‹ Bibliographie des chansons de gesteChapitre 44 sur 150 · ANALYSE X^'OGŒR LE DANOIS · texte numérisé non relu

ANALYSE X^'OGŒR LE DANOIS

ces terribles murailles entre sa détresse et la colère " '^rMlp^x,"' '' de Charlemagne * . Toute cette fuite est très-vivement décrite par notre poëte ; c'est de la bonne épopée. Cela vaudrait peut-être la Chanson de Roland, ^i.,. les deux héros se valaient.

Et maintenant c'est devant Castellbrt que la scène siége du château se transporte ^. Le siège de Castelfort a presque joui, chez vondmi^àpTnm, nos pères, de la môme popularité que le siège de Troie ^ »""ie« ic«fon"»'< chez les Grecs. Avouons-lo : la conception française est pleine d'une beauté mule et fière qui n'est peut-être pas inférieure aux beautés plus délicates et mieux drapées de l'épopée homérique; mais il est, d'ailleurs, bien convenu que nous n'entendons comparer ici ni les deux langues, ni même les deux stylos. Cet homme entouré d'abord de quelques rares soldats, puis seul, et qui soutient un siège contre toutes les forces du plus puissant de lous les souverains, c'est un beau spectacle et qui ne nous laisse pas insensibles \ Les péripéties abondent; il y en a peut-être trop. Un des premiers et des plus louchants épisodes est la mort de Guielin, de cet ami d'Ogier *. Frappé mortellement dans une lutte Irop inégale, Guielin U'ouvo la force de venir mourir aux pieds du Danois : « Dieu ! comme Ogier pleurait '\ » Cependant les joui^s, les mois, les ans s'écoulent encore : et l'ire de l'Empereur cDnservcî toujours sa vivacité première, et Charles ne cesse de jurer qu'il mettra à mort son ennemi Ogier^K II fait un«* nouwlle levée d'hommes ; il convoque tous les vilains : ce n'esl pas trop conire le Danois des armées de tout rOccident. Et cela se passe après un siège de cinc} ans ! Ogier, qui avait d'abord Irois cents hommes avec lui, Ogier n'en a |)lus que dix".

» Im Clieralerie Ogier de Danemarche, vers 03i:î-00tî». — * liGWMHJHS. — 6G89-772f». — * 7727-7765. — • 77r)<)-77«i et 778:J-7H1(). — « 78ll-810ri. -- ■ SlOO-Hirû.

OH

ANALYSE Xi*OGlER LE DANOIS.

Il PART. LIVR. [.

CHAP. XI

Og'wT seul

dani le château

de CaRtelfort.

Puisqu'on ne peut rien contre le Danois par la force, on emploiera la trahison. Dans quel roman de chevalerie n'y a-t-il pas un Hardré ? dans quel roman ce Hardré n'est-il pas le type des traîtres? Hardré fait ici son appal'ition un peu tard ; mais enfin il parait et joue son rôle : il veut livrer Castelfort îi Charles * . Ogier s'aperçoit à temps de cette insigne trahison : ce nouvel Hercule s'arme^d'une barre de fer qu'il arrache au mur, il poui'suit les traîtres, il les écrase littéralement à coups de barre; puis, avec la même arme grossière, il chasse les Français, qui déjà s'étaient introduits dans le château-. Mais ce dernier effort lui a été fatal : Ogier reste seul, Ogier reste absolument seul"* : et c'est ici qu'il prend plus que jamais des proportions épiques. Le poêle nous le représente * tirant son eau, moulant son grain, pétrissant la pâte, chauffant son four, cuisant son pain, faisant sa cuisine et mettant des fors a son cheval Broieforl. Cependant les Fran-

' La Chevalerie Ogier de Dnnemarche, vors 81îï7-8258. — • 8*59-8331. — ' 8332-8367.

