UNE DERNIÈRE RÉVOLTE CONTRE GUÂRLEUAQNK
Le Roman d'Auboron *. — Iluon do Dordotxux
et ses Suites.
Qui ne la connaît, cette fraîche et oriciiialo lantaisin ah^imm de Shakspeare, ce Songe d'une nuit d'été dont lu scrnn rf//J«»i/'!15.#.
' Macaire, édit. Gucssard, vers 3583-3615.
* NOTICE BIBLIOQMAPHIQUB ET HISTOBIQUB MUR LR « ROMAN R'AD- RBRON».>-I. BIBLIOGRAPHIE.— I'Date DE LA (X^MFUKITION. HtiMt\i\ Unn ilii XIII* siècle. — Auberon, comme lei quatre SuUeê de Uuon tle IlortUauji, «mi certainement postérieur à Hwm de Bardeaux lui-mémo. Co l'rvlagiM « M
7iU AiNALYSE DE HUOy DE UOliUEAVX.
' cSAÎ^'xxvni!* se passe sous de beaux bois, pendant la nuit, à la clarté
blanche de la lune, dans les fleui^s et dans la rosée?
composé après coup, et il n*y faut voir, à vrai dire, que ramplification de certains passages de Huoriy et principalement de ceux où Oberon raconte sa propre liistoirc (v. 3492-356:2; 3641-3719). C'est ce qu'a mis en lumière M. A. Graf, en son édition iïAuberon (Halle, 1878, in-4% Prefaiione, pp. x-xu). La dernière laisse d'Auberon a été manifestement composée dans le dessein de servir de trait d'union avec la chanson de Huotiy dont Tantériorité ne saurait êlre douteuse. = 2* Auteur. Auberon est une œuvre anonyme; mais il est trop évident que cette pauvre composition n'est pas du même auteur que Huon de Bordeaux. Le style n'est pas le même, non plus que la versification. La césure dite lyrique est assez fréquente dans Auberorif et il n'en est pas de même dans lluon. C'est une remarque que n'a pas faite M. Craf, et qu'il aurait dA faire (cf. Avverteniat pp. iv, v). = 3** Langue. Dans le seul manuscrit qui soit parvenu jusqu'à nous, Auberon présente les caractères du dialecte picard. La g y est resté avec le son guttural, alors que dans les autres dialectes il a pris le son j : i Ensi furent cil gumel enfanchon — Cevalier fait : ce truis en la canchon > (v. 1651, 1652). Cf. gaiantf au vers 1681, etc., et Gorges, passim, au lieu de Georges, etc. Les articles féminins li et le se retrouvent presque à toutes les pages : « Par le conseil de Drunehaut le fée » (vers 2077 ; cf. 1838, 1844, etc.). On a vu, par un exemple cité plus haut, que l'emploi du c et du ch est conforme aux procédés picards (enfanchon, canchon, etc.). Mais les consonnances sont ici un argument irrécusable, et les participes féminins en te de la première conjugaison (fianchie, changie, convoie, laisie; cf. les substantifs tels que caucftie, etc.) nous prouvent que l'original môme d* Auberon a dft être écrit par un trouvère picard. = 4** Nombre de vers et nature de LA versification, a, Auberon renferme 2468 décasyllabes rimes. — è. Ces décasyllabes offrent assez souvent la césure « lyrique >. En d'autres termes, la césure tombe parfois sur la quatrième syllabe muette, qui compte alors comme une syllabe accentuée : « Des emprisES qu'il fist et achieva — Tous li mondES moult s'en esmerveilla » (vei's 75, 76). « Car naturE si très bien le forma > ( v. 55). « El moult doutENT le Macabcu de pris » (v. 209). a En ses cornES avoit rains trente sis » (v. 488). Etc., etc. — c. Quelques alexandrins sont,çà et là, mêlés aux décasyllabes (v. 1387, 1594, 2230-2233, 2279-2283). — Les rimes présentent souvent le caractère prétentieux et recherché des romans de la décadence et, par exemple, de Derle au^ grans pies. Elles dégénèrent en tour de force ; mais le versificateur d' Auberon^ par malheur, est loin d'avoir l'hahilcté de celui de Derle et il est d'une lourdeur dirTicilemcnt supportable. Voyez les couplets en aire, en aul, etc. — d. La dernière laisse d'^4u6eron (sauf les seize premiers vers) est assonancée en é, er, es, au lieu d'èlre rimce. Mais il ne faut pas oublier que ce couplet sert de soudure entre Auberon et Iluon, et que le versificateur du premier de ces poëmes a sans doute voulu ménager la transition entre ces deux œuvres, dont la seconde est assonancée. = .V Manuscrit qui est parvenu jusqu'à nous. C'est le manuscrit de la Bibliol'îèque nationale de Turin, L. 11, 14, du commencement du xiv' siècle, qui contient également Huon de Bordeaux et ses Suites. — Auberon y occupe les fi*. 283-290. Voyez, sur ce manuscrit, qui n'est pas écrit par une seule main, le travail de Stcngel : MiUheilungen am framôsischen Ilandschriften der Turiner UniuersitàtS'Bibliotliek (Marburg, 1873). = 6» Edition. M. A. Craf a publié i4u6eron en 1878 {I ComplementideUa « Chanson de Huon de Bordeaux ■, tssti francesi inediti, Iralti da un codice délia Biblioteca nationale di Torino e pubbUcati da A. Craf. 1. Auberon ; Halle, Niemeyer, 1878, in-4% xxvi-34). L'éditeur déclare en son Avvertenta (p. v) qu'il a suivi le manuscrit d'aussi
ANALYSE DE JJLOy DU UOIWEMX. Itï
Certes, l'intrigue du drame est assez péniblement en- 'ct;Îp"xxvÛ;/ chevêtrée; le lecteur ou le spectateur a quelque peine
près que possible, t sapendo corne , pcr ismania di corigere c di resti luire, > spesso 51 adulleri e si falsifichi ». Le texte n'a pas été publié par H. A. Graf avec assez de soin et de correction. Au vers 151, il imprime : ■ A sa gent dit: Vesli le chevalier. > C'est vés ci qu'il faut lire. Au vers 1680, au lieu de XIII en[s]ùi, il convenait de conserver la leçon du manuscrit : « Treiie en i a. • Au vers 1902, mel est une leçon picarde qu'il fallait maintenir, etc. (voy. le Roland de T. Muller, 3* édit., p. 212). M. G. Paris, dans un article très-sévère de la Romania{\\l, p. 332), a relevé cent autres erreurs dont la gravité est incontestable. = 7* Veksion ek prose. Auberon n'a pas été connu de ce compilateur anonyme qui a mis en prose ^tum. Les Suites ^ au contraire, ont été translatées de rime en prose. = 8» Tbavaux dont ce roma.n a été l'objet. — a. En 1856, nous avons eu lieu d'étudier et de transcrire à Turin le Roman tt Auberon, [tour le futur I Recueil des anciens poètes de la France ». — b. En 1861, M. Gaston Paris publiait dans la Revue germanique un article sur lluon de Bordeaux qui peut passer pour son début (XVI, p. 322). 11 y traitait parliculièrcment de l'ori* gine du mythe d'Auberon. — c En 1872, M. Lindncr fit paraître à Rostock (in-8«, 45 pp.) une Inaugural Dissertation der philosophischen Facullàt der Universitài Rostock : il avait choisi pour sujet les rapports du poème allemand iVOrtnit avec notre chanson de Huon de Bordeaux (i'eber die Beiiettungen des c Ortnit» 4tt« Huon de Bordeaux >). — d. L'année suivante, M. Stengcl étudia le nis. & Auberon dans un travail sur les manuscr. de Turin : Mittheilungen aus franiôsischeti Ilandschriften der Turiner Universitàts-Bibliothek. — e. Le plus important travail sur Auberofi est la Préface de M. A. Graf, qu'il a placée en tète de son édition (pp. ix-xxvi) et où il a principalement élucidé la légende iii* Auberon en comparant le pclit nain aux Elfes de la mythologie germanique et Scandinave. Voyez plus loin la bibliographie de Humx de Bordeaux^ et cf. Romania, VII, 332 etsuiv. = 9' Valeur uttéraire. Les mots* au-dessous de la médiocrité > ne suffisent pas pour qualifier dignement le très-misérable ouvrage dont nous allons donner l'analyse et contre lequel nous ne pouvons pas ne pas nous indigner. Pas un seul bon vers, pas une idée élevée. C'est le « conte do fées B dans le plus mauvais sens de ce mot, et les petits lecteurs des Contes de Perrault s'y trouveront en pays de connaissance. « Quatre Fées dolent un » enfant ; l'une d'elles, semblable à la fée Carabosse, jette sur le nouveau-né un » méchant souhait et est, pour ce fait, condamnée à prendre la forme d'un cerf • jusqu'à ce qu'elle soit un jour désenchantée. » Voilà un des épisodes d'il u 6erofi. On jugera par là de tous les autres. L'auteur de ce roman nous introduit dans le beau royaume de Féerie, dont il nous fait une description détaillée. Ge ne sont que souhaits merveilleux, armées invisibles, enchantements de toute espèce. Les héros de celte rapsodic n'en croient pas moins à Jésus-Ghrist et à l'Ëglisc; mais quelle pitoyable profanation! On se demande avec stupéfaction comment on a pu prêter à la Vierge, à saint Joseph et à saint Georges d'aussi stupides aventures, et l'on s'étonne surtout qu'on ait pu gâter à ce point l'héroïque figure de ce Judas Machabée qui surpasse de tant de coudées la taille des plus grands hommes de l'antiquité profane. L'auteur tïAuberon e^t trop niais pour qu'on lui applique Tépiihète de i sacrilège • : c'est la seule raison qui retient ce mot au bout de notre plume.
n. ÉLÉMENTS HISTORIQUES ET LÉGENDAIRES DU ROMAN D'AUBERON.
