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186 LES COMPAGNONS DE GHARLEMAGNE
D'après une tradition singulièrement défigurée et qui "; a été recueillie par l'auteur d'Aspremont, l'institution et leur des douze Pairs aurait eu lieu avant la grande victoire des
intlitatkm. ^ .
chrétiens en Italie qui remplit une partie de ce trop long poème : « Beau neveu, dit alors Charles à Roland, vous 3) serez douze pairs, et je vous les donne comme garde ]^ du corps^ :> Mais je pense que le poëte fait ici fausse
4» Naimes, 5» Ogicr, 6* Gérin, 7* Borengicr, 8" Hernaut, 9<» Aïmer, lO^Turpin, 11** Bernard de Brcbant, 12" Bertrand. (On voit que coite énumération et le poëme lui-môme sont dus k un cyclique de la geste de Guillaume ; car il met an nombre des douze Pairs cinq membres de cette geste : Guillaume, Uernaul, Aïmer, Bernard de Brebant et Bertrand).— Vil . Karlamagnus-saga. Les mêmes que dans la Chanson de Roland, saur que Turpin et Gautier remplacent Anséis et Girard. — VHl. Otinel : 1» Roland, 2" Olivier, 3« Turpin, A« Gérin, 5« Naimes, 6" Otton, V Ogier, 8« Engelier, 9« Estout, 10* Bcrloloi, 11« Anséis, 12» Girard. — IX. Fierabras: l*» Roland, 2« Olivier, 3" Thierri, 4» Geoffroi , 5» Naimes, 6" Ogier, r Richard, 8" Bcrard, 9* Gillimcr, 10» Aubri, 11« Rasin, 12» Gui de Bourgogne. — X. La Chronique de Weihenstephan supprime, de la liste de la Chanson deRoland, Gérin, Gérier, Ivoire et Girard, qu'olle remplace par Turpin, Thierri, Guillaume et Geoffroi. — XI. Dans Simon de PouUle, les noms des « douze compagnons » (mais sont-cc bien les douzo Pairs?) son îles suivants : 1° Bernard de ijrcbant, 2^ Thierri d'Ardonne, 3" Geoffroi do Danemark, 4* Bernard de Clermont, 5" Hue de Maanlc, G" Geoffroi Marteau d'Angers, ?• Dreux de Poitiers, 8* Raimbaud le Frison, 9" Simon de Pouille, 10" Richard de Normandie, 11» Gautier de Lombardie, 12** Hujçucs de Dijon. — XII. Ogier nous offre : 1» Naimes, 2* Gilimor, 3" Salomon, 4» le roi Otton, 5* Thierri d*Ardane, G* Geoffroi, 7" Doon de Nanleuil, 8" Aimon de Dordone, 9* Girard de Roussillon... — XllI. Prise de Pamiwlune : 1** Roland, 2° Olivier, 3» Estout, 4" Turpin, 5" Samson le Persan, 0' Girard, 7* Bérengier, 8" Otton, 9* Anséis, 10° Ivon, 11° Ivoire (ces dorniors présentés par le poëte comme les fils de Naimes), 12° Engolier. — XlVotXV. l^nns Galien (ms. 226 de l'Arsenal), Garin de Montglanc figure au nombre dos douze Pairs. — Dans lluon de Bordeaux, le héros du poëme entre dans ce corps sacré. — Jacques dWcqui y place le géant païen Otincl. — XVI. Nous donnons ici, à tilro de curiosité, la liste des douze Pairs, telle qu'elle se trouvo dans les Cnnquestes du grant Charlemagne de la Bibliothôquc hlouo. C'est cette liste qui circule aujourd'hui dans nos campagnes : « Chacun des principaux do l'Euipereur Charles, appelés communément les douze ou treize pairs de France, qui étaient capitaines de TExercice, étaient forts et vaillants. Il y en avait plus de treize, selon ce que je trouve. Premièrement étaient Roland, comte de Cenonta, fils de Milan {sic) et de dame Borthe, sœur du roi Charlemagne; Olivier, fils de Régnier, comte de Gènes, qui était au lit à l'Exercice de Charlemagne (sic) ; Richard, duc de Normandie; Guérin, duc de Lorraine; Geoffroy, soigneur bourdelois; Hocl, comte de Nantes; Oger le Danois, d'Asie; Lambert, prince de Bruxelles; Thierry d'Ardenne;«B<isin le Genevois; Gui de Bourgogne; Geoffroi de Frise; le traître Ganelon, qui fit la trahison deRoncevaux; Salomon, duc de Bourgogne ; Riol du Mans ; Alory et Guillaume d'Extoc (sic) ; Naimes de Bavière et plusieurs autres qui étaient sujets à Charlemagne. • Cf. notre Chanson de /{o/(in(]f,l'*édit., II, 73-75. * Aspremontt Bibl. nat., fr. 25529, f 55 v«.
route, et je préfère la tradition qui se trouve dans la "'èlHp")?;'- Karlamagnus-saga ^ et dans le Charleniagnc de Girard d'Amiens-. Ce fut Naimes qui, d'après Girard, donna à Charlemagne Tidéede la création des douze Pairs, et, dans la pensée du Bavarois, le but très-élevé de cette institution était de faire rendre meilleure justice au peuple. <k Ce ^ fu Naimes qui prist le Roi à conseillier — De fere douze
> pers por fere droit jugier. — Mes ne furent pas gent * chcitif ne garçonnier; — Ainz furent conte et duc, » preudome et droiturier. » Voilà qui vaut mieux que les gardes du corps d'Aspremont.
