‹ Bibliographie des chansons de gesteChapitre 29 sur 150 · ANALYSE DE GIHAIIS DE VIANE · texte numérisé non relu

ANALYSE DE GIHAIIS DE VIANE

" '*chJp."?' '' li^hes domaines. «Vous nous la donnez belle, dit un

D jour Renier à Charlemagne. Quelle cité, quelle terre, D quel fief avons-nous reçu de vous? Décidément, je ï) retourne chez mon père\ » — «-Laissez-les partir », dit un de leurs ennemis, Doon à la barbe. Renier entend ce traître, lui enfonce son poing dans la bouche (le roman dit dans la gonlé), lui casse cinq dents et le renverse à terre^. Puis, il s'élance sur un autre de ses ennemis, nommé Renard, le saisit par la barbe, le ti'aîne dans toute la salle avec une férocité railleuse que rien ne lasse, / et le jette dans le feu^ Une telle barbarie ne se retrouve que dans les plus grossières de nos Chansons de geste : on croit lire les Lorrains.

Charles L'Empereur veut se débarrasser à tout prix d'un ami

ducïîî do Gônw.^ ou d'un serviteur si redoutable. Il donne à Renier le

duché de Gênes. Renier part sur-le-champ et épouse la duchesse « sans nule arestison ». De ce mariage naquirent Olivier et la belle Aude *.

Et c'est ici que nous prenons congé de ce farouche Renier, qui est un des types les plus rudes du Germain mal chrislianisé, j'allais presque dire du sauvage mal baptisé. Un dernier trait suffirait à le peindre. Lorsque Charles lui a fait le beau présent du pays de Gènes, tous les chevaliers n'ont qu'une voix pour lui crier : « Rendez y> grAces à Charles. » Mais le frère de Girard s'y refuse d'abord, et, s'il le fait enfin, c'est de fort mauvaise grAce : « Itant vos voil proier — Que ne me faites de mon don y> folier : — Car par Celui qui tôt ot àjugier, — Tost i avey> ries honte ^. y> L'insolence après le bienfait ^est chose odieuse : c'est plus que de l'ingratitude.

Reste Girard, reste le héros de tout ce roman. Il ne se montre guère moins exigeant que son frère ; il veut un

* Girars de Viane, p. 25, 28. — » W 29, 30. - ' P. 30. — * P. 30, 33. — '^ P. 33.

ANALYSE DE GIRARS DE VIAXE. 101

duché, lui aussi. Sur ces entrefaites, meurt le duc de " "^mIp."? * '' Bourgogne, fort à point*. Sa veuve est très-aisément consolable : c A quoi sert le deuil? dit-elle à Gharle- '^«prw.

* il donne a GirirJ

3 magne ; donnez-moi un autre maiî. » Et elle ajoute phi- de'vfcnîw losophiquement : c C'est la coutume, depuis Moïse, que

> les uns meurent et les autres vivent. Donnez-moi donc

> un maiîqui soit bien puissant', i^ Charles, tout d'abord*, s'est montré ravi de la circonstance, et a promis a Girard la Bourgogne avec la veuve du Bourguignon. Certes, ce n'est pas là de la poHtique profonde , et donner un si gros fief à un si redoutable vassal, ce n'est pas œuvre digne d'un Philippe-Auguste. Mais le Charlemagne de notre chanson ne ressemble à Philippe-Auguste que par ses plus mauvais côtés. Au moment même où il vient de consoler la duchesse en lui promettant Girard, le roi de Saint-Denis jette un regard sur la dame. Il la trouve

belle et avenante, « gente et acesmée >; et, changeant de résolution avec une rapidité tout impériale : <i C'est moi

> qui vous épouserai », dit-iP. La duchesse ne se montre pas suffisamment joyeuse de cet honneur; elle préfère à l'Empereur le très-jeune Girard, qui est beau, courtois et plaisant : car elle ressemble à la plupart des femmes de nos romans, qui sont avant tout séduites par la beauté corporelle et se jettent trop volontiers à la tète des jeunes gens. Elle fait à Girard des avances odieuses : « Prenez

> ma main, lui dit-elle avec insistance. — Vraiment,

> c'est le monde retourné, répond le jeune homme. 1 Ce sont les dames maintenant qui vont demander » des maris. » Et il la repousse rudement. Elle rougit, dévore l'affront et, de dépit, épouse l'Empereur*. Ce dépit est assez bien peint par le vieux trouvère. La nouvelle reine feint d'être au comble de ses vœux :

' Ctron dt \imty p. 3i. — « p. 3o. — « p. 35, 3fi. — * P. 35-39.

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