‹ Bibliographie des chansons de gesteChapitre 23 sur 150 · I. Rome tombe · texte numérisé non relu

I. Rome tombe

au pouvoir

d<'s Siarraains ;

Cliuicmagno]

fÊBW

In» AlpM.

Ojçicr s'.appriUc

n comballro

les païens.

' Un jour, tandis que Charlemagne oubliait dans sa gloire les épreuves de son enfance et la mort de Ga-

* Charlemagne de Girard d'Amiens, Bibliolh. nation., fr. 778, f* 66 r°ct V. ' « 11 résulte de l'analyse qui précède que Girard d'Amiens a eu sous les

yeux, pour composer le premier livre de son Charlemagne, rancicn pocnie intitulé Mainel. Je ne crois même pas nécessaire d*admettre qu'il ait connu d'autres sources. » (Gaston Paris, Hommiia, IV, 313.) Ajoutons seulement qjje Girard d'Amiens, après la mort de Galiennc, se met à raconter en fort mauvais vers le règne de Carloman conjointement avec Gliarlemagne, la guerre de Ciiarlemagne contre l'Aquitain llunald, sa première expédition contre les Saxons, son mariage avec la lille de Diilier de Pavie, et enfin la mort de Carloman. Ce n'est pas ici le lieu de raconter ces faits trop connus. Car ce n'est pas l'histoire de Charlemagne que nous prétendons écrire, mais sa légende.

* NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE SUR LA PRBMIÈRB BRANCHE DE « LA GHE¥ALBRIE OGIER DE DANEMARGHB > (ENFANCES OGIER). — I. lUBLIOGUArillE. — On la trouvera plus loin, à sa vraie place, lorsque nous aurons lieu d'étudier dans noire quatrième livre : 1* Les onze autres branches de la Chevalerie Ogier, S"* les Enfances Ogier du manuscrit de Venise, et 3" les Enfances Ogier d'Adenet.

II. ÉLÉ.MEiNTS HISTORIQUES DE LA LÉGENDE. — On peut étabb'r scientifiquement les propositions suivantes : 1° H n*y a rien d'immédiatement histo»

ANALYSE DES EiWANCES OGIER. 53

lionne; tandis qu'il se tournait, plein de rage, vers le " "^iSAp"?*^ roi Geoffroi de Danemark, qui avait récemment insulté

rique dans la légende des Enrances Ogier. = 2** 7/ a réellement existé à la cour de Charlemagne un soldat célèbre du nom d^Autcharius^ Audegarius, Aulhariiu, Otker. C*est ce qui est prouvé par les textes suivants : a. Une lettre du pape »ainl Paul I* au roi Pépin, de rannée 7G0 : « Innotescimus siquidem praecelsœ

• chrislianitftti vestrae quod nupcr, dum ad nos conjunxisscnt fidclissimi vestri, » scilicci amabilis Remedius vester alque Autcharius gloriosissimus dux, con-

• stilit inter eos et Dcsiderium Longobardorum regem, ut... omnia patrimonia, V jura etiam et loca... nobis plenissimc rcslituissct. » [Historiens de France, V, 522.) — b. Un' fragment de la Chronique de Moissac, de 752 à 814 {Historiens de France, V, 69 et 70) : « Ann. 773. RexCarolus... misit, pcr dirTicilem ascensum 3 mentis, legioncm ex probatissimis pugnatoribus qui, pcr transcensum mentis, » Longobardos cum Dcsiderio rege et Oggerio in fugam convcrterunt. » a Ann. 774. Gloriosus rex Karolus, cuncta Italia sibi subjugata vel ordinata... •> truso in cxilium Desidcrio rege et Oggerio, et uxore et filia.... in Franciam » rcversus est. » — c. Un extrait du moine de Saint-Gall^lib. Il, cap. 26, llistO' riens de France, V, 131) : « Contigit quemdam de primis principibus, nomine B Oggerium, oflcnsam terribilissimi imperatoris incurrcre et ob id ad eumdem i Dc:»iderium confugium facere... » Suit la fameuse légende de l'Empereur de fer. — d. Plusieurs passages d'Anastase le Bibliothécaire : « Ann. 753. Missi... Pippini régis Francorum : id est Rodegandus episcopus, et Aitcharius Dix...» Un peu plus haut, Ogier est traité de familiaris régis Pippini. Avec Chrodegand, Ogier est envoyé pour protéger le pape Etienne il et le conduire en France. {Historiens de France, V, 435. ) « Ann. 772. In ipsis dicbus contigit » uxorem et filios quondam Carolonianni régis Francorum ad regem Longof bardorum fugam arripuisse cum Ai'thario... » {Ibid., V, 459.) « Ann. 774. a Adalgisus, Desidcrii filius, assumens secum Autcharium Francum et uxorem a atque filios Carolomanni, in civitatem quo} Verona nuncupatur... ingressus « est. At... Karolus cum aliquantis forlissimis Francis in eamdem Veronam pro- > peravit civitatem. Et dum illuc conjuiixisset, protinus Autgarius et uxor » atque filii Carolomanni propria voluntate eidem benignissimo Karolo régi se

