G BIBLIOGRAPHIE
et dès le 19 novembre 1728, de Maunoîr, autre rapporteur , plus tard censeur royal ^ , donnait son approbation au manuscrit ayant pour titre : Suite des Mémoires et Avantures dun homme de qualité *. Cette suite fut publiée en deux volumes, probablement au commencement de Tannée 1729. Un de nos exemplaires porte le titre suivant :
Suite II des || Mémoires || et || Avantures \\ d'un homme \\ de qualité, \\ Qui s'est retiré du monde. \\
(Fleuron gravé.)
A Paris, \\ Chez Gabriel Martin, rue \\ Saint Jacques, vis-à-vis la rue \\ du Plâtre, à t' Étoile. \\ MDCC. XXIX. \\ Avec Approbation et Privilège du Roy. \\
*/ Grandin-i2. Tome III: titre + pages 1-372. Le tome IV finit par une table générale des matières en 19 pages, + 1 feuillet non chiffré pour l'approbation de Maunoir, le privilège et la rubrique de cession.*
L'autre exemplaire est en tout semblable, sauf qu'il porte au titre le nom de la veuve Delaulne. Mais ce qui prouve bien que, malgré des titres avec
ment cette lettre, qu'il dut nécessairement écrire dans la cellule, puisqu'elle y fut « laissée », pourrait-elle faire mention d'un fait qui s'est passé après le départ de Prévost? Elle semble avoir été écrite à Amiens, où il prie le Révérend Père de lui adresser sa réponse. Il est à remarquer que c'est justement à Amiens que Prévost fait rencontrer Des Grieux avec- Manoif Lescaut, qui arrivait par le coche d'Arras. On serait tenté d'y voir une réminiscence personnelle de l'auteur.
1 De 1742 à 1753.
^ Supra y page 2, note 4,
des noms de libraires différents, il n'y a eu qu'une seule impression à cette époque, c'est que le tome IV, au nom de Gabriel Martin, se termine par cette ligne : De F Imprimerie de la F® Delaulne.
En 1731 parurent les tomes V et VI, apparemment ensemble. Le titre ne diffère de celui des deux volumes précédents que par l'omission du nom des libraires. Il est remplacé pai: cette marque :
A Amsterdam, \\ Aux dépens de la Compagnie, \\ M. DCCXXXL
Les fleurons et les culs-de-lampe sont autres, mais le livre est imprimé avec les mêmes caractères, sur du papier au même filigrane et du même format que les quatre premiers volumes. Aussi pensonsnous qu'ils ont été imprimés par la veuve Delaulne. Il est vrai que le règlement de 1649 défendait de « supposer ou déguiser la marque ou le lieu où les livres avaient été imprimés*, » mais au xvin* siècle, sous l'administration du cardinal Fleury, protecteur éclairé des lettres, si ce règlement n'était pas précisément tombé en désuétude , il est certain que les imprimeurs de Paris obtenaient souvent le consentement tacite de substituer à leur adresse les rubriques anonjnnes des villes de Hollande. De la sorte, les écrivains qui craignaient les persécutions suscitées par la noblesse t)u par le clergé pouvaient se
* Art. 20. Code de Flmjyunmerie et de la Librairie^ par Saugrain. Paris, 1744, m-12, p. 94.
faire imprimer à Paris ; et l'administration, par cette tolérance , empêchait l'industrie d'Amsterdam , de la Haye , de Genève, de Bâle et de Hambourg, de profiter aux dépens des presses françaises d'un ostracisme qui aurait pu ruiner le commerce de la librairie et l'imprimerie en France.
Quant à la nécessité de substituer à la marque de Paris celle d'Amsterdam, peut-être a-t-elle eu pour cause les plaintes adressées au supérieur des bénédictins par ce prince dont parle le Journal de la Cour et de Paris, Cependant, si ces réclamations avaient eu pour effet d'obliger l'abbé Prévost à se réfugier en Hollande,' les trois années qui s'étaient écoulées devaient suffire pour le faire oublier. Mais, en 1731, le clergé n'avait pas encore pardonné à l'éloquent prédicateur d'Évreux et des Blancs-Manteaux de Paris sa désertion de l'ordre des bénédictins et du cloître de Saint - Germain - des - Prés. Étant donnée la condition des libraires et des imprimeurs à cette époque, l'une ou l'autre de ces circonstances était, croyons-nous , une raison suffisante pour engager les éditeurs du moine réfractaire à prendre quelques précautions avant de se risquer à publier ses œuvres.
