyson, au premier Pillier de la Grand 'Salle pro-

CORNELIENNE.

che les Consultations au Nom de Jésus. Pierre Traboùillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux & Forests. M. DG. LXXXII [1682]. Avec Privilège du Roy. In-i2.

Nous avons la certitude que cette édition existe, bien qu'elle n'ait paa encore été citée. Elle doit compter 2 ff. et 84 pp. Voy. cidessus, n° 25.

40. La Svite || dv || Mentevr, || Comédie. || Imprimé à Rouen, & se vend \\ A Paris, \\ Chez Antoine de Sommauille, || en la Gallerie des Merciers, \\ à VEscu de France. || Au || Palais. I| Et || Augustin Courbé, en la mesme || Gallerie, à la Palme. || M. DG. XLV [1615]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 6 ff. et 136 pp.

Collation des feuillets prélim. : titre avec un fleuron représentant une tête coiffée de plumes, de laquelle se détachent des rinceaux et des guirlandes (on remarque les initiales de Laurens Maurry entre les guirlandes); 7 pp. pour VEpistre; 2 pp. pour le Privilège; 1 p. pour les Acteurs.

Le privilège reproduit in extenso occupe une page et demie. Il est donné à « nostre cher et bien amé le sieur Corneille » pour un espace de cinq ans, à compter du jour que la pièce sera achevée d'imprimer pour la première fois, et porte la date du 5 août 1645. On lit à la fin : Acheué d'imprimer pour la première fois à Rouen, par Laurens Maurry, ce dernier Septembre 1645. Il n'est pas fait mention de la cession faite par l'auteur aux libraires.

Le texte est imprimé en caractères italiques avec manchettes aux pp. 14, 24, 68, 99, 101, 102, 128 et 132.

La comédie, présentée par Corneille comme une Suite du Menteur, ne se rattache nullement à cette pièce. Le poète lui-même nous avertit qu'elle est tirée d'une comédie de Lope de Vega, intitulée : Amar sin saber à quien, qui est très-probablement antérieure à celle d'Alarcon. Les deux ouvrages se trouvent, il est vrai, réunis dans le recueil qu'un libraire de Saragosse donna, en 1630, sous le nom de L. de Vega (Parte veynte y dos de las comedias del Fenix de Espana, Frey Lope de VegaCarpio;Ça.r&goça., Vedro Verges, 1630, in-4) ; mais, en 1635, quelques mois avant la mort de Lope, Luis de

Usâtegui, son gendre, publia le véritable tome XXIIe des comédies du « Phénix de l'Espagne » où l'on ne retrouve plus la Verdad sospechosa, désormais rendue à Alarcon (voy. le n° 35). Il est assez vraisemblable que la réunion fortuite des deux comédies dans un même volume aura seule inspiré à Corneille l'idée de les compléter l'une par l'autre. Presque tous les ouvrages qui obtinrent un grand succès au xvnc siècle, à quelque genre qu'ils appartinssent, donnèrent lieu à des suites. On eut la Suite de Don Quichotte, la Suite du Cid, la Suite des Lettres portugaises, etc. Le Menteur ayant réussi à la scène, Corneille aima mieux lui donner une suite que d'en laisser composer une par Chevreau ou par Desfontaines. Il voulut seulement que le public retrouvât dans la pièce nouvelle les principaux personnages du Menteur. Mais, quelque soin que prenne Cliton, dès les premières scènes, d'exposer les incidents qui servent de lien entre les deux pièces, il n'en faut pas moins reconnaître que le caractère de Dorante est singulièrement changé.

La Suite du Menteur fut jouée à la fin de l'année 1643, sur le théâtre du Marais, par les mêmes acteurs que le Menteur. Jodelet lui-même, qui avait contribué au succès de la première pièce, dans le rôle de Cliton, récita le portrait peu flatté que le poète traçait de lui. Les frères Parfaict (Histoire du Théâtre Frcmçois, t. VIe, pp. 237 sqq.) et M. Marty-Laveaux (t. IVe, pp. 123 sqq.) nous ont donné quelques détails sur ce comédien qui entra au Marais en 1610 et mourut à la fin de mars 1660, ainsi que nous l'apprend la Muse historique de Loret.

Jodelet divertit le parterre pendant cinquante ans, aussi fut-on surpris de le voir en 1649 et en 1650 prendre une part active à la Fronde. Une mazarinade de 1649 contient le passage suivant :

« Il n'est pas jusque(s) à Jodelet Qui n'ait en main le pistolet, Ayant adjoint à sa cabale Les gens de la Troupe Royale ; Si bien qu'eux tous jusqu'aux Portiers Ont cuirasse et sont cavaliers, Tesmoignant bien mieux leur courage En personne qu'en personnage. ••

Le Courrier françois dit encore en 1650 :

« L'hostel de Bourgogne ferma, La trouppe du Marais s'arma.

Jodelet n'eut plus de farine Dont il put barbouiller sa mine. »>

Voy. Choix de Mazarinades, publié par C.Moreau; Paris, 1853, 2 vol. in-8, t. Ier, p. 300 et t. IIe, p. 167 ; voy. aussi la Bibliographie des Mazarinades du même auteur, nos 1080, 1257, 1736.

Malgré les efforts de Jodelet et de ses camarades, la Suite du Menteur échoua; Corneille l'avoue lui-même, dans son Epistre et

CORNELIENNE.

dans son Examen, sans se rendre bien compte des causes de son insuccès. Sans parler des défauts de la pièce, qui, malgré d'excellentes scènes, n'est pas d'un intérêt véritablement dramatique, on peut dire qu'il est sans exemple dans la littérature que la suite d'un ouvrage ait jamais participé à la vogue que l'auteur se proposait d'exploiter. « Bien que d'abord cette Pièce n'eut pas grande <i approbation, ajoute Corneille, à la fin de son Examen, quatre « ou cinq ans après la Troupe du Marais la remit sur le Théâtre « avec un succès heureux, mais aucune des Troupes qui courent « les Provinces ne s'en est chargée. » Cette reprise dut avoir lieu peu de temps avant que Jodelet se joignit aux frondeurs; ce fut la dernière. Le Registre de Lagrange ne mentionne aucune représentation de la Suite du Menteur ; ce n'est qu'au commencement de ce siècle qu'Andrieux essaya les retouches conseillées par Voltaire. La pièce, réduite en 4 actes, fut jouée sur le Théâtre-Français, où elle obtint 7 représentations. Andrieux, mécontent de son ouvrage, la remit en S actes et la donna sous cette nouvelle forme sur le Théâtre de l'Impératrice, l'Odéon actuel (voy. notre chapitre XIV .

On joua en 1645 une pièce de d'Ouville, dont le titre reproduisait celui de la comédie de Lope de Vega, dont Corneille a tiré In Suite du Menteur : Aymer sans savoir gui (à Paris, chez Cardin Besongne, 1647, in-4). L'analyse que les frères Parfaict ont donnée de cette pièce (Histoire du Théafre François, t. VIe, pp. 411-415) permet de dire qu'elle n'a aucun rapport avec l'ouvrage espagnol.

