EXPLOITS DE ROLAND
Gharlemapne do Veniso (3« branche : Enfances Holand ou Dorle ot Milon)*. — Chanson d'Asi)remQnt.
Analyse
des Enfaneet
nolènd.
Naissance
de Roland.
Sa inèro
est Gilain ou Dcrlc,
MRur
de Churlcmnf^no ;
son pcro
Mi Ion d'Angers.
ce Roland était le fils d'une sœur de Charlemagnc * . j> Toutes nos chansons, toutes nos légendes, sont unanimes
* NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE ET HISTORIOCE SUR « LES ENFANCES ROLAND » OU « BERTE ET MILON » DU MANUSCRIT DE VENISE. —
I. BIBLIOGRAPHIE. — I'^Date de l\ composition. Les Enfances Roland, comme la lierla et le Karleto, sont probablcmont une œuvre de la fin du xii* siècle, du commencement du xiir siècle. Le vrai titre de ce roman serait « Berle elMilon» (/io/nf/Hifl, juillet 1873, pp. 303, 30ij. = 2* Auteur. Les Enfances Roland sont anonymes, comme tous les autres poëmes du mi>me manuscrit. = 3* Nature UE LA VEHSiFiCATioN. Ccttc ciiauson cst écrite en décasyllabes rimes, et la langue en est fortement italianisée. = «i* Manuscrit co.nnu. Un seul : celui de la Bibliolli. Saint-Marc, fr. Xlll. — .V Travaux dont ce poème a été l'objet. a, /anctti, dans son « Catalo<;;ue de la Saint-Marcienne » (1740^; b. Immanuel Bekkcr dans son Mémoire inlilulé : Die altfransôsischen Romane der S. Marcwt fHbliotek{\S¥));c. Adalbert Keller {Romwaii, 18li);(/. M. Paul Lacroix (Co//<5ctiondes docutnenls inédils, Mélanges liisloriques, 111, p. 345); e. M. Gucssard, en 185(), dans la Bibliothèque de l'Ecole des Cliar tes (p. 393etsuiv.).---C' Diffusion a l'étranger: a. En Italie, les amours de Berte et de Milon sontle sujet d'un poëmc italien composé par un Toscan au commencement du xvi« siècle et intitule : Innamorumento di Milone dWnglante e di Rerla. Co poëme, dont la vogue fut plus considérable que le mérite, parut pour la prenlière fois à Milan en 15!29. Mclzi en signale plusieurs autres éditions, et notamment celle de Venise en 1548, etc. — b. En Espagne, à Valladolid, en 1585 et en 15l)i, fut publiée ïllistoriadel nacimiento y primeras empresasdel comte Orlando, par Enriquc7. de Cidalayud. Signalons enfin, après M. Gaston Paris, une œuvre analogue de l'auteur des Noches de invieniOt Ant. de Eslava. C'est le nmnn intitulé : Los amores de Mdone de Anglante con Rerla, y el nacimiento de Roldan. -- 7' Caractère LITTÉRAIRE. Lcs Enfances Roland sont, dans la compilation du ms. XIII de laS.- Marcieune, divisées en deux tronçons. L'une de ces deux parties, la plus importante [Romivarl^ p. 07), contient le récit de la naissance de Roland, et la se-
sur ce point. Il y a plus de difficultés au sujet de son "'cïlil'vr*' père. Une tradition qu'il nous faut citer, malgré notre "
répugnance très-profonde, fait naître le meilleur el le plus illustre des chevaliers d'un commerce incestueux
condc, où ron voit Roland révéler sa fierté devant son oncle» est rejctéc après les Enfances Ogier. Mais roriginal français, que notre arrangeur italien avait sous les yeux, offrait probablement une véritable unité. Ce n'est qu'une hypothèse, mais elle a tous les caractères de la probabilité.