* La grande misère d'Ogier . — Ogier fut [stnil ' en son château plénier. — N'avait avec lui ni serg<*nt, ni ôciiyer : — Nulle aide, si ce n'est de Jésus au ciel — Et de Broi<*fort, son bon cheval courant : — « Dieu, dit le, duc, inspireza moi : — Ne sais que faire, ne sais où aller, — Quand j'ai perdu Benoît, mon >» écuyer, — Kt Guielin, que tant j'aimais î — S'il eût vécu longtemps, je puis )» hien assurer — Que jamais meilleur baron n'eût monte sur destrier. — De u trois cents que nous étions tout d'abord, — Nul autre que moi n*a échappé )) à la mort. — Tous les autres sont lues, sont en pièces. » — Alors il pleura, le bon Danois Ogier; — Longtemps demeura tout troublé. — Le duc avait là un puits, une corde, un seau, un traillier, — Un moulin et un four, du blé en son grenier. — Quaiul il veut moudre, il va charger son blé: — Il va lui-mémo préparer son moulin. — Veut-il de l'eau, il va la tirer du puits, — Chauflfo son eau, la met sur le trépied; — De ses propres mains tamise sa farine, — Retrousse ses bras, pétrit sa pâte, — (îliauffe son four (il est bien forcé de \o. faire), — Retourne son pain et le met sur le tablier. — Kt le baron l'enfourne : car il n'a pas «l'autre fournicr que lui. — En même temps Ogier est cuisinier. — Veut-il manger ou boire , — II met sa table, car il n'a point de d<îpeusier ; — Puis, va tirer du vin dans son cellier. — Ensuite, seul, tout seul, il s'assoit à table, — Et va vers son bon destrier Broiefort, — Lui donne volontiers foin et avoine, — Lui soulève tour à tour les quatre pieds, — Lui remet les fers qui lui manquent, — « 0 Dieu, dit Ogier, qui es et toujours fus, *» — l*ar ta vertu, Seigneur, donne-moi bon c«)nscil... » {La Chei'nlerie Ogier lie Danemarche, ver.< 8332-K374.)

ANALYSE VŒilER LE DA.\OIS. iiil

çais, par milliers, enlouront toujoui-s le chiUeau. S'ils savaienl à quelle exliCme solitude Ogier esl réduit 1

Pour donner le change aux Français, Ogier a recouiï k un Mratagènie vérilablemeiU primilir : il fabrique en bois de faux chevalière et leur fait de fausses barbes avec les crins de Broieforl. Il revêt ces mannequins de belles armures, et les Français s'imattineul voii' de nombieux chevaliei-s autour d'Ogier, îi l'abri des murs de Castelfort. Charles va môme jusqu'à leur l'airr une belle harangue, à laquelle il s'étonne grandement qu'ils ne daignent pas répondre '. Kt le poëte d'ajouter naïvement: <s II sotil île fusl, sine fnienl parler'^. s Cependant il y a sept ans que Castelfort est assiégé : les vivres d'Ogier s'é puisent. Le Danois n'a que la peau sur les os : « F^a fors leqnir ei Im os gros et fier i ; il a laissé croître ses cheveux qui lui couvrent les épaules; il est obligé d'attacher ses éperons à ses pieds nus ; il est pAIe, il est défiguré, il meurt de faim. (Combien de jours pourra-l-il résister encore? Ou, plutôt, combien d'heures? Il se le demande avec angoisse ■'.

11 sort du chAtcau : à son aspect s'enfuient les écoyers de Charles. Ils reconnaissent le Danois, et vont soudain porter cette grande nouvelle aux Français. Le fds de l'Empereur, Chariot, qui désormais va jouer un rôle admirable dans notre poëme, apprend qu'Ogier n'est sorti de Castelfort que pour assassiner le roi de France: a Barons, f dit-il, apportez-moi mes armes. J'irai parler au due » de Danemark. « Ft il se dévoue, lui, le meurtrier' de Baudouinet, à aller trouver le père farouche de sa victime el à s'interposer doucement entre l'Empereur et lui *. Ces dévouements pacifiques, ces dévouements d'agneau sont peu ronununsdans nos Chansons degesle.