Vendu : 40 fr., exempl. à relier, Huillard, 1870 (n° 595) ; — 170 fr., même -exemple Potier, 1870 (n° 1231).

•il. La Svite || dv || Mentevr, || Comédie. || Imprimé à Rouen, & se vend || A Paris, || Chez || Antoine de Somma- Il uille en la Go.llerie j| des Merciers, à VEscu || de Finance. \\ Au || Palais. || Et j| Augustin Courbé, \\ en la mesme Gallerie, \\ à la Palme. || M. DC. XLV [1645]. || Auec Priuilege du Roy. In- 12 de 6 ff., 93 pp. et 1 f. blanc.

Collation des feuillets prélim. : titre ; 7 pp. pour la dédicace ; 2 pp. pour le Privilège; 1 p. pour les noms des Acteurs. Le privilège ei l'achevé d'imprimer sont les mêmes que dans l'édition in-4.

Cette édition fait partie du recueil de 1647.

iî. La II Svite || dv || Mentevr, || Comédie. || A Paris, \\ Chez Toussainct Quinet, \\ au Palais, dans la petite Salle, sous la montée H de la Cour des Aydes ; [on Chez Antoine de Sommauille. |! au Palais, dans la petite salle des Mer-

tiers, || à l'Escu de France]. || M. DG. XLVIII [1648]. || Auec Priuilcge du Roy. In-12 de 6 ff. et 93 pp.

La collation est la même que clans l'édition in-12 de 1G45, mais les caractères sont plus fins et la justification plus petite (109 mm. sur 56). Le privilège est le même, mais il n'y a pas d'achevé d'imprimer.

Cette édition fut sans doute publiée lors de la reprise, dont parle Corneille à la fin de son Examen. Nous en avons vu des exemplaires à la Bibliothèque Cousin, chez M. L. Potier et à la librairie Techener.

43. La Suite du Menteur, Comédie. Par P. Corneille. A Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier P illier de la Grand' - Salle proche les Consultations au nom de Jésus. Pierre Traboinllet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux & Forests. M. DC. LXXXII [1682], Avec Privilège du Roy. In-12.

Nous avons la certitude que cette édition existe, bien qiie nous ne l'ayons pas vue. Elle doit se composer de 2 ff. et 84 pp. Voy. cidessus n° 25.

l. ItonoGVNE || Princesse || des Partiies. || Tragédie. || Imprimé à Rouen, & se vend || A Paris, |j Chez Toussaint Quinet, au Palais, || sous la montée de la Cour des Aydes ; [ou Chez Antoine de Sommauille, au Palais, en la || Galleria des Merciers, à l'Escu de France; ou Chez Augustin Courbé, au Palais, en la \\ Gallerie des Merciers, à la Palme. || M. DC. XLVII [1617]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 9 ff. et 115 pp.

Collation des feuillets prél. : Figure représentant Rodogune qui empêche Antiochus de prendre la coupe ; on lit en haut le titre de la tragédie, avec le nom de Corneille, et en bas ces mots : C. le Brun in., au-dessous desquels se trouve l'indication du lieu de

CORNELIENNE.

publication : A Paris, Au Palais, Aucc Priuilege du Iioy, 1647 (cette figure, imprimée sur un f. séparé, manque souvent) ; 1 f. de titre avec un fleuron portant le monogramme de L. Maurry ; 4 ff. pour la dédicace à « Monseigneur Monseigneur le Duc d'Anguien » ; 2 ff. pour l'extrait d'Appien ; 1 f. pour V Extrait du Privilège et les noms des Acteurs.

Le privilège, daté du 17 avril 1646, est donné pour cinq ans à Toussainct Quinrt, lequel y associe A. de Sommaville et A. Courbé. L'achevé d'imprimer est du dernier jour de janvier 1647.

Dans certains exemplaires d'un premier tirage, la dernière page est chiffrée par erreur 107.

Dans tous les recueils des œuvres de Corneille, sauf dans la grande édition in-folio de 1663, Rodogune est placée après Théodore, mais il est certain que cette dernière pièce ne fut jouée qu'en 1645, tandis que la première dut l'être dans le courant de l'année 1644. Tous les historiens du théâtre sont unanimes sur ce point. Voltaire a pensé qu'ils se trompaient et que l'ordre chronologique n'avait pas dû être abandonné par Corneille ; il a donc reculé la représentation de Rodogune jusqu'en 1646, tandis qu'avec tous les auteurs il a laissé Théodore à l'année 1645. L'ordre dans lequel furent publiées les deux tragédies n'est pas, à notre avis, un motif suffisant pour écarter une tradition universellement admise.

La place occupée par Théodore, dans les éditions de 1647 à 1655, lui fut sans doute donnée en raison de la date à laquelle elle fut publiée. Corneille s'était d'autant plus empressé de la faire imprimer, qu'il espérait que sa Vierge chrétienne, malgré l'échec qu'elle avait subi à Paris, serait bien accueillie sur les théâtres de province, tandis qu'il retarda l'impression de Rodogune pour protéger les droits des comédiens et les siens. Lors de la composition du recueil de 1647, les libraires s'en tinrent à l'ordre dans lequel les pièces avaient été imprimées. Corneille conserva cet ordre, sans y rien changer, jusqu'en 1660, époque à laquelle il se préoccupa de donner une forme définitive aux éditions de ses œuvres. Il mit alors Théodore immédiatement après Pompée, c'est-à-dire avant le Menteur, dans la pensée de la rapprocher de Polyeuc.te, dont elle était le pendant. La grande édition de 1663 innova sur ce point et rangea toutes les pièces à leur vraie place, y compris Théodore, mais les éditions de 1664 in-8, de 1668 et de 1682 revinrent aux errements antérieurs. A partir de cette époque, il nous paraît facile d'expliquer la transposition faite par Corneille. Les dernières éditions de ses œuvres sont « réglées » à huit pièces par volume ; Théodore, étant sa dix-septième pièce, devait naturellement ouvrir le tome IIIe. Il est naturel de penser que le poète, qui avait commencé le tome IIe par le Cid, aura voulu mettre en tète du tome IIIc, une pièce qui eût obtenu un succès incontesté ; il choisit Rodogune et relégua Théodore au second plan, à la fin du volume précédent. L'édition in-folio étant réglée à douze pièces par volume, c'est

Pompée qui ouvrait la seconde partie, en sorte que Théodore avait pu sans inconvénient y occuper sa vraie place.

