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mais elle ne peut parler : car le bâillon est toujours sur "" ses lèvres. Tant de malheurs, tant de douceur, désarment enfin l'un des bourreaux : Morand se déclare en faveur de Berte, et on la laisse au milieu de ce bois désert, où les bêtes féroces ne larderont pas sans doute à la dévorer. Quant à Pépin et à Margisle, on leur fera croire qu'elle est morte ^.
En cet instant du drame, l'intérêt est éveillé au Avcniurondcueric
au b«)i.4.
plus haut point. L'auteur du xiii* siècle, bien qu'il i-a rcjnedo Franc.» appartînt déjà a une époque de décadence poétique, a ''' ''">•**'• néanmoins été bien inspiré par son sujet. Pour nous apitoyer sur la solitude et les effrois de Berte, il trouve des accents profondément émus et naïfs... Elle est restée tout en larmes sous les buissons, la fille du roi (le Hongrie, la Beine de France; les loups hurlent : les chatshuants font entendre leur cri lugubre; un affreux orage éclate sur la forôt; les éclairs enveloppent tout le ciel, la foudre tombe ; la pluie, la grcMe, le vent, luttent ensemble dans l'air. Berte est toute mouillée, toute tremblante; elhî s'agenouille, elle invoque les rois Mages et saint Julien, ces patrons de tous les voyageurs, et surtout s'adresse à Dieu et à la Vierge Marie, pour que son corps virginal soit préservé «d(» honlage^ » : c'est là sa grande crainte, et c'est par là qu'elle est chrétienne. Ensuite ellt; s(» relève, erre dans l<»s bois, met ses pieds en sang, et enfin tombe épuisée, sans connaissance, de fatigue et (h' douleur. La pauvre Berte avait seiz3 ans*.
Dieu cependant veillait sur elle. La seconde nuit, il est vrai, fut horrible et elle pensa mourir de froid, de faim, de j)eur. Mais le jnatin lui fut plus doux. Elle lit la rencontre d'un ermite qui fut placé par Dieu sur son
' Rerle aux tjranx pit^x, p. :$,'».--' llniL^ pp. 3".- i<». — "* Ihiil.f pp. 4I-r»i -- • Ibitî , p. .VJ.
II PART. LIVB. I.
CIIAP. II.
22 ANALYvSE DE DERTE AUS GIîANS PIES.
chemin pour la consoler dans son âme et la réconforter dans son corps. Le solitaire, en outre, lui indiqua certain sentier qui devait la conduire au logis de Simon le voyer^ Elle aperçut la pauvre chaumière lorsqu'elle allait tomber morte de froid. Simon est bon, il est chrétien : h la vue de celte jeune fille toute éclatante de beauté malgré ses larmes, il se sent ému : Veau du cœur descend de ses yeux sur sa face'^. Il la présente h sa femme Constance, à ses filles Isabelle et Ayglante. On entoure la pauvre Berte, on Taccueille, on Taime déjà, quoiqu'on doive longtemps encore ignorer sa véritable histoire. Et c'est dans celte misérable cabane que va vivre cachée pendant près de dix ans la véritable épouse du roi Pépin, celle qui sera un jour la mère de Charlemacfne^ Elle y vit, virginale et pieuse; elle aime Constance comme sa mère, Isabelle et Ayglante comme ses sœurs; elle est la joie du pauvre foyer : elle l'éblouit de sa beauté et le parfume de ses vertus.
Et maintenant, avant d'arriver à la troisième et dernière partie de notre poëme, — avant de commencer le troisième acte, s'il est permis de parler ainsi, — laissons la parole h Adenet, et traduisons les couplets les plus touchants de son roman, ceux qui sont consacrés au récit des infortunes de Berte :
Par le bois va la dame, qui grande peur avait. — Ce n^élait pas merveille si elle avait le cœur dolent, — Comme celle qui ne sut de quel côté se diriger. — Elle regardait souvent à droite, à gauche; — Elle regardait devant; puis, derrière; puis, s'arrêtait. — Et quand elle s'était arrêtée, piteusement pleurait. — A nus genoux par terre souvent s'agenouillait, — En croix sur l'herbe drue doucement se couchait, — La terre à vingt reprise^ Irèshumblement baisait, — Et quand elle était relevée, jetait de grands soupirs. — Elle se prenait à regretter souvent sa mère, la
' Herle aus g mm pies, pp. 01-08. — ' //m/.» p. Oi). — ^ Ihiti, pp. 09-8,3.