H PART. LIVR. I

CHAP. xr.

i50 ANALYSE l^*OGIER LE DANOIS.

OÙ les Ogiers abondent plus que les Chariots. Rien n'est véritablement plus touchant que la première entrevue des deux héros*, et surtout que les très-douces paroles du fils de Charlemagne ; écoutez plutôt : « Je suis Char- ^) lot, le fils de l'empereur Charles. Tu me portes grande » haine, je le sais, et, si l'occasion t'en était donnée, tu » ne me ferais pas grâce de la mort. C'est à cause de ton )> enfant, que j'ai tué follement. Mais j'étais jeune alors, » Ogier, et ne savais ce que je faisais : ce fut l'œuvre du yi péché et du diable. Il n'est pas de jour où jo n'en aie Si remords au cœur, et j'en pleure soir et matin. Au i> nom de Dieu, Ogier, et par Fimage de ce Dieu, faisons ;) la paix. Cette guerre mortelle a trop longtemps duré. )^ Si j'ai tué ton fils, jo suis prêta te faire la réparation i) qu'exigeront les gens de ta famille. J'irai outre-mer » et ferai pèlerinage au saint Sépulcre-. )>

A tant de douceur Ogier ne répond que par les accès d'une brutalité avec laquelle il n'est pas d'accommodements : « Je te hais tant que je ne te puis regarder, d Et il avoue qu'il n'est sorti de Castelfort que dans l'intention bien arrêtée d'égorger l'Empereur ou son fils. Il no craint pas, même après cet aveu, do mettre son dessein h exécution, il i)énètre dans la tente où dort (^iharlot, lo fils de Charlemagne ; il s'avance vers lo lil, y porte un grand coup de son épieu et se réjouit, avec une volupté sauvage, d'avoir tué son ennemi. Par bonheur, il s'est trompé do lit : Chariot est miraculeusement préservé-'.

Il est temps que le Danois soit puni d'une rébellion qui est compliquée de tant de crimes; il est temps que lo poète le conduise à soii chAtimont. Ogier fuit de nouveau, k travers champs, devant la grande colore de Charlemagne; mais il connnet la faute grave de se désarmer

' La Chwalerie Otfier de nnnemarclie, vors 867.1-8738. — - 8739-8758. — 87r»9^98r».

ANALYSE mKlER LE DASOIS. iôl

elde s'endormir dans un champ. Or, Turpin de Reims ""^chaV^x^*' vint à passer par là, qni revenait de Rome avec de nombreux chevaliers*. On reconnaît Ogier, on l'entoure^ on lui enlève son bon cheval Broiefort , sa bonne épée Courlain, toutes ses armes, son écu, sou haubert, son heaume d'acier. Ogier s'éveille ; il se voit entouré de cc^nl chevaliers : il sent qu'il est perdu, lève son gros poing el assomme du premier coup un de ses ennemis. Puis, ce nouveau Samson s'arme d'une selle de sonunier, et lue dix autres chevaliers. Résistance inutilt» : on s'emj^are de lui, et Turpin l'emmène dans sa ville de Reims-,

Oue va-t-on faire de' l'illustre prisoimier? l^harles

n'hésite pas un seul instant : a Ogier sera écarlelé. « El

vile on envoie un bref à Turpin pour qu'il ait à livrer le

Danois. Mais Turpin n'esl pas animé contreOgier de celle

implacable fureur qui dévore l'Empereur: irayanl pas

lanl de griefs, il n'a pas tant de cruauté. Il s'éludie i\

î^auver le lils deGeoffroi : « Écoutez-moi, dil-il à (^iharles.

» Je vais jeter Ogier en prison el le faire mourir |)elil

>>îi petit, en lui donnanl le moins possible d'aliineuls.

» Lo jor n'ara de pain Van snd quuviier — Et /dain

^ hanap entre aif/ue et rin vies. » Charlemagne daigu© capiiviu- aopor.

consenUr a cette morl, qui lui paraît sans doule |)lus .inmm ^,.,,1 an^.

cruelle à raison de salouleurmémt». Mais il avail conq>lé

sans la charité de l'archevêque. L'excellent Turpin fait

passer à Ogier de bonnes viandes rolies, des quarliers

de porc, delà venaison el du vin pour dix chevaliers.