Fontenelle prétend que son oncle fut plus d'un an à disposer le sujet de Roilogunc. Il en devait l'idée première à un épisode raconté par Appien; mais, l'histoire ne pouvant être mise sur la scène dans toute sa nudité, le récit de Justin, les témoignages du Livre des Machabées et de Josèphe n'étant d'ailleurs pas conformes sur tous les points aux faits rapportés par l'historien grec, Corneille dut tirer de son propre fonds la plus grande partie du poëme. Cet effort d'imagination lui coûta beaucoup de peine et lui inspira pour Rodogune une affection particulière. « On m'a souvent fait une question à la « Cour, dit-il dans son Examen, quel étoit celuy de mes Poèmes que « j'estimois le plus, et j'ay trouvé tous ceux qui me l'ont faite si « prévenus en faveur de Cinna, ou du Cid, que je n'ay jamais osé « déclarer toute la tendresse que j'ay toujours eue pour celui-cy, à « qui j'aurois volontiers donné mon suffrage, si je n'avois craint de « manquer en quelque sorte au respect que je devois à ceux que je « voyois pencher d'un autre costé. Cette préférence est peut-estre en « moy un effet de ces inclinations aveugles, qu'ont beaucoup de « pères pour quelques-uns de leurs enfans, plus que pour les autres: « peut-estre y entre-t'il un peu d'amour-propre, en ce que cette Tra- « gédieme semble estre un peu plus à moy, que celles qui l'ont pré- « cédée, à cause des incidens surprenans qui sont purement de « mon invention, et n'avoient jamais été veus au Théâtre ; et peut- <( estre enfin y a-t'il un peu de vray mérite, qui fait que cette indice nation n'est pas tout-à-fait injuste. »

Au moment où Corneille achevait de combiner les scènes de sa tragédie, il fut trahi par un de ceux qui avaient reçu ses confidences. Gabriel Gilbert, auteur dramatique médiocre, dont la reine Christine de Suède avait fait son secrétaire, profita de cette indiscrétion et ne craignit pas d'écrire une Rodogune, qu'il fit représenter sous son nom en 1644, quelques mois avant la pièce de Corneille (Rodogune, Tragi-Comedie ; à Paris, chez Toussainct Quinet, 1646, in-4). Le plagiaire avait eu connaissance des quatre premiers actes de la vraie Rodogune, qu'il suivit assez fidèlement, mais il fut abandonné à lui-même pour le cinquième, et le misérable dénoûment qu'il imagina suffit pour révéler son larcin. Corneille ne se plaignit même pas de cet abus de confiance qu'il feignit d'ignorer ; la supériorité du style était pour lui une vengeance plus que suffisante. D'ailleurs Gilbert, ignorant de quel auteur le sujet était tiré, n'avait pas su à qui appliquer le nom de Rodogune ; il l'avait donné par erreur à la reine que Corneille appelle Cléopatre.

Rodogune fut représentée à l'hôtel de Bourgogne ; elle fut jouée par Mue Bellerose, à ce que nous apprend une mazarinade intitulée : Lettre de Bellerose à F abbé de la Rivière (1649). Plus tard elle passa dans le répertoire courant de la troupe de Molière. Le Registre de Lagrange en mentionne 23 représentations de 1659 à 1680. Les comédiens de l'hôtel de Bourgogne ne cessèrent point pour cela

CORNELIENNE.

de donner Rodogune, si l'on s'en rapporte à la distribution indiquée par Mouhy, dans son. Journal du Théâtre François (voy. Marty- Laveaux.t. IVe, pp. 406 sq.). Ce furent très-probablement les acteurs que nomme Mouhy : Baron, Villiers, Champmeslé, Lecomte, J/'ic de Champmeslë, Mlic Dupin et MUc Guiot qui représentèrent la pièce à Versailles en octobre 1676, lors de la reprise qui donna lieu au Remerciement de Corneille. C'étaient les mêmes acteurs qui jouaient Rodogune, au commencement de l'année 1685, ainsi que nous l'apprenons par le Manuscrit du Dauphin (voy. ci-dessus, n° 19). Les indications de ce manuscrit sont d'autant plus importantes qu'elles viennent corroborer le témoignage de Mouhy. Voici la distribution qu'il nous fournit :

DAMOISELLES

Cleopatre : Beauval, ou Dupin.

Rodogune : Chanmeslé.

Laodice : Guiot.

Antiochus : Baron.

Seleuchus : de Villiers, ou le Comte.

Timagene : Chanmeslé.

Oronte : le Comte.

Parmi les artistes qui ont rempli le rôle de Cleopatre, nous citerons, d'après Lemazurier (Galerie des acteurs du Théâtre Français, t. IIe), il/Ue Aubert, en 1712 ; M"° Lamotte, en 1722 ; M"e Balicourt, en 1727 ; enfin et surtout Mllc Dumesnil. Les plus brillantes interprètes de Rodogune ont été Mllc Gaussin et Mlle Clairon.

Les représentations données par le Théâtre-F'rançais de 1680 à 1870 ont été au nombre de 455, savoir : sous Louis XIV : à la ville, 133 ; à la cour, 21 ; — sous Louis XV : à la ville, 135 ; à la cour, 14 ; — sous Louis XVI : à la ville, 34 ; à la cour, 6 ; — sous la Révolution, 9 ; — sous le Directoire, le Consulat et l'Empire : à la ville, 67 ; à la cour, 3 ; — sous la Restauration, 18 ; — sous le second Empire, 15.

45. Rodogvne || princesse || des Partiies. || Tragédie. || Imprimé à Rouen, & se vend || à Paris, || Chez Toussaint Quinet, au || Palais, sous la montée de la Cou?* des Aydes ; [ou Chez Antoine de Sommaville, \\ au Palais, en la Gallerie des Mer- \\ ciers, à l'Escu de France ; ou Chez Augustin Courbé || au Palais, en la Salle des Merciers, \\ à la

lïIIiLIOGUAl'HIK

Palmé]. || M. DC. XLVII [1647], || Auec Priuilege du Roy. In- 12 de 10 ff. et 87 pp.

Collation des feuillets prélim. : frontispice gravé portant ces mots dans un cartouche : La Rodogunc, Tragédie de M. de Corneille, 1647 (ce frontispice manque à beaucoup d'exemplaires où il est remplacé par 1 f. blanc) ; 1 f. de titre ; 4 ff. de dédicace à Monseigneur le Prince (le v° du dernier est occupé par un simple fleuron) ; 4 ff. contenant l'extrait d'Appian Alexandrin et les noms des Acteurs.

Nous avons eu sous les yeux deux exemplaires au nom de Quinet, ou le fleuron et la lettre ornée qui précèdent la dédicace étaient différents, tandis qu'ils étaient pour tout le reste absolument conformes.

Le privilège occupe le verso de la p. 87. Il est au nom de Toussainct Quinet, qui déclare y associer Antoine de Sommaville et Augustin Courbé. On lit à la fin: Acheué d'imprimer, pour la première fois, le dernier iour de Ianuier 1647.

La Bibliothèque Cousin possède un exemplaire de cette édition au nom de Courbé, avec la date de 1646. Il y a là une faute d'impression évidente, puisque l'achevé d'imprimer porte, comme dans tous les exemplaires, le dernier jour de janvier 1647.

