‹ Bibliographie des chansons de gesteChapitre 27 sur 150 · II. £l.ÉilEMS HISTOKmUES DE LA CHANSON DWSPREMONT.- On p.^nt · texte numérisé non relu

II. £l.ÉilEMS HISTOKmUES DE LA CHANSON DWSPREMONT.- On p.^nt

ilillqiinnenl établir les proposilions suivanles : 1* La Chanêon d^Aijire-

: us attiTM londement inimidiatement kiilorique. — â* Cette légende 41

Kilfr MU* doute det tovvenir* de l'expéditUin de Charte» en Italie, loraqti'm

l.|I3 U alla délivrer le Pape menacé par let Lonibardi. Ici, comme dans la rii-

it tet Enfaneft Ogier, l'imagination du peuple a remplacé les Lombanlg par

* Saimsint. n 3° Tniilefoii il est cci'loin que. ioui le régne de Cliarle~

MfM, fl durant (ouf It :x* niede. Hume fut plutd'une lait inenncM par Ut

u-mèmet. F.n 813, il> viniciil pris de CenlOL-etle; en 846, ilsse

pMlriircnt mus les luurs mémrs de Ui Ville éternelle; en 878 cnGn, Tannée

a de h mort de Cli^irlos le Oi.inve. les Uuiulm.ms d'itulie, mnltrcs de

lltallemidide U pri-ti|ii'<1e. mcn^iriTcnt le l'ape jusque donsFIome. |Vuj. /nt>a-

nib"i de* Sarraiinn en FraHce, p:ir M. Ili'inauil, p. 153 et suiv.) — i' Le* per-

t iT.ljofimt et d'Eaamtmt tout tomplélement fabuleux.

I, a\. VARIANTES t:V UOmnuTIO.IS de la légende. — Les enfances et ti débuta miliUiires de Ilobnd sont l'abjcl do doute ciàii principaux que noiw jrcr : 1' Mn passage de la Chanson de Roland (seconde moilîâ h II" «ièelej. ï* Uu rra^nienl de U Chronique saiatongeaise, mis en lumiÈre par t CMton l^ris [Bilil. mit. lil, P 3 r*, cummencemonl du xin- siiclc). 3* Le "d/ImufM de Venise (xtii* sitele), 4* Lit- CJtanMn iTAupremont que nous M anilpée (fin du xit' ou eiunoieiieeiuent du Xill* siècle). 5° La Karlamataga (xin* siècle). 6" La elinnion de llnuiiu de ilontauhntt (\rif sîick). in de Cirora île Viatu Uiifsitele). 8> t^ Chronique de Philippe Mousel (luriiMe; ters 4l31-t49,'>|. 9' La romance c»piignalc JUuehai vrca, qui "! du Rananecs de Hanletiiins. 10' Le Charlemagne de Girard il'Ali*o* (premières années du Mv" siècle). Il* VAtpramonle en prose, qu'on ■ miMlié aux HeaH rmîlîeu du Xlï* sièelcj. !*■ Les Confueifri de Charte- " ' tut, p*r Datid Aubvrl (t45K|. — Parmi ces réeili, plusieurs sonl conformes A ■1 rie II Chanton ifAipremont : loin sont ceux île laChroniiiuonointongcaîse, k Hilippe Mniiskel, de rAijirnmoiile el do Dniid Anberl [Cnuqueite* de Charle- ~ ttQieA, P£l'Ja filSj.TelIccbl. mnis eiipiwhe vuJeincnl, rafTabulation de h

" '^rnV'V^* '* jaiwais les Francs n'eurent un tel conseiller. — Ce n*est ~ pas lui qui fit jamais tort aux barons; — Ce n'est

Karlamagimu-saga et de Girard d^Amiens. La plupart des autres légendes offrent des trait! particuliers.

^"^ La CilpMon de Roland^ reproduite et développée par la Karlamagnui' faga, nous indique une autre origine de la terrible épée Durandal. Quand Roland, à Roncevaux, reste seul sur ce champ de victoire; quand « il sent enfin que la mort Tentreprcnd et qu'elle lui descend de la tète sur le cœur », on lait avec quelle intime et touchante tendresse il fait ses adieux à son épée. Il aime alors à se rappeler en quelles circonstances il la reçut autrefois des mains de rEmpereur. Écoutons ces beaux vers ; ils nous consoleront des médiocrités que nous serons souvent forcés de subir dans le cours de ces récits épiques : « 0 ma Durandal, comme tu es claire et blanche ! — Comme tu luis et flamboies au soleil ! — Je m'en souviens : Charles était aux vallons de Mauricnne, — Quand Dieu du haut du ciel lui manda par un ange — De te donner à un vaillant capitaine. — Ccst alors que le grand, le noble roi, tm ceignit à mon côté » — Puis, le comte Roland fait cette énumération magnifique de tous les royaumes qu'avec celte môme épée il a conquis à Charlemagne. Et, se tournant vers elle avec une sorte de dévotion : « Ma Durandal, comme tu es belle "et sainte! — Dans ta garde dorée il y a assez de reliques,

— Une dent de saint Pierre, du sang de saint Basile, — Des cheveux de monseigneur saint Denis, — Du vêtement de la vierge Marie. — Non, non, ce n'est pas droit que païens te possèdent. » = La Karlamagyius-saga ajoute quelques précieux détails à ces belles paroles de Roland. Elle nous révèle que Charlcmagne était descendu au val de Maurienne pour rétablir la paix entre les Romains et les Lombards; quant à l'épée elle-même, quant à Durandal, elle avait été forgée, dit la Saga, par le célèbre Galant d'Angleterre, et donnée i l'empereur par Malakin d'Ivin comme rançon «le son frère Abraham {Karla^ magnus'saga, Bibl. de l'École des chartes, X\V, 101). Enfin, l'histoire islandaise de Charlemagne ajoute que l'ange envoyé par Dieu à l'oncle de Roland fut l'archange Gabriel lui-même, celui qui devait un jour descendre près de Roland agonisant et recueillir l'Ame du meilleur des chevaliers.

2* et 3* Nous avons vu plus haut les^commencements de Roland d'après le Charlemagne de Venise (pp. 57 et suiv.). Nous assisterons tout à l'heure à ses débuts militaires d'après le roman de Girars de Viane. C'est dans une ile sous les murs de Vienne, c'est dans un duel célèbre avec Olivier, et sous les yeux de la belle Aude, que l'auteur de ce dernier roman et le compilateur de la Katiamagnus-saga placent la première manifestation du grand courage de Roland.

A*" Le récit de Renaus de hfontauban est notablemont différent. Charlemagne fait la guerre aux quatre fils Aymon qui se sont rcdoutablement enfermés dans le château do Monlauban. 11 est à peine de retour d'un pèlerinage à Saint- Jacques, et voilà qu'il convoque tous ses barons : et il i sont venu et par terre et par nage. Naimes le pacifique , Naimes donne toujours au roi le même conseil : « Cessez la guerre, sire, au moins durant un an ; dont erent rejwsé vo » per et vo baron. ■ Mais l'Empereur n'est pas de cet avis ; « quant Ventent VEmpererey si taint corne charbon ».

« Voilà qu'un vMet Ml doscendii au perron ; — Av<»c lui sont trontc d.irooÎAeaux de Irôs- Ifenlc façon. — Pas un «cul n'a do mouslaches ni de b.irhe au roonton. — Chacun d'eux est vôtu de drapa de soie, de manteaux vermeils. — Le valet porte une pelisse d'hermine,

— Des heusps d'Afrique, des é|>erons d'or; — Son corps est bel cl droit : il a une mine de baron — El le rejrard phis fier que léopartl ou lion. — Il est bien formé et de belle façon. — Il est venu au palais, descend au perron, — Monte les défibrés, lui et ses rompajrnons. — Et ne s'nrrê|B que quand il e^t devant Charles. — 11 le salue de Dieu

A>A1.VSE tit Ll CII-\.\'SO-V UWSPIŒMOyf. 75

plis lui qui donna conseil petit ou grand — Par quoi b prud'hommes pussent être déshérités, — Ou les

lui niflnl piatim. — El Clurkt de lui rëpondro Uni iDEiIUll ; — • Ami. rjiw Dlm

imii IcHlidi toIraMHfrl du hua <Ik d'Aii^ri qu'on appillB Milon. ■ nir l'fBMid, il rel^ lu Mte; ~ Pril Halaïul |iir in ninotu ds u ' El qnin Inii Uii b*!» !■ bouchB ni lo nsnlpn : — • Rhii mv«u >. dJI

- Jd mu uimi ban pi d'oFcira le flouton. • (nriMU) ie ManMuDaa, 1», IW.) .