Il semble que l'on puisse scientifiquement éublir les propositions suivantes:
V Le Roman d'Auberon ne renferme aucun élément historique. Ce n'est pas même un roman : c'est un conte. =2* La légende de saint Georges y est présentée
"œÎ5%ïïS;.*' ^ se retrouver dans les amours de Démétrius et d'He-
lena, de Lysandre et d'Hermia. Mais, en revanche, quel
sous une forme absolument fabuleuse, et qui, dès 494, aurait été déclarée apocryphe par ua décret du pape Gélase. Voy. A. Graf, 1. 1., p. xin. » 3* La figure d*Aubcron, qui est le centre de cette étrange fiction, est étrangère aa Cyde carlovingien et apparaît pour la première fois dans ffwfn de Bordeaux, Elle est mythique et {i*a rien de légendaire. « 4* Deux mythologies peuvent se disputer le mythe d'Aubcron ; deux systèmes sont en préseuce, le celtique et le germanique» = 5* 11 existe dans la mythologie, ou, pour mieux parler, dans la féerie celtique, un personnage nommé Gwin. i Suivant les traditions galloises, ce Gwin était sorti d'un nuage et avait été élevé par la fée Morgan. Comme le héros do notre poëmc, il n*a que trois pieds de haut et un cor à chanter. Gwin est le roi des Fées ; il peut prendre toutes les formes, connaît tous les secrets de la nature et prédit Tavenir. » (H. de la Tillemarqiié, Note adressée aux éditeurs de Ifuon de BordeauXy publiée dans la Préfsoe de rédition des Anciens Poêles de la France^ pp. xxii-xxv.) Le mot Auberon lui-même serait, d*après ce premier système, un mot hybride composé : !• du latin aUms •■ aube, qui est Téquivalent du celtique Gtvin, et 2* du celtique êtaun = superus (Aube-'Oraun), = 6** Les partisans du système germanique, parmi lesquels il faut compter MM. Gaston Paris et A. Graf, affirment au contraire qu*Auberon est virtuellement le même personnage que TAlberich ou TElbench de la mythologie germanique. Dans les Nikelungen, c*est le roi des nains qui sont préposés i la garde du trésor de Segfirit, et il joue également un rôle dans XHildenbuch et dans le poëme ôVrtnit. Cet Alberich est le roi des Elfes, et tel est le sens exact de son nom. La racine primitive serait ci||M ou alp ■« genins. Pour en arriver philologiqucment à* Alberich à Auberon, il faut supposer, avec Graf, que la terminaison ich est tombée, et qu*au prétendu radical alber ■■ auber, les Français ont ajouté la flexion du cas régime, comme dans Hue, Huon ; Mile, Milon. « 7* Il reste à montrer quand et comment ce mythe d*Albcrich a pénétré dans notre littérature romane. Serait-ce par Tintermédiaire du célèbre poômo d*Ortnitf Mais on en est à se demander quelle est la dalc précise de celte œuvre, et M. Lindner a consacré une thèse importante à démontrer que VOrlnil n*est pas une légende germaine originale, mais qu'il y faut voir seulement un remaniement allemand de notre Haon de Dordeanx (Ueber die Beùehungen des c Ortnit • su « Huon de Bordeaux «,Rostock, 187:2). = 8* Il vaut mieux croire, avec M. Gaston Paris {lîevae germanique, XVI, p. 377 et suiv., et Romania^ 111, 494), qu*Albcrich d'une pari, et Aubcron de l'autre, appartiennent à une source légendaire qui est commune aux Allemands et aux Français, et que cette légende a été, avec beaucoup d'autres, apportée en Gaule par les Franks. Si celte dernière hypothèse était admise, on pourrait considérer le poëmc d'OrinU comme étant indépendant de notre Huon de Bordeaux ; les deux œuvres seraient tout naturellement sorties, en deux paj*s différents et voisins, de celte ancienne et unique tradition qui leur serait commune. Mais, comme on le voit, il reste encore, en tout ceci, beaucoup d'obscurités, beaucoup de « peut-être » = 9° Ge qui parait le mieux prouvé, c*est la ressemblance profonde qui existe entre Aubcron, d*une part, et, de l'autre, les Elfes, tels qu'ils sont décrits dans les monuments les plus autorisés de la mythologie germanique et Scandinave. M. A. Graf a mis celte ressemblance en une bonne lumière dans les dernières et les meilleures pages de sa Préface (l.l., pp.xix-xxiv). ■B 10* Les Elfes sont doués d'une beauté surnaturelle, et rAlberich du poëme (VOrlnil est très beau. Il en est de même d'Auberon, qui est beau c comme solausen esté >. * Les Elfes sont en relation constante avec les Fées : il en est
charme, quel sentiment vif de la nature, quels paysages ! "cîïï!*xxîîn/ Le personnage principal, d'ailleurs, n'est pas un de ces
de même d'Auberon, qui a pour mère une fée. * Certains Elfes ont une vie ezceuivement longue, et le nain Laurin, dans la Dielrichsage, nous est offert comme ayant quatre cents ans : il en est de même d'Auberon, dont la vie •acompte par siècles. * Dans OrdtU, Alberich a Taspect d*un enfant, et les Nokkeg des Danois se laissent également voir sous Taspect d'enfants à chevelure d'or : telle est la physionomie de notre Auberon. * L*ami de lluon de Bordeaux n*a que trois pieds ; il en est de même des Elfes. C'est exactement leur taille, et Alberich, dans Ortnit, est n'préscnté comme un enfant de quatre ans. * Les Elfes, comme Auberon, ont la connaissance de l'avenir.
• Certains Elfes (ce sont les gnomes) habitent les lieux les plus profonds et savent les choses les plus secrètes : ce dernier caractère apparlient aussi A Auberon. Etc., etc., Tels sont les caractères qui sont communs aux Elfes et à Auberon, et nous venons de les résumer d'après A. Craf. = 11* 11 faut condare de tout ce qui précède qu'Auberon est une figure d'origine prineipalement germanique, et nous nous rattachons ici au sentiment de MM. Gaston Paris et A. Graf. = 13^ Seulement, et sous l'influence des romans de la Table ronde, l'auteur d'Auberon et celui de Uuon de Bordeaux ont donné aa t petit roi sauvage • certains traits qui sont d'origine celiique. Sans parler de la fée Morgue, la coupe du protecteur de Huon, cette coupe où l'on ne peut boire si Ton est en état de péché mortel, ressemble singulièrement au saint Graal, etc., etc. Et c'est ici qu'il convient de donner raison i M. de la Villemarqué (Cf.? Leflocq, Etudes de mythologie celtique, 1869, in-8*). = 13* Enfin, il ne faut pas oublier que, dans notre roman, Auberon fait ouvertement profession à la foi chrétienne. 11 va jusqu'à affirmer que tout son pouvoir lui vient de Jésus (i7ium,vers 33i9)età enseigner les vertus chrétiennes (ibid.f v. 3609). ■■ 14^ Bref, si l'on voulait bien admettre un instant que la légende û* Auberon se compose de dix éléments, nous dirions volontiers qu'il faudrait les décomposer ainsi : huit éléments germaniques, un celtique, un chrétien. =- 15« M. Graf i^te avec raison que le Homan d^ Auberon est comme le point de rencontre des trois grands courants de l'Epopée française au moyen âge. Le sujet est earlovingien : c'est i la matière de France ». Les Fées y circulent : c'est i la matière de Bretagne ■. iules César et Judas Hachabée y figurent : c'est c la matière de Rome la grant • et de TAntiquité sacrée et profane.
IH. TAKIANTES ET MODIFICATIONS DE LA LÉGENDE. — 1* Dans notre Buon de Bordeaux (vers 3492- '56â), le petit Auberon raconte lui-même son histoire en ces termes : i Je suis né à quatre cents lieues d'ici, à Nonmur.
• Jules César est mon père, et c'est lui qui m'a élevé ; la fée Morgue est ma mère. 1 Je fus leur seul enfant. Les Fées vinrent à ma naissance, et l'une d'elles,
• qui n*ot mie son gré, me donna tel don que vou$ veéi et me dit que jou
■ tenMpefitsmitiudocerés.Je n'ai pasgrandi, en effet, depuisl'àgede trois ans. 1 Mais la fte ajouta, pour corriger sa première parole, que je serais le plus 1 beau de la terre : autant iui biaui con solaus en esté. Une seconde fée m'ac-
■ eorda de savoir de Comme le cuer et le pensé. Grâce à une troUième, je
■ pus me transporter en tous pays, se je m'i veul touhaidier en nbn Dé, et ' i ?^ 1^ "^ ^ ^^^ ^^^^^r. Et quand je veux un palaU masoner, ' î!iiiL'?ir^*/".P *^^^ ^ manyieret/e/ boire que je désire. Enfin, la qua-
■ trieoie lée m a fait un don non moins merveilleux : il n'est oisiai ne beste ' îîl*^ ' --Tant soit liautains ne de grant cruauté. — Çà moi ne vienne
• î^u?^ ^''*' ^ j'entends chanter les Anges là sus u cul, et je sais
■ iMt lea tecreU du Paradis. Puis, je ne vieillirai pas et, eiu en to /In, çikin(
m ANALYSE DE HION DE BORDEAUX.
"cîJS^'jSTTn.** amoureux de théâtre qui ont le malheur de se ressem-
bler tous : non, c'est un être merveilleux, c*est le roi
» je vaurai finer, — Aveuques Deu est mes sièges posés. > Voy. plus loin (pp. 758. 759; la traduclion complète de ce passage, qui ne contredit, en rien d'essentiel, la version d'Auberon.