Vendu : 16 fr. mar. r. doublé de mar. bl. (Gruel), Giraud, 1855 (n° 1641) ; — 40 fr., exempl. à relier, Catalogue Lefebvre (de Bordeaux), 1875 (n<> 56).

46. Rodogune, princesse des Partiies, Tragédie. Par P. Corneille. A Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la Grand Salle proche les Consultations au Nom de Jésus. Pierre Trabouillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux & For ests. M. DG. LXXXII [1682]. Avec Privilège du Roy. In-12.

Nous avons la certitude que cette édition existe, bien qu'elle n'ait pas encore été citée. Elle doit compter 2 ff. et 68 pp. Voy. ci-dessus n° 25.

CORNELIENNE.

47. Théodore || vierge et martyre, || Tragédie || chrestienne. || Imprimé à Rouen, & se vend \\ A Paris, || Chez Toussainct Quinet, au Palais, sous || la montée de la Cour des Aydes ; ou Chez Antoine de Sommauille, au Palais, || en la Gallerie des Merciers, à l'Escu de France ; [ou Chez Augustin Courbé, au Palais, en || la Gallerie des Merciers, à la Palme}. || M. DC. XLVI [ou M. DC. XLVII] [1646 ou 1647]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 5 ff. et 128 pp.

Collation des feuillets prélim. : figure représentant la décollation de sainte Théodore ; titre avec le fleuron de Laurens Maury et ses initiales L. M.; 5 pp. pour la dédicace à Monsieur L. P. C. B.; 1 p. pour l'Extrait du Privilège et les noms des Acteurs.

Le privilège, daté du 17 avril 1646 (comme le privilège de Rodogune), est accordé pour cinq ans à Toussainct Quinet, qui déclare \ associer A. de Sommaville et A, Courbé. L'achevé d'imprimer est du dernier jour d'octobre 1646.

La plupart des exemplaires de cette édition que nous avons vus portent la date de 1647 ; ce sont ceux dans lesquels nous avons trouvé le frontispice gravé. La Bibliothèque Cousin possède un exemplaire de 1646, sans frontispice avec le nom de Courbé. Un autre exemplaire est porté au Catalogue Pompadour, n° 890. Il est possible que la gravure n'ait pas été achevée, lorsque les premiers exemplaires furent mis en vente.

En écrivant Théodore, Corneille espéra renouveler le succès de Polyeucte. Il écrivit Théodore après Polgeucte, comme il avait écrit la Place Royale après la Galerie du Palais, Cinna après Horace, In Suite du Modcur après le Menteur. Il emprunta le sujet de la pièce au De Virginibus de saint Ambroise et crut pouvoir mettre sur la scène une légende presque semblable à celle de sainte Agnès, que les spectateurs naïfs du moyen âge écoutaient avec un recueillement religieux. Nous connaissons un drame provençal du commencement du xivc siècle, auquel cette dernière sainte donne son nom (Sancta Agnes, provenzalisches geistliches Schauspiel, herausgegeben von Karl Bartsch ; Berlin, Weber, 1869, pet. in-8), et dans les premières années du xvue siècle, Pierre Troterel, seigneur d'Aves, en fit l'héroïne d'une tragédie (Tragédie de Sainte Agnes, par le Sieur d'Aves; Rouen, David du Petit Val, 1615, pet. in-12 de 95 pp.). Personne alors ne trouvait mauvais qu'une partie de l'action se passât dans un lieu de prostitution ;

mais Corneille avait épuré le goût public, et les spectateurs ne purent supporter le quatrième acte de sa pièce. Jouée, en 1645, par les comédiens du Roi, Théodore n'eut, d'après le Journal du Théâtre François, que cinq représentations. Corneille ne put dissimuler son échec : « La représentation de cette Tragédie, dit-il « dans son Examen, n'a pas eu grand éclat, et sans chercher des « couleurs à la justifier, je veux bien ne m'en prendre qu'à ses « défauts, et la croire mal faite, puisqu'elle a été mal suivie. J'au- « rois tort de m'opposer au jugement du Public; il m'a été trop « avantageux en d'autres Ouvrages pour le contredire en celui-cy, « et si je l'accusois d'erreur ou d'injustice pour Théodore, mon « exemple donneroit lieu à tout le monde de soupçonner des mes- « mes choses les Arrests qu'il a prononcez en ma faveur. Ce n'est « pas toutefois sans quelque satisfaction, que je voy la meilleure « et la plus saine partie de mes Juges imputer ce mauvais succès à « l'idée de la prostitution qu'on n'a pu souffrir, bien qu'on sçeust « assez qu'elle n'auroit point d'effet, et que pour en exténuer l'hor- « reur j'aye employé tout ce que l'Art et l'expérience m'ont pu « fournir de lumières; pouvant dire du quatrième Acte de cette « Pièce que je ne croy pas en avoir fait aucun, où les diverses pasci sions soient ménagées avec plus d'adresse et qui donne plus lieu « à faire voir le talent d'un excellent Acteur. » Dans les provinces, les spectateurs étaient moins exigeants qu'à Paris. Après avoir remarqué que la Suite du Menteur n'y fut point donnée, Corneille termine VExamen de cette pièce par la réflexion suivante : « Le « contraire est arrivé de Théodore, que les Troupes de Paris n'y « ont point rétablie depuis sa disgrâce, mais que celles des « Provinces y ont fait assez passablement réussir. »

Nous avons déjà parlé (voy. le n° 44) du rang assigné à Théodore, dans les diverses éditions collectives que Corneille donna de ses ouvrages. Nous n'avons pu voir d'autre motif à l'interversion qui l'a fait passer avant Rodogune, et même, en 1660, avant le Menteur, que le désir qu'eut le poète de la rapprocher de Polyeucte et de ne pas mettre en tête d'un volume une pièce qui n'avait pas obtenu un complet succès.

48. Théodore || vierge et martyre, || tragédie chrestienne. || Imprimé à Rouen, & se vend || A Paris, \\ Chez Toussainct Quinet, \\ au Palais, sous la montée de la \\ Cour des Aydes [ou Chez Antoine de Sommauille, \\ au Palais, en la Gailerie des Merciers, || à VEscu de France ; ou Chez Augustin Courbé, || au Palais, en la Gallerie des || Merciers, à la Palme]. |j M. DG. XLVI [1646]. || Avec Privilège du Roy. In-12 de 4 ff., 82 pp. et 1 f. blanc. Collation des feuillets prélim. : titre; 2 ff. pour la dédicace à

CORNELIENNE.

Monsieur L. P. C. B. ; 1 f. pour l'Extrait du Privilège et les noms des Acteurs.

Le privilège, daté du 17 avril 1646, est accordé pour cinq ans à Toussainct Quinct, qui déclare y associer Antoine de Sommaville et Augustin Courbé. L'achevé d'imprimer pour la première fois est du dernier jour d'octobre 1646.

Cette édition fait partie du recueil de 1647.

