L ENFANCE DE CHARLEMAGNE
Cliarloiiingiio du Ciiraitl d'Aniiens *. — Muiiioi **. c;iiailcinagrio do Voiiiso, Lî« branche (Knfancos Gliarluiuojçiio
ou Karleto) *♦*.
Analyse (lu C'iarlemaijnc
(jirnnJ irAmieii:»
(1<' livio).
Avec la véritable Berte, la joie rentra dans le palais de Pépin. La fausse reine, la serve, restait néanmoins
' lierie ans grans ]nês^ p. IKO. — ' Ibid.^ p. 177.
* NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE SUR LE GHARLBMAGKB DE GIRARD D'AMIENS. — I. BUiLIOGlUPHIE. — 1" DATE DE LA <;oilPOSITlON. M. (inston Paris avanci* que le Charlemagne de Girard d'Amiens « a clé écrit de 1285 4 131 i n. En effet, ce poëmc a été fait sur la commande de Charles d<» VîUois, « frère an Uoi de France » : et cos dernières paroles ne peuvent se rapporliT qu'au règne de Philippe le Bel, Mais il ne faut pasouhlier que Charles de Valois ne naquit qu'en 1270 ; que le Charlemagne fut composé sur sa demande expresse, et qu'on ne saurait attribuer une telle préoccupation littéraire i un prince ée quinze ou vingt ans. Suivant nous, l'œuvre de Girard n'a été composée que dans les premières années du xiv*' siècle. = ^ Auteur. Girard
ANALYSE bU CIlAliLEMAOSE DE GiRAUb b'AMlENS. 31
dans son abbaye de Montmartre, épiant les événe- " aup' ments, s'entourant de partisans, conspirant avec ses
a pris soin de se nommer plusieurs fois dans son œuvre : « El. moi Gyrarl tt Amiens qui toute l'ordenance — Ai es croniqucs pris qui en font raracnbrancc, — Par le commandement le frerc au Roy de France, — Le comte de Valois, ai pris cuer et piesanec — A raconter les fez Challon... » {p 169 r*). Et ailleurs : • Et gc Gijrarl dWmiensy qui tout sui desirans — De fere son picsir de cuer liez et joians, — Ai fait cest livre ci dont fet me fu conmans...» (f*i43 r*). = tr Nombre de vers et nature de la versification. Le poëmc de Girard d'Amiens contient 233^0 vers. Il est divisé en trois livres. A la fui du secOQd livre, il faut signaler une lacune qui doit ôtre assez considérable. — Dans ce p«>ëmc, que Fauteur présente comme la suite naturelle de Berle eus futiit piéSf Girard a suivi généralement les procédés de versification de son imttre -• Adenet. Après un couplet en ent, il en rime un en ente; après une laisse eu rs, vient une laissi; en i$e. Nais, dans une composition de si longue haleine, le pauvre Girard ne peut suivre toujours une règle si niaisement léfère, et, à mesure qu*il avance dans son poëme, il devient moins scruputom sur le choix de ses rimes. = 4" Mantscrit connu. Le Charlemagne de Girard d'Amiens ne nous a été conservé que dans un seul manuscrit (Bibl. nation, fr. 7TH, l-'^ 2i v"-f* WJ r). Ce manuscrit est du Xiv« siècle. = 5» Diffusion a l*é- TiiANGKR. \ji poëme de Girard n'a eu et ne pouvait avoir aucune difTusioa ' à l'élrangîîr; mais il n*en est pas de même pour la légende des enfances de f'.liarU'uiagnc dont la popularité a été véritablement universelle. On verra plus loin quell«>s formes complexes et diverses a successivement reçues cette légende : *r. En Espagne : Chronka UiiiHHiiœ^ par Rodrigue de Tolède (t Xtil). — Croniât gmeralile E$paùa, (Imu à Alphonse X (t liSli. — Gran conquista de ultramar (lin du xiir siècle;. — b. En Italie : Les Enfances Chariemagne ou le Knrlelo <lu ni^. Mil de la Rihliotlièque Saint-Marc à Venise (lin du xir, connuencemenl du MIT siè-lo». — Les llcali di Francia (fin du xiV, conuncncement du xv*» siècle). :- c. Eu Alleiujigiie : Le Karl du Slricker ( 1230'. — Le Karl Met net (\n'cini'.T «piarl du \i\ t^iirioi. = (/. Dan< les pays sc:miliiiaves : La Karltimagnussdfja [sou-; le rè^rne d»* llaipiin V, •! lilJo), et ri'viséo cinquante ans plus t;inl]. — La Kfiixer Karl tmignus Kronike^ résimii* danois de la Saga islandaise, au
X\ Mt'l'. Voy. aux V.VÎUAMKS ET MiHHFICATIoNS UK I.A I.K«;KNDE. — f»' ÉDITION
imimsimke:. Lo p».Mne de Giranl .-st inéilil. - 7' Tuavaix dont i:e i»okme a lte i.Nhukt. a. F.unli.'(, I.* pr»Muior peut-èlre, a |>arlé «1<» r.irard ou (.irardin d'Aiiii'Mi", ru lui altrihuaiil uiji<pi":ii Mil \u\ Meliadux dont il n'est pas eoupable. C«.'>1 l»' 1>1* des poi'ii's éiuuuiMv.N i\.v.\< le llrciwil df l'origine d** la langue fran^ ff/i.sr. rime et romans «Paris, lloh. E<liemie, l."»Sl). — //. Gaillard, dans sou Histoire de (lliarlemagne^ ronsaiMi' quelques lignes à (.irardin d'Amiens, dont il ne >ait ri«*n, sinon qu'il vivait «^ sou< saint Louis on jous Philippe le Hardi n. —c. La liihliothrfjue de.s romans loclolue 1777,1. 1, p. llVi nous offre un»* analyse du proinior livre de notre Charh'magne. -d. Gripssf a ennsurc au p HMiii* lie Girard une <le s<"î nolid^s bildio^rapliiiptes (ftif* grnssen Sagenkrtksi' der Mittelalterx, Dresk, iHli, p. lOii. — c. /. En ISO.'., M. Gaston Paris «^t rautcnr d«?s Kp'^}>*'es fraiiraisrs ont analysé rolruine par r.d«)nue !<• Cltarh'inagne du iuanii«rril 77X 'Histoire loi'titjur de Cliarhnia;jn'', pp. Di, 'J.'i et 471-lKi; les Epopées françaises. [" édition, L I, pp. irii-idi» . — (j. h. i. hj'pui'» lK*î.T», trois rni'lils oui eHii"ai«Mn»"'nl Iravailli* à drbrouilji:- | v lénrlurs l|lli •iil-'uronl eur«ir«' la U»gi:uile d • rcurauri' de Gliarh's ; .MM. Ga-lon Paris, «.'Il France; P. najna, en Italie; .Mda y Foiit;Mials, en Espagne, lîien «pu* c<'s trois sa\anls ne se soient pas dircrtement occupés de l'œuvre d<* Girard d*.\niiens, nous croyons que c'est ici le lieu «le ren\oycr le lecteur à Ivurs travaux.
Livn. 1.
il ASALïaF. m Clt.\HLHilMJ.\t: Lie IJIIAIII) iCAMIESS.
deux lils, les bâtards llcudri cl Ituinfroi, ^ucUaiit non wtiis impalicnce l'occasion de ressaisir sou ancienne
M. G. Piris. dsiis lu Itomania de juillvl-oclubrc 1R75, a pulilk' let trigmcnla du Maintl que M. A. Bouclierie avnil liécouvcrls en iSli ; mais il a accompagné L'ctlc publiGuliun d'un corniiLenUiiru qui cet cerLiinement la meilleur Iruvail et le plui uuniplcl qu'an ait canaacrë jusqu'ici à l'cnrunce légundnire do. CliarlouiaKiie (ut. ilniis VHistoire paéliqtie de t'hartemagne, le cliapilre do la î" parité iiu l'ault^iir a »naly>ê touLcs les légcndei relatives k l'enl'ance de Cliarles). — il]. P. Il.'ijiin a donnii iluni la liomania (1873, page âTO) une aniilyso diis £nfaiiCfs Charlemagtte au du Kartelo, et une élude critique sur ce texte. Dent suii Inlruduclian aux tttali tli Fraiicia (Halagne, RumaKaoli, 187i), le mÈam âruilll avait dijl exposa Mpickraent Us sources du Mainfl. — Enlln. M. HJU 3 Fecilanals (De la pottia berolco-poputar cattellana, Barcelone, 1874, p. 330 ut suiv.) a raiï en lumière, nvee onc cxrpllenln nellcIiMes récita de Itodriguo cl» XB|^< ilo I» Cromca gentml l't iii- In '>"" mnquMa île ultramar. Il a
hMWIs préciter quels étaient les' l'Ii' - ili' la tcgcnilo. ol l'a
lUifidi une rare logaclU. Nous r.- nii' celte partie de ton
livS?= S'Valeur uttëraiae. l.i- i , . . i i nup «ruvre do décadence, pleine dç prélenlions et (11! si'iiii I — . ii.i-i rii> li-gendc et d'hiï-
tuirc, leul compusào, mal écrita : un i,vpo p^rr^iii dr iiiédiucrilë. 11 seritt, ja ci'oi», impossible d'y signaler un bon vers sur vingt-trois mille.
