ANALYSE DE BERTE AUS GRANS PIES
nanls. Il est peu de héros épiques dont la mère ne ^il devenue l'objet d'une légende.
ratio ecclesiastica diciœ Genovefœ (Actasanclorum ApriliSy I, p. 57). On ne sait rien de certain sur ce personnage fabuleux, que Frcher, en ses Origines Palaiinœy fait vivre au xiii* siècle ; que Browcr. en ses Antiquitales annalium Treviremiumf place au siècle précédent, tandis que d'autres fixent au viii* siècle Texistence de celte autre Berte. C'est encore une nouvelle forme donnée à une vieille légende.
# III. VARIANTES ET MODIFICATIONS DE LA LÉGENDE DE BERTE.— Les dif-
' *" férents récits qui reproduisent la légende de Berte sont au nombre de treize :
1** la « Chronique saintongeaisc » de la Bibliothèque nationale (fr. 124), cominencenienl du xin* siècle ; 2*" le Charlemagne de Venise (Bibl. S.-Marc, mss. fr. n^ XIII, xm* siècle); 3** le Karl, œuvre du poëte allemand qui est connu sous le nom du Slricker (vers 1230); 4^ Philippe Mouskes, qui termina sa Chronique riinée vers 1243; 5** le poëme d'Adenet; 6" la Gran Conquista de uUra-' mar (fin du xiii* siècle); 7' les Reali (VI, 117), œuvre du Florentin Andréa da Barbcrino, qui vivait à la fin du xiv* siècle ou au commencement du xv* ; 8» le Miracle de Nostre Dame de Berte, femme du roy Pépin, qui ly fu changée, et puis la retrouva (mss. de la Bib. nation, fr. 820, xv* siècle, fol. 117- 139); 9** la « Chronique de Wcihenslephan », dont l'original était du xiv* siècle et qui ne nous est parvenue que dans un manuscrit du xv® siècle; 10* la Chronique de Woltcr, composée vers 1460; 11* V Histoire de la reyne Berte et du roy Pépin en prose (Berlin, manuscrils français, n" 130); 12* la Chronique française du manuscrit de la Bibliothèque nationale 5003 (xvi* siècle : Toriginal pouvait, tout au plus, être du xiv* siècle) ; et 13* le roman espagnol intitulé A Noches de inviemo » que nous citons ici, non plus au sujet des variantes, mais des modifications de notre légende. Nous allons maintenant reprendre en détail chacun des récits que nous venons d'énumérer. — 1* La Chronique saintongeaise ne diffère pas notablement du poëme d'Adenet. Ce n*est d'ailleurs qu'un résumé, et un résumé fort rapide. Cependant elle ne met pas en un aussi beau jour que notre roman la chasteté de Berte et la dignité de IVpin : « Le reis pria le vachicr que il li prctasl Berte la nuit à cochier ot lui ; CIL L*OTREA, ctc. » (Vov. G. Paris, 1. 1., 225.) —2* Dans le Charlemagne de Venise, la fausse princesse qui supplante Berte est rattachée à tout le lignage (les traîtres, à la geste de Mayence. Le père de Berte s'appelle Alfari, sa mère Bclissent, et le voyer Simon est remplacé par un chevalier du nom de Sinibaldo. Nous en donnons plus loin un sommaire détaillé. — 3^ Le Karl du Slricker suit ctiltc même version, qu'adoptera un jour l'auteur de la « Chronique de Weihenstephan 4. — 4** Philippe Mouskes, qui a été ici oublié, je ne sais trop pourquoi, par l'auteur de Vllistoire poétique de Charlemagne, consacre à Berte un récit qui diflfôrc notablement de celui d'Adcnct. C'est la jeune reine ellemAinc qui, le soir de ses noces, supplie la serve Alislc de prendre sa place auprès de pépin, mais pour une raison tellement obscène, que nous ne saurions la reproduire ici. Rien de pareil ne se trouve dans Adenet : « Pépin a la dame espousée; — Grant fiesle en ot par la contrée. — Et quant ce vint à Paviesprir, — Qu'elle se dut aler gésir, — La dame qui forment douta — Pépin.... — Od li fist en son liu gésir — Sa serve, et s'en fist son plaisir. — Et saciés que trop s'adaina : — Quar Pépins la serve en ama. » Etc. — 6* La Gran Con-^ quisla de ultramar, A propos d'un croisé descendant de « Mayugot de Paris », fidèle conseiller de Charlcina;2:ne, raconte (lib. II. cap. xuii) le mariage de Pépin et de Berte, fille de Flore et de Blanchefior, et la substitution à. cette princesse d'une serve qui fut mère des deux bâtards. Flore et Blancheflor ne