La Bibliothèque Cousin possède un exemplaire an nom de Courbé, avec la date de 1647, qui ne présente d'ailleurs aucune différence avec les exemplaires datés de 1646.

Vendu: 20 fr., mar. r. doublé de mar. bl. {Gruel), Giraud, 1855 (n» 1639) ; — 7a fr., mar. r. (Ditru et Chambolle), Potier, 1870 (n» 1230).

49. Théodore vierge et martyre, Tragédie chrestienne. Par P. Corneille. A Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la Grand' Salle proche les Consultations au Nom de Jésus. Pierre Trabouillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux & Forests. M. DG. LXXXII [1682]. Avec Privilège du Roy. In-12.

Cette édition doit se composer de 2 ff. et 76 pp. Vendu: 6 fr. mar. v. (Duru), Giraud, 1855 (n° 1640).

>0. Heraclivs II emperevr || d'Orient, || Tragédie, || Imprimé à Rouen, & se vend \\ A Paris, || Chez Toussainct Quinet, au Palais, \\ sous la montée de la Cour des Aydes; [ou Chez Antoine de Sommauille, au Palais, || en la Gallerie des Merciers, à l'Escu de France ; ou Chez Augustin Courbé, au Palais, || en la Gallerie des Merciers, à la Palme], || M. DG. XLVII [1647]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 deôff., 126 pp.etl f.

Collation des feuillets prélim. : 1 f. de titre avec un fleuron, au monogramme de L. Maurrxj ; 3 ff. pour la dédicace A Monseigneur Seguier, Chancelier de France; 2 ff. pour l'avis Au Lecteur et les noms des Acteurs.

Le privilège, dont le texte remplit le dernier f., est accordé pour cinq ans à T. Quinet, à la date du 17 avril 1647, et Quinet déclare y associer A. de Sommaville et A. Courbé. L'achevé d'imprimer est du 28 juin 1647.

Les libraires associés pour la publication de la pièce eurent un procès dont Scarron (éd. de 1786, t. Vile, p. 56) nous a conservé le souvenir dans les vers suivants, que M. Marty-Laveaux a relevés :

Si l'on ne payoit point les Muses, Elles dcvicndroient bien camuses ; On ne feroit plus rogatums, On n'imprimeroit que factums ; Courbé, Quinet et Sommaville Finiraient leur guerre civile, Et ne s'entre-plaideroient plus Pour Cassandre et YHeraclius.

Dans le procès intenté par Quinet à ses deux associés Sommaville et Courbé, Corneille, croyons-nous, donna raison aux derniers. Leurs deux noms figurent, en 1648, sur une édition de Poli/eucte (n° 28), tandis qu'on n'y voit pas celui de Quinet. Du reste la brouille ne fut pas de longue durée. Courbé ayant obtenu, en 1648, un privilège pour les pièces de Corneille, y associa Sommaville et Quinet. Leur entente est constatée par le recueil de 1648, dont l'achevé d'imprimer est du 31 septembre. (Voy. notre chapitre III.)

Héraclius fut représenté à l'hôtel de Bourgogne vers la fin de l'année 1646. Nous adoptons cette date et non celle de 1647 que nous fournissent les historiens du théâtre, parce que le passage du Dé?iiaisé de Gillet de la Tessonnerie, que cite M. Marty-Laveaux (t. V, p. 117), nous paraît tout à fait concluant. Dans cette comédie figurent deux amants qui se vantent tour-à-tour de leur galanterie pour leur belle :

J'ay fait voir à Daphnis dix fois Héraclius,

— Moy, vingt fois Themistocle et peut-estre encor plus.

Le privilège du Déniaisé est daté du 9 mars 1647. Si l'on tient compte du temps nécessaire pour l'obtention des lettres royales ; si l'on réfléchit que les acteurs ne jouaient alors que trois fois par semaine, et qu'une pièce ne pouvait avoir plus de dix représentations en un mois ; si enfin l'on admet que la Tessonnerie ne put composer et faire jouer sa pièce en moins d'un mois, on est forcé de placer Héraclius avant la fin de l'année 1646. Corneille luimême nous fournit un argument à l'appui de cette opinion. Dans l'avis au lecteur qui précède Rodogune (dont l'achevé d'imprimer est du 31 janvier 1647), il dit que cette tragédie n'est pas la seide où il ait pris de la liberté avec l'histoire, et il ajoute : « Je l'ay « poussée encore plus loin dans Héraclius que je viens de mettre « sur le théâtre. » Cette phrase, écrite au commencement de l'année 1647, se rapportait sans doute à un événement antérieur de quelques semaines.

Corneille composa Héraclias en combinant plusieurs passages des Armâtes eccleriasfici de Baronius. « Cette Tragédie, nous dit-il dans « son Examen, a encore plus d'effort d'invention que celle de « Rodogune, et je puis dire que c'est un heureux Original, dont il « s'est fait beaucoup de belles copies, si-tost qu'il a paru. » Malgré la netteté de cette déclaration faite par un homme dont on connaît la franchise, quelques critiques du commencement du xvme siècle s'avisèrent de rechercher une comédie de Calderon intitulée: En esta r'aln todo es verdad y todo mentira, qui présente dans certains passages de frappantes analogies avec Héraclius, et prétendirent que le poète français avait emprunté sa pièce à l'Espagne. Cette assertion fut avancée assez à la légère dans le Mercure de 1724, mais démentie par le savant jésuite Tournemine, dont Jolly reproduisit les observations dans Y Avertissement des Œuvres de Corneille, publiées par lui en 1738. Quelque incroyables que fussent les accusations de plagiat portées contre Corneille, Voltaire n'hésita pas à les reprendre, mais ne trouva pour les soutenir que les plus détestables raisons. Corneille n'emprunta rien à Calderon ; ce fut au contraire l'auteur espagnol qui fit entrer des fragments de la pièce de Corneille dans une conception presque insensée. Sa comédie de Todo es verdad y todo mentira, ne fut publiée que 17 ans après Héraclius (Tcrcera Parte de las Comedias de D. Pc dru Calderon de lu Barca ; Madrid, por Domingo Garcia Morràs, 16G4, in-4 de 6 fi', non chiff. et 272 ff. chiff.) ; c'est ce que M. Viguier (Anecdotes littéraires sur Pierre Corneille; Rouen, 1846, in-8, pp. 13 sqq., et Œuvres de Corneille, éd. Marty-Laveaux, t. Ve, pp. 122 sqq.), a démontré d'une manière irréfragable. Il faut toute la passion d'un « Franzosenfresser » comme M. de Sdiack (Geschichte der dramatischen Literatur und Kwist in Spanien, t. IIIe, p. 177 ; Nachtrag, p. 104), ou toute l'ardeur castillane d'un poète comme M. Harzenbusch, qui fait de la question une question d'amour-propre national, pour accuser Corneille d'un plagiat commis au contraire à son détriment.