2* L'Ortnii est un poëme allemand sur la date duquel les érudits sont loia d'être d'accord. Les uns, avec Lindner, le considèrent comme un simple rifacimento de Iluon de Bordeaux ; les autres seraient tentés de le regarder comme un poëme indépendant du nôtre, mais composé d'après les mêmes traditions. La question reste encore ouverte, et l'on devra l'étudier d'après les textes. La plus ancienne rédaction de VOrlnit a été publiée en 1871, par Adeiung (Deuisches Heldenbuch). Un remaniement en avait été publié en 1821, à Ùerlin, par Mono, et un autre rajeunissement, celui qui faisait partie de l'ile^ denbuch de Kaspar von der Roen, a été édité par von der Hagen et Busching dans le Recueil précédemment cité (voy. A. Graf, Auberon, p. xx). L'Alberich de VOrtnit diffère surtout de notre Aubcron au point de vue du caractère et des mœurs. C'est un débauché violent et ignoble (t6id., p. xxii), et il n'y a rien de tel dans notre petit roi sauvage.
3* Dans les Huon de Bordeaux eh prose, Auberon est représenté (?) comme le fils de la dame deW Isola Nascosta ou de Ccphalonic. Cette dame était fée et avait reçu César dans son Ile, dans le temps où celui-ci allait en Thessalie pour y combattre Pompée (A. Graf, 1. 1., p. xii).
4t* Dans les Ogier en prose, Aubcron est frère de Morgue. Celle-ci parvient, gr&ce à son art magique, à conduire Ogier dans le château enchanté d'Avallon, • là où estoit le roy Artus, et Auberon, et Malabron, ung luiton de mer ». (édit. d'Alain Lotrian et Denis Janct).
5* On trouvera dans la Préface de Graf (pp. xii et xai) toutes les variantes relatives à la légende de saint Georges. Elle n'entre pas strictement dans notre sujet.
IV. ANALYSE DÉTAILLÉE DU ROMAN D' AUBERON. — Auberon commence par un préambule pédant et lourd : De bien oir et retenir trient preus — Et cliius qui est dei dire scienceus — .4 son pooir dire le doit à ceus — Que li oirs puLst estre pourphiteus (vers 1-4). Puis, l'auteur entre dans son sujet et fait Téloge de Judas Macliabcus : De servir Dieu fu engrans et songneusy — Uumles et pius.de tous visses honteus, — A povres gens larges et Visiteus. Bref, depuis Noé, on n'avait pas vu d'honunc aussi parfait. (Manuscr. de la Bibl. nat. de Turin, L. H, 14; édit. A. Graf, vers 10-!ii.) Le roi Bandifort, uns rois crueus, entend parler de tant de vertus et conçoit contre Judas Machabeus une véritable haine. Annonce des événements qui vont suivre; nouvel éloge de Judas; détails sur sa naissance et sur toute sa vie. Le poëtc le représente comme le modèle du parfait chevalier (vers 25-76). Quant à Bandifort, il est trop vrai que sa haine ne provient que de l'envie : Voirs estc'ondist et a-on dit pieclia — Que ja nul jour envie ne mourra. 11 réunit vingt mille hommes et entre un jour dans la terre de Judas : massacres et pillages ; détresse du Macabé. Or, certain jour, il aperçoit un ostoir qui a le courage, au milieu d'un grand nombre d'oiseaux, de fondre sur un grand malartt de s'en emparer et de le manger tranquillement, sans qu'aucun des oiseaux ose rien aire contre lui. Il se dit en lui-même qu'il imitera cet ostoir et saura lutter contre ses ennemis, quel que soit leur nombre. Contre vingt mille ennemis, il n'a que cent hommes; mais fiance a que Dex li aidera (vers 77-133). Le voilà donc qui sort placidement de son château ; ses deux frères et ses cent vassaux ne le suivent que de loin. Il pénètre ainsi dans le camp de Bandifort, va droit
ANALYSE DE HUON DE BORDEAUX. lib
des Fées, c'est le petit Oberon. Il occupe véritablement le centre de toute Faction, et c'est lui qui, d'une main
à ce pautonnier qui sans raison le cuidoit essilHer^ engage avec lui un combat terrible qui te termine par la mort du roi païen, et tue un grand nombre d'autres ennamis. Ses deux frères arrivent alors à la rescousse, et mettent le feu aux tentes. Quatorze mille hommes s*enfui^nt devant cette poignée de chevaliers ; cinq mille autres ont été tués ou faits prisonniers.Et quel butin ! iudas le distribue 09 gens de ton pais et U plus povres en fu tous raemplis. Quant aux prisonniers, le Macabeu les fait soigner par son médecin, par son mir. On enterre les morts, et Bandifort, pour c/iou^'i/ ot esté rois poestis. reçoit une sépulture spéciale (vers 13i-23!2). C'est alors que Judas envoie des brefs à tous ses barons pour les convoquer en assemblée générale. Il faut statuer sur le sort des prisonniers. Les barons de Judas sont d'avis qu*il fâche à tous les chiés des bus sevrer. Voilà les pauvres captifs en grand effroi ; Tun deux prend la parole et donne à Judas un meilleur conseil : i Le roi Bandifort a laissé une héritière. C'est une pucelaite de quinze ans ; plus belle n'a d'isi jusqu*en Cartage, Prenez-la pour dame, et vous aurez tout le royaume, qui est véritablement
• magniflque. J'irai vers elle, tout seul, si vous le voulez, et vous aurez pour
• otages les autres prisonniers. » Accordé. V Amiral qui a fait cette proposition à Judas et qui s'est chargé de demander pour lui en mariage la fille du roi vaincu, ce messager est précisément l'oncle de la pucelle. U «iccomplit rapidement son message et raconte à sa nièce tous les événements qui viennent de se passer, la mort de son père, la défaite de son peuple, la situation critique des prisonniers, le mariage projeté. La jeune fille ne donne pas une larme à la mémoire de son père et ne retient que ce que son oncle lui a dit au sujet de Judas Macabeu. Iae dame Vot, Vamours Judas fesprent. Quelque temps après, on célèbre les noces : Par bonne amour et par pais affiée, — Li dus Judas a la dame espousée. — D*ambes II pars grant joie ont démenée. — Judas fu rois^ s*a couronne portée ; — La dame avec a esté couronnée. Fêtes et joie universelle (v. 233-386). Quelques mois après, les deux époux ont une fille : Au drconcir Brunehaut Vont noumée : — Car brune fu et velue et fumée. Et, le soir même du jour de sa naissance , comme la petite était près de sa mère en son maluel moult bien envolepée^ quatre Fées viennent auprès d'elle, qui s'appellent Heracle, Melior, Sebille et Marse: Doucement Vont baisie et acolée — Et elle lor a fait mainte risée. Les Fées réchauffent l'enfant à la cheminée; mais, à cause de la fumée, une larme a plorée ; — Sans dire mot li est des iex coulée. L'une des Fées, alors, lui essuie cette larme et la clama Brutiehaut Venfumée. Du fond de son lit, Judas contemple silencieusement cette scène curieuse : fl Cette enfant, dit la première fée, sera la plus belle, la plus avenante et la plus
• sage de tout le monde. — Elle vivra plus de trois cents ans, s'écrie la seconde,
• et ne sera malade que le mois qui précédera sa mort. — Après sa trentième > année, dit la troisième, elle ne vieillira plus. » Reste la quatrième fée; mais, par malheur, c'est la mauvaise, et son souhait va détruire la beauté de tous les autres : i A sept ans, dit-elle, cette petite partira du monde et ira en Féerie ■ où elle ne verra jamais plus son père ni sa mère. » Sur ce, le coq se met à chanter et les Fées deviennent invisibles. Judas a tout entendu ; mais il se promet de garder un silence absolu sur tous ces souhaits, et principalement sur le dernier (vers 387-458). Sept ans se passent : Brunehaut croît en beauté et en grâce : Gente de cors, sage en fais et en dû, — Et humles fu as grans et ê$ petis. Mais, malgré tout, le pauvre Judas demeure pensif en se rappelant les terribles paroles de la quatrième fée. Le jour solennel arrive, et voici que Brunehaut a sept ans. Judas, pendant la nuit de Noël (sic), tient une cour pléniire et donne un splcndide banquet. Au moment où ron sert le troisième mets,
Il PART. LIVR. I.
CnAP. XXVII!.