ANAI-YSE Dt IIEIITE AUS CIHNS NÉS- 13
C'est ce qui est arrivé pour Charlemagae. Sa mère Berte devait devenir, dans l'imaginalion populaire,
■ •ont pu ici, commo ilnos les roman! IVancais, louvnralns de Hongrie, mais Ed'ilmeria; et Flore a coni|uiB mainte terre en Afrique et on Espiigno. Ajirès ' [Tme Burte fut relroiivco et reconnue innocente, Blonctionar donna A son petit AU Cliarlei le royanmc de Cordouo et d'Alnieria, ainsi que tuu^ l'Espngnn; nuis, n sa mari, les rois sarr.isins du lignage d'Abenliumaja Fcni[>arércn( de celto côntf^e, cl Pcpin monrut avant d'avoir pu Ici comiiallrc. (Hiln y Fonlanati, Dt la poesia heroico-popHlar eaitetlana, p. 337.) ^ 7' U. Rtjnu {/ Reaii di Francia, vol. I, Bologne, Romugnoli, 187Ï) clierelie a étublir que I fauteur des Heali > connu le porine d'Adcnct. M. Oailun Paris {Jtamanto, rjoillet 1873. p. 303) se refuse ù croire, • eu thiic générale," que dos reuvros 1 (ikcnlei que celle rfAdunct aient exereé aucune influence inr le ddvcbppemeni de U poiijio ii[)ii|uc en llalic .. Le réril des flroli, dit ailleurs n, C. Paris (HMoirt poétique de Cliarle magne, p. iSi], ■ diiï&re en plimurs
eintsdeloiu les autres, clniSnie de celui du maniiscril \lll deVânlsc. Ainsi noms ne sont n< ceux d'Adcnnt, ni ceux de U conipa^iilion rranêo-iUilienne ; Ti des aventures sont dilTikenti; certains Irails, ;ui ne lont que lé, Ipanissenl plus anciens que tous les récits connus. • Panui ces traits, ilconvient I pcnt-tlre, après U.C. Paris {lîomaHia, 1. c, p. 363), de signaler l'histoire de la l'tMie«plion de Charles «ur un char, < qui aurait été origioaireinenl rapportée k K'Cb«rle«-Hartet cl qui aurait symboliquement indiqué une naissance Wfégili me. r Me fuit àt earro natiu, dit une Chronique du viii' siècle relative 1 f.haries- I Martel. > Cf. le /'edi PoueeUt la Grande Ourie, parGaston l'aris; Franck, 18Tr>, [ p. 06. — B" Le roman en prose : la Hegnt Herle et le roy Pépin, renibrine cgn- )l un certain nombre de traits anciens qui manquent dans Adenet. (Voj. fuiatjrae de Solimldt, tîgnahSc plus Iinut.) — D" Le • Hfstèrc de Berte • ne nous roumit aucun élément nouveau. — Kf et II' H nous semble qu'on aégnletnenl attaché trop d'imporlancc A la Ckrtmtque de Weîhenst^an, où il ne faut voir qa'an documenl du kv* siicle, et i la Chronica Dremtniia dt S. Caivlo tt
ÉWilithado, de Wolter, qui est de la rudmc époque. P'aprfis la proniiêru, leM Tait, Mns tant de retards, reconf^altre par son mari, et le polit Charles ilrré en tecrci, comme un Hls dn meunier. D'après la seconde, l'epin, is b cabane du pajtau, passe une nuit avec «a Temiuc, Kant la reeonnaitte. dernier trait détruit quelque peu le prosligc de Berle, et je n'y puis voir un de ce* Initt Tort anciens dont piirlo le savant hîilorien de Charlemagne (Hitloire poefifMC de Chorlemafine, p. !i8j. — 13° Dans les Xocliei de îneiemo, roman qui lent let temps niodcrnci d'une lieue, Ilerlc aime un jeune seigneur
Momié Oudon du Lji, qui ii été chargé do la conduire à Paris. La perlido
ttit* rvfuil ici le nom de Klauimella, qui est charmanl; elle oITre 1 ficrls la U rttnplacer auprès de Pépin, tandis qu'elle s'enfuira avec Dudon,elc., etc. I BMUth^ue dû Romani a reproduit ces inepties. Cela devait (Ire.