Les bourgeois de Reims, les damoistsuix, U'^ dames

surtout, vont visiter OgiiM' dans sa prison, vont dhier

avec Ogier. Décidémenl. uoln* héros ne inourni ni de

faim... ni d'einuii '.

' La Chevalerie (Ujxer de Danemairhe, voi-^ 8îm(W):20l). — * l)il(M)iii. - • iUiô-ycîfiO. M. Deiiiaisoii prrparf* en i-o niomont nI«''C«MnlM«' 1878) un Iravail <iir les traditiiins ivnioi»ios rpii <onl n*lativ«"< au lion il«* la raplivilr irOjjior.

ANALYSE l^VGIER LE DANOIS.

II PART. LIVR. I

CHAP. XI

La Franco

est menacée

par le Sarrasin

Brëhus :

Offior aeul o*l

en état Uo la winver.

Charlcmafrne

supplie le Danois

de venir on aido

à l'Ëmpiro

et lui livre son fils

r.harlnt.

La captivité du Danois dura sept ans*.

Cependant le bruit de sa mort s'était répandu dans tout le royaume de Charles et était rapidement parvenu jusqu'aux Sarrasins : « Ogier est mort, et la France perd » en lui sa meilleure défense. C'est l'heure de venger » nos antiques défaites. » Le roi Bréhus, qui gouvernait à la fois l'Afrique, Babylone, Damas et le pays des Saisnes, rassemble alors sa formidable armée : quatre cent mille païens s'avancent vers la France'*. Ils ravagent l'Allemagne, ils brûlent, ils massacrent tout sur leur passage : les voilà sous les murs de Laon. La France et l'Empereur sont perdus. Un homme, un seul homme ^ pourrait les sauver, et cet homme est celui que Charles a plongé il y a sept ans dans les prisons de Reims, qu'il a donné l'ordre d'y laisser mourir de faim, qu'il croit mort depuis longtemps. Au roi Bréhus on ne peut opposer que le Danois Ogier. C'est le cri universel : a. Ogier ! Ogier"* ! »

Charles est forcé d'entendre ce cri de ses barons : il est tout étonné, il est tout heureux d'apprendre que le Danois est encore vivant. Pour sauver la France, pour se sauver lui-même, il descend aux supphcations ; il tombe presque aux genoux de son prisonnier *. Ogier, avec sa férocité ordinaire, répond qu'il sauvera la France, si l'Empereur veut lui livrer son fils Chariot^. Et il ajoute brutalement qu'il tuera sans pitié le fils de Charlemagiie. La situation est pathétique, mais le poëte en a tiré médiocrement parti. Il n'a pas montré le combat qui dut alors se livrer, dans Tâme de Charles, entre son amour poui* la France et son amour pour son fils^'. L'Empereur consent trop facilement U la mort de

' La Chevalerie Ogier de Danemarche, vois %6 1-9793. — «979i-982-i. Le roi p:iïf*n est, dans los manuscrits, appelé n Bréhus »> ou « Brehier ». — '9825-10081 . - * 10082-10380.— ' 10381-10770 et surtout 10748-107(U. - " 10777 et suiv.

, Chariot; le père abdique trop lût devant le roi. Quant ' ** Ogicr, il serevêl de nouveau de ses armes; on lui a ■■«ïtiouvé sou bon cbeval Bioiel'ort, el il est lonl joyeux cl« revoir ce vieux compagnon de ses exploits et de sa ïnisère. Le Danois alors se redresse, plein de fierté; it >i'a jamais été si terrible ni si beau. Ou attend avec quelque impatience l'instant où il sera eu présence de Krélius et des Sarrasins.