« '^S^yy?/'- légère, brise et refait les trames de ces amours assez vul-
CIIAP. XXVIII* O 7
gaires. Il attire et retient sur lui tous les yeux. < Je sais,
un cerf énorme qui a trente-six rains en ses cornes, entre dans la salle et emporte la pelite Brunehaut (vers 459-496). C'est en vain, d'ailleurs, que ron poursuit le cerf; c'est en vain que Judas lance mille hommes après lui, et qu'il tâche de trouver dans la neige les traces de l'animal mystérieux. Le cerf arrive en une belle prairie. Dedens avoit tendu plus de cent très — Trots mil t ai que fées que fais. C'est le pays de Féerie. Un roi, ricement couronnée^ vient au* devant de Brunehaut et lui rappelle les quatre souhaits des Fées : « Tout ce » peuple est à vous ; mais vous ne verrez plus jamais ni votre père ni votre » mère. » L'enfant voudrait, à tout le moins, parler une dernière fois avee Judas, et cette faveur lui est accordée. Le cerf va trouver Judas, et lui porte cette nouvelle, t Ah ! dit-il, ce souhait contre votre fille m'a coûté bien cher à » moi-même, et c'est en punition de cette faute que je serai cerf durant vingt B ans et plus... à moins que Brunehaut, votre fiile, n'intercède pour moi. t Le cerf n'était autre, en effet, que la mauvaise fée, et Brunehaut a le cœur assez bon pour lui accorder de redevenir un jour ce qu'elle était auparavant. Entrevue dernière et adieux touchants de Judas et de sa fille : « Pères gentis, fleitri » de chevalerie, — De saluer ma mère et ma Itgnie — Por Dieu vous prois, • Brunehaut reste dans le pays de Féerie dont elle est f la reine couronnée •, et Judas retourne près de sa femme, dont il a deux autres filles et cinq fils (vers 497-671). Nouvelles aventures, et l'on n'en a pas encore fini avec Tbistoire de la quatrième fée qui a été changée en cerf pour avoir jeté un souhait fatal à Brunehaut. Il est vrai que celle-ci a pris goût à son malheur et qu'elle s'est résignée très-aisément à ôtre la reine des Fées. Mais enfin le jour de la métamorphose va bientôt arriver pour le cerf enchanté ou fai. C'est à la cour du roi Judas que le prodige arrive et, au lieu d'un cerf énorme, les barons du Macabeu n'ont plus sous les yeux qu'une femme d'une beauté éblouissante. L'un des barons (c'est Mantanor, c'est le frère de cet amiral qui a jadis conseillé le mariage de Judas avec la fille de Bandifort) se prend pour elle d'un amour insensé, la suit dans le pays de Féerie et consent à y demeurer toujours. Mariage de Mantanor avec la fée : elle est faée et il sera faé. Il en a deux enfants : Giorîant et Malabrun (vers 676-962). Cependant Brunehaut (qui, en sa qualité de reine des Fées, a présidé à ce mariage), Brunehaut vient d'atteindre sa quinzième année : De Brunehaut est li renons moult grans; — Gente de cors, belle et bien achesmans — lert la dame, amoureuse et rians. Or, il y avait à cette époque un Empereur de Rome nommé Césaire, âgé de vingt ans. lequel était puissant (cela va sans dire), mais surtout debon» naires, aimables et frans. On parle tant, dans le monde entier, de la beauté de Brunehaut, que Césaire est soudain transporté pour elle du plus ardent amour et qu'il se décide à Taller voir. Le voilà à Dunostre, le voilà en présence de Tobjet de son amour, et il lui offre en douaire TEmpire, la lioumenie. Mais Brunehaut répond fièrement : « Ne m*est pas nécessaire. — De plusgrant terre » avoir ne m'est-il gaire. » Mais l'amour de Césaire est si grand, qu'il consent à rester à Dunostre en Féerie, et Brunehaut, devenue la femme de l'Empereur, en a bientôt un fils qui n*est rien moins que Jules César: 3Ioult fut gen^ tis, — LargeSy courtois, couragous et hardis (vers 962-1033). Quand Jules César atteint l'âge de dix ans, son grand-père Judas, à qui on Ta envoyé, lui apprend la science difficile du faucon et du chien courant. Mais une telle éducation ne saurait longtemps suffire à un tel homme : i II y a en Hongrie, dit » Jules César, un géant qui avec vingt mille fervestis, fait le plus grand mal » à l'Empereur. Je veux aller le combattre : car me voici grand et fort, f Brunehaut ne cherche pas à éteindre une si belle ardeur et se contente de
» dît-il, je sais un banc où s'épanouit le thym sauvage, "r'„\'5Jv^; ' :» — où la violette tremble auprès de la grande prime-
donner à son fils un haubert menroi lieux qu'elle a elle-même ouvré en Féerie et qui assure la victoire à son heureux possesseur. L*enfhnt Taccepte, et, refusant la compagnie de l'Empereur son père, part un beau malin à la télé de dix mille vassaux (vers 1033-1099). Son combat avec le géant n*est pas de longue durée, et il le tue, du premier coup de son branc. Puis, il se jette contre les vingt mille hommes du géant et les massacre. Bataille; victoire, butin. VJ^tor pereur Gésaire fut don à son fils du royaume qu'il vient de soumetlre, et lui ordonne de venir à Rome avec lui. Arrivée de Jules César à Rome, où il ne tarde pas à oonquérir une vraie popularité etoù son père le laisse un jour, pour retourner à Dunostre près de sa chère Brunehaut. Maintenant il s*agit de marier Jules César, et c'est à quoi s'occupe sa mère. Elle a fait choix pour lui d'une fée qui s'appelle Morgue et qui est la propre sœur du roi Artus. Cette merveilleuse créature a été élevée par un vieux roi faé qui lui a communiqué tous ses secrets avant de mourir et lui a laissé un cor magique donl la puissance est ineomparable. Si tost qu*il est de la dame bondiSy — De tom ses homei e$t en Ums lix ois; — Puis ne sera ses cors si escaris — Qu*ele avoec li n'ait vint mU fervestis. Ce projet de mariage est app'rouvé par Césaire ; mais comment mettre en rapport Jules César qui est à Rome avec la fée Morgue qui est on ne sait où. Deux souhaits de Brunehaut, deux mots de cette fée sufflsent pour opérer ce rapprochement : f Je souhaite, dit-elle, que Jules César soit ici ; je
> souhaite que le roi des Bretons, Artus, y soit aussi avec sa sœur. « Aussitôt dit, aussitôt fait, et le mariage est décidé en deux minutes. Le lendemain des noces, au matin, Brunehaut fait son second souhait : f Qu'Artus et ses barons I retournent en Bretagne ! ■ Artus disparaît, et la reine des Fées envoie son fils et Morgue à Monmur : De gens foies est li pais pueplés. Et elle lui reeommande bien vivement l'emploi du cor merveilleux : « J'ai d'ailleurs un autre
> joyau à te donner : c'est un hanap d'or. Dès que tu auras soif, tu n'auras » qu'à le toucher, et il en sortira du vin à ruisseaux pour toi et pour tous • les tiens, fussent-ils cent mille. Et maintenant, ajoute Brunehaut, je soua haite que tu sois à Monmur, avec ta femme et vingt mille vassaux. • Lt nuit suivante furent engendrés à Monmur doi fil moult gent qui furent roi, — Et si creûrent en la certainne loi (vers 1100-1356). Il est inutile de dire que les berceaux de ces deux enfanU furent entourés par les Fées qui leur donnO' rent les dons au naislre. La première fée souliaite à l'aîné d'être empereur des Romains et de soumettre le monde entier ; la seconde lui souhaite d'épouser la nUe d'un roi qui de lui conchevera, -- Au gré de Diu, tel fruit con lui plaira ; la troisième, mieux inspirée, prédit qu'il sera un saint : Après sa mors ses espirs régnera; — En grans estours Us loiaus aidera — Et les malvais mescreans destruira. Et. en effet, le premier des deux jumeaux sera un jour saiht Georges (!). Quant au second, qui sera Auberon, il est également doué par les Fées : • Tu porteras couronne à Monmur, dit l'une, et tu auras le pou-
> voir d'accomplir tous tes souhaits. — Tu n'auras jamais que trois pieds do » haut, s'écria la seconde, qui préférait l'aîné. — Oui, répond la troisième ; » mais', après sa quinzième année, Auberon ne vieillira plus et vivra trois eents
■ ans * ce sera l'homme le plus beau de la terre fors cils sans plus qui le moni
■ salvera et il aura le droit, en mourant, de laisser tout son pouvoir à qui » il voudra. » Quant ot ce dit, Venfanchon embrocha -^ Et en la bouce doucement le baisa Tels furent les merveilleux commencements de saint Georges et d-Auberon,son frère (vers 1352.U29). Le poêle va tour à tour esquisser rétran«e biographie de chacun des deux jumeaux, et il ne faut pas s'étonner s'il commence par Auberon, qui est le héros de sa chanson. Il arrive, en effet,
Il PART. uvn. I.
riiAP. xxvtli.
7i8 ANALYSE DE IlUON DE BORDEAUX.
