‹ Bibliographie des chansons de gesteChapitre 46 sur 150 · CHARLEMAGNE EX ORIENT · texte numérisé non relu

CHARLEMAGNE EX ORIENT

Voyage ù Jorusalom ot à Gonstantinople ♦.— Oalioii.

— Simon de Pouille.

Analyse

du Voyaye

à Jérusaltin

et à Coiittantinoplc.

c( Un jour, l'iil Cliarlemagne au moulier Saint-Denis;— 11 avait pris sa couronne, fait le signe de la croix sur son chef— Et

* NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE SUR LE « VOIACE pE CHARLEMAGNE A JÉRUSALEM ET A COXSTANTINOPLE » — !. BIBLIO- (iKAPUIE. — 1" Date de la composition. Le Voyage a été, suivant nous, composé durant le premier qi'ART du xii* siècle; mais cette proposition est loin cTôtre admise par tous les érudits, et plusieurs autres opinions se sont déjà produites : a. M. Ed. KoUchwitz (Homanische Studien,W5, !l, p. 1) a entrepris de prouver que ce fabliau épique est plus récent que la Vie de saint Alexis et

.1 JEHL'SALEM ET A COi^STÀyTimU-LE. 371

ceinl son épûe, dont le |iommeau étail d'or pur. — (I y avait là lurons, chevaliers el seigneurs, — L'Empereur regarde la Reine

â p«o ftt* contemporain de la Ctnnuon de Roland. — b. Uuna In première ^(litïoa des Epopées frm^aiMs (18BT, II, p. ^60), ngus avions leulemunl pJacé ■a riilaclion de tepoëme ■ durant le |)remi?r liera du \ll* siècle i. — c. D'autres ^rudili iaclinaienl, vers le même temps, i une date plus mudurne El nu «mjaieat pas l'œurrc antérieure au règne de l>hilippo-Aueusti'. — il. Dans lu JRommia de'i875 (IV, 506), H. Gaslon i'aris le raltachact déjà Irèa-vivemcnt à l'opinion de U. Kolaehwiti : g C'est un résultatqui pourra sur[ircndri^. disait-il, ■ nuis qiii n'est pas très-différent de celui auquel, pour ma part, je suis • depuis longtemps arrivé, i Dans une lecture faite, le 7 détemhrc 1S7T, à b sÀincc publique annudic de l'Acndémic des inscriptions, M. Gaston Paria a repris en cITet la tlitsr de H. Kuttrliwil;!. Le savant romaniste n'bésilo pas â reporter décidément la date du Voyage au deU du concilo de Clermonl et de U preniiire croisade. La lliÈie qu'il développe cal d'une véritable originalité et mérite d'élre rappariée; mais, dés ce moment, il noua parait nécesMire d'avertir nos leelcuraque nous récusons absolument le premier du MI argamenls, et que ,leB autres nous paraitseni aussi dëcisifs pour établir natre date (UlO-tlâO) quepour prouver celle de H. G. Paris (1080). Cola dit, et toute» réserves biles, résumons l'argum en talion de M. C. Paris. — o. Argumenl tiré du earaetêrc paeifiquc itu voyage de Charlemagnc cl de ses Pairs. Si le Yogage eil été écrit après la première croisade, \i fuHn nous aurait certainement montré le grand Empereur sous des traits Hniblable» k ceux de Godcfroy de Bouillon. On ne pouvait moins faire que ■la BOUS lu représenter comme un ennemi luorlel dos Sarrasins. Or, il n'j a rien •Is pareil dans notre clianson, et tout y respire la paix. Charlema^ne el sus Pairs sont velus en 'pavmiera, en pèlerins, et n'ont mémo pas la croix cousue i leurs vêlements, ce qui eUt été certainement exigé après 1096. D'armures, il) n'en ont point, et chcvauchenl sur de paisibles mulets, C'est bien U, en général, ce que l'Eglise recommandait â tous les pèlerins d'avant les croi* udeSi et il leur était sagement défendu de porter des armes. Ajoutons ici quti j^ dauscc jMËme étrange, le Patriarche de Jérusalem invile Cbarles à aller alla- ^* fttt les Sarrasins... en Espagne : il ne lui jiurlc même pas de ceux qui sont en Terre-Sainte. Bref, ees vers ont dit être eoinpniiés avant 1096 pnr un homme qui écrivait -d'après les rawtitart et presque sous la dictée dos pÈleriiis. — >•. Argument tiré de la description de Cunstanlinuplc. •Hotro poêle a peint Constantïnople lello que la cam:evait l'imagination populaire, enHammée par les récils des vojrageuri. Dans le palais, tous les meubles >ant d'or; les murs sont recouverts de peintures qui représeatenl toutes les ^ Ulcs de la terre, tous les oiseaux du ciel, lous les poissons et les reptiles dvs e«iu, etc., elc. Ces récits, qui paraissent aujourd'hui fantastiques, sont presque au-dcssout des mognincencei qui s'étalaient fécllcmenl aux yeux des Francs stupéfaits dans lu palais impérial de Uytince. Qu'un se rappelle les descriptions laissées par lus historiens de la Salis d'or ou ChryiO' inclimim». Ces merveill.is furent eiéculéei au IX* siècle, H durent subsister jvaqu't la prise de Constanlinople par les Frati{ais. i (G. Paris, Je l'èUriiiagr. à Jgriuatem, pp. 13, U.) Cerlos, de lelles splendeurs ont pu frapper drs pèU'ritu fransiiJa toulaussi bien avant qu'après la première croisade; mais, ajoute H. C. Puis, si le CotfflBe était postérieur auiderniÈrcs années du M* siècle, on y Inmverail quelque part ta trace de ce mépris que les Frantais aObctèrent depuis 1» ursitcle pour la corruption et In bassesss des Grecs. Dans notre pofiine, loot au contraire, les Français sont représentes comme très-grossiers et les Grecs cuoiiue fort tivilisés. Et c'est encore une preuve de l'antiquité de la clianson.