Mais Ogier ne pense guère aux Sarrasins ni à Brélius. On tut a promis de lui livrer Chariot ; il aspire uniquement au moment où il pourra trancher la tête du , meurtrier de sou Fds; it a soif du sang de Chariot. Il ne veut pas de retard, frémit d'indignation et somme l'Kmpercur d'avoir h tenir sa promesse. C'est alors que chez Charles le père se révèle, c'est alors qu'il laisse éclater sa douleur'. Ici se place le plus bel épisode, et peut-être le plus beau passage de tout le poëme*.

' Ia Chevaltrie Ogier de Uanemarehe, vem 10777-10869.

' Le Bnoi'Ei«.xt tiE Cbabuit. — ... Ld Roi lit venir Charlol devant lui , — Son elier Dis qu'il aimait d'un li ijraiiil amour. — On le lui amùiic . pleurant mnuU l«iiJrerocnt. — Chariot ul vi*tu d'un simple bougraii. — Il a le viaugu clair, vermeil el bien léHnl, — El li.'s clievebi blonds romme l'or lin lui^ianl,

— Lu yeux vain, qui lui siéenl à ravir, — Les dents blanches, la boiidu^ riante. — En un mol, il eit moult avenant, — Hais il Tut par tra(i liurs de lui.

— Au pavillon du Roi il entre triilemenl. — Tout austitdt deux arclievi!i|ui:a root confeMé. -~ Il leur dit tut péchés avec de grands soupir* ; — Sans retard, il) l'cnnuinent dam la lents, — Le long de ses joues coule l'eau de ses veu^i ;

— Il M repeot trt*-tivGaient, il bat su toulpe,— Et le* arclievèquet, au nom de Oi*u, luidonnenll'absoUitioD. — Puii ils l'acheminent, tout en pleurs.— Lil oii su tiiHirent maints barons ricbei et puissant!, — Et saints évêques. et prêtres cliaiiunl masses. — Cliarlem ligne a saisi ton enfant. — Il l'a baisë, pleurant nioull lendrttnent. — peu s'en r«ut que ton eteur ne se fende , tant ii Mulfrc. — Pai' sa main blani^he, qu'il eut si belle , — Le Roi prend Chariot , le Roi qui e^t tout ennsumi^ de douleur. — Il «ient vers Ogier et lui dit fièrement : — ■ Beau

• sire Ogier, ee que je l'ai promis, — Je le tiendrai, mai i c'est d'un cŒur dolent. . > — lu lieu de ton fils Baudouin, je le rends mon fils Chariot : — Tue-le donc

> et fais-rn te qu'il te plaira. •— Alors le Roi i qui la France est soumise cul uw telle douleur, — Que son eœur fut pr*» d'en éclater en deux. — ■ Ogier, ■ dll le Roi.Agier, Jcoute-moi ;— Laisse-moi mon lils, ne le tue pas; - Con-

> trnie-loi d'une autre riiparation. maislaissG-nioi mon enraol-— ii' to dnnnerai •Chartres, Eumpes, li- Miiu»,— Toutle Vr-rniandoi», le Hainnut, le Hrabant.—

• Toute la Flandre , eu |ia;s tivenjint. > >- ■ Oui , beau père, r'ett vrai >, dil Cliarlot en fleurant. — Et il se Jolie en cruix aux pieds du dut : — ■ lluruu.

Il MRT. U^"» I.

CHAr. XI.

Alix pit/dMlM^k-i St.' jolteiU leur à luur l'Kiiiporeur, tlliarlot. Ir vif.-ux Naiines. Mais c'est en vain que le père fait eiitendiv des cri'- déchirants; c'est en vain que la victime, pleine de douceur, demande le pardon au nom de Dieu; c'est en vain que Nainies mppelle au Danois le >uuvcnir de Jésu-- né dans une étable et mort sur une croix. La brutalité d'Ojîier n'est pas un instant attendrie: il a toujours devant les yeux l'image de son

pr^Mîd» telle .imeii'Jo et. pour liieu . lai>>e-iiiMi vivre. — Pardonne-moi. cl cilmo t* fcireur. — >i je tuai Ion liU, ce fut ^raiule folie ; — Oui, ce fut nlor? l'.> Krlié ijut me >ouilla. — P.is un jour ne s*est passé depuis lors, que ji.' n»; ni"»'n <ois ri="p».Mili, — ti dan^ mon ca*ur j'en ai douleur bien (çniDde.