II. ELEMENTS HEST0UIQUË8 DES EMFAyCES CIIARLEJUAGXR.— On peut
L'iiddir scientifique ment les proposiliaus uiivnnles : 1° On ne ta'U rien de cerfniit lue t'eiilanee rt lajeunet$e île CharlemaQne, et l'on n'en lavail rion Ai* k temps de Cliarlcmagne,^'est ce qu'avoue ^înliard dans un texte digne d'ûLm iiignali H raltcnlion liffi^^àilA : ■ De ciijus nalivilalc nique iiiruntia, vcl etiani
• pueritin, qiiin ncque rertptïB usi{uam declaraliiin Ml, ncquo quiiqunm modo
• superesse inveniturqui hiirum se dicat liaborc notiliam, tcrlbero incpliim judU
• cniis... • (t'ertz, Scriplorei, 11, p. iih.) = S- Il ni pomîUe qu'on ait atliiànè a Cliartemagne len aventuret de Chariei-Martel, liâlard de Pepiii d'Ilinttat el d' Mimu, lequel fut en elTelpenèciitéi la mori de mu père et obligé de »e re/V- •jierdanit le* Anienna, el qui dut, pour -rêgiter, triompher du maire /fflgmfreilel du roi llilperik II. la deux noms de Kulnfrui al d'Ileudri donnés niix deux liâlardi de notre liigcndc se rappnrlonl assez cxaclcalent n llagiitfrrd et à llilperik. Mait ce n'est li qu'une hypulliùse. — 3' Le nom de Galarro ^iL'ill pc'ut-éiri^, par comiptiun, liti maU > El-Fcliri i, surnom de l'émir Juiur, rlu <?ii TItl, dunt l'autorité éphémère eut Toléilc pour centre. =^ i" l,e nom de lliMiiiiiiile. ennemi de Calarre, vient tiitmenl d'Abderrahinan 1", qui, à pciiio jiri ivi'^ iTTi Esji.ignc, eul li résister à l'nmbilion et aux menées do Jusuf. Ces deux ilr'iiMét'c:^ 11^ Il M II pic 3 .'îTint cuipruuléospar nout à Miluy PunlauaU, De lapotiia heriHto-jii'imUxr oKlrlIana, pp. ^i, 335. Le ttiimc érudil donuc à entendre 'pie \n \uuwt uoiiiiiiiâ i\ Ikirdcaux sons le nom do • palaU de Gulicn • ont
; reinpcrcur Galien, maii de l'bcroïne imagi-
i, a;rii.
m. VAItlANTtS tT MODIFICATIONS tiï. LA LÏGEKbK. - Les mnincus de Cliurlcnnigiic s<<ut l'ul'ji'l d'ciaviriin ilix récits donl nous alldiis relever avec soin
ANALYâJi^^.piI CUAnil^AGSE DE CIUAIID b'AMlBNS. 33
puissance. Celte occasion se fit attendre. Du mariage " de Pépin avec la fille de Blanchefleur naquirent ""
loiilcs les variantes : 1** Le Mainel, pocine du xii* siècle, dont M. Boucherie a • découvert, en 1874', six fragments dVnviron 800 vers. M. Gaston Paris a établi {Homania, juillet-octobre 1875) que ce pouine est l'original dont Girard d*Amiens s*est servi et qu*il a gàt^. Si ce poëme avait été retrouvé en entier, nous n*aurions pas hésité à en faire la base de notre analyse; mais il présente vcritablemont trop de lacunes pour que nous puissions renoncer à suivre ici le trèsniédiocre et très-ennuyeux Girard d*Amiens, lequel est à peu près complet. — S* La Chronique du faux Turpin, qui fut sans doute rédigée (à Texception des cinq premiers chapitres) entrt les années 1 109 et 1 1 19. — 3* Le Charlemagne de Venise (2* branche : Enfances CharUmagne)^ xiii* siècle ou fin du xii*. — 4" Lii Kiirlamagnwt'Sagat compilation islandaise rédigée sous le règne de Haquin V, qui fut revisée cinquante ans plus tard, et qui, au XV* siècle, fut résumée en danois dans le Kaiser Karl Maynus Kronike. — 5** Le Karl du Slricker (1^30). — G" La Chronica llispaniœ de Rodrigue de Tolède (t lii7). — 7" La Cronica gênerai ileEspana, due au roi Alphonse X. — 8** Ux Gran Conquisla de ultramar qm lit composer Sauche, fils d'Alphonse \ (fin du xiii*' siècle). — 9** Le Renaus de Montauhan (xiir siècle). — 10' Le roman do Garin de Montglane (fin du xiir siècle). — 11" Le Charlemagne do Girard d*Amiens. — 12* Le Karl Meinety rédigé dans le premier quart du xiV siècle par un compilateur, par une sorte do Girard d'Amiens allemand, et qui, ayant été publié par extraits, a gardé le nom de Tune de s<*s branches spécialement consacrée aux enfances du lils de Pépin. — 13° Les Heali di Francia, œuvre du Florentin Andréa da Barberino qui vivait à la fin du xiv* ou au commencement du xv*' sièclo. =s Nous ne parlerons ici que pour mémoire d'un certain nombre d'allusions à cette histoire de Mainel qui se rencontrent dans Albéric de Trois-Fontainc«, dans FierabroMy ilans la Chronique des AlhigeoiSy dans Doon de 3f agence et dans V Entrée en Espagne. ^ Nous allons reprendre un à un chacun de ces récits, en signalant leurs caractères distinclifs.
1* On trouT Ta ci-dessous l'analyse détaillée du Mainet du xii* siècle. Gê poëme offre avec celui de Girard d'Amiens cortaitu'S différences qui sont d'ailleurs peu considérables vi dont n«»lro lecteur n'aura pas de peine à se rendre cumple.
t* La CiiKOMUiE DE TiKPiX est furt concise sur l'enfance de Charles et ne procède que par allusions. Mais il ne faut pas oublier que c'est là le plus anrion monument de la tradition. D'ailleurs ce récit est tout à fait conforme û ci'lui quo Girard d'Amiens a >uivi (cliap. xill et xxi du faux Turpin).
3' Le CllAHl.KMAJiNK do Venis^e ne pivseiUr égali-uieiil quo fort peu do différences avec le récit de (iirard d'Amiens. Le traître Heudri v est nommé Laiidri, et Itaitifroi y a roçu lo nom d** Lf'ufroi ; le fidèle DaNid y est changé en un certain Morand d.' Ilivière; Galieniie s'ajjpellc Belisscnt. Le poole met sur le siège de saint Pierre un pape de la race di* Ganelon, qui devient pour Charles un l'nnemi retloutable; le futur empereur n'échappe à ses poursuit«*s que par le secours du roi de Hongrie et l'amitié d'un cardinal qu'il élève à la souveraineté ponlifioale après la mort du mauvais pape. Au lieu d'avoir à luller contre le s«?ul Marsilo, Charles avait eu précédennnent affaire aux deux fils du roi Galafre, et quand il s'apprête à reconquérir son royaume, ou voit les deux traîtres Luidri ot L"ufroi sollirilrr l'alliance du fameux Girard de Fraile. Mais rJiarles <'st pui>s;unmoiit rqqiUNé; il ontro en Fran«"e avoc lo roi do Hongrie, :\\**c. Raiiiier d"A\i<;on ot avoe eenl mille puons rntniiiandés p.ir Saïusoiielo. Telles S4»nt à peu près loulos les particularités «pii se trouvi'ut dans lo Charte* magne de Venise et cpii le différencient fort légèrement, connno on le voit, du Charlemagne de Girard d'Amiens. (Voy. l'analyse des Enfances Charleiii. ' 3
PART. LlVn. I
CHAr. m.
II PAIIT. LIVR. I.
CHAP. IH
31 ANALYSK DU CIIAliLEMAO\E DE GIIIAHU AMIENS.
quatre enfants, deux filles et deux fils. L'une des deux filles fut celte aimable et douce Gilain, qui plus
magne par M. F. Gucssard, Bibliothèque de VEcole des Chartes, XVIII, 397- 402.)
l"* Dans la Karlamagnus-saga, Charles a trente-deux ans à la mort de son pcrc : toutes ses enfances sont ainsi biffées d'un trait de plume. La Saga commence par le récit assez dramatique d'une conspiration des douze pairs contre Charles. lAi jeune roi, sur l'ordre d'un ange, fait alliance avec un larron du nom de Basin : ils pillent de compagnie le château du comte Reiufrci à Tongres. Or, ce comte, qui est le frère d'Heudri, est précisément un des deux conspirateurs contre le fils de Pépin, et il raconte tout le complot à sa femme pendant la nuit. Charles, caché derrière les rideaux du lit nuptial, entend tout. Quelque temps après, il s'empare de tous les traîtres et les fait mettre à mort. Au milieu de ces fables absurdes, une seule légende un peu touchante se fait jour : c'est celle qui a trait aux origines de la basilique d'Aix, que Charlemagne fait construire avec un luxe extraordinaire, mais qu'il trouve ensuite trop petite pour son peuple ; et alors il se jette à genoux pour prier Dieu de l'agrandir. Et Dieu obéit à cette prière, et les murs de l'église se dilatent miraculeusement. Quant à l'épisode du complot, si clairement analysé par M. G. Paris (Bibliothèque de VEcole des Chartes, XXV, 93-98), il est reproduit par l'auteur de Renaus de Montauban avec de très-légères divergences. Mais, sans les longs développements de la Saga, il serait difficile de comprendre le passage trop concis des Quatre Fils Aymon. Voici ce passage : « Dex » me manda par l'angle que je alasss cmblcr. — Voircmcnt i alai, ne l'osai » refuser. — Je n'oi clef ne sosclave por resor esfondrer. — Dex me tramist à » moi un fort larron prové. — Basins avoit à non, mena me en la ferlé, — Et si » entra dedans por l'avoir assembler.— Illuec oï (ierin le conseil dcmonstrer — » Qui le dit à sa famé coiement, à celé; — Basins le me c<uita quant il fu retornés. » —Je atendi le terme et si les pris provcs, — Les coutiaus eus es manches, Iran- » chans et afllés : — Je en fis tel justisse, comme vos bien savés...* (Renaus de Montattban, édit. Michclant, p. 266, 267. Cf. la légende de Basin de Gennes oude Charles et Elegast que nous avons résumée plus loin dans la Notice sur Jehan de Lanson.)