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H librement aux exigences do son public italien. C'est A In Berte i
irticulier que Ton peut appliquer les exccllenlet rcnurqucsde U. Ilucssard'
■ pr'bce de MaeairB. ■ Lc> éditeurs italiens, dit-il. ont altère
4 de deux fjitons. TantAl ils se suni permis des modillcali
Forlbograpliiqne» et touti!S su péril ci elles ; lantill de» eliangnoents •\mi s'iillmiuenl
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Il i>\iiT. Livn. I.
CIIAP. 11.
14 ANALYSE DE DEUTE A(JS 67U.Y5 PIES.
presque aussi idéale, presque aussi épique que Cliarles lui-môme.
au fond, à la teneur môme des originaux. C'est qu'ils ont, à coup s&r, éprouvé lo besoin de rendre nos chansons intelligibles pour ceux de leurs compatriotes auxquels ils se proposaient de les réciter ou de les faire lire ; c'est qu'ensuite ils voulaient satisfaire une manie dont ils paraissent avoir été possédés : celle de rimer exftctement, richement môme, et pour l'oreille et pour Tœil. Tel est leur double but dans leur travail de transformation ou de déformation. » (L. I., cvii, cviii.) = 3" Nombre de vers et nature delà versification. LsiBerta de H gran pié renferme 1750 vers qui sont des décasyllabes rimes. Il importe de remarquer que dans les couplets en er, on admet les assonances en ier. Dans la seconde laisse on trouve montrer, erer^ mer (de mare)^ intrery etc., à côté de milerf çivalery mester, etc. (pour miliery çivalier, meAiicr, etc.). On ne s'étonnera pas de la violation d'une règle de notre rhythmique française, qui est probablement le fait do l'arrangeur italien. = •i'' Manuscrit connu. Bibl. Saint- Marc à Venise, mss. fr. n** XIII. = h"" Édition imprimée. La seule est celle do M. Mussafla qui est accompagnée de quelques notes {Homamaj juillet 1874 et janvier 1875). = 0° Travaux dont cette chanson a été l'objet, a. Le manuscrit français n" XI 11 de la Bibl. S-.Marc de Venise a été signalé dès 1740 ù raltonlion dos érudits par Zanelli (La/i/m et italica D. Marci Dibliollieca... codicum manuscriptorum, p. 256). — b. En 1810, Inini. Bekker consacra à ce ins. une étude plus intelligente dans ses Die altframôsischen liomane der S. Marcus Uihliotek {Mémoire de V Académie de Berlin et tirage à part), —c. En 18ii, M. Adalbert Kcllcr flt mieux : il publia dans liomwart les rubriques de tout le manuscrit et quelques fragments. — d. En l<Yance, trois ans plus tard (18i7), M. Paul Lacroix consacrait i\ celte compilalion italienne une des pages les plus intéressantes do son Rapport sur les Bibliothèques d'Italie (Collection des documents inédits. Mélanges historiques, 111,357). — e. Mais le travail le plus complet sur ce poëme (avant l'édition de M. Mussafla) a certainement été ïEtude par M. Guessard du manuscr. fr. XIII de la Itibiioth. S.-Marc de Venise (Diblioth. de VÊcoledes Chartes, nnnée 1856, p. 303 et suiv.l. — f. Il ne nous reste plus à signaler, après cette analyse critique, que l'édition de M. Mussafla {Romaniay juillet 1874 janvier 1875). = 7". Valeur littéraire. Cotte œuvre est d'une médiocrité et d'une platitude qui la laissent bien loin de celle d'Adenet. Pas une description, pas un sentiment, pas un trait. La concision en est l'unique qualité. Mais une telle concision, excellente en histoire, est excessive en poésie. = 8* Analyse. Le roi Pépin tient cour à Paris, « sa maison ». C'est le jour de la Pentecôte : r Voilà certes une belle fête, s'écrient le comte Grifon et Aquilon » de Bavière; mais il manque auprès du roi une reine « dont