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II est probable qu'il fut à la fois abbé de St. Pierre et abbé de St. Bavon (1).
On a sur lui et sur son administration fort peu de détails. Seulement aux X-XIe siècles, durant la lutte pour les reliques entre les deux abbayes gantoises de St. Pierre et de St. Bavon, le faussaire qui fabriqua la Vita Si. Livini prétendit que Florbert fut le collaborateur de St. Liévin dans l'évangélisation du Brachbant; un autre faussaire, Stépelin, moine de St. Trond, de passage à St. Bavon en 1049, ou même l'abbé Thierry de St. Bavon en 1258, lui fabriqua une plaque tombale avec inscription, que l'on conserve encore aujourd'hui ; enfin, un troisième imposteur mit en circulation une épitaphe en vers latins de Florbert sous le nom de St. Liévin.
On ne sait où Florbert fut enterré, à St. Pierre ou à St. Bavon. Cette question fut ardemment débattue durant le haut Moyen-Age, entre ces deux monastères. En effet, environ un siècle après la destruction des deux couvents par les Normands, Arnould le Grand fit revenir les moines à Gand, et reconstruisit les deux abbayes. Après avoir été régies par un même abbé durant cinquante ans, elles se séparèrent (981) et aussitôt commença entr'elles la lutte, dont nous parlions plus haut. Chacune prétendit être la plus ancienne. Or, celle-là seule qui aurait eu spécialement comme abbé Florbert, disciple de St. Amand, et qui posséderait donc sa sépulture, pouvait prétendre à
les limites de sa juridiction ; cf. H. Delehaye, Les légendes hagiographiques, p. 94, 122.
(!) Voyez une note importante de Mr L. Van der Essen, Etudes d'Hagiographie médiévale, dans Analectes de VHtstoire Ecclésiastique de la Belgique, 3e s., t. XXXII, 1906, p 114, note 3.
cet honneur. Ce fut l'origine d'une foule de faux, particulièrement commis à St. Bavon, soit falsification de bulles, fabrication d'inscriptions tombales, interpolation ou fabrication de documents hagiographiques, modifications de la chronologie des annales monastiques, le tout plus ou moins en rapport avec Florbert.
On peut consulter sur Florbert, l'excellent commentaire du P. C. de Smedt, AA. SS. Boll. (1887), Novembre, t. I, p. 356-374; mais surtout le mémoire fameux de O. Holder- Egger, Zu den Heiligengeschichten des Genter St. Bavosklosters, p. 636 et suiv., et H. Pirenne, IAG, f. 141.
52. La Vita Si. Livini (martyr, dit la légende, à Houthem, 12 Nov. 657) a été longtemps attribuée à un certain Bonifacius peccator, contemporain d'ailleurs inconnu, que d'aucuns confondaient avec le fameux apôtre de la Germanie. Elle a été publiée par Mabillon, AA. SS. ord. St. Benedidi (1669), t. II, p. 449-461 ; par Ghesquière, AA. SS. Belgii (ij85), t. III, p. 96 ; par Papebroch, AA. SS. Boll., juin, t. I, p. 494 et suiv.
Cet écrit est un faux impudent (*) qui eut pourtant le plus grand succès; il fit de Liévin l'apôtre des Flandres et le patron de Gand, et fut l'origine de la fameuse procession de St. Liévin à Houthem, qui sortait de Gand tous les ans à fin juin et causa tr.nt de désordres jusqu'à sa suppression sous Charles Quint.
Or, un St. Liévin, prélat irlandais, apôtre du Brachbant, n'a jamais existé, du moins comme tel. Sa biographie
(!) Sur les fausses reliques fabriquées par les moines au XIIe siècle, consultez la protestation indignée de Guibert, abbé de Nogent, vers 1119, dans Migne, Patrologia Latina, t. CLVI, col. 121-124.
est une audacieuse supercherie littéraire composée entre 1025 et io58 par un moine de St. Bavon, durant la lutte de cette abbaye, pour les reliques, contre sa rivale de St. Pierre. En effet, pour faire échec à leurs concurrents du Mont-Blandin, les moines de St. Bavon firent transporter dans leur monastère en 1007 (durant l'invasion de Henri II en Flandre), les reliques d'un saint nommé Liévin qu'on vénérait au village de Houthem ; peu de temps après, entre 1024 et io58, un de leurs moines rédigea la Vita légendaire.