On n« unnit nier que ceUo ictne ne «oil belle, cl les pages tuifantei no

icorct à celle que nous venona de cller. A peine Roinnd

Asl-il fait recnnnattro de son oncle, qu'un nieiaatcer demande à parler A l'Etn-

LT : t Cologne eel assiégée par les Saiane*, et les Taiibourgi iléjû sent en leur

tir. • Roinnd e^ preique ravi de cette nouvelle qui nbal l'Empereur :

nnei-inoî lingt mille honimci. dit i ion onck ce dnmniiicau ïinberbc. Je

iet, et mi^mc, ditoni-le, un pfii i" it. i i, ,, i. - •, i .-«r.- [i:is un In-

iconllcr vingt mille cheval! i-rs .i .c iin-,.- !,■ ■ . ,' . d Roland

4 belk'<

u (■"ri. ■>

c Irophiie vivant i rEmpercur, cl Ciiiirlra ilc s'ivTicr. retour : • Sien avti eiplaUié, Dieu tn m>it aouris. > Et le bon M Icmoin dn premii'ri exploita de Roland, eondrme \'t\oiffi du

: ■ Ooquet pu:i que Jhi^sus fii en la croit peni's, — Ne ru tpx cnevaunn

ne Mfiardét. • Tels wal les débuts de Roland dan) la chnnion de /leiiduf

\Mcntaaban. II est bonde remarquer que celle version est, A beaucoup, prèf lu

'C Dam la romance Mucha» veat, D. Grimaldos, genilre de Cliarlcmajue, est aecusÉ par D. Tamillaa et cnvojâ en «xll. Sa Tcmme l'accompagne nul au monde, au milieu d'un df iierl. un pnlanl auquel on donne, «iir le eoniifun ermite, le nom de Uonlesinot qui rappelle lea circonstances de sa nait- (Vof. Hlla V FontsoaU, De la pornia htro'ieo-popalar ctutellana, 187i,

us.)

A* Lb Chnrtemafjne de Girard d'Amiens plaee i Vannes la première scène oi'i

' ind H ttii coooallre. L'Empereur est allé en Bretagne pour annoncer à m

:b mort de Milnn il'tnKCrs. Le neven rie Cli:>rles rencontre par liasard les

uni de *oo oncle : ■ De quel droit, li-ur iliMI, cliisset-vous dans la forfil de

«pire ? • Its lui répondent en nani; l'cnriinl saule sur eux et tel nnominr.

lomm* paiement Icthuisiicrn drH'Knipercur qiiî veutcnl l'écarlerdu palais.

a traits, «n ne larde pas â le rpi'n;nLiilic (f 1 10 I- à H j (*). ^

L'Ai^iranvmte. qu'on a indilnieiil chissi* ilant le» Iteati dî Frawia, donne

niiW 1 U Citmim iTAipremonL On «erra plus loin que lu poème original

nnine par l«s menaces cl les arrogances do Qirai^il ili- Eraite, qui ne mit

m laiswr U tâf devant le grand Empereur. On asibte ilaoi \'Aiprammte i

IbU* qui ^lail imminente entre Gharles et le plus puissant de ses vasiHUii.

place un tiège de Vienne qui ne ressemble nullement A criui dont il sera

n lUna le roman de Ginm de Viane. Girard de Fraite apparaît iei comme

da mn^'t. Ge foreenA brise Iccruriflx, renie sa Toi. adore les dieux des

lU. Mais il ('<l vaincu, et ses propres âla l'enTermenl dans une tour de

. Certes, s'il ml vrni, comme In pense H. Gaston Paris (niifoire pdètîqur

Clutrlfmatinf. |ip- lli'.. ;BBl, qu'il a existiJ »l> virux Kri-nic francnif eonsaei'it

Il PART. LIVn. I.

CHAP. V

Cour pk^iiiîTO par Gharlcmagne.

femmes veuves, ou les petits enfants *. » Ce conseiller prudent, ce temporisateur, ce chef du parti de la paix à la cour de,Charlemagne, avait cependant toutes Jes qualités brillantes unies ù toulcs les vertus solides : il le fit bien voir à cette cour de la Pentecôte : « Droit Empereur, dit-il Ji Charles, aimez les pauvres, — Et ne soyez pas avare en vos dépenses. — Donnez, donnez aux pauvres chevaliers. — Qu'il ne reste pas un denier

à CCS dernières aventures du terrible Girard, ce poëmc devait ôtro une de nos plus priinilivcs, une de nos plus sauvages épopées.

H*' et 0* C/pst à dessein que nous avons gardé pour la fin de cette Notice la m?iition de TAgolant dont il est question dans la Chronique de Turpni (chapitres vi-xiv), de cette li'gcndc qui a été reproduite par le com|:>ilatcur islandais de la KarlamagiiuS'Saga et par notre Girard d'Amiens (manuscrit 778, r* HT r^ à lil r^). En réalité, cet Agolant n\i absolument rien do commun quo le nom avec celui de la Chamon (VAspremonty ot nous regrettons que de bons érudits aient été chercher dans le faux Turpin une preuve en faveur de ranliquité (i*Aspremont. Tout d'ahonl, clans la Chronique de Turpin et dans le Charlemagne de Girard d'Amiens, la guerre de l'Empereur avec ce roi païen est placée longtemps après Tavénomenl de Charles, et peu «le temps avant Roncevaux. Ensuite, l*aflahulation des deux légondcs n*a rien de semblable. Le roi Agolant du chroniqueur latin est un puissant roi d'Espagne (et non pas d'Italie), qui tue quarante mille chrétiens dans une formidable bataille où les Français finissent par le battre. II recule devant Charles, mais reste terrible jusque dans sa défaite. Uiio seconde fois vaincu, il se réfugie dans Agr^n, qui devient ainsi le principal théAtre de cette grande lutte. L'Empereur le contraint d'abandonner Agen ; il le bat à Taillebourg, il le bat à Saintes, il lui fait repasser les Pyrénées, il en arrive avrc lui à un combat définitif sous les murs de Pampr«lune. Itoi-théologicn, Charles essaye alors «le le convertir à la foi chrétienne dans une de ces longues dissertations liiéoiogiques qui sont le caractère de la Chronique de Turpin. Mais Agolant se r<;fuse à renier sa foi, et le roi de France est forcé de lui trancher la tétp. (Voy. les chapitres de Turpin, intitulés : Deredilu Caroli odGalliamet de AigoUmdo retje Aphricanomm. —De hello Sancli-Facundij ubi hattœ viruerunt. — De urbe Agenni. — De urbe Sanclonica, ubi hastœ viruerunt. — De fuga Aigolandi. — De datis treugis et de disputalione Caroli et Aigolandi. — D.' ordinibus qui erant in convitio Caroli et de paui^eribus, unde Aigolandus scandalum sumpsil et renuil baptiiari. — De bello Pampdonensi, et de morte Aigolandi). Girard d'Amiens n'a moflilié qu;^ fort légèrement le récit du faux Turpin. Quant à l'auteur de la Karlamagnus-saga, il a trouvé moyen de combiner entre elles, tellement ((uellement, les deux léjjendes des deux Agolant. Pour parler plus exactement, il a soudé la Chronique de Turpin à la Chanson d'Aspremont. Hien de plus aisé : cet auteur de bonne volonté ne tue pas son Agolant après la bataille sous Parnpelune et fait apparaître Eaumont après cette défaite des païens. Le reste de son récit est à peu près semblable à celui de la chanson française. L'i<lée est fort ingénieuse ; mais, hélas ! le récit est bien long.

9" Dans la Prise de Pampelune^ il est question de l'olifant qui a jadis appartenu à Helmont : « Quant orriès Tolifant che fu de Helmont l'aufarl », dit Roland au vers 6002.

' Chanson d'Aspremont, é»lil. Guessard, p. l, vers 48.

A!iALYSE DE LA CIIANSOX D'ASPREMOST. 77

dans votre trésor; — Et distribuez mon bien tout le "'^SIp^'v^ '' premier*. > Charles prit plaisir à suivre le conseil de Naimes : jamais il ne s'était montré plus libéral aux genlilshommes de petite fortune, aux pauvres chevaliers, aux damoiseaux , aux bacheliei^ , et même aux c vilains soudoyers i. On fit une distribution magnifique de palefrois, de gris, de vair, de faucons, d'éperviers, de hanaps, de coupes d'or et de deniers. Et Naimes, ravi, de se lever aloi^s au milieu des applaudissements universels et de proclamer a haute voix la grandeur du roi Charles : Car dcsor toz a Karlcs le pooir *. Tout à coup un grand bruit se fait sur la place. Un .. ^"i^ .

i *J I d un ambasMdciir

Sarrasin, un Turcople, arrive à cheval et tombe au milieu r/cJrSiani. de CCS sept mille Français qui déjà s'assoient au festin '^chîïteiJ^**'^ de TEmpereur. Ce païen est fort, il est beau. « Il a les duiî? ïï^bm. > yeux vairs, le vis riant et lié ; ne l'ot pucele plus blanc as picnT; Tpan » ne plus délie' . » Mais ce visage si riant devient bientôt terrible; le Turcople s'avance vers le roi et lui jette au visage un des défis les plus insolents que Ton puisse trouver dans nos Chansons de geste où ces insolences . abondent. 11 est l'ambassadeur du roi Agolant, et parle au nom de son maître : « Sire, dil-il à Charlemagne, *sire, faites-moi écouter. — Il y a trois terres que je *sais bien nommer : — L'une s'appelle Asie, l'autre

> Europe, — Et la troisième Afrique : on n'en saurait

> trouver une de plus. — Agolant possède la plus grande.

> des trois, et il veut le reste *. y> Balant (c'est le nom d^rambassadeur) ajoute, avec la même arrogance, qu'il fout que Charlemagne s'empresse de faire sa soumission, son hommage, au formidable, à l'invincible Agolant : f Nous le viendrons chercher, et te saurons trouver. —

• Chanson iCAnpremonlt édit. Cuossard, p. I, ver* 50 cl .VJ ; p. i, vors 6 , 15, 13 cl 14. — « Jbûl.j p. 2, vrrs t[-Si; p. 3, vors 1-5. — ' Ibid., p. 3, vers 03, Oi. — « JlfUi.^ p. 4^, vers y cl suiv.

