‹ Bibliographie des chansons de gesteChapitre 119 sur 150 · CXLIV-CXLVI. — * Couplet CXIAII · texte numérisé non relu

CXLIV-CXLVI. — * Couplet CXIAII

^^chaI'xxvl' s'enfuir au plus vite, en jetant quelques regards furtifs,

quelques derniers regards vers la tente de Sebille. ff Je 1^ me mesurerais volontiers avec vous, dit le frère de D Roland ; mais vous n'êtes point seul, et je ne saurais » résister à ces milliers de païens. » Et il bat en retraite avec une fierté railleuse. La retraite n'est pas sans périls, et il est fort heureux pour Baudouin que le fleuve ne soit pas loin du camp saxon. Il risque là une mort vulgaire, et l'anneau de Sebille n'est pas un talisman \

Cependant Charles est fort inquiet : un cheval sans cavalier vient d'être arrêté au milieu des tentes françaises. On n'a pas eu de peine à le reconnaître : c'est Vairon, c'est le destrier de Baudouin. Plus de doute, le neveu de Charles est mort. Jamais l'Empereur n'a encore été si colère ni si triste. Il s'élance sur Vairon, il l'éperonne violemment, et le bon cheval le conduit bientôt aux pieds de Baudouin qui vient d'atteindre le rivage et qui s'empresse dédire à son oncle : « Je vous » apporte l'anneau de Sebille'- ! »

Ici se termine hi seconde partie de notre chanson •^

consiruriioii m \\y adcuxans nucic suis sur corivat»e, sans ])Ouvoir

par les Tiuis . "^ ... . . .

d'un nom » v lîvrcr uuc bataille décisive. J'ai vraiment affaire h un

ir le Ilhiii. «J

ï) \)ou\)\c plus dur qne hietal. » C'est ainsi que parle le grand Empereur, et il se résout à on finir : (( Toute D l'armée française va passer le Rhin, et cette ibis elle

sur

' Clianson des Saisnes, couplets cxLvm-CLV.

' nau(l(Miin est encore rcvOtii des armes de Jiistamont et n'est pas tout d'abord reconnu par son oncle, avec lequel il est force d'engager un combat qui est funeste à Cliarlemagnc.

' Chanson des Saisnesy couplets clv-clvii.

» gardera ses positions sur l'autre bord. » C'est fort bien ; mais les eaux sont hautes, mais le fleuve est dangereux. Si encore on pouvait trouver quelque gué favorable à la construction d'un pont ! Ce que les hommes ne peuvent faire, Dieu le fera. Il renouvelle pour Charles le célèbre miracle du cerf qui traverse le courant sans perdre pied, et qui montre aux chrétiens le gué dont ils ont besoin, ce Vite, qu'on fasse un pont. » Mais qui sera chargé de cette besogne roturière ? Ce seront les pauvres Tiois, et ce n'est pas la première fois qu'on leur taille pareille besogne. On ne se lasse pas d'en faire des pontonniers ou des bûcherons. Cette fois encore ils se révoltent, et leur roi Ripeu plaide courageusement leur cause devant Charlemagne. L'Empereur lui répond avec une insolence qui dépasse en invraisemblance toutes les conceptions de nos épiques : CL Hâtez- vous de faire le pont », dit Charles, qui se montre ici par trop roi de France et par trop peu empereur d'Allemagne, a Si vous ne vous mettez à » l'œuvre, je vous fais tous tomber en servage. Travaillez, j> travaillez. Pendant ce temps, mes bons Herupois se D donneront les plaisirs de la chasse, et, quand le pont D sera fini, c'est à eux que reviendra l'honneur de y> combattre les Saisnes. Aux Allemands la première » place dans les travaux roturiers, la dernière dans la » bataille! y> Les Tiois ne peuvent supporter un tel langage, et ils ont raison de relever la tête. Cependant le poète français donne tort à leur indignation, et ils sont forcés de construire le pont*. En vérité, j'admets qu'on soit Français, mais non pas à ce point.

