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Annales et chroniques laïques

Pour bien faire, il faudrait énumérer ici toutes les chroniques relatives à l'histoire de la Flandre, tant indigènes qu'étrangères ; nous nous bornerons à citer, outre les sources de provenance gantoise, les principales productions historiques de Flandre.

74. Une transition entre les annales monastiques et les écrits laïques est constituée par les Annales d'un Frère mineur de Gand, dites improprement Annales Gandenses (1296 i3io), publiées successivement par Hartmann (Gymnasiumsprogramm, Hamburg, 182 3) ; par J.-J. de S m et, Corpus Chronicorum Flandriœ, t. I (1837); par le savant Lappenberg, MGH, t. XVI, p. 555-5gy, et

enfin par Fr. Funck-Bkentano, Paris, 1896,- in-8° {Collect. de textes pour servir à renseignement de V histoire).

Le Franciscain, qui a assisté aux escarmouches de Vitry en i3o3 et rédigé son récit depuis avril i3o8, fait bien moins l'histoire de Gand que celle de la lutte de Gui de Dampierre et de sa famille contre Philippe le Bel.

Son récit est complété par celui de Lodewijk van Velthem, Spiegel Historiael (i 246-1316), publié par I. Lelong (Amsterdam, 17 17, in-fol.) ; par la narration du rédacteur anonyme de la Chronique Artésienne (1297- 1304), publié par Fr. Funck-Brentano (Paris, 1898, 8°, Collection de textes) ; par les Chronica (1 270-1 352) de Gilles Li Muisis de Tournai (éd. J.-J. de Smet, Corpus Chronicorum Flandriœ, t. II p. 95-448 ; nouv. édition par H. Lemaître, Paris, 1906, Soc. de i'histoire de France), etc.

Pour toutes les chroniques de ce premier quart du XIVe siècle, pour la fixation de leur valeur respective et autres données historiographiques, nous nous permettons de renvoyer le lecteur à un mémoire de V. Fris, De Slag bij Kortrijk, Gent, 1902, in-8° (Publication de l'Académie Royale Flamande).

75. Joh. Heller a publié sous le nom de Nota Gandavenses, MGH, t. XXV, p. 585-586, des extraits du Ms. n° i653o- 16540, Cronologia Blandiniensis , de la Bibliothèque Royale de Bruxelles. Ces notes concernent la révolte de Gand contre Louis de Maele en sept. -octobre 1379. Elles sont suivies d'une piécette de quatorze vers, racontant une lutte sociale à Gand, dont la date est indiquée par une sorte de chronogramme. Jacques de Meyere, dans son Compendium chronicorum Flandriœ

(Nuremberg, :538, f° 79 v°), avait mal interprété les données chronologiques et fixé cette lutte entre métiers à l'année 1164 ; tous les historiens de Gand avaient copié cette erreur. Alphonse Wauters, Les Libertés communales (Bruxelles, 1878), p. 597, indiqua la vraie date 1349, et Julius Vuylsteke prouva que ces vers concernaient le triomphe momentané des foulons sur les tisserands, dans son mémoire: DeGoede Disendach, ASG, t. I (1894), p. 9-47.

76. Lorsqu'en i3oi, Philippe IV le Bel visita la province de Flandre nouvellement conquise, il fut témoin à Gand du mécontentement du menu peuple contre la domination patricienne des XXXIX. En novembre i3oi, par un acte resté célèbre, il changea la constitution de Gand et établit le collège annuel des 26 échevins, nombre qui se maintint jusqu'à la fin de l'ancien régime. A partir de cette époque, les échevins conservèrent dans un registre les noms des magistrats annuellement en charge.

Cette liste officielle, qui, à partir de i366, prend une importance considérable par suite de l'application de la représentation proportionnelle des 3 Membres dans le conseil, fut bientôt transcrite par des particuliers, continuée et poursuivie jusqu'à la domination française. Bientôt les possesseurs de ces listes annotèrent brièvement ces listes, soit au moyen de documents manuscrits, soit au moyen de V Excellente Cronike van Vlaenderen de i53i, et autres chroniques ; il va de soi que ces notes sont de valeur fort diverse, mais il se trouve parfois quelque perle dans ce fumier.