Il PART. UnUL

aiAP. V.

78 ANALYSE DE U CHASSOy iTASPREMOXT.

Pas de terre, pas de forêts, pas de mer qui te puis^ ^ garantir... — A moins que lu ne puisses l*envoler corom^^ un oiselet*. ^

Charles devient pile de colère en entendant cett^ insulte : àpoine part d'iror^. Il veut se jeter, farouche, sur le messager qui le brave : Xaimes l'arrête. L'Empereur est forcé de contenir sa fureur et lance seulement cette fière réponse au païen : « Tu pourras dire à Ago- ^ lant, ton seigneur, — Qu'il m'aura devant lui d'aujourd'hui en quatre mois, — Et que je vais porter mon oriflamme en Aspremont*. » La guerre est décidée; le rendez-vous de la bataille est aussi fixé d'avance. Et nous entendons pour la première fois le nom de ce combat si célèbre où Roland va être adoubé chevalier, où il va conquérir tout à l'heure le fameux cheval • Veillantif avec la grande épée Durandal.

LcneiiiRoUnd Laissous douc Charles précipiter avec une sorte de

réchappe , *■ *^

"*" ^rt^-^n^*"^ fièvre les préparatifs de sa terrible expédition ; laissons-le

'**""« î^^''* réunir son ost sous les murs de Paris, « celé cité vail-

iMHir iiiaiic. \^iii* y^^ Précédons un moment la grande armée, et

transportons-nous à Laon. C'est dans le donjon de Laon que Tarchevêque Turpin a fait enfermer le petit Roland,, avec Estoult, Gai, Bérenger et Hatton. Ils resteront là jusqu'à la fin de la guerre, fort bien traités d'ailleurs, munis de queux, de sénéchaux et de boutcillers..., mais enfermés , mais prisonniers ^ Tel est l'ordre de l'Empereur, que Turpin exécute en conscience. Or, l'armée française, l'armée chrétienne, en route pour Aspremont, passe sous les murs du donjon où est enfermé le neveu de Charlemagne, que Ton peut supposer à cette époijue Agé d'environ douze à quinze ans. Et

* Chanson d^Aftprêmontf édit. Gucs$vir<l, p. 4, vers 38-.iO : «Tant te querrons que le porrons trover; — Ne le garra bois ne terre ne mer, — Se ne 'en pues corn oiscloz voler. • — * Jbiil.y p. 5, vers 12. — ' Ibid.y p. 5, vers 43-51. — * tbid.t p. 1 1, vers 77 et suiv.; p. 15, vers 18 et suiv. — * Ibid^, p. 13, vers 5(5-75.

voici (ô bruit charmant!) qu'il entend les cors et les trompettes de l'armée ; voici (ô spectacle incomparable !) qu*à travers la fenêtre du donjon, il aperçoit les chevaliers qui passent en longs escadrons , pleins d'ardeur guemère, brillants d'espérance et de joie, déjà triomphants par avance. Il n'est peut-être pas de spectacle plus saisissant que le départ d'une belle et forte armée pour le théâtre lointain d'une guerre à la fois nationale et religieuse. Roland, à ce bruit et à cette vue, sent sa vocation miUtaire se déclarer plus énergiquement que jamais. Et là se place un des plus charmants épisodes de notre poème :

Sur la montagne de Laon, dans le riche palais, — Fut Rolan- <lin, qui fut de si haut prix : — Avec lui sont les enfants qu'il airoail chèrement. — Et quand ils voient Tarmée de Charles prendre ses logements, — Quand ils entendent sonner et retentir les Irompeltes, — Crier les ostors, hennir les destriers, — Et tant rf'écuyers errer dans Laon, — Alors les enfants n'y veulent plus ïnellre de relard ; — Ils appellent bellement le portier : — « Eh !

* gentilhomme, qui tant avez de valeur, — Laisse-nous aller jouer

* là dehors. — Nous veiTons comment s^en tireront ces gens. —

* Et quand nous serons grands, quand nous pourrons donner des

» armes, — Par ma foi ! nous te ferons chevalier. » — Le portier

répond : — « Taisez-vous, enjôleurs, taisez-vous. — Je n'ai que

» faire d'être chevalier: — Car on y boute et l'on y frappe de vi-

• lains coups. — J'aime bien mieux dormir céans, — N'ayant rien

» à faire qu'à vous garder; — Et l'Archevêque m'en donne un bon

1 salaire. — Vous ne sortirez point; ne cherchez plus à m'en faire

* accroire. — Allez vous amuser ici, dans ce verger; — Allez ap-

* privoiser vos faucons. — Laissez, laissez le roi poursuivre sa che- 1 vauchée, — Disputer sa terre aux Sarrasins — Et venger Notre-

> Seigneur contre les païens.» — Les enfants l'entendent: grande colère. — Ils le quittent jusqu'au lendemain malin, — Quand l'ost s'en va et recommence à chevaucher : — « N'y a-t-il pas de quoi » enrager?» dit Rolandin. — «Voici que Charles s'en va faire la

> guerre aux païens, — Et il faut que nous restions à faire le guet 1 eu ce palais : — Allons encore parler à notre portier; — Fai-

II PART. UVR. I.

CHAP. V

80 ANALYSE DE LA CHANSON D'ASPllEMONT,

Il PART. LivR I. >, sons-lui présent de nos manteaux pour sa peine : — Peut-ôlre

j> cela sera-t-il bon à quelque chose. — Puis, que chacun de nous

» prenne un bâton de pommier, — Et, s'il ne veut pas agréer

» notre demande, — Qu'il soit tellement battu , que jamais plus îl

» n'ait besoin de rien. — Et vite, vite, nous autres, échappons-

» nous , — Si bien que personne ne nous puisse atteindre. » —

« C'est cela, c'est cela, > répondent les enfants.

Rolandin fut durement en colère — Quand il vit dans l'ost les écus et les lances, — Quand il vit que Charles s'était mis en chemin. — Lui et les autres n'y mettent plus de retard; — Ils ont caché des bâtons sous leurs manteaux, — Et viennent au portier, qui est assis devant l'huis. — Et Rolandin, le preux et le membru :

— « Portier, beau frère, lui dit-il, que Dieu vous protège. — Voici » le roi qui déjà s'est mig en chemin... — Tiens, laisse-nous aller, » tu seras noire bon ami. — Cîir nous ne savons pas si jamais plus » nous le verrons. — Nous ne ferons que les voir, portier, et nous » reviendrons.» — «Allez vous asseoir là-haut», reprend le portier. — « L'Archevêque veut que vous soyez retenus dans ce pa- » lais, — Jusqu'au retour de Charles. — Vous vous êtes dérangés » bien inutilement. > — « Eh bien! dit Rolandin, tu manqueras » bientôt à ton serment. — Frappez, barons, frappez : il ne faut » pas qu'il reste plus longtemps. » — Lors fut saisi le vilaiu malotru. — Ils le criblent de coups de poing et de coups de bâton ;

— Avant de lui avoir donné chacun deux coups, — Ils lui ont moulu tous les os. — Le portier demeure étendu là, — Et les enfanis bien vile s'échappent par la porte *

Le pelit Roland et ses compagnons ne se contenlent pas de cette équipée. Les voilà dans la campagne, libres, heureux, triomphants, mais... mais à pied. Elle neveu de Charles, tout humilié, s'écrie piteusement : «Enfants, qu'allons -nous faire? Irons-nous îi pied )) comme valets d'armée?» Par bonheur, cinq gros Bretons passent près d'eux avec des chevaux. « Ça», dit Roland, « il ne faut pas demander ces chevaux, mais les y> prendre.» Aussitôt dit, aussitôlfait. Roland donne tout

* Chanson (fAspremimltéilii. Guessard, p. 15, vers 40-87, et p. 16, vers 1-15.

AîiALYSE I)E LA CHANSON D*ASPHEMONT.

d'abord un rude coup de poing dans le visage d'un des Bretons, qui tombe par terre, les jambes contremonl. Les autres ne sont pas moins brutalement traités, et abandonnent leurs destriers à ces enragés. Puis, ces pauvres cavaliers démontés vont,' tout honteux, raconter leur mésaventure au bon roi Salomon. Celui-ci ne met pas moins de mille hommes à la poursuite des cinq voleurs. On les atteint, on les enveloppe, on les va saisir, quand tout a coup on reconnaît Roland. Salomon rit, son armée rit, tout le monde est en liesse, sauf les cinq Bretons, auxquels il ne fut pas question de rendre leurs chevaux*. Cet épisode, dont la moralité semble plus que douteuse, est, comme on le voit, d'un vrai et franc comique. Mais le reste de la chanson, hélas! ne sera plus si joyeux : ce ne sera guère que le récit très-long et fortennuveux d'une interminable et monotone bataille. Le poète nous en avertit, d'ailleurs, par un nouvel appel au silence et à l'attention de son auditoire : « Huimais * orrez une fière chançon — Com Karlemaine monta en I Aspremont — Et desconfis t Agolant et Eaumont^ »

n PART. LIVR. I.

CHAP. V

Quelques érudits s'étaient persuadé, on ne sait trop pourquoi, qu'x\spremont était en Espagne. La lecture de la chanson originale nous atteste vingt fois qu'Aspreraont est dans la Calabre^ ; qu'il s'agit ici de l'extrémité méridionale de la chaîne des Apennins ; que le champ de

La gucrro

commence

en Italie

entre les Français

et les

Sarradan.