Au dire de Corneille, le poème ftHéraclius « est si embarrassé, « qu'il demande une merveilleuse attention. J'ay veu, ajouté- t-il, « de fort bons esprits, et des personnes des plus qualifiées de la « Cour, se plaindre de ce que sa représentation fatiguoit autant o l'esprit qu'une étude sérieuse. Elle n'a pas laissé de plaire, mais « je croy qu'il l'a fallu voir plus d'une fois, pour en remporter une a entière intelligence. » La troupe de Molière donna plus tard Héraclius, comme la plupart des autres pièces de Corneille. Le Registre de Lagrange en mentionne 14 représentations de 1639 à 1680, dont 7 pour la seule année 1661. D'après une tradition recueillie dans l'édition de la Bruyère, donnée par Coste en 1731 (t. Ier, p. 3), Molière « réussit si mal la première fois qu'il parut à la tragédie iVHérachus, dont il faisoit le principal personnage, qu'on lui jeta des pommes cuites qui se vendoient à la porte, et il fut obligé de quitter ». Peut-être la malheureuse représentation où

BIRLKHVRAPIIIK

Molière subit cet affront est-elle celle que Lagrange cite à la date du samedi 18 mai 1659, avec une recette de 72 livres. Molière n'avait pour sa part que 3 livres!

Robinet nous raconte, dans sa Lettre en vers à Madame, du 1er décembre 1668, une représentation d'Héraclius donnée cbez Monsieur :

Lundy, les Altesses Royales, En l'une de leurs grandes Sales, Où tout brilloit tant que rien plus, Veirent le grand Héraclius, L'un des beaux fruits des doctes Veilles Du digne Aîné des deux Corneilles, Qu'avec un honneur non tel quel, Jouèrent Messieurs de l'Hôtel.

Au commencement de l'année 1685, Héraclius était distribué de la manière suivante :

DAMOISELLES

Pulcherie : Chanmeslé.

Léontine : Beauval, ou Dupin.

Eudoxe : Poisson.

Héraclius :

Baron, ou Dauvilliers.

Marsian :

Dauvilliers, ou le Comte

Phocas :

Chanmeslé.

Crispe :

Hubert, ou le Comte.

Octavian :

Raisin L.

Exupere :

Hubert.

Amintas :

Beauval.

De 1680 à 1870, le Tnéâtre-Français a donné 305 représentations iV Héraclius, savoir : sous Louis XIV ; à la ville, 60 ; à la cour, 4 ; — sous Louis XV ; à la ville, 137 ; à la cour, 17 ; — sous Louis XVI ; à. la ville, 18 ; à la cour, 6 ; — sous la Révolution : 5 ; — sous le Directoire, le Consulat et l'Empire : à la ville, 40 ; à la cour, 2 ; — sous la Restauration : 13 ; — sous le second Empire : 3.

51. Heraclivs II Emperevr || d'Orient, || Tragédie. || Imprimé à Rouen, & se vend || A Paris, \\ Chez Toussainct Quiaet, au Palais, sous la montée de la || Cour des Aydcs ; [ou Chez Antoine de Sommauille, || au Palais, en la yallerie des Merciers, \\ à l'Fscu de France ; ou Chez Augustin

C0RNEL1ENN B.

|| M. DC. XLVII [1647]. || Auec Priuilege du Roy. In- 12 de6ff., 93 pp. et 1 f.

Collation des feuillets prélim. : titre; 2 ff. pour la dédicace; 3 ff. pour l'avis Au Lecteur et les Acteurs.

Le privilège est le même que dans l'édition in-4 qui précède. Il se termine par la même mention et le même achevé d'imprimer.

Cette édition dut paraître peu de temps après l'édition in-4. Dans la lettre citée ci-dessus, Conrart dit à Félibien, à la date du 16 août 1647 : « Je tiendray le petit Heraclius tout prest pour vous l'envoyer par la première commodité d'amy qui se présentera. »

Vendu : 21 fr. mar. bl. doublé de mar. r. (Gruel), Giraud, 1855 (n" 1642) ; — 40 fr., exempl. à relier, Catalogue Léfebvre (de Bordeaux), 1875 (n<> 57).

52. Heraclivs II Empereyr || d'Orient, || Tragédie. || A Paris, Il Chez Guillaume de Luine, au Palais, sous || la montée de la Cour des Aydes. || M. DG. LU. [1652]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff., 82 pp. et 1 f.

Collation des feuillets prélim. : titre; 2 ff. pour la dédicace; 3 ff. pour l'avis Au Lecteur et les noms des Acteurs.

Cette édition est imprimée en petits caractères très-nets ; la justification est de 104 mm. sur 58, tandis que l'édition de 1647 a 111 mm. sur 58. Il existe des exemplaires de l'édition de Guillaume de Luine, avec la date de 1653. Nous avons pu nous convaincre à la Bibliothèque Cousin, où nous avons trouvé un exemplaire sous chacune des deux dates, que les deux catégories d'exemplaires appartiennent à une seule et. même édition.

53. Heraclius Empereur d'Orient, Tragédie. Par P. Corneille. A Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers, sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la Grand' Salle proche les Consultations au Nom de Jésus. Pierre Traboùillet, dans la Galerie des Prisonniers, à V Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux & Forests. M. DG. LXXXII [1682]. Avec Privilège du Roy. In-12.

Cette édition doit se composer de 2 ff., 72 pp. et 1 f. blanc. Voy. la note du n» 25.

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«8 pp., y compris le titre.

Ai versa dm râi*. se tronrw rextrafc An prirûeç* aotxwv" j>»Tie. pwur râq Ans, à lu date A» 12 r .acte* 1619. L achevé d'im-

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màse «a sce&e. ce ballet a *mî qxCvn mèài&a* succès, o,n* Renan d#t, Je wdaMwnr d* la Gazette, ne parvint pu* a rTandir. Les spec- •-.-xijmwan jias les ws italiens, <xu s'ils les comprirent, a* pareatt q» en déplorer la faiblesse. M&zaria, paar Cure aùenx peiner par le paMie le gear* de ietes qni hà plaisait, cal alors fiât* de XDontwnn epéra (fraaçais, dont les vers fassent écrits par

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CORNELIENNE.

. Festa teatrale <H Ascanio Pio di Savoja]; in Ferrn m. 1639, in-fol., figg.) ; nul doute nue Corneille n'ait eu entre Les mains sinon toutes ces compositions, au moins les plus recrutes, et qu'il ae s'en Boil inspiré.

La musique d'Andromède fut écrite uon pas, comme l'a cru Voltaire, par le compositeur Boesset, ou Boissette, mais par le poëte burlesqv . qui, dans un fragmenl de recueil placé a la

Mute d'un exemplaire de ses Hii/>r-< rédoublées que possède la Bibliothèque 'le L'Arsenal, dit expressémenl : » C'es( moy qui ay donné l'Ame a l'Andromède de M- de Corneille. » Ce passage a été relevé, pour la première t'ois, par M. Paul Lacroix [la Jeunesse de Molière, p. 17:; , et M. Fournier (Notes sur Corneille, p. xc) en a rapproché avec beaucoup de raison le sonnet adressé par Corneille à Dassoucy en belle humeur, sonnet qui fut écrit en L650, l'année même de la représentation d'Andromède.

