II PART CHAP
.uvR.i.^ Faperçoit, sa sœur qui se Urouve exactement dans la même situation que la Camille des HoraceSy et qui craint presque aussi vivement de voir mourir ce Roland qu'elle aime, ou cet Olivier qui est son frère. Elle se réfugie dans une chapelle, elle mouille le marbre de ses larmes : — Pitié, Seigneur, prenez pitié des deux barons « où tote est m' àmistié* ». Mais Olivier ne désespère pas de la victoire. Il tourne autour du cheval de Roland, il épie le moment de frapper son heureux adversaire. A son poing est sa bonne épée à la garde d'or. Il saisit enfin l'instant favorable, atteint le neveu de Charles et lue le cheval de son ennemi. Aloi-s il pousse un cri de joie. On lui eût ce donné Orléans et l'archevêché de Reims » qu'il n'eût pas ressenti un plaisir aussi vif ^ Les deux champions,dont les chances sont désormais égales, se rapprochent l'un de l'autre, et c'est une grêle de coups d'épées qui produit un pétillement formidable d'étincelles. « Sauvez, sauvez 3> mon fils ï>, crie du haut des remparts le père d'Olivier aux abois. « Sainte Marie, s'écrie Charlemagne, pré- ^ servez Roland. J'en ferai un roi de France, d Le combat continue. On n'en a jamais vu, dit le poète, on n'en verra jamais de plus terrible'^.
Ils s'éloignent l'un de l'autre pour se rapprocher aussitôt, plus furieux, plus forts. Leurs bonds sont formidables. Leurs deux écus sont fendus, leurs deux hauberts rompus. Ils sont couverts de sang, et l'on ne sait comment ils parviennent à ne pas mourir. Et il faut que la belle Aude assiste à ce trop douloureux spectacle. Elle arrache ses beaux cheveux blonds, elle jette des cris perçants : a La France est perdue, dit-elle, si Vun ^ des deux succombe. )) Les deux combattants d'ailleurs savent bien quel intérêt ils excitent. Entre deux coups
Girars de Vtane, p. 137. — • P. 138. — • P. 138, 139.
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d'épée, ils échangent quelques paroles véritablement admirables : «J'ai grand chagrin, s'écrie Roland, de voir
> comme ces femmes vous regrettent. — Quant à moi, I répond Olivier, si Dieu permet que je vive, je vous ï promets de parler de vous à ma sœur Aude. Si elle ne MOUS épouse pas, elle n'en épousera point d'autre, et
> se fera nonne *. i> Certes, je ne prétends pas mettre ici la chanson de Girars de Viane sur le même pied que Mliade : et Dieu me garde de ces comparaisons ! Mais je ne saurais m'empêcher de remarquer que les héros d'Homère sont loin de se parler avec cette hauteur de sentiments. Non, ce n'est pas ainsi, en vérité, que se traitent Achille et Hector. J'ai déjà accordé, j'accorde volontiers qu'ils parlent une langue infiniment plus belle. Mais Homère, maître immortel, modèle inimitable en matière de style et de langage, n'a jamais donné de telles proportions au cœur de l'homme.
Le combat continue.
Olivier, dans un nouvel assaut contre Roland, dans une attaque où il concentre toute sa rage et toute son énergie, brise, hélas! le fer de son épée. Un misérable tronçon lui reste seul dans la main ; il est ou il sera vaincu. A celle vue, sa sœur se pâme: « Pourquoi, pourquoi » faut-il que je voie combattre, là, sous mes yeux, mon » ami qui m'aime tant et mon frère? Ah ! quel que soit *le vaincu, je deviendrai folle. Reine du ciel, séparez- »les*. ^ Ne croyez-vous pas entendre la Sabine du grand Corneille?
Le combat recommence \
' Ciran de Viane ^ p. 140. — 'P. 141. — ' Si Ton veut savoir jusqu'où peut •lier le système mythique, particulièrement en Allemagne, il faut lire, au sujet de ce combat d'Olivier et de Roland, ce que M. Hugo Meycr a <*crit, dans le Zittichrifl fiir deutsche Philologie (t. III, pp. 422-4r)8), sur la myliiologie allemande dans Giran de Viane : « J'ai interprété, pour plu^ii^urs raisons, le combat de Roland et d'Olivier dans la Chanson de fiolauil par la luite du dieu de l'Hiver avec le dieu de TÉlé en automne i !î). Mais, dans Girars de Vinne, nous
Il PAIIT. LIVR. f.
CHAP. VI
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110 «S ANALYSE DE GinAIiS DE VIANE.