* Chanson (TAspremontt édit. Gucssard, p. 16, vers 15-67. — " Ibid.j p. 16, vers 6K-70.

' Vovez notamment ces vers très-décisifs sur Balant, rambassadeur d'Agolant, quand il retourne vers son maître : « Par ses jornées a Balanz tant erré — Qu'il vint à Rome, s'a trois jours scjorné. — Au quart s'en torne, n'i a plus il<»moré, — Puille trospasse, en Calabre est enlreiy — Au quart jor est en Aspremont moutei. • [Chanson (TAspremont^ édit. duessard, p. 7, vers 47-51.) m. 6

Ht ANALYSE DE LA CILWSOX D'ASPREMayT.

II PART. LIVR. f.

CUAP. V.

bataille où Roland triompha d'Eauniont est tout voisin

de Rise ou Reggio. C'est de ce côté que se dirigeait

Tarmée de Charles, lorsqu'elle traversa Laon, et Ton

assiste dans notre poënie au séjour de l'armée française

à Rome^ Rome n'est pas, qde je sache, sur le chemin

des Pyrénées.

Le récit de cette guerre commence bien. Deux beaux

^^'d^Fraite!""* portraits sont tracés par le poëte : celui de Girard de

*^L"teml!r Fraite et celui du Sarrasin Balant que nous avons déjà

ciirlïmî^no VU joucr uu rôlc si fier au commencement de la chanson .

an» ce guerre. Qj^^^^j,^ ^^^ l^ scigueur féodal qui se révolte sans cesse

contre la royauté, qui est puissant, qui est quelquefois plus puissant que TEmpercur, et ne se soumet jamais qu'à contre-cœur. Quand Turpin vient trouver Girard de la part deCharlemagne, l'orgueilleux vassal sent dans ses veines je ne sais quel frémissement sauvage : il jette son couteau dans la poitrine de Turpin, et lorsque le messager impérial lui demande d'un ton hautain : € Girars, à moi entent : — De cui vues-tu tenir ton cha- » sèment? » Girard réplique par ces mots, dignes de Corneille : « De Dieu omnipotent. y> L'archevêque ne s'émeut pas, et répondant au sublime par le sublime : ce Eh bien! dil-il, viens donc le défendre, ce Dieu, avec y> Charles, contre les païens '\y> Néanmoins ce n'était pas Turpin qui pouvait courber le fer dont l'ftme de Girard était faite : des mains de femme allaient fléchir cette rigueur inflexible. Une des plus belles scènes de notre poésie épique est celle où l'on voit Ameline, femme de Girard, lui adresser, avec la noble sévérité d'une chrétienne, de sanglants reproches sur toute sa vie passée, sur tous ses crimes. « Ah ! dit-elle, si j'étais à votre place, }) je sais bien ce que je ferais : j'irais rejoindre Charles

' Chanson iCAspremontf édit. Gucssard, p. 19, vers 'i<)-59. — ' /6irf., p. H, vers aMîl».

ANALYSE DE LA 67MiV50iY D\ASPREMO\T. 83

3 en Aspremont, je vengerais Dieu, et je reviendrais par "'^cliVv** ' ' ^ Saint-Pierre de Rome, où je me confesserais de tous » mes péchés*. » Et le vieux révolté est ému par ces paroles ; il baisse la tête, il se soumet, il va partir. La scène des adieux est d'une grave et touchante tristesse : c Je m'en vais, dame, dans la sainte mêlée : si je vous ai > jamais offensée, je vous prie de me le pardonner. » Et il part, tout en larmes, « ce vieux à la barbe mêlée* .»

* Chanson d' Aspremont, édit. Guessard, p. 17, vers 65-89; p. i8, ver» 1 cl suivants.

' La colère de Girard de Fraite. — Il faut faire grand can de la femme chréliennn; — Il la faut aimer et vivement chérir, — <>)mme il faut mépriser et honnir la mauvaise. — Dame Ameline ne se peut accorder avec son mari : —

■ Girard, dil-elle, laisse là ta colère; — Convoque les hommes de ta U-rre —

• El marche à Rome; va servir Nolre-Seigneur ; — Va mainU;nir et exalt<»r

■ la chrétienté; — Va envaJiir les païens avec Charles. » — « Non, dit Girard, > j*aimerais mieux mourir — Que de combattre sou» l'enselgno de Charles. —

• Laissons-le maintenant s'escrimer seul contre les païens. — Cepr^ndant je » manderai ceux que j*ai fait nourrir — Dans mon domaine, et je ni<'ttrai la main

• sur la France, — Si bien que Charles n'y pourra jamais revenir. » — « Va r donc, dit la dame, et que bien te maudisse! — Tu as vécu dans le mal, tu » veux mourir dans le mal. — Tu as fait exiler tant de gentilshommes — Et

• déshonorer tant de dames! — C'est mer\'eille si Dieu te souffre encore — » Et ne te fait mourir de maie mort, — Quand tu ne veux ainsi obéir à ses

■ ordres. »

• Girard, franc paladin, dit Ameline, — Te souviens-tu d'avoir jamais ser^i

• Dieu? — C^ n'est pas loi, n'est-il pas vrai, qui as tué le duc Alain ? — Ce n'est » pas toi qui as déshonoré ses deux fUles? — Tiens, tu ne t*<'s jamais trouve

• gai ni joyeux — Que quand lu as fait quelque mal et quelque tort aux hommes. » — Et aujourd'hui, loin de l'amender en rir-n, lu ne fais qu'empirer. »

Amelim; dit : — « Girard, que feras-lu? — Il y a bien cr^nl ans que tu me pris " pour femme. — Depuis lors tu ne fus jamais la> de mal fainr. — Tu as toujours » volé, pillé, brûlé: — Tu empires toujours, toujours tu empireras. — Que feras-

• tu, misérable Satanas** — Mande tes hommes, tous ceux que tu as, — Et

■ marche au secours de Charles. Que fais-tu donc que lu n'y cours? — Va : tu

■ feras pénitence en frappant les paï>n«i. » — Girard l'entend, commence à s'at- Iriîter.

Quand Girard entend sa femme lui faire des reproches : — « Dame , dit-il, » pourquoi le cacherai s-je? — Je partirai^ volontiers pour cette guerre ; —Mais » je n'en aurais ni le prix, ni l'honneur. — Charles y va, je ne le pourrais yimer. » » — f Certes, dit Ameline, cela ne m'empêcherait pas d'y aller. — A la place, je

• rassemblerais toutes mes forces, — J'irais rejoindre Charles en Aspremont; — » Je combattrais pour Dieu de toute ma puissance. — Puis, je reviendrais par

• Saint-Pierre de Rome, — Et m'y confesserais de tous mes péchés. — (^r tu es » ^ieux et ta chair s'affaiblit. » — Girard l'entend, son cœur s'atlendril. — Moult doucement il accorde, Il promet à sa femme — Qu'il ira vers Charles en Aspremont.

Quand Girard de Fraite entendit sa femme parler — Et doucement lui reméonrer le Seigneur Dieu, — II ne put jamais dominer son cœur. — Le voihï

Il PART. LIVR. I.

CHAP. V

I*orlrait«

de Balant et du

jeunv

Eaumunt.

Bientôt nous le verrons rejoindre Fost de Charles : en apercevant l'Empereur, il inclinera sa tôte blanche. Et vile Turpin de dresser procès-verbal de celte inclinaison de tôte, qu'il se plaît a considérer comme un hommage régulier et officiel : « Girars covint qu'il fust à lui aclin^. » Le tour était joué. Girard d'ailleurs se couvre de gloire sur le champ de bataille, et le lecteur peut hésiter entre les coups de lance de ce terrible vieillard et ceux de Roland.

Le poêle n'a pas moins flatté le portrait de Balanl le païen. C'est le noble caractère et la grande Ame de ce mécréant qui rendent un peu supportable la lecture de ces interminables Conseils tenus par les Sarrasins devant leur empereur Agolant*. Quand certains jaloux Taccusentde s'être laissé corrompre par Charlemagne, Balant, qui est resté profondément fidèle à la cause de son roi, mais qui ne dissimule pas sa légitime admiration pour Charlemagne, Balant s'écrie avec une fierté indignée : « Quand l'heure de prendre nos écus sera venue; — 3) quand les lAches seront séparés des vaillants; — quand » vous recevrez le choc des Français sur leurs chevaux y> rapides et emportés; — quand ils seront là, sous vos D yeux, tout couverts de fer, — s'ils ne donnent alors D raison à tout ce que je dis, — alors, mais alors seule- » ment, vous pourrez dire que je vous ai trahis^ » C'est

pour SCS péch(»s qui commence à soupirer: — «r Dame, dil-il, laissez-moi muiii- » tenant; — Je vais penser à me réconcilier avec Dieu... »

Et Girard a embrassé sa fenmie : — « Je m'en vais, dame, en la sainte nièlce, » — Contre Sarrazins, cette gent mécréante. — Si je vous ai jamais courroucée » ou offensée, — Je vous prie, dame, de me le pardonner. » — Lors, Girard l'embrasse en pleurant. — A ce départ, il y eut mainte larme versée. (Chanson (FAspremonly ms. 2405, P 85 r" et v, 87 r".)

• Chanson dWspremonty Biblioth. nal., fr. 2495 (ancien 8503}, r» 122 r% et fr. 25520, f» t5 v". L'épisode se termine par ces mots : » Por ce, dit l'on, qui a » mauves voisin — Sovent avient qu'il a mauves matin... » Tont ce roman est farci de proverbes.