il aiist o flol o » guarçon » (v. 1-13). Or, il y a là dix mille jeunes gens qui sont venus pour la danse et de nombreux jongleurs qu'on accable de présents (v. 14-5i). Mais, parmi ces jongleurs, il en est un qui est bien plus aller que tous les autres : même, il est chevalier. Ce jongleur parle admirablement la langue romane et fait au roi Pépin l'éloge du roi de Hongrie, Alfari, de sa femme Belissent et surtout de leur fllle Berle. On ne saurait rien comparer à la beauté de Berte, et son seul défaut est d'avoir un pied plus grand que l'autre : « Telle est, dit-il, la femme qui vous convient; telle est la reine qui manque à votre cour » (v. 55- 141). Ces paroles font réfléchir Pépin, qui réunit son conseil et consulte ses barons. Tous sont unanimes à lui conseiller ce mariage. Le roi de France craint un refus parce qu'il est laid et qu'il a conscience de sa laideur : «. Por qeeo sui petit e desformé, » Néanmoins il se décide à envoyer des ambassadeurs au roi de Hongrie pour lui demander sa fllle. Dernières recommandations de Pépin à ses douze messagers (v. 142-292). Ceux-ci partent de Paris, en habits
ANALYSE DE DEHrii A US GHASS PIES.
Cliarles-Martel achevait glorieusement son règne : Gérard et Foucon , qui s'étaient révoltés • contre lui,
magiiinqucs, après avoir entendu la messe cl communié. Leur voyage est long, ils arrivent en Sclavonie où ils sont très-amicalement rerus par le roi Alfari. Dtncr solennel où les Français s'étonnent vivement de voir que leurs hôtes ne se servent à table ni de « disches >, ni de bancs (v. â0!2-997). Le ohef de l'ambassade, Aquilon de Bavière, demande la fille du roi pour Pépin; mais, fldèlc aux recommandations de celui-ci, il prévient le Hongrois que le rot de France : c Petit homo est, mais groso est e quarré. • Le roi de Hongrie n*cst pas moins uncère et avoue que sa fille a un pied plus grand que l'autre. On consulte Belissent ; on consulte Berte, à laquelle on laisse toute sa liberté. Sa mère lui fait un excellent sermon sur les devoirs du mariage et Tinvite à réfléchir longuement. Mais la jeune fille répond modestement et fermement que tant de devoirs ne refTraycnt point : « Mon segnor amaro de grec e rolunter » (v. 398-5Si). Bref, le mariage est décidé, et Ton s'apprôtc à Cuct partir Berte avec les ambassadeurs du roi de France. Le poète trace ici v^ivez beau portrait de la reine Belissent, qui est vraiment une mailresso Al|Me : • Non e çivaier en tolo quel pais, — Conte ni dux, principoni marchÎB^-^^ Qe la osaslguarder par mi le vis. » C'est le seul personnage de tout le poème qui soit bien tracé. Derniers conseils de cette mère a sa fille : « Soyez libérale et courtoise, et aimez votre mari. » Départ de Berte et récit de son voyage à travers toute FEurope. Elle laisse partout des traces de sa bon'/', et marie partout les pauvres demoiselles. On arrive à Mayence(v. 555-759;. Ici se place la principale péripétie de toute Taclion. Le comte de Mayence, r Belençer >, qui fait un excellent accueil à Berte et aux Français, a une fille qui ressemble extraordinaircment à Berte et qui a demandé d'accoiopagner la jeune reine en France. De là tous les malheurs dont le récit doit vemplir le reste du poëme (v. 760-778). A son arrivée à Paris, Berte est tellement fatiguée du voyage, tellement souffrante, qu'elle prie la fille do B'-lençer de la roriiplacer auprès de Pépin durant la i>rcmi»'rc nuit île noces : « Mais dites-lui que vous êtes malade, et qu'il ne vous touche pas. » Celle étrange proposition est