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LES SUITES DE RONCEVAUX ET LA FIN DE LA GUERRE

d'eSPAGiNE

Gaydon ♦. — Anseis de Garthuge.

II semble qu'après les derniers vers du chef-d'œuvre que nous venons d'analyser, nos poètes auraient dû

* NOTICE BIBLIOGBAPHIQUB ET HISTOBIQUE SUB LA CHANSON DE « GAYDON ». — I. BIBLIOGRAPHIE. — 1* Date DE LA COMPOSITION. Gaijdon eni un pocinc du xiii* siècle. Il y est question (vers 6ioG) de Cordelicrs et de m. 40

Analyse de Gayiofii.

GHAP. XXIV.

6^6 ANALYSE DE GAYDON

se taire. Il y a plus que de la témérité à vouloir continuer V Iliade ou la Chamon de Roland. L'auteur de la plus belle des épopées françaises nous a d'ailleurs laissés sur un grand spectacle : il nous a fait assister aux terribles représailles de Roncevaux, au châtiment des Sarrasins, au supplice de Ganelon. Charles est rentré, terrible et triste, dans sa ville d'Aix, et à peine y est-il de retour, qu'un Ange descend du ciel, tout éblouissant de lumière, pour lui donner l'ordre de repartir aussitôt pour la Syrie, où les chrétiens l'appellent par leurs cris de détresse. Pour continuer dignement un tel poëme, il fallait plus que de la bonne volonté. Après la Chanson de Roland^ on ne lit volontiers que la Chanson de Jérusalem.

Jacobins. Donc, il est postérieur à 1216, date de Tapprobation du plus récent de ces deux ordres. = 2** Auteur. Gaydon est anonyme, es 3** Nombre de VERS et nature DE LA VERSIFICATION. Ce poëmc renferme 10887 vers qui sont des décasyllabes assonances. Mais ces assonances sont généralement fort peu, primitives, et offrent une tendance perpétuelle à la rime. Un certain nombre de couplets sont absolument rimes. = 4/* Manuscrits qui sont parvenus JUSQU*A NOUS. Il nous reste de Gaydon trois manuscrits qui sont conservés à la Bibliothèque nationale : a. Fr. 860 (anc. 7227'), du xiir siècle (vers 1250). Gaydon y est transcrit à la suite de la Chanson de Roncevaux. — b. Fr. 15182, xiir siècle. Ce manuscrit contient un début qui ne se trouve pas dans le manuscrit 860. En ce» premiers vers, on raconte comment Gaydon lutta contre Pinabel et le vainquit. — c. Fr. 1 175 (ancien 7551), xV siècle. = 5" Version imprimée. Le roman de Gaydon a été |)ublié en 1862 dans le Recueil des anciens poètes de la France^ par MM. Fr. Guessard et S. Luce. = 6" Diffusion a l'étranger. Gaydon n'a laissé aucune trace vivante dans la littérature des peuples étrangers. Cependant Albéric de Trois-Fontaines, résumant les événements de l'année 1234, a pu dire : « In Apulia mortuus est » hoc anno quidam, sencx dierum, qui dicebat se fuisse arniigerum Rolandi^ » Theodoricunij oui dux Caidonius dictus est, et Imperator ab eo multa didicit. » Malgré cette opiniâtreté de la légende, notre chanson n'a eu aucune influence vraiment considérable. = 7" Travaux dont ce roman a été l'objet, a. b. En 1836, M. Fr. Michel publia en tète de son édition de la Chanson de Roland (pp. XXIV -xxix) les première et dernière tirades de notre chanson. Une Notice claire et vive de M. Paulin Paris sur Gaydon (Histoire littéraire^ XXll, 429) était, avant 1800, le seul travail important dont ce poëme eût été l'objet. — c. Mais, en 18G0, M. Siméon Luce prit Gaydon pour sujet de sa thèse latine au Doctorat es loUros : la science de .M. Victor Le Clerc et ses sympathies bien connues pour les épopées du moyen âge donnèrent au soutien de cette thèse une importance et un éclat que méritait d'ailleurs la Dissertation du jeune savant. « De Gaidone carminé gallico vetustiore disquisitio critica », tel est le titre de ce travail original, le premier de ce genre qui ait été, en cette

ANALYSE DE GAYDOiW

Néanmoins il s'est trouvé un poëte qui a voulu profiter du succès de Roland^ ou, pour dire la chose crûment, qui a voulu l'exploiter en donnant une suite à la vieille chanson. Il est vrai qu'il a dû faire quelque violewe au texte qu'il se proposait de continuer. Au lieu de nous montrer Charles de retour en France et s'apprêtant à partir en Syrie, le trouvère suppose que le grand Empereur est demeuré en Espagne, péniblement occupé à achever cette rude conquête, et la scène du nouveau poëme s'ouvre au moment où l'ost de France est sous les murs de la ville de Nobles. Pour mieux relier son action à celle de Roland^ le poëte nous avertit que son Gaydon n'est autre que le Thierri de l'ancienne chanson, vainqueur de Pinabel et vengeur de Roland. Un geai ou gay est venu se poser sur le