Voy. noUimment édil. Guessard, p. 7, vers 50-00; pp. 8, 0 cl 10, etc. Chanson dWspremonlt édil. Guessard, p. 0, vers 70-70: « As cscuz prendra^

» ri

bien ainsi que devait parler ce Balant qui a jeté un défi " 'îSIi"J* ' si insolent kCharlemagne; qui néanmoins est longtemps resté à Paris les yeux cloués sur le grand Empereur* ; qvA comprend la véritable supériorité de la France et des Français ; pour lequel le bon duc Naimes s'est pris d'une affection toute particulière et qui a intérieurement de très-vives aspirations vers le baptême*, a: Quand il parait au milieu des autres Sarrasins, ses envieux, il ressemble, dit le poète, à l'oiseau de proie, au griffant que l'on enferme dans une cage avec de petits oiseaux. Dès y qu'il y entre, tous deviennent muets^. » ^^^

Tels sont les principaux personnages de la Chanson (TAspremonty et il convient que nous n'oubliions pas plus longtemps le fils d'Agolant, ce jeune et bel Eaumont que le poète (dans un accès de générosité peut-être nuisible à l'intérêt de son œuvre) a rendu aussi touchant que Roland lui-même. Eaumont, qui périra sous les coups du neveu de Charlemagne, n'est d'ailleurs, comme

quand nus serons parliz — Et sevré iercnt li coart des hardiz. — Et vus aurez

les François acoilliz — Sor les chevaus écrans et ademis, — Et il seront armé <

et fervestis, — S'il ne me font avcrir loz mes diz, — Dont pourez dire que je

vus ai traïz... t

* a Balanz menjue et resgarde souvent — Con Karleniainc a fler contcnemant .. » {Chanson d'Aspremont^ édit. Guessard, p. 6, vers 13-15.)

* ■ S'à vilenie ne li fust atorné, — Il se fust tost baptisiez et levez... » (P. 7, vers 45-46.) L*amilié de Naimes pour Balant éclate bien dans les vers suivants :

Les adieux de Naimes et de Balant.— Alors, Balant prend congé de Naimes ; il l'embrasse. — • Seigneur, dit Naimes, écoutez-moi un peu... — Croyez en

• Dieu, et Dieu vous aidera; — Puis, vous viendrez à nous, dès qu'il vous plaira, » — Et le Pape vous baptisera. ■ — t J'irais bien sur-le-champ, répond Balant, 9 — Mais Agolant, mon seigneur, m'a nourri. — C'est lui qui m'a fait roi, c'est

■ lui qui m'a fait chevalier. — Si maintenant je venais à lui faire défaut, si » j'allais en France, — Ce serait un crime, et point ne le ferai. — Je ne veux » pas qu'un mauvais homme puisse un jour me reprocher — D'avoir, en ce

■ besoin, failli à mon seigneur. — Mais je vois bien comment iront les choses,

* — Et qu'à la fm nous ne pourrons nous garantir de Charles. — Saluez pour » moi l'Empereur et tous ceux de là-bas. • — Naimes lui donne une croix qu'il a : — C'est le Pape qui lui en a fait présent. — Tant que Balant la portera, il ne pourra mourir. — Balant la prend, l'en remercie. — Naimes s'incline devant lui, il s'en retourne — Et jusqu'à l'ost ne s'arrête plus. — Le roi Balant s'éloigne d'un autre côté, — Mais au départ il pleura tendrement, — Et se dit en son cœur qu'il se fera baptiser... (Ms. 2495, f 102 r'.)

' Chanson tTAspremont, édit. Guessjud, p. 8, vers 49-55.

Il PART. LIVR. I.

CHAP. V

86 ANALYSE DE LA CHANSON D'ASPJiEMONT.

on Ta déjà démontré avant nous, qu'une imitation visible de notre Rohnd. Eaumont h Aspremont, c'est Roland à Roncevaux. Le poëte n'a même pas cherché à dissimuler ses larcins. On voit le fils d'Agolant se refuser à sonner du cor : a Sonnez de votre cor à grande » halenée, — Pour que votre armée, toute éparse, se y> rassemble. y> Et Eaumont : « En vérité, répond-il, je y> n'eus jamais la pensée — Que pour des mécréants, j> comme ceux qui sont devant moi, — Je daignerais » jamais corner de ma bouche. — Notre loi en serait y> trop abaissée'. y> Jamais plagiat n'a été plus visible, et, disons-le, plus malheureux. Il est beau de rendre justice à ses adversaires; mais jeter sur les épaules d' Eaumont la gloire de Roland et le couvrir de ce riche vêtement, c'est presque se rendre coupable d'un vol. La gloire de Roland n'appartenait pas à l'auteur d'Aspremont.

Quoi qu'il en soit, la première moitié de ce poôme est "^d'Aspremoir^ plciuc dc bcautés originales. Tous les personnages y sont

vivants. La majesté de Charlcmagne, la lierté de Balant, le courage d'Eaumont,la pétulance de Roland, lasagesse de Naimes, le repentir de Girard, sont de beaux éléments épiques. Pourquoi faut-il, encore un coup, que la seconde partie d' Aspremont ne réponde pas à la première? L'auteur s'est égaré et iTOus égare avec lui dans la description de combats sans fin : il a perdu de vue que le véritable objet de son poëme était les débuts de Roland.* Il a fait, de ces débuts, un court et insignifiant épisode, au lieu d'en faire la substance et la conclusion nécessaires de son roman... Voici donc que Charlemagne est occupé sur le champ de bataille k lutter héroïquement

* Chans(m(VAsj)remontj Bibl. nat., fr., 2195, f»» 107, r". « Voir, dist Eaumont, » onqiics n'en os pensée — Que por tel gent, con voi ci ajostée, — Daignasse » faire (le ma bouche cornée : — Trop en seroit nostre lois avalée... »

son adoube*Hent,

ANALYiB DE LA CHANSON DWSPIIEMONT. 87

contre Eaumont ; mais le vieux bras de l'Empereur n'est ° 'Î5îi."v"' '• plus de force à soutenir l'assaut d'un bras ausftl jeune.

Le roi de France est abattu, il va mourir, il jette un cri de chariemagne

vers Dieu : et Dieu, tout aussitôt, lui envoie Roland. Quel- L'Empereur

' ' vaincu.

ques vei*s, plus que médiocres, suffisent au poète pour nous raconter la détresse du grand Empereur à l'arrivée de Roland. Celui-ci se précipite sur Eaumont, comme un aiglon s'abat sur sa proie. Le combat ne dure que quel^ ques instants : le neveu de Charles s'empare de la terrible épée d'Eaumont, qui s'appelait Durandal, et, d'un . Ro^^n^

1 ' T r r ' ' vioiil au secoai's

coup de ce glaive terrible, fait voler la cervelle du fils ^''^\^^^^' d'Agolant. Puis, encore étourdi de sa victoire, il court """^ ,1^ "^ ' vers son oncle, qui gît à terre, expirant: « Oncle, vis-tu? » lui demande-t-il. — « Oui », répond Charlemagnc, (r mais j> je sui moult las^ travaillé et suant. » Alors, l'enfant se penche sur son oncle et le baise tendrement. En ce moment arrivent Naimes, Ogier, Salomon : on reconnaît l'Empereur, et il raconte modestement sa défaite ainsi que la victoire de Roland \ Peu de temps après, en présence du Pape et de tous ses barons, l'Empereur ceignait solennellement Durandal à son neveu Roland; Naimes et Ogier lui attachaient les éperons, et l'Aposlole bénissait le nouveau chevalier ^ La guerre se poursuivit, plus terrible que jamais^ Le

* Chan$on (TAspremont, Bibl. nat., fr. 25529, f 41 v* à 43 r*. = Le manuscrit iï^t qui vaut mieux, est très-incomplet et s'arrête aux commencements de la guerre.

' Biblioth. nat., fr. 25529, r* 55 v°. II est presque effrayant de penser quo ce manuscrit renferme encore près de iOOO vers après cet adoubement de Roland. Nout en donnons plus loin une analyse détaillée.

'fte ALLOCUTION MILITAIRE DU Pape. — Lc Pape dit : « Lnisscz-moi parler. » — ▼oici devant nous les païens qui nous pensent mater ; — Je ne veux

■ pas longtemps vous sermonner. — Dieu est descendu en terre pour sauver

* tout son peuple. — Durant trente-deux ans il se montra aux hommes. — De

■ ^int baptême se fit régénérer, — Pour nous apprendre à recevoir le bapt(>me ^ et à le donner. — Dieu nous fait présent de deux héritages : — I/un, c'est la » terre, qu'il nous livre à gouverner; — L'autre, c'est le ciel, qui est si clair » et si beau. — El il n'y a pas un cœur ici-bas qui puisse soupçonner — La

• grande beauté du ciel, qui puisse la dire et l'exprimer. — Or, ici sont venus

ANALYSE DE LA CHANSON D^ASPimMONT.