Les douze Pairs, comme on le voit, formaient un tribu- Leurs privilèges, nal supérieur, une sorte de placite^ d'ordre encore plus élevé que les placites de nos deux premières races. Le roman de Huon de Bordeaux ajoute que les Pairs ne pouvaient être jugés qu'à Paris, àSaint-Omerou à Orléans*. Leur amour mutuel était célèbre, et il y avait entre eux une belle solidarité qui éclate en plus d'un passage de nos vieux poèmes. Dans la Prise de Pampelune^ Charles leur demande de vouloir bien laisser une place libre parmi eux, afin de la donner à Malceris, le roi païen ; tous refusent avec une fierté dédaigneuse : « Miens aimons-
> nous mourir ou le cuens de Clermont — Che tenir quant Leur amour
> que vaut Paris jusque en Piémont*. » Dans Renam de Monlauban, il faut voir avec quelle unanimité touchante ils tiennent tête à l'Empereur lui-môme, qui s'opiniAtre à ne pas faire la paix avec les fils d'Aimon : ils se retirent, l'un après l'autre, avec desgesteset des paroles superbes. « Je m'en vais sans congé, par Dieu qui ne mentit, 3 s'écrie Roland. Ogier, que ferez-vousV Viendrez- vous D pas avec moi? Laissons ce vieillard. » Ils s'en vont tous, abattent leurs tentes, quittent le Roi. A cette vue
• I. 54. — « Biblioth. nal. fr. 778, P 113 v*. — ' Iluon de Bordeaux, vers 1005^-10068. — * Prise de Pampelune, vers 560, 561.
mutuel.
LES COMPAGNONS DE CHARLEMAGNE
II PAUT. LIVR.
CHAP. IX
toute Tarniée s'émeut et les suit. Il ne reste au camp que des valets de soldats * . Et voilà comment ils s'aimaient, ces douze compagnons ;voilàquelle était la puissance de leur fraternelle amitié. Le grand Empereur en était à trembler devant eux. Un poëme de seconde époque et de second ordre, Othiel^ est spécialement consacré à cette gloire « des doze pers qui s'entr'amerent tant. — Tant i> s'en tramèrent, cetrovon-nos lisant. — Nesegrepirent » oncques en lor vivant. — Deci au jor que il furent mo- }D rant — En Roncevaux ^. i> On ne peut s'empêcher, en pensant à cette profonde union des « douze compagnons » , de donner un souvenir à ces jeunes Gaulois qui, devant les bataillons ennemis, se liaient de chaînes de fer pour n'être séparés, ni dans le combat, ni dans la victoire, ni dans la mort !
Portrait do la belle Aude d'après tuutos nos Chansons (lo gcsto
Évoquons, pour finir, une image plus douce... Aude est la fiancée de Roland, depuis le fameux siège de Vienne, depuis le combat de son frèreOlivier avec le neveu de Charlemagne. Vous vous la rappelez, cette curieuse, cette imprudente qui s'aventure loin des murs de la ville assiégée « pour voir i), pour se rendre compte de la prouesse et de la courtoisie des Français. Vous vous rappelez aussi le brutal enlèvement dont Roland la rend victime, et les cris de cette enfant qui aime par-dessus tout son honneur, et les angoisses de cette sœur qui voit Olivier aux prises avec Roland, et les angoisses peut-être encore plus vives, mais plus inavouées, de cette amante qui voit Roland aux prises avec Olivier. Et puis, ce sont les fiançailles joyeuses, et les adieux de Roland qui veut
Renaus de Mmtaubany édition Michclant, pages 394-396. — ' Otinel, vers 5-9.
revenir vei's son amie, le front ceint de la couronne d'Espagne. Aude occupe sans cesse la pensée de Roland. C'est pour elle qu'il est brave. « Belle Audain que dira ? » répond-il quand on lui propose une lâcheté*. C'est pour elle qu'il est chaste. A la vue de la belle Dione, en Orient, il se sent à moitié vaincu par la beauté de cette Sari^sine; mais « Audain li manbre » : il se souvient de sa fiancée et triomphe de lui-même*-. C'est pour lui, d'ailleurs, que vit belle Aude, et c'est pour lui qu'elle meurt. « Roland est mort i>, lui dit Charlemagne. c A Dieu ne plaise que je lui survive ! » répond-elle, et elle tombe roidc morte ^ A vrai dire, elle ne pouvait mourir autrement, et nous avons peine à comprendre comment l'auteur d'un drame récemment consacré à Roland, comment ce poète a eu la malheureuse idée de ne pas imiter de très-près la scène de notre ancienne chanson. Quand elle a un fiancé tel que Roland, une femme telle qu'Aude n'a pas l'effronterie de lui survivre.
• Entrée en Espagne, mss. fr. XXI de Venise, r» 31 . — « Ibid., t' 239-31-1. — ' Charuon de Roland, vers 3705-37 1 1 . = La mort d*Auilc était devenue proverbiale au moyen âge. L*auteur anonyme des Enfances Godefroi dit, en parlant du départ du Clicvalier au cygne : « Là plorrni vavassor et prince et castelain. — Onqucs n'en ot à Blaives si grant duel por Audain — Quant fu morte de duel por ion cousin germain. » (Bibl. nation., mss. fr., anc. SiO*, P i'^.)
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CH\P. IX
Il PAUT. 1.IVR. I.
Cil A P. X.