II PART. LIVR.I

CHAP. XXIV

Lo hëros

de ce poëmCf

c'est

Thierri d'Anjou,

sous le noni

de Chevalier

au gay ou de GaydMi.

langue, présente aux suffrages i\o. la Sorbonne. La thèse de M. S. Luce est divisée en trois parties .\. De arte dicendiin Gaidone. — U.De personis per» sonarumque maribusin Gaidone. — III. De Gaidone grammatice perpenso. Nous avons surtout remarqué le chapitre v de la seconde partie : « Quibus in Gaidone » affecti|)us filii erga parentes -animenlur. » — d. En 1862, parut l'édition de Gaydon d'dn»\e Recueil des anciens poètes de la France, — e. Dans son Histoire poétique de CharlemagnCf M. G. Paris a consacré quelques ligues à ce poëme, dont il dit, avec beaucoup de justesse, qu'il est « tout particulièrement angevin » ; qu*il « n'est cité dans aucun' autre et n'a donné naissance à aucune imitation ». (1. 1. 323). = 8" Valeur littéraire. Nous ne pouvons que nous associer aux appréciations de MM. S. Luce et Guessard, dans leur Préface de Gaydon : « Si rinvention n*est pas forte en ce poëme, c'est un défaut qui, à nos yeux, est bien racheté par l'exécution. Elle nous semble vraiment belle, à commencer par la scène qui forme l'exposition et qui est d'un grand efTet théâtral. Depuis ce tableau jusqu'à la mort de Thibaut, notre poëte, selon nous, a f»it preuve de beaucoup d'art et s'est montré tout au moins un habile dramaturge. C'est un mérite qu'on ne saurait lui dénier sans injustice. Dans la dernière partie du poëme, au contraire, à compter de l'instant où il introduit si inopinément en scène la jeune reine de Gascogne, sauf le rôle assez divertissant qu'il fait jouer au yavasseur Gautier, il oublie son art, il faiblit, il ébauche à peine ses tableaux d*une main impatiente et peu exercée à retracer les mouvements de la passion qu'il s'est cru obligé de mettre en jeu. Tel nous apparaît notre poëte, dont l'ouvrage ne semble avoir obtenu de son temps, ni un succès notable, ni même peut-être celui qu'il aurait mérité. En bonne justice, la chanson de Gaydon était digne d'une meilleure fortune. ■ (PP. x, xi.)

11. ÉLÉMENTS HISTORIQUES DE LA CHANSON. — Gaydon ne repose sur aucun fondement historique et n'a même pas de racines dans la tradition. Tout y est, non pas légendaire, mais f;»buleux.

ANALYSE JDK GAYDON.

Il PART. LIVR. I.

CHAP. XXIV

Complot

de Thibaut

d'Asiiremo;it ,

fièro

do Ganelon,

contre l'empereur

Charlemagne cl contre Gaydon.

heaume du courageux chevalier, dans le moment même de celte illustre victoire, et voilà pourquoi Thierri s'appelle Gaydon, ou le Chevalier au geai. Avouons que cet « avis au lecteur » était fort nécessaire pour Tintelligence de notre nouveau roman*. #

Mais, une fois admises toutes les invraisemblances que nous venons de signaler, il faut reconnaître que le début de Gaydon ne manque pas d'une certaine grandeur. Ganelon n'est pas mort tout entier : il a laissé après lui une race de traîtres, une lignée maudite, et surtout un frère qui est digne de lui : Thibaut d'Aspremonl, seigneur de Montaspre et de Hautefeuille*. L'auteur de Gaydon ne nous explique pas comment ce Thibaut a pu échapper au supplice de la famille de Ganelon, ni surtout comment il a pu rentrer dans les bonnes grâces de Charlemagne. Quoi qu'il en soit, il occupe une belle place auprès de l'Empereur : une belle place, disonsnous, mais non pas la première. La première appartient au vainqueur de son frère, à l'ennemi intime de toute sa race, à Gaydon. C'est Gaydon qui a remplacé Roland dans le cœur de Charles ; c'est lui qui est le premier en France après le roi. Delà, la rage secrète, les fureurs de Thibaut d'Aspremont. Une étincelle va suffire à allumer cette haine.

Un jour, Thibaut, avec les siens, contemplait du haut d'une colline toute Tannée de Charlemagne^ : les Irefs des Français occupaient une superficie de trois lieues. Mais, parmi toutes ces tentes, une seule attirait les yeux de Thibaut : c'était celle qui était le plus près de la tente impériale, c'était celle de Gaydon. Les yeux du traître restaient obstinément fixés sur ce point de l'espace.

* Il faut remarquer que, dans la Chanson de Roland, Thierri est le frère, et que, dans noire chanson, il est le fils de Geoffroy d'Anjou.

• GaydoHy édit. Kr. Guessard et Siincon Luce, vers 14-26. — ' 27-39.