• tradidenint. * (Ibid., V, 401.) — e. Un texte tiré des Annales Lobienses : « Ann.

• 774. Karlomannus defunctus est Salmonliaco. Uxor ejus cum duobus iiliis et » Otgario marchionc ad Dcsiderium regem, patrem suum, confugit. » (Pertz, Scriptores, H, 195.) — f. Un autre texte du Chronicon sancti Martini Coloniensis : • Ann. 778.Monasterium a Saxonibus est destructum, et dcnuo res- » tauratum nor Otgerum, Daniœ ducem, adjuvante Karolo magno imperatore. » {Ibid., U, 214.) — g. La Chronique de Sigebert de Gembloux (xi' siècle) :

• Ann. 771. Kariomannus rex, régis Karoli fratcr, obit. Purs rcgni ejus partibus a Karoli se unit. Uxor ejus cum filiis et Authario Franco ad Dcsiderium regem B Italisconfugit... > « Ann. 774. Rex Karolus Veronam capit in qua Autharius

• Francus, cum uxore Carlomanni et filiis ejus latens, se cum eis régi dédit. » (Historiens de France, V, 376.) — h. Un opuscule attribué par les uns au x« siècle, par les autres -au xi* siècle, et qui est intiliilé Conrersio Otgerii militis et Denedicti ejussocii (B. nat. anc. S. Germ. lat. 1607) : « Othgerius, vir gcnerosa nobili- 1 tate clarissimus Deoque pcrmittente in frequenti prseliorum cxercitatione vic-

• loriosissimus, et ideo tempore gloriosissimi imperatoris, magni scilicet Caroli, a inter Francorum principes gloria et honore adco sublimatus ut post ipsum

• in regni iny)erio et dominatu existeret secundus.. » — i. Mctcllus de Tcgernsee dans ses Quirinalia, d'après Wernher de Tegernsce « qui écrivait en 1158 » et qui dit : « Parmi les parents de Pépin étaient deux princes élevés au-dessus des autres, dont Fun était Adalbert^fsemier comte de Bavière, et Fautre Otkar,