H. ÉLÉMENTS HISTORIQUES. » Voyez plus loin la Notice sur la Chamon iTAspremont.
III. VARIANTES ET MODIFICATIONS DE LA LÉGENDE. — Les documenU li*gr>ndaires relatifs à la naissance de Roland peuvent se diviser en trois classes :
I. Ceux qui racontent explicitement Tinceste de Charles avec sa sœur Gilain. Ce sont : — !• La Karlamagnus-saga au xiii* siècle (1,36). — 2" Le roman de Tristan de Nanteuil (xiv* siècle), qui résout très-nettement le problème o(fcrt à la curiosité publique par certains récits obscurs du grand péché de Charles : c Li péché fu orriblcs, on ne le sut néant ; — Mais ly aucun espoirent et tous ly plus sachant. — Que se fut le péché quand engendra liouland. — En sa sereur germaine... » — 3» Le roman en prose de Berte aus gruns pies, conservé à la Bibliothèque de Berlin (\v* siècle). — 4* La Clironique de Weitienstephant dont Toriginal est du xiv* et le manuscrit du xv* siècle. Voy. aussi Massman, Kaiserscronik, III, 1017-1028. = M. Bartsch {Revue critique, 1867, p. 203) fait allusion à d'autres récits d'après lesquels le péché de Charles ne fut pas un inceste, mais « un commerce criminel avec une femme morte ».
II. Ceux qui racontent seulemenV l'aventure de saint Grlles et du parchemin descendu du ciel, sans préciser la nature du péché de rempereur. Ce sont : i* La légende latine de saint Gilles, qui a été publiée par les BoUandistes d'après six manuscrits, au tome I" des Acta Sanclorum septembris (pp. 302, 303;. Les BoUandistes, dans leur Dissertation préliminaire, établissent que saint Gilles a vécu au vu** sièclo. Le Charles dont il est question dans la légende ne peut donc être, tout au plus, que Charles-Martel. — 2" et 3" Adam de Saint-Victor et la Légende dorée ont reproduit la tradition précédente. Adam, dans sa belle prose sur saint Gilles : •• Promut pia vox cantoris *, a écrit ces deux strophes : « Quodfalerirex vereiur — Scelus scirc promerelur; — Christus ei rcvclavit — Scelus quod rex perpetravit. — Nain altari dum astaret, — Dumque missam celebraret, — De supemis cliaria missa — Hegis pandit huic coinmissa. » La Iségende dorée dit seulement : n Quoddani facinus énorme. » (Voy. notre édition des Œuvres poétiques dWdam de Saint-Victor , t. 11, pp. 181- 187.) — i* L'Office de Charlemagne composé en 11G5. — 5" La Kaiserscronik (xir siècle). — 6* Le Ruolandes Liet, du curé Conrad (vers le milieu du xii* siècle). — 7* Une Vie de saint Gilles, du xii* siècle, en vers octosyllabiques, que MM. le docteur Bos et Gaston Paris publient en ce moment pour la Société des anciens textes. D'après ce très-précieux document, Charlos fait venir à Orléans le bon saint Gilles, qui reste vingt jours à la cour sans pouvoir arracher au roi l'aveu de ce terrible péché, lequel n'est d'ailleurs aucunement spécifié dans le poëme (vers 2900 et suiv.). — 8* Un vitrail de la cathédrale de Chartres (xji*-xiir siècle). Le médaillon du sommet semble inspiré des documents que nous venons d'énumérer. Il a été reproduit au trait et en couleur dMs le Charlemagne de M. Alphonse VéUult (Mamo, 1877, in-8*) et commenté
'"^cuAP^r*'* ^^^^^ Charlemagne et sa sœur. D'après une légende moins explicite et moins odieuse, l'Empereur, se confessant un jour de tous ses péchés à saint Gilles, oublia à dessein un grand crime, son inceste sans doute. Mais l'archange Gabriel descendit du ciel et déposa sur l'autel un parchemin où le péché que le fils de Pépin voulait cacher était écrit en lettres divinement éclatantes. Le confesseur de Charles garda le silence, et se contenta de placer sous les yeux de son royal pénitent le parchemin miraculeux. L'Empereur avoua sa faute, et, sur l'ordre de l'archange, auquel les légendaires font jouer ici un rôle véritablement infâme, maria aussitôt sa-sœur avec Milon d'Angers : sept mois après^ naissait Roland.