— PrcniN c«?ltt* .'inifiide. baron, no la refuse pas. — Je serai ton homme, toutr ma vit* durant. — Même aux yeux do mon père, même aux 3reux de -«a gont. — T»»ut h>>iMme en France fera ta volonté. — Ceux que lu haïras n'y resteront pas. — h- passerai la mer en nef ou en chaland : — J'irai au saint Sépulcre qui e>t à Jérusalem — .Avec deux cents honuies 1res-

■ ricliement armés — Do lionumes oi ilo hauliorts, sur de rapides destriers:

— Je MTvirai à l'Hôpital, au Tomph*. — Sept ans entiers, pour Tàme de Uui

• ciifaiiU - Kt je ne rovicndrai plus jamais en Franco — Ni de ce côté de la

■ mer sins ta poniii>sion. — Alors Chariot commença à pleurer tendrement: - Puis regarda Ii*s hauts hommes puissants : — ■ Pour Dieu, seigneurs, allez « prier Ojçier — D*accoj»tor ruffre do mon père, ot ilo s'accorder avec moi ; —

S'il ne lo fait , jo vous recommande à Jésus, — Et je vous conjure, si j'ai

■ jamait étéroupahle à votre égard, — De vouloir bien mêle pardonner aujour* '> d*liu!. » — Vous auriez alors assisté à une grande douleur. — Les barons '*o lonloiil les bras, s'arraclionl les choveux : — On n'entendrait jwis Dieu tonner. — Tous ouNemble, ils vont on «-riant vers lo bon Danois, — Ils scjotteiit tous à so* \t'n^\*. — Elcoïont les plus hauts ilii royaume de France : — »■ Pour

- Dion, Ojiier, dit N'aimos au poil tout blanc, — Tu dé>hunores Charles aux

• veux do tout son )>ouplo. — U le domando [»ard<)n. ot tu n'en veux tenir •' compte. — Eh hion ! voici maints barons hauts ot puissants — Qui te supplient, >' mains jointes, on pleurant; — Et me voici nioi-mémo qui te prie doucement. » — En échange, si tu veux accoplrr cot acconi, --- Je serai ton honunc toute

• ma vi«' durant:-- Mille combattants te serviront pour moi. - - Si tu n'y coii- « sens pi>int, sache bien — Que, pour un t«'l méfait, (u ne pourra> jamais entrer

• en accord .\voc Jésus-rjnist. avec le Pôro tout-puissant. — lu mettras la

- France en ^traiide douleur. — Les hauts barons qui aujourd'hui t'aiment do ■> jfrand amour, — Eu vérité, Ogier, vont to iiaïr, — Si tu mets à mort ce " vaillant damoiseau. — Parduune, Ogier, au nom do Diou le grand. — Laniorl

• lie mon propre fils, que j'aimais tant, - Je te la pardonne bien au nom do » ce grauii Dieu. - Pour Dieu, ne sois pas oublieux, Ogier,— Mais souviens- » ti)i (le Jésus le tout-puissant - Qui à Bolliléem naquit de la Vierge, — Qui " a subi mort horrible ot posante - Et (juc les païens peinèrent sur la croix » - Pour nous arr.ichor aux tourments de l'enfor — Où nous étions tombés )• par le péché ir.Vdam, — Et d'fivo aussi, sa femme. — Au nom de toutes ces ■> choses (bml je to parle, - Je te requiers de bon c<rur, on toute vérité, —

■ De pardonner à Chariot sa colère. » — ««Je n'en ferai rien •>, dit Ogier. — Kl il tiru <iOurlaiu, son épée au ponmioau d'or tout reluisant. — Quand il voit

ANALYSE hOùlKn LE IfWniS.

iV>

tîls Baudoiiinet et ne veiil pas pardonner. «( Renils-nu»i inun lîl< ! > lui crie le père. « Xon ! non! » répond Oiïier. Et d^une main il Siùsit le malheureux Chariot par les clieveux; de Tautre il prend son épée.... Il ne fanl rien moins qu'un miracle pour empêcher ce véritable assiissinat, pour désaniier la main de ce forcené. Au moment même où Ogier va détacher la tête de Chariot, un ange appai-ail au milieu des tonnerres : c'est saint Michel.