87« ANALÏSK m VOYAGE DE CIIAIlLEMAGXE

sa femme: — Elle était bien couronnée,* au plus bel elau mieux».

— Il la conduit par le poing sous un olivier, — De sa pleine pa-

— c. Argumml lîré de la doicription de Jérut.ilem. Le mouLior décrit par l'auteur du Voyage rai tans doute l'église duSainl-Sépulcra,oiroare- (»>iinaltdant ici vcra « l'impressiuri pruJuito sur an Uilini par une riche église byiaiiline omée de peintures et de mosaïque» >. Mais le po£te noua parie en uiLlre d'un autel de Sainle-Palernoatre, lequel était en ce moulier.i En réalité, dil }|. G. Puris, c'élail une église située hors dn la ville, sur le mont des OliTiers, i.a qui s'appelait Sainte-Faternoitre, comme nous l'apprend, entre autres textes, la précieUEo Description de Jérusalem écrite en Trançais au Xii* aiècle : • Sur

■ le tor de celé voie, à mnin deitre, avait un moalier c'on apeloil Sainte-Paler-

■ noitrc : là ilitt-on que Jcsu Crîs (istlapaternostre et l'enseigna A ses apoitret.n Notre poêle ne s'en tient pas ti. Dans cette même église qu'il prend plaisir à décrire, Dieu et les Apdtrei ont, suivant lui, chanté la messe, leun ilouie cliaires j sont encore; au milieu, la Ireiiième, bien scellée et close. Ce sau.- VL'nir se rapporte évidemment à l'église appelée Sainte-Sion que l'on considéra de bonne heurccuinmcoccupanllBplaceduCénHclD,i(G. Paris, 1.1., pp. 10, (7.) Eti résumé, le moutier Actif décrit par l'auteur du Voyage a été composé par lui avec les (raits et les souvenirs du Saint- Sépulcre, de Saintc-PaternoEtri! et de Sainle-Sion, naïvement Tondus enseinble, mais encore asseï exacts. La même exactitude se retrouve, avec de aingolières cunrusions, dans la description du ' marché aux épices et aux soieries • qui existait à Jéruuilem depuis le a.' siècle, prËs de l'emplacement uii se trouvaient l'église et l'hospice de Charlemagiio. Le poËto nous le montre au même endroit, et l'on voit une fois de plus qu'il écrivait d'après des témoins oculaires. Et, suivant les données générales de la lliiise de H. G. Paria, ces tén:)oins seraient des pèlerins d'avant la première