6** Rodrigue de Tolède ne donne que quelques détails sur les aventures du Charles durant sa jeunesse. « Ferturin juvcntute sua a regc Pippino Gallis propul- • satus, eo quod contra paternam justitiam insolescebal. Kt ut patri dolorem in- » fcrrct, abiit indignalus,et cum intcr regem Galifrium Tolcti et Marsilium Cœsar- » augustœ dissensio provenisset, ipse sub rcge Toleli funclus militin, bella e.xeroc- 9 bat. Postquae, audila morte patris Pippini, inCaliias cstrcversus, duccns sccuin » Galianam, filiam régis Galifrii quum, ad ildem Christi convcrsam,duxisscdici I) tur in uxorcm. Fama est etapud Burdigalam ei palaliaconstruxisse.* (Mila y Fonlanals, De la poesia heroico-popular càstellauay Barcelone, 1874, p. 330). »
7° Suivant la Cronica général de Espana, le jeune Charles, mécontent de Tadministration paternelle, quitte la France du vivant de son père et va cacher, sous le nom de Mainet, son mécontentement politique chez le roi de Tolède Galafre, qui gouverne cette ville pour « Abderraliman Âliramomolin ». Le prince sarrasin le vient recevoir aux portes de Tolède et lui offre la plus généreuse hospitalité. Sur son chemin, Charles fait la rencontre de Gaiicnne, mais refuse de s'incliner dsvant elle : « Pourquoi ce jeune homme est-il si lier? — » C'est qu'il ne s'incline que devant la Vierge. » Au bout de six semaines, un Maure très-puissant, nommé «Bramante », qui veut épouser Gaiicnne malgré Galafre cl malgré elle, met le siège devant Tolède. Lutte terrible qui se termine par une grande bataille entre Galafre et ce farouche prétendant» Durant tout le combat,
ANAL>Sfi DU CIIAliLEMMiSh: DK GIKAIID D'AMIENS. 35
tard épousa Milon d'Aiij^lanl et devint ''la mère de Roland: ^De ccle issi Roland qui moult paien pena, "ù
Charles dort. Quand il s*évcillc, il sMmnginc, ne voyant personne autour de lui, que SCS liomnics l'ont trahi. 11 se récrie, et fait connaître son nom et celui de son père. Galienne qui était aux créneaux du palais, Galienne renlcnd et réclame très-vivement son secours contre Bramante, qui est sur le point de vaincre décidément Galafrc dans la vallée de Somorial. o — Vite, s'écrie Charles, un » cheval et des armes. — Je te les vais donner, lui répond la jeune fille, mais à • la condition que tu m*enmièiieras en France avec toi. Je me ferai chrétienne et » tu me prendras pour fiMume. > Le fils de Pépin y cousent et Galienne lui donne alors le cheval « Urunchcte > et Tépée Giosa qu'elle avait jadis reçu en présent «le Bramante. Puis, elle arme Charles de ses mains ; et, tout radieux, il s*éliincc au coudiat. « Je m'appelle Charles, et suis fils du roi de France », dit-il à Bramante, qu'il tue et auquel il enlève la fameuse épée Durendarte. C est à ce moment qu'il apprend la mort de son père et qu'il se décide à revenir en France. Galafreveut s'opposer à ce départ; mais Charles, suivant le conseil du comte Murante, ordonne de ferrer ses chevaux à rebours pour donner le change, et s'enfuit vers les Pyrénées. Cependant il charge Murante d"enlever. pour lui la belle Galienne, qui est bientôt reprise par les chevaliers de Galafre, mais qui retombe une seconde fuis au pouvoir de l'hoir de France. Celui-ci l'emmène joyeusement à Paris, où elle est baptisée et devient reine... Tel est le récit de la Cronicagetieralj d'après M. Mi la y Fontanals (De la poe^ia heroico-popular caslellanaj Barcelone, 1871, pp. 331, 33:2). L'érudit esfiagnol fait remarquer avec raison que ce passage delà Crouica est copié sur un vieux poëme, « ainsi que le prouvent son style et les nombreuses assonances qu'on y découvre. il V reste des vers presque entiers et que l'on peut aisément reconstruire». {IhiiL, p. 333.)
8* Dans la Gkan Comqlista ue ultramar, Blancheflor. qui est d'Kspagne et non de Hongrie, donne à son petit-fils, Charles, le royaume de Cordouc et d'Alroeria, ainsi que toute PEspagne ; mais, à sa mort, les rois maures du lignage d*Abenhumaya s'emparent du pays, et Pépin, connue nou^ l'avons vu, meurt avant de le reprendre. Los « fdsde la Serve », Maiufroi et tldoïs; lui succèdent M grand chagrin de Morond de Bivièrcet de Mayugot, conseillers du jeune Charles, qui est alors âgé de douze ans. Ils cimduiscnt néanmoins l'iMifant à ses frères qui le traitent comme un valft. Après l'histoire « du paon rôli et de la broche », qui s<^ passe un jour où l'on célébrait « le jeu de la Table ronde », Charles s'enfuit chez le fluc de Bourgogne, puis chez le roi sarrasin de Bordeaux qu'il secourt contre les Maures de Toulouse et d'Esp.ij;iie. Durant celexil, le fils ih* Pépin ut; vent pas se faim cotiuaitreet porte le nom de « Maiuct ».0r, h* roi de Tolède, llixeni, delà race d'Abonhuniaya, était alors en guerre avec Abdala, roi de Cordon » et avec le géant Abrnhim, roi de Saragosse, qui préb-ndail à la main de sa lille, la belle llalia (GalienneK Suivant les conseils de son alguazil llalaf (Galafre;, llixeni appelle los chrétiens ù son aitlr. Ceux-<'i acconrcMit, remportent deux victoires sur les Maures de Navarre vi de Cxistillc et débarrassent Ilixenî de tous ses ennemis. Alors commence l'amour de Mainel pour Halia. Les conseillers du jeune |)riuce voudraient l'éloigner de la guerre et le laissent dormir pendant «me prandc bataille ; mais Halia lui donne le cheval de son père et uurî ^pée f|ui ne le cédait qu'à la Durendarte d'Abraliim, laquelle devait plus lanl tomber an pouvoir de Charlemagne à Valsomorian ic*e«t « le val de Moriane » dont il est queïition dans la ilhansem île Hnlaiid, v. i'MH}. Mainrt, excité par ces présents d Halia, interpelle ses conseillers, les menace de se faire musulman, et, malgré leur résistance, promet à la fille d'Hixem de l'épouser. Cependant il est rappelé rn France par le duc de Bourgogne ; il y triomphe des deux bâtards et se fait
IIPAIIT. LIVR. I.
CHAP. lU.
36 ANALYSE DU CUARLEMAGNE DE CIRAKD D'AMIENS.
" ''chJp "lîu' '* L'autre fut Constance de Hongrie. Quant aux deux fils, ils s'appelaient Charles l'un et l'autre ; mais l'un
couronner à Aix-la-CliapcIic. Ne pensant toujours qu*à sa chcrc Halia, il envoie à Tolède Morand, qui enlève la jeune fille après avoir, sur son conseil, fuit ferrer ses chevaux à rebours, toujours pour dépister ceux qui le poursuivaient* Charles épouse la Sarrasinc, qui se fait chrétienne et change son nom en celui deSihille (Sevilla). La reconnaissance qu'elle témoigne ù Morand est mal interprétée par quelques envieux, et le loi de Fiance exile Morand ; mais il reconnaît son erreur, et rappelle bientôt cet excellent serviteur. Quant à Ilixem, il se montre d'abord fort irrité de renlèvement de sa fdle; mais il se laisse enfin apaiser par Ilalaf, cl va jusqu'à donner à Charles Tolède et tous ses États. Le prince chrétien s'apprête à passer les Pyrénées et à prendre possession de son nouveau royaume. Mais à peine a-t-il atteint les « ports d'Aspe » qu'il apprend soudain la prise de Cologne par Cuiteclin, roi de Sassogne. Vite, il rebrousse chemin, marche contre les Saxons, tue leur roi, et marie son neveu Baudouin avec la veuve de Cuiteclin, qui est baptisée sous le nom de Sibille. (Mila y Fontanals, De la poesia heroico-popular caiieUana^ Darcelone, 187^, p. 330.)
î)* Pour In Renaus de Montaidan, même remarque à peu près que pour les Enfancen Charlemayne de Venise : les différences avec le CharleuuKjne de Cirnrd d'Amiens sont encore moins tranchées. Observons cependant que, quand W. fils légitime de Pépin est rentré en possession de son royaume, il fait, d'après le Henaus de Monlauhan, brûler tous les serfs de France et j<Her leurs cendres au vent. Du reste, voici les quelques vers qui renferment, dans le poëine des Qimlre Fils AijmoHj toute la légende de l'enfance de Charles : « Ja sui-je fins Pépin, issi com vos savés, — Et Bertain la roïne qui tiuit ot le » vis cler. — Il fut mordris en France et à tort enherbés, — Et jo chaciés do » France, doians, eschaitivés. — En Espaigne en alui à Galafre sormer. — Illuec » fui-je forment dolan set esgarés, — Fors jeté de ma terre et de mon parenté. » — Là fi*-^e tant par armes que je fui adobés — Et conquis Caliene, m'aniie o • le vis cler ; — Si laisa por m'amor 'xv rois coronés. — Li apostoles Miles «m'aida à coroncr. — Je vingen dolce France o mon riche barné, — Et si pris » los les sers qui furent el régné, — Je les fis tos ardoir et la poudre venter. » — Adonc me fis en France, merci Dieu, coroncr. — Caliene m'amie à grant M joie espouser... » (Renaus de Montaubatij édit. Michelant, p. 2CG.)
i(y Le (iAHiN DR MoNTGLANE Hc diffère pas sensiblement de notre Cliarlemagne (voy. 27-2U.)