Nous ne saurions admettre que ce soit là la légende originale, la version primitive. Ce conte est trop odieux pour être antique. Et si l'on ne veut pas regarder comme suffisamment scientifique cette raison tirée de notre indignation, nous en donnerons une autre qui nous paraît difficilement réfutable. Roland, dans la chanson d'Oxford, est toujours représenté comme le neveu de Charlemagne, et il n'est fait aucune allusion à cet inceste de l'Empereur qui souille les pages de la Karlamagnus-saga. Or, le Roland d'Oxford est le
dans un des Eclaircissements qui sont placés à la fm de ce volume (pp. 5i7- 519). — 9° Le roman dllnou de Bordeaux (fin du xii" siècle, vers 10217 et suiv.). — 10* Le Carolinus de Gilles de Paris, poëme composé pour rinstruclion de Louis VIII. — 11" La Chronique de Philippe Mouskct. Voy. aussi Massman, Kaiserscronik, IH, 1017-1023.
III. Ceux qui ne font aucune allusion, soit directe, soit indirecte, à rinceste de l'Empereur, et qui regardent Roland comme le véritable neveu de Charles, (kî sont : 1* Le Charlemagne de Venise, dont roriginal peut remonter au Xii" siècle. D'après ce poëme, Milon n'est qu'un sénéchal dont s'éprend la sœur du roi de France : Roland est un bi\tard qui naît d'une union concubinaire, et non pas incestueuse. — 2° La Chanson de Roland^ 3" le Renatis de Montauhan (p. 119 de l'édition Michelant), et A" lo Charlemagne de Girard d'Amiens regardent Roland comme le fils très-légitime de Milon, duc d'AngerS) et de la sœur de Charles.
ANALYSE DES ENFAiSCES HOLAyi). 67
monument le plus respectable, le plus antique que nous " ^^^;i'^^^ '• puissions consulter sur la question ; et nous nous déterminerons, d'après lui, à suivre ici la tradition que Giraid d'Amiens suivait encore au commencement du xiv* siècle et qui fait de Roland le fils de Gilain et de Milon. Nous ne saurions cacher que cette réhabilitation de Roland nous remplit de joie.
Dans le Charlemagne de Venise, dont nous allons désormais analyser le récit, Milon n'est qu'un sénéchal dont s'éprend clandestinement la sœur de Charlemagne (elle s'appelle ici Berte, et non pas Gilain) ^ < Elle devient enceinte, et redoutant, non sans raison, la colère de Charles, s'enfuit avec Milon en Lombardie*. » Je déplore ces imaginations de nos pères qui ont fait de notre Roland tantôt le fruit d'un inceste, tantôt le résultat d'une amourette banale. Roland méritait bien l'honneur d'une naissance régulière. Toutes nos chansons ne le lui ont pas refusé.
Quoi qu'il en soit, la légende du Charlemagne de Venise présente des beautés que nous ne voulons point passer sous silence. C'est chose touchante que de voir naître Roland dans le malheur, comme il est mort. Si en effet le malheur est, avec la sainteté, le meilleur élément de toute épopée, ce récit de la naissance et des premières années de Roland est profondément épique. La sœur du grand Empereur courant à travers bois comme une mendiante, attaquée par des brigands, délivrée par Milon, c'est un spectacle qui ne manque pas d'une certaine grandeur originale. Les deux amants se traînent, les pieds sanglants, les yeux en pleurs, sur la route de leur exil ; tout leur manque : ils ont soif, ils
* Dans la chanson d'Acgum, la mère de Roland est appelée « Bacqueiiert »,
et son père, Tiori . ^
• P. Guessard, Noies sur un manuRcrit français de le bibliothèque de Saint- Marc, BiW. de rficole des chartes, X VIII, 4W.— iVd. Relier, liomwartyH. 67-08
ïï«i'-
e» ANAI-ÏSK i»KS f.VA'.I.VC'KS IKILASD.