II PART. LIVR.I

CHAP. V

La ç^ticm

continue ;

•on caractère

•urnaturel.

roi Agolant était devenu comme fou de rage après la mort dMon fils ; mais, d'un autre côté, le ciel descendait en quelque sorte sur le champ de bataille et prêtait son aide aux chrétiens. Un jour, Roland sentit qu'une main invisible conduisait son cheval par les rônes : c'était saint Georges, que Dieu lui envoyait comme guide, et le neveu de Charles de s'élancer dans la mêlée en criant : « Saint Georges ! saint Georges* ! » Saint Maurice et saint Domnin, sur de beaux chevaux blancs, combattent aussi parmi les Français^. En tête de l'armée s'avance Turpin, le gonfalonier : il porte entre ses bras le bois de la sainte croix, et marche intrépidement. Et voici qu'au milieu de la bataille, les Sarrasins s'arrêtent, épouvantés : le bois de la croix, aux mains de Turpin, a pris tout à coup des proportions miraculeuses; il s'élève, il touche aux nuées, il lance une lumière éblouissante sur les deux armées. Le soleil paraît éteint, à côté de ce- nouvel astre ^ La bataille prend véritable-

» Sarrasins et Esclers — Qui nous pensent jeter hors de nos terres. — Ils se pro- » mettent de nous emmener prisonniers, — De nous jeter en des cachots — Où » nous n'entendrons jamais parler de Dieu, — Où nous ne pourrons ouïr ni 9 messes ni matines. — Nous devons aujourd'hui nous bien souvenir du Sei- » gneur — Qui a laissé peiner son corps sur la croix, — Et qui a laissé navrer ce » corps en ([uatre endroits. — Quant à la cinquième plaie, elle fut très-rude » î\ endurer : — Celui qui la fit n'y voyait point ; — Notre-Seigneur en sua le » sang cl l'eau. — L'aveugle en a baigné ses yeux, et ses yeux se sont rallumés. » — Dès qu'il voulut crier merci à Dieu, — Dieu lui fit aussitôt pardonner son » méfait. — Si nous voulons mériter un pardon tout semblable, — Il n'y a qu'à » bien marcher contre les païens, — A les vaincre, à les tailler en pièces. »

L'Apostole dit : « Faites-moi écouter. — A qui ira frapper un Sarrasin, — » A qui voudra souffrir le martyre pour Dieu, — Dieu ouvrira le Paradis. — » C'est là qu'il nous ftra couronner et fleurir, — C'est là qu'il nous fera asseoir » à sa droite. — Tous vos péchés, sans en faire l'aveu de bouche, — Je les veux » sur moi recueillir et rassembler au nom du Dieu. — Pour pénitence, fruppez » bien! » {Aspremont , Bibl. nat., fr. 2iî)5, 1* 123 v% lii r".) = Si nous<»(t)ns choisi le passage précédent pour en donner ici une traduction, c'est parce qu'indépendamment d'une certaine beauté naïve et de cette curieuse légende de l'aveugle du Calvaire, nous y trouvons une imitation évidente du célèbre discours de l'archevôque Turpin dans la Chaiison de Roland, Il est inutile d'ajouter que le modèle est bien supérieur à la copie.

• CiMnson d'Asfnremont, Biblioth. nat., fr. 25529, f» Gi v». — » Ihid., f 65 r», — » Ibid., r» 65 V-.

ANALYSE DE LA CHAXSON DWSPREMJST, 89

mentlecaractère d'une lutte entre le ciel et l'enfer; le ciel triomphe, les Français sont vainqueurs. L'enfant Roland et le vieux Girard sont humainement la cause de ce nouveau lriomphe\ Bref, la guerre est dùcîdtéfnent

1 Nous Ycnons de résumer très-rapidement, en moins de deux pnges, plus de Ttngl feuillets du manuscrit la Vallièrc (55-77). Une pins longue analyse eût «ngulièremcnt nui à rinlérêt et à runité de notre récit. Mais nous jugeons utile de donner en note un sommaire détaillé de ces vingt feuillets, qui, «\ défaut de valeur littéraire, ont une importance scicntinque.

• • • C'est après la victoire de Koland que Charlemagne semble, d'après notre chanson, avoir institué les douze Pairs : • Li Empereres ne volt plus demorer^ — XI' vaxaus ala faire sevrer — Des plus gentis qu'U se pot porpenser, — Es 9»*« bons sires se pooit miali fier : — • Biax niés, dist Karles, vos seroii » 'Ml' per. — Ces vos doing-je por vostre cors garder. — Cist iront là où vos » voldrm aler; — Tôt ce feront que votdroii commander.... » Le récit de cette inMIiution n'est pas ici conforme à celui des autres Chansons de geste (55 v'). ~ Le Pape bénit l'armée avec le bois de la vraie croix. Les Français s'arment /.»/ r*). — Le poëte laisse ici les chrétiens pour en revenir à Agolant. Celui-ci feunii « ses rois », et leur exprime l'étonnement où il est de ne point recevoir (Renouvelles de son fils Eaumont, dont il ignore en effet la défaite et la mort. Les rois païens se répandent en invectives contre Eaumont qui a gravement cumproniis les destinées de la loi païenne. Ces chrétiens, ajoutent-ils, sont « (fe trop • Çrant appareilj — Armé de fer don chiefjusquen Vartoil: — // nen ont gaires '^ repos ne someil. — Partii nos ont dou blanc et dou vermeil. » Le roi « Ma- Wienz a parle un plus fler langage : • Envoyons un message à Charles. S'il ne » veut pas sa perte, qu'il ronie sa loi et prenne la nôtre : qu'il nous rende nos 'dieux et nous paye un tribut de mille ou cent mulots chargés d'or, et d'autant ■ de pucelles que vous donnerez à vos damoiseaux. Sinon, il mourra, n On envoie à Charles le roi Uliien et le vieux Galindre qui partent, avec des branches d'olivier à la main (57 r^et v*). — Pendant que les ambassadeurs païens s'acheminent vers lui, Charlemagne ne perd pas de temps et divise son armée en cinq ' batailles ». La prtnière est commandée par Roland. C'est là que se tient Ogier, le gonfalonier de TEmpereur, • et ne porquant si sont il dui millier j — Tuil hacheler et jovencel legier». Le second corps d'armée a pour chef Salomun, et est composé d'Angevins et de Bretons. Les Poitevins et les Gascons forment la troisième bataille^ laquelle est placée sous les ordres du roi Droon. Naimes et le roi Didier sont en la quatrième avec Richer et le convers Jeremie. Charlemagne s'est réservé le commandement du cinquième et dernier corps d'armée, où se trouve Gondrebeuf, avec les Anglais, les Normands et les Saxons. Cependant le Pape a transformé de force tous ses clercs en chevaliers, et ces nouveaux soldats viennent aussi de monter à cheval. L'Empereur est à la tète de ton son armée; il a pris en main le bâton du commandement en chef : « Et V Empereres a son escu jus mis,— '!- ba,^ton a an sa destre main pris » (58 r".) — Or, c'est précisément en ce moment qu'arrivent devant le front de l'année chrétienne les deux ambassadeurs païens. Le poëte consacre habilement à ce tableau deux couplets « similaires » dont le second complète heureusement le premier. Charles recommande Roland à Ogier : « lia ! Ogier, sire, tenei moi • covenant — De mon neveu por ce qu'a cuer d*enfant... — A Damedieu et à toi » le commant, ■ — Li rois le seigne^ si s'en tome plorant. » ~ Et les deux ambassadeurs païens continuent à passer devant le front'de toute l'armée. Beau sujet de tableau (8 r** et v*). — Discours très-insolent du messagor Galindre : il

IIFART. LIV1I.I.

CHAP. V

ANALYSE DE LA CHÀXSOy DASPnEMOXT.

Il PAHT. LtVR. I.

CHAP. V

Triomphe défini Uf

dc9 chrétiens

ol

de Ciiarlos.

Mort d'Agulant.

terminée. Agolant meurt sous les coups d'un jeune neveu de Girard, qui s'appelle Claires. Girard él les

somme Charles d*aller se jeter aux genoux d*Agolant et de déposer sa couronne an pieds du païen. L'Empereur répond plus insolemment encore. • Vous réclamiez vos dieux, dit-il. .4 nos putains Us haillasmes Vautre ier. » Colère de Galindre et d'Cliien, qui agitent fiévreusement leurs rameaux d'olivier: I Si vous n'avn pas une plus forte année, dit Galindre, c'est fait de » vous. Tuit seroii pris corn jtiselet au broi ■ (58 v*, 59 f). — Charles réunit SCS capitaines, et leur rapporte fidèlement le message d'Agolant. Le vieux Girard, qui a quatre-vingts ans passés, fait une proposition terrible, sauvage et digne de lui : « Sire », dit-il à Charlemagne, t envoyez là où est le corps d*Eau- » mont. Qu'on lui coupe la léte et le bras, et qu'on les rapporte avec reçu de » ce fils d'Agolant. i» Ce projet est adopté, et voici qu'on apporte aux messagers sarrasins ces tristes restes du ji^une Eaumont. A ce spectacle épouvantable, Charlemagne ajoute Thorreur d'un discours qui dépasse en insolence tous les discours précédents (59 >••, 60 r*». — Pleurs touchants des deux messagers i la vue des restes sanglants d'Eaumont; ils ont des larmes plein les yeux. Nouvelle imitation de la Chanson de Roland au sujet de ce corps inanimé du fils d'Agolant : « Li oil li gissent sor la face devant ^ — Par les orilles H cerviaU U etpant.» riiien, dans un accès de généreuse colère, défie à un combat singulier le plus brave des chevaliers chrétiens; puis, il jette encore un regard sur la tétc pâle, sur la tôte coupée d'Eaumont et «7//' foii se jwsme». Les deux ambassadeurs s'éloignent du camp de Charlemagne (00, r*, v*). — Ils arrivent devant le premier corps d'armée païen et annoncent la triste nouvelle i Mandakin. Us passent successivement devant toutes les batailles des Sarrasins, en répétant à chacune d'elles le récit de la mort d'Eaumont et des insultes que CharleniagM. a fait subir à leurs dieux. Il y a, dans cet itinéraire des ambassadeurs, dans M récit plusieurs fois renouvelé, quelque chose de profondément épique (61 r*, y*^ 62 r*). — Voici enfin que les messagers sont en présence d'AgoL'uit, qui ne s'attend guère à recevoir d'aussi épouvantables nouvelles. L'un des ambassadeurs reproche très-vivement à Agolant sa vantardise : « Mar acointastes les B fiers, les orgueil lost— Les jeunes homes, les noviax josteors — De cui Yaumont » fist sesconseilleors. » Puis, il continue son disceflrs, en exposant au roi païen (pielle est la force et quel est le courage des Français. Et, comme péroraison, il lui montre la tôte et le bras d'Eaumont : « // vos anvoie 7* treu doteras, — » Le chief ton fils à Viaume point à flors » (Gi r*).— Regrets d'Agolant devant les restes de son fils. Il se pâme; puis, regardant c.»tte télé si chère : « Fdi, » dist li pères, moult ai le ruer dotant. — Par vos ving-je an cest conquerrez » ment ; — Coronai vos, biax fih, moult richement, * De ces regreU il passe