Dans la pensée de l'auteur ^ cette troisième série
* « Je n'ai pu m' empêcher plusieurs fois de lui reprocher agréablement le scrupule qui lui faisoit dérober la Conclusion de son ouvrage au public, après avoir souffert que les deux premières parties fussent imprimées il y a deux ans. Il se défendoit par deux raisons : la première étoit la différence qu'il prétendoit trouver entre ce dernier ouvrage et les premiers. » (Lettre de rÈditeur^ en tète du tome V.)
devait terminer l'ouvrage, car le titre de départ des tomes V et VI est ainsi conçu : Suite et conclusion des Mémoires du Marquis de***.
L'abbé Prévost changea bientôt d'avis. Nous le voyons publier dans la même année un septième volume, le seul de la série qu'on lise aujourd'hui. Hâtons-nous d'ajouter qu'il contient le touchant récit des aventures du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut.
Tout porte à croire que cette émouvante histoire a été écrite en quelques semaines, et certainement sans que l'auteur se doutât qu'il venait de faire un chef-d'œuvre. Mais la question qui nous préoccupe est de savoir si la Manon Lescaut a été publiée pour la première fois en 1731 ou en 1733.
Nous avons sous les yeux deux éditions différentes des Mémoires d'un homme de qualité, toutes deux datées de 1731, et donnant chacune comme septième volume, sous cette même date, les deux parties complètes de la Manon Lescaut, Nous les décrivons sous les lettres A et B.
n semble même avoir eu quelque regret de s'être laissé aller à publier la première partie : « Monsieur le marquis ajoutoit à cette raison, qu'il avoit sujet de se repentir de la complaisance qui l'avoit fait consentir à l'édition de ces deux pi^emiers volumes. » Loc. cit. On distingue facilement, daj^s cette Lettre, les efforts de Prévost pour rattacher une nouvelle suite à la première «malgré la différence». Ces disparates le préoccupaient, et il ne peut s'empêcher de s'en excuser dans VAvis de fauteur qui précède le tome VII, où il va à rencontre des objections du lecteur, en citant le précepte d'Horace :
Ut jam nunc dicat jam nunc debentia dici, Pieraque différât ac presens in tempus omittat.
Mémoires \\ et \\ Avantures \\ ttun homme \\ de qualité. Il Qui s'est retiré du monde. ||
(Vignette.)
A Amsterdam, \\ Aux dépens de la Compagnie, || MDCCXXXI. Il
%* Très-petit in-12, dont les sept volumes portent la date de 1731. Le titre, imprimé en rouge et noir, a dans les tomes I, in, V et VII, une vignette gravée sur cuivre, représentant deux génies sous une balance et la devise vis unita major *. Dans les tomes II, IV et VI, elle est remplacée par un fleuron grossièrement gravé sur bois. Dans les tomes V et VII, cette vignette est agrandie et signée M. Pool se*. Le tome VII a un feuillet pour le titre + 344 pages dont les huit premières donnent VAvis de l'auteur, mais sans la Lettre de l'éditeur. Il y a une réclame à chaque page , et le titre de départ est : Histoire Il Du Chevalier Des Grieux et de \\ Manon Lescaut, \\ Aucun des volumes ne reproduit le privilège ; on voit seulement à la page 218 du tome I®' l'approbation de Blanchard. Le tome V commence par la Lettre || de l'éditeur. \\ A Messieurs de la Compagnie Il des Libraires d'Amsterdam \\ , laquelle, dans cette édition, est signée d'Exilés. Cette lettre porte la réclame : Tome y. Il n'y a de faux titre qu'aux tomes V, VI et VII*.
* Une copie mal gravée de cette vignette se voit sur le titre de V Histoire justifiée contre les Romans, par l'àbbé Lenglet-Dufresnoy, Amsterdam, aux dépens de la Compagnie, 1735, in-12 ; VHistoire de Louis XI, par Duclos, AmstercUm, 1742; et les Mémoires secrets pour servir à VHistoire de Paris, Amsterdam, 1745. Nous la reproduisons exactement dans la planche ci-contre.
« Matl^ieu Pool, né à Amsterdam en 1697. Cf. Basan, Dictionnaire des Graveurs, Paris, 1819, in-8, tome II, p. 106.
^ Elle n'a donc pas été écrite, comme l^ffirment plusieurs bibliographes, pour servir de préface à la Manon Lescaut, mais bien pour la Suite et conclusion des Mémoires et Avantures.
* Ces trois faux titres ont été dernièrement contrefaits en nombre,
C/5 c« ^tii 4
t^ « tA
W ïï M t^
Mémoires \\ et \\ Avantures \\ (Tun homme \\ de qualité. Il Qui s'est retiré du monde. \\
(Fleuron tj^ographique.)
