‹ Bibliographie des chansons de gesteChapitre 30 sur 150 · IIPAKT. LIVR. I CHAP. VI · texte numérisé non relu

IIPAKT. LIVR. I CHAP. VI

« J*aimerais mieux être quinze jours reine de France,

» que quatorze ans duchesse. » On calme la colère

(^e Girard en lui donnant le fief de Vienne ^ Et le fils

... de Garin se montre doublement satisfait d'avoir la terre

e{ de ne pas épouser la dame.

Ici se place une scène qui est la péripétie principale

.'" de toule l'action, et qui cependant est d'une étonnante

-^ bizarrerie. Elle atteste, d'ailleurs, la haute antiquité de

cette légende épique.

de nÏTiîSiirico Girard va rendre à l'Empereur l'hommage qu'il lui

oeiKinbw'cni ^^*^ P^"^ '^ ^^^^ ^^ '^ ^'^^^ ^^^ Vicune. Or, c'est le soir :

dohgraXiuiio Charles est couché avec l'Impératrice. Le frère de

Ghiriêl^igno Renier s'agenouille pour embrasser la jambe du roi,

le duc de Vienne, l'iustaut cst solcnncl... La reine se sent alors l'esprit

traversé par une idée diabolique : elle tend son pied nu à Girard, qui le baise, croyant baiser cehii de son ^ seigneur^ Plus tard, elle se vantera de cet exploit et

de la honte qu'elle a fait subir à Girard. Et de là tant de guerres sanglantes entre Girard et Charles ; de là le siège de Vienne, qui doit durer sept ans; de là le grand combat entre Roland et Olivier.

Plusieurs années se passent \ ... Un jour, à la cour du roi Charles, se présenta un jeune homme cherchant honneur et aventures : « Quel » est ton nom? — Je m'appelle Aimeri. Mon père est 3) Ilernaut de Beaulande, et je suis le neveu de Girard » de Vienne*. » Ce dernier mot fait monter la rougeur au front de l'Impératrice, qui n'a pas oublié l'antique affront de Girard. Elle ne se peut contenir, et raconte étourdiment à Aimeri toute l'histoire de sa petite vengeance

« Girars de Viane, p. 29-U. — « P. il .

' P. 11-49. Le poëlc raconte ici l'arrivée du jeune Aimeri chez son oncle Girard, et les épreuves que le dur baron fait subir au damoiseau. Ces épisodes ne servent qu'à entraver l'action.

• Girarn de Viane, p. 49.

ANALYSE DE GfRAHS DE VIANE. 103

contre le duc de Vienne, et de son pied nu qu'elle lui a fait baiser, et de cette honte qu'elle lui a fait subir*. Mais celui qui s'appellera un jour Aimeri de Narbonne, et qui n'est pas encore chevalier, ne peut supporter un tel langage. Par un mouvement digne de ses oncles Renier et Girard, il saisit un couteau et le lance à la tôte de la reine. Il sort ensuite, il sort terrible de cette salle où il vient d'apprendre le déshonneur de sa famille : c A Vienne! à Vienne! d dit-il^. Il a hâte de raconter il Girard lui-môme la perfidie dont la reine s'est rendue coupable: « Elle s'est vantée, dit-il, de vous avoir fait > baiser son pied. i> i\ faut se rappeler les mœurs militaires de la féodalité pour bien saisir la portée d'un tel outrage. Girard bondit comme sous un coup de fouet : «La guerre! s'écrie-t-il, la guerre avec Charles M » Et il entre soudain en pleine révolte, sans hésiter im seul instant, et comme d'autres entreraient dans le devoir. Ainsi qu'un furieux, il se jette a droite, h gauche, demandant partout du secours contre le trop puissant Empereur. Il s'agite avec une rage superbe de tigre irrité. Hemaut de Beaulande, Renier de Gènes, arrivent à son aide. Ilernaut est accompagné d'Aimeri. Renier a derrière lui un fils et une fille également éclatants de beauté : c'est Olivier, c'est Aude*. D'un autre côté, Roland s'apprête a la guerre et, radieux de jeunesse, chevauche près de son oncle. Et voila que, dans ce beau roman, nous voyons d(\ja réunis la plupart des héros de nos Chansons de geste. Ce cortège avait jusqu'ici manqué à la grandeur de Charlemagne.

Toutefois, avant d'engager cette guerre qui sera formidable, les fils de Garin veulent consulter leur \îeux père. Il y a ici une scène profondément épique.

' Girars de Viane, p. r>0, 51. — • P. 51, 52. — ' P. 53. 5i. — * P. 5^50

n PART. LIVR. I.

CIIAP. VI.