'• ont faim. Épuisée de fatigues, (Je privations tl de nonte, la pauvre Beite se laisse enfin tomber dans un bois près d'Imola, au bord d'une fontaine. C'est là (]iie naît Roland'.
« La force physique, aux yeux des peuples primitifs, est [ une qualité essentielle des héros. Il faut que le héros , soit de grande taille, de foite carrure, et qu'il mette des muscles énergiques au senice de son énei^iqiie volonté. Il convient qu'il brise le fer aussi facilement que le bois; il est bon qu'il fasse toraber-les mure sous la seule pression de son poing. La légende n'a pas manqué à doter Roliind de cette puissance matérielle, et cela dès sou berceau. C'est un Hercule. Tandis que l'auteur do la hurhiniaymis-sai/a ne lui donne pas moins de quatre nourrices'', un aulie poëte nous le montre énorme dès sa naissance, et plus gros alors qu'un enfant de deux ans. Les petits bras de Roland sont déjà vigoureux, H la pauvre Herte s'en aperçoit : l'enfant se débat victorieusement outre les bras de sa mère et ne veut point se laisser emmaillotter'. La misère, d'ailleui"s, semble s'acharner sur la sœur de Charleniagne et sur Milon, son amant. Ils vivent en mondianls, sans feu ni lieu, au jour le jour. .Milon, qui méritait d'être le mari et non pas le séducteur de Berte, Milon a un grand cœur. Pour j nourrir la mère de Roland, il se fait bûcheron ; la STur et le neveu du gmnd Empereur vivent du produit de ce pauvi'e métier. Roland grandit dans l'air vÎNiliant de la forêt, lierte cependant ne peut s'empûchci" de pleurer, en considérant son dcuùnient et surtout celui de son (ils. Mais un jour ses larmes cessent, ses yeux brillent. Dieu lui a donné une vision magnifique ; elle a pu voir
' CiaWiTiiinj/ncdiiViiniK, aiinljBG lie M. Giicsiard, lue. cit., p. JDÎ. — 'G. Purij, lliitoire politiijHe de Ouiianag»'. P- HO. — ■ Cliaikmagne de Venise, nonl^Sc clR M. Giicasanl, lue. ei'l-, p. W-t-
do Chariomaj^no.
très-neltemeni toute la gloire à venir de Roland, et se "'*cïlip.**v!* '• console de la misère présent^ en pensant à la prospérité ' future *. Ce fut quelqpie temps après que Charles délivra Rome du soudan nommé Isoré ou Corsuble, et assista aux premiers exploits d'Ojifier.
L'Empereur, tout charité de gloire, revenait de la ville , ^^}»^^ .
» ' î7 r» 7 réconcilie son pore
éternelle, qu'il avait rendue au Pape. Son armée s'arrête ^y^\f^^^„r. à Su tri. Les habitants sont étonnés et ravis de voir passer ^''J^Jt^*' si grande et si belle ost. Charles les invite très-gracieu- ^ Su* mvSÎ"" sèment à se rendre à sa cour ; il les comblera de bienfaits. La libéralité du roi de France était connue : on se précipita dans le palais. Parmi les plus empressés, était un bel enfant qui se donnait des airs de capitaine et qui avait joyeusement envahi le palais à la tôte de trente compagnons. Le petit capitaine était d'une beauté et (l'une force également prodigieuses : son intelligence, (1 ailleurs, était aussi puissante que ses muscles, et, dès Tàge de quatre ans, il avait fait à l'école les progrès les plus surprenants. L'Empereur se plaît à considérer ce bel enfant: il le caresse, lui et tousses barons; l'enfant mange avec avidité le repas qu'on lui sert ; même on le voit mettre de côté une partie du festin : « C'est pour > mon père et ma mère », répond-il au roi qui l'interroge. Pendant plusieurs jours, il fait la joie de toute la cour, par son grand appétit, par sa force, par son esprit. Le vieux Naime, le plus sage des conseillers de l'Empereur, s'émeut à la vue de Roland : « C'est quelque enfant de bonne race, dit-il a Charlemagne, car le petit bachelier a un œil de lioiî, de dragon marin ou de faucon '. y> On suit Roland, on découvre la retraite de Berte et de Milon, on les reconnaît. La vieille colère de Charle-
* Charlemagne de Venise, analyse de M. Guessard, loc, ct(.,'p. iOS. — Ibid.^ p. 4(13. Les deux dernièri's lignes sont cnipniniées icxtncUcmcnt au travail de X. Giicssard.