Bref, le pont est construit, malgré tout l'eflbrt de Guilcclin et des Saisnes. Ils criblent de flèches les

* Chanson des Saisnes^ couplels clvih-clxv.

Il PART. Livn.

caiAP. XXVI.

CHAI». XXVI

G7ii ANALYSE DE LA CIIASSOy DES SAISNES.

iiPAnT.Livn.i. ouvriers chrétiens; mais aux archers païens Charles

oppose ses archers, et le roi Murgafier, avec ses vingl jnille Saxons, ne peut résister facilement à l'assaut de la ^(tni de France (c de qoi li prez abonde ». Un Saxon s(i jette dans l'eau du Uhin et va porter Talarme dans le cœur de Guiteclin : <ï Vous imaginez-vous, dit-il au ) roi, (pie les Français sont venus pour moissonner vos -) hlés? 11 faut à tout prix les empêcher de passer. » l'ont aussitôt, on construit barbacanes et fossés sur la rive du fleuve pour en défendre Fabord. Cinquante mille païens, commandés par un de leurs rois, sont chargés de s'opposer aux travaux du pont français. Les ouvriers chrétiens meurent par centaines, par milliers ; ils meurent sans gloire, frappés à coups de pierres par les machines des i)aïens, et il faut que Charles les console de ces blessures banales, en s'écriant : u Cil qi a cel pont muèrent, corone auront de llor; — ) (iC est por assaucier le non don Creator *. i) Mais le inument du grand })assage, de la bataille décisive, est enlhi arrivé. Tout prend je ne sais quel air solennel. Le l(Mn[)s (les épisodes est passé; voici, voici Faction principale.

h'uii cùlé sont deux cent mille Saxons, avec les rois (iiiilrcliii (4 Murgalier. De Fautre, les trente échelles: des Français. Charles ap|)elle un archevêque et se confesse; Ions les chrétiens en font autant. Toute cette armée se jelte à genoux, fait le signe de la croix et se précipite sur les i)aïens.

La bataille est terrible. Garin d'Anséune, un de ces héros ([fii ont donné leurs noms à des Chansons de geste aujourd'hui perdues, (iarin meurt. Le roi de la bulaille, vous le savez, c'est Baudouin : « Tôt tranche

' aii'nfS'Di des Saisies, coiiplots ci.xvu-clxm.

ANALYSE DE LA CllAySON DES SAISSES.

» devant soi, com fauchierres les prez. » Il frappe le païen Murgalant, et le tue. Malgré ces tueries gigantesques, malgré ces exploits, les Ilerupois, qui se sont trop avancés, se trouvent dans une situation des plus critiques. Par bonheur, Gaifier de Bordeaux amène sur le champ de bataille trente mille Poitevins et Gascons qui vont changer la fortune : (( Qui là fu et ce vi, il ) pot bien afier — Conques ne vit bataille à celi resi) sambler. y> D'un autre côté, au secours de Guiteclin s*avance une gent étrange, un peuple merveilleux. Ces païens sont velus comme des ours : ils ont la tôte plate, des yeux noirs, une bouche énorme, des dents aiguës, tout l'aspect des Huns, dont ils ont la férocité. La bataille recommence. « En comparaison de cette journée, dit notre poète, Roncevaux n'est rien; ni la bataille du val Béton, où fut Charles-Martel; ni celle où périt Raoul de Cambrai; ni le combat d'Aspremont où fut conquise Durendal; ni celui où Gormont se mesura contre le roi Louis. » Ce jour-là, l'enfer se peupla abondamment : (r. Molt cru en icel jor li pueples j> infernax^ lo

Le sang coule à torrents. Où sont les vainqueurs ? On n'en sait rien. Dans cet immense entrelacement de bras, de lances, de hauberts et de heaumes, sur ce sol couvert de tôtes coupées et imprégné de sang, hîs \aincus eux-mômes n'ont pas le loisir de s'apercevoir de leur défaite, ni les vainqueurs de leur triomphe. Gondebeuf succombe à la tête de ses Bourguignons'^, et Charlemagne s'aperçoit avec terreur que hîs Saisnes se renouvellent sans cesse sur le champ de bataille ^ Comment triompher d'ennemis qui ne veulent pas mourir?