- d. Argui

. tiré du

itjlc d

1 cUui

• Pris H

■eni purement lilléruire, le sljle du Voyitgê est, de tous les argiimenls que j'ai réunis, le plus cunTaincant. Il frappe irrésifitiblement par son caractère archaïque tout lecteur habitué 1 notre ancienne langue ; Il aftre nu plus haut ^^gré cette élégance concise, même elliptique, celle allure saccadée, cette Kbsence de Iransilioiu, cl en même temps cette extrême précision de termes et ce réalisme dans le détail qui donnent tanl de grâce et d'origiaalité aux monuments les plus antiques de notre poésie nationale. ■ (G. Paris, 1.1,, p. SO.J — e. ArgumeJit lire du Lendit cl des ruliquei de l'abbajc do. Saint-Denis, i Depuis le milieu du xi* siècle, l'abbaje de Saint-Denis possédait des reliques de la passion du Christ, entre autres la couronne d'épine» ot un des saints clous. Ces reliques étaient exposées A la vénération publique depuis lu 11 jusqu'au 11 juin, et cette cxposllion était eu mâmu temps l'oecasiiin d'une foire Irès-impurtiinte qu'on appelait i'Endit. ■ M. G. Paris suppose (et rien n'est plus acceptibic qu'une Ictle hypothèse) que i te Voyage a précisément été composé par un jongleur jaloux de plulre aux pieuses multitudes qu'attirail le Lendit. Il j avait là Irès-cerlalncment de nombreux pélerlni qui venaient vénérer les reliques et de nombreux marchands qui venaient ; faire leurs alTaires. Il e$t aisé de se figurer quel succès était acquis d'avance A une chanson qui racontait aux pËterins l'origine de ces précieuMi reliques et qui égajalt les marchands par les grosses pluti^ntencsdelascènodcsGabs. ■ Toutes eus pages de M. Gaston Paris (I. I., pp. !3 et 33) sont d'une justesse reinar* quabic ; mais je pense qu'il en a voulu faire unu preuve en faveur de l'origine franïaise et parisienne du Voyage plulOl igu'Dn faveur de son ancienneté. — Quoi qu'il en soit, tels sont les cirkr| arguujcnls dévelo[>pés pur H. Guiton Paris, tel* sont les cinq arguments auxquels nous ail ns répondre. Le premier.

.1 JUiUSÀLi;}! HT :\ COSSrA.\TI.\UI-LE. 37a

rôle se prit à lui parler : — u Dame, vKes-vous jamais auuua • homme sous le ciel — Qui porte mieux l'épée el la c

■draelln, quant ù

le Voyage ait élé composé a* a al la première ci'ui-

niacnt sa rcraïL-ïl, comment ]iourrail-ïl se taira

<|ue, ilaiia laiit ce poeiue, an ne trouve pas une seule fuis un accent indigné

^eonlre les Sarrasins, maires de- la sainte cité, mullres du saint Sépulcre'.'

I . <ia>loii Paris no nous j>aralt pas s'Ctre bien vivement représenté lu Irâs-lêgî-

e cl ardenle colère de tons les chrétiens de l'Occident oontre lei Sarrusins.

Il la ChamoH de Holond, il est question d'un païen, nummé Valdabrun,

I ipti prûl Jenualem par Irauun, eklal le temple Salomun el oeeiil le

t*^Ti»rehe ievant la /un*i (v, 1519-1525). A lii,bonne lieure, el je sens ici

F^BMlion d'un puiite qui écrîl avant la croisade. En 9G9, les Musulmans brfk-

nfervat vir le palriarcha de Jérusalem, Jean VI. En 1012. le kalilé nakoiQ per^

£<ula les chrétiens, détniisil la grande église de Jérusalem el fli crever le^ *

II au pnlriarclie Jérémic. Les Turcs s'emparirenl de la ville sainte en 10ÎB. >

: Icls rails durent avoir un grand retentissement en Europe, où ils hircat

Kagcréi en raison de ta distance et où ils provoquèrent une indignation et

« rage indicibles. C'est l'ëcbo de ces cris qu'on entend dans le Roland;