acceptée par la Mayenraise, qui, infidèle aux recommandations de Berte, ne remplace que trop bien la vraie reine . Pépin *> en fait toute sa volonté ». Une seule chose fétonnc, c'est que sa jeune épouse n'ail pas ce grand [ûed dont on lui a tant parlé : • C'est le jongleur, dit-il, f|ui m'aura fait un conte » (v. TT'J- 8^18). Cependant le rôle de pmiic convient parfaitement à la fausse Berle, et elle se décide à le jouer loujour?. Avec l'avis et l'a-^sistance de son « baylc », elle fait saisir et garrotter la vraie reine : n Menez-la dans un bois, tuez-la, mettez-la dans une fosse, et qu'on n'en parle plus » (\. 819-81)1). Par bonheur, le « baylc » et les deux complices qu'il s'est donnés ont pitié de la jeunesse et des pleurs de l'innocente, et ils se contentent de l'abandonner au milieu d'une grande fon*t. Puis, ils reviennent à Paris et font croire à leur maîtresse qu'ils ont tué la Hon;;roise. Tlusieurs années se passent, durant lesquelles Pépin ne reconnaît point son erreur et ne découvre pas le crime. U a tuois enfants de la prétendue reine : Lanfroi, Landri, et Berte e qui fut nicrc de Boland ». Adenet, mieux ins|Mré, fait de cette dernière une enfant légitime de Pépia, une sœur lé^ilime de Cliarlema;:ne : c'est lui qui a été le plus fidèle à la véritible tratlilion- (v. 89ô-lU'J'. Cependant, que devient Herte ? Klle a été rerueillie chez un chevalier nommé SinibaMo, qui la traite eouiuie SCS deux filles. Berte donne l'exemple de toutes li-s vertus. C'est une adniirabb' ouvrière : elle Liille, elle coud, elle travaille sans cesse. Et cette vie tranquille dure jusqu'au jour où le roi de France, qui est en chasse dans ce pays, vient demander l'hospitalité à Sinibaldo(v. 950-1062). A peine arrivé chez
Il PART. LIVR. I.
CUAP. II.
Analyse
du Ronuui (le Derte
aus gfwu§ pies.
I*i ANALYSK DE liEiiTt: AUS GHAyS PIES.
^^^chxp!)? * avaient fait leur soumission ; les Wandres avaient été "r~~7 mis en fuite; la paix réjijnait en France, et Charles
Fin du roffno ? l e» ^
' ^ AÎ^Ste?''^'' pouvait enfin se reposer, les yeux fixés sur son fils
e?"dî1ion. Pépin, espoir de sa race, orgueil de sa vieillesse. Ce
Pcpifl n'offrait pas tous les caractères de la force : il
était petit, mais avait un grand cœur. Il le fit bien
If bQn4|Ji(.'valii.T, Popiii so prend (fan nrJcnt amour pour Bcrlc : « Si elle ne fait point celle nuit toute ma volonté, je ne vous laisserai' pas un pouce do terre. » Bcrlr^, qui sait que Pépin ost son mari, consent à tout sous prétexte de ne pas nuire à cet excellent Sinibaido, qui d'ailleurs joue dans toute cette affaire le r!^W. le plus étrange et le plus m<*prisable. C'est durant cette nuit que fut conçu, cVst n^Mif mois après que naquit Cliarlemagne (v. 1063-1180). La scène 10 transporte bruscpiemcnt en Hongrie. La reine Uelissent n*a pas de nouvelles de sa fille. Plusieurs fois, il est vrai, elle a envoyé des messagers eu France; mais la fausse reine a toujours trouvé le moyen de se soustraire ii leurs regards : « J'irai moi-m:>me », ditBelissent. Et malgré la vive résistance de son mari, elle part avec deux cents cbevalicrs et trente sommiers cliarg«^s d'avoir. Ce magnifique corlége traverse TEurope et arrive à Paris. Pépin est tout joyeux de cette arrivée de sa belle-mère ; mais la jeune reine est dans l'angoisse : l'beun» approche où sa fourberie va être dévoilée ; le moment est solennel (v. 1181-1383). C'est en vain (jtie lu prétendue femme de Pépin se dit malad(^ et s'enfernu^ dans une salle où elle ne laisse point pénétrer les