ANALYSK DE DEfiTE A US GRAXS PIKS. 23
reînejjBlanchedeur : — « Ah ! ma dame, disait-elle, si vous saviez, " ^'^"*^- ^^^^' '•
^ en ce moment, — En quel mcchef je suis, le cœur vous éclate- —
» rait. ♦ — Lors, rejoignait ses mains et les lenait vers Dieu : — « Ce Seigneur Dieu, s'écriait-elle, qui sied haut et voit loin, — » Puisse-t-il aujourd'hui me servir de guide en celte forêt, — Et » (|ue sa très-douce mère me conduise en tel lieu — Où mon corps 9 ne soit point livré à déshonneur! » — Lors s'asseyait sous un nrbre : car elle avait le cœur bien dolent. — Elle tordait de dofileur ses très-belles mains blanches. — A Dieu et à sa mère souvent se recommandait *
Pauvre hôtel eut la dame, lorsque tomba la nuit. — Elle n'eut ni maison, ni chambre, ni salle; — Point de couette, ni de coussin ; pas de draps, ni d'oreiller. — Pas de dames ni de pucelles pour la servir; pas de sergents ni d'écujers. — Pas de lapis élendu pour se metlre à Taise. -- Elle invoqua le Seigneur Dieu, le |)ère droilurier ; — Puis, fil un petit monceau de feuilles d'olivier :
— (lar elle désirait y prendre un peu de repos. — Mais, si Jésus n'y veille, Jésus qui nous peut tout donner, — Berle va bientôt passer par une rude épreuve. — Voici deux larrons qui viennent de guetter des marchands. — Ils regardent, ils aperçoivent le bliaul de Perte qui esl tout blanc. — L'un d'eux se précipite et veut y mellre la main ; — La Reine saule dessus, et le voleur de trembler. —Il croil que c'est une bêle féroce qui veut le ilévorer;
— Mais quaiul il voit llerle, si belle, si génie, va pour l'embrasser.
— I/aulrc s'écrie : « Veux-lu la laisser, misérable! — Par le ) corps de saint Riclier, j'en veux faire mon amie. » — « Vrainienl, » mon beau seigneur, répond le premier, c'est peul-élre vous qui » l'avez fait faire. — Si vous dites un mol de plus, vous me le » |)ayerez cher. » ~ Celui-ri entent! la menace, il pense en perdre le sens ; — Il saisit un grand couteau et le lui lance dans le corps.
— L'autre lire une épée et lui en va porter un tel coup — Que les voilà renversés l'un par l'autre, tout sanglants sur Therbe. — La reine Herle s'est aussitôt échappée ; — Pour fuir plus vile, releva ses vêlements. — Elle a fui si longtemps, la malheureuse, par un sentier étroit — Que l'haleine lui manque : elle rentre dans le bois, — Sous im épais buisson d'épine est allée se cacller, — Et
' lifrlf an fi granx /)à',«, roiiplol xxviil, p|>. i:l, ii
CHAP. H
24 ANALYSE DE y?£;f?r/î; .4r.S CRANS PIES.
II PART. LivR. I. lîinl qu'il ne fait pas tout à fait noir, n'ose se redresser. — tfuis, quand la nuit est venue, elle se prend à fondre en larmes. — » 0 nuit, comme vous serez longue et comme je dois vous redouter; » — Et quand il sera jour, puisse Dieu me venir en aide ! — » Car ne saurais s'il faut aller en avant, en arrière, — Hélas ! il y a j» bien de quoi me mettre en grand émoi : — Car, de trois choses, » me faudra subir l'une : — Ou je mourrai de froid, ou je mourrai w de faim, — Ou les bêles me dévoreront avant le jour. — C'est; » à mon sentiment, une alternative bien triste. — Mère de Dieu, » veuillez prier votre doux fils — De vouloir bien me conseiller en » cette nécessité, s'il lui plaît, — Dame, car vraiment j'en ai très- » grand besoin. » — Lors, se met à genoux, va baiser la terre : — a Saint Julien, s'écrie-t-elle, hébergez-moi. » — Elle dit sa palenôtre, sans plus de relard, — Se couche sur son côté droit, — Se signe de Dieu et de sa mère, — Puis enfin s'endort, le visage lout en larmes. Dieu la garde * !
... Berte dort au fond du bois sur la terre dure : — La nuit élail hideuse, élail obscure; — L'air était très-froid. — La dame n'avait pas assez de vêlements, — Tendre et jeune créature comme elle était. — Mais elle élait de si belle nature, — Toute sage, loute pleine de croyance et de foi, — Comme celle qui n'avait souci que de bien faire! — Elle avait mis toute son âme à croire en Dieu et à l'aimer. — Plus l'épreuve lui élait dure, pesante, certaine, — Plus elle acceptait volontiers toutes ses souffrances pour l'amour de Dieu. — Vers minuit, le temps s'éclaircit un peu: — La lune se leva, belle, claire et pure. — Le veni est tombé, le temps devient moilleur. — Il ne pleut plus, il fait moins froid.