ANALYSE DE G A Y DOS

Toute la honte de Ganelon, tout le déshonneur de sa famille, lui passèrent soudain devant les yeux, et il poussa un cri de vengeance : « Il faut perdre Gaydon » avec l'Empereur; il les faut tuer tous. ^ Thibaut se souvient alors d'avoir travaillé jadis pour ôtre clerc : il connaît les vertus des plantes et le secret de leurs poisons. Sur-le-champ il compose un venin subtil que n'eût pas désavoué Locuste, et en pénètre trente pommes, qu'il envoie à l'Empereur comme un présent du duc Gaydon. II se réjouit de penser que, du môme coup, il va se venger de tous les ennemis de sa race. L'effet du poison sera foudroyant : l'Empereur va certainement mourir; les traîtres brûleront le vieux NaimesetOgier le Danois; Gaydon sera écartelé, et les Français auront pour empereur un frère de Ganelon*. Rien de mieux ourdi que ce très-infâme complot ; mais on compte sans Dieu, qui a pour le fils de Pépin une aOection toute particulière^. Dieu veille.

Charles reçoit les pommes : présent fatal. Il en offre une, par condescendance amicale, au fils de Gaifier, de ce duc qui est mort si bravement à Roncevaux. Le jeune homme la prend, y porte la dent et tombe roide mort sous les yeux épouvantés de l'Empereur. Cri d'alarme jeté par les barons. Charles lève les mains au ciel, et jure Dieu qu'il ne mangera ni chair ni poisson, qu'il ne boira pas de vin ni de clairet avant de tenir en son poing le cœur du coupable^.... Peu de temps après, Gaydon paraît devant l'Empereur avec cette belle assurance de ceux qui ne se peuvent croire soupçonnés. Charles l'aperçoit et veut se précipiter sur lui. Il l'accable d'injures, ne pouvant le tuer sur place, comme il en aurait brutalement le désir*; mais Gaydon se justifie

II PART. LIVR. I

CHAP. XXIV

L/i complol

échoui!.

Dufl

onlrn (iaydoii

fi Tliihaiil irA»|»roiii()iil ; morl il» frw*

* Gaydon, «dit. Fr. Giif»ssard et Siméon Lucc, vers 69-l()8. — • 2^-223, — » !i60-!270. — ♦ 400 fit suiv.

ANALYSE DE GAYDON

II PART. LIVR I

CBAP. XXIV.

noblement : « Un homme qui a été tout couvert du sang jî> de Roland, quand le neveu de Charles se rompit les y> veines en sonnant du cor ; un homme qui a été l'ami de y> Roland et le vainqueur de Pinabel, ne saurait être couy> pable d'un crime aussi bas. Il se sert de la lance contre » ses ennemis, et non du poison contre son seigneur *.> Thibaut d'Aspremont, cependant, maintient son accusation et ne craint pas de jeter un défi solennel au duc Gaydon^. Mais ce défi comble de joie le fils de Geoffroy l'Angevin; il exulte, il triomphe, il s'apprête pour le combat. Le duel est longuement décrit^ ; il semble que le poëte en ait voulu faire le pendant du combat entre Thierri et Pinabel dans la Chamon de Roland. D'ailleurs, il finit de même : Gaydon frappe Thibaut d'un terriblQ coup de son épée Hauteclère, qui jadis a appartenu à Olivier. Thibaut tombe sur le pré, avoue son crime, met en lumière l'innocence de Gaydon, et meurt en véritable possédé, déclarant qu'il a sa place toute préparée dans l'enfer, à côté de Ganelon*.

Ainsi finit la première partie de notre chanson.

Cliarlemagno

go laisse

rorrompro

par les traîtres

qui,

plus que jamais,

complotent

In mort

du jeune vainqueur

de Thibaut.

Il est peu de romans, avons-nous dit, où la grande figure de Charlemagne ait été plus outragée que dans Gaydon. Il y apparaît sous les traits de je ne sais quel Harpagon avide, revéchc et sans conscience. C'est ainsi qu'après la défaite de Thibaut d'Aspremont, on le voit se laisser corrompre par l'or des traîtres et faire grâce aux neveux de Hardré. Deux mulets chargés d'or viennent à bout de toutes les résistances de cet empereur

' Gaydon^ édit. Fr. Guessard et Siméon Luce, vers 452-491. — '574 et sniv - ' lOiO-1807. — * 1 782-1 7ÎK).

ANALYSE DE GAYDON

dégénéré. Même , il ajoute , en descendant aussi bas que possible: «Cinq cents mercisM » Il ne faut pas s'étonner si une telle humiliation, si une telle avarice révoltent Tâme droite et fièrc de tîaydon^. De Tindignation du jeune vainqueur va sortir toute la seconde partie de notre poème. Gaydon va envoyer un défi solennel à Charlemagne ; une guerre terrible va s'engager entre l'Empereur et cet autre Roland ; le récit de cette guerre se traînera en insupportables longueurs, les aventures y pulluleront, et elle ne se terminera, pour notre malheur, que dans les derniers vers de la chanson.

Il faut l'avouer : au milieu de ces aventures plus que vulgaires, la taille de Gaydon semble se rapetisser à vue d'œil. Le successeur de Roland, aussitôt après sa victoire sur Thibaut, est immédiatement amoindri; ce n'est plus désormais qu'un héros banal et sans physionomie. Un de ses neveux, Ferrant, conquiert sur-le-champ le premier rôle. Et môme, si nous en croyons nos sympathies particulières, ce premier rôle échoit à un vavasseur, à un hobereau du nom de Gautier, qui est la seule figure vraiment originale de cette chanson du second ou du troisième ordre.

