‹ Bibliographie des chansons de gesteChapitre 121 sur 150 · CCXXXVIII · texte numérisé non relu

CCXXXVIII

II PART. LIVR. I

CHAP. XWI.

de raiitro. e Dcx prist por nos martirê et por lui le » pienon\ » Avec son grand geste pontifical, Cliarlemagne bénit alors la grande armée; mais il est triste, il a je ne sais quels pressentiments lugubres. Ces pressentiments ne le trompaient pas. Berard meurt frappé par Fieramor, fils de Guiteclin, et sa dernière pensée est pour II(^lissent an cler vis : « N'aimez pas pire que moi », dit-il, et il rend l'Ame '^. Les barons le pleurent comme des femmes. Baudouin fait miepx, il le venge. Fieramor périt sous un des plus terribles et des derniers coups de l'épée de Baudouin. Mais le frère de Boland, ivre de rage, s'est avancé trop loin. Soudain, il se trouve seul au milieu de toute l'armée païenne. Coups îi droite, coups à gauche; résistance héroïque. Ce n'est plus Baudouin, c'est Roland.

Il meurt ^.

Il ne faut pas essayer de peindre la douleur de Gharlemagne qui veut se percer de son épée*, ni surtout celle de Sebille ^. Pour la première fois, l'héroïne de notre

* Chanson des Sawies, couplets ccxxxix-ccxliv. — ' Couplets ccxLvi-ccxux.

- - ' Couplols CCL-CCLIX. — * Couplol CCLX.

* Rejîhkts I)f: Sehim-e a l\ moiit de Baudouin. — « La rcitie Sebillc qui eut tant de beauté — VioiU à la nMiconlrt- «lo r.liarlos ju,squ*au maître degré. — n Baudouin est-il vivant? » lui deiuande-l-elie. — « Non, répond le Roi, il c>t abattu )) mort. — Les païens nous l'ont tué; j'en ai contre eu.\ plus de colère encore. )> — Voici son corps qui ^ît sur cet écu bouclé. » — Sebille l'entend, pense en perdre le sens; — Sa vue devient trouble, ses dents se serrent, — Ne peut rester sur pieds, et tombe à terre, pâmée. — Quand elle revient à elle, elle dit ainsi sa pensée : — « lloi Bauclouin, mon seigneur, pour l'amour de Dieu,

» parlez. — C'est moi, moi qui suis voire amie; — N'agissez pas de la sorte rt avec moi. — Si je vous ai fait (pielque tort, je vous l'amenderai — Selon votre

- bon pi.^i^ir. Mais ré|i(>ndez, répondez-moi. — C'est pour vous que je fus 1) baptisée ; — Mon cœur s'a])]>uie sur vous, en vous est tout mon amour. — Si ) vous alliez me mantpier, ce serait bien mal; — Si vous regrettiez notre ') union, ce serait trop tôt. — Baudouin, est-ce bien vrai? m'ôlcs-vous ainsi > enlevé? — Parb^z-moi, mon ami, si vous pouvez le faire.... — Je vois vos .. arm«'s roupies, ensanglantées, — Mais je ne puis croire que vous soyez lue. „ — Kb ! y a-t-il un bomme qui eùl élé assez bardi, assez osé, — Assez lémé- » raire, pour frapper Baudouin à mort? — Non, non, je crois que vous me » voulez éprouver par une feinte. — Vous avez voulu voir comment je me con-

)) duirais en vous voyant mort. — Parlez, parlez-moi, au nom du lils de la ») Vierge, — Au nom de cette virginité perpétuelle, — Au nom de la croix

roman se relève à nos yeux. Son amour vrai engendre une vraie douleur : « Parle-moi, dit-elle h ce corps ^ inanimé. C'est pour me faire peur, n'est-ce pas, que lu > ne me parles point? Oh ! parle. C'est moi, moi qui suis » ton amie. Mon Dieu, faites qu'il me parle encore. Trois 3> mots seulement, trois mots! » Elle étreint ce cher mort qu'elle lave de ses larmes : « Ah ! que ne suis-je, » s'écrie-t-elle, comme la belle Aude, qui mourut de y> douleur pour Roland et Olivier* ! y> Sebille, dans l'excès de sa souffrance, oublie sans doute qu'elle n'a pas mérité la mort sublime de la fiancée de Roland. Pour mourir comme Aude, il faut avoir vécu comme elle.

Quels événements pourraient nous intéresser après ceux que nous venons de raconter ? Désormais l'action se traîne. Baudouin est mort, et il était toute la vie du poëme.

Est-il nécessaire de constater cette éternelle victoire des chrétiens qui termine uniformément toutes nos chansons de geste ? Un des fils de Guiteclin, Dyalas, se convertit à la foi chrétienne et demande à combattre les Sîiisnes qu'il a soulevés. Il triomphe de ses compatriotes avec la rage qui est habituelle aux nouveaux convertis de nos romans ; et Charles, avec une coni-

CHAP. XXVI

La Saxo u )C derni^re fois

soumise par Charlemagnc.

» sainte où Jésus fut peiné. — Ami, ne tardez pas; ami, c'est assez. — Je • Tais mourir si vous continuez <lc la sorte. — Ah ! gentil roi de France, je » vois bien que vous êtes méchant envers moi ; — Vous avez le cœur trop » vilain, quand vous n'avez pas pitié — De celle pauvre ûme qui soufTre si » durement. — Pour Tamour de Dieu, beau sire, commandez à Baudouin — » De me dire deux mots; j'aurai bien moins de peine. — Je fus si joyeuse D aujourd'hui quand je vous vis de retour. — Je vous l'envoyai avec trois » mille hommes armés; — Je vous tiens quille de tous les autres, mais ren- » dcz-moi celui-là sain et sauf, — Ou jamais plus ne vous aimerai de ma » vie. » — Mais quand Sebille voit que ses paroles ne servent à rien, — Et que Raudouin est mort, véritahlement mort, — Elle va passer son bras autour du corps et l'élreint, — Et le baise plus de cent fois.... • {Chanson des SaistieSy couplet CCLXV.)

* Chanson des Saisnes^ couplets cclxv-cclxxvhi : « S'or poisse morir, coni dame Aude au vis fier, — Lors ciisse à mon chois trestot mon desirrior. »

mi ANALYSK DE LA CHAXSOX DES SAISNES.

iiPAiiT.LivR.i. plaisance qui n'a rien de politique, lui donne alors le

royaume de Baudouin. Dyalas change de nom : il s'appellera désormais a Guileclin le converti* ». Quant à Sebille, elle ne pense guère à un troisième mariage et va s'enfermer dans un moutier-. L'Empereur ordonne de fondre toutes les épées et tous les éperons de ses ennemis morts au champ de bataille : on en fait un innnensc pnron où l'on grave en beaux caractères, en lettres d'or, la nouvelle victoire de Charlemagne*.

Et, toutes les fois que les Saisnes avaient envie de se révolter, ils regardaient ce trophée et rentraient dans le devoir.

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