rayons du soleil : c Ma fille, je yeux voir ma fille », s'écrie Uelissent. Et elle cuire comme un orage dans cette chambre où elle fait pénétrer le jour. Rien qu*à la petitesse de son pied, elle reconnaît sur-le-champ que cette femme n'est point sa nilc ; elle éclate en cris ; elle arrache la misérable de son lit, elle la traîne par les cheveux, elle la bat : « Uendez-moi, rendez-moi ma fille. » Et clic frappe de nouveau celle qui est la cause de sa douleur; elle la roue de coups,' elle la veut tuer (v. 138i-lfUl). CVst alors que le roi Pépin se souvient de cette jeune fille qu'il a trouvée chez le châtelain Sinibaldo : « J3 me souviens *) qu'elle avait un grand pied. C'est sans doute votre fille. » Ils parlent au plus vite; et les voilà tout près du château de Sinibaldo. Le petit Karleto accourt au devant d'oux : il a Irois ans, et a déjà l'air d'un preux (v. 1105-1523). On prévient Uerte, on la fait venir, on lui annonce l'arrivée de la reine de Hongrie : « Quando Dette oi quelJa iwvelle — De soa mer, lot Ii cor Ii saltelle. » Bref, la mère reconnaît sa fille, et le mari sa femme : « Ilendez grâce à Dieu, dit » à Pépin la tf»rrible Belissent. Si je n'avais pas retrouvé ma fille, je vous » aurais tué d'un coup de couteau. » « Li roisVohle. s'en rise bellemant » (v. i52i- 1588). Départ du roi à Paris avec Berte, Karleto el la reine de Hongrie; la fausse Berle, malgré les supplications de la vraie reine, est brûlée vive et manifeste, avant de mourir, le plus noble repentir : elle fait une confession publique et demande pardon â Berle. Départ de la reine de Hongrie : « Surtout, lui dit » Pépin, ne pussez point par Mayence. » Joie du roi Alfari en revoyant sa femme : « Eh bien ! lui dit-elle, voyez ce qui serait arrivé si je n'étais pas allée » en France. Notre fille n'eût jamais été reine de France. » Allégresse universelle. Annonce des événements ullérieurs et, en parliculier, des enfances de Charles (v. 1589-1750).
H. ÉLÉMENTS HISTOBIQIÎES DE LA DKDTA DE U 67M.V /'//s. — 111. VA- RIANTES ET MODIFICATIONS DE LA LÉGENDE. — Yoy. ci-dessus la Notice consacrée à lu Uerte aus grans pies d'Adcnet.
ANALYSE DE DEflTE A US OU ANS PIES.
voir certain jour, dans le palais de son père^ Un lion s'échappa, terrible, de sa cage, renversa, tout sur son passage, étrangla deux petits enliints de Lombardie qui jouaient sur l'herbe, et fit fuir tous les habitants du palais, même le vieux Charles-Martel. Pépin avait vingt ans. Il ne recule pas, se précipite au-devant de la bote, lui plante un espié dans le corps, et l'abat roide morte*. Aux yeux d'un peuple amoureux de la force physique, comme les Germains, un trait de celte nature devait sembler le présage d'une grande destinée ; et Pépin acquit par là une popularité que l'histoire et la légende ont également consacrée. Peu de temps après, Pépin montidt sur le trône de France, et celle aventure du lion peut passer pour le premier chant de l'épopée carolingienne.
Pendant que Pépin se faisait couronner à Paris fn comme droit hoir de France »; pendant qu'il célébrait avec une première épouse des noces qui devaient être stériles '% une jeune fille, « blanche, vermeille, plaisant à devise^ », éclairait de sa beauté le palais des rois de Hongrie. On l'appelait Berte. Son père était ce roi Flore, sa mère était cette charmante Blanchefleur dont les amours font le sujet d'un de nos meilleurs romans d'aventures*. Qui ne se rappelle celte légende sur laquelle a travaillé l'imagination de plusieurs peuples? Qui n'a
II PART. UVR.
