‹ Bibliographie des chansons de gesteChapitre 48 sur 150 · ANALYSE DU VOYAGE DE CIIARLEMAGSE · texte numérisé non relu

ANALYSE DU VOYAGE DE CIIARLEMAGSE

» et me défendrai.

» par épreuve judicia

- Oui, je jurerai par sermenl, j'attesterai e ; — De la plus haute tour de Paris la citf

Dmii {eominencecMnl du w' siècle). — 33* Lei Coiiqueilea de Chartrmagnt de Datid Auberl(venili58). — SS-Lems. de l'Arsenal 3351 (anc. B. UF., M6), ■lu \t' siècle, qui renrenne une compilalion en prose J'apréa six nu »cpt Cbanioni de gealc, et où il faul voir l'origine de tous les Guerin de JVonlglnre incunables. — 21- Le mi. de U Bibtiolhèque natinnalr, fr. 1170, du W siècle, qui consent un CdJien en prose dont le Voyage Tarme le prologue. — Vf Le (rfiJteit incunable, donl l'original remonte uns doute au xV siècle.. el qui, comme le ms. U70 et inddpendammcnl de lui, est copié sur un poëine de la lin du XUt' sifiele. — 26" Les CucrJn de Uonlglave incunables (»vi' siècle). — 27" La Fleur det hittoirei de lehan Uanscl. — [!8' Les XeufPreu.^, campoiilion du xv'iïicle oJi le Voyage a Jénualem est i^alenienl raconlé d'après ta légende latine, — 39° La Chronique Frantaiso du nis, 5013 de I* Bibl. nalionalc (du xvr siècle ; l'orignal pourrait être du xiv't. — 30" Les Calaloguei publiés tous les sept ans, pour i'osleasinn lolennelle des reliques d'Ail, clc., etc.'

Nous Hllnns reprendre en détail les plus importants de ces rVils.

1° Malgré de longues et coniciencieuset recherchci, nous n'avons pu trouver aucune trace de notre légende qui soit antérieure au Benedicti Chronimn donl H. 0. Paris a si bien utilisé le témoignage. Depuis longtemps déjà, M. l'ertl nvail compris la valeur de ce Irès-barttare et trèi-pri!cieiix document, cl il av.iit consacré, dans le tome III de sh-s Scriptoru, une longue annotation â In prose <tran^ du moine Benoît (pp. 710, Tl 1). Seulement, — ce qu'on n'a pas fait remarquer jusqu'ici et cequiest de la plus haute importance i nns yeux, — le moine du mont Soraete n'a guère fîiit autre chose que dénaturer un passage d'Eginbard, EK SE contcntast d'appudi'EH A l'Ehpereiir lui-même C£ due l'historien de Charlehagne avait dit des messagers de l'Empereur. Le petit tableau suivnnt donnera peul-flrr une idée claire de ce procédé singiitiw :

Texlcd'EBintiard(l'iJoS'nroii,c,xïi). Benedicti Chronicon ([•cHt. 1. L).

■ ...Acproindecum legatîeji lî|,quaseumdonariisad( Dominl ae Salvaloris noatri sepulchrum looumque resurreclionis miserai , ad eum venlssenl et ai domini sut volunlalem indicnssenl, non solum quœ petcbsntur flcri permisil.sed etiam sacrum illum et nlutarem locum ut illius poleslaliadscribereturconc/^ssil eL.revertcnlibus legatis suos adjungen*, inlcr veslesolarotnala elcnterasOrientalium terntrum opes, ingenlin illi dona direxil...» (Et U suite du lexle d'Eginbard n'a pas été moins ralsifiéeence qui concerne le Vùnage à ConÉtaatinopU.)

Ac deinde \aim] ad tacraliuimum Domini hac Salfalorit noatriJesaCh riiti lepatchmm locumgue renirmlianji ICarolat] iidveniitel ornaloque sacruni locum nuro gemmisque, eliam vexillum aureum mire raagniludJnis imposuil; non soJum cuncla loea sancta décoravil, ted etiam prcsepe Domini et aepulelirum que petierani, Aanmret pùle»talis fjus ascribere conceait. Quanta resiri et aromala et cetsna horitntaliunt lerrarum ope», ingentia el dona Karulo eoncettil. Yertenle igituf, pnidenlissimus rex cum Aaron rex usquc in Aleiandria pervenit. ■ Etc., etc.

Tniil s'explique pnr In comparaison des deux textes qui précèdent. Le moine dumontSar«cte (qui, comme l'ii Tait observer M. Paul Heyur, écrivait l'hisloinf dam l'intérjt de son couvent, auquel Cti.irle magne aurait donné des reliques de saint André à son prétendu retour d'Orient), le moine Benoit a copié Eginhard ; mais^il l'a copié servilemenl el sans intelligence ; el c'est pourquoi son sltfle est si obscur, tl ne savait même p:is bien lire son modèle : il écrit que

.1 JKttCSMEU ET .1 COSSTASTimPlE. «5

* — Je me laisserai tomber toul ea bas pour témoigner — Que ' ■ ces niot5 ne fiirenl dits ni pensés pour votre honte. — Vous ne -

f^tUrvttaaWeii de faa pefetonfiir ; plus luin, fvdllld, qui n'a piï da toit». »ii U«u d'inlcr. Kii« qu'importe? la fraude se révile. El l'on iMiil linrJiiiioiil C^rmultr la proposilion giiivantr : • La fahie du eogagt de C^rtfinagtw à i'<êrHMl«)n eil n^ ifune ùulistte falsification (Tun (M(e lùêtorique itEgiabaiil, «^< c'at tatu doHte Benoit, moine du moni Sonctt, qui eil 1« prrmier auteur *t^ cttte faUifiaition eoHpalrU. • Nous ixjuachiia l'avoir itdnioulrd. Cf. Iciloxtei *tn Annala rausiemcnt allribiiées 1 Eginhard, du Poëlc siixnn, do In Chro- ■kîquc de Hoiisac cl de In Chroniiiuc d'Adon illialoriau de France, V, 914, 1 CT, 78, 390). H. Praiicisque Hiclicl \rs cilo in exletuc duut l'Inlrutluctiuii «1« Mil Charlemagne fpp. i7-30).

3* L* seconde TotOK de aalrc légende eilV lier Jeroiolimitanuin,el nousalluiii ^»TtMCrer à ce tetle une Ëlude nouvelle que nous diviserans niuai qu'il luil : ^. ?lalurc de ce documenl; b. Date probable; e. Bililiui;raphiv; ^. Analyic. — a. La fable du moine BeoDil dûment Saracle n'»vnil pai 6\6 «XisinUrmée, et elle avail lervi i justiKcr la poisesaion de ccrUinei rcliqucG ^ur un cerUin couvent. Une telle fraude «vaîl trop bien Tiuui pour qiii^ ■-'exemple de ce faussaire ne hU pus niivi, et la li^gende du Voyage allait uci j«ur, dans un but analogue, recevoir ailUurs une teeonde forme, Ccttu forme ■tutelle, c'est, comme nous venons do to dire, I7(er JeroioUiniUnuun. •= %/ller ifn-oiaJimilaniiat- renferme le récit très- développé d'un prétendu voyega à Jérusalem et i ConïliVilinaple, qui peut se résumer en ces quelques mots ; ■ Appelé par l'empereur Constanlin au secours des chrétiens de la Terre-Sainle, Charles pari en Orient ii la tf le d'une année de croisés, délivre Jérusalem dont les Iia'iens s'étaient emparés, j rétablit le Patriarche, et, comme récompense du les services, se fait donner une partie considérable des reliques de lal'assiun, qu'il «Wpose i Ail et en faveur desquelles il Institue le Lendit dnni colto ville. Cu sont cet mêmes reliques que, plus tard, Charles le Chauve transportera, avec lu lendit lui-même, à l'abbaye royale de Saint-Deais. ■ = Ce récit, dont nous donnerons plus bas une analyse développée, peut fitre considéré comme la corruption d'sn textedes^nnalHautrerois allribuéesàKglnliard et qui soûl l'isuvre d'Angilbert: tHonachus quidam, de Hierosolyma venions, bénédiction cm et liII4Dli|;l$