L'hypothèse des deux savants que nous venons de citer est maintenant une c . soucy a t'ait imprimer des Airs à quatre parties Fans, Robert Ballard, IOjo. très-pet. in-8 obi.), qui contiennent deux Indromède, un morceau du Prologue: .. Vers profondes, et un morceau de l'acte quatrième : Vives heureux muants. Ce petit recueil est d'autant plus intéressant qu'il contient quelques vers de Corneille

pu ont échappé à tous les éditeurs. Nous les reproduirons >tre chapitre \ .

Corneille se mit à l'œuvre en 1647, assisté de Dassoucy et de Torelli. Une maladie du roi et les pieuses exhortations de Vincent ierent la représentation, qui devait avoir lieu penus une lettre datée du 20 décembre 1647, Conrart nous donne à ce sujet de curieux détails. « On préparoit, dit-il, force machines au palais Cardinal, pour représenter à ce carnaval une comédie en musique dont M. Corneille a fait les paroles. Il avoit pris Andromède pour sujet, et je crois qu'il l'eust mieux traité a nostre mode que les Italiens ; mais depuis la guerison du If. Vincent a degousté la Reine de ces divertissemens, de sorte que tous les ouvrages ont cessé (lettres familières <lr M. Con- ' FeHbien; Paris, Barbin, 1681, in-12, pp. 110 sq.).» Ce témoiirme par un passage de Dubuisson-Aubenay, emprunte par M. Marty-Lareaui t. Vp. pp. 247'sq.) à un manuscrit de la Bibliothèque Mazarine. « L'affaire de la comédie françoise d'Andromède, dit-il entre le 2 et le 8 janvier 1618, pour l'avancement de laquelle le sieur Corneille avoit receu 2400 livres, et le sieur Touverneur des machines de la pièce d'Orphée, ajustandea à celle-cy, plus de 1200 livres, a été derechef rompue ou inter"mise, après avoir été nagueres rei

- furent fermes pendant la Fronde, et la représenta

! lutromède fut encore ajournée. Le 18 août 1649, le roi revint

à Paris; mais plusieurs mois s'écoulèrent avant que la cour pût se

aent d'un grand opéra. Ce n'esl que vers la fin

de janvier 1650 que les comédiens du Petit-Bourbon donnèrent la pièce de Corneille. Le succès en fut très-grand, et Renaudot en fit un long et pompeux éloge dans un extraordinaire de la Gazette daté du 18 février 1650.

Nous parlerons à l'article suivant d'une distribution ft Andromède indiquée à la main dans un exemplaire de la pièce qui a fait partie de la bibliothèque de M. de Soleinne. Il paraît certain que les chanteurs, quels qu'ils fussent, se faisaient remplacer sur la scène par de simples comparses. On lit dans le registre de Lagrange, à propos de la représentation de Psyché (1671) : « Jusques icy les Musiciens et Musiciennes n'avoient point voulu paroistre en public. Ils chantoient à la comédie dans des loges grillées et treillissées. Mais on surmonta cet obstacle et avec quelque légère despance ontrouvades personnes qui chantèrent sur letheastre à visage descouvert habillées comme les comédiens. »

Certains passages à' Andromède devinrent populaires, soit à cause des paroles, soit à cause de la musique. Ainsi l'on trouve dans le Nouveau Recueil de Chanso7is et Airs de cour pour se divertir agréablement (A Paris, chez Marin Léché, 1656, in-12, pp. 51 sq.) Y Air chanté aux grandes Machines d'Andromède à la gloire de nosire Monarque :

Cieux, escoutez; escoutez, Mers profondes.

Et vous, Antres et Bois, bis.

Affreux déserts, rochers battus des ondes, etc.

(Vers 75 à 89 à' Andromède.)

Le Dessein de la Tragédie, simple programme à l'usage des spectateurs, qui, nous le voyons par les premiers mots du texte, fut rédigé par Corneille lui-même, témoigne à lui seul du grand succès de l'opéra. Le 18 février, Renaudot parlait de personnes qui avaient vu jouer cet ouvrage dix ou douze fois ; or ce n'est que le 3 mars suivant que s'achève l'impression du programme destiné certainement à faciliter au public l'intelligence des représentations ultérieures. Cela permet de supposer que la pièce, interrompue par le carême, dût être reprise après Pâques.

55. Andromède || tragédie. || Représentée auec les Machines || sur le Théâtre Royal || de Bourbon. || A Rouen, \\ Chez Laurens Maurry,prês le Palais. || M. DG. LI. [1651].|| Auec Priuilege du Roy. || Et se vendent A Paris, || Chez Charles de Sercy, au Palais, \\ dans la Salle Dauphine, à la bonne || Foy Couronnée. In-12 de 8 ff. prclim. et 92 pp., y compris 1 f. pour le privilège.

Les ff. prélim. comprennent : 1 f. blanc et 1 f. de titre, puis 6 ff.

CORNELIENNE.

signés û pour la dédicace à M. M. M. M., Y Argument, les noms des Acteurs et la Décoration du Prologue.

Le privilège, accordé à Corneille, pour « deux pièces de théâtre, « l'une intitulée Andromède et l'autre D. Sanche d'Arragon, » est daté du 11 avril lGiiO et garantit sa propriété pendant dix ans. L'achevé d'imprimer est du 13 août 1650.

Vendu : 52 fr. vél., Catalogue Lefebvre (de Bordeaux), 1875,

56. Andromède || Tragédie. || Représentée auec les Maschines sur le || Théâtre Royal de Bourbon. || A Rouen, \\ Chez Laun'ens Maurry, prés le Palais. || Auec Priuilege du Roy. || M.DC.LI. [1651]. || Et se vendent A Paris, || Chez Charles de Sercy, au Palais, dans la Salle || Dauphine, à la bonne Foy Couronnée. In-4 de 6 ff. et 123 pp., plus 6 grandes figures pliées.

Collation des feuillets prélim. : frontispice gravé représentant une scène du 1er acte, et portant le titre de la pièce avec le monogramme de François Chauveau; titre imprimé; 3 pp. pour la dédicace à M. M. M. M.; 3 pp. pour l'argument; 1 f. pour le nom des Acteurs et la Décoration du Prologue.

Corneille avoue à la fin de Y Argument que cette pièce n'est que pour les yeux ; c'est assez dire que les figures ont une grande importance.

Ces cinq figures sont doubles et doivent être montées but onglet. La première, qui se place avant le prologue, représente une grotte percée à jour par la mer; les premiers plans sont occupés par des arbres et des rochers ; au-dessus de la grotte paraissent, à gauchi: du théâtre, Melpomène, la muse de la tragédie, et, à droite, le soleil traîné dans un char à quatre chevaux.