■ÏE sn ne sent lien de pareil, en vérité, dans la placidité absolue avec laquelle

Kauliur du Voyage nous décrit Jérusalem, que l'on peut fort bien, d'après lui,

Buppwer nu pouvoir des chrilien*. La légende latine du Voyage à ièrutalem,

■ ^ (T Jerxuolinitf anu m dont nous parlerons tout II l'iiouro, est cerlatucment anté-

*'s*Mir i 1b croisade : aussi y parle-t-on très-clairement des Sarrasins. Rien, rien

™*! Ici dans le Voyage. Hais allons encore plus loin. Un article que H. Luduvic

^'^linne a publié dans la Bibtiolliique de l'Ecole dee charlei sur o les PËlcrinages

*•* Terre-Sainte avant les croisades ■ (Vil, p. 1 et suiv.), nous montre i quelles

^^Wioni, â quelles épreuves étaient soumis les pauvres pèlerins chrétiens, et nous

I **'leiilonilre le grand cri d'jodignation cl d'appel qui, pendant plusieurs siècles,

■ '^BUldc Jérusalem vers l'Europe chrétienne. iLes vexations dont les pèlerins

I ^^ieul l'objet, dit a. Lalanne, étaient fort peu de chose en comparaison des

l ■hunbreux dangers qui les nicnactront lorsque la Palestine fut soumise aux

"^lifoi liilîrnites, puis aux Turcs Seldjoucides, et la peinture qui en fut fuite

l'^r Urbain II au concile de Clerinonl remua profondément le cœur des assij-

''■ali. I (P. 30.) * Les pèlerins n'étaient point encore en sitreté dans l'eneeinlc

■Mute de Jénuulem. On craignait sans cesse, dit Guillaume de Tyr, qu'en se

i^ins précaution, ièi ne fanait frappa, loufflelâ, aatiagét, au hëme

^Ut SECRET. ■ [1>. 31.) Voili co que nous ne voyons pas dans la

Vhnai/n du Vogage à JintMlem el ce qu'un y aurait certaiiiemvnl hiisiié

'"Il si elle élail véritablement antérieure î la pi'eaiièro cruleadc. L'argument

siiiis semble irrécusable, iv sais bien que M. Gasloti Paris a cru entendre un

en findignatiou dans ce vers du Voyage i|ui est dirigé contre les babilaiils de

Jjnualem, 1csi(Ub1s vendaient cITronlêmeiil leurs étoffes cl leurs épiccs sur la

^liM même du moulier fondé par Charlemagnc. A ce propos, le poète s'écrie :

• Deu* e«l uncorc el cH qne^n volt faire justisc ■ (v. 113). Sur ec, N. Paris

•'^crie: ( Voiliun éclat de culère contre les Sarrasiusqui certainement n'aurait

tni te pn>duirc apri.'t le triomphe des clirétiens, «près la première croisade. •

Hun» croyons qiie M, Paris lial iibsolumcnt dans l'erreur. L'auteur du Voyagt,

ta eflél, ne prononce pas une seule fois le nom dus Sarrasins; il se contente

de dire: ■ Li hume de la terre ■ ; ce qui est Fort difleroiit. Des chrélieus

mime ont parfiiitemenl pu se rendre coupables de cetlii l'spèce de [icvraiiatiun

signalée |>ar le poËte, et Ira vendeurs du temple uni eu des imitateurs, hélas!

cliet les nations les plu* chrétiennes. La dcscrijition de Jërutateui n'en rester- -

s lit description d'une ville clirclit-iiiic où les processions circulent

ruinenant uns il» i aui^im s

cB\r. \fn.