11 PART.LUA. I.

CJI\r. M.

Dieu.

par un mÎFaclo.

arr^ k bras

qui \a fra|«pcr

<kr|^aiiH*r répé<'. Charles ts'eiifuit. — Et \a dans sa flia|H^lle, so voilant lo xisa^p. — I>e\-ant raotel. le Roi s*êtend tMi croix; — Si ^irando angoisse ros- <>4*iititpourraiDour de son fils —Uu'il se pâma deux fois de suitt' — Quand il se redresse, il dit au Roi puissant : — '0 vous qui fîtes les étoiles luisantes. — Qui

- fîtes rhomme et la femme selon votre bon plaisir, — Qui de la Vierge na-

- quites à Bethléem. — A cause de votre naissance, 0 bon roi , o roi puissant, — Nous lisons quon vil entrer en grande liesse — Tous les animaux , et jusqu'aux oiseaux de Tair. — Vous fûtes < rien n'est plus wai < déposé dans la cK'che,

^ — Et un des bœufs , qui prenait là sa pâture, — S'inclina ilevant vou< profondément et doucement, — Et humblement vous couvrit de paille. —

- A Marie<-^Madeleine vous avez pardonné ses péchés: —Vous avez ressu<<Mté

- L.uare de la mort, — Lazare qui, enterré depuis huit ji»ur>. senlait déjà mauvais. — Si tout cela est vrai: si je le crois; — >i j'ai janiai> , en ce

- si».'cle , — Fait quelque chose qui fùl selon vous, — Gardez. Seigneur, le

• corps de mon enfant; — Qu'Ogier le couibatLint, qu'Ogier ne le tue pas. «

- Alors se relève le puissant Empereur ; — 11 vient vers Ogier, cl lui crie :

- *■ Rends-moi mon fils, par amour de notre graïul Dieu, rends-KMuoi ! >•

- ^ Je n'ea ferai rien -, dit Ogier. — Lors, va vers Chariot, le prend par les cheveux — El, de Tautre main, tint Courtain. l'épée nue. — Quaml r.harleniague ■ïoil ré|»ée levée, — Pour loul au inonde il ne l'eût regardée: — .V sa clia|K'lle il revient tout en pleurs. — Ogier tient l'épée nue suspendue, -- Il étreinl Chariot d'une forte et cruelle étreinte — Et il eût tout aussitôt pris si télé:

- Mais le Seigneur Dieu fit alors un grand miracle. — iVur Cli^uleniagne. i|u'il aima tant: — La fuuilre du ciel descend du haut des nues: — Elle de>cend entre eux deux, comme un feu tout ardent. — Mais Ogier n'a point de mal) et Chariot ne sent rien, — Car le saint ange était à ses côtés : - C'était saint Michel, lisons-nous dans l'histoire: — 11 saisit la lame de l'épée tranchante : — « Ogier, dit-il, lu ne toucheras i>oint à cet enfant. — C'est I>ieu

- qui le défend , Dieu qui t'envoie cet ordre. — Tu lui donneras seulement un

• soufflet — l»our tenir le serment insensé que tu as fait. — El, aujiuirdMuii même, l'àmc de ton fils — Sera couronnée dans le grand Paradis. — Va mainte-

- liant, arme-loi au plus vile — Et va combattre les païens iiiêcréanls. — I-cur roi Bréhus l'attend à ravanl-ganle. — Il est fort, laid et grand ; il e:-!