12* Le K\Rh Mkinet allemand reproduit un J/etn^r néerlandais, qui est attribué par M. Bartsch à la seconde moitié du xir siècle, et par M. Gaston Paris au milieu du xiu" siècle seulement. Quoi qu'il en soit, ce récit, d'après l'auteur de VUisloire poélique de Charlemagne^ est sincèrement original. Donc, il y avait deux frères nommés llaenfrait et Hoderich qui passaient pour fils de Pépin et vivaient près de Paris. Ils font un jour la trouvaiUe d'un riche trésor, deviennent fort riches, et gagnent la confiance du roi Pépin qui, avec un aveuglement peu désintéressé, leur laisse la régence de son royaume et la tutelle de son fils Charles. Ils essayent tout d'abord d'empoisonner l'enfant, qui est énergiquement défendu par David; puis, accumulent délai sur délai pour reculer le couronnement du droil hoir. A un banquet solennel, ils ont l'audace de se faire servir par le jeune prince, qui, dans un moment de vivacité facile à comprendre, jette un paon rOti à la tète de Hoderich. David s'empresse de dérober Charles à la fureur des bâtards, et s'enfuit avec lui à Tolède, où le roi Galafre leur fait bon accueil. C'est là que Charles s'éprend de Galicnnc, triomphe de Braimant et de son neveu Kaïphas, et les tue; c'est
AML\sE hii ciiM}LEiiAG\E w. niriAiiii hamirns. 37
d'eux, qui n'avait pas un [tiiissant entcndempiit, resta (louée ans chez son graiid-pt-re, le roi Flore, et i petit
ie U qult pari pour rcconqitérir ion royaume ; c'est lit (|ii'ii rovionl pour (poutcr enfin sn Gulicnne après vîtigl iiulres aventures iiu'il eal inutile de rapporter ici. .
13* li n'en cal pas loul i h'A àe même do» Reali, dont \e «îxiimo livre Irnitr, romfflo BOUS Tarons itil, > M nasciinento di Karlomagno g do In sciir.i morio ilï PipinO di dui aui noli baslardi ■. Les deux bStnrds, diini colto vprsinii (chap. svil-i.i), empoisonne ni flfrle, assassinent Pépin, et persécutent Ùiarli's. i|ui se riit mnine à Saint-Omer et qui, retrouvé et iccomm par Mnrand de llili^m, va demander 1 R.iliirre un nsilc plus «ûr. Amours de Charles, qui sr> fait ^isci' pour te Dis d'un marclinnd, et de Galienrc, qui finit par le reconnaître. LutlE conlrr Hraïmant et Polinore ; mort des deux païens; conqufile de 1'^^ burandal. Charles retourne ensuile dans son rojaumo avec Galienno qui s'est ii6lno en homme ; il dchappc avec peine aux emtQclies de» 111s de Galafre, et va jnqu'ji Rome, où il est prol^f par lo cardinal L£on, qui ilevient pape juste à point pour baptiser G^licmie et Mnir solennFllenient ion union avec le Ai» in Pépin, dteidément vaiuqueur dos deux bAtards. (Vo;. lliitnire poétique de Lktrùmagne, pp. iSH-iU.) Wou» a»ons résum* de noire mii-uc li^s rcsiinv's i|ii« M. (lulun Piirii a consaenSs à In légende du Karl llli-iiie.l cl A celli' lii's llecti. = F>ul-il rappeler, avec le Difimc êrudît, que d'npri'ï in (.liniiiiqui' 'In Weihènilephan (xv' siiele), l'cnrance de Charles s'écnnlc nu milien ilVur.inti r«laiiert que co prétendu Dis àe mrunier eliarme par sa farce et sa justice i^gnkoient merveillmtes? — ((uaiil nux allusion» nae M. Gaston Piiris a releva *in» AIMrk (*nn, 7831, dans Firrabrai (ler» Ï391, dans la Cl'Ofan île la croi- Hrf«RniIrel<f.1fU|reoU<ver»S06'J)e(ilanB Doun rie ^aifenre fv. GGOUcIsuîv.), ntn» ne les vouloni pas relever après lui. Nous ritcraus seulemnnt un lextn Mei imporlanl qui ■ écliappi' â sa perspir-ncilt-. C'est celui do l'Ënlrre en Kftfit»- La marinier qui cumluil llolnnd en l'crsie essaye de le consoler en hï disant : • Vnli-s nïr canter ti vers de G:ilicnne. — Com clin donnoin Knriea • «n primernine? t iMs. XXI de Venise. P' S30 r".l Cnï deux vers montrent jiuqu'i quiîl point les Knfancfi Cliarlemagiif: i^tiiient deveiiiies une li^gendo
" KOTIRS llKLIOCBtPIII KlTnTLliB^MilM^T I
trJ/inWf.donlM. i:<'^< d'snflrtHTi, i-sli.,! |. .
= 3" RimnMr de \u'~ ■ \ ^ u Stinet qui ont i^lè si Ik'uivu.i' n'est U qu'une partie de ce poi
ne. riont il eil dillleite de préciser L-i vévUlile (nmliiiis; leslaîsses rëmininessonlassonancées •( ha bisica matculines riini^c». = l'onr on donner une idée au lecteur, nons tttons an Iranserire ici un de» plus ciiricu'i i-"ii]ilt'(«. Il !,',i;;ii rln jrum- r.lKirbniagiie et i)c l'ép*! Jujeuso: la scôiie te pns.-r ,i i.i i-.iiii ili' liimr {.iLili.' im
kSIi d« Prpin a re{u l'Iiospilalilê : > Enti rom j ' '.<"' il>. .i h •■■n-, i •■•.
Vainrt ilnnra sa lllle et mi Krnnl rolaulé: — >1.it< t'il li .m l-. .:■{ .i.- i; ^m]|
iporU .— ■ Sire », retponl li cnfes, ■ cou efliln U4 en lli}. — .Nu fFir-mlrai vos-
• I» eup^, ne me vient pas à gr* ; — Cnr j'en ni une vielle île l'iinnen ai' : —
• Isau, li bons fcvrc*. ipii lor los ot tionlé. — La fm^-n el Iraiiir» en» ri vliI > Josaé; — Kl ht le premier roi qui |igt creslicnliï,— (Uuovi le cuurluit. leclievn-
• lier mcmhri,'^ Qui fu Icvdsen fffl* et eréi Ojinieité ;— Elle aii non Joiousi^
38 ANALYSE DU CIIAHLEMAGSK DE (;IRARI) D'AMIENS.
II PART. LIVn CHAP. III
" ' amenda y>. L'autre fut Charles le grantj dont nous allons raconter les enfances.
» — Ccli ne mis cangier, oie m'est bien à gré ; — Or le m'aportés clia, sire » maistre Esmorê, — Si le verra mes sires et si roi couroné. » — Et cil rcspondi : « Sire,'â vostrc volciilé. » — Lors s'en tornc Davis, n' i a plus demoré, — El dciïi'cma un coffre c'iins miils ot aporlé : — N'i et or ne argent ne pailc ne ccndé, — Mais autels et reliques de niolt grant sainteé. — Fors en a trait l'espéc qui fu de grant biauté ; — Puis refreina le coffre et si l'a commandé
— Solin le cap:>lain c'o aus ot amené, — Qui nés ert de Paris la nobilc cité.
— Esuierés tint Joiousc au fourel d'or oivré ; — Il le lendi Mainet, et l'enfcs l'a miré. — Li rois le Iraist du fuerre, s'a le bran regardé : — Li brans trait à verdor de l'acbier bru....; -^ Un des dcns saint Jehan 1-3 benoit ami Dé — Avoit cns el puniel par fhaistric enserré ; — Si ot de saint Pancraisc et de saint lloneré, — Et du digne sepulchrc Jliesu de maïsté. — Les reliques frémirent el poing d'or noiclé; — Très par mi le cristal où sont enseelé, — Les puet on bien veoir en l'or transfîguré. — Quant le voit l'Ainiraus, tos s'en a desperé. — Il en crolla le cief, s'esgarda son barné, — Et le dist à ses rois qui li sont au costé : — « Molt me vient à merveille, par Mahon le mien Dé,— Dont cis bon » est venus ne de quel parenté. » (/{omania, IV, 3!i6-3:27). = 4' Manuscrit connu. On ne connaît que les trois feuillets découverts par M. Boucherie chez BI. Gazier. Ce manuscrit, qui est du xiir siècle, est aujourd'hui déposé à la Biblothèque nationale. = 5» Travaux dont ce poème a été l'oiuet. Nous n'en connaissons pas d'autre que l'exceliciit article de M. G. Paris, où l'auteur rend un délicat hommage à la collaboration de M. Léopold Pannicr (f?om(niia, juillet-octobre 1875). C'est dans cet article que nous avons puisé les éléments de l'analyse ci-dessous. = G"" Valeur littéraire. « Les fragments du Mainél justifient les regrets qu'avaient déjà fait naître, .sur la perte du poëinc entier, les diverses imitations qu'on en connaît. Ils appartiennent encore (au moins par le fond et par l'allure générale du style) à la bonne époque de l'Épopée carlovingienne. Le récit en est vif et mouvementé, les descriptions brillantes et les caractères bien tracés. Les situations surtout et les aventures sont héroïques, intéressantes et bien enchaînées. A défaut de l'ouvrage entier, qui se retrouvera peut-être un jour, nous sommes heureux de posséder ces restes qui, copiés par un scribe intelligent et soigneux, nous donnent de rensenible une idée très-fayorablc. » {Homania^ 1. 1., p. 3li.) = 7** Analyse, lleudri et llainfroi, fils de la fausse Bertc ou de la Scne. ont empoisonné Pépin et Bertc (fragment V, vers 90-92). Pépin, en mourant, a conHé à llainfroi la garde du royaume (I, 52) et l'éducation du jeune Charles, son fils légitime (I, 42). C'est ce Charles que les Serfs vont songer à faire périr (V, 93). Mais un serviteur fidèle, du nom de David, va déjouer leurs projets en feignant d'entrer dans leurs complots et en se faisant leur con* fident intime (I, 30). Description d'une fêle où Ciiarles et ses amis se déguisent en fous (1, 31 ; I, 40) ; Charles s'empare, ^ la cuisine, d'une broche que lui donne son ami fidèle, le cuisinier M<iyugot (II, 30, 31), et en frappe très-rudement llainfroi (II, 35) ; puis, il s'esquive,{lui et ses amis (1, 1 et suiv.). C'est seulement le lendemain, au malin, que les Serfs s'aperçoivent de cette fuite. Ils s'y résignent, et, pour mieux assurer leur nouvelle royauté, font de la popiibrité. On les voit proléger les petits, les vilains, les pèlerins (I, «, b). Bref, ils réussissent et, pouvant tout se permettre, emprisonnent leur beaufrî'rc, Milon d'Anglant (V, 99). Cependant (îharles et David sont arrivés à Bordeaux; puis, à Cri (?). C'est là qu'ils se décident à aller demander Phospitalitau roi païen de Tolède, à Galafre (I, 105). Us passent la Sorgc à Sainte Jean, traversent les ports de Sizre et arrifent à Pampclune. Grâce à un interprète, du nom de Macabrin, ils peuvent enfin arriver à Tolède (I, c). Or,
Suiv^l «ne fable qui n'apparaïL yiih-e avant le " xjv.siècle, Charles naquit le mitme jour que les chefs des
GaUrrc te trouve alar« an vu iria-ftranil embari'iu; il est asuiilli par de puis-
enncmiï, i^t runo de ws villes, MunfrJn, va peul-£tre lunibi»' on leur pou- • S-iuvoi-iiioi, dit-il 3UK Ki'ançniB, et JB ferai volro forliirie • (1, d). àfrts \et péripMiei Ica plut diicraet il'un long combat (II, llt-TU), Cliarlet el* H* FraiK*!* ■Mci'Iont do U vicloirc en laveur de Galnrrc. Du roile, la nnislaïue do Uiarle* nVit encore connue ilc personne, si ce n'est de DiiTJd el do quel>|iMi Français, ol il portern désominïs le nom de i Mainct i. Rien, ir.iillcurs.