f7i A!(ALTSC DC VOYAGE DE CHÀRLEMAGSB

II rA«T. uvE. L > chef t — Et encore je conquerrai cîlés aTec celle épée! > — . La Reine ne fal pas sa^e ; elle répond follemeni : — 4 Empereur,

libreineot ei vu U Pz\narche e^t un^ s->rte de poienUt libre et booorê. El nous »mnie9 en dr>>it de cooehire qu? ce r«cil est postérieur à la première croisade, à moins toutefois que le pi'jête n'ait prétendu faire Je la couleur iijCdl'^ et décrire une Jérusalem antérieure à la conquête musulmane. Hais, [rour qui connaît la poér^ie du moyen à^, ce serait le comble de rioTraisemblauce. — 11 est une autre remarque de M. Gaston Paris qui nous parait tourner contre sa thèse. Le Patriarche inrile Charies à aller combattre les Sarrasins en Espagne. Mais, en Térité, s*il j araît en encore des païens en Terre-Sainle, c'est contre eux que le Patriarche eût excité la colère de TEmpereur. Rien ne semble plus clair. — Restent donc les quatre autres arguments de M. Gaston Paris, et nou« aurons dit tout ce que nous en pensons en affirmant de nouTeau

que CCS AKGl ME5TS 50CS P.ilAJSSESrT ACSSI FtOBATTS POCl I HO QUE POCIt 1080.

Les inajriiificences de Constantinople étaient certainement les mêmes aux deux époques, et, quant à Jérusalem, il faudrait prouver qu'au commencement du \ir siècle on avait perdu le s>>u venir de Sainte-Patemostre et de Sainte-Sion. Or, c'est ce qu'on ne pourra pas faire .^et c'est ce que contredit le témoignage, iuvoqué par G. Paris, de ia Description de Jérusalem au xir siècle. Je n*at pas besoin de répéter que rarguuient tiré du Lendit est aussi légitimement applicable au xir siècle qu'à la tin du xi', et je ne vois subsister que Fargument tiré du style de la chanson. Mais. A TRENTE ANS PRÈS, je ne saisis pas trop clairement ce que l'on |>eut arguer de l'archaïsme d'un poëme. U convient d'ailleurs de se souvenir qu'il y a eu jusqu'au xiiT siècle certains versificateurs à prétentions archaïques, et je pourrais citer ici les Enfances riricn. Néanmoins il y a un parfuni réel d'antiquité dans le Voyage, un parfum que je ne conteste point. Et je demande seulement la permission d'en placer l'exécution vers les années 1110 et 11:20. Je me sers, pour établir cette date, DE tous LE^ ARGl')iE.NTS DE M. Gasto' PARIS , mais cu retournant le premier contre son système, et en déclarant, pourjes raisons ci-dessus indiquées, que le Voyage a dû être écrit au moment où Jérusalem appartenait aux chrétiens, c'<*sl-à-dire après le couronnement de Godefroi. — On ne saurait d'ailleurs le reculer beaucoup plus loin : car la langue et les assonances sont les mêmes que dans le Huland. il est certain «{ue, dans le V'oi/aye comme dans le Roland^ÏA distinction entre an et en, laquelle est Irès-rigoureusoniiMit obser\'éedans VAiejcis comme dans les puëmes plus anciens, est à peu près complètement effacée. Mais, d'un autre cùli}, ou trouve encore dans le Voyage un couplet en ei, aiec des serondes personnes du pluriel comme rre/ir//-eii et huniseii (cf. la Cha^ison de sainl Alexist édit. Gaston Paris, Introduction, p. \t\ ). Il convient encore d'observer que parmi 1rs douze Pairs nommés dans le Voyage, figurent cinq héros du cycle de Guillaume d'Orange (Guillaume, tlrnalz, Bernard de Brusbant, Bertrand et Aimer). Or*, bien t\\w le fragment de la Haye nous offre déjà, au x* siècle, plusieurs personnages de la Geste de Guillaume (Bernard, Hernautet Bertrand), il y a cependant qncbjue chose d'assez frappant dans cette intervention de cinq héros de rc cycle dans la Geste du Roi. 11 faut que la Geste de Guillaume ait été bien complètement et bien puissamment organisée pour qu'un cyclique ait pu avoir l'audace de donner à Charles cinq Pairs de la seule famille d*Aimeri de Narbonne. C'est ce qui nous ferait encore avancer de quelques années la date du Voyage f que, pour conclure, nous nous bornerons à placer durait le premier UiAHi DU xii* SIÈCLE. = 2" AuTEUH. Le Voyagc est anonyme. Il est très-probable que l'auteur él^iit originaire de Paris et qu'il y a compose sa chanson i»our être chantée à la foire du Lendit. Bref, on peut adopter ici les conclusions de M. Gaston Paris : « C'est le plus ancien produit de l'esprit parisien qui soit