Ces listes d'échevins, entremêlées de notes, ont été publiées sans souci de la critique, par P.-C. van der

Meersch, sous le titre Memonebock der stad Ghendt (i3oi- 1793), Gand, i852-6i, 4 vol. in-8° {Publication des Bibliophiles Flamands).

Ph. de Lespinoy, Recherches des Antiquitez et Noblesse de Flandre (Douai, i63i, in-fol.), p. 338 et suiv., et A. Sanderus, Flandria Illustrata (La Haye, 17 35, in-fol.), t. I, p. i5i-i65, ont fait de larges emprunts aux manuscrits des Memorieboeken .

Sur la valeur de l'ouvrage et de l'édition, cf. deux mémoires de V. Fris, Ontleding van drie VlaamscheKronieken, ASG, t. III (1900), p. 135-igi, et Ware eene heruitgave van het Memoiieboek nuttig ?, ibid., t. IV (1901), p. 149-

77. A la fin du XVe siècle, les annotations suivant les listes scabinales devinrent si importantes qu'elles surpassèrent l'intérêt des séries de magistrats. Des écrivains copièrent donc les notes et les firent suivre de véritables annales.

Tel est le cas pour la Vlaamsche Kronijk van Duinkerke (1416-1598), publiée par Ch. Piot, Chroniques de Brabant et de Flandre (Bruxelles, 1879, in-40), p. 173-285 ; pour une foule de renseignements du Spieghel der N ederlandscher Audiheyt ou Historié van Belgis de Marcus van VAERNEWijCK(Gent, i56o, i562, i568, 1574, 1829); cf. F. Vander Haeghen, Bibliographie Gantoise, t. I, p. 143, 148, 180 ; enfin et surtout, pour la compilation dite Chronyke van Gent door Jan van den Vivere en andere schrijvers, publiée par F. De Potter, Gent, i885, in-8°.

Jan van den Vivere, qui se fait connaître (p. 187, éd. De Potter) comme un des rédacteurs de ces « memoriale geschiedenissen», est sans doute le curé de Ste. Marie à St.

Pierre, le rhétoricien qui traduisit en vers flamands l'épitaphe d'Isabelle de Danemark vers i525 (').

78. La grande Chronique des Comtes de Flandre, la Flandfia Generosa, avec ses interpolations et ses continuations (MGH, t. IX; J.-J. de Smel, Corpus Chronicorum Flandriœ, t. I). fat bientôt traduite en flamand. De nombreux manuscrits commençant vers l'an 600 et se terminant vers 1404 furent bientôt en circulation ; les copies se multiplièrent particulièrement vers le commencement du règne de Philippe le Bon. Divers possesseurs de ces manuscrits se hâtèrent d'y ajouter la narration des faits qui se passèrent de leur temps.

Un Brugeois, que l'éditeur Lambin, par une confusion entre l'auteur et le possesseur du manuscrit, a appelé Jean van Dixmude, ajouta à sa traduction l'histoire de la révolte de Bruges et de Gand contre Philippe le Bon de 1436 à 1440 ; le livre est intitulé : Dits de cronike ende généalogie van den prinsenende graven van Vlaenderlant (836-1 436) door Jan van Dixmude, publié par J.-J. Lambin, Ypre, i83g, in-8°; voyez un Fragment d'après un manuscrit plus complet, Laetste deel der Kronijk van Jan van Dixmude (1419-1440), dans J.-J. De Smet, Corpus Chronicorum Flandriœ, t. III, p. 35- 109.

79. Un Gantois inconnu ajouta à la chronique du soi-disant Jean van Dixmude un Journal excessivement précieux de la lutte de Gand contre Philippe le Bon (1450-

(') Cf. M. van Vaernewyck, Spieghel der Nederlandscher Audiheyt (Gand, i568), fol. 118 vo ; Archives Communales, Registre LL, f° clxiij v°, a° i55o Dans les Comptes Communaux de 1539-40, f° 94 r°, apparaît un Jan van den Vivere, avocat ou notaire. Cf. Fr. De Potter, Gent, t. I, p. 7, n. 1.