104 ANALYSE DE GlIiAIiS DE VIANE.

II PART. LIVR. I

CHAP. VI

On fait baigner le vieillard, on l'habille, on le couvre de vêtements somptueux. Ainsi paré, il est encore très-b^au. On l'installe sur son siège presque royal, un bâton de pommier à la main. Alors Girard prend la parole et, devant mille chevaliers, expose le sujet de sa colère. A mesure que Girard avance dans le récit de son affront, le vieux Garin s'émeut, il secoue sa tête blanche, il se lève enfin : « Mes fils, dit-il, Charle- 3> magne n'a peut-être rien su de cet outrage de la reine. 3) Il faut qu'il nous l'atteste par un serment solennel. y> Sinon, ajoute le duc de Montglane, faisons-lui une 3> guerre horrible et pesante ^ et courons-lui sus ^ Quant 3) à moi, si j'avais toujours la paix, je serais malade, ï) Mais quand j'entends hennir les chevaux et donner 3> des coups de lance, je suis heureux, je vis. )> J'ai dit que cette scène était belle, et, en effet, on ne saurait comparer le vieux Garin qu'au vieux don Diègue, père du Cid Campéador.

comraenccincnu Eu réalité, la graudc guerre est inévitable. C'est en

vain que Girard et ses frères vont demander raison îi. Charles de la conduire de la reine; une telle entrevue ne peut que précipiter les événements et enflammer les haines. C'est ce qui a lieu. Girard insulte la reine, insulte le roi. On s'échauffe, on s'injurie : un chevalier de l'Empereur prend le vieux Garin par la barbe et lui en arrache plus de cent poils. Les fils du vieillard outragé se jettent sur l'insulteur et le tuent ^. Une mêlée horrible ensanglante les degrés du trône impérial. Ce ne sont que têtes coupées et barons éventrés. Puis, les fils de Garin sautent en selle et donnent de l'éperon. L'Empereur, tout haletant de rage, les poursuit de près ^ Ils profitent d'une halte pour adouber le jeune

* Girars de Viane, p. 50-59. — • P. 59-G3. — > P. 63, 04.

(lo la guerre.

ANALYSE DE GiRARS DE VIANK, 105

II PART. Lmi. I.

CBAP. VI.

Aimeri \ Cependant FEmpereur les poursuit, les poursuit toujours. Ils s'enferment enfin dans le château de Girard, où la colère de Charles va s'obstiner à les atteindre. Le siège de Vienne est décidé^. Charles entoure la ville d'un cercle de fer.

Ici, le duc Girard de Vienne va perdre le premier rôle, si<5ço do vicnno il va s'effacer pour laisser place aux véritables héros de ^.Pî»''»'^™"^"?'

^ ^ Olivier cl Holaii«

la seconde partie de ce roman, à Olivier et à Roland. ^^ p^rcS rôic Tous les yeux se portent sur ces deux jeunes gens éblouissants de jeunesse, de force et de beauté. Ils résument en eux les deux partis, les deux camps. Même âge, même courage, même charme. On oublie tout pour ne songer qu'à eux. Le cœur bat dès qu'ils paraissent en scène. Entre eux se tient, dans le charmant éclat d'une gi'àce pudique, une jeune fille qui est la sœur de l'un, j qui sera bientôt la fiancée de l'autre. Aude est là, Aude qui est sans comparaison la plus ravissante création de nos vieux poètes, Aude qui mourra foudroyée par la mort de Roland. Je ne sais pas, au reste, si je me rends ici coupable d'un enthousiasme déplacé; mais je demanderai à mes lecteurs la permission d'admirer tout haut ce roman que j'analyse pour eux, de constater la variété des scènesqu'il nousprésente, la rudesse antique de son style, la simplicité de son récit... Mais, si j'en disais plus long, on m'accuserait de vouloir être un professeur d'enthousiasme, et l'enthousiasme ne s'enseigne pas. Je me tais.

Le siège est toujours devant Vienne.

Laissons de côté l'épisode de l'Impératrice qui est un jour enlevée par Aimeri et délivrée par Roland ^ et aussi répisode du faucon de Roland dont s'empare Olivier*, et aussi l'épisode de la qtdnlaine à laquelle se livre le neveu de Charles*. Ces vieux auteurs n'ont pas assez

• Gnan de Vùine, p. 65.— • P. 00-70.— ' P. 72-74. — ' P. 74-81 .— • P. 82-90.