II PART. LIVR. I
CHAP. V
magne contre sa sœur se réveille alors avec une vivacité toute nouvelle. Dès qu'il les aperçoit, il veut les frapper, et le pétulant empereur a déjà le couteau à la main, quand, terrible comme un petit lion, les yeux en feu, Roland se précipite sur son oncle et lui étreint si violemment la main « que le sang jaillit des ongles i>. Charles est désarmé par cette brutalité de Tamour filial ; il est charmé comme le père du Cid, dans les romances espagnoles, est charmé de la violence et des menaces de son fils; et, montrant Roland à tous ses barons, il leur crie d'une voix fière ces belles paroles : « Il sera le faucon de la chrétienté ! 3> Est-il nécessaire d'ajouter que Berte et Milon obtiennent enfin leur pardon du roi, et qu'ils se marient? Au milieu de la joie et des larmes de cette réconciliation, le poëte, par un trait charmant, nous montre Rolandin « qui jette un coup d'œil dans la salle pour voir si la table est mise * ».
de la d'Aspremont *.
C'était un jour de la Pentecôte : Charles « l'Empereur au vis fier y> tenait sa cour. Auprès de lui étaient Ogier,
1 Chnrlemagne de Venise, analyse de M. Guessard, loc. cit. y p. 405 et 40C.
* NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE SUR LA « CHANSON D'ASPREMONT ».~I. BIBLIOGRAPHIE. — 1» DATE DE LA COMPOSITION. D'après la langue, d'après le style et aussi d'après l'àgc de tous les manuscrits qui sont parvenus jusqu'à nous, nous ne pensons pas que l'on puisse reculer bien au delà des dernières années du xii" siècle l'âgQ de la Chanson (TAspremontt dans sa versiqn actuelle. Qu'il en ait existé une rédaction plus ancienne , nous en sommes aujourd'hui tout à fait convaincu , et c'est ce qui nous parait démontré par les allusions des Chansons du xii** siècle. Dans Ogier te Danois, notamment« Bertrand, fils de Naimes, dit en se nommant à la façon des héros d'Homère : « Ains sui fix Namle de Baivier le ))aron, — Qui Agolant requist en Aspremont. » (Vers 4465, 4466 de l'édit. Barrois.) = Dans le Mainet récemment découvert, on lit au sujet de l'épéc Durandnl : « Et puis la reconquist Rollandins au cuer franc, — Quant il occist Yaumont.fil le roi Agoulantsv {Romania, IV, 328.) = 2« Auteur. La Chanson d'Aspremont est anonyme. = 3* NoiiBiiE DE vers et nature DE LA VERSIFICATION. Ce nombre est variable suivant les manuscrits. 11 est de 10429 dans le manuscrit 123 la Vallière; de 9493 dans le manuscrit 1598. Ces vers sont des décasyllabes assez régulièrement assonances par la dernière syllabe, ou rimes; mais il reste des traces fort nom-
CHAP. V
Gaifier, le. comte Dreux, Salomon, le duc Gautier, six " '**j;j;^".y«- »• rois, les chevaliers de six royaumes, sept mille hommes;