plus triste que ion cqiiipsge pI 'nu nrmiirr' ; il p-l Fiinnli- s»r un m:iiiviiis chctnl et porln un pku suspcmln m -m f I, 1-J'.i'. ^1 m' l>iii>?, r|iii .i [>i'>^ Ii^
d'Eimcrj, le raïW liicutJt il'.iniL.'. hli^uiji'Ih ■-, ci l'un .!<■- . .i|.m,ijiii-, iI.^ CalalVc lui ftiil prêtent ilu bon i'li<'>.it .Mil'-. \i<<i - ^l.ll'J<-l - r\,,\i.:- ,],■ ililim-iu dons II nièlic, et lue auccoisivi' ni Ciinnni. !>' loirnri ir ^,>Lit.ii<i-
du roi patcn ilraimant; puis lo roi ):.iii''r: |iiii< !■■ inj \l;j].u:ii lii, m. Cela Tiiit, il entre triomphalement dans lit rill<.' <b- Moiilrin Ml. ti <■! II. >l>. ri, relient à T»l*de, après avoir refuse la rnwnu- r|iii' Im nili.iii'nL l- |imiicifoux habitants de Honfr-in. C't'st alors i|uc In liW-.- 'li- (l^iLiTri', itnornl,^ (;jlii.'iiii(-. te prend pour lui du ]ilui vif amour. Elle n'Iii-silc pai i ivpi^ter tout liaul qu'elle IVpauserail volontiers : < Si j'en arsis un HIs, dit-clie, il lîcnilrait lo inpuuiod'Eipagncau licndemon friTeXarsilc, Jjui ne vaut rien i f III. o). Cour par Calofre oCi il djcl.ira qu'il est pr<!l i armer N:)inet chev.-ilier, A lui
■s une partie do son rojaume (III, bf, et roânic sa Dlle Calicnue qui <<sl demanda pur treale roi*. Parmi ces prétendants, fl n'en est pas de plus Itmblo que Braini.-inl, lequel fait la guerre à Galafre parce que Gniienne »<•
I It l'épouser. Sur rheurc, on fait venir Hninet et on le met on ilemeuro d'ipporter â Gnlafre In IëIc di> Braimant (III, r) . Hainrt s'y engage, cl l'arinc
Duneuse ëpce Joyeuse (III, lij. Puis, il part, lue Ursimant et l'euipnre <Ie l'ipéo Dnrandal (III, a]. Durant toulcs ces batailles, on lui avait eonnë lo (Mnnwnileniont d'un corps d'artnik! cmnfion^ de Syriens : ceux-ci, pleins d'ailirallon devant le caurui;<- de leur jeune capiUine el jugeant par lu qitc son eu devait être bien au-dessus de Hahuinol, se convertissent en masse. Le thapelain Salin en baptise dix mille (III, b ot III. c). Itt'tuur du vainqueur û TuÙdo; conspiration de Uursile contre Hainel. Caliennc révËle à son |iùrc tout 1e eomplet [V, al. Gdafre prend la défcoso de Hainct et menace de mort ses
ix-mlmci, s'ils lui font le nicindre mal (V^ 5f>j. Nuit sensuelle passée par bi Frantnis auprès de leurs>amies; mais Mainet, lui, ne veut pas loucber à
tne • parce qu'elle est encore païenne • (V, b). Nouvelle conjuration des psrtiunsde Uartilc contre la viedoHninel. Ilssurprennenl la bonnefoi dcGalafrc
£me et lui pcrsuatlent que Mainet veut se mettre i la t£to de ses ndèles Sfrieni et dftnlner le père de Galionno. Gatefro se laisse prendre A ces men-
», et entre lui-mtme dans le oumplot (V, <46). Mainet semble perdu, tl va tomber dans une cnihuseado ofi i1 trouvera la mort, mais Gallennc magicicane cl lit dans les astrct le sort qui attend le jeune Français. Vite, •On l'averlit elle sauve (V.e; V, il). Mainet s'embarque avec tes Syriens et bit voile von l'Italie : il entru dans le Tibre (VI, 130) au moment mtmooii les paient «ont tenter un supr^rno elTort contre lo Pape, Mainvl les attaque cl les ktl(Vr, fl. c. rft. MiiiiW n'rtail U .|U'uii de leurs tni|,.^ .r.nnu.... . l'Anii.al cal
de leur di'fiiilr- et nitic en U'^ui- iin:t Untli' iuh' .hjih.' (Ir.ui.li^ Ii.lI.iiUc
Su tlmntl. tl «t Incile de Im coiii|>I.'Iit nu-i: 1.- Illnirlviiwji,,' Ar (.hmmI iIM- Wifni ; Je Mis de IVpin. l'Iiiiir ii-gitirnc do Kr.iuce, sci.i liiiUiimiiir liunS.bii,!-
II PAIIT. LIVR. I.
CHAI», ni
40 ANALYSE DU CUARLEMAGNE DK OIRAnD D'AMIENS.
deux autres grandes gestes, Garin tle Montglan^et Doon de Mayencc. Ce jour-là, l'univers fut boulevei'sé, la
les deux Serfs, et se fera couronner roi. (Voy. la /?om«Hm, 1875, p. 315 et sniv. Les chiffres placés entre parenthèses correspondent à ceux de M. Gaston Paris et se rapportent aux six fragments qu'il a publiés.)
H. ÉLÉMENTS HISTORIQUES DU MA1SRT. .— III. VARIANTES ET MODIFI- CATIONS DE LA LÉGENDE. — Voy. ci-dessus la Notice consacrée au Charlemagne de Girard d'Aniiens.^Nous n'avons ici qu'à attirer l'altcntion sur ces deux vers du Maiiiel où l'auteur a la prétention d'indiquer les sources de son pol^rac. « Il est escrit es hvres de ranciipne geste — Et et grant apolice à Ais à le capele. » M. Ciston Paris fait sur rcs deux vers le coiunKMitairc suivant : « La valeur de ces allégations est nulle pour ce qui concerne Aix-la-Chapelle; '» mais je n'en dirai pas autant de ce qui touche les livres de ^ancienne n geste. Les auteurs de nos vieilles chansons ont utilisé plus qu'on ne le croit »• généralement et plus que je ne l'ai cru moi-même autrefois, des Histoires » fabuleuses de Charlemagne écrites en latin à une époque antérieure. » (Homaniaf 1875, p. 311.) Nous avons discuté ailleurscette opinion de M. G. Paris, ot persistons à croire que la plupart de ces « Histoires fabuleuses en latin » • étaient calquées sur d'anciennes Chansons de geste.
*** NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE SUR LES « E;VFA?«CE8 CHARLEMAGNE » OU LE « KARLETO » DU MANUSCRIT DE VENISE. —
I. BIDLIOGRAPHIE.— 1" Date de la composit.on. LeKarletOy comme la Herta de H gran pUy est sans doute un poëine de la fm du xii** si«';cle, du commencement du xni'.= 'i° Auteur. Cette chanson est anonyme. Elle est l'œuvre d'un Italien qui avait sous ses yeux un poëuie français et l'a accommodé aux exigences de son public. = 3* Nature de i.a versification. Le Karlelo est écrit en décasyllabes rimes. = 4* Manuscrit connu. Le seul manuscrit connu est celui de la Biblioth. St-Marc, à Venise, fr. XIII, 1^31 et suiv. (commencement du xiV siècle). =r 5* Travaux dont ce POEME A ÉTÉ l'objet. fl. En 1750, Zanetti avait donné le signalement des manuscrits franco-italiens dans sa Lalina et italica D. Marci hihliO' tlieca codicum manuscriplorum (p. 250 : Appendice d'nlcuni manuscritti in lingua francese antica). — b. Un siècle se passe sans que ces manuscrits soient de nouveau l'objet de l'attention des érudits, et c'est en 1S40 «lu'lmmruurl Bekker leur consacre un mémoire spécial (Die altfranwsischen Homane der S. Marcus nibHotek/\i\ Mémoires de V Académie de Derlin, ci tirage à part), —c. Quatre ans plus tard, Adalbert Keller publiait plusieurs fragments de toutes les rubriques du ms. XIII (Hoxvart^ 184 i, p. l-Of)). — d. Dans son • Rapport sur les bibliothèques d'Italie » {Collection des documents inédits, Mélanges historiques, III, p. 3i5), M. Paul Lacroix ne donnait qu'une page au Karlelo; mais c'est le premier travail, émané d'un Français, où il ait été fait mention d'un poëme dont les origines sont si françaises. — e. En 183G, MM. Guessard, Michelant et L. Gautier furent chargés d'une mission scientifique en lUilic : c'est alors que M. Guessard analysa, à la Bibliothèque Saint-Marc, tout le nianuscr. XIII. Il copia Macaire, mais se^ contenta de résumer Karlelo, et publia ce résumé dans la Bibliothèque de V Ecole des Charles (1856, p. 393 et suiv.). — f. M. I>. Uajna, dixhuit ans après, donna une analyse plus complète et plus critique du Karlelo dans la Hivista filologica letleraria (II, pp. 05-75). Son travail a pour titre : « La légende de la jeunesse di; Charloniagne dans un manuscrit français du XIV" siècle à Venise. « (Voy. Homania, II, ^270, i7l.) — II. RLfiMENTS HIS- TORIQUES DU KARLETO. - III. VARIANTES ET MODIFICATIONS DE LA LÉGENDE. —Voy. plus haut la Solice sur le Charlemagne de Girard d'Amieits.
ANALYSK DU CUAHLEMAGSE DE OIRAnD D'AMIENS. ^|
IciTC Irembla, la foudre lomba, et le soleil apparut ^^^^^Iv^^^u'^' dans le ciel comme un grand globe de sang. De tels prodiges conviennent à la naissance de tels hommes. Mais ces récits n'ont rien de traditionnel ni môme de légendaire.
La vie de Charles, qui devait être plus tard soumise à de si rudes épreuves, s'annonça sous les plustidufeux auspices. Berle se donnait tout entière h, réducilidfl4<^ son fils. Les deux frères adultérins de Charles, le^deux billards Heudri et Rainfroi, faisaient les empressés auprès de Pépin, et étaient rentrés en grftce auprès de leur père. La paix semblait faile, et Bertc elle-même pouvait se fier en l'avenir ^ Tant d'espérances furent trop tôt déçues. Pépin tint un jour une cour plénière à Orléans, et son fils Charles y parut à son côlé, tout ccla- Umt de jeunesse et de beauté^. Son regard fier anQ0i^|jill sa future grandeur. La jalousie doscnfanls de la Scne s'alluma dès lors contre le fils de Berte, plus terrible que jamais, et ce feu ne s'éteignit plus. Peu de temps après, Berte mourait empoisonnée. Pépin mourait empoisonné : le petit Charles demeurait seul à la tôle u nnis^o n.rio iYwn i^rand empire. On ii^nora lonçlemps les autcui^s ' . lupouonnoni ' de ce double crime : les deux bâtards, lleudri et Bain- '-«p^"^'» rju.rkH froi, avaient une douleur si bruvante et paraissaient si , r'"i !'Vf!:""f
' . 1 «lo> doux S.'ris.
profondément désolés, (|U(; personne ne songeait à les ^\\SXnrT^ accuser. \a\ jeune roi lui-mômc crevait si bien à leur innocence, qu'il en fit tout d'abord ses premiers ministres avec les deux comtes de Berrv et dWnvcr^ne. Pendant un an tout alla bien \
Mais le poison avait trop bien réussi auxdtMix Irailres
' Chnrlf'mnqne il> fiiiMpI ir.VinioMs, tni.iiHTil «lo li llililiiilln'* |ii • ii:iii.Mi.il •. fr. 778. f ii v'rl f" tA r* ot V. - - « Moult l'i Cli.ill.s livs :.i:i\ ri .1.' -r.uil innirri*riMi, --- ('.(»ilni«, oi iicz, vi IV.iii>, ri il«* j^iMlo l'.iron. -• ////••/., T" 'i'.l \". — ' /W.. f il r
%itn o\il.
II PART. M\'R. I
ni A P. II î.
ii ANALYSE DU CllARLEMACSE DE GIUARD D'AMIENS.
pour qu'ils n'essayassent pas d'en faire usage contre le roi leur frère, l^ar bonheur, leur complot fut découvert. Ils furent démasqués, et il fallut songer à préserver le véritable héritier de l^epin de nouveaux, de plus grands dangers. Le mari de Gihiin, Milon, accourut, et euîmena Tcnfant dans son duché d'Angers, où quelques vassaux fidèles formèrent autour de leur jeune roi une garde du corps i*edoutable et prèle à tout. La sœur de Charles lui prodigua, durant ce premier exil, les témoignages d'une affection profonde. Les bâtards paraissaient vaincus. Ne pouvant rien par la force, ils essayèrent encore de la ruse. Ce qu'ils voulaient par-dessus lout, c'était attirer de nouveau le petit Charles auprès d*eux. « Il faut le couronner roi », dirent-ils aux comtes d'Auvergne et de Berry, qui n'étaient pas encore éclairés sur les véritables intentions d'IIeudri et de Rainfroi. Et les deux comtes de répéter avec uiie bonté aveugle : « Il faut le couronner roi. » Quant au peuple de France, il avait été adroitement travaillé par les fris de la Serve; ils s'étaient créé une redoutable popularité dans tout le pays. Quelques partisans restaient Ji Charles, mais faibles, mais tremblants, mais dévorés par cette frayeur qui, devant |es entreprises des méchants, est commune «ux honnêtes gens de tous les pays et de tous les temps.. Charles dut se rendre îi Reims pour y recevoir la couronne royale : il avait quinze ans *.
Heudri et Rainfroi frémirent de joie en le voyant faire son entrée dans celte ville : car ils espéraient bien qu'il n'en sortirait pas. L'impatience les perdit, et leur orgueil. Non contents de le faire mourir et d'installer leur bâtardise hur le trône de France, ils voulurent auparavant se doimer la joie d'humilier le
' Clutrhmagnp. «lo (iirar.! «rArniens, Uihiiolli. nation., fr. 778. f' 21 v^
ANALYSE DU ClIMiLEMAGyE DK filRAlU) D'AMIENS. 43
fils de la vraie reine devant les fils de Fadultère. Ils "''illVm '
ou \v I II
déclarèrent que Charles devait les servir à table. Et Charles dut s'y résigner : car les deux traîtres avaient pour eux la force. Le banquet fut magnifique : il se termina par une scène où se révéla pour la première fois l'indomptable fierté du fils de Pépin. Charles entra dans la salle, tenant un paon rôti encore tout embroché, et se dirigea du côté de Rainfroi. Arrivé près du bâtard, au^v lieu de le servir avec humilité, il se releva soudain de . toute la hauteur de sa taille, et d'un air terrible jeta le l)aon au visage de son frère en donnant à ce félon un terrible coup de broche. Les deux fils de la Serve poussèrenl un cri de rage et se précipitèrent sur l'enfant po!ir le tuer. Une horrible môlée s'engagea dans la salle ; le comte Hugon et le duc d'Angers, à la faveiu' (lu tumulte, enlevèrent Charles, et le mirent à l'abri dans un fort cliAteau aux environs de Reims*. C'est en vain que le duc de Dijon essaya de rétablir la paix : les deux Serfs ne rêvaient plus que de se venger de rinsulteur.
Ici paraît un nouveau personnage de ce drame, (|ui conijuerra bien vite toulçs les sympathies : c'est le fidèle David, qui est aveuglément dévoué aux destinées de Charles; H compose son visage devant Rain- . froi (4 Ilendri; il gagne leur confiance, et ils vont jus- (ju'à lui révéler leurs projets d'empoisonnement. David alors se précipite, va retrouver le fils dtî Rerle qui est caché dans un autre château au bord de la Seine, réunit les partisans du vrai roi : '< Il faut que Charles /» quitte la France », s'écrie-t-il ; c' il n'y est plus en » sûreté. » On se hâte, on entoure Charles, on le l'ait partir sans retard. A minuit, il s'éloigne de sa terre
• f.'lutrlr.ntifjnr. •!.♦ r.ir.inl «l'Ami us, Hililiolli. nr^tion., fr. 778 f "27 y\'\ t-^V.
U ANALYSE DU CHARLEMAGNE DE CIHARD D*AIIIENS.
'""nïIp'ML ' natale qu'il ne reverra plus de longtemps, et où vont
régner les bâtards. Il était lenjps. Pendant qu'il s'enfuit
Cliarl«»« osl forcé , , , i¥¥J**r»*i»' • «
.1.» enfuir au galop de son cheval, Hcudri et Rauifroi arrivent au oiiii inliivo château qui tout a Theure renfermait la fortune de la
un amlo a I.1 conr ^
.1.. (;;.i;.fn'. Fiancc : ils le trouvent désert. Leur fureur s'allume :
nu |MI(MI
.le ToK.i.'. (^yg j^»g j^i^jg jç Charles sont persécutés dans tout le royaume; ceux qui ne sont pas mis à mort sont jetés en prison; Milon d'Anghmt lui-même subit cette inique violence. Les honnêtes gens s'enfuient, les poltrons laissent faire, la fraude triomphe. Rainfix)i et Heudri sont les maîtres de la France. Mais Dieu veille sur la vie de ce Charles qui sera un jour le rempart de l'Église. Celui dont on persécute, dont on tue les partisans, anivo lui-même sain et sauf dans la Navarre; puis, en Kspagnc. Le voilà à Tolède, en plein pays musulman ; le voilà en sûreté parmi ces mécréants, celui qiii n'était pas en sûreté chez ses sujets chrétiens; le voilà sauvée.
rrpiui..rs expioiu c'cst uu sin$j[«ilier caprice de la léîïende-, il faut l'a-
'"rMliinT" vouer, que cette idée de faire passer au milieu des Sar-
11 hioinpiM. lasins radolescencc du grand ennemi des Sarrasins.