Gautier est une sorte de petit gentilhomme campagnard ; ignorant, mais plein de cœur ; dont les muscles sont efli'oyablement puissants, mais qui met cette puissance au seul service de son seigneur et de la bonne cause. Lorsque Gaydon, qui n'est pas encore en rupture ouverte avec l'Empereur, charge son neveu Ferrant de conduire à Angers un important convoi^; lorsque le jeune messager est surpris dans une embuscade dressée par Alori et les traîtres*, c'est le vavasseur qui internent avec sa terrible massue, c'estlui qui accourt avec ses sept

II PART. LIVR. 1

CHAP. XXIV

Exploit

do Gautier

le vavattteur

qui devient

le meilleur alliiS

do Gaydon.

* Gaydon, édit. Fr. Guessard et Siméon Lucc, vers 1948 et suiv. — M977- 1979. — > 901 et suiv. — * 2030 et suiv.

632 ANALYSE DE GAYDON

"chI?" îm*.'' fils sur le champ de bataille, c'estlui qui délivre Ferrant*.

Il est vrai que, dans cette mêlée sanglante, le bmve Gautier voit sous ses yeux tomber et mourir quatre de ses fils. Il pense devenir fou de rage et de douleur; mais il s'élance de nouveau contre les traîtres, et sa massue fait le vide autour de lui. Tout ce récit est beau; et j'imagine qu'il devait produire un grand effet sur les auditeurs de la chanson, surtout quand elle était chantée sur une place publique, au miHeu de paysans... et de vavasseurs. Écoutez plutôt; la scène s'ouvre au moment où la maison de Gautier vient d'être envahie par les ennemis de Gaydon :

... Il y avait dans la cour assez de vaches et de bœufs, — Qu'un vavasseur y avait nourris. — Ce vavasseur avait sept fils qu'il aimait tendrement. — Jadis le duc Geoflroi l'avait chassé du pays,

— A cause d'un bourgeois qu'il avait tué à Angers. — Ils avaient vécu sept ans entiers dans les bois. — Fut gentilhomme ; avait

. amené là sa femme, — Construit ce manse et défriché ce bois. — Il ne possédait de terre que ce qu'il en avait défriché, — Et avait pu mettre ses enfants à l'aise. — Quand il vit les gens qui entraient dans sa maison, — Il en fut moult dolent et en grande colère. — Il appelle ses fils : « Seigneurs, dit-il, c'est ici qu'on va voir — » Qui défendra le mieux notre bétail. — Malheur, malheur à qui » en laissera emporter ! — Ces gens, tous lant qu'ils sont, ne sont » que de méchants larrons. » — A ces mots, le vavasseur s'arma

— D'ungambeson tout vieux et enfumé; — Il met sur sa tête un vieux chapeau, — Mais si dur, qu'il ne craint aucun coup. — Puis, prend sa massue, monte sur une jument. — Chacun des fils a pris une hache — Grande et pesante, au bon tranchant. — Le vavasseur interpelle alors les gloutons : — « Fils de pulain, laissez » mes bêtes, car je suis homme à les défendre.» — Prend sa massue, la soulève à deux mains, — Frappe le premier qu'il rencontre— De sa lourdemassue — Sur le heaume que bien il avise,

— Et brise le heaume, et casse la tête qui est dessous, — Jusqu'à la poitrine lui fracasse tous les os — Et, du même coup, donne un tel choc au destrier, — Qu*il ne fait qu'un monceau du cheva

Gaydon, édit. Fr. Guessard et Siméon Luce, vers 2359-3000.

ANALYSE DE GA Y DON

et du cavalier. — t Allons, s'écrîo-l-il, allons, beaux lils, frappez " «'^R^- livr. i. » ferme. — Par la corbleu », pas un n'échappera ! »

CHAP. XXIV

,Le vavasseur tenait sa massue; — A deux mains il la lève : — Ceux qu'il atteint, morts les fait rouler à terre, — Hausse la voix, ne cesse de crier : — < Par la corbleu, votre fin est venue. — > Frappez, frappez, beaux fils, par Dieu qui fit la nue ! > — Pas de retard : ses fils arrivent ; — Chacun lient sa hache effilée — Et chevauche sur une jument à tous crins — Qu'ils ont dételée de la charrue; — Vers un chemin ils acculent les traîtres : — En ce point, ils en ont tué douze. — Le vavasseur s'évertue à frapper.

