AMLYSB DE BERTË AUS GRANS PI ES
naît, passe dans ceux de sa mère et de son vieux père « part. livr. i.
' * . *^ CHAP. If.
que Pépin a mandés près de lui et qui pensent mourir de
joie en apprenant qu'elle vit. Ce sont des baisers, des caresses, un enivrement délicieux. Le peuple de France prend laidement sa part à cette joie. Le pauvre voyer Simon est fait chevalier, et on lui donne pour*iirmoiries
4 je ne vous rachète, s\\ vous fait envie. — Et je vous asseoirai une bctls « rente sur le pays. -^ Aucun homme, eu la terre, ne vous tourmentera pour » rien. » — Mais Bcrtc ne prise point ces paroles plus qu'une feuille de menthe. — Elle S3 reproche en son coeur, elle se lamente durement; — Elle se désole tl'èlre ainsi demeurée seule. — Le roi Pépin voit bien qu'elle s'épouvante.
Bien dolente fut Berte, je vous le puis jurer : — « Franc homme, dit-elle au » Roi, au nom de Dieu laissez-moi. — Vous me faites ici demeurer trop long- » temps, — Car mon oncle Simon va dîner tout à riieure, — Et il faut qu'après
• manger, il parte au Mans — Porter des provisions aux gens du Roi de France.
• — Belle, dit Pépin, je veux vous le demander : — D'où vient que vous soyez » seule ainsi dans ce bois? — Je ne vous le cacherai pas, dit Berte. — A cette » petite chapelle que vous voyez ici, — Hier matin, j'étais venue écouter la » messe — Avec Simon mon oncle, dont vous m'entendez parler. — J'allai » m'accouder toute seule dans un coin — Pour y lire mes Heures; et je m'y
• suis oubliée. » — Quand le roi Pépin entendit sa voix douce, — Quand il la vit si belle qu'on se pourrait mirer en son visage — Et qu'elle avait ce visage coloré, beau, riant, clair; — Alors, I»epin se prend à la désirer grossièrement dans son cœur. — il se souvient de la serve (que Dieu maudisse!). — 11 lui est avis que jamais femme ne lui ressembla davantage — Et Berte lui parait encore plus belle à regarder. — Rien ne l'empocherait, diit-ou le tuer, — Qu'il ne fit Ifout son possible pour conquérir Tamour de Berte : — « Belle, dit-il, par le » corps de saint Omer, — Faites ma volonté. Je vous engage ma parole : — Je
• vous donnerai autant d'argent que vous l'aurez en pensée ; — Puis, vous » mènerai en France pour m'y faire honneur. — Je suis le grand maître du Roi
• qui France a à garder; — Nul n'est si puissant près de lui, et je dis la » vérité pure. — Sachez-lc, j'ai tant d'avoir, que je puis vous en donner assez.
• — D'ailleurs, c'est chose faite et il n'y faut plus penser : — Quoi qu'il en » doive coûter, vous ferez ma volonté. » — Quand Berte l'entendit, se prend à sou- |»irer, — Des beaux yeux de son chef commença à larmcr. — Elle .voit qu'elle ne peut échapper autrement. — « Seigneur, dit-elle au Roi, je vais vous le
• recommander : — Au nom de Dieu qui se laissa pCincr — Sur la sainte croix » p«)urle salut, de son peuple, — Ne touchez pas à la femme de Pépin. — Je
• suis la fille du roi Flore, qui tant fit à loer — Et de la reine Blanchefleur.
■ Rien n'est plus certain. » — Le Roi l'entend, change de couleur. — Do la joie qu'il a, ne peut dire un seul mot...
t Sire, dit Berte, au nom de Dieu et de sa mère, — Je vous défends d'avoir > une mauvaise pensée envers moi — Et d'être le voleur de ma virginité. — Je
• suis reine de France, on n'en saurait douter. — Je suis femme du roi Pépin,
• le roi Flore est mon père, — Blanchelleur la reine est ma mère, — Et je
• vous défends, au nom de Dieu qui gouverne le monde, — De me faire aucune
• chose qui me soit déshonorante. — J'aimerais mieux être morte. Et que Dieu
■ suit mon sauveur. » (Herte aus grans pieu, couplets cx-cxiii, écUt. P. Paris, H». 118-153; cdit. A. Scheler, pp. 07-100.)
ANALYSE Di: CHAliLEMAGSE DE GIUAUD D'AMIENS.
Il FAUT. LIVR. I.
CII\P. Ifl.
Naijiunrc (lu Ciiarlcuiagtic.
<r une grande fleur de lis d'or sur champ d'azur à cinq lambels de gueules ^» Quelques années après naissait « le grand Charlemagne à la chère hardie, — qui fit depuis mainte grande envahie contre les mécréants, — par qui la loi de Dieu fut élevée si haut, — par qui maint heaume fut brisé, mainte large percée, — maint haubert déchiré, mainte tète tranchée, — qui guerroya de si grand cœur contre les païens ; — tellement que tous ceux de cette lignée en poussent encore aujourd'hui des cris de douleur î"^ »