" ''cnlp^\\\*'' ^^^ messagers de France ; tandis qu'il méditait de lerri-

blés représailles contre les Danois el s'apprêtait à faire

duc des Bourguignons, que la race des chanteurs appelle depuis longtemps Osigicr. » (Voy. Vllistoire poétique de Charïemagney p. 312.) — j. Le tombeau d'Ogicr et de son conipîignon à Saint-Faron, de Meaux, qui a été reproduit el expliqué dans les Acta Sanctorum ordinis sancti Uenedkli (sœc. iv, pars I, pp. 604- GG5). Ce monument figuré est connu de tous les érudits. Nous ferons seulement observer que la plupart des archéologues ont pris, pour la statue d'Ogicr, celle d'Olivier promettant à Roland la main de sa sœur Aude. = Quoi qu*il en soit, de tous les documents historiques qui précèdent on peut tirer une histoire abrégée de noire héros. « Otkcr fut un des personnages les plus considérables de la cour de Popin et de Charleniagne. Encore jeune, il fut envoyé avec llemi, fW're naturel de Pépin, pour faire rendre gorge au roi des Lombards et le forcer à restituer tout ce qu'il avait enlevé au saint-siège. C'était en 760. Sept ans aujiaravaiit, le même Pépin l'avait envoyé avec le saint évôquo de Metz, Chrodegand, au secours du pape Etienne II. II s'attacha à lu fortune de Carloman, frère de Charleniagne, et, quand Carloman mourut, il accompagna sa veuve et ses enfants à la cour du roi Didier. Il se mettait par là en hostilité ouverte avec le terrible Charles. Malgré tout l'effort de son dévonement, il ne put faire triompher la cause de Didier. 11 fut fait prisonnier dan§ Vérone, ou plutôt il se remit lui-même aux mains du vainqueur avec la veuve et les enfants dont il s'était montré l'intrépide défenseur. Cela se passait en 77 i. Quelques années après, Ogierétait revenu en grâce auprès du roi des Franks, eten 778 faisait restaurer un monastère à Cologne. Une tradition, qui n'est pas entourée de preuves, veut qu'il soit mort, en cette même année 778, dans le grand désastre de Roncevaux. = 3* La délivrance du saint-siège par Cliarlemagney dont il est question dans Ogior le Danois, rappelle historiquement Vexpédition du roi de France contre les Lombards qui menaçaient la Papauté (773). L'imagination populaire ^ enflaipmée par Vesprit des croisades^ substitua les Sarrasins aux Lombards. = 4''* Toutefois il est certain que les Sarrasins ^ du vivant même de Charlemagne et sous ses premiers successeurSy pénétrèrent jusqu'aux portes de Rome. En 813, par exemple, ils dévastèrent les environs de CentoccUc, aujourd'hui Ci vita- Vccchia, dans le voisinage de la Ville éternelle {Historiens de France, V, 62. — Rcinaud, Invasions des Sarrasins en France, 312). — Vers 816, les Sarra- .•iins d'Espagne se rendirent maîtres des Baléares, ce qui explique le titre de roi de Maiblgre donné à Brunamout, et s'emparèrent de la Sicile. — En 8i6, les pirates musulmans remontèrent le Tibre et vinrent piller les églises de Saint-Pierre et de Saint-Paul aux portes de Rome. Etc., etc.

III. VARIANTES ET MODIFICATIONS DE LA LÉGENDE. — Les Enfances d'Ogier sont l'objet des huit récits suivants : 1° Le poëme attribué à Raimbert, la Chevalerie Ogier de Danemarche, du xit*" siècle, que nous avons pris pour base de notre analyse. 2** Le Charlemagne de Venise, •i'' branche (Poriginal est de la fin du xir siècle.). 3** La Karlamagnus saga, 3" branche (vers le milieu du xiir siècle). 4* Les Enfances Ogier d'Adenet (seconde moitié du xiii" siècle). 5* Le remaniement d'Ogier le Danois, en vers alexandrins, du xiv" siècle (manuscrit de l'Arsenal, B. L. F. 190-191 j. 6* Les Conquestes de Charlemagne de David Aubort (1158). 7" V Ogier le Dennois en prose, tant de fois imprimé et réimprimé au xvi' siècle. 8* VOgier le Danois publié dans îa Bibliothèque des Romans (février 1778). — Dans tous ces textes, la légende est plus ou moins défigurée quant à sa physionomie extérieure, mais reste la môme quant au fond. = Adenet explique les malheurs du jeune Ogier en supposant, au début de sa médiocre chanson, que le père du Danois avait injus-

périr le jeune Ogier, fils de Geoffroi et otage de son père, " ""cSIp"? '' un messager tout à coup se jeta aux pieds du roi de Saint-Denis et lui cria : (c Rome, Rome est au pouvoir des Sarrasins. Le Pape est en fuite. L'Eglise vous appelle*. T> Une telle nouvelle, une telle prière ne laissait