A JKRCSMJ^M ET A COXST.lXTIXlIPLi:. 375

■ dit-HI«. VOUS vous estimez trop. — Je sais tin homme qui est ' > pins agriUble, — Quand il porte couronne parmi ses chevaliers. -

athn jufqu'i nuus. L« puéle éuil «âretnctit <|pl'lle>^tivFruicc, cl uns dauleilc ~ (P. S3. 24, 9S.] J'ujuuLv que ce Pirisirn élail un cirelique île la Geste

tt CaiOumie. = ^ Ko»» DE vus ET KATCBE UE LA vEBStncàTHiH. Ce runixn ne contienl que 859 lers. Ces vers toni dodécaijlbbique* el distribué] ru aivpleU nnaarïtiie» qui sont gfnéralemenlpeu développés. Pour donnor au leo ICBT quelque idi^ de celte langue el de celle versîlkalïan. nuus alluni Irautaire une de ces liraitM, celle où il esl quulioD de t Snïnti^PalernosIre ■ et nui de celle • Saînle-&ion • dont parle N. Gaston Parii el que l'on considêraïl Maiw occuiMDI la pince du Cénacle: < Null Pit geiu li prcieni qui Knr-

■ lelmain»!, i vltrtl. -~ Eulnt en un mii&tcr de marbre pciul ù voile. — Li ' mt ad un aller de Sancte Palernostre; — Deus l chaulai |la| messe, si firent

■ H Apustle. — El les .xii. chaères iiunl tûtes uncore, — La treeiime estennii. ' hta leeMe e c1<h«. — Karle|nl3Jne| i i>ntral, ben nul al queor ^rast joie. —

• Cnm il rit ta cbtère, ieele pari se aproce. — L'Cmpeicre s'asisl, un petil se

• repotel. — Li xu. pcra as altres envirun pi ta cosle ; — Ains n'i sist jalcus)

' hnnie, ne unkes pus cneoro. ■ C'est dans le Voijoge que l'on Irauvo le plus inciea ncoiple, parvenu jusqu'à nous, du vendit ■ alexandrin >.— On y ren- MOlr» un couplet en ei, avec des Tomira telles que crenrfreit el hunûtti. Il Taul nudoulc y voir une preuve de l'nniiquité du podme. = 4* Lanoue bv même. l"«ilni«Qnscrilquenouf possédons de celte chanMu nous offre unlexlpangloiwnund. La conrusian pnpétuelle entre les nolations é ette nous panillsunln! tiiHAiver cette attribution, clc'eit en vain que U. Kntschwili cherche à établir V» cdli- contusion se retrouve dans le dialecte iionnand proprement dit. Le Wnucril offre en réalité tous les caractères aiiMiuels on reuonn.ilt le» leili>s EopiMTn Angleterre (participes présents en aNnt;= onl. fornies telles i\\ufret = ffru. etc.). Et N. Gaston Paris dit avec raison t qu'il aét£ écrit cnAngletvre par un copiste qui savait à peine le francaii •. — Il va «.-ins dire que le falsOe de ce manuscrit no peut auciuiemenl servir de prouve pour établir l'wgiw pnmiiJK'e du poënie. Le Voyage a été, tuut d'abord, écrit i Paris ou MI eavuw» de Paris. Un manuscrit de ce poème parisien aura été nchcté, ptodtnl le Lendit, i un jongleur rrancais par un pèlerin anglais qui l'aura nparlé dans son pajs et l'y aura Tait copier. O n'est li qu'une hjpolfiÈw; MN elle lerable Tort vniisemlilablc. = 5* Hanuscrit qui est pabvenu JUSOirA on. Va («ul manuscrit du Yoyagt nous est resté, il e«l conservé à Londres, m Noiée Britannique (Bibl. du (toi, 16, E. VIII.) On l'avait jusqu'Â ce jour ItUîbnéaa Ui'siëcle, elH, Gaston Paris p,-iratlélre le premier qui Tait da^ du 'M'. To;. le t^c-«in)ilc idacé on \èl- du t'/'iliiion di' Francisque Michel. — iU)