• de loco rcsurmctionia dominicn, ou.e PATAuncBA RKGi |C«noLa| mauikT, dn-

• lutil. '(Ann. 799.] c^KoussommcsTorl disposée admettre, avec les Hulla'idlites, lue certsines relique* de la Passion ont été réellement données i Charlemngiie pur tcfatriarcliedcJéruialem. Le mensonge ne ré«ide ici que dans le prétendu voyage du grand Empereur en Orient. = En rétumé, le procédé de l'auteur de l'/Cei'Jerotolimttonuni est le même quu celui de Benott. moine du mont Soracte : - Prcn- ■Ire quelques mots d'histoire dans un texte vénérable et un changer le «ans en lUribuaiit A Cliarlcma^no ce qui est fort aulhenliquement arrivé i nui rcpré- •cntants, ■ ~ Dans son IIMoire poétique de Charlèmogne (p. 55}, H, G. Paris émet l'bypotUtse que Vllei- Jerotol'tnùianvita se compose de deuK parlïes dii- Unctes et indépendantes, l'une à l'honneur d'Aix, la aecondta i la gloire do Ssinl-Denis. Nous nous rallions complètement A cette opinion. — b. Quelle est Li date de 17(er leratolimUanumf L'abbé Lebcuf {llittoire de i'Acadimie du aucriptions, KXI, p. 140) a observé avec raison que Vller ne peut Atre antérieur au U' siËL'Ie, puisque l'abbaye de Saint-Qitentin en l'Ile y est mtnlionnéa, et que cette abbaye date de la lin du x> siècle. D'autre pari, cette Chronique est etnée, en dcui endroits, de vers léonins, rimes intérieurement, qui. d'nprâ* le rteultat de nos études, ne peuvent pas avoir i^lé composés en Allemagne avant 1030 ou lOfO, en l'rancc avant IDtiU. - Une autre reuian|ue de l'abhé Lebcuf tert à Hier l'autre limite extrême de ce texte. 1! ne pcul flrc pus-

MH ANALÏSK DU VOYAGE DE CIIAHLEMAGXE

» le fcroz |>as, dit Charles, mais nomm ex-mot ce roi. — Empe- • reur. dit-elle, je Depuis le trouver. — Par mon chef, dit Charles,

(dricur à 108ô, puiiqua l'auteur EVxprimo comme un hoiniiic qui vorait coeorc L-rïlébrer 1m Uuatre-Tem[is ver« la deuxièine semaine de juin, uiagR qui ne fui uiiïveriellenient cbBng:é dans TOccident que Mus le ponlillcnt de Grégoire Vil, iiiorl en lOSB. A coup sur, et c'est à mes )'eux l'argument capital, Vlter est antérieur i la pivniièrc croisade : car on n'jr fait aucune allusion 1 la grande cx|H!dilion de l'Occident ctiréli^n eonlre les Sarrasins profanaleurs du saint Tombeau. Nous ajouterons un détail. Dans un pelit prologue iiui le lit en této de 171er, on remarque quelques mo\t ullra-césanens i l'adresse de la Paptuilo. 11 j est dit que les Hotnaine conférèrent à Charlcmngnc't'ÉLECTion du Souveraïu Pontife : Immo etiam Pape eUctiottem ip>i (Corofo] pretcriiaerunt. De tels mots, ixscmble, ont dit être écrits au plus fort d'à la lutte entre lo Sacerdoce et l'Empire, ctle règne de l'empereur Henri IV, que nos iiulret arguments nous avaient déjà indiqué, noua paraît la date la plus probable de noire leite. Pour prériKr davantage, nous en placerons la rédaction entra les années tOSO et 1080. — c. Vlter Jerosolimitanum a été cupié in Arlenio en l£le du manuscrit latin lïTIO de la Bibliothique nationale (nn du ni- siècle) par l'auteur d'une précieuse compilation bistoriquc, où il convient devoir, avec H. Jules Lair, le point de départ, noua dirions plus volontiers la maquette des Grande» Chrmiiqtia de France (f* 1 v* cl r"). — La première partie de Vller a été insérée danBr/îi<loirede6''iarlemiign«, que Frédéric Barlieruuu^l compiler, en ltG5, à l'appui de la canonisai] on du grand empereur. EWR été reproduite en ulir^é pnr Hélinaiid et, d'après Hélinand, parVinccnt Oc Beauvais (Sptcutum frùlorialc, SXIV, chap. lv). Ofi en trouve une traduction coinplËle dans les Grande* Clironiqttu de France (édîl. I>. Paris, II, pp. i71-ï05}. Dnc traduction do la première partie est renfermée dans le manuscrit de la Bibliollièque nationale, b. 21S7 (XV siècle), et doux Iraduclions abrégées de celle mûmc première partie dans le manusctil de l'Arsenal, B. L, P. 383 (xiii' siècle), et dans le manuscrit de la Bibliotbèquc nationale, fr. 831 (xiv siècle; 1° 15 au t° 19}, où notre légende est intimement iinieà ta Chronique de Turpin. H. LouiiUolind a publié la version française du manusi^ril de l'Arsenal dans la Renne archéologique ()8(il, pp. 43 et 51) et dans ses Origines Utléraire» de la France. — Il en existe enlln une antique traduction allemande (?) publiée par Brcdow, i Altona. en IRli.=^ Cela dit, il ne nous reste plus qu'à donner l'analjte de Vlter d'après le nianuicril li71U de la Bibliollièquc nationale. — il. Après le petit Prologue doni nous avons parlé plus haut, l'auteur entre dans son sujet et wmtnence le récit de la persécution dont les chrétiens de la Terre-Sainte furent vietimesà l'époquf du couronnement de Charles. Le Palriorcha est alors obligé de s'enfliir et va ciicrcher un asile auprès de l'empereur Conslantin et de son (lli Léon, auxquels il raconte en détail tous les attentais des iinrraiini, toutes les douleurs des chrétiens. Constantin s'émeut à ce récit et, ne se jugeant pas de force i rétablir les affaires de In chriHienté, envoie immédiatement une ambassade à Charlemagnc. Quatre messagers partent en Occident : deux chrétiens et deux juifs. Les deux ehréliens sont Jean, évèquo de Haptes, et David, archiprâlrc de JéruHilem; les deux juifs s'appellent Issue et Samuel. Aux deux chrétiens on confie le soin de porter la lettre que le fatriarche avait écrite de sa main à l'empireur de Rome, et le narrateur, pour corroborer la vérité de son nkil, estime nécessaire de donner le texte de cette épllre. Le Patriarche t'y qualiUc serina lenvnim Dei, et emploie un préambule des pins solennels ; t Favorala apoitolice doctrine gralia, magtto pacis rutilamine tplendem, ad vos luque persenit u , etc. La lettre se résume en une demande d^ secours; elle se termine par des vers léonins qui norm^

A JERCS.iLEM ET A COXSTAyTLXOPLE. «T

» TOUS allez me le dire, — Ou je toos ferai suMe-chanip couper " ^^J^ "JJ}'' ) la (été. » -

V un.

senir idat«r cet opcucule : « Vive ca|kuc rit^ memonrrque dicte beaign^; —

I Inle cave pecces et rorp>>re, oorde rebelles: ^ Tt vis et toIuiuiu. valo^ sîno •£m beaUu. • iP i «.i = L» deux juifs portent i Charles une lettre: écrite de

II fluia de TEmpefeur. Elle est étrange ju pi>îat d>n être ab^^lunieiii burlesque, etcoauuence ainsi qu'il suit : « Af*$ «mjm bomëc Ma aiiabri milacpkoH aMci/dH

• iemmi $egen l^mickel bertelni fade ûhrojcion faiirolwm, hoc est : CiMistantînus

• imperator et Léo filios eque imperator et rex orientalium oiiiiiium minium^

• et Tix imperator dici dignus, Karolo niagno régi occidentalium famosissimo lî- 'ddium re^um et dominium et coronam utriusque fclieîter. Jephet arc*.s caU-