temcnt attaqué la reine de Hongrie, sœur de Berte aux grands pieds et tante de Charlemagne : mais, en tout le reste, il est le très-scrvi le imitateur du vieux Rainibert, dont il a Taudace de se moquer... en le pillant. — Un seul document nous offre une légende qui diffère notablement de toutes les autres : c*est le Charlemagne de Venise dont nous ailoirs rapidement donner nne analyse iraprès le manuscrit original (Biblioth. Saint-Marc, manuscrits français, XIII), d*:iprtis le Romwart d*Adalbort Kellor (pp. GO et 70), et surtout d'après les deux excellents articles de M. F. Gucssard dans la Bibliothèque de V Ecole des Chartes, XVIII, p. 393 et suiv. ; XXV, p. 489 et suiv.) : « L*ange Gabriel apparaît un jour visiblement au chevet de Charles, à ce chevet que la présence invisible des anges n'abandonnait jamais : « Rome, lui crie la voix ^céleste, Rome â est aux mains du Soudan Ysorer. Cours la délivrer. * Charles n'hésite pas, rassi^nble son ost, part, vole, arrive à Rome. Un grand combat se livre sous les murs de la ville. L'oridamme, portée par Alori, est abattue au milieu de la mêlée : ce drapeau de la France va tomber aux mains des Sarrasins, lorsqu'un écuyor le saisit d'une main vigoureuse et. le sauve. Cet écuyer, c'est le Danois. Il est armé chevalier sur le champ de bataille. Cependant tant de bravoure a été dépensée presque inutilement : Rom^ n'est pas délivrée. 11 est temps d'en finir avec cette race de mécréants qui menacent perpétuellement le tombeau des Apdtres et la chaire de Saint-Pierre. Un combat singulier est décidé : deux chrétiens lutteront contre deux Sarrasins. D'un côté, se trouvent Ogier et un flls de Charlemagne, nommé Chariot, dont l'extrême présomption égale l'extréme jeunesse : ces deux Français auront à lutter contre les païens Karoer et * Sudonc. Rome appartiendra aux vainqueurs. Le combat commence ; il est terrible. Le compilateur italien, comme le poëte français, a donné ù Kiiroer un très-noble caractère; mais, d'ailleurs, la gent sarrasine est une gcnt traîtresse. Au milieu do la lutte, mille |>aï<*ns onveloppent h'sdeux Français. Chariot s'enfuit, Ojçier est fait prisonnier. .Mais Karoer, loin de se réjouir en i)aïen de cette tr.ihison |iaïenne, va généreusement se constituer prisonnier entre les mains de Charleuiagne. Néanmoins le poëte est forcé d'immoler cet incomparable karoer aux exigences de ses lecteurs chrétiens. Le combat recommence entre les quatre champions. Ojfier, digne adversaire de Karoer, finit par l'étendre mort à ses pieds, tandis que Chariot rachète toutes ses imprudences et ses forfanteries en abattant sonennemi Sadone. Rome tombeau pouvoir des Français. * Comme on le voit, les diflTérences entre le Charlemagne de Venise et la Chevalerie Ogier portent sur peu de points : 1* Dans le poème italianisé, c'est Dieu lui-même qui ordonne à l'empereur d'aller délivrer Rome. l2« Ogier, dans le Charlemagne de Venise, ne nous apparaît que comme un écuyer i>resque inconnu, et il n'est fait aucune allusion aux précédentes aventures de fils dn ricoffroi. 3^ Tandis que le poëte français laisse à Caraheu la vie et même la liberté à la fin de sa ch mson, le compilateur italien fait mourir inexorablement son Karoer sous les coups d'Ogier. Ce dénoùment plus triste est plus conforme aux lois de l'unité littéraire.

* La Chevalerie Ogier de Danemarche, édition Rarrois, vers ITi-IOG. Cf. les Enjances Ogier d'Adcnet, remaniement du xiif siècle, qui a été récemment publié avec notes et variantes par N. Scheler (Bruxelles, 187-i, ïn-H").

Il PAnr. LivR. I.

CIIAP IV.

5*î ANALYSE I»ES ESFAiyCES OGIEfi.

pas indifférents les rois de ce lemps-là. Charles ne répondit rien, ou plutôt il fit au messager la plus éloquente de toutes les réponses : « Mes armes! » dit-il. Et tout aussitôt il jeta k ses barons le cri de guerre, convoqua sa grande armée, et, le heaume en tête, le haubert au corps, se précipita vers les Alpes. Peu de temps après, il était dans les fameux défilés de Montjeu*.