"rt, qui représente snns ilmiii' 1 1" ■ 'ii: ■ m^l'- ni.yiiiti- il'iiii nianuscril

rapporté du Lundi t piir im ; ' ■ .i '..'■. ■ l'ii^ir iMruiiun véri- ' déteitahls, et M. Fr. Mi< i. -. .i.m- -mi ùdition, i,

les innombmblei fiiulfs <l . li -< miili- <|ij'i'ii ritlendant

Ùilion vérilablemMil eriti'ju'', il ->'i .i.l 1:.>i< lU i.ijiil^jlvi U: Vwjiifjf du mut de Londres i la forme citrriicto -l-i mu iliulccu.', d c'i'iîl ce que nous tenter pour les prcini'.Ts l'onplpte ilc la clinnson :

^. àitmt ]i puuK nid il'ur tniur.

L'Baptran [de FnKcl Remnlgt u muilll Elahieunmëiiil'plubrTelir iiiîd)).

m ANALYSE m VOÏ.WE ÙS CIIAHLEilAG\e

— Quand il la met sur sa tête, elle lui sied plus bellement. »

- Charles l'ententl, il en est courroucé. — A cause des Français

Il ploioe iwnris ti prlil t uilinlir iil Mjido ne la

V ut ds Grti» s ds GulDiiUiiiible.

.a la Pana trauiueE en CapMlDCc;

lui ual eheralier da cl su Aiilioehs,

!d tnl InrDis cuin la tun, tent la voilre.

-> Par miui rhiet, ïi dEat Karloa, va UTeml-ja 11

io iiiaii(iui(e «ta dits, 1 Oanca eitea marie, >

> U'amiilieil a mun gni en avea lui pn^ud;

■ Uiiior qnid qu'en perdrca la letls inr la bnc.

■ Nel duBiJs ja pCKHr, dame, de ma terut,

> Ja Den prendrai maïa fln Ireaque Tavraï Yeiîd. ■

Il n cerlaiaemenl pxialé un certniti nombre d'autres munuscrits, parmi lee- , quais plusieurionl servi de base aux VBrdQns Scandinave et ealloisc. Voirai plut l<iiolj.DiniuioKàtétranga: = CËDmoH infniMt. la Voi/age à Jénualem et ' à Cowtim/iiwp/* a ;été publié en 1836, pnr M. Fr. Michel, soui ce titre qni ilûroule urpeu les recherches : ■ Cliai-I'iiinpie. an Amili-normait Poemoftke tweifthcentury, nnw tlrslpubliihcl wiih :in Ininiiltii'tiiiii.inO.iglriasnriul Index, bj Francisque Michd, London, l'ickwiiiii, WM \jiri. ih-K). » MM. Conrad Hofraann et Gnstun l'arli priparonl cb.ioun ui<r i/diimn innivelle de ce poËnie. = 7" RESASlElENIfl E» VEKS. 1.0 Voyaije j t'iù reni.iiiii: vn vert au un" siècle, il furmait, fous cetle Torme nouvelle, le diiliul d'un luiig pucme depuis lon^

JÉIIUSALEM ET A COXSTÀS'TiyOPLE.

qui l'enlendirent, il en pM tout confus et baisse ta tête. — < E iilame, quel est ce roi? indiquez-le-moi; — Nous porterons