II PART. MVn. I.

CHAP. XXVI

Uno hataillo

dt^ciiivo

est enfin livnfo

& Guiteclin.

Mort du roi

des Saisons,

triompho

de Charici

ot do Baudouin.

• Chanson des Saimes, couplets clxxiv-cxciii. — • Couplet cxciv. — =» Couplet cxcv.

" îi". XXVI. '' ï' f^ut en finir. Guiteclin et Charlemagne s'appro-

chent enfin Fun de l'autre et vont terminer la bataille par un duel vérilablement épique. Guiteclin est frappe d'un coup mortel; il tombe, il meurt*. Les Saisnes alors se mettent en fuite, et les Français les poursuivent durant l'espace de quinze lieues. La grande bataille est finie.

Tant de coups d'épées ont détourné notre attention de la reine Sebille. Cette misérable, qui ne s'est étudiée toute sa vie qu'à tromper Guiteclin, a Tefironterie de le regretter^. Elle s'écrie^: « Gentix rois débonnaires,

* Chanson des Saisnes, couplets cxcvi-cxcvii. — * Couplets cxcvm-CG.

' Sebille après la mort de Guitecun. — « Scbilleest à genoux devant rEmpereur, — Lui embrasse la jambe, par grand respect, — Et lui dit : « Droit » empereur, au nom du Créateur, — Si vous avez mis à mort mon seigneur « Guiteclin, — Ne me faites point de vilenie, à moi qui suis aiyourd*hui mhs a pasteur. — Ne permettez pas que je sois maintenant déshonorée. — Voilà que je • suis seule, sans ami, sans guide, — Si quelqu*un ne prend noblement pitié de B mes pleurs. • — L'Empereur la regarde ; il en a de la tondreur dans Tàme, — La prend entre ses bras et. par amour la baise. — Puis, appela Baudouin, le fils de sa sœur. — Tout son cœur est entrepris de joie et d'allégresse; — PuisquHl a Sebille, il ne plaindra pas son labeur, — Et ne la céderait à personne ni pour forteresse, ni pour château. — « Dame, dit TEmpereur, voyez ce cheva- » lier ; — Il est riche et c'est le fils de ma sœur. — Si vous le voulez pour mari » et seigneur, — Je vous ferai baptiser selon la loi du Créateur. — Il sera I) roi, et vous serez dame de haut rang. — Mais, si vous aimez mieux rester » dans la loi païenne, — Plutôt que d'épouser le comte, tout ce que je puis M faire, — C'est \|e vous donner un sauf-conduit selon votre bon plaisir, — » Pour aller où vous voudrez aller, » — « Puissé-jc ne plus vivre un jour de plus, » s'écrie Sebille, — Si jf pense à chercher dos conseillers sur cette affaire, — » Excepté vous et les Français. — Si je refusais, je ferais grande folie, — » Dieu ne pourrait me donner un mariage meilleur, — Pourvu qu'il soit au ') gré du comte Baudouin. »

fl Sire droit empereur, dit Sebille au fier visage, — Au nom de ce Seigneur ^ » qui nous peut tout donner, — A la loi du(iuel il faut que je me range, — Et H pour lequel il me faut quitter la loi de Mahomet de la Mecque, — J'ai à » vous faire une demande (au nom de Dieu, qu'elle ne vous blesse pas!). — Je R la veux faire aussi au comte Baudouin, — Mais vous ne saurez point » laquelle, avant de me l'avoir accordée; — Je vous assure qu'elle est tout à » fait selon mon gré, — Et je pense que votre honneur y est aussi engagé. » — « Volontiers, dit le Roi, je ne la refuserai point.» — « Sire, cinq cents » mercis, dit Sebille. — Ordonnez donc à tous vos hommes de chercher partout, « — Jusqu'à ce qu'ils aient trouvé le corps de Guiteclin le guerrier. — 11 fut )* mon seigneur, je ne veux pas le nier. — Si les bêles le mangeaient, j'y per- » drais mon honneur, — Et tous les hommes de la terre me devraient moins » estimer. — Pas n'est besoin que les femmes soient plus blâmées, — Et ce » que fait l'une d'elles retombe sur toutes les autres. — Sire, par Dieu le