Mais le passage des Alpes a toujours arrêté la marche violente» des armées. Charlemagne éprouva, lui aussi, cette résistance de la grande montagne : même, un instant, il désespéra de franchir l'obstacle, lorsque Dieu, qui voulait se servir du roi de France pour relever le Pape et délivrer la vérité, fit pour lui un beau miracle. Un cerf blanc comme la neige apparut tout à coup aux regards émerveillés des barons français, et, se mettant h leur tête, leur montra le vrai chemin. Toute rarméc suivit, et le cerf miraculeux disparut^.

Alors on eut le spectacle de cette magnifique armée descendant le revers des Alpes et débouchant en Italie, pleine de jeunesse et de courage. Le pape Milon vint à la rencontre de son défenseur, et la Toscane fut le théâtre des embrassements du pontife et de l'Empereur^. De tels baisers entre la France et l'Église romaine sont encore moins rares dans l'histoire que dans la légende.

Cependant il ne faut pas s'attarder dans ces attendrissements. Il est trop vrai que les Sarrasins sont maîtres de Rome, il est trop vrai qu'ils ont (\ut la solitude autour d'eux. Corsuble et son fils Danemont siègent au palais des Papes, et de là menacent la chrétienté tout entière. Or, en ce temps-là, la guerre consistait surtout en combats singuliers, et une bataille n'était qu'une suite ou une accumulation de duels. Charles jette les yeux autour

• La Chevalerie Ogier de Danemarchey vers 197-221. Monljcu, c'csl le grand Saint-Bernard. — " Vers 222-283. — » Vers 3IU-320.

CHAP. IV

do lui, et cherche parmi ses barons celui qu'il pourra le plus victorieuseipent opposer aux champions païens. C'est sur Ogier que son regard s'arrôte. Il le dédaignait naguère, il ne parlait que de le pendre ; mais aujourd'hui il le trouve utile, il lui fait grâce, il Taimc Le jeune Danois est plein d'ardeur ; il voudrait déjà ôtre au milieu des Sarrasins, la lance au poing, donnant* de grands coups et couvert de sang païen *.

Ogier n'attend pas longtemps. Voici que le fils de h. i»rcmiôro Coi'suble sort de Rome h la tôte de trente mille Sarra- cmrc ici&iA«$ins sins. L'action s'engage. Dès le premier instant, elle.est e%i5i« 7roî!e'r,

*^ ^ * qui est armé

terrible*. . ciwvaiicr

|Kir 1 En^*eiir.

Ils se trompent singulièrement, ceux qui sMmaginent que l'amour du drapeau est un sentiment moderne, et qu'il remonte tout au plus à un siècle. L'oriflamme de Charlemagne était aussi vivement aimée (tous nos romans en sont la preuve) que l'est aujourd'hui notre drapeau, soit abaissé, soit glorieux. On le vit bien dans cette bataille sous les murs de Rome. L'oriflamme avait été confiée h Alori de Fouille. Tant qu'Alori demeura ferme à son poste, tant que les Français virent au milieu d'eux cette bannière de l'Église qui leur servait de drapeau, ils tinrent bon, et étonnèrent les païens par leur courage. Mais, Alori ayant reculé devant des ennemis trop nombreux et l'oriflamme avant reculé avec lui, les chrétiens lâchèrent pied, et une grande déroute commença\ Par bonheur, Ogier était là. Son sang bout, ses larmes coulent à la vue de la funeste reculade d'Alori, de cette défaillance du porte-dra[)eau de la France. Il se rue sur le lAche, lui donne un rude coup de son poing sur la face, l'étourdit, lui arrache des mains l'enseigne impériale et se lance furieux au milieu des Sarrasins qui triomphent encore,.

' U Chfvalfrin Ogier de Danemarche, vors :*« 1-290 et 330-383. — * V.»rs 3HI-ii:J 01 ii8-ir.7. — ' Vrrs i6H-r>7(».

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