• \n esi mUe» pholi ënno bomac berceioeni amcUau deoaiakel lamifih jochft fa^

• roUÛMm (modem hvnch luttka tiunroth, etc. t Dans le cours de cette sioguUèrc épitre, Constantin raconte tnut an long un song-^ qu il a fait. Un Ange lui o$t apfam dans la lumière, et lui a tenu ce langage : ■ Ecceaccipe adjutorem AaroJiiN, mêgnmm regem GcUie in Domino ac pacis EccUsif propuçHatorem. • El TAn^w, en même temps, lui a montré il>* son doigt lumineux un choTatier «n annes. Or, cechcTalier, c'était Charles, c'était celui-là m^me que» «ur l'ordre do ciel, Constantin inTÎte à secourir la chrétienté de Jérusalem. Nouveaux \tn léonins, qui forment la péroraison de la lettre impériale : f lu Domino ign^, memorejns fungere \aude. — Justicie zona lumbos, caputatque coroiia •—Pfipele succm^i teChristus bonoreque strinj^af. — Nilopus est fUU\ Do- *mini quo Tisiodicto. — Ergo tene fiindum Domini precepki secundum. • Munis <te «s deux lettres, les messagers se dirigent vers la France. Charles n'était P^ i Reims, mais en Auvergne : ils Tattendent à Saint-Denis et le vont ^i^KiTer à Paris. A la lecture des lettres du Patriarche et de Constantin, le roi ^ France fond en larmes (f« 2 v* a); mais il ne se bi»rne pas à cet attendris- ^ncDt stérile, et se décide, sans plus de retard, à conduire son année contre 'm Sarrasins et à leur reprendre Jérusalem ; tous les Français, jeunes ou ^i^ devront faire partie de cette expédition ; ceux qui n'obéiront pas à Tordiv <ln Roi auront à payer quatuor nummos de captif, quasi senù. Voilà donc l'armée chrétienne réunie, la voilà en route pour l'Orient, et deux lignes suffiront i notre narrateur pour lui faire traverser l'Europe tout entière. Il consacrera, en revanche, un très-long temps à raconter une petite histoire qui advint aux ' croisés » dans un grand bois, qui vix a prregrinis duorum dierum xpatio valet innuiri. Ce bois ^tait plein d'ours, de tigres et de griffons. Les Français sy perdent, et les. voici en mauvais point. La nuit tombe, et Charles, sous sa tente, essaye de se consoler de tant d'inquiétudes mortelles en lisant sitn psautier. Or, il en arrive à ces mots prophétiques : << Deduc me. Domine, in semita numdatorum tuorum», et, en achevant la lecture de ce psaume, entend soudain la voix d'un oiseau qui lui cric : * France, quiii dicis? France, quid dicix? » Jamais oise^m de ce pays n'avait parlé de la sorte, et c'est tout au plus si quelques oiseaux (dressés sans doute par d'habiles courtisans) saluaient les empereurs de ces mots grecs: « Chère, basiieum anechos », ce qui veut dire en latin : Salve, Cœsar invictissime . Bref, l'oiseau mystérieux remet les Français dans leur route, et quelque temps après Tannée de Cliarlcs fait son entrée à Constantinople (1*2 v* ff et b). Les deux empereurs partent sur-le-champ, se dirigent vers Jérusalem, rencontrent b's païens, les battent, et, dans la Ville sainte ainsi reconquise, rétablissent le Patriarche. L'auteur raconte on quatre lignes tous ces graves événements. On sent qu'il a hâte d'en arriver à ce qui fait l'objet et le but de son récit (P 2 v* b). Ne sachant comment remercier Charles du secours qu'il vient de lui donner, Constantin lui oflre mille présents superbes : pierres précieuses, animaux rares, étoffes magnifiques. Mais, avant do rien accepter, le

Ï88 ANALYSE DU VOÏAUE DE CUMiLEMAGA'E

La Reine voit bien qu'elle ne peut échapper. — Elle eùlvolon- ■ tiers laissé là ce discours; mais elle n'ose changer d'entretien.

roi de l'ranee veut toniulter ses barons : ceux-cironl preuve d'un beuu déshitùr'CGSGiiieiit chrétien et sont d'nvii r|j'jl convient de ne rien accepter. Charles a le cœur Mset grand pour te réjouir sincèrement d'une telle décision, cl c'est ulors que, «ur l'inaistance da Conslnntin, Charlemognc en vient à lui demander des reliquei de ta Passion : de Domini iioitri Jheiii Christi penu. Si le grand Empereur fait catle demande, c'est « fUdlJKM notirata qui ad urban Jberoiolimamcauaa nMolendi sua peccala venin nequetmt, quîdilam in iiartibm nottrii vitibiU liabeant • (1* 3 r- o). Chose curieuse, rErapereur d'Orient ne savait pas où étaient les saintes reliques. Son clergé et ses barons sont obligés de les lui moulrer; nwis, avant de les loucher, Constantin ordonne un jeûne solennel de trois jours. Charlemagne se confes»): les clercs chantent des psaumes et des litanies; ton! prend je ne sais quel air solennel. L'évèque de Naples s'approche de la chîssc ou est déposée la sainte Couronne; il l'ouvre, et soudain une odttiff délicieuse se répand tout i l'entour. On se croit au Paradis IP 3 r* b). L'Etnporeui de France se prosterne et adore. Une rosée sumalurellc descend alors sur liK épines, qui Oeurissenl. Joie enthousiaste de toute l'assistance; prière de Charles; chant du Te Deum (f 3 r' h). Un nouveau miracle vient conllrmer le premier : le bois de la sainle Couronne apparaît vert, comme s'il venait d'être coupé sur un arbre vivant. Hais il est temps de recueillir les (leurs miraculeuses ; Cliarics en remplit l'un de ses gants : ■ tÈique tanctarwn tutcipima emiuiones tpinarum in cirol^Mcain luam dexleram, que vulgari urmone Avatar wantus, rwJiuif >. L'Empereur tend le gant à l'archevêque Sbroïn; mais celiii-ci est tellement ému, qu'il ne s'aperçoit pas du mouvement de Charles, et le gant reste miraculeusement suspendu en l'air (t° 3 v* a). Les miracles succèdent aux miracles. Les Qeurs se changent eu une manne que l'un conserve en l'église de monseigneur saint Denis, > licef et de itto miniRit qaod in deierta Dominu» pluerat fUtU Israël uifue bodie eue ihi referatur. • C'est alors que le peuple chrétien Tait invasion dans la basilique, où RvaienI seulement pénétré quelques barons avec les deux Empereurs et te clergé. Trois cent un maladea sont guéris par la délicieuse exhalaison des parfums miraculeux qui se sont répanJus dans toute la ville et l'embaument. Le pieux nutuur se plall & raconter un détail vne ou deux de eus guerisons surnaturelles, et notamment celle d'un jeune homme de vingt et un ans, qui était à la Tuia aveugle, sourd et muet (T 3 v* b). Bref, Charlemagne emporte de In sainte cité, suspendues à «un cou, les retiques suivantes, dont ï'énumération est des plus utiles ; la couronne d'épines, un des saints clous, un morceau du bois de l>i croix, le saint suaire, la chemise de la sainte Vierge, la ceinture dont elle ceignit Gloire-Seigneur en ion berceau, et lu bras du saint vieillard Siméoii. L'Empereur, alors, se met en route, et, sur tout son chemin, le« miracle} se renouvellent. Il arrive un jour à Duras (Kélinand et Vincent de ficauvais écrivent Ici LigiMdo, et le traducteur français des Clirouiqucs de Saint-Deniï. Limedon}, et c'est i Duras qu'éclate le plus beau de ces miracles : Salulhicl, qui était bailli di> Duras, perd son Dis Thomas, et rcnfaiit est ressuscité par le seul contact du vaisseau où étaient les saintes reliques. Quarante-neuf autres malades sont guéris. AprËs un séjour i Duras de six mois et un jour, cl après que Charles eut reconstruit le chûtcau de cette ville, il reprend son chemin jusqu'à Aix. C'est ici que l'on place la guérison de huit lépreux, de douie démoniaques, de quinze paralytiques, de qualune boiteux, de trente manchots, de cinquante-deux bossus, de soixante-cinq êpileptiques et d'iniiombrables aveugles et tlévrcux. Il est tnéiue question dans le texte Utin de plusieurs gvliMroaiielc'cstceqiie le traducteur des Chroniques traduit ainsi qu'il suit; ■ Les

i jfflt>M/.i;w Èi .1 tossT.wri.wfu. isa

— * Kiiipereur, ilil-elle. neme tenez pour Nie: — Du roi Huj;oii le ' » Fort j'ai beaucoup entendu parler. — C'esl l'empereur tie Gri-ce -

■aalwtes du nul ils lu got^e itue l'un appelle ttcrveUt, • tl le traducteur du

tnanuacril de l'Arsenal «'exprime de mime : ■ Holt i guarircnt de cuU iiuc det

e«croeles avoiciil grarauM mnlodie. • (T*t i*, a el A.JCharlema^e construit i

Aisnneéglïsciplcndide pourv placer les uinlcs reliques, et il enroiGicsme*-

KJi^rs par toute U terre pour inriler le peuple chrétien i venir aux ides de

juin contempler le trésor qu'il avait apporté de ConslantiDople et de Jëruulem.

Cne multitude ùnunne répond à celle inviutian; mail, plein de respect et de

Charlemigne somme (oui ces chrétiens d'avoir i se confesser arant de l'ap-

|ir-octier des reliques. C'est co qu'ils funl. ■ Pestes vero, rcx ipse, cum omni riero

• DcilaDdibusvicante, in promontoriumquoddam Taris juxtacailnimvcnit.sancll

■kterens tecum. Deinde, circuinstanli populo unaqua omoi clero, que appor-

ft-aierat prememoraU sancin salagcbaldenudHre.Prelerea qui adcrant saacii viri

fecfrunl sermoneni ad populum atquo quotaaais lien indixcrunt indicliint

Bpinee corone Dominï, cinvi elligni crucii, sudariiqueae plurimarunt sanclarum

rrliquïarum, cl hoc sempcr in junio mense et in ebdomada socunda, in jejunio

ik ^rdicct ((uatuor temporum quarlB fcria. .. Vocatur auteni indictum, ab iiidi-

» «snilo. (Telle cs^l'intlitulion solennelle du Lendit, que nous avons voulu rap-

I»^«1M iu ezlMUO, parce qu'elle est l'objet même de tout cet opuscule (C 4 1". a).