Le vavasseur fut dolent et en grand courroux. — Peu s'en faut que de douleur il ne devienne fou, — Quand il voit ses enfants à terre : — Sur sept, il n'en reste que trois vivants. — Le pAre les voit, en est tout accablé, — Prend sa massue : « Allons, talions, s'écrie-t-il, — Mes enfants, par Dieu, suivez-moi. — » Vengez, vengez vos frères * ! >

Les traîtres — est-il besoin de le dire? — sont enfin rais en déroute. Prévenu par le vavasseur, l'ami de Roland est accouru sur le champ de bataille et a délivré son neveu Ferrant qui était en fort mauvais point. Gaydon retourne ensuite dans sa bonne ville d'Angeis, tandis que Ferrant se met en route v(»rs Orléans. C'est là que Charles tient sa cour; c'est là que Ferrant va lui jeter un défi solennel au nom de son oncle et lui déclarer la guerre. Jusque-là Charles s'était en effet contenté d'encourager les traîtres et n'avait pas encore lutté contre Gavdon, armes en main. Laissons donc le neveu de notre Angevin courir ses petites aventures à la façon des chevaliers de la Table ronde; laissons-le, tant à son aller qu'à son retour, recevoir l'hospitalité des jeunes filles, conquérir des sommiers chargés d'or, braver les

* Le texte porte Par le cuer heu; notre traduction nVst qu'un équivalent. — » Gaydon, édit. Fr. Guessard et Siinéon Luce, vers 2359-2468.

oiiliii oiilro f\ rii.irUMnnpi-'.

ANALYSE DE GAYDON

II PART. LtVR. I.

cuAP. xx:v.

S\é\sc d'Angers

par

l'Empereur.

plus grands dangers chez un parent de Ganelon, nommé Ilertaut, lyian brutal qui, dans sa lutte avec Ferrant, a contre lui sa propre femme et son fils. Laissons le messager de Gaydon sortir vainqueur d'une lutte contre quinze cents hommes^ et ne nous attachons à lui que lorsqu'il arrive tout poudreux à Orléans, lorsqu'il entre plein de jeunesse et de fierté dans le palais de l'Empereur, lorsque enfin il lance un rameau de pin à la tête de Charles tremblant de peur et honteux, en lui criant : ce Je vous défie-. y> Après un tel éclat, la guerre est inévitable : elle éclate.

L'auteur de Gaydon, imitant ici l'antique chanson de Gui de Bourgogne^ a l'heureuse idée de placer dans un camp tous les vieux chevaliers de l'Empereur, et tous leurs fils dans l'autre. Estout de Langres, Bertrand, Vivien, Bérard de Montdidier, se séparent de leurs pères et combattent pour Gaydon. Mais notre poète n'a pas su tirer de beaux effets de cette circonstance heureusement ménagée, et rien n est plus monotone et froid que le récit de cette guerre sous les murs d'Angers. Sorties des assiégés, embuscades, contre-embuscades, batailles rangées, exploits d'Ogieret de Ferrant, grands coups de lance de Gaydon et grands coups de massue de Gautier; échanges de prisonniers, d'Ogier contre Ferrant et puis contre Gautier; nouvelles ruses d'Alori, (le Ilardré et de la race des traîtres ; i)rolongement de la lutte.... nous épargnons à nos lecteurs le récit de toutes ces péripéties vulgaires^ auxquelles un amour plus vulgaire enconî sert (le conclusion et de couronnement.

' (iaydou, édit. Vr. (iiifissard et Siinéon Luce, vers 301)7-175(3.

* « Lors s'abaissa, priristun rainscel d'un [)in, — Au roi le jçiele, puis dit cri son latin : — " J<* voz dcHî; mais ansoiz Truscri, — Vos fcrai-je dolant par » saint S<*vrin. » (;JG08-3()ll.) Par bonlieur, ce rameau de pin tombe sur une coupe de vin empoisonne que TEmpereur allait boire, et «lu'il avait reçue de la main des traîtres.

' Gaydon f édit. Fr. Guessard et Siméon Luce, vers 4770-8117.

ANALYSE DE GAYDON

Un jour, le vavasseur Gautier fait la rencontre de la belle Claresme, qui a été tout nouvellement proclamée reine de Gascogne*. Claresme, avec cette rapidité d'ardeur qui est commune à toutes les héroïnes de nos romans, se passionne très-sensuellement pour le duc Gaydon*^ et veut se servir du vavasseur comme d'un entremetteur. Celui-ci a de nobles indignations et déclare rudement que ce n'est pas là son métier ^ Et quand enfin Gajdon, provoqué par Claresme, a accordé un rendez-vous hors du camp k cette reine trop enflammée; quand, malgré mille dangers, ils se couvrent de baisers coupables*, Claresme, qui ne se contente pas de débaucher Gaydon, entreprend aussi de débaucher le brave vavasseur, et l'envoie à une de ses damoiselles dont l'humeur amoureuse est des plus faciles. Mais Gautier se souvient de sa femme, et repousser les avances de la damoiselle. a Si vous avez trop chaud, allez prendre un i)bain, là-bas, à la fontaine », lui dit-il avec une chaste brutahté ; et il s'en va^. L'excellent homme n'en aime pas moins le duc Gaydou, auquel il a voué une aflection presque paternelle. Il faut voir avec quelle impétuosité il se jette sur Alori et les traîtres qui surprennent Gaydon dans sa tente, interrompent ses amours, et sont sur le point de le tuer^\ Il faut le voir encore (|u<uid il sauve la reine de Gascogne, quand il l'arrache à la grossièreté des garçons de l'armée, quand il la ramène à Gaydon saine et sauve, intacte, vierge \ En vérité, c'est lui, c'est ce pauvre vavasseur qui est le héros chrétien, le vrai héros de tout ce poëme.

Quelle sera cependant Tissue de cette interminable guerre? Quand Charlemagne entrera-t-il vainqueur dans

II PART. LIVR. I

CUAP. XXIV.