A Paris, \\ Aux dépens de la Compagnie, \\ MDCCXXXI. Il
%* Très-petit in-i2, plus allongé que A et moins bien soigné. Au tome I, mauvais frontispice gravé sur cuivre représentant un magicien assis ; au fond, la mer et deux navires battus par la tempête ; au bas , une inscription effacée en partie ne laissant plus voir que F... des T... se. Le titre, en rouge et noir, porte au tome I un fleuron composé de 13 étoiles typographiques, aux tomes V et VI un fleuron gravé sur bois, au VII® une vignette circulaire représentant un navire sur une mer agitée, et cette devise : nihil valet virtvs sine fortvna, 1613. Les réclames sont au bas de chaque page, la lettre à l'éditeur n'est que dans le tome V. Le tome VII , qui est de un feuillet pour titre et 344 pages, finit, comme A, par ces mots : Fin du tome VU et dernier. Au-dessous du titre courant, il y a, à chaque page , un trait sur toute la largeur. La seconde partie de la Manon commence au verso de la page 1 99 avec un titre de départ. Il n'y a de faux titre qu'aux tomes V, VI et VII.
Ici, encore, tous les volumes portent la date de 4731, y compris le septième, qui contient la Manon Lescaut, La composition est la même que dans A, ligne pour ligne, du premier volume au dernier. On
aux frais d'un libraire de Paris. Il paraîtrait même qu'on fabrique en ce moment de ces faux titres pour les quatre premiers tomes, bien qu'ils n'existent pas dans Toriginal. On ne saurait trop blâmer des supercheries de cette nature, qui, nous regrettons de le dire, deviennent de plus en plus fréquentes.
remarque certaines variations dans Torthographe *, mais le texte et l'arrangement des parties ne présentent aucune modification.
Ces deux éditions sont certainement différentes, mais Tune a été copiée sur Tautre. A est le prototype et il provient d'une presse amsterdamoise, tandis que B nous semble une contrefaçon suisse. Mais la question principale est de savoir si cette date de 1731 est authentique , c'est-à-dire si la Manon Lescaut a véritablement été publiée en cette année, comme le millésime de ces deux éditions l'indique, ou si c'est seulement en 1733, comme des bibliographes et des libraires le prétendent, que ce beau roman a été publié pour la première fois.
L'hypothèse d'une édition antidatée repose exclusivement sur un passage du Jotumal de la Cour et de Paris, où, sous la date du 3 octobre 1733, il est dit : « On a imprimé ici depuis quelques jours l'histoire de Manon Lescaut et du chevalier Dégrieux, qui est la suite des Mémoires d'un homme de qualité. Le Héros est un Escroc, l'héroïne une catin, et cependant l'Auteur trouve le secret d'intéresser les honnestes gens pour eux. Cet homme peint à merveilles : il est en prose ce que Voltaire est en vers '. »
Ce curieux passage ne saurait prouver qu'une chose, c'est qu'au 3 octobre 1733 on avait publié à
1 A la page 2 : je nignore; à la page 17: L'ouis-d'Or, etc. Les mots qui dans A finissent par ez, se terminent dans B par es,
* Bibliothèque nationale, Mss., fonds français, n© 25,000, page 225 ; et Revue rétrospective , 2® série, tome VII, page 101.
Paris une édition du septième volume des Mémoires et Avantures, sans que pour cela le critique puisse conclure que ce septième volume n'existait pas depuis 4731 à Amsterdam et ailleurs *.
Dans le tome I" des Mémoii^es du cardinal de Retz, certainement publiés en 1731% il y a, parmi les feuillets préliminaires, un catalogue imprimé en même temps que Touvrage, puisqu'il se termine par une réclame donnant le premier mot du titre des Mémoires de Rètz, lesquels commencent à la page suivante. Voici l'en-tête :
Catalogue des livres imprimés chez J. Frédéric Bernard, ou dont il a iiombre.
A la seconde ligne, on lit :
Avantures d^un Homme de qualité, 1 vol. 12.
A moins d'une erreur typographique, on est forcé d'admettre que dès Tannée 1731, il y avait une édition des Mernbires d'un Homme de qualité en sept volumes, et contenant conséquemment la Manon Lescaut; car de toutes les éditions connues des trois premières parties des Mémoires et Avantures, il n'y en a pas une seule qu'on puisse diviser en sept vo-
1 L'auteur de ce journal est d'ailleurs en contradiction avec luimême, car cinq mois auparavant il écrivait déjà, sous la date du 20 juin : « Il paroit depuis quelques jours un nouveau volume des Mémoires d'un homme de qualité. Ce livre est écrit avec tant d'art et d'une façon si intéressante que l'on voit les honnêtes gens s'attendrir en faveur d'un escroc et d'une catin. » Page 150 du manuscrit.