Ko«s passerons rapidement sur l'énuméralion des évé(|ucs et des abbés qui

^V-^ienl alors présents à Aix-la-Chapelle, et qui lircat partie de ce concile légen-

K^ ire où le Lendit aurait été institué |P> i v'). A quelques atmées de là, Cbai'-

^nu|;iie proÛla de ta présence à Ail d'im très-grand nombre de ces prélats

^"w déclarer solennel leoicol qu'il entendait être enterré ad aquile capéUam :

^^K eii le nom d'Aix dans le texte latin; mais un l'a CDrrï|{éintertméaire>uGiit

™^«! le manuscrit du xir siicle, et on l'a remplacé par le seul mot Aqui*

^'^ 4i*, kf. Suit un récit fort abrégé de la mort de Charles et une hisloiro rapide

™^ ta premiers successeur«. On pressent aisément où l'auletu- veut en venir

*''^«c toute cette chronologie. Après un résumi^ du règne de Louis le Pieux et do

^^«iHttei contre lei (Ils, l'auteur ragonle la guerre de Chartes le Chauve contre

*^^ (rires el la bataille de Funtonai (Funtaniliafa). A la suite de celle bataille,

* lothariui, conunotus dulore, per totum regnuin suuni paganitatem clamari

^ jasait «G tencri, et quia quod desidcrabant homines ipsius regni facerc con-

* ttiiit eit. quasi aliorum «uorum ipretii nominibus regum. uuniinc ejus appel-

* Islionem rcgni «ui litulavcruat dicenlca ■ Lotharii regnuni >. Suit un élogo '"■gniOque de Charles le Cliauve et do ses libéralités ecclésiasliquiis. te sont ^ctoul tC9 monastères qui ont épreuve lea effets de cette bienheureuse géné- *^ité, mats c'est sur Saint'Denis que se fixe tout naturellement Tuttention du "nmieur: ' ln!uper ccnobium bcati Dionisii Areopagite... mirabililer omamen- ' Ijlil incomparabilibus et terri» dolavit inunaaleriumque Compennii sancli Cor-

■ nclii fundilui construxit. ■ C'est ici qu'on en arnve à ta translation du Lendit '■Siint-Dcni* : • PosI mulla annoruin curricula, quontaui quidcni de aiiru et

■ lie argcnto et de itlis pluribus que antea el adliuc utquo hodic rcgcs, duces

• nique coniuleii unaque alii buuiines in templa Del cl sancli prcdicli martiri^

■ Diunisii propcccatit suis obtuIertiDL, sedipse rapueral.spIneamUuminicoro-

• nam et unum de clavis qui in came ejus fuerunt cl de ligau crucii^, cl ^lûi

• qatdam ad ecclesi.im 1er hcali llianisii ni:irtiris dcvolc attuliL • Tel était lu but, une est la corii'lus].>ii il.' \ll<-i- .hnifulimilanum.

fLci Annaln liimHfii\f:. niniiui-, -. i.iii''iii de dire Irfa^vsgueiuent :

• nicnd Karplui iiii|i''r.i]"i . liliLi-l'i| |.:ii\i,<|ui ;ui|uiâiiilrcgnum usqUoAi«-

• roiol!(Hta»,«(I'CTl«, V, |i. 18.) M. Il- il i.ill.Tji, ]iour s'; pennt'llro une oiscrtion ti peu prncjsc, que lii |i'[:p'iiiIi' du f.iFiii'us l'ln^^'|.■ fût déji bien répandue,,, nu

!SUU

ANALYSE DU VOYAGH DE CiiAHLEMAONE

" r^A» ^'m '' "^ ^'^ ^® Coiistantinople. — Il lient toule la Perse jusqu'en Cappa-

» doce; — Il n'y a si beau chevalier. — Sans le vôtre, il n*y aurait

CHAP. XIII

luoiiis dans les couvciils. Et nous no sommes encore arriYés qu'à la seconde

iiioititi du XI* siècle !

'i** La Chanson de Roland est encore moins exjilicitc et dit seulement, en parlant de Charles : « Coatenlinnoble dunt il out /a fiance ■ (vers 2320) .

5* La Chronique de Turpin ne fait aussi qu*unc allusion à ce foit, dont la popularité prenait néanmoins des proportions de plus en plus considérables : « Qualiter dominicum « sepulchrum adiit et qualiter Hgnum domini- » cunisccumadtulit, unde multas ecclesias doi tavit, scribcrc ncqueo. • (Cap. XX.) L'allusion, comme on le voit, est fort réservée, presque défiante.

6* Le n vitrail de Gharlemagnc » à la cathédrale de Chartres est de la fin du xn* siècle ou du commencement du xin*. Il a été reproduit par les auteurs de la Monographie de ta cathédrale de Chartres, et tout réceniuieiit, en 1877, dans le Charlemagne de M. Alphonse Vétiult. 11 y avait à Saint-Denis (la chose est importante à noter) un vitrail qui était exactement conçu selon le môme plan. =s Toute cette verrière est la traduction en couleurs de deux documents très-célèbres et que Ton a bien souvent juxtaposés : la légende latine do 1060-1080, qui est consacrée au Voyage de Charlemagne à Jérusalem, et la Chronique du faux Turpin. A la légende latine, à Ylter Jero^ solimitanum sont con.«acrés les médaillons 2-7 (voy. la figure ci-contre), et nous allons les expliquer un |)ar un : — 1. Signature du vitrail, qui a été donne à la cathédrale par la Communauté des marchands fourreurs de Chartres. — 2. Les messagers de Constantin, empereur d'Orient, apprennent à Charles que le Patriarche de Jérusalem a été chassé de sa ville par les Infidèles et lui apportent une lettre où est raconté le songe suivant. — 3. Constantin a vu le roi des Francs lui aj)parailrc durant son sommeil, et un ange lui a dit : • Voilà celui qui te viendra en aide. » — 4. Accueil fait par Constantin à Charlemagne, qui s'est hâté de venir au secours du Patriarche et des chrétiens. — 5. Itataille contre les païens sous les murs de Jérusalem. — G. Constantin offre à Charlemagne toutes ses richesses; mais le roi des Francs ne veut accepter que les reliques de la Passion.— 7. Charlemagne avait apporté les saintes reliques à la chapelle d'Aix; Cliarles le Chauve les rapportera un jour à Saint-Denis et déposera la sainte

.1 JÉIIISALEM tr À COSSTAM'ISOPLE.

pas de liaronnngc tel que le s lesauraieacore. — Sivousa>

•n. —Par luoii chef! dit Charles, je zdil mensonge, rousétesmorte! d

«me 9ur l'nuIeL — Imiuidiatenieiil après, el dès le médaillan 8, ciim' e la Ot^urnlion Je la Cliraniquc de Ttirpin, i laquelle esl eoruuii^ré tout le (la vitrail, â l'i-xceplion louleraiedn dernier luédsillan (a*^}, qui relit l'«veaturG de saint Gillfli el du parcbcmin miraculeux (voy. CharU- », par Alptaonse Vétault, p. SiS-ÔJTJ. — Il ; a plusieurs observations â lier au sujet de cpltc rfrriJTre. Il se pourrait que celle de Chartres eût été Mpite sur celle Ac Sainl-Dfnl», et il est aiié de conslater les rapports qu'olTrc onivre d'oïl nvec le» reliques conservée» dans la cëlËbre abbaye. Les Iroïi documents qiu sont riSsiimés dans ce vitrail (la VUa tancti /Egidii, flter ImuoUmitatiMm el l'Hiiloriit TUpini) sont ceux-là précïsitnient dont un moine ' d( Saint-Denis di'mnndait. vers la On du XD* siècle, l'intercalation in exietuo dlju les Chroniques orUciellea du ra,vaume de France (Bibl. nat, lut. 13710, 1*35). Celte coincidence n'est pua l'ieuTrc du hasard. T* Désormais on va assister & de nouvellvs détoralatïons de iiutre tégeiidt<,

I d«s dëbrmatians intéressée». Quelques église) qui possèdent de précieuses reliques de Notre-Seignenr vont en rattacher ruriginc A ce voyage fabuleux ir Glurlenugne en Orient. C'est ainsi que Pierre Coiuestor (cité par Aubri de Troil-Potl laines) essaye de faire remonter nu r^ne du grand Eopereur la fritence i Charroui d'une fumeuse relique sur laquelle on a beaucoup discuté «I beaucoup écrit : ■ Angelut attulit pmpuliuni Dominî Karulo, dum orarct in

• ttmplo [Hierosolymsl, ctKarolus illud attulefat Aquisgruui ; sedpusl aCarulo ■ Ciltii delntum est ïnde, et poiîtum apud abbaliumSanetî Salvatoris de Carusiu > que sila est in Aquitania. •

8* Gui de Basoches, dans les derniËres années du ui' siècle, contlate, avec l'iir grave d'un bislorien, ou plulAl avec l'assurance d'un mathématicien, que

II première croisade ne fut en réiilité que la s<?cDude expédition des Franvais cnTerTe-fiainle, fais Carotua Mannwn fei-il primam. Vullt qui désormais est N»sé à la hauteur d'un fait déciilémmt historique, voili ce que répètent Klffttiliqueuient HéliHand, Vincent ile Beauvfli* et Harlno Sanula, qui intitule ■ioii deux chapitres de ses Secrela fidelinm Crucû: • Qiiomodo ad subvenlioncm Terne sanctœ Karolus Magnus profectus est. — Karoli reditus ac Kliquiarum reporlalio. • (Dans Bongars, Ctitit Deiper Franem, t. II.)