breuses de Tantique système des assonances par la derniùro voyelle. = 4" Ma- HUSCBITS on soifT PARVENUS JiîSQU*A NOUS. La ChansoH d'Aspremont est une de celles dont nous possédons le plus de manuscrits. En voici Ténumération : a. Manuscrit de la Bibl. nation., fr. 2^i95 (ànc. 8203), xiii' siècle : manuscrit de jongleur, texte excellent, mais incomplet. — b. Manuscrit de Berlin, Bibl. roy., manuscrits français n*48, xiii* siècle. — c. Manuscrit de Rome, Bibl. Vaticanc, Regina, 1360, xiii* siècle.— d. Manuscrit de la Bibl. nation., fr. ^5*29, anc. la Vall., 123, xnr siècle. — e. Manuscrit de Londres, Mus. Brit., Bibl. Lansdownienne, 782. — f. Manuscrit de Londres, Mus. Brit., Bibl. du Roi, 15 E, VI rx\' siècle). — g. et /*. Manuscrits de la Collection Ashburnhsm, XUI* siècle. — t. Mss. n** 26 et 27 du Catalogue des manuscrits de la famille Savile, qui ont ét4^ vendus à Londres, le 6 février 1861. L'un d'eux a été acheté par lord Ahsburnham (voy. plus haut). = Les manuscrits que nous venons d'énuinérer offrent des textes français, anglo>normands, etc.; les suivants, des textes italianisés (xiii*xi\^ siècles).— ;. Manuscrit de la Bibl. nat., fr. 1598 (anc. 7618). — A*, et /. Mss. de Venise, S. -Marc, fr. IV et fr. VI. (Ils contiennent un Prologue qui ne se trouve pas dans les manuscrits français : cVst le récit d'une cour plénièrc tenue par Agolant.) — m. Ms. 3205 de la seconde vente Solar. = De tous ces textes, le plus ancien, le meilleur, paraît être le ms. 2495. Mais le champ de nos études est si vaste, que nous avons dû généralement renoncer à diviser en familles les divers riiainiscrils de chacune de nos Chansons de geste. C'est une tâche qui incombe à l**ur8 éditeurs. Nous nous contentons d'offrir, pour un couplet, le tableau comparatif des trois manuscrits de VAspremont qui sont à Paris.
TexU du manutcrit 2495. Texte du manust-ril i5529.
Or faiU>8 pt'*, si me laissiez oïr. Sciynor baron, pl.iiroil-vos à oir :
La priHlcAiiue doil-oo ciiiêrp lonir Sa preiidcfamo doil-on fornuMit cliiérir
Et li ainmcr ot durement chérir, Cel qui le sel, et amer et joir,
Et h mauvaise vergonder et honnir. Kt la m.iu\ese ver^ronder et honnir.
U^me Amoline ne pot plus consentir. Dame Ëmeline no |>ot plus consentir :
■ tiirar*. dist cic, lai este|r| ion tnarrir : ■ Girars, dist-ele, fai tes homes venir, » Si fai te* homes par ta terre venir » Si \-4 am Puille por Dameileu servir. » Et va à Rome Nostre Sei(rnor servir, » — I>ex, dist Girars, miaiiz voîdroie niorlr. » Cre^lienU* essaucier et tenir. » Dex ne me doinst puis jor terre tenir » Avec Karlon va Païens envaïr. » Que o s'enseigne irai au champ f«*rir.
• — Voir, dist Girars, miels vouroio morrir ■ laissons lor or ans paiens escremir.
• <}a'>^(^, s'en«eigne alasse en champ ferir. > Je manderai cens que je ni norriz
■ Or le laissons as païens escremir. • En mon demaiu^nc. irai Franco saisir.
• Jo nundarai ccis que j'ë fait norir » — liai ! distladanie, Dux ne) voillesoufrir.»
■ En mon deniainne, irai France saisir, « Cjue jamais Karles n'i porta reve/iir. » — Va, dist la dame, Dex le puist maleïr.
• Maus a* esté et en mal vues renir.
■ Tant njpentil home en auras fait fuir t Et tante dame essillier et honir.
a t> est merveille que Dex te puet sofrir
• Oai ne te fait de maie mort mûrir.
■ Venant tu no vues ses comnuins obéir. •
Texte du nuiHuscrit 1598. Restitution du texte italianisé.
Segntr llamn, niait vos ad oïr : Seignor baron, plerolt vos ad oïr :
S« (iradMinie doit l'om molt servir, La preudofamc doit l'on forment chérir
Et la ailves verf^der et honir. Et la malvese vcrgonder cl honnir.