* Chez J. Frédéric Bernard, Amsterdam, in-12. '
lûmes; toutes n'ont que six volumes, six titres et six paginations. Les seules éditions qui répondent à la description donnée par Bernard sont A et B. Elles soîit chacune en sept volumes, de format in-12, et portent une date qui prouve, prima facie, leur existence en 1731.
Si Fabbé Prévost a fait en moins de trois mois les deux premiers tomes de Cleveland^, rien n'empêche qu'il ait pu écrire en une année les tomes V, VI et VII des Mémoires d'un homme de qualité; d'ailleurs, n'avons-nous pas vu qu'en la seule année de 1728, il avait remis à la veuve Delaulne les quatre premiers tomes de cet ouvrage, dont deux ont dû être écrits entre les mois de mars et septembre 1728?
i « Il fit en moins de trois mois les <leux premiers tomes de Cleveland. Sa facilité était si grande, qu'en composant il suivoit une conversation sur des sujets différents. » Pensées de M, Fabbé Prévost^ page XVII ; attribué par Quérard à A.-N. Dupuis, bénédictin. L'auteur a certainement compulsé les notes de Fabbé Prévost, car les Pensées se terminent par une pièce intitulée : Copie (fun petit écrit que nous avons trouvé dans les papiers de M. Fabbé Prévost, écrit de sa main. Voyez, au sujet de cette facilité, ce que Prévost dit luimême dans sa réponse à Tunstall, en tête des Lettres à M. Brutus et de M. Brutus à Cicéron, Paris, Didot, 1744, in-12. De là les remarques de l'abbé Desfontaines : « Il avoit la plume exercée et légère, et s'est fait une brillante réputation par plusieurs ouvrages. Il dit dans sa préface des lettres de Cicéron à M. Brutus, que le long exercice qu'il a de l'art d'écrire lui laisse peu d'embarras pour l'expression ; mais il aurait dû se déâer un peu de cette féconde et ingénieuse facilité...» Jugeniens sur quelques ouvrages nouveaux, Avignon, 1744, in-12, tome II, page 185. Cette notice a été copiée par dom Grenier et insérée dans ses p^apiers, pièce 15, vol. 103. D'ailleurs la fécondité de l'abbé Prévost a toujours été citée comme un fait remarquable. Voyez les Curiosités biographiques, de M. Lalanne. Paris, 1858, in-18, page 56.
Le fait que le tome VII est un chef-d'œuvre ne change rien à la thèse, car ce volume n'a pas été plus: voulu que les autres ; il est tout aussi spontané *, et c'est là probablement un des secrets de son mérite et de son succès.
Une note du catalogue de la vente Pichon * dit que « l'édition de 1731 [Amsterdam)^ pet. in-12, a été évidemment antidatée pour faire suite à l'édition de même date et de même format des Mémoires et Avantures. »
L'abbé Prévost vivait alors en Hollande, comme le prouve la lettre écrite par lui à dom de la Rue, sous la date de la Haye, le 10 novembre 1731 *. N'est-il pas plus naturel de supposer que le libraire hollandais aura profité de ce septième volume, que Prévost venait de terminer, et qui était la conclusion définitive * de la série, pour faire une première édition complète en 1731 ?
La théorie de l'édition antidatée est que les tomes I à VI des Mémoires et Avantures ont été publiés ensemble en 1731, et que ce n'est qu'en 1733 que le tome VII a été imprimé. A cela nous répondons
1 « Ce petit chef-d'œuvre échappé en un jour de bonheur à l'abbé Prévost, et sans plus de peine, assurément, que les innombrables épisodes, à demi réels, à demi inventés, dont il a semé ses écrits...» Sainte-Beuve, Portraits littéraires, 1852, tome I, page 262.
8 No 1919.
' Pièce 20, du vol. 103, de la collection de dom Grenier, et 1^66^ Prévost et les Bénédictins, dans Sainte-Beuve, Deimiers Portraits littéraires, 1852, p. 448.