ï* Aiehard de Clunjr, vers le mime temps, va jusqu'à attribuer l'oxpédilion iToRlre-iner.... à Charles le Chauve : a Karolua Calvus, post mortem fratrum

• swmm, régnât super Franros annis XX. Hic cum Normannis et Brilonibus

• wpe conflixit. In Hierusatcm quoque, gu[ii raagno, ul ferlur, pcrrcxit exer-

• «lia, oratioais gratia. Iode vero, post Gonslantinopolim redicns, etc. • El le prétendu historien ajoute que l'Empereur rapporta de li, entre autres reliques, le saint suaire, qu'il donna A l'i^gliso de Compiègne. {Hàlorieni de Frtaee, VII, 359).

'*' 0. Dés la première nioiiii^ du xin* sii^cle. il a mw doute existé uu &Uien

en. Quelque cinquante ans après, ce puifme primitif fut imité dans un

10 rranco-itnlicn, égalomenl w vers, lequel a lui-même seni de modèle à

rmileur du Viaggio di Carlo Magna in lupagna. de cette compilation italienne

ros« du XV' siècle dont nous donnerons lO'Ut A l'heure un résumé lldèle.

'Som ne possédons pas le Catien primilif, noiii plus que le roman franco-itu-

,.Uen; mais nous établirons ailleurs la probabililé de nos liypollièsos. Le premier

I C*Sm, d'ailleurs, .lurdt été soudé au Voyage el n'aurait point, «uivant nous,

mé un poème à pm = b. H en est encore iiinsi d'un aulro Colim en

s, de la fin du Xill* siècle, ueuvie qui n*usC poinl piirvcnue jusqu'à nous,

t* que l'on |iciil rerouslilucr. Ce Galien se cumposc de deux parties: la

aaî ASALïsE uu yijïAGs ut: ciiauiemagne

Tel est le commenceraeiit foi-L original de ce poëiiie, qui lie sera jamais banal. Tout y respire rantiquilé, et

liremièrc ii'csl uulri? que le Voyage à Jtnmalein et à CoialanlinopU, uvcc curliiiit't iiiudiflcalions rt certain» développeinenti que nout meltroiis plus luiii en lumière; la tecanile esl cotisucrée aux simules aventures de Gnlren. Et Calien, nolci-le bien, eat ce Ois qu'Olivier, pendant lu fanicnie nuit des gabs, • avnit en^ndrd en Jacqueline, fille du rai Hugnn de ConsUnlinoiile •- ^ ' Pour établir l'esiitence d'un Galicn en vers, compoaé «oui le règne i\k Pliilippo III ou MU) celui de Chilippe le Bel, nuuB poaifdonB le» élfments ' suiranlB : 1' Le minuacrit en proae de l'irsenal, b. t.. F,, 326 (snjourd'hui 33SI), IV srÈcle. AprËa lea romani de Girars de l'iaiw, i'Htrnaul de Btanlande et de Renier de Cennet, avant ceux d'Aimeri de Xarbonne et de i Heine SibUle, ce manuscrit nous oITre un Voyage (!■ 179) cl un Galien leul liés run il l'autre. I^nime H. r.Mtim it de l'irsenal est le l;pe de tous les Gutrin de Mmlglare incunables. = 3* Le uiaiiuscrit fï-ancals U70 do la Bibliothiquc nulionalc, \V litelc. Il renfemie une version en prose du Voyage et du Galien, qui cslfurt intéressante et dilt^ notablement de la précédente. M. Kolschwlli 1.1 puliliera procbiiinpment en regard do celle du inanuurit de l'Arsenal, ullii de periuflUre aux érudils de reconstruire plus aisément la première (Kirtie du Galien en vers de la lin du xui' siècle, cette première partie qui est conwcrée au Voyage. = 3° Le» pi'cmier» Galien rhelorê incunable». L'auteur de ca Catien rhelore a ùvideuimeal eu sous le» jeux le même original que l'auir du uiunuacrit 1170i mais il l'a modiDé tout dilTérenmienl. = Ce qu'il y .

I prose (r° 306) qui ii

u de certain, c

que nouii démontrerons tout à l'heure jnsi|u'à l'évidence, i A KO UN Galien en vers de la fin du uu< siècle, kt que ce Calien a été L'onicniAL DES TROIS versions en fhobe ÂNUMisËEs CNDESSDS. Un grand nombre de rimes cl quelques vert, cl i-t M, souL restés dans l'incunable d'une part, et de l'autre dans le tns. 1470. Ces rimes ou ces ft-agnents de vers ne tout pas le» niâmes dans l'incunable et dans le manuscrit : Ils se complètcnL Bref, à l'aide du manuscrit li70 et de l'incunable, nous avons pu rcconttîlucr une jiBriie considérable du Galien en vers.

11' Sur la donnée de lBlëgendo(uTec un certain mélange de traditions typiques), il est fort probable qu'une ebanson de geste avait étéc om|iosée dés le xii* siècle, et qu'elle différait nolablemenl de celle que noua avonsanaljrsÉe pins haut.^Ce qu'il ja de certain, c'est que Ib Karlamapiui-saga (outre sa seplîËme branche qui reproduit pre»]ue lexlnellement notre fabliau) centicnt le récit d'un vojagc de Charles à Jéru-aleni, récit grave, vraiment épique, et où il n'est nullcmcnl question des gobi. J'emprunte l'analyse de ce récit, qui a un beau parfum d'antiquité, i la BibUotheijvedi: lEcoU de» Chartes {art. de M. C. Parli, t. \XV, |i. 101} : a Le roi Cliarles prend pour femme Aude, iille du due Girard atsoinr du Naimc». Après deuv années de mariage, elle enrantc un flis, Loliier (Lœdver); le roi ruil vœu de visiter le Tombeau de Jésus-Christ. Il te met on roule el laisse Cîi'ard Cvgne pour gouverner la Boxe, Olivier pour le rojaumo do Fnmcc (Vatland) et Roland pour l'empire de Urn^ff^r roi revient par Constanllnoplc (U^lagard) et secourt crUcacenienl te roi des Grecs contre les InQdèles. Le roi grec s'olTro k devenir le vassal de Chailcmagne ; celui-ci refuse, mais lui demande plusieurs reliques. It obtient entre autres le saint suaire, U pointe de la lance qui per;a le c<)lÉ da Jésua-Clirisl, et la lance de saint Mercure (saint Maurice'/). De retour en France, il envoie ecs reliques dan» dillérenlcs villes. Il garde la pointe de la lance et la Fait incruster dffis le pommeau de sou épée, qu'il nomme depuis ce Icrnp» Jovensc (IHomael Depuis lors loua les chevaliers qui combattent avec lui crient Muntjoic {iluiigeotj). « — (Jette légende

A JkRVSALKSf KT A OXSTAXTI.WPI-B. 293

nous ne sommes plus clans l'odieuse vulgarité de la plupart de nos débuts épiques. Le jongleur n'a pas la

a été r^iumée au xv* lièclc dans t'œuvre danoise liéii cJlée plui d'une hiis,

qni a pour litre : Keùier Karl Magnuifs Krûnike.

tS* Philippe Mouskes n'a pcut-Ëtre délajé Bvne autant d'amour nuetine de nos Iffendes épiques, il n'en a. pcut-fllrc pas difluuré une leule au mime degré ■jufl le Vo^agr. à Jértaaltm. Dans un arlicle Aé\k cîlé par nous, do la JÎJ61to- U*ii*e (UC Ecole det Charta |IS7i.p. 575», M. Mei Uir étabJit que Mouake*