et estraindre et sachier; - Tote la bouche prist sanglente

ANALYSE DE LA CÏIANSOy D\\SPHEMO\T, 91

siens pénètrent les premiers dws la ville de Rîse. " '*JJïi^"î'^ '• Les Sarrasins sont massacrés, leurs femmes sont bap- ' T!

— D'une monleigne les virent abaimer; — Blanches lor armes et blanc sont H éatrier. t — Le Pape, alors, se fait apporter le bois de la vraie croix, et le \«il confier à « Henri » qui préfère se battre et refuse avec colère : « Et cil rttpont : < Grant mervoille ai oi. — Por coi ai-je cesl grant haubert vesti^ — » LMcié el chief cest vert hiame bruni — Et cest escu que fai au col saisi ? — 'Porcoisié-je desor cest Arrabi?^.. » — A ce dédain d'un chevalier pour le bois de la vraie croix, on voit assez que l'auteur de. la chanson n'était pas un clerc : c'est h thèse que nous avons toujours déft!nduo (03 v"j. — Le ftipc appelle alors Isoré; mais Isoré lui répond par un refus aussi insolent. Par bonheur il y a là un archevêque qui s'offre lui-nième à porter In saint bois de la croix. Le poêle fait de cet archevêque un portrait admirable : il n'y a pas, dit-il, de plus beau prêtre, de plus beau a couronné » dans toute l'armée : ■ Qui éu»-vous », lui demande le Pape, « et où Ôtes-vous né?» — « D'outre les » moM, de France lou régné ; — Moines proitie* tù-je lonc tens esté, — En ' Xormerulie, soi Ruen la cité, — Dedem Umièget, 7- liu beneùré. — Plus

• <fe ..V. am i fu moine apelei; — Par 7* petit ne me firent abé. — Iluec

• fii'ulurent, partant an fui osté — Et fui à Hains benoiei et sacra. » Le Pape lui demande son nom : « Par ma foi, sire, Torpins suis apelei. » — Eh bien !

• hi seras notre gonfalonier. » — « Je le veux bien, et j'irai me placer entre .

' Holand et Ogier. Puis, de n*lour en France, j'aurai le heaume au chef et .Jf

• l<^ haubert au dos, et défendrai mon seigneur. » Ce dialogue est interrompu "'^'■■*; P**" je bruit énorme que fait l'armée des Sarrasins et par le releiitissemant

lonnidable de leurs buisines (6i r°)» En ci? moment très -solennel Turpin MHil pieusement la croix. A l'aspect de celte incomparable relique , Ojrier •""^cend de cheval et s'agenouille ; ainsi font tous les autres : « Laive del cuer ''*'■ numle as iax sovent. » Et Ogier de dire naïvement à Roland . « Je te jure

• nu'Agolant est perdu » (Ci r^). Tout à coup on aperçoit à l'horizon trois chevaliers qui descendent de la montagne et qui passent, un par un, devant la ligne ^'^^Icnduc des troupes françaises. Ogier les voit, s'étoime et interroge le plumier: t Comment t'appcUes-tu, vassal au grand cheval? — On m'appelle » George; si ai partot le premier cop dou champ; — Mais je l*ai ci doné à cest

• fnfant. • « Cest enfant », c'est Roland. Ogier soupire et «lit : «Saim Jorges^

• fireje Votrei et créant ; — A Damedeu et à vos me coumant. » Quant à Roland, ''estsi heureux et si fier de l'assurance de saint Goorges, qu'il s'élance aussitôt contre les païens . Une bataille alors n'éUiit, comme on le sait, qu'une série de duels : or, le premier duel de ce grand combat est celui de Roland et de M;indakin, que le poiHe raconte longuement ((il v", 05 r®). Saint Georges l^iac à Roland Thonneur du premier coup; saint Georges est là avec saint Domnin,xon dru, et saint Maurice. Le neveu deCharlemagne est bien petit et son aversier, Mandakin, est bien grand. Mais le ciel intcrvienUet Mandakifi est coupé en deux. Bataille où combattent les trois Saints : c Iluec fiât Dex por crrsliens vertui » (65 r*j. Miracle de la croix portée par Turpin : « Torpins porta la sainte croii^ le jor; — En nule terre n' ot nuU si grant tor — Corne la croii dont celé rexidendor. — Por celé croii sanhle Aufrupiamle jor — Que li solam am pente sa luor. » Et plus loin : « La sainte croii doua clartet si grant — Que la valée an va resplendissant — Et cil d'Aufrique s'en vont moult esmaiant — Sen i ot nul, tant orgueillox proisant — De la peor ne remut son talent » ((i5 v*). Exploits du vieux Girard dou Fraite ; son alioculion à ses vassaux, qui se termine par ces mots : « Et servons Deu qui tôt a an baillic — Et conquerrons la • pardurable vie. • — Joute de Claires, fils de Girard, contre un païen du nom de Jafer : « Jafer Van a la joste demaiulêe, — Et cil li a otroie et donée. —

!>i ANALYSE Dt LA CW.l.VSO.V D'ASPnESIOXf. .

fis^f's de f(ré ou de force, et la reine, veuve d'.AgoJanI, est iiiiiriée à un fils du roi de Hongrie, du nom de FIo-

Eiilre 'II- r«w, ov font tTunevalêf, — l^jotle fv'de pintan etgardée. ■ Il citi peine utiic d'fljauter que Cliirei est vainqueur et qu'il lue JoTer ; • t'utl de Jafer l'am' ilau ton nvrie. • El il s'éluve un cri ifnorma dan» le» deux armée* : • Qimt l'une gtnt fsi i Caitlrr laenilée, — A'e puet humai» remaruâr latu mtllée • II* 07 r"). La baLailla recommenic, plui rudo que jamaii. Descriplians d'»t~ mures ; ■ l^i gait iTAiifriqite tt'oni pm hauben reilit, — Aim ont cuiriàn de fnnçvirt rebolii. i LcB païen! sont vaincus et nuuucrés : t Voient lor geni Ae- (rMEAierff honir^Et de la mon la eliamptUgne tvvrir. ■ Douleur d'Cliien qui lienl la premiËra place itoni toute celte partie de noire poSmc. L.i Tuite et la défaite do InliiJèles pronncnt un caractère de plus en ptns lut^ubrc; Ulïlen t'en va, liii-m'lme, triste et colère, • entre tes maini m baille paumaiant — D'an futl tl'Aafriqae qui n'etl mie /raignant; — Le ftut d'Aol (!) t'ayelenl U auqanl. > ^ouvel Àlnge do ce SuftHÛrque le poËia peint sous iei plus belles couleurs ; « S'Vliietui tvtl an Dame^^Ment^—iliaut ne valut Olivier ne Rolaalt (^67 r*-v°). Le duc Beuves altni||li3|wn. Cutnbat terrible : • Graitt CO.t te donent anbeduili baron, — Dct eHCUi tmKHaU Fatur et leblawn. ■ Ce duel demeure iiidéciG ; ninis Affiliant ;ip|>rend nlors que ses vingt premiers mille liommcs sont anéanlî«. It en met viii^t iiiills nutret on li);nc. Le poi'tn le laisse un moment pour en ri'verilr h Qiar\et • ri à satHt Jorgn, If baron dteiialier • ; mil» il nous Iklt biciitdt .lïsi^liT i, un'' uiiirc pli:isc de la grande bataille. Le clief du nouveau corps d'aniif''' imim qui l'si clinrgé d'allaquer les chrétiens, c'est Acliard ; • A groni mertvilly- inl Atimr^ aniufilfos, — Fort et hanlâ et de mal anorlot ~ Et an biiluillr miiul l'ni i l't iiiiijignos. ' Son allucution à ses hommes; son entrée en ' liKiie. I.i's i.lirfiji'iia (iljtnl. " \ot craliem fiirtnl si (mjo»*M«... — S" orne fait lir.i aw,s]cres!iais nfoirx, — KarUtun iert toijortmaifCùrep», — M. orfelim t\n teroHl besoignos. a Dpv.inl Acliard se trouve le corps de Bretons, de Manceaux et d'Angevins qui est cammnndâ par Salomnn. Le eamto Iluon l'en détache pour > savoir ce que deviennent Charles, Roland et Ogier, et potir leur porter weoun DU besoin. Huon les rejoint en effet, t li 6iaw, li hont, o le euer de lion •, et Ogier lui montre avec ruvisiement uinl Ceorges, saint Maurice et saint Domnin I qui coinbalteni avec les Français. La croix, cependant, llambaie toujoursctlance une lumiâre miraculeuse, une lumière éblouissante sur loutleclianip de bataille, j Actiard s'enfuit (f 08 et flU r*). Poursuite des fuyards et nouvelle baUiillu; exploits de Roland, admirds par Ogicr, Roland n'oublie pas tes compagnons d'enfance Ëitolt de Langrei, Ikrcnger et Bâton. Il faut j joindre un quatrième ami : I El un daaut qui Graelam ot non, — Nei de Brelaignt, fu parenx Salemon; — Itoii Karlemainei l'avait en ta rMÎiOn — S'orri d'anfanee mou/1 pelil viUltlon. — Se giuoit maii ne an ta clianbre n«n. — Sot cirl n'a home * mieU vielaU '/' son, — .Ve nùeti deiit U vert d'une lefon; — Et ieil fiil le premier l^breton. • Nous n'avons pas besoin d'insister sur l'importance ito ce passage au point <le vue de l'inlliienco des lais f bretons a et des romani de la Table ronde |r>9 v%70 r°J. Hauts lïils de Roland, de Graciant et de leurs compagnons. C'est en H*«ian]ent qu'Ogier perd Rnlitndin dans la bataille, Ogicr i qui l'on avait confié cet enfant. Il le retrouve el lui adresse dos reproches : ( Âonc fu ttolant ti (afsani el i J mu — JVc ce ne coi ne /i a rerpondii, ■ Malgré tout, les truis premiers corps d'armée païens sont battus et anéantis (70 r°, v"). Hais aussitjt qu'une bataille païenne est vaincue, il en débouche i une autre sur le champ de bataille, et voici dix-sept cents chrétiens aux prises i avec cinquante mille Sarrasins. Roland et Graciant font merveilles, et Ogier s'ctTraje des imprudence» de Roland : t De ce plora U boni danois Ogier; — i'eire dr! curr U fiit atiaus puirr;— Tôle la face li retssiei maillier.t 11 mp-

