OGIER LE DANOIS
La Chevalerie Ogier de Danemarche ♦.
de Danemarche.
Anaiyio « Jusqu'à cc jour on a chanté, on chante encore
**"' ^^og^^'''^ sur Ogier des cantilènes en langue vulgaire, parce qu'il
a fait d'innombrables merveilles. » Tel est sur Ogier le témoignage de la Chronique du faux Turpin, dont la rédaction peut être placée au commencement du xii" siècle : De hoc viilgo canilur iisqtie in hodicrnum diem, quia innumcra fecit mirabilia. De cc passage, on peut rigoureusement conclure qu'Ogier a été l'un de nos héros les plus populaires, les plus chantés, les plus épiques. Or, jusqu'à ce jour, nous n'avons guère parlé que de ses enfances. Il est temps de voir maintenant ce que fut la virihté de ce grand rebelle....
Ogier, depuis longtemps déjà, est près de Charle-
* La Clievalerie Ogier appartenant à la Gcs'c de Doon de Mayence, c*estdans notre troisième livre et dans notre tome Vi que Ton trouvera, à sa place lojçique, sa Notice uibliographique et historiui-e.
l>ALYSfc h'OGIER LE DASVIS. ti\
It PART. LIVK i.
ca.ip. M.
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ma^'oe, car son lîls Baudouiuet est déjà écuyer '. Oj;ioi\ d'ailleurs, a toutes les bouues grâces de TEmpereur : ou >ait qu'on lui doit le salut du i-oyauuie ; on voit en lui jo rsl^-yr. le meilleur boulevard de la France conliv les Sarrasins, u» V«" "^'^«r 11 u'est plus question des intidélités du duc Geoflmi iwiXeî! et tout esl à VAUelma. quand un lerrible événenienl va cruellement raviver les vieilles haines el niènio leur donntr je ne sais quel redoulable accix)issenient. iVélail au palais de Laon. Le lils d'Ogier, lier el beau comme son père, jouait un jour aux échecs avec Charlol, le lîls de Charlemagne. Baudouiuet eut un tort c|u\m se pormel rarement avec les lils de rois : il Liagiia la partie. Chariot, furieux d'avoir été trhec et mat en quelciues œups, se précipite sur son adversaire, le liaite de bâtard et, d'un coup d'échiquier, lui casse la ttMe et le lue surplace-. Grand bruit dans le [valais. Un éciiyer tout en larmes coui1 à la rencontre d'Ogier, cpii levenail <k.ièn- .lu h^mu. de la chasse : « Votre lils est mort ; Chailot l'a tué. >» l.e père se jette sur le corps sanglant de son lils, le baise mille fois, puis saisit un gros levier et cheirhe lihailot IK)ur le tuer. L'Empereur essaye en vain d'apaiser ce père fou de douleur : Ogier sent que sa colère déborde, jette autour de lui un regard de lame, se précipite sur Charles lui-même et tue Lohier, qui t^sl le |)ru|)re neveu de la reine. Les Français veulent se saisir de ce furieux; Ogier, pareil au sanglier, se défend s(»ul contre tons. Les douze Pairs lui viennent en aide, le révèlent de ses armes, lui procurent le moyen de s'enfuir \ Voilà Ogier hors Av Laon : l'Empereur le voit, l'Empereur se jette à sa |)oursuite. Le Danois se retourne, terrible, et frappe si brutalement le père de Chariot, qu'il Tétend à terre plus {\\\\\ moitié mort; il s'apprête même à couper la tète du roi de
Ui Chevnierii' Oijier de Datummnhe^ vcii lU.'iS-JlôTi. — - Uir»(»-;MKO. m. ir>
Il l'AhT. LIVR. [.
CIIAI*. M.
ili ANALYSE h'OGŒH LE DANOIS.