Amours

de (laydon

ol «le Cl.iresmo,

r«*iiie (l(> (lascot^iio.

* Gaydon, éiML, Fr. Ciucssard ctSimcon Liice, 8118 et suiv. — * StOO et suiv. — ' 82C7-83i'J. — • 8881-8939. — * 8770-8810 et 8910-8990. — " 8991 et uiv. — ' 9093-9077.

rKmpoMMir.

636 ANALYSE DE GAYDON

"ciîJxMv*/' Angers? Ou bien, quand Gaydon le forcera-t-il à lever

le siège ? C'est ce que le lecteur attend avec quelque

^^"lîîuon^nVer"'* inipatiencc. L'Empereur veut en finir : il se travestit

par les Anfrcviiif». n • ' 'â j i -il i • i •

R«5conciii«tion cu pèleriu pour pénétrer dans la ville et juger par luioî<ie même de la force ou de la faiblesse des assiégés*. Vieux subterfuge, que les trouvères n'ont pas craint de prêter plusieurs fois au fils de Pépin, et qui toujours échoue grossièrement. Ici, comme dans plusieurs autres chansons, Charlemagne est honteusement démasqué et rapidement reconnu^. Le voilà aux mains de son ennemi, de Gaydon. Le vainqueur, en vassal fidèle, tombe aux pieds de ce vaincu, et lui demande pour toute grâce d'être soumis au jugement des barons ^ Dans un accès de reconnaissance plus ou moins volontaire*, Charles lui accorde tout, et n'a pas lieu de s'en repentir : car, peu de temps après, le duc d'Angers sauve le pauvre roi dont les parents de Ganelon s'étaient enfin rendus les maîtres, et qu'ils emmenaient en un pays lointain^. On comprend celte fois les élans fort sincères de la reconnaissance de Charles; une belle réconcilialion est enfin conclue au milieu de rattendrissement universel. Gaydon est nommé grand sénéchal de France, et épouse la belle Claresme*'.

Moins d'un an après, Claresme mourait, et Gaydon, en larmes, se faisait ermite. Il mourut en odeur de sainteté ''.

' 6'rt»/r/on, .Mlit. Vr. C,\\c>^nu\ ci Simôon Lucp, vers 9749-9918. — '0040- 10034. - ' 10035-10210. — ' 10iiM0307. — ' 10531-10807. — « 10808-10S(:C.

— ■ inKi;7-ios7S.

ANALYSE h'ANSEfS DE CARTHAGE.

II PART. LIVR.l CM-VP. XXIV.

(îharles était enfin maître de l'Espagne ; il possédait Escourges, Cordes, Luiscrne; il avait vigoureusement

* NOTICE BIBLIOGIAPHIQDB ET HISTOBIQIJB SIB LA CHANSON »* « ANSBIS DB CABTHACB ».— I. BIBLIOGRAPHIE — i"" Date DE LA COMPO- SITION. Ansèis de Carthage est une œuvre du xiir siècle. (Cf. Paul Meyer, qui la croit un peu plus ancienne : Recherches mr V Epopée française, pp. 51.52.) =s f Auteur. V Histoire littéraire (XIX, p. M8-654) attribue ce roman de la décadence à un poète du nom de Pierre ou Pierrot du Kiès. Or, le seul manuscrit d'Anséis où il soit, à notre connaissance, fait mention de ce personnage, c'est le manuscrit français 12548 de la Bibliothèque nationale :

No canchons fine : de Dieu de Paradis Soit benéois qui les vers a oïs Et cil si soit qui ausi les a dis.

Par Pierot fu icis rouiuans escris Du Ries qui est et sera bon chnilis.

^ Je n'en sai plus, foi que doi saint Donis,

No plus avant n'en truis en mes escris ; liais alons boire, qu'il est bien miedis. (F** 78 v^.)

Les deux autres manuscrits de ta Bibliothèque nationale ne renferment rien de semblable, et voici leurs derniers vers :

Soit bcnéois qui les vers a escris Et vous aussi qui les avés oïs.

(Biblioth. nat., fr. 793, > 7« v*.)

Anaivse

d'AniéU

de Carthage.

Nostre cançoii fine de Deu le Paradis.

Cil qui dit li rom.ins et li vers scris, Et vos ausi qui li avés ois, Que Deu vos uiete en la gloria de Paradis.

(Biblioth. nat., fr. 1598. f* 107 v«.)