1453), une description de la rentrée triomphale de ce prince à Gand en avril 1458, et une courte description de lemeute des Gantois contre Charles le Téméraire lors de sa Joyeuse Entrée dans cette ville en 1467 ; cf. n° 3oo.

Cet important diaire forma la seconde partie de la Kronijk van Vlaenderen van 5 80 tôt 146 y, publiée par Blommaert et Serrure (Gent, 1839 40, 2 vol., in-8°, publication des Bibliophiles flamands), t. II, p. 11 1 etsuiv. (').

80. Un rhétoricien-poète brugeois, le maître-maçon Antoine de Roovere, continua la Cronike attribuée à Jean van Dixmude sous sa forme primitive, de 1450 à 1482 à la veille de sa mort. Un autre brugeois, André de Smet, poursuivit l'œuvre jusque vers 1497 en faisant de larges emprunts au Journal de Rombout de Doppere ; puis un Anversois anonyme y ajouta une annexe jusqu'en 1529. L'ouvrage ainsi continué fut publié à Anvers en i53i, chez Guillaume Vorsterman, sous le titre Dits die excellente Kronike 'van Vlaenderen, in-fol.

Sur la parenté des nos 78, 79, 80, voyez V. Fris, Ontlcding van drie Vlaamsche Kronieken, ASG, t. III (1900), p. 1 35- 191. Un des manuscrits de la Kronijk van Vlaenderen, qui est inédit et renferme de nombreux détails mal connus, concernant Jacques et Philippe van Artevelde a été signalé par V. Fris, Le Manuscrit n° 40 '7 de la Bibliothèque publique de Bruges, BSG, t. VIII (1900), p. 16-19 > M< Nap. de Pauw, qui en avait pris copie également, avait promis à cette

(1) Le P. T. Bosmans, que l'on signale dans les Leven en Werhen der Zuid-Nederlandsche schrijvers (Gent, igo3, publication de l'Académie Flamande), p. i38-i3g, comme auteur d'une chronique de Flandre est tout simplement le copiste ou le propriétaire d'un des manuscrits de la Kronijk van Vlaenderen.

époque de publier les extraits importants de ce manuscnt, mais rien n'a paru jusqu'ici.

81. La source narrative gantoise de la fin du M05 en- Age, capitale pour la connaissance des institutions et de la situation de la ville, est incontestablement cette espèce de journal diplomatique de la guerre de Gand contre Philippe le Bon, appelé faussement le Registre de la Collace. Dès 1842, il fut publié par A. G. B.Schayes sous le titre erroné de Dagboek der Gentsche Collatie bevattende een nauwkeurigverhael van de gebeurtenissen te Gent en elders in Vlaenderen voorgevallen, Gent, in-8°. Ce recueil si important dedocuments officiels gantois reliés par une succincte narration a été réédité pour la Société des Bibliophiles Flamands par V. Fris, sous le titre : Dagboek van Gent van 1447 tôt 1470, met een vervolg van 1477 tôt z5i5, Gent, 2 vol., 1 901 -1904, in-8° ; l'édition est précédée d'un Exposé de la constitution de Gand au milieu du XVe siècle, et suivie de précieux Inventaires de l'artillerie gantoise de la même époque.

82. Au milieu de la lutte de Philippe van Artevelde contre Louis de Maele, un partisan fougueux.de ce prince et adversaire résolu du parti populaire, peut-être bien un fonctionnaire du comte, écrivit une violente narration versifiée de la guerre contre Gand, qu'il dédia à Philippe le Hardi ; nous n'avons plus qu'un court fragment de cette chronique rimée qui s'arrête à la fin de l'année i38o. L'auteur est Flamand, peut-être Gantois ; très bien informé, il semble avoir écrit au jour le jour. Le manuscrit qui appartenait d'abord à la bibliothèque de M. Ducas, de Lille, fut publié sous le titre de Chronique rimée des troubles de Flandre à la fin du XIVe siècle, suivie de documents inédits relatifs à ces troubles, par Ed. Le Glay, Lille, i842,in-8°.

