V. Le cor. Roland a mis l'olifant à ses lèvres
Il Tembouchc bien, et le sonne d*une puissante haleine :
Les puys sont hauts et le son va bien loin.
L*ccho en retentit ii trenle lieues.
Charles et toute l'année l'ont entendu,
Et le Roi dit : c Nos hommes ont bataille. )»
Mais Ganelon lui répondit :
c Si c'était un autre qui le dit, on le traiterait de menteur. >
Le comte Roland, à grand'peine, à grande angoisse, Et très-douloureusement soime son olifant.
* Chanson de Roland, éditiuns Th. Millier et Léon Gaulier« 1423-1561. ' 1570-1585. — ' 1562-1567; 1642-1682. — MC83-1785. —'1688-1690.
De sa bouche jaillit le sane vermeil, " i'^t. livr. i.
CHAP XXII
De son front la tempe est rompue : '- —
Mais (le son cor le sou alla si loin ! Charles Tentend, qui passe aux défilés ; Naimes l'entend, les Français Técoutent, Et le Roi dit : c C'est le cor de Roland.
> Certes, il n'en sonnerait pas, s'il n'était en bataille. > — c II n'y a pas de bataille, dit Ganelon.
> Vous êtes vieux, tout blanc et tout fleuri ;
> Ces paroles vous font ressembler à un enfant.
> D'ailleurs, vous connaissez le grand orgueil de Roland,
> Le fort, le preux, le grand, le merveilleux Roland !
> C'est merveille que Dieu le souffre aussi longtemps.
> Pour mi lièvre, il corne toute la journée.
> Avec ses pairs sans doute il est en train de rire : » Et puis, qui oserait attaquer Roland? Personne. » Chevauchez, Sire; pourquoi faire halte?
-i Le grand pays est très-loin devant nous. :»
Le comte Roland a la bouche sanglante ;
De son front la tempe est brisée.
Il sonne l'olifant à grande douleur, à grande angoisse.
Charles et tous les Français l'entendent.
Et le Roi dit : c Ce cor a longue baleine. >
— c Roland, dit Naimes, c'est Roland qui souffre là-bas.
» Sur ma conscience il y a bataille,
> Et quelqu'un a trahi Roland : c'est celui qui feint avec vous.
> Armez-vous, Sire, criez votre devise,
> Et secourez votre noble maison :
» Vous entendez assez la plainte de Roland. >
L'Empereur fait sonner tous ses cors :
Français descendent, et les voilà qui s'arment
De heaumes, de hauberts, d'épées à pommeau d'or.
Ils ont de beaux écus, de grandes et fortes lances.
Des gonfanons blancs, rouges, bleus ;
Tous les barons du camp remontent à cheval ;
Ik éperonnent, et, tant que durent les défilés,
Il n'en est pas un qui ne dise à Tautre :
c Si nous voyions Roland avant sa mort,
> Quels beaux coups nous frapperions avec lui ! >
Las! que sert? En retard, trop en retard ^
' Chanson de Roland, édit. Th.MuUer et Léon Gautier, 1753-1806. Levers 22 le la citation précédente a dû être ajouté d'après le manuscrit de Venise IV.
II PART. MVn. I.
GHAP. XXII.