' plus souvent, jusqu'au rigno de Chariot te Chauve, Iradiiil et mis en

!» une Chronique inédite, une Abbrevialio Qettorum regum francorum,

dan» le inanD«eri( do la Bibliothèque nalionalo lâTIO, et «uvre d'un

BMine de Saml-Denii vert la Ha du xii* sikie. Cet auteur monoitiquo n'atajl

(wi Mi iniérer ['lier Jenuotimilanum dans la i^ompilatinn ; Philippe Houskn

' plus hardi et Hnqur te premier celle întercnlation. tm aikle et demi avant que le< Granda Chroniquen aient eu colle nudace. Le poifto fraufais (esl-oe un poêle?) prolite d'une 3U9»i iJonne occasion pour d&rire IrÈs-longucmcnl lou» iM Lieux saiuK qu'il Ikit visiter un A unpirlemi d» FranreNirs 1l)p£3 cl suivanl*). Hai« te paisiii^ le plus intéreunnt dcsoii rik:il, auquel on n'a pasallachA peut-ltre aiaei rt'im[«rtancB, est relui oii il énnVntre les reliques rapportées par Charlrmngne, Oulre la mailié de ta sainte cou mnne et de la sainte lance-, un itM ckws sacrés, un morceau de la vraie croix et le saint sunîre. Philippe Nonskct mentionne la chemise et la cotnture de Nolre-Itnme, un de ses souliers, une goutU du précieux sang, une ampoule de t'huile qui coule du tombeau de ■ainte Catherine, et enfln la bmeuse larme de Noire- Seigneur qui fut conservée É Vendéme: ■ 0ne larme que Diex plora, — Li rois nvoec en aporla — A Vendmme en l'abeïe. • El il ajoute : • Et si aporta, bien Je sai, — Dr^ l'image de Sartenai. — De l'otie ki se mue en kar, — A grani plenté, non A eskar. • Et voilA comment une légende. Tausse dès son origine et résultat d'une Traude insigne, ne dën^urf i travers les sIvcIps, se complique et s'enchevêtre en dp nuirreaux mensonges.

13" [taos la chanson de geste inédile : la Mort d'.limm de Norbanne (Bibl, "lat., fr. ΫB9, anc. ms. In ValliJre, 33, i** 23. il), le poêle parle des rellquea apportées <le Jérusalem par Charlemagne, Le scribe, â cet endroit du poëme, liiue un blanc sur ce rcuillel de son manuscrit, et semble avoir poslérieurewnt BJouU ces deux vers: i El la eorone qu'il ot el chief d'espines. — Et les Minx e\ot, et la sainte ehemite • de la Vierge,

U* Cirard d'Amiens termine la seeonde partie de son Charlemagne par un rtcil dr l'oxpéditian de l'Emperpur en Terre-Sainte (Bibl. nal., rr,778, P'.lïl r" i m v*t. Jérusalem vient d'*tre prisa par le» mécréants ; «es habilants onl élé pttséa au 01 de l'épéc, le saint Sépulcre est profané. Le grand Roi s'élance aver Tar)rin au secours des chrétiens d'Orient. Il est A la léte d'une armée immense, ifuu vériinble armée de croisés. Il passe par Constanllnople. traverse l'Asie, M arrive enfin avec Constantin devant la villo aainte, qu'il va délivrer... Mais par malheur, une lacune considérable se présente ici dans le seul manuscrit Dli nous toil conservée l'a'uvro do Girard. Voici tes derniers vers; • Devant irirutalem fu moult grant li barnngcs, ^ De François et de geni de moult dyvers langages... — Et l'emperiero Charles el tou» li seignourages — Par ciii iert gouvi^mi'X uns ei digne volages; — Parle conseill [laimon qui en tel Tel cri sage», — Fu grand merrien copei cl Irel hors des lioEcaj[Ci. ■ Sous dirons plus loin cnmment on peut combler celle lacune du Chariemagne de GiranI d'Amiens avcr. les ConqMenlt! de Charlemagne de David Auberl. Ce dernier avait fous le" yi-ux un exemplniri) cnupr.rr de Girard d'Amiens ou un texte de tn ntAmi-nimilIn.

îM ANALYSE nu vnvAf.F: m ai.\ni.F.vA<:sE

parole, lo trouvère ne se nomme pas : il n'y a rien là de recherché, ni rien de littéraire. Bref, la scène est mer-

16* Aiiui, pendant lout le xui* siicle, et juiqu'à la merl de Philippe \e Bel, le» liïBtariens et les paëtea lont d'accord lur le fnil de cette expédition du AU de Pépin. Il en eit de mtnie pendant tout le XIV siècle. Lorsque Léopold de Bebenbui^i êvfiquedit B.imbcrjj ver» 13111, vaiitiil ramener à la justice l'«uiper<!iir Lonis dp Barir'Tc. cpl i'tiiii?iiii ^irluirn- ili>s pupes, qui avait pris plaisiri se f:iirp couronner par dc^ i'-\,">i[iiit .rliiiTij;iiii|Hi-!, (]ui avait créé un tintipape

cl ipij devait mourir m mi', r.ilil nt, il .■.nvil un Trajtf sans ce titre : D*

eeterum principiim germaiionnii :''!'• fl [fn-ci' erga rrligionem chrUiUtiam. Et que Tait-il dans ce moniloire '.' Il résume I7(er Jeroiolimilanum la lé|;«ide latine du voyage 1 Jérusalem. Il fallait que ce tïiit eût conquis une véritable pbec dam l'hiataire • la plui historique •, pour que ce frnnd évéqne se pmnit de le citer i ce redoutnblc empereur, à ce nouveau Frédéric II.

IG* Lo ViaggU) dî Carlo ilagno in hpagna n'est autre choie qu'une Tormc de la Spagna on prose, laquelle est postérieure i la Spag?ia en vers, comme nous le veiTons pius lard. Or, te Viaggio, œuvre du xv siècle qui est visiblement empruntée A une série de puSmes franeMinliene de» xn*-Xiir sifeles, renrerme taule une version du Vaijage à CoiutaHlitmpU qui dilTëre notablement do toutes les antres cl que nous allons analyser longuement d'nprès l'édition de M. Ceruti (Bolngne, IS71, tome II, p. 170-179). La scène m pnise

■ il j a de langues années • : Charles est & Parla et n'a aucune guerre rnntre les Sarrasins. Un jongleur arri%'e du royaume de Portugal et se niet A Taire ses jongleries devant toute la cour de l'Empereur. Il fiiit rire les barons. Tout k coup il se tait et s'agenouille devant Cliarles : > D'où viens-tu • lui demande le Itoi. ~ I J'»rriie du royaume de Portugal, qui est bien le plus hant et le pli»

■ courtois du inonde. C'est aussi te plus riche. Toutes les tables y sont d'or ;

• toute la serrurerie d'argent. Et quels tournois I > Le jongleur n'en dit rten de plus; mais voici que Clinrles est pria d'un grand désir d'aller m Portugal, Il avertit ses douie Pairs qu'ils auront i l'y suivre, et leur donne trois jours pour faire leura préparatifs. Ils parlent, traversent rEapague et arrivent dam ce fameux Portugal, qui ^tait alors lout païen et peupU par des adorateurs d'Apolliu et de Mnhom. tjuand le roi dn pays apprend que Charles vient lui faire visite, il va aur-le-cliiimp à sa rencontre : • Que l'enipereor des Ro- I mains aoit le bienvenu, i Dès qu'il l'aperçoit, il veut lui faire honneur et ilesccnd de nhcval ; mais Charles en fait autant de son cAté, et c'eat un nuaut d'hnmîlitiJ ■.'! de courtoisie. Arrive l'heure du dîner. Les tables, en elTet, toni d'or, et le; coupes d'or ausïi ; les touailles sont de soie. A la preinièra table s'assoient les deux rois; A la seconde, Floland et les doute Pairs. La Rlle du roi de Portugal, » la quale era bella e genlile e di etnde di diciollo anni », sert l'Easpercur ; mais elle aperçoit Olivier et. soudain, se sent enDamméc pour ui ilu plus violent amour. Olivier, dans le même instant, éprouve le niétne sentiment : I si elle une si compresc dell' amore de)!' altre ■- La nuit vient. Le l'oi païen conduit Charies dans une chambre, • la quale avcta lo cielo di (ino

• nm e le llnestre (Il crUtallo lavorate a oro fine, o in lo lettn erano drappi rli ■ seta Invorati a oro eon liuncelli, à Macoinetli e griiïonrelli tulle di pietro preu lioaii. Les douxa Pairs sont coud uils en douze chambres, qui sont toutes aemblabtes, cl couimenccnt 4 se reposer; maia Olivier jienae toujours i la jeune Iltle et la jeune 1111e à Olivier. Au matin, les deux rois ont ensemble un entretien, et pendaiil ce temps les douM Pairs restent seuls dam une autre chambre. Ici commence In fameuse acAne des gabs, des vantardises, des avimnlL Ceci celui d'Olivier qui relient le plus longlcmpa l'allenllbn du narrateur italien ■

• Je ferai ce que je voudrai de la llil" du nii ., liil Olivier. Le rnî l'cnlcnil :

veilleusement posée. Maititenanl écoutons la snilf! : car nous éprouvons ce sentiment de curiosité qui nous fait

• Eh bioa ! dU-il, si lu n'accomplis pas Ion gBb, je le Teriii «ouper ta tfite. ■ Oliiier ne l'at^complit que trop bien, et, dès le lendemain matin, la jeune fllle l'écrie : • la sonn prcsa da uno Tante o masehïo o temina, che iu lo senlo. • niiirier np a'étonne pas de cet étrange iivou et lui n^pond fart gravement : s SI

• c'est une iîlie, tu lui donneras cet anneau, nt si c'e«t un gardon, cette £p£e, ■ oTin qu'un jour je le puisse reconnaître.' Ce joiir-lâin£nte,Char]eniagne quitte )<■ nortugal avec ses dame )>aîr». NeuT mois aprts. naissait Caleant (Calien).