D'après les citations précédentes, il est facile* de conclure que Pierrot du Ries n*cst véritablement qu'un scribe. C'est le copiste d'un roman qu'il n'eût pas su composer. Il s'est donné la fantaisie de communiquer son nom à ses contemporains en quelques vers de sa façon qui sont vraiment détestables, et où l'on a eu tort devoir la signature de l'auteur. Somme toute, Ansèis de Carthage e^i anonyme. ^- 3** Nombre de vers et nature de la versi> PICATION. Dans le manuscrit 793, notre roman se compose de il 508 vers; dans le manuscrit 1598, de 10528 vers; dans le manuscrit 125^, de 10 829 vers. Ce sont des décasyllabes assonances par la dernière syllabe, ou rimes. Cependant il y a parfois des assonances mêlées aux rimes, et il faut noter que, dans les couplets féminins, on trouve encore un nombre assez considérable de ces assonances par la dernière voyelle : c'est ainsi que puissanchc rime avec vente, rendent avec entre, sage avec targc, etc., etc. = «i» Manuscrits OUI sont parvenus JUSQU'A NOUS. Anséis de Carthage nous a été conservé dans six manuscrits, dont quatre se trouvent à Paris : a. Manuscrit de la Bibl. nat., fr. 793, xiii* siècle, admirable exécution, langue très-pure. (Une copie moderne en existe à TArsenal, anc. B. L. F., fr. 16-i.) — b. Manuscrit de la Bibl. nat., ft*. 12548, XIII* siècle, aussi bon que le précédent. — c. Manuscrit de la Bibl. nat., fr. 1598, xiv* siècle, texte italianisé. — d. Manuscrit de Durham (Bibl.

II PART. LIVR. I

CHAF. XXIV.

«38 ANALYSE D'ANSEIS DE CARTlfAGE.

venge la mort de son neveu Roland. Marsile,sans doute, vivait encore; mais il n'était plus à craindre et avait été

de révoque Cosin, ms. V, II, 17). — e. Manuscrit de Lyon (BibL de la ville, n" 614). — f. Un fragment de 1650 vers se trouve en outre dans le ms. de la Bibl. nat., fr. 368 (anc. 6985), xiv* siècle. Un Inventaire des livres de la famille d'Esté au xv> siècle, publié par P. Uajna {Romaniay U, 49), signale t Ubrouno chiamado romano Ancixe re de Spagna, in francexej in membrana ». — M. Gaston Paris (induit en erreur par VHistoire littéraire) prétend qu'il y a eu deux rédactions différentes d'Anséis de Carlhagej et ajoute : f On ne s'est jusqu'à présent occupé que d'une seule » (1. 1. 194). Nous avons examiné avec le plus grand soin les trois manuscrits complets de Paris et les avons trouvés parfaitement d'accord, couplet par couplet, et souvent vers pjir vers. Il n'y a entre eux qu(f des variantes peu importantes, dont les trois textes suivants, empruntés au môme couplet de notre chanson, pourront donner une idée suffisante :

.Noslrc cmperores qui fu vicx et flouris Nostrc cmpereres qui osl vicU et floris

Au parlir douno ol du vnir et du gris, Au partir donc cl son vair et son gris.

1/or et l'argent et les cliovaus do pris. L'or et l'argent et le vair et le gris (tic) ;

Car par cousttnme donna Karle tous dis. Quar par coustume dona Karles toudis :

Départi S'Ont li baron sign(»ris. Car par duncr, ce dist. vient-on en pris.

Et rEnipereres est de Loon partis, Départi sunt H baron «ignoris

Et vint a Ais, s'i est ainaiadis. Et l'Empcrere est de L(X>n partis

Mors fu au terme que Diex li avoit pris; Et vint a Ais, s'i est amaladis.

l'eu vcsqui puis dus Nanilc?^ et Tierris. Hors fu au tiermo que Dex li ot promis,

(Bibliolh. nat., fr. 12548, ^ 78, r« v«.) A granl duel fu en la chaièrc assis.

Poi vesqui puis dus Nanilcs et Tierris.

{BiblioUi. nat.. fr. 793, ^ li ^.

L'Enipcror qui fu viels e^ floris

A départir oit donés vars ot gris.

Or et argent, et paliis et roncins;

Car |H.T costume donc Karlloni tout dis.

Départis sont li barons segnoris.

L'eniperer de Léon esloit partis.

Per tuit part vait Karloni pcr le pais.

A molt longo tempo i oit Karilom mis

Kl molt •jnnl |»<*ni' i oit soffris.

Kl vail ad llai^, si ort aliiial«''i-.

Mort fu al Irrun-nc ({ni Dou i oit tranii<.

A iiioll ^Ton doil fu al monument a^^is.

Ast's li fu ahôs cl aroo\i<.

Moines ot ralonos |ior Irostuil le pais,

A\oc lor |»()rliMit cros et tT04Mljs,

Puis vo>(iiii iliix NayuK^s et T«^rris.

(Mil.liolh. nat.. fr. I.VJS, f' 107 v.)

.V Kditio.n imit.imkk. Aiiseis de Cnrthntie v^i inédit. — Il convienl de sijîiialer ici une publiraliDii que je n'iti pas eue entre les mains et dont j'ignore la nature exacte : Anst'is deCiirlliagey <m l'iurasion des Snrraiins en Espagne et en Fra}ice, poëme uiéilil en vers français du xin'' siècle^ par Pierre du lUès; compose arec les histoires vèrilnblesy sans lien ni date, in-S". = fi* Version ex PROSK. Il nons reste de ce roman du xiii" siècle une version en prose trèsdévcloppée {W siècle), qui nous est conservée dans un curieux manuscrit de l'Arsenal (anc. \\. L. F. !21 !•' ). « L'auteur de ce présent livre s'est esmcu paoureusement d'en rescripre aulcnns liaultains {ah aitranslater de rime en prose A l'ai'petit et coi ks dv tems » (f l v>). ~- 7' Diffusion a i/i^TR.v.Nr.EK. L'alTabulalion iVAnseis de Cartilage n'a guère, en dehors de la France, joui d'une certaine popularité cju'en Italie. A la lin de la Spagna en prose du manuscrit de la lîibliolhèriufî Alhani, bî compilateur italien nous raconte comment Charlemagne, avant de (piitter I Ks|>agne, veut y laisser un roi chrétien.