ANALYSE DE LA CHAXSOS irASPRE3l§^'T. 93

rent, auquel on abandonne le ix>yaume d'Agolant. Au milieu de la joie universelle, Florent est proclamé roi de

pc\k en pleurant à ces téméraires qu*il est leur gonfalonier : • Tôt entor mot m renei olier. » Sur ce, la mêlée recommence, et les Bretons jettent lear cri de bataille ■ Saint Malo ! • Quelle bataille ! ■ Aim quele toit partie et déterrée,— Htnte beU ame an fu de cors serrée > (71 r* v*j. La scène se transporte aupnrs «fAgolant qui fait à son neveu Cliien les plus sanglants reproches et Taccuse de l'aioir poussé à cette guerre. Désespoir croissant d\4golant, à la vue des Sarrasins déconfits et blesses qu'Eliadas lui ramène tristement. Eiiadas lui apprend la mort de Mandakin, et Agolant se lamente encore plus douloureusement. Nais il lui reste encore cinq ■ batailles s, et il les met en mouvement (71 v*, It r* r, 73 r* T*). Après tant d.r désa^ns, sa fiert* ne Tait que s'accroître. C*esl ca Tain que le vieux Galindre le rajpfillc à la raison et lui Tail un juste éloge des Français ; il s'obsline a lutter. Mais par malheur il y a un traître auprès du pore li'Eaumont. Ce traître, cVst VAmustant, qui, Trappe du désastre irréparable des païens, songe à s*enfuir en Afrique et à enlever perfidement ce royaume à Agolant. Pendant que celui-ci tient tète aux chrétiens, VAmujitant se retire du champ de bataille sous le prétexte d*allcr chercher du renfort. 11 emmène avec lui vingt mille Sarrasins, court aux vaisseaux, et, pour couper la retraite au roi païen, les détruit cl les bnile. i Se Agoulant ne prent de lui esgart, — Ja an Afrique ne damera mau part. » Toute cette partie du récit est singulièrement médiocre et obscure (74 r* v*, 75 r*;. — Combat entre le corps d*armée de Girard et celui d*Cliien. Les deux neveux de Girard, Beilves cl Claires, se battent en héros ; mais la résistance est véritablement difficile et les chrétiens courent les plus grands risques. Le poëte alors nous transporte près d*Ogier, de Roland, d'Estolt, de Richer et de Graciant, qu*il nous fait considérer comme les véritables vainqueurs des quatre premières 6a(fn7/ei païennes. Cependant le combat est devenu général et tout à fait formidable : • La fu Vestors et fors et tnerveillox... — Doné i ot maint grant cop dnlerox ; — Li rois meismes i fu si angoixsos — Que il plora de ses iaui anbedos. » Charlemagne, au milieu de la inéiéc, fait une allocution ardente à ses chevaliers : « A voii escrie : ■ Barons, que ferei ros? — Or defen-

• rfci /« /Ic4 et le» honors — Qui rostres sont et d ros ancessors. — Et conque-

• m les merveUlos trésors. .. — Et serre* Deu, le haut, le glorious. — Morons

> por lui, car il est mort por nos. • Il semble queii ce moment tout ce qui reste des deux armées est engagé. Les chrétiens plient (75 r* v*, 70 r*j ; la di'faile des Français est de plus en plus imminente. Sur les douze Pairs qui ont été tout récemment élus par Charlemagne, neuf ont déjà succombé. Des milliers de morts gisent sur le sol ensanglanté. Mais le Pape survit, mais le Pape est là, qui fait à son tour sa harangue aux chrétiens, et ce petit sermon n*esl pas sans beauté. 11 l<nir p.irh surtout de Jésus : « An celé croii se laissa il dre- ■ ci^r — Que là veei luii'e et flanboier, — Que cil d'Aufrique ne puent apro- » chier, — Les clox es piei et es paumes fichier, — Ferir el cors d^un grant

• glaive d'acier. — Et reçut mort por nos toi espargnier. » Puis il leur annum'c qu'ils vont mourir : « .l/aù que tant faites q'aim vos vemlei moult chier.

• — Dex me doinst entre avec vos parçonniers. — Ensemble à Deu vos doi

> toi anseignier — Qu' o Deu dou ciel nos irons herhêrgmr. — Devant la porte

• me trouveroii jwrtier » (Hi) r^. A peine le P;ipt n-t-il achevé son discours, que Turpiii s'approche de lui et lui remet entre les mtins le saint bois de la croix. Turpin n'y tient plus, Turpin veut se battre : « Or vos reroil la sainte croii

• baillier ; — Car j'ai haubert blanc et mouU bon destrier, — Espè.e bone et cler » hian\e d'acier. — Je suis evesques : or me fei chevalier. ■ La bataille en ce moment devient indescriptible; c'est une tuerie. Charlemagne est renversé de son cheval, cl sauvé par Bércng t ("G \«, 77 r";. Le poclc juge que le moment

UVR. 1.

ANIÉSrSE DE LA CHANSON D'ASPREMONT.

II PART. LIVB.I; CIIAP. V.

Indomptable

fierté de Girard

de Fraitc,

qui fait présager

de Bouvelles

Fin

de la Chanson d'Aipremont.

Fouille et de Calabre ; l'Apostole, qui ne semble intervenir dans le poëme que pour mener à bonne fin toutes les cérémonies liturgiques , baptise la reine , couronne Florent et les marie. La chanson se terminerait au milieu des éclats de cette joie, si le vieux Girard, dans les derniers vers du poème, ne reprenait soudain la rudesse de son ancien orgueil. 11 déclare tout d'abord qu'il n'a pas besoin du Pape et que son clergé lui suffît, un dergé qu'il aura soin de teninaOus sa griffe. Puis, il se tourne brusquement vers Charles et lui lance cet adieu : « Il est vrai, dit-il, que je vous ai appelé du nom de sei- D gneur, qu'on nous a vus combattre ensemble et qu'on » a pu me croire votre avoué ; mais tout ce que j'ai fait, )) je l*àî fait pour l'amour de Dieu. Je ne suis, entendezy> le bien, ni votre homme, ni votre avoué; je ne le suis 3) point et ne le serai jamais. » Sur ce, il demande son cheval et part le front haut. Cette fin est à la fois belle et habile : elle prépare les événements qui seront le sujet d'une autre chanson \

est venu de faire un nouvel appel à rattenlion un peu fatiguée de ses auditeurs : « Oiei^ seignory une hone chanson^ — De Karlemaine à la fière façon — Et dou bon duc Girart le Bergo\gnon, — CU qui fu fih au riche duc Buevon. » C'est ici, en effet, que Girard devient le principal héros de la chanson et que la victoire penche en faveur des chrétiens (77 r*). Mais, à partir de ce passage de notre poëme, nos lecteurs trouveront un résumé suffisant dans le corps de notre livre. (Voy. ci-dossus.)

* Chanson d*Aspremont, manuscrit de la Bibliolh. nal., fr. 25529, 123,!^ 80 v* à 87 r.

ANALYSE DE GiRARS DE Vf ANE.

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