\mipi pvrdn, <tui était inlilulé Galien. et où il Taiil voir rnrittine du ti!xla sn praw lie In Bibliothèque nalionnle (fr. 1470). — Dans le Gdl'tn infunalile, ikml l'affabulation Mt identiiiuc à en roman en p^rose. il noua etl reilâ un cei^ Liin nombre d'alMandrini qui iippnrten nient évidemment à ce vaste poimt dii|wru, i ce Catien Tit vers dont le Voyage forronit le préambule ou la début. -Enfln le compilateur du Galien conMrvé dans le manuirril 335t de l'Araena) t'nt égalemeut lervl du Gatieti en vers-, mais avec tant da libertét, que ion iMte noua Ml beaucoup moins utile que les deux aulriM pour rvconatituer le remaniement du Voyage en vers du XIII* tifecle.» If VEHSiona en PRUSE. a. b. Les dfuxprinelpxles versions en prose du Voyage soutire présentées par deux mnnu- •crils considérables : a. le m«. de l'Arsonal 3351 . anc. B. L. P. 9ÏG (Xt- siècle), qui a le type de tous les Garin de Monlgtavt incunables, ol b. le ms, de la Biblio- Uitqne iiatianste, fr. 1 J7U (w* siècle), qui peut passer pour le type de Ions les <klim ineunnbles. — c.Dani lODles les éditions riu Galim rhélon (IbOO, iâH, hrii; 1515, Ljon, etc.), les huit premiers chapitres ne sont en elTct qu'un réumé de la chanson du xil' siicle ; mais la forme j iittbn notablement de »ne du manuscrit de l'Arsenal, ni l'on y trouve d'excellentes leçons. — d. Dans In Cmq»ta«t de CHarUmagne, de David Aubert (I45S), nous n'avons plus albiirR A une version en prose du Votjage, maïs i l'ampliflcation d'une certaine

I partie de ce Cliarlemagne que Girard d'Amiens libella en ver* au commen- Mntat du XTV* liècle, et qui n'est pas inlégralemeni parvenu jusqu'à nous. f%, le manuscrit 9060 de la bibliothèque des Durs de Bourgogne A Bruxelles, t m et luiv., el, plos loin, les Varianlet et modîficatiom de la légende.) — t Dans la Fleur de* Huloire* de Jehan Mansel (Bibl. nat., fr. 399, f 346 i' Msuiï.), on ne fait que donner uno forme nouvelle i Vller Jeroiolitnitimmn, lutte légende latine qui fut tans doute écrite à Sainl'Denis vers 1060-1080.— M'en nsl de mime de la compilation connue sous ce titre : lei Neuf Preux, el fui ijoui d'une certaine popularité jusqu'au xvii* siècle (Bibl. nat., fr. 13598). ~f. Guillaume Crétin ne va même pas aussi loin que Jehan Manselel que l'auirar inconnu des Neuf Preux : il se tait sur le pèlerinage de Cliarlci et se eon- InHederésumerla Chronique de Turpin(Bib].nal.,rr. S89), X>1* t.}. — A. 11 ne Tiut voir enfin qu'une simple traduction de Vller Jeroiolimitanum dans l'opuseuln

»fiJ nous a été conservé dans un manuscrit de la Bibliathèquenationale(rr.2157i nf iiMe) : 1 S'enmil comme la Irei-digne et precieiue couronne Notlre Sei- IMr avec dvtres Mincir* ràïque» furent confuùM par le hon taîncl Charlbmaigite, tmpereur de Homme et roy de France. ■ ~ En résumé, il n'y a eu que trois *érilables versions en prose du Voyage : l'une qui nous a élé conservée dan* le tns, U70 de ta Bibliothèque nationale, l'autre dans le ms. 3351 de l'Arifnat el dans Ions les Catien de Monglave imprimés, et la troisième enHn dans tous les Cafien rAeforé. La légende latine, Vller a élé suivi fort servilement p«r Im plupart des autres compilateurs el narrateurs rrancais. C'est ainsi, par KçjKnparâison, que louiles récils relatifs à Roncevaux se divisent en deux grandes uî suivent in vieille chanson, et ceux qui enlquenl la Chronique k tknx Turptn, = 9" Diftl'sion a l'étranger, a. Dons les pays seandl- (i Outre sa septième branche, qui reproduit presque textuellement noire a,tAKarlamagnu»-iaga(XUf %ibc\e) contient te ri^cil d'un voyagede Charn Orient, d'oA tout élément comique est absonl et q'ii ne nous oITrc le d«s gah* (BMiolheque de rÉcole ilei charlet. arl. do Gaston Paris, B XIV, p. tOil. Celle afTibulation se retrouve dans la version suédoise de la I. et elle n étt résumée ,iu xv* siècle dans l'feuvre danoise qui csl si connue iVr KotI ItfaiinHii's Kronike, Dam «oti livre r Sagnkmlirne om'

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