I i-tnir lînivniil.
* CItarlemagne <lc Oiranl d'Amions, IJibliolIi. nation., fr. 778, f- 28 r» à :M)\-.
' Dans lo Charlemagne i\o VjMiisc, les Enfances de Charles sont rcsuniÔRs AÎnsi qn'il snil. Nons plaçons, en regard du texte italianisé, la ro!^tit^tion franraise que nons |iroposon$; mais il ne faut pas oublier que l'autour italien \Vi\ point (d)servé dans son texte une des lois fondamentales de notre ancienne rliythmiqne : la distinction formelle des assonances en ter et de celles en fr, qui, d'ordinaire, ne sont jamais mêlées dans un seul et même couplet. A l'exompledc M. tiuessard en sa reslilnlion de Macaire, nous avons été forcé ilc H'spertor cotte disposition fautive du texte italien :
Itoiui.s Karlclo je [i'.*tit h.içcli^r I\<Miicst K.irli>t, li \y.-Vt baclii'lors
yi* in Sp.ijfii»' s:' alinl .-ni alovor, Uni s'rii .«ioil on IC>p.-ilgM alover ;
Kl li roii (iahirrio li avoil ni ^er Kl li bon» miî GalafresTol »i cliior
Une li <lé ll«>li!»ant >a tije par uiulcr. U"'d ii «lunna ta lillo m>r uioillior.
K ('!•> xono un fi bon çivalcr l'nis, devint-il uns si bons clirvaliers
llrailiant our.is à li bninl forhi d'accr. Uraibanl ovi^l à 1' branc forbi d'acior.
K poiî* ril Karleto til leva cn|MMrr, Kl pni* fu rois cil Karb-l à l' vis lior :
Me.V'tnio l'ant^ji' li \cne eucomncr. Meïsnie l'anplo lo vint oncoronor.
Mervello olitiivii in ccilc roman ronicr, Mer\eilb' orrez on cent roman conter,
S*» vo-» slan'* en pain ad a«coUor... St* yo* c»lei on pais a l'cscouier.
ANALYSE DU CHAHLEilAGSE DE GIRAnD D'AHIENS. 15
Charles ne veut pas, d'ailleurs, êlre connu de ces païens : il change son nom en celui de Maines ou Mainet. Ses compagnons gardent, à son sujet, le plus profond silence : ils veillent sur lui comme sur l'espoir de la France el ne tolèrent pas qu'il s'expose au moindre danger. Pendant qu'ils se meltent vaillamment au senice du roi musulman Galafre ; pendant qu'ils donnent de rudes coups de lance aux ennemis de ce roi; pendant qu'ils s'entretiennent la main dans ces exploits faciles et brillants, le pauvre Mainet est condamné à rester à la maison par ses fidèles partisans qui, à force de l'aimer, se font presque ses geôliers. Le sang de Charles commence à bouillonner violemment dans ses veines. Oi sanu empourpre son visage, il s'indigne, il s'exalte. C'est un jeune lion en cage. A chaque expédition nouvelle, il supplie David de l'emmener avec lui ; ses doigts frémissent, ils veulent tenir la lance, et c'est avec rage qu'il entend, qu'il voit partir ses Français pour lé combat, pour Vcsîor^. Un jour enfin, il n'y tient plus. Lne grande bataille se prépare contre l'émir Bruyant. D'une voix plus impérieuse que de coutume, Mainet réclame une place au milieu de ses sauveui-s, ou plutôt à leur tète : « Jouez aux échecs *, lui répond David. David ne pense qu'à ménager le sang de son jeune maître ; celui-ci ne songe qu'a le répandre. Il s'échappe de sa prison, comme Roland s'échappei-a un jour du palais de Montloon ; el le voilà sur le champ de bataille, où il fait une entrée terrible. Ce n'est pas sans émotion qu'on assiste, dans cette légende, au premier coup de lance de Charlemagne. H se démène comme un furieux dans la mêlée sanulante : il se fait jour jusqu'à Bruyant, l'interpelle, le défie, le tue; puis,
' Charlemagne de Girard d'Amiens, UibUotli. nalion., Tr. 778, T ^ cl 31.
nrjurr. uvm.i aur. III.
jr, ANALYSK DU ClI.MtLEMAaMC DE (ilUADD DAMIEXS.
Il PAIiT. LIVR. I.
CIIAP. m.
lui coupe la tôle d'une main ferme, et envoie ce trophée au roi Galafre.... Peu de temps après, Mainet est armé chevalier, et le poêle qui raconte ces événements presque fabuleux trouve juste à point un prêtre catholique pour confirmer ce huitième sacrement à son héros ^ Mainet, dès ce jour, grandit aux yeuîc de ses compagnons, aux yeux des hilîdèles. Il parcourt en vainqueur toutes les frontières du royaume de Galafre; il fait Toffice de l'antique Hercule, et délivre le roi son allié de tous ses ennemis ^ Un seul lui reste encore à soumettre : c'est Braimant. Mais il est nécessaire qu'il devienne comme les autres la proie de ce jeune aigle. Et voilà qu'il attire sur lui, comme un tonnerre, la colère du lils de Pépin en demandant pour femme la belle Galienne, la lille de Galafre. C'était porter à Charles le coup le plus sensible : Charles aimait Galienne '.
.ic^"T!rirs ^'^'^ ^'^ P'"^ frais, de plus pur, de plus gracieux que
« i «h «;.ikMiii.?, ^Q premier amour. Girard d'Amiens, ce versificateur
sans poésie et sans Ame, n'a pu détruire tout à fait le charme puissant de cette jeune affection. Il est doux de voir avec quelle facilité Charles laisse pénétrer dans son cœur viril le plus naïf et le plus candide des
' Chnrlemagne de Girard d'Aiiiiciis, DiMiolli. nation., fr. 778, T îW r* à IIT) v".
' Cf. le Chatiemagne de Venise, dont je donne ici le texte : « Gran corl mantcncnt
K.rinrant, — Tant Tamoit Galafrio cimi Balnganl» — Marsilio avec lui crisemanl.
— Ni an K. no cra pais si lanl — Q.?l non donast robe et palafroi anblant;
— Falcon, esparaveri lenoit plus de ranl. — De lu se parloit trosin Jcrusalant.
— Braibant l'olde dire, un roi ollreposant, — Qe li rois Gaiafrio c lui c sa jant
— Tant lionoroil la crisliane jant — En son pales feisjit orer lisant, — E rantcr niesc e li Deo sagranieut. — Tal oit li dol par poi d'ire non faut. — Dist " à sa jent : « lien de eser dolant — Quant Galafrio c falo recréant ;— Kenoié «oit Maçon et Trcvifçant. » - Dist Danabrin un no vali niant : — « Ënvoïcz ù «lui tost de nianlenant, — S:'nra demore ve maudi celé enfant — Et celc autres «que son en Deo créant. -- S' cl ol vol faire, reecvcs cuni parant, — E soa » fille qe oit nome Helisanl, — La donarés à vos lîls Bruant. — S'cl nol vol » faire, moilo sia cramant, m - - Dist Braibant : « l'ar mon Deo Trcvigant, — » Melor conî*(;il ne qncro ni no déniant. «— Quatro païn, di mcltri de sa çaut, " — Fi pariler à lo de mantcnant... »
' Charlemagne de Girard d'Amiens, Biblioth. natioo., fr. 778, f 35 Va 38 r*.
du roi Giihifri*.
ANALYSE DU CUAniEMAGSK DE GlUAUD D'AMIENS. 17
amours. Celui qui a doja vaincu tant de géants, et qui " al^p.S'u!*' leur coupe si froidement la tète, aies rougeurs et les ' simplicités d'un bachelier. Galienne et lui se voient à la dérobée; ils s'entretiennent avec pudeur, ils se font de charmants adieux'. Mainet part ensuite, et part rempli d'ardeur contre le redoutable Braimant, dont il triomphe avec une rapidité légendaire et qu'il tue'^ Il poursuit le cours de ses conquêtes, aimant toujours Galienne, pensant toujours à elle, tandis qu'elle pen.se toujours à lui. Cej>endant le secret de sa naissance se dévoile aux yeux de Galafre et de sa fille. Dans ce jeune chevaUer, dans ce vainqueur, dans ce héros, on reconnaît enfin Y hoir de France, le fils de Berle et de Pépin, l'ennemi de Rainfroi et d'IIeiKlri. Le retour de Mainet est un triomphe. Il apparaît avec la double majesté du malheur et de la victoire; l'amour de Galienne s'en accroît. En ce pays d'Infidèles, Charles n'a qu'un ennemi, qu'un jaloux; mais il est redoutable. C'est le frère même de Galienne, c'est Marsile\ Les yeux de Marsile n'ont pu soutenir l'éclat de la gloire de Charles. Il se voit trop oublié pour ne pas haïr celui qui est la cause involontaire d'un tel oubli. Il devient pour Mainet un autre Rainfroi, un ^ autre Ileudri; il se met lâchement en embuscade, il veut Uier celui qui déjà peut l'appeler son frère. Efforts inutiles : Mainet découvre la ruse, jette Marsile à terre, le tient sous ses genoux, lui pardonne, et ce dernier triomphe met le comble à sa gloire. Quelque lenq)s auparavant, il avait épousé sa chère Galienne, et une grande solennité avait étonné les yeux des païens : Galienne, toute belle, toute jeune, tout heureuse, s'était sentie indigne du fils de Pépin tant (prelle resterait dans la nuit de sa religion. Elle avait voulu descendre dans
' (lUnclemmiike dn Gimnl d'Aiiii us, lîililiolli. nation., IV. 778, f Iî8-il i".—
Il PAHT.