» tant estiez prodom. j) Elle avoue ses crimes : « Onques » jor de ma vie ne vos fis se mal non. » Mais, d'ailleurs, son émotion n'est que de l'épouvante; elle redoute le vainqueur : « Peut-être que ce roi me mettra en prison.» Le lecteur, j'en suis certain, ne partagera point les craintes de Sebille, et lui criera comme Helissent : « Rassurez-vous, Baudouin va» vous épouser. y> Et, en effet, 071 n'attend pas que le corps de Guiteclin soit refroidi pour se bercer de l'espoir joyeux de ces noces ; Sebille va presque au-devant des propositions qu'on lui pourrait faire : « Baptisez-moi )>, s'écrie-t-elle. Et surtout : « Mariez-moi. ^ On la baptise, on la marie : nos héroïnes ne reçoivent guère l'un de ces sacrements sans l'autre*. Toutefois il convient d'ajouter que, par un noble mouvement et dont il faut lui tenir compte, Sebille, à genoux aux pieds de Charlemagne, lui demande une sépulture honorable pour Guiteclin-. Mais désormais il ne faut songer qu'au plaisir. Le môme jour, Sebille se fait « osier de la loi paienor y> et épouse Baudouin. Elle conserve, d'ailleurs, son titre de reine : car le frère de Roland reçoit de Charles l'héritage de Guiteclin. Le jeune roi reste à Tremoigne, chargé de la lourde lâche de gouverner un peuple mal converti et mal vaincu^. Déjà certains symptômes

• droituricr, soyez le gardien de mon honneur : — Vous êlcs le seul conseil

• auquel je puisse me fier. • — Le Roi Tentendit et s*émerveilla. — H regarda le duc Naimes, Baudouin et Lohicr. — « Par saint Denis, dont je suis le cheva-

• lier, dit Charles, -^ Une telle parole n'est jamais sortie des lèvres d*une » vilaine femme, — Mais seulement d'un cœur vrai, loyal et entier. — Vous

• n'en aurez pas le dédit, et votre volonté sera faite sans retard, — Pour le roi ■ Guiteclin qui fut si noble et fier. » — ... Deux destriers d'Aragon apportent bientôt le corps du Saxon. — Quand Sebille le voit, devient noire comme charbon, — L'eau des yeux lui tombe le long du menton : — « 0 Guiteclin,

• dit-elle, tu étais si gentilhomme, — Si large, et libéral et noble. — Ah ! si

• Mahomet a quelque puissance sur terre ou dans le ciel, — Et si je puis » prier celui qui fit Lazare, — Je le prie et supplie de te faire pardon... • (Chanson des Saisnes^ couplets ccv, ccvi, ccvii.)

* Chanson des Saisnes, couplets cci-ccvi. — • Couplets ccvii-ccvui. — ' Couplets ccn-ccx.

II PART. LIVR. I

CHAP. XXVI

Mariage de Sebille avec Baudouin.

Charles donne à ce frère

do Roland

tout le royaume

de Guiteclin.

Départ de l'Empereur.

ANALYSK f)K LA 6,77/1 A\SUV DKS SAJSNES.

Il p\nT. M vu. I.

ciiAP. xxvr.

inquiétants se manifestent autour de lui. Les fils de Guiteclin ont survécu à leur père ; ils ne renoncent pas à leurs droits : un vaste soulèvement se prépare. Mais Baudouin aux bras de Sebille, Baudouin qui savoure les primeurs de sa royauté, peut-il s'imaginer que l'avenir lui sera moins doré que le présent? Charlemagne peut se retirer et le laisser ^eul en ce pays terrible : Bîiudouin ne craint rien. Il est jeune et possède le sourire de Sebille.

Rèj^no

Les événements racontés dans la première partie

do. Ikiiidouin ; ' ^ '

''''"*»rah*v?«""^ de cette trop longue chanson avaient jadis été l'objet

par los lils lie <itiilccliii.

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