France, quand mille chevalière viennent au secoure de Charles. Ogier ne peut tenir tête à mille hommes; il prend le large, met une rivière entre lui et ses ennemis : il est sauvcV. 11 se hîUe cependant, et va jusqu'à Pavie demander asile au roi Didier '. Didier ne le UKicr irouvo counalt pas. Il voit devant lui un homme de grande
du nulTidicr l^iJJ^j f<>i'^> membru, aux gros poings, au regard fier, au visage vermeil « comme rose de rosier » : m Qui es-tu, y> chevalier? — Je suis Ogier, fils de Geoffroi le Vieux. > Didier se jelle dans les bras d'Ogier, et Tétreint : il le fait, sur Theure, gonlalonier de son royaume , et lui donne les deux châteaux de Montchevreuil et de Caslellorl sur Rhône ^ Ogier se fortifie, et attend tranquillemcnl, derrière ces mure redoutables, les effets de la colère de Charles *. L'empereur de France les assiégera en vain pendant sept ans ^.
Il convient de se faire une idée exacte du héros dont nous analysons l'histoire. Ogier est un type à part : il ne ressemble ni a Roland, ni k Olivier, ni à Renaud de Montauban. Ogier est plus barbare, il est plus profondément Germain que la plupart de nos autres héros. Il n'a pas la raison d'Olivier, ni la grandeur de Roland, ni la douceur de Renaud. 11 semble appartenir à une génération antérieure, a une génération plus voisine des forêts de hi Germanie. 11 a la force d'Hercule, la taille d'un géant. Presque toujours hi colère gonfle ses narines : sa haine est d'une complexion formidable ; il fait peur. Tel est le sentiment qu'éprouve le lils de iNaimes, Bertrand'*, quand il est envoyé par Charlemagne à la cour du roi Didier, (luand il reproche à ce vassal riiospitalité qu'il a trop libéralement offerte à Ogier, à cet irréconciliable ennemi de l'Empereur. Mais
' LaCheralerie Ogier de Danemarche, vers ;Ji6G-:mi. — = 337e-331Mi. — ^ aauT-aUl. — ' 3.Ui-3-i49. — ' a450 et suiv. — " 4074-407:..
.\-NAL\SE b'tJtilEli LE bAyijl>. t%.\
Bertrand reprend bien vile eetle assurance i|ui e<l cuni- '■ ^'^^bÎ;^^^^',^' *
munf à loiis les ambiissadeui-s de nos Cliansons ilo
yiesle: il est insolent et éloquent à force d'insolence*.
Ogier, plein de raj^e, lui jette son couteau à la lèle-.
Didier refuse les propositions de Charles, et lui donne
fièrement rendez-vous dans les prés de Saint-Ajuse, uù
il Y aura grande et décisive bataille", r/eslcn vain que t..jD.jeLjuii!.
y*. , , ,, % t- m' ■ *lati* les |»rr*
»>aimess oppose a cet te guerre dont lecaradere 1 ellravo*: *<e
ïjliarJes réunit ses barons et descend dans les prés dt* ^ «mv lEiupercir
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Saint- Ajose. Il dispose son armée, la partage en treize '**' ï.^"u»»rti>.
klttillei>\ et se précipite contre les Lombards (|ui sont aii nombre de cent mille, partagés endix échelles''. Le grand combat commence, et notre vieux porte le décrit longuc- "lont^. Didier et Charles en viennent aux mains cl se portent de grands coups. Didier, (|ui est re|»résenté par l'^ poète comme un roi plus prudeirt (]ue courageux, "^enfuit honteusemenl, et laisse Ogier sur le clKunp de bataille, Ogier avec cinq cents hommes, Ogier contre '<HUe une armée ^. Nouveau combat, non moins long. "on moins sanglant que le premier*. La résistance J'Ogiera quelque chose de féroce : il se dél)al, il laillt*, 'U'oupe, il tue; le duc Richard de Normandie snc- <^^ombe sous un de ses terribles cou|)s''; Ciiard de 'ianeest prés de succondjer aussi ^^'. Mais le l)anoi> perd son bon compagnon Derron '*. Lui-même <;st dans "n triste état : son écu est pt'rcé n\ trente endroits; Hui heaume est fendu ; il a sept épicux dans le corps, ^n sang coide à ruiss(*aux *-. De plus, il est resté (quelle. Jouleur pour un chevalier !), il est resté à |)ied ' \et c\»sl àgrand'penie qu'il parvient à reconquérir son cheval
' La Chevalerie Ogier de Dauemarchf, \or- IK^i-lilJî». ■ i-2lo-ii88. r»a4et suîv. à 4.'»7r» et suiv.— ' 48(>5-Wl'J.— ' r.(Kii.r)OiO.— " r»()17-r»37i».