17' Dans les ChToniques île Samt-Denis on n'îniercale la traduclian de I7(er /(n»otHiii(nnnm que pendant le règncdeCharles Vli'édit. P. Paris, t. II.)

tS" David Auberl, en ses Çonqueita de Charlemaignf, qui furent ^riles vers ll.'iSel lui sont conservées dans undesplusbeauxinanuscritsde la Bibliothèque do» Ducs de Bourgogne A Bruxelles (n" 9066), avait évidemment sous les yem, (nmme nous l'avons dil plus liuul. soit un exemplaire Couplet du CharlemajM de fiîrnrd d'Amiens, suit un texte de la mèaie famille : de (elle sorte qu'aTet M proie très-moderne, on peut. Tort henreuscmeiit, combler la lacune que nous ofTre le seul manuscrit de Girard parvenu jusqu'i nous (Bibl. nal., (r. 778. f°> 131-134 V). Comme le dit H. Ruelens, A qui nous devons l'analfse M les extraits ri-dessous, ce David Aubert est toujours le m6mc : • un Inmme qui se plaît à développer deux lignes d'histoire vraie ou Tausse en deux finillles d'iimplidcalion filandreuse ». On en jugera par ce qui suit, Cammait le palriarehe de Jherusalem fut degetU de ion n^e, pnii vint en Can/iantinolite deitri tempereur de Gréer, et comment tous deux etmoierenl m Francf deven le jioble et bien fortuné Cliarte» le Grand pour avoir confort H avie il* 133). • La vrnye cronicqui; qui est miiuU bien approuvée raconte Hw, en ce temps, le ruy de Nubie appelé Escorfault, païen 1res redoidité on imei pour sa Torce. erudelité et groz poeuple qui le sievoît, conquist la terre d# Snrie, priit la sainte cité de Jherusalem, violèrent le saint Sepulchrc et les nin< Lieux et usèrent de la plus Inhumaine occisinn sur le peuple creilien dont ïoDChe Muroil parler. ■ Le Patriarche échappn au massacro et sl> rendit à Contijntinople auprès de l'empereur Conelontin. Celui-ci, la null, eut une •ûioii • qu'il mandast h: noble Charlemaigne en son ayde •■ A son réteil, il m conTère avec le Patriarche. On requit alors quatre vénérables prélats, deux talint, Jehan et David, el deux grégeois, Vsaac et Samuel, et on le* envoya vers Charlëiugne. Ils arrivent à Paris et, on séance impériale, lisent deux lettres. Tua* du Patriarche, l'autre de Constantin. Le texte en est donné. Cliarlcmigne et aes barons sont émus, et le peuple l'est aussi quand Turpin, archetique de Reims, lui fait connaître le contenu des deux missives. Les barons el le peuple, voyant larmoj^rCliarlemagne, lui crient d'une seule voix : • Ne pleurez

• plue, nous sommes prêts i, vous suivre en celte lointaine expédition. • Chtrlemigae. lavl, fait accompagner ■ el mener reposer (tes ambassadeurs) pour fah nfrescblr alendant l'heure du souper r, Knsullo i] Tait • lettres et mandement pour faire tenir A Paris en avril ■ tous ceux qui veulent parlicipor A Teipéilltlun. En quinie jours. Il en arriva une foule innombrable. Aprïs avoir été l'otijotdes meilleurs traitimients, les ambassadeurs s'en retournent, chargés de préMnts. Charlemagne > leur dist en son beau latin, qu'il savoit rnmme le frùo^», qu'avec l'aide de Diea >, Userait à Cttnslantinople ■ dedans la Saint Mhd •. Cunslanlin se montre chormé du résultat da l'ambassade, et, de son tiii, rassemble des rorce*. Avuiil le 10 avril, Charlemogne avait réuni i Paris tal cent mille hommes. Après avoir < prins vongié A sa femme, baisié son JMIH nu Chariot que moult amoil > et harangué ses barons, il »o mil en Dbemin el ■ pai^sn par \fi Allemnigne* >. En ronti'. il lui nrrive une avonlure

tourner fiévreiisemeni les pages d'un roman, et une telle fièvre se fait rarement senlir dans la lecture de

lu* ■ j'ay IWUï* en la vrayc cronieque long, il K pttû avec win arm^; U pluie « r.hrirlMnagno dewanrl de ehevil el prie. Toiil i coup un oiseau «e mel â rhiititer el à parler,., en lutin, ce qui Tut l'etnnlé comme Irès-merveiUeui par • Im geai (lu psifs i. Au matin, jojeux et raisur^ par ce mesMKer ciUnte, Clinrle» et ion armée gc metlnnt pu roule en suivant l'oiicau, qui les oomluil jiituiii'ii Cuntlanlinople. là, Conslanlin vient i leur rencontre et le« Teitoie. Puis un prend quelques dieposiliona et ron part on S^ic. Il est Bîeé de rair que tout ce début eat emprunté A la li^nde latine. Hais c'est ici que Ici deux ilMiiments vnnt s'éloigner l'un de l'autre. = Comment le touldan de Daman et nnltre* princhei payent envolèrent leuri etpiei en ContttiHlinahle. El eomiiient JU >t mirent en fuiinlpaur lierfr hatit^ auxvaiUan* ehrettieni {P \3^>. Après In prise de Jérusalem par le Soudan el la fuît^ du l'alriarche, le • cnliplie de Haudas >, penuadé que ce dernier mettrait tout en œuvre pour récupérer le lomlio.-iu du Clirisl, atait enga^ le seudan h se mcllre sur Bel gardes : iiiâme, il eAl voulu conduire les Sarrasins i Rome. Kn attendant, on envoie des espion* A Cunslantinopte, et ce «ont ■ deux paK-nt qui tavoienl parler lalin, grec et aultres lanpiei >. Averti par enx, lo Soudan IVirtiDeJéruMileni. Puis,il mande i le roy de Turquie et eelluj du QuaJre ■ et, nu printemps, il a (roii cenl mille hommes loui les armes, et, un |ieu après, six cent mille. Conseil tenu par le Mudan cl le* grands Kigneur« sarrasins ; joie d'anéantir bientdl la chràlienlé en trlomphanl de ici deux Empereurs. » Comment les notJei empereur» Charlet le Cm^ueranl el Cowilantin de Gréée livreratt halaille eu lOHldan de BabUoine, celluy de Oetna' et le efllipA«, le roi dé Turquie, celluy de Damielle el plusieum auf ret roit paient qm furent deteoHfii et mii à mort, rettrvi celtun (te Babikine t/ui l'enfuy (f 138^ Le prudent empereur Charleniagne envoie des coureurs et un truchement pour reconnaître le paji ennemi. Il apprend que l'armâe des Sarrasins est divisée en • doute balaillei >. Alors, il ■ titt chauun armer el sonner tronipeltes, clarons et aulreg inatrutnens pour resjnuir ion puepic >. Il ordonne son armée el se diipoie au combat. Harangue bux troupes il bénédiction du Patriarche. Emond, fils du Doon de Majfnce, demande A perler l'enteiiinc de France. Charlemague monte i cheval : combat longuement décrit. Emonrl tue Horadia, rrérn du roi de Turquie. Récit détaillé de mille prouones. = Comment, aprtx la victoire aehievée, te' deux tuillan* empereun aiiiêgerent la lainte cité de Jherwalem, el comment le sotUdande Babiloine et le toij de Damielle leur livrèrent bataillr, leiquêlt lurent ocôm et la lainte cité reconquiie en la même journée, et de leunfaia (P \Âl). Après ladéconllturedei Sarrasina. les noble» cliréliens i Irouverenl, par eitimalion vraie, qu'il j euit de païens occis plus de quatre. cent cinquante mille, un) oeuU qui tiroient A leur fln, dont lesaulcuns requirent lo aainl baplesme, les aulros non >. Les chrétiens avaient bien perdu trente mille hommes ; • mais la pluapart estoient de ceux de Grèce •. Sachant que les païcni, après leur délïile, s'étaient retirés A Jérusalem, Cliarlemagne vient planter sn lente devant la ville. Le aoudan de Babvlouc • s'en Gomplaindj A ses dieux IrÈ^s-lenil rement ; ■ Que voia-je maintenant, puitsan* ■ dieux Mahom, Jupîn, Apollin, Tervaganl. Voitre puiisnncc ett ettainte. • Le roi de Dnmielto l'apaise, et l'un se décide A livrer une nouvelle bataille. Dn rail venir de nouvelles troupes, et l'on se retrouve encore deux cent cinquante mille hommes. Charlemague, de son cAlé, dispose son armée, fait Taire ■ provision d'abillemens pour eschcllcr la cité, tandis que l'cacormuche •ei'eroil M\ devint ■■ Combat. I.e mi de D.iiniolli- c^l Ui.' par Caroucl. re qui terrifie

.1 i(:nv3.\i.Eii ET \ mssT.wTixopf.r. isn

nos vieux poèmes. Sachons proniei- d'une aussi heureuse et aussi rare occasion.