Déjà, le Bollandiste Papebroch au XVIIe siècle s'était aperçu que cette biographie était une falsification ('). En 1886, le Prof. Dr. Ottokar Holder-Egger dans sa magistrale étude : Zu den Heiligengeschichten des Genter St. Bavosklosters, dans les Historische Aufsaetze an Georg. Waitz geividmet (Hannover), pp. 623-665, en analysant les productions hagiographiques de St. Bavon, a donné le coup de grâce à la légende. L'auteur suppose que l'ancien propriétaire du village de Houthem, Wichmann, comte de Gand et du pays de Hamalant (sur les confins de la Frise), aura introduit en cet endroit le culte du grand apôtre des Frisons, St. Libuin ou Liafwin, d'où dériva le nom de Liévin. Un moine de St. Bavon ignorant cette identité, fabriqua de toutes pièces une Vita Livini, créant ainsi un saint nouveau.
Quant à l'épître en vers élégiaques prétendument adressée par Liévin à Florbert, c'est également une falsification du XIe siècle, fabriquée à St. Bavon et qui a induit en erreur tous les commentateurs depuis les Bénédictins de
(x)Cf. Alban Butler, Vie des pères, t. VI, p. 143-145.
V Histoire Littéraire de la France jusqu'à Ozanam ; voyez Holder-Egger, Zu den gefàlschten Livini-Versen, dans Nenes Archiv (i8gi), t. XVI, p. 623.
Une courte Translatio SS. Livini et Brictii, composée vers la fin du XIe ou au début du XIIe siècle, a été publiée par Mabillon, A A. SS. ord. S. Benedicti, t. VI, Ie p., pp. 65-7o ; et par extraits par O. Holder-Egger, MGH, t. XV, p. 612-614
On peut consulter sur tout ceci, outre le mémoire cité de Holder-Egger, F. Rettberg, Kirchengeschichte Deutschlands, t. II, p. 5 10 et suiv., et H. Pirenne, dans Biographie Nationale, t. XII (1892), col. I28-i3o.
53. Nous ne possédons sur Se. Pharaïlde, vierge, dont le corps fut amené à St. Bavon de Gand vers 754 (?), qu'une Vita du XIIe ou XIIIe siècle, mais faite d'après une vie rimée du XIe siècle. Elle est dans AA. SS. Boll., Janv., t. I, p. 170-172, et Hautcœur, Actes de Sainte Pharaïlde (Lille, 1882, in-8°), p. 1-17 ; une autre vie du XIIIe siècle est dans Hautcœur, p. 18-24; les Bollandistes en ont publié une troisième dans le Caîalogus codicum hagiographicorum lati norumbibl. Bruxellensis , t. I, p. 394-95.
Nous pouvons affirmer que le culte de Se. Pharaïlde est antérieur à Gand au IX6» siècle, car les moines de St. Bavon, fuyant devant les Normands à Laon, emportèrent ses reliques, et les rapportèrent avec eux en 939, pour les déposer, en partie dans la chapelle du Château (plus tard collégiale de Se. Pharaïlde), et en partie à St. Bavon.
Mr H. Pirenne, dans Biographie Nationale, t. XVII
(*) Elle a été employée par Jean de Thielrode, Chronicon Si Bavonis, MGH. t. XXV, p. 571.
(1902), col. i58-i59, a fait remarquer que le silence de l'abbé Othelbold (dans sa lettre à la Comtesse Otgive, vers io3o, sur les reliques de St. Bavon), qui ne sait presque rien sur les restes de Se. Pharaïlde, est une preuve que les biographies de la sainte sont postérieures à :o3o. Ces biographies ne renferment d'ailleurs que les banalités d'usage des légendes hagiographiques et ne donnent aucun détail précis et typique ; on peut donc parfaitement les négliger. Cf. pour mémoire, Histoire Littéraire de la France (1742), t. VI, p. 544 ; F. X. de Ram, Hagiographie Belge (1864), t. I, p. 36-43.
54. Tout aussi peu importante pour l'histoire de Gand est la Vita Sœ. Amelbergœ ( f 772 ?). Amelberge, vierge, est la patronne de Tamise, dont les reliques amenées vers 870 sous Baudouin de Fer à St. Pierre au Mont-Blandin, donnaient lieu à un pèlerinage annuel (1). Comme la tradition rapportait que la sainte s'était retirée dans sa jeunesse au couvent de Munster- Bilsen non loin de St. Trond, on a pu songer à l'abbé Thierry de St. Trond (f 1107) pour lui attribuer cette vie. Elle a été publiée par Mabillon, AA. SS. ord. Si. Benedicti (1672), t. III, 2e p., p. 240- 244, qui l'a critiquée comme légendaire ; elle est défendue par le P. Sollier, qui l'a republiée, AA. SS. Boll, (1723), juillet, t. III, p. 72-88, go-io3. Holder-Egger, Die Heiligengeschichte, p. 633, n. 3, l'appelle une élucubration postérieure, indigne de toute croyance. Cf. G. Kurth, Landrade, dans Biographie Nationale, t. XI, col. 258.