CIIAP
|Mr Ips
18 ANALYSE DU CUAHLEMAGNE DE GIRADD D*AMIENS.
'-'J," ^ l'eau du baptôuic. Depuis ce jour clic mcriUiit d'ôtre reine de France*.
charirt-^iiouso Ccocndant le bonheui- de Charles n'était pas complet : .Hiiiu; lEwno iQulcs Ics fois ouc Ic veul venait à souffler de la France,
et délivra noiiHî * ^
loi^Êishii. ^' soupirait. Il aurait pu s'assimiler par avance ces belles paroles d'un de nos meilleiu's troubadours : « Quand » le doux vent vient à venter — Du côté de mon pays, s^ — M'est avis que je sens — Odeur de paradis. t> Et néanmoins ce n'est pas en France que la légende va conduire le fils de Pépin après ses premières joies nuptiales. La légende parfois est intelligente, et sait reliéter les besoins et les idées d'une époque. Ce n'est pas en France, c'est à Rome que Charles se rendra tout d'abord. Avant de défendre sa propre cause, il prendra en main la cause de l'Église. La légende, si souvent inférieure a l'histoire, essave ici de se mettre à la hauteur de la réalité : elle se rappelle les grands efforts du Charlemagne de l'histoire pour constituer fortement la . liberté du saint-siége; elle se souvient des expéditions françaises contre les envahisseurs lombards, et elle s'efforce de reproduire ces nobles souvenirs. Par malheur, c'est un Girard d'Amiens qui tient la plume, et rien n'est plus médiocre que ses petits vers, consacrés à de si grandes choses. Ah ! ([ue n'avons-nous affaire à un grand poëte ! Il nous eût représenté Charles, les yeux brillants, les narines gonflées, frappant du pied la terre, jetant un regard vainqueur vers la France où l'appelle son désir de vengeance, épiant l'heure où il pourra humilier et punir ses deux frères bâtards. Mai^
' Charlemaijm de Girard d'Auiien?, Bibliotli. nation., fr. 778, f* fiO i* et v". '
ANALV>iË DU CItAHLEMAGSE DE GIKARD D AMIENS. 49
voici que de mauvaise» nouvelles arrivent de Rome, et "'^51;"^*'dès lors tous ces projets, toutes ces espérances s'évanouissent. Les Sarrasins, commandés par Corsuble, assiègent la Ville étemelle; le Pape pousse un cri d'alarme : c'est à la France ou à des Français qu'il appartient d'écouter de tels cris. Le fils de Pépin change d'ilinéraire : il part pour l'Italie. Il ne veut rentrer en possession de son royaume que si l'Église est rentrée en possession de sa liberté'.
Un vrai poète n'eût pas manqué de nous peindre ici puis, Taspect terrible et religieux de Charles dans le moment '^^^^T^, où il aperçoit Rome pour la première fois. Il n'a d'ailleurs ^^^^ «"j^ ^^^ qu'à se montrer : les Sarrasins sont écrasés entre les ^^^^H!^ murs de Rome et son armée ; le Pape est délivré ; les Ro- a» lîïïî!^. mains acclament le jeune vainqueur, et lui décernent une ovation digne des triomphateurs antiques". Ce récit sans doute est moins beau que l'histoire, mais il y règne encore une certaine beauté. Et, dès cet instant, nous nous intéressons plus vivement à ce fils déshérité do Pépin et de Rerte. C'est avec bonheur que nous le voyons, suivi de son armée joyeuse, remonter vers le Nord, Iravei^er la Toscane et la Lombardie, et enfin, terrible, frémissant d'une colère légitime, franchir les frontières de France. Il se montre en Rourgognc, puis à Lyon^ A peine a-t-il été reconnu, que les vieux dévouements se réveillent; il a d'autant plus de partisans qu'il paraît plus riche et plus puissant. Les nouvelles alors ne se répandaient pas avec la mpidité que nous connaissons aujourd'hui : néanmoins, d'église en église, de ville en ville, de bourg en bourg, la redoutable nouvelle de l'arrivée de Charles arrive aux oreilles d'Heudri et de Rainfroi. Charles poui^suivail toujoui^ sa marche contre les
' 67«ir/«*»i(i«;>i« (le Girard trAmicns, Bibliulli. naliun., fr. 778, r'55 i** et \^. — « /6ic/.,f' 55 \^, 00 V'. — ' im,, r 00 \^, 01 r.
50 ANALYSE DU CIIAHLEMAGNE DE GIlUnD D'AMIENS.
"«'jljTpLivn. I. traîtres, et son armée se grossissait toujours de nouveaux soldais. Il marchait seul, en avant de tous les siens, avec un visage farouche : « Et Maines, qui moult ot de sei^ » grever envie, — Chevaucha tout premier baniere » desploïe *...)> C'est ainsi qu'on le vit entrer dans Soissons. L'hoir de France était déjà au cœur de son royaume. Or, en ce moment, la sœw de Charles, la pauvre Gilain, était assiégée dans Montdidier. Son frère l'apprend ; il s'apprête a la dégager, quand tout à coup on lui annonce qu'un pèlerin, un pammi\ vient d'arriver à Soissons et qu'un boucher de cette ville Ta reconnu pour le traître Ileudri. C'était Ileudri, en effet, qui avait pénétré sous ce déguisement dans la ville où Charles venait d'entrer en vainqueur. On le saisit, on le jette en prison, on le dépouille : il portait sur lui un petit baril, plein de ce poison subtil qui avait causé si rapidement hi mort de Bcrte et celle de Pépin-. Alors Charles rend grâces à Dieu; puis, il ne s'occupe plus que du salut de Gilain et délivre cette chère sœur qui jadis lui avait servi de mère. Le moment où ils se revirent, leurs premiers embrassements, la première vivacité de leur joie, seraient le sujet d'un beau tableau; et Girard d'Amiens lui-même en a été presque inspiré. C'est peut-être la seule page de son poème qui ne soit pas d'une détestable platitude :
Gilain était comme désespérée, — Quand vint un chevalier qui bien Ta rassurée : — d Ne soyez plus, dit-il, effrayée par les Serfs; T» — Car Charles le Grand vous a délivrée de Tun et de l'autre. — » Bien qu'on Tait cru mort à cause de son absence, — 11 est
' Charlemafjne de Girard d'Amiens, Biblion. nation., fr. 778, C* 02 v". — * Ihid.f f" 63 r^ et v". Il est à remarquer que, |iour juger de la force de ce poison, on l'essaye sur un condamné à mort : « A un liome jugié à cui il l'ont donné — A boire avoec bon vin où il Torent meslé ; — Mes le venin ot lues son cors tel conraé — Qu'ilcbaï devan tous mort jus emmi le pré. » (P 63 r").
ANALYSE l>U CUARLEMAGNE DE GIIIARD D'AMH||i>. 51
9 revenu, ii a recouvré sa terre. » — « Son frère (lui dit encore ce '«paut. livr. i.
' ^ r.liNP. III.
» chevalier) est là 80us le bois ramé, elle peut le voir. — Il a
j» amené pour la délivrer une telle armée, — Que les gens des * deux Serfe oot ilé mis en déroule — \Sans un seul coup de » lance ni d'épée. i> — Quand Gilain entend le chevalier, elle change de couleur. — De joie et de pilié fut alors tellement entreprise — Qu'elle tomba aux bras des siens comme pâmée. — Mais le cœur lui revint, elle s'est évertuée. — Puis, s'est apprêtée aussitôt pour chevaucher. — Elle et sa gent sont montées à cheval pour voir Mainet. — Tant qu'elle peut, elle se hâte d'aller vers son frère. — Aussitôt descendue de cheval, elle va à lui, — Et Charles, dès qu'il a aperçu sa sœur, — A couru vers elle aussitôt, les bras tout grands ouverts; — Il Ta très-doucement pressée iMilro ses bras — Et savoureusement baisée et embrassée. — Et elle lui '.
Et c'est avec la même joie que Charles revit et embrassa le petit Roland, son neveu... Cependant le pays tout entier se déclarait pour le roi légitime. Le traître Rainfroi tenait encore campagne contre lui; mais il reculait. Dans le même teinps que le fils de Pépin entrait à Noyon, le fils de la Serve se réfugiait à Dinant. La résistance du traître ne pouvait, d'ailleurs, être de longue durée. Poursuivi, traqué, battu par Charles, à demi mort, Raiufroi fut bientôt jeté en prison comme Ileudri, et le frère de Gilain demeura enfin le stMil roi de France*. La France, dit Girard d'Amiens, était à cette époque le pays qui s'étend entre la Loire et le Rhin^
xVu milieu de tant de triomphes, une rude épreuve vint frapper le vainqueur : la douce Galienne, qui était pi„''''aS''Enfancc:. depuis longtemps séparée de Charles, se mit en route ^^^ charieinoipic.
' Charlemague i\e Girard d^Amicns, Bibliolh.naliun., 1V.778, f' G4r", 2" colonne. — nhid., rOir» àCOr".
' Entre Loire et le lUii, tant coin l'on pcnt errer,
8o«ioît-on lo pais adonc Fraocc clamer.
(Ibid. f>'GGv«oliIr«.)
Mort
II PART. LIVR. I
THAP. IV.
pour le rejoindre. Elle n'arriva en France i|ue pour mourir entre les bras du jeune roi, en donnant le jour à un fils qui ne vécut que quelques heures^ C'est devant le spectacle de ces larmes et de celte solitude douloureuse que le poète aurait dû se taire*; c'est ici qu'en réalité se terminent les enfances de Charlemagne.