- ' 53«0.5385. — " 5392 et »uiv. — ' r»UVJ-r.n7. — " r.OlC-ôn-il. - " r><)7i»-
5(i»5. — " 5329-5331. - ' 5:Wr)'55!27.
Upier lulle nmiI
coniro («•uli> uiiv jriiivi.-.
II PART. LIVH. I.
CHAP. XI
iU ANALYSB b'OOiEH LE DASOIS.
Bi-oiefort parmi la mêlée * . Épuisé, perdant tout son sang, il est forcé de reculei devant tant de milliei's d'ennemis. Les Français se lancent à la poui^suite de celui qu'un savant moderne appelle avec quelque raison « rAcliille » du Danemark. Ils l'atteignent au creux d'un val, ou, plutôt, ils le surprennent pendant son sommeil : car, tout criblé de blessures qu'il était, Ogier pouvait encore dormir. Le cheval du héros, qui joue exactement le même rôle dans notre chanson que Bavard dans celle deRenaud ileMoutaulwn, Broielbrt, parvient k réveiller son maître ({ui, cerné par ses ennemis, trouve encore assez de force pour se jeter contre eux et pour tuer Ilernaut de Beaulande. L'Empereur est obligé de rallier vingt fois ses barons, qu'un seul homme tient en échec. Ogier ne peut enfin résister plus longtemps, il s'enfuit'*; mais il ne se Le Danois rcconualt plus, mais il écume de rage, mais il est fou. Il S. fuite devant reucontrc sur sa route» Amis et Amile qui revenaient pieu-
sementd'un pèlerinage à Rome. Ces deux parfaits modèles de l'amitié, cetOreste et ce Pylade de nos vieux poèmes, étaient désarmés : doublement respectables aux yeux d'un chevalier et aux yeux d'un chrétien, ils étaient en costume de pèlerins. Ogier ne voit qu'une chose en cette rencontre : c'est que Charles aime ces deux chevaliers, c'est que leur mort lui causera une vive douleur. 11 faut donc qu'ils périssent. Et lâchement Ogier les assassine\ Ce dernier Irait nous paraît gâter toute l'œuvre attribuée à Raimbert de Paris. Malgré touU* sa lierté, malgré tous ses malheurs, nous ne j)Ouvons plus nous mon lier désormais sympathiques au meurtrier de saint Amis et de sainl Amile.
Ogier, cependant, fuyait toujours.
Charles et les Français sont tout près de l'atteindre : Ogier distingue h^urs voix. Il peut entendre la grande
• La Chevalerie Ogier de Oancmardie, vers SôiS-oOOO. — - 0<îlU-088;î. — • r»8b 1-6891.
Chorlcmagne.
ANALYSE jyOt^MÏER LE D.WOfS, il:»
douleur de Charles qui pleure Amis el Aniile et qui donno Tordre d'enterrer à Moutier les deux sainls ehevalitM^. On les enterre à un arpent de dislance l'un de l'autre. Mais ceux qui s'étaient tant aimés durant leur vie ne pouvaient ainsi rester désunis après leur mort. Leui>i corps se rapprochèrent miraculeusement : ils vinrent fraternellement se placer cote à côte, et il sembla que ces deux cercueils n'en faisaient qu'un *.
Ogier, cependant, iiiyait toujoui^s *.