Olivier voit à terre son épée brisée et sou cheval mort. Il pense perdre la raison, de douleur. Mais c'est qu'il ne connaît pas encore la grandeur du cœur de Roland : a: Imagines-tu donc, lui dit le neveu de Charles, que je )) veuille me battre avec un homme desarmé? Fais de- » mander une autre épée à ton oncle Girard, et en même y> temps fais venir du vin : car j'ai grand' soif*, d Girard s'empresse d'envoyer à son neveu une nouvelle épée; et c'est la célèbre Hauteclaire'^ Olivier, ravi, s'approche alors de Roland, s'agenouille près (Je lui et lui présente une 7ief d'or pleine de vin. Roland s'était couché par terre, épuisé; il se soulève et « longuement boit por sa » soif estanchier^ y>. Représentez-vous l'un de ces deux champions doucement agenouillé près de l'autre, et le faisant boire comme une mère fait boire son enfant, et vous comprendrez peut-être le sens profond de ce mot magnifique : « Chevalerie ».
Le combat recommence*.
Désormais les deux épées, comme les deux héros, sont de force à lutter ensemble. Qui triomphera de Roland ou d'Olivier, de Durandal ou de Hauteclaire? Nul ne peut le savoir. Aude, plus que tout autre, est dans une cruelle incertitude; elle prie. Un coup de Hauteclaire tranche le nasal de Roland ; mais soudain Durandal s'abat sur Obvier et le jette à genoux^. Girard de Viane et Charles de France sont en oraison^. Autour de l'Ile
avons sous les yeux la lutlc des deux dieux au printemps. » Aide» aux yeux deM.Meyer, «c'est la Vieille (alte), celle que relient captive l'Hiver (Olivier) et que délivre l'Été (Roland); après quoi, elle se rajeunit. C'est la nature captive du froid, qui est remise par le printemps en possession de sa liberté et de sa beauté. N Cf. Tariicle de G. Paris sur VAbliandlung ûber Roland de Hugo Mcyer {Revue cnlique, 12 janvier 1870).
« Girars de Vianey p. U± — « P. I-4i-l-i5. — » P. 115, 110.
* P. IIG. L'écuycr qui, de la part de Girard de Viane, vient apporter à Olivier Tépée Hauteclaire, veut traîtreusement profiter de l'instant où Roland vide la ne/' d'or pour se jeter sur lui et le tuer. Mais Olivier l'arrête elle terrasse^
' Girars de Viane. p. ti(>-150. — • P. 151.
ANALYSE DE CmAHS DE VIANE,
désormais fameuse où combattent les deux géants, un immense silence se fait. On n'entend que le biiiît du fer contre le fer. Tout à coup ce bruit s'interrompt : ce Sire
• Olivier, dit Roland, je me sens malade et voudrais me
> coucher un peu. J'ai grand besoin de dormir. —
> Dormez, dormez, dit Olivier en riant. Je vous éven-
> Icrai pendant votre sommeil. — Olivier, répond Roland,
> je le disais pour vous éprouver : car je me battrais ai-
> sèment quatre jours de suite. — Eh bien ! recommen- >çens, dit Olivier. — Recommençons, dit Rolande »
Le combat recommence.
Ils luttent; leur sueur les inonde, elle inonde la terre. Cependant la nuit tombe : ils luttent encore. . . Ils fondent Tun sur l'autre, ils s'entrelacent, ils se renversent... Soudain, ce petit coin de terre, tout à Theure encore inconnu, devient le théâtre d'un grand miracle. Une nuée s'abat entre les deux adversaires, que cette merveille épouvante: car ces farouches héros ne sont que de petits enfants devant Dieu. Une voix se fait enlcuidre, un ange apparaît au milieu de la lumière : m Dieu m'envoie >vei*s vous, dit le messager céleste. Il veut que vous
> cessiez de combattre, et que vous réserviez votre cou- >rage pour l'employer contre les Sarrasins'-. » Roland s'arrête, Olivier s'arrête. Ils laissent tomber leurs épéos : ils vont s'asseoir tous deux sous le même arbre, et là se jurent une amitié éternelle. Tout à l'heure c'était Hector luttant contre Achille ; maintenant c'est Oresle embrassant Pylade : <r Avant quatre jours, dit Roland, je
* veux vous réconcilier avec le roi de France. — Je vous » donne ma sœur, dit Olivier. » Et chacun d'eux répète à l'autre : « Je vous aimplns que home qui soit né. » Ils se désarment, ils ôtent leurs heaumes, ils ccs'entre-baisent^
II PART. LIVH. I.
GHAP. VI.
Un ango «(^>>are
les deux
coinbaltanU
qui se jurent
une aniilië dtcrnellu.
' Girarn de Viane, p. 151-153. — • P. 153, 15.i. — ' P. ir»5, 150.