Comme l'édition de Le Glay était fautive et d'autre part très rare, et que d'ailleurs le manuscrit avait été acquis entretemps par la Bibliothèque de Gand, Mr. H. Pirenne a donné de ce texte une édition critique, avec une bonne introduction, sous le même titre, Gand, 1902, in-8°, t. I des Publications extraordinaires de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Gand (l).

On peut y ajouter le poème incomplet Van den Kaerlen, publié par Eelco Verwijs, Van Vrouwen ende van M inné t p. 69-77 (Bibliotheek van middelnederlandsche letterkunde, 4e en 5e Aflev., 1871) ; c'est une satire politique contre les Kerels Gantois par un de leurs prisonniers, versifiée sans doute vers 1379 ; comme la copie est extrêmement défectueuse, Em. Spanoghe en a donné une édition, critique : Het gedicht van den Kaerlen, iets ofwat leesbaarder geniaakt, Antwerpen, 1884, broch.

83. Nous allons citer maintenant certains chroniqueurs de la Flandre dont le récit renferme quelques épisodes relatifs à l'histoire de Gand.

Sur les relations de Gand avec les comtes de Flandre, on consultera de préférence la Flandria Generosa, histoire de la dynastie des Baudouin jusqu'en 12 14 avec diverses continuations ; édition critique de Bethmann, MGH, t. IX, p. 3 1 3-334 i cf« Wattenbach, Deutschlands Geschichtsquellen, t. I, p. 171.

84. On sait que les Gantois ont pris une part considérable au châtiment des meurtriers de Charles le Bon à Bruges et à la proclamation de Thierry d'Alsace comme comte de Flandre ; le prêtre Galbert de Bruges a

([) Ajoutez le no 285.

consigné ces faits au jour le jour dans son Histoire du meurtre de Charles le Bon (1127-1128), édition critique publiée par Mr H. Pirenne, Paris 1891, dans la Collection de textes. Voyez l'Introduction de Mr Pirenne, p. I à XXV, et A. Molinier, Les Sources, t. II, p. 184-185, n° i85i.

85. Le chancelier de Baudouin V de Hainaut, Gislebert de Mons, dans son Chronicon Hanoniense (io5oiog5), dernière édition critique par L. Van der Kindere (Bruxelles, 1904, in-8°), nous a conservé l'histoire des rapports de Philippe d'Alsace, de Mathilde de Portugal et de Baudouin, son maître, avec les Gantois. Cf. V Introduction de L. Van der Kindere, et H. Pirenne, Bibliographie, p. i56, n° 1747.

86. Le siège et la prise de Gand par Philippe-Auguste ont été racontés par son chapelain Guillaume le Breton (fp. 1224) dans ses Gesta Philippi régis en prose et dans son poème Philippis, publiés par F. Delaborde, Œuvres de Rigord et de Guillaume le Breton, Paris, 2 vol., 1881 (Soc. de l'Histoire de France), et par extraits par Pannenborg, MGH, t. XXVI, p. 3oi-38g. Cf. A. Molinier, Les Sources, t. III, p. 3 4, n° 2212.

On peut y joindre L'Estore des ducs de Normandie (-1220), éd. Francisque Michel (1840, in-8°, Soc. Hist. de France) et par extraits éd. Holder-Egger, MGH, t. XXVI, p. 702-707 ; et la Chronique d'un anonyme de Bethune, que Mr Léopold Delisle vient de publier, RHF, t. XXIV (iço5) ; elles sont toutes deux l'œuvre d'un familier du condottiere Robert VII, seigneur de Béthune. Cf. k Préface de Mr L. Delisle, et Molinier, Les Sources, t. III, p. 5-6, nos 2217-2218.

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