Pur bom conseil polt pros k venir. Par bon conseil puet proiis en avenir.
Ilame Ermelinc ne poit plus soffrir : Dame Ermelinc ne le j>ol plus soJfrir :
« Giraldo. fait elle, vois-lu o moi venir ■ Girars, fait-elle, veun tu o moi venir;
9 Por aller em Pouille |K>r Daminideo servir > Si va en Pouille por Damedeu servir.
► --E Dec ! dist Giraido, niel vo eo murirerir ; • — Dex ! dist Girars, mielz voîdroie morir
• Jâ pont de terre ne me lasi Deo tenir,
• U^ ^n Cartlom g'iray en campo à ferir.
■ Jà point de terre no me laist Diex liMiir. » Qn'ovec Karlon irai en champ ferir.
7a ANALYSE DE l.X C/M-V50.V DWSPIIEMOXT.
mais, plus près du trône impérial, se tenait le duc Nairaes, comme le premier ministre de Charles. Nos
ITrir.i El diil li Doidd: ■ Dici nd porroil tciBïir. •
:9cnlBnt quclqui^s dirHeiilté». Nnii* avons ili'jl iDonlré, d'après M. GurasBrd, que c^i monuscrila sont rœuTra de capiales ilaliens njapt tous le» yeux des nianMscrite rrancuia et les modiQniit princU piilemonl eu ce» deux cas : 1' Toulu Ui foii qut la langue dt la ehan- ■an française tte leur lemblait pag aaei eûmprihermibte pour le publie ilalUn. 3° Quand U» omonancei du poime original ne leur paraiaaieul pomt omet rkha. H. Gucssard, appliquanl ion sytlèmc à Aipremoat, donnit àet exemple» frappant» île ces deux soKe» de modi fient ions. Voici un vers du manuscrit ÏW5 : • Paîtn eigardent le Karlott meaagîer. • Le Karlon menagier! Jamais un Italien n'aurait compris ce gallicisme, ^uo fait lo copiste ? Il brîss ta mesure du vers et écrit bravement ; • Païen esgardent da Cliarle le mi»sagier. ■ Ailleurs, l'auttMir fnini;ais avait fait rimer lâopdnt avec mena et resona, ce qui est Iris-admissitila dans nos anciennes clinnsans. Hais cela ne pouvait sntisraire notre Italien, qui sans scrupule écrit, au lieu do ce bon ver* ; ' El vus venir .1, tours et .1. lupart ■, ce vers abominable : lAlant bec vol .11. ursi et .1, leopnrt salua. • Comme le dit H. Cuctsard. inlva n'est ni rila-
lien sahatiea, ni le Triintais taiivage : c'est un odieux Ijarbarisme. niais
i début de la raison, nnus avoni la rime. (Vayrt d'autres exemples dans \»Prêfau dûMaeaire (cjx-cxxj. ^6* ËoiTinn ihphihEe. La Chataon iC Ailiremont est encore inédite. M. Bekker a publié àbi\S3S{IHÉmoiretde t Aeadénk de Berlin, 9S9 et auiv.) des Trâgmentl de la version italianisée d'aprËs les manuscrits de Venise. Cest ce que lit M. Génin pour la version française dans te» notes de sa Chanson de Roland (1850). Mais nous devons surtout signaler ici un Tascieulo lr£»-raro et qui enntient les dix-huit cent» premiers vers de la ChamoH d'Atprtraonl publiés d'après le texte du manuscrit S405. Ce Tascicule (imprimé par Didol, 1855, grand in-oelnvu, i 2 colonnes) représenta tout ce qui a paru de la Collection dcM anàem poilei de la France, telle que M. 11. Fortoiil l'avait conçue. Le texte avait été Établi par M. Guesaardavec le concours de l'auteur du présent livre. = 6* Version en pbose. 