De temps à autre il se retournait, furieux, contre ceux qui le poui'suivaient, et il en tuait plusieurs sous les yeux de Charles. Durant trois joui^, Rroiefort resta sans manger; mais la noble béte, enfin, tomba exténuée sous son cavalier \ Quelle épreuve pour OgitM', que deux mille hommes poursuivaient de si prés ! Il est à pied : comment leur échapper? Par bonheur, un chAtoau se présente à ses yeux : Ogier y entre, tue Ylufissier, massacre les habitants , coupe plus de vingt têtes, ne fait grAce à personne: qui merci prie ne le (légua /^rA/Vy, jelte les corps par les fenêtres dans les fossés du cluUeau : « A lor voloir porront ore pcschier*. » A la vue de ct^s épouvantables boucheries, on ne peut se défendre dt» haïr cette race germaine, cette race sanvage, dont Ogier est ici le représentant trop exact. II serait effrayant de calculer, d'après le seul poëme de Raimberl do Paris, combien de têtes Ogier a séparées de leurs bnstes, combien de sang il a versé. H tue, tne, tue. Dans la bataille, cette férocité pourrait encore se comi)rendns niais comment excuser le menrtre d'Amis et d'Amilc, ci le carnage des pacifiqnes habitants de ce chAteau on Ogier trouve un asile assuré contre la colère de rKmpenuu"''? Charles, en effet, arrive aii pied dn donjon, anquel il
• La ChevaUriê Ogier de DanemanUe, vit*^ 589^-5917. - • r»fUH-.V.)7r>.
' r.97G-ri99i. — ♦ r»oÙ2-fi05:î. — * r»or>i-i)ir.t.
IITKRT LIVR CHAP. M.
ii6 ANALYSE T^^OGIER LE DANOIS.
" ■'îSTn*' V,"' '• 'ivre un Ibrmidablo assaut. Toute une forêt est jetée dans
les fossés : les assaillants s'avancent, terribles. A celui qui entrera le premier dans la place, Charles a promis cent marcs d'argent*; mais le Danois se défend en baron-, et ce rude massacreur écrase plus de cent Français à coups de pierres *. Charles, alors, a recours aux grands moyens (»t fait défoncer par ses mangonncaux les murs du chiVteau; mais Opier se précipite devant la brèche et la déft»nd héroïquement. Cependant il va succomber, lorsque la nuit tombe*. Tout aussitôt la plaine s'illumine d'une j^aande lueur : c'est l'Empereur qui a fait allumer deux mille cierges pour passer la nuit autour du château oiiOgieresl cernc'\ Le Danois sentquesa perte est différée, mais certaine, et, Irés-simplement, il pAlit. Notez, en passant, que cette peur prouve la belle antiquité du poëmc: les héros de nos dernières chansons sont ridiculement étrangers à la crainte''. Ogier, d'ailleurs, manque de sa plus précieuse ressource, de son cheval BroieforI . Mais Broiefort a mangé un setier d'avoine : il est maintenant alerte et vigoureux, il pousse des hennissements et présente sa croupe à son maître. Ogier s'y élance; les coqs chantent , c'est le jour qui se lève"^. Le Danois fait un signe de croix et sort du château, qui est environné de cent mille Français^. Le galop de Broiefort est alors un beau spectacle; ce galop fut célèbre au moyen Age. A travers cent milh; hommes, le bon cheval fuit plus vite qu'un cerf: on \r perce, on le crible de coups; sa vitesse s'allume sous l'épiMon d'Ogier. Charles vîv toucher Ogier: Broiefort galope toujours. Ogier a treize blessures: BroieforI galope, galope encore. 11 galope jusqu'à c(» qu'enfin soïi maître pénètre dans Castelfort et mette
' ht Chevalerie Ogiei de Dane marche, v^rs 0155-0150. — - OllU).— ' (ilCi- 0107. — ' 01080194. — ' 011)5-0:2-21). — ' 0:230-0205. — " 0200-0581». — ' 02lMMm2.