* A et B, seuls, se terminent par les mots : Fin du tome VII et dernier.
qu'il faudrait d'abord nous prouver l'existence d'une édition des Mémoires et Avantures , Amsterdam, six volumes, petit inA2, au millésime de 173f , ce qui doit être facile à trouver si une telle édition a réellement circulé de 1731 à 1733; car il n'est guère probable que l'éditeur hollandais aurait gardé toute son édition on magasin pendant deux ans, avec la prescience qu'en 1733 l'abbé Prévost écrirait un septième volume. Or, il n'y a trace nulle part d'une édition d'Amsterdam, 1731, du format petit iû-12, en six volumes *.
Cette théorie exige aussi que le septième volume seul ait été antidaté. Nous allons prouver que, dans cette hypothèse, la falsification supposée a dû être également commise à l'égard des tomes V et VI.
Dans rin-12-JPichon, que nous décrivons plus loin*, et que l'on prétend implicitement être le prototype du tome Vil de A et de B, il y a, parmi les feuillets préliminaires, une épître dont voici le titre :
Leltre || de t Éditeur. \\ A Messieurs de la Compagnie des Libraires d'Amsterdam. \\
Elle commence par « Messieurs », et finit par la signature : « Votre, etc. d'exilés. »
Cette lettre n'est qu'une réimpression de celle qui
' avait déjà été publiée en tête du tome V du grand
in-12 de 1731, mais elle a été retouchée. Ainsi, dans
* Celle que mentionne Bnmet (art. Prévost) se rapporte évidemment au grand in-12 donné sous la fausse rubrique d'Amsterdam.
* Infra, Bibliographie, no 7.
l'édition grand in-12 de 1731, Tépître commence tout simplement par ces mots : Lettre || de r Éditeur ||, et elle est anonyme. Au premier feuillet de Aiij on lit : « Je m'imagine donc qu'en imprimant cette Suite des Mémoires, on fera un présent agréable et avantageux au Public. » Dans le volume de 1733, ce passage est ainsi rendu : « Je m'imagine donc Mrs qu'en imprimant incessament cette suite des Mémoires, votis ferez un présent agréable et avantageux au Public. »
Ni A ni B ne donnent cette lettre dans le tome VII. On ne la trouve que dans leur tome V. Et quel est le texte suivi, est-ce le texte anonyme du grand in-12 de 1731, ou le texte signé de l'in-lâ-Pichon? C'est ce texte signé avec toutes les différences. Or, comme la lettre porte dans A et dans B la réclame « tome V », et que dans A et dans B ce tome est daté de 1731 , les partisans de la théorie d'une édition antidatée doivent donc admettre ou que les tomes V et VI ont été aussi antidatés , ou que c'est A ou B qui , au contraire, a précédé l'in-lâ-Pichon.
On comprendrait, à la rigueur, un septième volume antidaté pour faire suite à une édition des six premiers volumes publiée en 1731, mais quel aurait pu être le motif pour antidater aussi les tomes, V et VI ? Pourquoi , dans cette hypothèse , lesdits tomes V et VI n'a'uraient-ils été imprimés qu'en 1733? En cette année le texte de la troisième série était entre les mains de tout le monde depuis deux ans; aussi ne s'explique-t-on pas une édition des
Mémoires et Avantures faite en 1731, et qui ne contiendrait; comme le veut la tkéorie que nous combattons, que les quatre premiers volumes, quand il y en avait six qui circulaient partout depuis longtemps. Serait-ce donc que les sept volumes ont été imprimés en 1733, et tous antidatés? Une circonstance aussi extraordinaire , et que rien, absolument rien, ne prouve ni n'explique, est complètement inadmissible.
Tous ces argments s'appliquent , avec plus de force encore, à B. Si B était un fac-similé de A, rien ne serait plus naturel que la date de 1731 sur le titre ; mais, ici, il s'agit d'une édition qiii, extérieurement, diffère autant que possible de A. Quelle pouvait être la raison du contrefacteur bâlois pour antidater aussi son édition? Il n'y en a aucune. Au contraire, mettre sur une édition imprimée en 1733 la date de 1731, eût été agir contre son intérêt. L'attrait de ces impressions clandestines venait surtout de leur nouveauté. «Voici ce qui vient de paraître », était, en ce temps-là comme aujourd'hui, la salutation traditionnelle du colporteur en ouvrant son ballot. Proposer comme nouveau dans l'année 1733 un petit roman français imprimé en 1731 , eût produit à peu près l'effet d'un Almanach Liégeois de 1874 que Ton nous offrirait en 1876.
Il n'y a pas non plus que deux éditions publiées en 1731, ou portant une rubrique antérieure à 1733. Nous avons eu entre les mains une édition parfaitement légitime, dont les tomes VII et VIII contien-