ANALYSE h'ANSEIS DE CARTllAGE. 639

refoulé dans sa ville de Conimbre. La paix, enfin, était "|J{;^J; un fait accompli, et l'Empereur se sentait un grand

Chacun des barons a son candidat; mais, a//a /îne, les conseillers de rEmpercur tombcnl d*accord : vi lasciarono Ansuigi di Ripess di Drettagnia (cap. 183). Et la rubrique du chapitre 18i est la suivante : « Chôme Carllo inchorono Ansuigi délia Spagna, e molto Vamestro^ epoi ritomo in Francia.B {Jahrbuch de Lemckc, XU, 405.; Ces quelques lig^nes indiquent la transition entre la Spagna et la Seconda Spagna^ et cette dernière n'est que notre Anséis arrangé à l'iUilicnnc. . Seulement, Marsile ne meurt pas à la fîn du roman et trouve le moyen de s'enfuir en Egypte, etc., etc. (Voy. G, Paris, Histoire poétique de Charlemagne, p. 190.) — Dans les Nerbonesi (livre l**, chap. ii), nous assistons au retour en France de Charlemagne qui vient d'achever sa seconde expédition d'Espagne, d'y délivrer le pauvre roi Anseis et de faire trancher la tôte à Marsile. C'est alors que le vieil Empereur passe par Narbonne et qu'il j rencontre le jeune Guillaume, fils d'Aimeri, dont la gloire remplit tout un cycle de notre Epopée nationale. Charles est si vieux, qu'il ne peut plus marcher et se fait transporter sur un char : Guillaume le saisit entre les bras et le porte jusque sur le seuil du palais. « Qu'est-ce que ce merveilleux enfant ? » s'écrie Charles. On le lui nomme, et, plein d'enthousiasme : « Quand Ogier mourra, dit-il, je ferai de toi le gonfalonier de la sainte Église et tu porteras la bannière di fiamma e d'oro.» {Le StorieiNarbonesi, éd. G. Isola, Bologna, Romagnoli, 1877, in-8% t. 1, pp. 4-6.) — Nous avons vu plus haut qu'au xv siècle, la famille d'Esté possédait dans sa bibliothèque un manuscrit iï Anseis de Carthage en français (Romaniay II, 49). — 8** Travaux dont le roman d' anseis a été l'objet. 11 est un de ceux qui sont le plus restés dans l'ombre durant les deux derniers siècles, — • Le premier travail important que nous ayons à signaler est la Notice de M. Amaury Duval, au tome XIX de VHistoire littéraire, p. 648-C54. — '"' Le continuateur de l'œuvre bénédictine attribue Anseis à Pierrot du Kiès. Déjà, M. Daunou l'avait attribué à Graindor de Douai [Histoire liltérairey XVI, p. 23i, etc.), et Lacurne de Sainte-Palaye à Jean de Bapaume {Notices des manuscrits. II, 26 note 3). — * L'abbé de la Kuc, de son côté, avait jugé bon de regarder Pierrot du Ries comme un poëte anglo-normand {Bardes et Trou- • vères, III, p. 170). Pourquoi? C'est ce qu'on ne saura jamais. — ^ En son Histoire poétique de CharlemagnCy M. Gaston Paris a entretenu ses lecteurs, à plusieurs reprises, du singulier roman qui nous occupe, et nous avons relevé plus haut son erreur relative à la double rédaction d^ Anseis. — " L'auteur de la Poesia heroico-popular castellana, M. Mila y Fonlanals, observe (p. 117) que la chanson d Anseùt de Carthage présente une frappante analogie avec l'histoire du roi Rodrigue, telle qu'elle se trouve rapportée dans la Cnmica gênerai. En l'absence du comte Julien chargé d'une ambassade en Afrique, Rodrigue a déshonoré sa fille. Le comte, pour s'en venger, s'entend avec Musa, gouverneur d'Afrique, et introduit les Arabes en Espagne. Dans la légende française, Anseïs correspond à Rodrigue, Isoré à Julien et Marsile à Musa. == 9* Valeor littéraire. Cette chanson de la décadence n'est point sans quelque valeur, et nous pensons qu'elle a été trop dédaignée par les auteurs de VHistoire littéraire. Le sujet en est dramatique, le style pur, la langue bonne. Le grand défaut du roman, c'est son interminable longueur; c'est surtout le développement exagéré qu'a reçu le milieu de l'action. Sur soixante-dix feuillets, quarante sont consacrés à des récils de bataille ! !

II. ÉLÉMENTS HISTORIQUES DE LA CHANSON W ANSEIS DE CAR- THAGE. — On peut établir les propositions suivantes : 1* Le roman d'Ansets ne repose directement sur aucun fondement historique. — 2*> Ce qui a pu

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