11 n'existe pas, i notre connaissance, de Roman itA'prêmoal en prose française qui ait été publié i pari. MliIs David Aubcrl, daii» ses ConqueÊles de Clutrlemagne, entreprises sur l'oi^ dre de Pbilippe la Bon, duc de Bourgogne, et aciievées en 1458, a résumé lant bien que mal notre chanson du xji'-Wll" siècle (Ht. de la OibliolKèque des ducs de Bourgogne, 1 Bruxelles, n" OOtiS. f° 23i du premier tome, et suîv.). = 7° Diffusion a L'ËTnt\'ci^H. La Chonion itAtpremoHt est une de celles qui ont conquis le plus de popularité A l'étranger. — o. fin Italie. L'auteur de U Prite de PampelunK est un Italien iiui écrivait au cummeneemcnt du xiv* siècle, (h-, il connaît i>vidi!inmenl Atpremonl (vers 11093). — U. Ranke, en 1835, signala dans les Mémoiivii[ile l Académie de Berlin (Pliilosuph. Classe, p .{RO cl suiv.) la découverte q^i'il avait faite A Rome, dans la bibliothèque Albuui, d'une com* pilation en prose iUlknne où il crut voir • trois livre» inédits da lieali t. Or. le premier do ces' (rois livres est ainsi intitulé : Incliominiiiasi la liOHfrala tlaria eh'e chiainotn A>iiramonle. Les 200 preniicrs chapitres sont consacrés à Aupremontt les 59 suivants a Girarl de Fralle. — M. Rajua [qui n'admet pas que l'A ipramonfe fasse réellement partie des neultla publié dans la Remania des ■ Inventaires de la famille d'tste, au xv'sièclD». Dans l'un de cos inventaires fort intéressants, on trouve nn Aipromonle, et, dans un autre un • liber Asmontii et Agotanli . cl un • liher rfidui y)s;;eroijion(e. ■ {Ilomauia, H, ,''.3.
ANALYSE DE U C/Al.VSO.V O'.lS/'rtE.VO.Vr. 73
' poêles n'ont généralement pas assez de paroles pour ' ioner Naimôs : « Jamais, dit Tauteiir d'Aspre^onl ,
L SE, 56.) — Vcn 1487, un FlorcDlin lii parallrc sous ce liirc : Aupranionle, un f fomt qui Fui l'objcl d'une vogua considérable. Il laxiste rlts édiLions^o VAi/ira- 1 wmJ«,p<iMiée«iFlnrenci-, iai»dilcctGnl504:àVGmdr. cnl50B, leaj, ISr>:i. [ 1S3I. 1015. 1630; & Milan, on 15t5, 1516 (V. Holii. BMiogralta if.i rommiii I mMUernehi). — i Dans Altobtllo e re Tojaiio, rlont la prcinif^rc citilmn [iliiuI I t Vuiiio, en 147C; dam Ptmanù, qui en Ml lu siiiti-, In danuL'n giini-'ralf rl'.ls- I -yamoide al aé\c\appée. > |G. Paris, /fiai. puct. de CharUmagne, p. lUT.) — I à. j4iu' pd|f( Kondinavet. I>an« la Kariamagma-iaga ilu xiir i\litie (n^sumdk I M (1* ïitcle dani le Kaiter karl-Uagaui Cronike, atnvro datuiise lr6s-|iopii- L hin), U qnalricme branche a pour lilre : Lf roi Agotanl. — 8' Valei'h littë-
~ lE Mt U caution D'AsPUHDiT. CellQ ehnnson est un de nos meUleura rou do weond ordre. Le dÊbnt est plein d'une vivaciLù charmanlc, bI presn"" KttïginMp; ni*i* la seconde partie csl traînante, froide, ennujcuee. Vedouliei MMLile Rnbnd j est Iraïlé caoïnie un épisode el non comme l'objet principal p'4(i iwme, H ce dernier défaut est ùtt plus graves. C'est donc grAee seuteincnL ) première partie et i In pureté de sa langue que la CAanion iCAspremmÊk Rifonm ilrc lue avec un certain iotérât. Œuvre Irèi-inrpneurc à la ClianaonJIP
IMvj'J; supiricurc nux Enlancei Ogier, à Belle, i Fierabras.