1 hideux; — Ne le crains pas, va hardiment, — Dieu Caidera, le roi «niiiii-

• polent. — Cest au nom du Rédempteur que je viens le le dire. •• - Quand il entend celte parole, Ogier a grande joie. — Le saint ange alors >*en retiuune au ciel, — Et loul aussitôt le Danois vient vers Chariot, — Lève le bras et lui donne un si grand souffiet, — Qu'il le renverse à terre loul cliaiicelanl. — Chariot se relève. Chariot s'enfuit. — Pour le monde loul entier, il n'eût été si content,

- El il en rend grâces au Père Inul-puissant. {La Chevalerie Oyier de Dane^ marche, édit. R:irrois, vers 10818-1 1017. >

ANALYSE h'OGIER LE DANOIS.

II PART. LIVK. 1.

CHAP. XI

Cumbal

du Lkinuis

coiitro Brchu:»;

sa victoire.

Trimaplic

d'Ogier ; Sun mariago avec la fille

du roi d'Angleterre.

Ses dcrnièrus

années .

su Miutelé,

*A mort.

o: Ogier, dit-il, ne touche pas à cet enfant : Dieu te le » défend. Aujourd'hui même l'àme de ton propre fils » sera couronnée dans le paradis. Et maintenant, sus y> aux Sarrasins ! i) Au milieu de la joie universelle, Ogier embrasse enfin le fils de Charlemagne, et toute Tarmée s'ébranle et marche à la rencontre des païens *•

Le reste de la chanson ne présente rien qui soit d'un intérêt bien original. Nous ne ferons pas un long récit du long combat d'Ogier contre le Sarrasin Bréhus : ce combat ressemble à tous les autres, surtout à ceux d'Olivier contre Fierabias et de Roland contre Ferragus*. Bréhus possède un baume tout pareil îi, celui de Fierabras; Ogier raisonne en viai théologien et fait d'interminables discours, tout comme Olivier et Roland. Bréhus s'endort sur le champ de bataille tout comme Ferragus, et Ogier, tout comme Roland, lui met doucement une pierre sous la tète. Knfin, et à plusieurs reprises, on en vient aux mains : c'est l'argument définitif. Aux grands coups d'épée succèdent les longues prières, et aux longues prières les grands coups d'épée. Ogier, décidément vainqueur, tue le Sarrasin ^

Le poÏMne s'achève par la défaite complète des païens* et par le mariage d'Ogier avec la fille du loi d'Anglelenv, qu'il a délivrée des mécréants'*. Chai'lemagne, plein de reconnaissance, s'humilie devant h». Danois jusqu'à vouloir lui tenir Tétrier quand il descend de cheval. Il hii donne le comté de Hainaut, le duché de Brabant, « la grandcî cité d'Ermay*' ». Ogier finit noblement et saintement ses jours sur ces beaux domaines qu'il lient de lamunificencede l'Empereur : « Il

' La Chevalerie Ogier de Danemarche, vers i 0870- 11038.

- 11 est bien entendu que nous ne contestons pas ici la priorité de rauteur fïOgier.

= La Chevalerie Ogier de Danemarcfie , vers 11039-11850. — * 11857-12969. - ' 12970-13035. — « 12976-12978 et 13040-13042.

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fut craint et redouté, aima les bons, greva les mauvais, """^Vr"»?.' aida à relever les orphelins et dota les pauvres pucelles. Voyait-il un franc homme tombé en pauvreté et qui avait été forcé d'engager sa terre, au nom de Dieu il la l'achetait. Il fit craindre et redouter le nom de Charlemagne. Il vécut ainsi tant qu'il plut à Dieu et, après sa moYlj fut enterré à Meaux, près de Benoit, qu'il avait tant aimé K »

Ces dei*niei*s vers, comme on le voit, équivalent à une canonisation populaire.

Mabillon a publié, au tome V de ses Acla sanctonim ordinis sancti Bénédictin la vie de saint Ogier. Rien ne manqua donc à Ogier : comme Charlemagne, comme Renaud de Montauban, comme Guillaume d'Orange, il apparaît aux yeux de nos pères avec l'auréole de la sainteté, avec le nimbe au front.

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