» vère. — Il est couvert par un dais de chèvrefeuilles » vivaces, — de suaves roses musquées et d'églan-
qu*à partir de sa septième année, Auberon ne grandit plus : Sa mare en ot toveni son cuer iré ; — Car de vrai cuer Vamoit plus que Vamsné. Un jour, elle rcHibrasse encore plus vivement que les autres fois : f Pourquoi pleurei- » vous », lui dit son fils. Et quand il sait la raison du chagrin maternel : • Plaire 4 VOUS doiif puis que Diu vient à gré. » Puis, il saisit fort habilement ce moment pour demander à Morgue le fameux cor dont il veut sur-le-champ faire Tcpreuve. Il en sonne, et voici qu'une année de trente mille hommes fait son entrée à Monmur. Que faire de tous ces chevaliers? On commence par les bien nourrir et par les abreuver avec la coupe inépuisable dont il a été question plus haut. Auberon, d'ailleurs, nejse Inssc pas de demander de nouveaux présents. De sa grand'mère Brunehaut. il obtient un excellent épcrvier pour prendre aloes, et, don mille fois plus précieux, le fameux haubert avec lequel on est toujours vainqueur. Jules César lui-même est, ce jour-là, en veine de générosité, et avec firunehaut, il fait Auberon chevalier. Dist Drunehatis : « Ce soii à ten pour fil. « — Debsus le col le palme H assist. — Puis, H a dit sans ire et sans ilespil : — « Dès or soies chevaliers Jhesu Crist. » C'est le rite le plus antique, à peu de chose près, et il est assez surprenant de le trouver dans un roman de la décadence. Quoi qu'il en soit, Georges se montre un peu jaloux de la chevalerie que Ton vient ainsi de conférer à son cadet, et Césaire la lui confère à lui-même : Ensi furent cil gumel enfanclion — Cevalier fait : ce truis en la canchon (vers ,1430-1652). Sur la prière de Césaire et de Brunehaut, Auberon fortifie Monmur. Cependant Césaire se sent malade : frachons êentoit, de fièvre se douta. Mais Auberon est là qui, avec son bon épervier, lui procure de bon gibier, quailles et pitris. Rien n'y fait, et Césaire meurt après seize jours de maladie. A Jules César, et à saint Georges après lui, il laisse Y Inde et le Rommaigne; il laisse lu Ilonguerie à Auberon avec VOsterrisce et Monmur. Description du tombeau qu'on élève à l'Empereur : Une lame ot sor lui dé marbre bis. — Pourlrais i est uns rois par tel avis — Que ce sembloit Ceiaires qui fust vis. Règne de Jules César : c'est en ce moment que naît Jésus-Christ, cl l'auteur insiste longuement sur ravéïicment du Sauveur : El tans que fu Jules Ceiars elli.t, — Esloit cascuns après la mort pierus; — Quant en la Virge vint li vrais Jhesu Cris. — Par celi fu H mom desasservis. El le poëtc njoute avec un enthousiasme théologique : Ossi trestost que Jhesu Cris fu néSy — Nasqui el mont pais et joie et santés. Et c'était justement le temps où Georges alla en Perse (vers 1653-18:î6). Après sa digression sur la naissance «lu Christ, le romancier sent, en effet, qu'il lui faut revenir à ses héros, et se prend à nous raconter l'étrange légende de suint Georges. Or donc, le roi de Perse a une fille dont la beauté tente Georges. Il la séduit el un moult bel fil en la tiame engenra. Mais voilà la belle en grande frayeur de son père. Georges la rassure et se li dist c'a Homme le menra; — A grant honor Uluec Ve&pousera. Vite, ils partent ; mais de Uabylone à Rome le chemin est long. Les deux fugitifs ont un jour à gravir une haute montagne : Plus roiste mont jamais nus ne verra, — Ne plus hideus. C'est le mont Noiron. Us se reposent au sommet ; mais, mal leur en prend : car un serpent énorme, un dragon s'attaque à la jeune fille. Georges la défend. Combat terrible ; mort du dragon. Mais cette émotion a été trop vive pour sa compagne : elle sent qu'elle est travillée iC enfant et qu'il lui va falloir accoucher là. Bien qu'elle ait failli avec Georges , elle retrouve ici sa chasteté naturelle et ne cherche en ce moment qu'à éloigner son compagnon : a Amis, aies en là. — Co moi soies, ne le » soufferraipas. » C'est en vain que Georges lui propose de se bander les yeux, si que nus d'iax honte ni avéra : pour ne pas courechier la bêle, il se relire
» tiers. — «C'est là que s'endort Titania à certains mo- > ments de la nuit, — bercée dans ces fleurs par le
quelques pas plus loin. Mais Dieu a pitié des deux coupables. La Vierge Marie vient à passer par là, avec saint Joseph et le divin Enfant. Elle entend les cris de la dame : à li ala, telemeni li aida — Qu'ele tantost cCun bel fil délivra. Quant i Georges qui est encore tout couvert des terribles blessures que lui a faites le dragon, Marie lui ordonne de se baigner dans Teau où elle vient de baigner le petit Jésus : Lors fu plus sains que poissmi qui noa. Mais, près de Tendroit où s'accomplissait ce miracle, il y avait toute une bande de larrons. Trois d'être eux ont Taudace de couper les grenons de Joseph, de voler son bourdon de pèlerin et d'emporter le petit enfant qui vient de naître. Par bonheur, Georges se jette sur eux et leur coupe la tôte. Puis, la Vierge recolle miraculeusement les grenons de saint Joseph : Tantost {furent trestout enracinés; — Barbus devint, moult est reconfortés. Après ces absurdités, il ne reste plus au poëtc qu'à légitimer l'enfant de Georges et à marier ses héros. Le mariage a lieu à Rome, par le conseil de Brunehaut, le fée, et Georges, sans plus tarder, s'en va dans VInde majour où il est couronné roi ,vcrs 1827- 2llS3). Dernières années du règne de Jules César : Sa mère et il font lescemins feres — Parmi les règnes, par lors soushais faés. — Encor i sont, bien savoir le poés. A ce souvenir des voies romaines succède, dans l'esprit du poëtc, celui de la passion de Jésus : El tans regnoit que Jhesu fu penés — Ens en la crois des fausJuis provés; — Mais rien n'en sol VEmperere doutés. Quatre ans après, meurt Jules César, et Georges lui succède. L'auteur, ému lui-môme de cette étrange chronologie, déclare qu'il ne s'occupera plus que d'Auberon (vers 2083-2109). Auberon avait assisté à Rome au niaringc de son frère Georges. Il revient à Monmur et sonne de son cor si hautement, qu'il fu ois haut de quatre régnés, — De Hongrerie li quelle est royautés — Et d'Osle riche qui est noble duschéê. — Si fu moult bien de Brelaigne escoutés — Et de Dunostre. Cent mille hommes répondent au son du cor d'Auberon et viennent lui rendre hommage. U leur fait verser à boire avec la coupe morveilleuso et leur offre un immense repas. « Je m'en vais, leur dit-il, aller successivement visiter mes a royaumes et mes duchés. Or me querés partout tel garnison — Que tout en » aient planté et à fuison — Et que n'en soie d'iaus tenus à bricon. » Départ d*Auberon ; ses adieux à Brunehaut et à Morgue. Son voyage en Hongrie, en Autriche. U estime partout le revenu de ses terres et laisse en chaque pays un connétable pour l'y représenter. En Bretagne, il rencontre Artus qui donne un tournoi en son honneur, et c'est Auberon qui gugne le prix de ce tournoi. Bref, voilà ses voyages terminés, et il retourne joyeusement à Monmur près de Brunehaut et de Morgue. Il y reste cent ans (vers 2110-2270). Un jour, par malheur, Auberon quitte le haubert merveilleux qui lui assure la victoire, et trestous nus se couche ens en un lit paré. Le voilà désarmé et qui n'est plus invincible. Or, Sathanas veillait, et va sur-le-champ avertir le géant l'Orgueilleux dont Jules César avait jadis vaincu et tué le père. « L'heure de te
> venger est à la fin venue, dit Sathanas à l'Orgueilleux. Le fils de Jules César
> est entre tes mains. Viens vite. » Le tentateur fait mieux et transporte sur son dos le géant. Ils arrivent à Dunoslre où sont les deux fameux hommes de cuivre que nous retrouverons dans Huon de Bordeaux : Chascuns tenoil un fleel acouplé, — De cos ferir estoient acosté, — Si que nus lions n*eùst outre passé. Satan enseigne à l'Orgueilleux le moyen d'arrêter le mécanisme, Vengien des hommes de cuivre, et d'entrer au château du petit roi-fée. 11 y entre et se trouve bientôt en présence d'Auberon, qu'à cause de sa petitesse, il prend pour un enfant: Tout bellement Auberon enbraça — Et par dehors le castel Venporta. — Le pont lêvich et h porte passa : — Dessous un pin roy Auberon coucha —
II PART. Livn. I.
CIIAP. XXVII'.
II PART. LIYR. I.
riiAP. xxvm.
» chant joyeux de la danse; — C*est là que la couleuvre :» étend sa peau émaillée , — vêtement assez large » pour habiller une fée^ » Et, au moyen d'herbes dont les vertus secrètes ne sont plus connues aujourd'hui, ce poétique Oberon rend amoureux tous les coeurs. Titania, la reine Titania elle-même, est forcée d'aimer le grossier Bottom, avec quelle passion 1 Oberon enfin est le dernier, avec Puck, qui occupe la scène, et il ne se dérobe aux yeux ravis des spectateurs que pour aller, au point du jour, se retrouver avec ses fidèles sujets
Si donchement qu'ains ne s'en esvila. Gela fait, le géant rentre au cbAteau, abaisse le pont-leTis, cldt la porte, fait jouer à nouveau le mécanisme des hommes de cuivre, et se rend ainsi maître du palais de Dunostrc et du célèbre haubert (vers 2270-2354^. Douleur d'Auberon,. quand il se réveille. Il souhaite de se trouver à Monmur, et le voilà près de Bruneliaut qui le console de son mieux. Notez, d'ailleurs, que cet épisode de TOrgueilleux n*a été imaginé par notre poôte que comme un trait d'union commode pour relier enfin son récit à ce roman de Huon de Bordeaux dont il a seulement voulu écrire le prologue. 9 Pas tant de douleur, dit Brunehaut à Auberon. Tu recouvreras un jour ton » palais et ton haubert. Aujourd'hui même il vient de naître à Bordeaux » un enfant qui est le fils de Seguin, chambellan de Charlemagne. Il s'appelle » Buon, et sera ton ami. C'est à lui qu'est réservé Thonneur de te faire rentrer » en possession de ton haubert et de punir le géant. Console-toi et, déso^ » mais, ne te laisse pas aller à trop dormir. » Pour achever de le remettre en joie, Brunehaut lui donne un archet, un archon qui a des propriétés merveilleuses : « Pour vieler est fais... — De nului n'iert ja li son escoutés — Qiie » de dancierne soitenlalentés. » Ce présent achève en effet de consoler Auberon, qui s'installe à Monmiir près de sa grand'mèrc et de sa mère, et y passe huit longues années (vers 2355-2407). Nous voici arrivés au dernier couplet de ce singulier roman, et ce dernier couplet, que le pocle a écrit à dessein en vers assonances pour le rendre plus semblable aux laisses de lluon de Bordeaux, sert encore de Irait d'union avec cette chanson. Donc, il y avait un seigneur du bourg de Saint-Omer qui s'appelait le comte Guilemer. Il se prit un jour ù réfléchir sur tous les péchés de sa vie et conçut le dessein d'en faire pénitence. 11 se'croise et part pour la Terre-Sainte avec quarante de ses barons et sa fille. Ils s'arrêtent à Bordeaux où ils vont faire visite au comte Seguin qui était alors bien malade. Puis, ils se rembarquent et leur vaisseau les porte, par une grosse mer, jusqu'à Dunostre. L'Orgueilleux les aperçoit, se jette sur eux et les massacre tous, ù l'exception de la belle pncellc, de la fille de Guilemer, pour laquelle il se prend d'amour et qu'il enferme à Dunostre, où elle sera un jour délivrée par Huon de Bordeaux (vers 2408-2468). L'auteur du Prologue s'arrête ici, content de lui, et il termine son misérable poëmc par une odieuse petite escobarderie : » La fille du comte de Saint-Omer, dit-il, restera prisonnière à Dunostre dusc*à un jour que vous dire m'orés. » Evidemment ce plat versificateur voudrait ici se faire passer pour l'auteur de Huon de [Bordeaux; mais les naïfs auditeurs du xiii* siècle n'étaient pas encore assez naïfs pour s'y tromper. Cuique suum. » Trad. de François Victor Hugo, II, 114.