106 ANALYSE l>E GIRARS ht' VIAXE.

" 'ÎSIp!' %T '* l*horreur de ces aventures secondaires où se noie Taction

principale. Ils tiennent à être intarissables. Pour nous, arrivons, sarts plus de retard, en présence du fait décfsif. Toutes les dames de Vienne sont sorties de la ville pour assister aux joutes des chevaliers français ; les imprudentes se sont aventurées un peu loin des remparts. Roland jette les yeux sur elles. Tout à coup, il s'arrête, il frémit, il rougit. Il vient d'apercevoir la belle Aude*.

C'est bien elle, en effet, et le romancier s'attarde à décrire cette incomparable beauté. Sur son front est posé un chapelet de pierres précieuses ; elle a les cheveux blonds, la chair blanche comme fleur en été, le visage envermeillé parla pudeur. Le premier mouvement de Roland est brutal. Il la désire : il se jette sur elle, la saisit et veut remporter dans sa tente. Elle se débat, elle crie. Olivier, son frère Olivier accourt, et, dans sa rage fraternelle, porte à Roland un coup qui le terrasse. Le vautour aloi^ laisse échapper la colombe, et la belle Aude est délivrée*.

Nouveaux combats, nouvelles effusions de sang français et viennois^. Girard finit par demander la paix.

Grand combat R cst cnflu décldc qu'uu grand duel terminera la

cnlro

Olivier ciRoiami. gucrrc. Rolaud ct Olivier, champions des deux armées,

vont lutter l'un contre l'autre, et c'est Olivier qui arrête fièrement les conditions du combat: cr Sire Roland, dit-il, y> vous viendrez dans l'île qui est sous Vienne, un malin, y> au lever du soleil. Nous nous battrons seul à seul, et » l'honneur restera a qui Dieu l'a destiné. 5^ ait Voiwr y> cidJDex l'a dessené'^. »

« Girars de Viane, p. 90. — • P. yO-î)«2.

' P. l)!à-10r). Un chevalier de France, nommé Lambert, est fait prisonnier par Olivier avec lequel il a voulu imprudemment se mesurer. Girard le charge de faire à Charlemagne des propositions pacifiques. Du reste, Lambert a été fort courtoisement traite par ses ennemis, et la belle Aude, au départ, lui a donné un gonfanon orné de son portrait : « De la belle Aude la pucelle scnéc — I fut » la forme ricbemant pointurée. » C'est Olivier qui est chargé d'accompagner Lambert au camp do Charles.

* Girar8 de^Viane, p. lOC, 107.

ANALYSE DE GIfiMiS DE VIAXE. 107

Ce combat, tous les lecteurs de notre roman en atten- (lenl impatiemment le récit animé. Mais le poêle sait qu'il possède l'attention de ses auditeurs, et il abuse de ses droits. Il nous fait assister à mille scènes inutiles. Olivier est attaqué dans le camp du roi par des traîtres qui ne respectent pas en lui la dignité d'ambassadeur; il se défend en lion, se fraye un chemin sanglant, et échappe k ses lAches ennemis ^ Et la bataille de recommencer, horrible^. Girard et Charles se rencontrent et se heurtent. Le duc de Vienne, qui ne reconnaît pas l'Empereur, le renverse; puis, est désolé de l'avoir renversé : « Si li cmbrace le pié et l'esperon, — Merci li crie' por i> Dieu et por son non — Que li pcrdoigne icelo mes- » prison. JD Charles n'a pas le temps de pardonner^. Mais Holand prend celui de faire la cour h la belle Aude, qui regarde le combat du haut des vieilles murailles*. La scène est charmante, je le veux bien, mais enfin le lecteur lounie la page avec impatience et se dit : « Je voudrais > arriver au grand combat d'Olivier et de Roland. j> Nous y voici enfin : les deux héros se revêtent de leurs armes; ils font des adieux touchants, Tun à Charlemagne et Taulre à sa sœur; ils se dirigent vers celle île qui doit être le Ihéàtre de leur lutte ; ils y abordent^. Les voila en présence l'un de l'autre, les voila qui éperonnent leurs chevaux, et le bruit que nous venons d'entendre, c'est le premier choc de leurs armures sous le premier coup qu'ils viennent de se porter^...

Le combat est terrible.

Roland débute bien, avec sa Durandal : il partage en deux le bon destrier d'Olivier, et le frère d'Aude est forcé de lutter à pied contre son ennemi a chevaP. Sa sœur

' (iirars de Viaw, p. 108-112. — « P. 11:2-115. - " I>. 11(^120. - ' P. 120lii. — '• p. 12i-i:r.}. r/csl ici que sft trouve le récit d'un songe de rharlemagno qui a pour objet le duel prochain et la future amitié de Holand K d'Olivier. — « Girars de Viane. p. I3.'î-13r,. — ' P. 130.

II PART. LIVR. I

r.HAP. VI.

103 ANALYSE DE GillAnS DE R4iY£.

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