La deuxième figure précède l'acte 1er; on y voit l'apparition de Vénus, au-dessus des palais somptueux qui ornent la capitale du royaume de Céphée. Les personnages se prosternent devant la déesse. Les hommes portent un costume de fantaisie assez voisin des costumes de parade en usage sous Louis XIV; quant aux femmes, leur habillement est tout moderne.

La troisième figure, qui manque à la plupart des exemplaires que nous avons vus, représente le « jardin délicieux » où se passe le second acte. On y voit de chaque côté des « vases de marbre blanc qui portent alternativement, les uns des statues d'où sortent autant de jets d'eau, les autres des myrthes, des jasmins, et d'autres arbres de cette nature ». Les acteurs, qui occupent la scène, contemplent avec étonnement les zéphyrs qui apparaissent dans les

La quatrième figure précède le 3e acte. Elle représente Andromède attachée aux rochers en habit de noce et sur le point d'être dévorée par le monstre, lorsque Persée apparaît dans les airs monté sur Pégase. Sur le devant de la scène est ménagé un coin du rivage, où se tiennent Cassiope, Timante et le Chœur, vivement émus à la vue de cette scène prodigieuse.

La cinquième figure, placée en tête du 4° acte, nous montre une cour magnifique entourée de portiques et de statues. Junon, portée dans un char que traînent deux vastes paons, apparaît dans les airs aux regards étonnés de Phinée et d'Ammon.

La sixième figure, qui précède le 5° acte, représente la cour d'un temple, décoré de colonnes couplées, dont les bases sont ornées de bas-reliefs. Dans les nuages apparaissent Jupiter et Neptune, et les personnages tombent encore une fois en adoration devant les dieux.

Les six figures portent le n° de la page à laquelle elles correspondent. Celle du Prologue est signée: Giacomo Torelli jnu., Berdot de Montbelliard pinx.) Fr. C/iauueau fc; les trois figures suivantes ne sont pas signées ; la cinquième porte en toutes lettres le nom de Chauveau, la sixième n'a que ses initiales. Les figures sont d'un format double de celui du livre ; elles doivent en conséquence être repliées.

La plupart des exemplaires que nous avons eus entre les mains sont incomplets d'une ou deux figures; presque toujours aussi les figures ont été atteintes par le couteau du relieur, en sorte que les chiffres qui renvoient aux pages de l'édition ont disparu. Un accident de ce genre était arrivé à l'exemplaire que M. Marty-Laveaux a collationné et lui a fait croire (t. Ve, p. 253) que les figures avaient été gravées pour être vendues séparément. Nous donnons notre description d'après un exemplaire qui appartient à M. le baron James de Rothschild.

Comme le remarque M. Marty-Laveaux, les décorations de Torelli montrent une grande magnificence, mais elles manquent de variété. On y retrouve toujours la forme des coulisses, au lieu d'y admirer les effets imprévus que savent produire les artistes modernes. Ajoutons que les apparitions qui terminent les cinq actes, et la manière dont tous les acteurs se prosternent, nous paraîtraient aujourd'hui fastidieuses.

Le Registre de Lagrange nous apprend ce que devint l'œuvre de Torelli, qui avait tant excité l'admiration du public. En 1G60, le théâtre du Petit-Bourbon fut démoli ; les comédiens obtinrent à grand'peine un autre asile. Ils demandèrent la faveur d'emporter pour leur nouvel établissement du Palais-Royal les loges et les autres choses nécessaires, « ce qui fust accordé, sous réserve des décorations que le sr de Vigarani, machiniste du Roy, nouvellement arrivé à Paris, se réserva sous prétexte de les faire servir au pallais des Tuilleries, mais il les fist brusler jusques à la der-

nière, aftîn qu'il ne restât rien de l'invention de son prédécesseur, qui ôtoit le sr Torelli, dont il vouloit ensevelir La mémoire. »

Le privilège, daté du 12 mars 1651, . se trouve au verso de la p. 123. Il y est dit que : « Nostre cher et bien amé le sieur Corneille, Nous a fait remonstrer, qu'il a ey-devant donné au Public diverses pièces de théâtre qui ont esté receuës avec succez, et qu'il est sollicité d'en mettre maintenant au jour quatre nouvelles intitulées, Andromède, le Feint Astrologue, et les Engagemens du hasard} ce qu'il ne peut faire sans avoir nos Lettres de permission sur ce nécessaires... etc. » Le privilège lui est accordé pour dix ans, « à condition qu'il sera mis deux Exemplaires de chaque volume, qui sera imprimé en vertu des présentes, en nostre Bibliothèque publique, et un en celle de nostre très-cher et féal le Sieur marquis de Chasteauneuf Chevalier, Garde-des-Seaux de France. »

Ainsi Corneille demande et obtient sous son nom le privilège nécessaire à l'impression de deux des pièces de son frère ; le Feint Astrologue et les Engagements du hazard. On ne peut croire qu'il y ait là une confusion involontaire ; le libellé du privilège ne permet pas de le suppossr. Il est probable que Thomas Corneille aura voulu, grâce à cette innocente supercherie, obtenir pour ses pièces les conditions exceptionnellement favorables auxquelles la grande réputation de son frère pouvait seule prétendre. Nous trouvons une confusion semblable dans le privilège de Pertharite.

L'obligation imposée au titulaire du privilège de déposer deux exemplaires de chaque impression de son ouvrage dans la bibliothèque du Roi et un dans celle du Garde des sceaux est un détail intéressant pour l'histoire du dépôt légal ; elle se retrouve dans plusieurs autres privilèges accordés à Corneille.

Le privilège ne fait aucune mention des libraires cessionnaires; l'achevé d'imprimer est du 13 août 1651.

On sera frappé de ce que l'édition in-4» n'ait pas été imprimée en vertu du privilège du 12 octobre 1649, spécial au Dessein de la Tragédie d'Andromède, ni même en vertu de celui du 11 avril 1650 déjà relatif à Andromède; il est à croire que l'auteur et le libraire Charles de Sercy ayant entrepris de faire graver à grands frais des figures pour l'édition in-4° auront voulu obtenir un privilège qui garantit leurs droits pendant une année de plus. L'exécution des planches dut aussi retarder la publication de cette édition, postérieure d'un an à l'édition in-12.

M. Marty-Laveaux (t. Ve, pp. 257 et 313) a supposé que l'achevé d'imprimer du 13 août 1650, qui se trouve à la fin d'Andromède dans le recueil de 1654, était une faute d'impression. Il n'a pas remarqué que la même date se trouvait à la fin de l'édition in-12 de 1651 ; la différence des privilèges suffirait au besoin pour déterminer l'ordre dans lequel les deux éditions doivent être classées et ne permet pas de supposer une erreur de date dans les achevés d'imprimer.

On trouve au Catalogue Soleinne (t. I", pp. 251-253) la descrip-

tion d'un exemplaire de la grande édition A1 Andromède, dans lequel les noms des acteurs ont été ajoutés d'une écriture du temps, en regard des noms des personnages, de la manière suivante :

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