à Fombre de quelque forêt où nous serions presque tentés de le suivre....
Eh bien ! cet Oberon si aimable et si doux, ce petit être joyeux qui aime les danses et les chants, ce mystérieux bienfaiteur qui fait tant d'heureux, est-il né dans l'imagination de Shakspeare ? Nullement. Oberon est un emprunt que le grand Anglais faisait aux romans de notre France. Il a beau se moquer des Français dans son drame à grand spectacle ; il a beau faire dire à son ridicule Bottom : a: Je puis vous jouer ce rôle > avec une barbe couleur de crâne français parfaite- » ment jaune » (ce qui est peu flatteur pour les crânes de nos ancêtres) ; il a beau ajouter : « Il y a de vos » crânes français qui n'ont pas un poil i> ; plaisanterie qui devait et doit encore induire les spectateurs anglais en un rire inextinguible : Shakspeare nous a pris notre Oberon. Et il l'a pris dans le roman de Huon de Bordeaux que nous allons analyser.
J'avouerai volontiers que l'auteur du Songe d'une nuit ffété a embelli cette fiction, qui d'ailleurs remonte à une haute antiquité et dont les Germains peuvent disputer la création aux Celtes. J'avouerai volontiers que Shakspeare embellit tout ce qu'il touche. Néanmoins il a pris à nos vieux romanciers non-seulement le nom, mais la physionomie de notre Oberon, et c'est ainsi qu'il faut aller chercher la source des beaux vers de Shakspeare et des belles mélodies de Weber dans une chanson de geste du temps de Philippe-Auguste. Shakspeare connaissait notre Huon de Bordeaux par la traduction anglaise de lord Bemers. Wieland, deux siècles plus tard, trouva dans notre Bibliothèque des Romans une analyse insipide de notre chanson de geste et y puisa directement le sujet de son Oberon. Et c'est cette même fiction qui tenta plus tard le génie de
IIFART.LIVR.I.
CHAP. XXVIII
II PAIIT. LIVR. I.
CIUP XWlIf.
Weber'. Le petit roi salvaige ne périra plus dans la mémoire des hommes : deux fois le génie lui a donné rimmorlalité.
Mais le génie n'est venu qu'après notre poésie populaire. Exposons rapidement le sujet de notre roman national ; racontons Hiion de Bordeaux. . .
La Cour piënièrc Gharlemague est vieux, il a <r le poil cangié j>. Il est
*Ama"y. chevalier depuis soixante ans; le corps « lui tremble
sous rhermine », il ne peut plus monter à cheval.
Dégoûté de la royauté et de la vie, il supplie ses
* La première représentation d*Oberon eut lieu à Londres, en 1826.
NOTICB BIBLIOGBAPHIQCB BT HISTOBIQCB SUB LE BOMAB BB • HUON DE BOBDBAUl ■. — l. BIBLIOGRAPHIE. — l*" DATE DK LA COMPOSI- TION. * La rédaction de Huon de Bordeaux qui est parvenue jusqu*à nous ne semble pas antérieure au règne de Philippe-Auguste : car Tintrusion dans notre épopée du merveilleux et du féerique ne s*est pas produite avant cette époque. D*un autre côté, elle est certainement antérieure à 1S50-1ÎC60, qui est la date probable du manuscrit do Tours. = ' Cette rédaction n*a pas été la seule. Albéric de Trois-Fontaines (qui a écrit sa Chromque entre 1223 et 1241) a connu un Uuon de Bordeaux où le nain Auberon jouait également un rôle trcs-irnportaiit, mais où l'on faisait mention de deux oncles de Seguin, Aloaumc cl Anchior. Or, ces deux noms ne figurent point dans notre poëmc, tandis qu'Âleaumc est nommé dans la version néerlandaise, dans le Huijge van Bourdeus du xvi' siècle, qui a élc évidemment calqué sur un original français. = * De ce texte d*Albéric de Trois-Fontaines (ann. 810) on n'est cependant pas en droit de conclure qu'il s'agit ici d'une rédaction an térieure à notre //uon, mais seulement d'une version légèrement différente et à peu près identique. El cette version serait certainement antérieure à 124-1, qui est la dale extrême de la Chronique d'Albéric de Trois- Fontainos. = * En résumé, Huon de Bordeaux est un poëmequi appartient, selon la probabilité la plus scientifique, à lapr e m ière moi tié, ou, mieux encore peut-être, au premier tiers du xiii* siècle. =' Ces deux Huon de Bordeaux^ si voisins l'un de l'autre (celui qu'a connu Albéric de Trois-Fontaines et celui qui est parvenu jusqu'à nous), renferment, l'un et l'autre, les aventures merveilleuses de Huon en Orient et le long épisode d'Auberon. Mais, antérieurement à la composition de ce poëme, il a existé un autre Uuon^ un Uuon héroïque, un Uuon sans Auberon et sans merveilleux, et dont uu manuscrit de la geste du Lorrains (Turin, Bibl. nat., L. II, H) nous a heureus'^ment conservé un résumé en dix-sept vers (Stcngel, Btittheilungen aus framôsisclien Handscluiften der Turiner Universilàts - Bibliotheliy Marburg, 1873, p. 28). =: * Ces dix-sept vers, que nous publierons plus
« barons chevaliers » d'élire un roi de France à sa ^'^J- ")?.•/•
CHAP* aaVIIIi
place. Protestation du bon duc Naimes : « Mettez-vous
loin, peuvent être résumés en trois ou quatre lignes. Donc, il y avait à Rordeaux un duc Seguin qui eut un fils nommé Huon. Ce jeune homme tua, certain jour, un comte à Paris et, banni pour ce fait de la France et de TEm- [>ire, alla chercher un refuge en Lombardie. Il se prit d*amour pour la fille lu comte Guinemor — \t fil à saint Berlin — et en eut un fils nommé Henri, lequel fut le bisaïeul d*Hervis de Metz. Iluon mourut empoisonné. = ' Ce passage important des Lorrains atteste qu'il y a eu sur Huon de Bordeaux des traditions notablement différentes de celles que l'on retrouve dans le poëfflc parvenu jusqu'à nous. Il est même permis de supposer que ces traditions, plus ou moins anciennes, ont pu donner lieu à un poëme du xii* siècle. = * A ces traditions sur Huon de Bordeaux qui sont résumées dans le manuscrit de Turin, on ne saurait véritablement comparer que les deux mille premiers vers de notre poëme du xiii* siècle : car il est maintenant admis par tous les érudits que la légende de Huon ne renfermait pas originairement le récit de ses aventures en Orient. C'est le poëte du xiii* siècle qui s'est amusé à les y introduire et à souder dans le corps d'un même roman une féerie avec une chanson de geste. = * Mais, une fois celte défalcation faite, nous nous trouvons encore en présence de deux légendes bien différentes : celle des Lorrains^ qui accuse seulement Huon du meurtre d*un comte à Paris; celle du début de notre poëme, qui l'accuse d'un homicide, en cas de légitime défense, sur la personne de Chariot, fils de Charlemagne. De ces deux légendes quelle est la plus ancienne? = '** Nous n'hésitons pas à affirm-r qu'en ce qui touche le meurtre de Chariot, c'est celle de notre poëme. M. Aug. Longnon a récemment prouvé (Aomanta, VIII, pp. 1-11) qu'elle avait sa source évidente dans un épisode important du règne de Charles le Chauve (vuy. plus loin, p. 738j. La légende rapportée dans les Lorrains ne me semble au contraire qu'une des formes les plus vagues de la vieille légende des enfances d'Ogier, où ron a seulement inséré le nom de Huon et dont un poëte cyclique a eu un jour l'idée de profiter, pour relier généalogiquement cette histoire avec ceUe des Lorrains = " On peut donc émettre, au sujet de ce qui précède, les trois conclusions suivantes : a. Les deux mille premiers vers de notre Uuon de Bordeaux représentent à nos yeux le plus ancien état de la légende et ont historiquement une origine carlovingienne. — b. La légende racontée dans le manuscrit des Lorrains de Turin n'est qu'une méchante fusion des deux légendes de Huon et d'Ogier, et je ne la crois pas antérieure au xii* siècle, non plus que le poëme auquel elle a peut-être donné naissance. — c. Le récit des aventures de Huon en Orient est dû à l'imagination d'un poëte qui ne vivait pas avant le xiu* siècle. Dans l'état actuel de la science, ces dates sont les plus protMibles. — 2* Auteur. Huon de Bordeaux est anonyme. — 3« Nombre des TIBS ET NATURE DE LA VERSIFICATION. * Le texte dc Huon de Bordeaux, qui a été publié par MM. Guessard et Montaiglon, renferme 10495 vers. = ' Ce sont des décasyllabes assonances. =s * Les répétitions de couplets similaires sont assez fréquentes dans Huon de Bordeaux^ ci nous signalerons particulièrement celles des couplets vi-vii et viii-ix (pp. 3â et 33 ; 38 et 39 de l'édition Guessard). Parmi ces répétitions, il en est une qui nous a frappé plus que les antres : c'est celle des couplets xi^ et xx (pp. 78 et 79). La première do ces deux tirades nous semble appartenir à une version antérieure. Non-seulement la forme, mais le fond en est plus antique, ei l'on y fait allusion à des mœurs plus baroares. => * Nous avons dit plus haut (p. 720) que la césure « lyrique » te rencontre fréquemment dans le Roman d'Auberon et qu'il n'en est pas ainsi dans Uuon de Bordeaux. C'est une des raisons qui nous portent à affirmer que
tl PART. UVR. I.