Vers minuil, le vent s'apaise. — La Reine s'éveille, se prend à soupirer, — De la peur qu'elle a, commence à trembler. — Elle r.^garde à droite, elle regarde à gauche ; — Parce qu'il faisait clair, elle pensa qu'il était jour. — « Ah! sire Dieu, dit-elle, de » quel côté irai-je bien — Où je puisse trouver un peu à manger? — jo Car j'ai si grand'faim que ne sais que penser. » — Alors commence la dame à pleurer (endrcment — Et à regreller bien fort
* fierté aux grans piés^ couplet xxxvnr, pp. 5G-58.
ANAI.YSK liK B£/I7'K M'S (;K.1.V.S" PIF.S.
is
lân père et sa mère. — « 0 ma très-douce mèfe, qui lanl mVi- I micï, — Et vous, bpau Irés-clier pèrr.quimecarnssieKct mVm- ■
> linssiez, — Jinnais Ije puis vous lejiirer), jain,'iis plus vous ne me » revenez. »^Surscsgeiii)u\,sursescou(iPs, elles'L'Ieinlàlcrre: — ■ Ah I sire Dieit, dit-pllo, qui vous laissâtes douer ^ Sur la « sniiile croix pour le »alul de voire peuple, — Cliacun vous doit f hîcn servir et honorer. — Plus on a à souffrir, plus on vous » doit adorer ; — Cnr, Seigneur, tous pouvez Irès-riclieinpnl
* ri-compenser — Ceux qui se conduisent ainsi. Je le crois, je k t s.-iis : — En votre saint paradis, vous leur donnez couronnes.
- Puisqu'il vous plaît, beau Sire, que je souffre ainsi, — Eli
* bien ! je veux, pour vous. Fatiguer mon corps et le peiner. —
> Mais vous, doux Sire, dèlivrcz-moi de ce péril. — Pour voire iDur, je vem ici vous faire un vœu, — Un vœu que je lien-
« lirai fidêlemeul loule ma vie : — Je vous promets de ne jamais
* dire, lanl que je vivrai, — Que je suis la Illle d'un roi cl qu'à » Pépin le baron — J'ai éié mariée. Non, jamais je n'en parlerai.
- J'irai ainsi, de poric en porte, mendier mon pain — Mais I cependant je veux faire une cxceplioji à mon vœu : — Je dirai « donc qui je suis, pour me faire craindre, — Avant de laisser I honnir et iléshonorer mon corps. — Ciir, perdre virsinili^, c'Ml I irrt'-p:iml)le. — Que Dieu el sa mère me donnent de si bien a accomplir mon vœu — Que je puisse marcher droilement dans B le rhcmin de leur amour! » — L'ne ondée revint, la pluie recommença. — Berte se cache sous un liutison el la(âsi' passer lelemps '
Da:is la maison de Simon (rien n'est plus véritable) — Fntia reine Berte... — El elle s'y lit aimi-r delous... — Elle resta bien neuf ans el demi avec Constance— El avec Simon, de qui l'aniitii^ hii fui fidèle.— Elle fit si bien, que dans ta maison il n'y eut personne nii-dessus d'elle. — Elle avait les clefs de tout, el le iiiérilait
■ lUrlt SNi grant piét, eoupl>!ls xui-XMii, p. GO. — Nur toux de noi iMlciim tii almont le* conipimUuns liltùraires. noui transcrivoni ici, uns coiiitneiijîte*, kl pauagi' corrciponilaiit île la Btria de li grau pii : • Or* fu Hcrle on K ba*cho r^iiiéa; — S' ola «it paiire, or ncn vot mcrveliU : — Si cunie fcriic ^ fa alMUMlonpt; ~ Si pliir:i o planfe, mullo lo liiinonléi; — Non poil veoir n arlMnH nméi - f. ii tiittcliajp qc csl ungo c tés ; — Par In pailro ilu la i« Mitera :- Vrr lluin>iiii'ilû m clama ben contés : — • A ! Ver^vn pultdi^, i-sl.i [>i>(.ibi(! vus vegna pîatéa \ — Anco' i\e cjsle jiir qc
- En rr-llr' I
' .ilhorgiit. — Si-n mnfï«i