CHAP. II
Première ap}iari(ioii de Bcrlo.
. Elle est fille
du n>i do Hoiif^rie Flo ri do la reine Dlnnclicflcur.
' Hfrle ans g rans fiés^ éiUl. P. Paris, pp. i-fi. — ^Ibitl.y p. 7. — '/^a/.,p. 11.
' Ln roman ôc Flore et Blanchefleur n'a jamais été classé par nous au nombre «le nos Épopées nationales : c'est réellement un roman d'aventures, écrit en UT» de huit syllabes. [1 nous en reste deux versions du xur siècle, que M. Édélestimd Duméril a publiées l'une et l'autre dans la Ifibitolhèque eliévirienne^ on 18ô<>. Voici d'ailleurs le sommaire du puëme : « Flore est IcfHsd'uu roi païen nommé Félis; Blanclieflor est la fîlle d'une caplivc chrétienne de ce roi. Les deux (Mirants sont élevés ensemble: ils s'aiment tendrement. Cependant Flore va éludiiT à Moutoire, et l'on veut profiler de cette séparation pour mettre lin à sou amour : « Blanchefleur est morte », lui dit-on ; et on lui montre un tombeau magnifique. Mais l'amour est déliant : Flore ouvre le tombeau, d le trouve vide. 11 se lance aussitôt à la recherche de lllanchelleur, qu'après de longs voyagea- il trouve enfin chez le sultan de Uabvlone. »
18 ANALYSE DE DEHTE AUS GHANS NÉS.
II PAIIT. LlXIt. I.
ciiAP.ii. ' entendu parler de ces deux amants aux noms de fleurs, cruellement séparés, et Ix l'un desquels on essaye de persuader que Taulre est mort? Mais Flore est bientôt de retour et finit par retrouver sa Blancliefleur. . . à Babylone. De tels récits sont trop gracieux pour être épiques, et nous les rejetons sans pitié. La première femme qui fasse figure dans notre épopée nationale, ce n'est point Blancliefleur : c'est cette Berte dont nous venons de parler, et qui devint la mère de Charlemagne. Et voici déjà que les messagers de Pépin arrivent à la cour du roi de Hongrie, ce Le Roi de France est veuf, disent-ils, et » demande en mariage Berte la débonnaire ^ y> Flore n'hésite pas et s'empresse d'accorder sa fille au puissant ^liîïk'îir ^'^^ Pépin : « Et U rois leur otroie, moût li pot agréer. y> ei de popin. Q^^ j\^j^ sur-lc-chauip les préparatifs (îe départ. Les
adieux sont touchants et trempés de larmes. Flore résume en une noble parole ses derniers conseils à sa fille : (n Fille ^ ce dist le roi^ ressemblez votre mère^^. y> Quant à Blancliefleur, ce départ la brise : une seule chose la console, c'est que sa fille va en France, et « qu'en nul pah n'a yent plus douce ne plus vraœ^ ». Quelque temps après, Berte, éblouissante de jeunesse, de beauté, de grâce, faisait son entrée h Paris. <( Les cloches, toutes les cloches, sonnaient hautement. — Il n'y avait pas, que je sache, une seule rue de la ville — Qui n'eût été toute couverte de riches tapisseries. — Toutes les rues étaient jonchées d'herbes très-netteinent, — Toutes les dames étaient parées pour l'événement : — Paris resplendissait de joyaux, de richesses*... ))'La journée, hélas ! devait finir plus tristement pour Berte.
Pendant qu'elle s'acheminait vers la France, partagée entre les douleurs du départ et les joies de l'arrivée,
' îierle aua granspiés^ pp. 7-î)» — * JbUl.i p. 0. ^- ' Ibiil.y p. 13. — * /wrf., p. 10. .
Il FAUT. LIVR. I.
CIIAP. II.
ANALYSE DE DERTh: AL S GHANS PŒS. Il)
pensant encore à sa mère et pleurant, pensant déjà à Pépin et souriant, un infâme complot s'ourdissait contre elle, et sa perte était résolue par ceux-là mêmes à qui le roi de Hongrie l'avait confiée. C'étaient son cousin, nommé Tibert, et une serve du nom de Marxiste, compioi