CHAP. XXVIII
» à l'aise > , dit-il à TEmpereur . <: Quand bien même vous > resteriez couché durant quarante années, ne craignez
ces deux œuvres ne sont pas du même auteur. — i* Manuscrits qui smt pAavKNnsjusou*À nous. 11 nous reste de Huon de Bordeaux trois manuseriti pour la rédaction en décasyllabes et un manuscrit pour le nû®u'>>*B®>A^^ ^ alexandrins. Nous allons les énumérer : a. Manuscrit de Tours (BiblioCh. de la ville), exécuté vers 1250-1260; petit in-^ ; manuscrit de jongleur, b. Manuscrit de Paris (Bibl. nation., ±2555, anc. Sorb. 458), xv* siècle. Le premier couplet et une partie du second sont en alexandrins. Le reste du poème présente, d'ailleurs, une identité presque parraitc avec le manuscrit de Tours. Au f* 218, commence une 5iii/e, où Ton raconte comment Huon fut couronné par Avberoo, rot de Féerie (f"248-S53). Ce roman prétait singulièrement, comme on le voit, aux Prologues et aux Suile$. c. Manuscrit de Turin (Bibl. nat., L. II, U; nnc Biblioth. de TUniversilé, H, II, U), commencement du xit* siècle. Ce manuscrit, qui a été longuement décrit par Stengel {Miltheilungen aui ftwh iësiscken llandschriflen der Turiner UniversUaU-BibUothek, Marburg, 1873), contient une version plus développée que les précédentes. On y trouve tout d*abord un long Prologue qui n*est autre que le Roman d^Auberon précédem* ment analysé (r-* 283-296.) A la fin de notre roman (r-* 354-460) se trouvent placées les quatre Suites de Huon^ dont nous parlerons ci-dessous plus longuement : ^ la Chamon d'Esclarmonde (f* 354-379); — * la Chansom de Cifrim et Floreni (r- 379-394) ; — Ma ChoMon d'Ida et Olive (P* 379401) ; « la Chanson de Godin {t^ 401-460). Nous en donnerons plus loin une analyse. = Tels sont les trois manuscrits renfermant la rédactidii en décasyllabet : le rifadmenio en alexandrins ne nous a été conservé que dans un seul manuscrit : Bibl. nation., fr. 1451, xv* siècle ; 1500 vers. L'auteur de ce rajeunissement s*est arrêté au même point que nos plus anciens manuscrits. U connatt les Suites de notre roman, mais n'entreprend pas dç les raconter. Il fait même allusion au Roman de Croissant, qui, en effet, a existé indépendamment du ndtre ; mais il se contente d*y renvoyer ses lecteurs : c Ainsi corn vous dira — Le livre de Croissant qui le vous chantera. ■ — 5* Eorrioif iHPRIHtE. Huon de Bordeaux a été publié pour la première fois par MM. Guessard et Grandmaison, dans le Recueil des anciens poêles de France (t. V, 1860). M. A. Graf, en son édition d'Auberon (pp. m, iv), fait remarquer avec raison que les éditeurs auraient pu emprunter ab manuscrit de Turin d'excellentes et nécessaires variantes. Il en donne des preuves. Mais il convient de ne pas oublier qu'en 1860, on ne possédait même pas la notion d'un texte critique, et que, par conséquent, le reproche de M. Graf n'est pas suffisamment Justine. — 6" Version en prose. *11 n'existe pas, à notre connais- 8anQ|L de version manuscrite en prose de Uuon de Bordeaux. t= * Cependant, danâle Prologue des éditions incunables, on lit m que cette traduction en prose a été faite d'après le roman un vers • (probablement d'après un manuscrit analogue à celui de Turin), et qu'elle étjit achevée dès l'annéb 1454. Elle avait été entreprise, ajoute le Prologue, à l'instigation ou plutôt sur la commande de deux puissants seigneurs, Charles de Rochcfort et Hugues de Longucvai, et d'un troisième personnage du nom de Pierre Ruotte. » * La plus ancienne édition de Huon de Bordeaux semble être celle de Michel Le Noir, en 1516. Elle porte le titre suivant : f Les prouesses et faicd merveil' ieux du noble Huon de Bordeaux^ per de France, duc de Guyenne, nouvelleinent rédigé en bon françoys (in-folio goth.;. Signalons encore les éditions : de la veuve de Jehan Treppercl (Paris, in-4* goth., s. d.. Catalogue Debure, n*" 4048) ; d'Olivier Arnouliet (Lyon, in-4<* goth., s. d.. Catalogue .Yemenii, u» 2306) ; de Jehan Bonfons (Paris» in-4* goth., s. d., Catalogue Cigongne,
» rien : nous garderons vos pays et vos marches. » — Vn^.'i^ù' € Non », répond le vieux roi ; « je ne mellrai plus cette
n* 1835); de Romain de Bcauvais (Rouen, 2 vol. in-8*, Icltres rondes, s. d., Catalogue Dcbure, n** 4049) ; de Pierre Rigaud (Lyon , 1586). Etc., etc. c Au XVII* siècle , la popularité du vieux roman n*est pas éteinte : Huon est réimprimé à Lyon en 1606, par Pierre Rigaud (Catalogue Cigongne, n* 1836), ei en 1626; il est réédité à Troyes, par Nie. Oudot (1634, 1636, 1606, 1675 et 1676); il est republié à Rouen, s. d., par la veuve de Louis Coste (Catalogue de Ueiss, n* 1655), et encore à Troyes, par Jean Oudot (1679), et par Gabr. firidea (1083). Au xviii« siècle, nouveau succès, et nous connaissons notamment une édition de Jacques Oudot (Troyes, 1705), une autre de 17^6, une troisième de 1728 (Garnier). Au xix* siècle, voici les éditions de Bruyères (veuve Vivot, 1812) et de Monibéliard (Decker, 1821), etc., etc. > Et nous avons déjà parlé de rédition d'Alfred Delvau, dans la nouvelle Bibliothèque hleue de Lécrivain et Toubon (1859).— 7'* Diffusion A l'étranger.— a. En Angleterre. * Vers 1540 (d'après Lo^ndes et Pickermg), sir John Bourchier, lord Bcrners, le célèbre traducteur de Froissart, publia une traduction des Prouesses et faicli merveillewc lie Huon de Bordeaux, En voici le titre : c Huon of Durdeuxe. Hère begynnithe tke boke ofduke Huonof Durdeuxe and oftkem that issuyd fro* hym, » » * Son livre eut un succès prodigieux: Shakspeare le lut et y trouva le sujet d'une de ses plus fraîches et de ses plus charmantes comédies : le Songe d'une nuit d'été (1584 ou 1595).=s 'En 1594, un auteur inconnu publiait à Londres? c Apleasant Ccmedie presenled by Oberon king of Faeries. » = * La troupe d'Harlowe jouait en 1583 un drame sous ce titre : Hewen of Burdoche. e= * Ben Johnson, vers 1620, publiait : Oberon, ihe Fair y prince, a Masque of prince Henry" s.^*""* M. Paulin Paris (Histoire littéraire^ t. XXVI, p. 91) cite encore « le drame de Jacques IV, par Robert Greenc en 1598 », et au commencement de notre siècle VOberon et Hmon de Bordeaux de Sotheby. = * Cent autres faits démontrent, d'ailleurs, l'immense popularité que conquit en Angleterre la légende de Huon de Bordeaux. Il convient d'ajouter que le nain Oberon fut la principale cause d'un succès que beaucoup de nos Chansons de geste méritaient davantage et qu'elles n'ont pas obtenu. Les Nains sont, en particulier, une conception gaélique et celtique, autant que germaine, et leur vogue avait toujours persisté sur le sol de la Grande-Bretagne comme sur celui de notre Bretagne continentale. — è. Eu Allemagne. * Wieland est l'auteur d'un poëme sur Huon de Bordeaux, qui parut en 1780 dans le Mercure : il avait puisé son 3ujet dans notre Bibliothèque des Romans, « * En 1826, le 12 avril, VOberon de Weber fut pour la première fois représenté au théâtre de Covent-Garden, à Londres. L'illustre maître allemand eut la joie d'assister, avant de mourir, au grand succès de son dernier ouvrage, a > Trente et un ans après, l'Ofreroti de Weber était représenté à Paris pour la première fois. La soirée du 27 février 1857, au Théâtre-Lyrique, peut passer pour une soirée célèbre. — c. Dans les Pays-Bas. * Nous possédons deux fragments d'un poëme néerlandais, composé vers 1400 et consacré à Huon de Bordeaux (Jonckbioet, Geschiedems, II, 880; G. Paris, Histoire poétique de Charlemagne, p. 141; Aug. Longnon, Aomonta, Vlll, p. 1). Ces fragments sont relatifs au retour de Huon. =^ ' Au commencement du xvi* siècle, parut une version néerlandaise en prose, Huyge MU Bourdeus, qui a été calquée sur un poëme français légèrement différent du nAlre et où figure le frère de Seguin, Aleaume, dont il est question dans la Chronique d'Albéric de Trois-Fontaines. C'est cette œuvre qui fut, non sans raison, interdite par Taulorité ecclésiastique (Mone, Uebersicht der nieder^ ' ëndiêchen Volksliteratur altérer Zeit, pp. 16, 17 ; G. Paris, Histoire poétique de Ckârietnagne, p. 145). — 8« Principaux travaux dont « Hoor dc Bordeaux ■
II PAIIT. L1>'R. I.
CIIAP. XXVIII.
730 ANALYSE DE //laV DE liOIiDEAUX.
y> couronne d'or sur ma lête. » On demande alors à l'Empereur de désigner lui-même son successeur. Il
A ÉTÉ L*OBJET. »-• ù. Huoïi de Bordeaux ne fut pas oublié par le peuple aux x^ et XVII* siècles. En 1553, les confrères de la Passion « requeroient quMl leur fcust permis jouer le jeu, jà par eulx commancé, qui est de Huon de Bordeaulx». En 1662, la troupe de Molière jouait un Huon de Bordeaux (Registre de la Grange, cité par Ed. Fournier, le Roman de Molière^ p. 81, et par G. Paris, l. 1., 117). En 1778, la Bibliothèque des Bomans donnait un long résumé de notre pocme (avril, tome 11, pp. 7-163). M. de Tressan tenait te plume : c'est tout dire. = b. En 182i, l'Histoire liltéraire accordait, parmi nos poëmcs ifalionaux, une mention honorable à Huon de Bordeaux (Difcowi sur Vétai des lettres au xiii' siècle, t. XVI, p. 178). — c. En 1831, dans la Revue de PariSf M. Emile Morice consacrait quelques lignes éiogieuses à notre vieux roman (t. XXIV, p. 90). = d. Dans son Cours de littérature dramatique (i8i3 et suiv.), M. Saint-Marc Girardin comparait la version en prose de notre Hum de Bordeaux avec Tœuvrc de Wieland, et donnait la préférence à l'œuvre française (t. 111, p. !233). = e. En l&i7, M. de Wind publiait les quatre fragments néerlandais qui nous restent de Huon de Bordeaux {Nieuwe Reeks vim Werken van de Maatschappij der Nederlandsche Letterkunde, A* partie, Leyde, 184-7, in-8% pp. i61-304). = /*. Dix ans après, dans les Mémoires de V Académie impériale de Vienne (section d'Histoire, t. Vlll, pp. 180-^80), paraissait le travail de M. F. Wolf sur les versions néerlandaises de la Reine SibilleeX de Huon de Bordeaux (Ueber die beiden wiederaufgefandenen niederlàndiscken Volksbûcfter von der « Kônigin Sibille » und von « Huon de Bordeaux >). nr g. En 1860, la première édition de Huon de Bordeaux était publiée dans le Recueil des anciens poêles de la France. La Préface des éditeurs soulevait toutes les questions relatives aux origines et aux développements de notre chanson : 1* Analyse du roman, pp. i-v. 2' Sa nature, pp. v-viii. 3* Sa date, p. viii. 4* De ranlériorité de la version française par rapport à la version néerlandaise, p. ix-xiii. 5" Patrie du poëte, p. xiii-xvi. 6* Valeur littéraire, p. xvi-xix. 7" Origines de la légende, p. xx-xxv. 8* Histoire de la chanson et de sa popularité en France, p. xxv-xxxviii. 9° Sa diffusion à Tétranger, p. xxxviii-xxxix. 10" Manuscrits qui sont parvenus jusqu'à nous, p. xxxix- Liv). = h. L'année suivante, on lisait dans la Revue germanique (fasc. de juillet, t. XVI, p. 370) un article de Gaston Paris, où abondaient les idées ingénieuses et hardies. Le jeune érudit, dont c'était le début, admettait, dès lors, à titre de conjecture, que les traditions relatives à Huon ne comportaient pas orijçinairement le récit de ses aventures en Orient. = t. M. F. Wolf, iidèle à celte lég«Mjde, publiait en 186â, dans la Bibliothèque du Literarisdie Verein de Stuttgart, l'iniitation, en prose néerlandaise, de notre Huon di Bordeaux français. =j. Dans son Histoire poétique de Charlemagne (p. 3î3i, M. Gaston Paris consacrait, en 1805, quelque vingt lignes à notre vieux roman, qu'il considérait « coinnic un des efforts les plus heureux qui aient été faits pour renouveler l'Épopée française à la fin du xii" siècle». = k. Dans la dernière édition de son Manuel du libraire (1805), M. Brunet a donné une liste complète des éditions incunables de cette œuvre si profondément populaire. = /. En 1807, parut le premier fascicule du Catalogue raisonné des livres de la bibliothèque de M. Ambroise-Firmin Didoty où étaient énumérées les plus anciennes éditions du Huon de Bordeaux en prose. =^ m. En 1872, M. Lindner étudiait en Allemagne les rapports entre notre Huon de Bordeaux et le poënie tudesque d'Orlnii (Ueber die Beiiehungen des « Ortnit » su « Huon de Bordeaux », Inaugural Dissertation der philosophischen Facultut der Univcrsiliit Rostock; Rostock, 1872). Suivant M. Lindner, VOrtnit n*est pas une légende germaine
nomme son fils Chariot ; mais il avoue que c'est un mal- "cSS'JS^ik vais iretier. « S'il ne vaut pas un denier », dit ce père
originale; mais il ne faut Yoir dans ce poëme qu*un rifacimento allemand de notre chanson du xiii* siècle. (Yoy. Romaniat 111, pp. 494, 495.) = n. L'année suivante, E. Stcngcl décrivait les manuscrits de Turin et était amené à analyser longuement celui qui renfermait Huon avec son Prologue et ses Suites {Mittkeilungen ans framosischenHandschriften der Turiner UniversitàtS' Bibliothekt Marburg, 1873). C*cst à Stcngel que l'on doit la première découverte, on ce même manuscrit, L. II, 14, de ces dix-sept vers des Lorrains qui renferment une analyse complète d'un Uuon dt Bordeaux antérieur au nôtre (ifttd., pp. 25-29; cf. Romania, III, p. 110). ~ o. Dans le tome XXVI de VHisloire lUtéravre (1873, pp. 41-93), M. Paulin Paris a donné une longue analyse de Huon de Bordeaux. =s:p. q. Nous avons déjà cité l'opuscule d'A. Graf sur le Roman d^Auberon, et sa Préface où il traite plusieurs questions relatives à Huon de Bordeaux (/ Complementi délia « Chanson de Huon de Bordeaux • , tesii francesi ineditij tratti da un codice délia Biblioteca na:iionale di Torino epubblicati da A. Graf. 1. Auberon; Halle, Max Nicmeycr, 1878). Mais le travail le plus important dont notre poëme ait été l'objet depuis quelques années est, à coup sûr, malgré son peu d'étendue, celui de M. Aug. Longnon : Vêlé' ment historique de « Huon de Bordeaux » {Romaniaf YIII, pp. 1-11). Nous en donnons plus loin un résumé complet et en acceptons presque toutes les données. = 9* Valeur: littéraire. L'éditeur d*Auberon a dit : t Huon de Bordeaux è un romanzo di avventura incorniciato in una chanson de geste, i (A. Graf, 1. 1., p. ix). Et il observe ailleurs (p. v) que notre Huon appartient à cette ancienne famille de poëmes qui représentent, dans la première moitié du xiiP siècle, la transformation de l'esprit épique, et servent de transition entre la chanson de geste (• manifestazione genuina dello spirito epico •) et le roman d'aventures (• nato primamente per ispirazione straniera »). Nous avions exprimé, dans notre première édition, la même idée en termes presque identiques. « Huon de Bordeaux^ disions-nous, est un roman d'aventures où n'ont pas seulement pénétré les péripéties et l'esprit anecdotique de la Table ronde, mais aussi les fictions celtiques dans ce qu'elles ont de plus merveilleux. U n'est peut-être pas une seule œuvre de Chrétien de Jroyes, de ses devanciers ou de ses élèves, où il y ait autant de féeries, et de féeries aussi peu déguisées. Que penser de ce château de Dunostre • à l'entrée duquel sont deux hommes de cuivre, armés chacun d'un fléau de fer, qui ne cessent de battre hiver comme été, de telle sorte qu'une alouette légère ne saurait pénétrer dans le palais sans tomber sous leurs coups? » El le haubert qui rend invulnérable ? Et la belle princesse qui est prisonnière ? Non, il n'est rien de plus fort dans Perceval le Gallois. Si Huon de Bordeaux était en vers de huit syllabes, on n'oserait certes point le placer au nombre des romans • de France *, malgré le nom de Charlcmagne, malgré la révolte de Huon contre le grand Empereur. A tout prendre, il faut considérer ce roman comme le plus parfait modèle des poSmes qui ont servi de transition entre la vieille écde des chansons de geste et l'école nouvelle des romanciers de la Table ronde. Œuvre de juste-milieu ou de fusion, qui a joui sans doute d'un certain succès, mais qui n'a eu aucun résultat durable. Et c'est le caractère essentiel de toutes les œuvres de cette nature. »
n. ÉLÉMENTS HISTORIQUES DE LA LÉGENDE. — * Quand on se propose
de préciser scientifiquement les éléments historiques de la légende de^uon de
Bordeaux, il y a tout d'abord à déblayer le terrain et à opérer deux on trois
défalcations importantes, a >11 convient premièrement de déiklquer de l'objet