Ici SJirraains. Pendant la bataille, Cliarlcmafine Tait po«er deiêetaellcs coairc tr* murs. Tous ks liétuaseart de la cité étaîAnt au cambal ou li; rcttardnient <Id haut dn remporti. Dix mille Français peuvent donc en[ri?r dan» la ville, lutn* Atre, pour ainai dire, apertiii. La ville est prise : la plupart des dérenicun «temandenl le hapMme, le« autres sont occii. Aprîi avoir laisié vinet mllln hommes dan* la ville, Charlemagne le jette nu dehors dans la màiée. De sa pnqire main, il tue le loudan. Des deux cent cinquante mille païens, il n'en ^happa point cinq cents. Les Français n'avaient point perdu plus de trente mille hommes. Après la victoire, les deux empereurs se rencontrent et se Téli- Charlematcnc mat la ril£ aux mains de Constantin; puis, tous les chr^ ont visiter le Calvaire. = CommenI, aptes la cotiguettt faite, (es rfeiu' «•otfei tmp^rfUT* et It Patriarche viiiferenl ttt lainti f.ieiu; de JhenaaUm, «( tMM otmmeTit iU firent meUre à mort U caiiphe ; puû, confirent toute Surit par farce iCarmu (^ 150). La cité i^tail approvisionnée pour trois nos et )>ottrvue de tout ce qu'il tlillalt pour la défense. Les Français et les Gr^Renii y font l^ur entrée : des pri^lats, des clercs, des chrétit^ns arrivent de toutes parts : ils lïinnent une belle procession cl vont au-devant de Oharlemagne, de Constantin «l du PalriarcliP. On crie : i Noël ■, et, en ehanlAnt hymnes et cantiques, les ^oux Empereurs entrent, accompagnés de Icun barons, cl se rendent au saint Kèpolcre. Après quoi ils vont dîner au palais du Patriarche > cl se couchent juiques « l'endemaini. Après dix jours de prières et de promenades dans la Ville. Charleraagne fait amener devant lui 1b i ealilTe de Baudai ■ et l'extiarte A •e hire chrétien. Hais, comme il s'obstine dans sa perverse créance, Charle- Rlaync le fait • morir par grant tourment i. Puis, il convoque ses barons, et leur annonce qu'il Tant conquérir toute la Syrie. Le lendemain, • après la messe ouïe *, l'armée part. La conquête de la Syrie ne lui coûte que peu d'elTorts, et Us défenseurs du pays sont tous • oecis ou baptises •. ^ Cowmenl, apréa la belle anuptesle, tei deuji nobUt empereura partirent de ta rite de Jhem- Mltm et nndrent en Xoiulaalînobte If 155). L'armée retourne ù Jérusalem. KouvellD entrée solennelle ; les deux Empereurs descendent de cheval et re- Rwreienl le ciel. Après avoir tout remis en bon état, Chsrlemagne prend In réMlntion de partir et ordonne â son armée défaire ses préparatifs, Discours dn ramerclnient du Patriarche à Chariemagnc. Fêtes, diner au palais, préscn- UtioD à l'Impératrice, discours de Constantin. ^ 6*ommenf, au partir de ContUniâuiblt, fut par l'empereur Conilanlm donné au Irutxcellenl Charles le (Inut de moult belle* reliques i/u'il fisi rapporter en te* pais de par deeha |P ISS). ChnrIemagne, voulant i reveoir sa femme et son fils Ctinrlot qno moult iMWlt •, donne décidément l'ordre du retour, Constantin offre de riches présents; les Français les refusent. Charlemagne avait défundu ■ aux siens, s«u paine de mort, que nul ne fust si hardy de mettre main A chose qu'on lai présenUsl ■. InsisUnec de Constantin, persistance de Charlemagne. Hais, fU une inspiration divine, Charlemagne demande des reliques, (^nstanlin UMOible les prélats et fait jeûner le peuple pendant trois jours. C'est après Ml« ttUnte préparation ituo l'on ouvre le trésor ■ de la grant église où sainte ItMne Avnil fait mettre les reliques ■. On en retire la couronne d'épines : nlracle* immédiats. Charlcmognc Ii met dans i un gant tout tissu A or ■ qn'll remet A Turpin. (Test cette couronne qui existe eorore A Snint-Denis. Puis M jr ajoute une partie do la croix, du suaire, de la chemise Ar. Notre-Dame cl de la ceinture. Désormais Ch.irles n'a plus rien qui le retienne : Il quitte • Cmstantinople, et,' après tin heureux vnitage. arrive A Aix-lii-Chnpelle. m'i les reliqn*!! iwiit déposée*.

398 ANALYSE nil VOYAGE DE CIIAliLEMAGNF.

Il laut cependant avouer que, dans ce début du Voyage à Jérusalem, l'Empereur joue un rôle passablement ridi-

19* Le manuHcrîl de rAraenal 33S1 (anciennement B. L, F. IS6) rniu» foil usiBler  un nouveau développement de notre légende au xv* sîèclr. Celte

g compilnlion en prose, dont nou» aunins lieu de reparler pius d'une fois, *e eompose des éléinculi suivaiiLï: l'Cirnr» de Viant, première partie fp* 1-5); S* tfemnMi de Beaulande (f" S-iO) ; 3- Kettier de Genim (!*" 40-55) ; i" Giran de Viant, teconûe parlie (f~.M-I78); 5' Voiiage ((" 178-206); 6" Cii'û>n, prp-

. mière partie (f-S06-îî3) ; 7* Aimxri de Harbonne. première partie (("Wa-aai); 8- CiUien, uwnde partie ((» 331-369) ; 9° Mmeri de Narbonne, «cconde partip (f- î69-a80); 10- (a Heine SibilU (S- Î80-379). tl est «té de voir que, si le compilateur pouvait être rattaché à quelqu'un de nos ancien» cjclca, il devrait être claisé parmi les cycliques de la Geste de Guillaume. Ce hit taujDUPa, d'ailleurs, le caractère de notre légende, et nous l'avons déji fait remarquer au sujet de la chanson du xtt* siècle. = Pour nous borner ici au Voyage et à Galien, notre rajeuniisenr avoue, i vingt rcpriiies, qu'il a sous les ^ux une ancienne iiloire. Il va plus loin, et nous fait entendre clairement que CBlle ùloire KSTKN verh. Dès le début du Voyage, an effet, il prend w» préeaulions avec ses lecteurs, et, leur confessant son scepticisme absolu i l'égard de tout ce qu'il va raconter : ■ S'aacune menconge, dil-il, j e>t par aventura ditte nu meomptée plaisamment, Sf KST-ei.l.R distrettg des iioiniAns ET HiSTOiBEs RJiie; u'iDCUN TEKS que l'isioricn croit aussj i paine que les etcptitans. ■ (P 180 V). C'est ce qu'il répète ji plusieurs reprises, et comme il T a(l et \i, dans sa proie, certaines traces visibles de vcrsifiealian, nous en pouvons conclure qu'il avait entre les mains et copiait i sa manière quelque aucieune chanson de geste. Or, tout nous autorise à penser que c'était le Galien en ver» de la fin du xiii° siècle; ce Catien même dont se sont également servis le compilateur du manuscrit 1470 de la BiblialhËque nationale et l'auteur incooDU du GiUien incunable ; ec Galien même dont, à l'aide de c«s deux dernières ver- «ions en prose, nnus tenterons tout A l'heure de reconatitncr plusieurs fl-a^ ments cnnsidérablei. Quant nu compilateur du manuscrit de l'Arsenal, il ne nous sera pas d'une grande utilité pour ce travail de retlitulion. Dans son ceuvre élrange et diverse, il emploie concurremment tous lea procédés i l'utage des remanieurs en p^ise. Quelquerois il suit son original d'assez près et va jusqu'à en conserver quelques rimes (f 181, etc.). Mais, le plus souvent, il 1b di^laye ou l'abrège d'une façon véritablement désespérante. Lorsque le récit du vieux poémc lui pinll, il le développe et l'allonge sans vergogne ; mais, tout i coup, et sans qu'on sache pourquoi, il se lïtigue de ces dévcloppcmenu ; k\ vieille chanson l'agace, et cet liummc nerveux se prend soudain i résumer en une page ptusieur.t centaines de vers : ■ Si n'en puet mie, en ceat présent livre, faire l'istoire mencion : car trop porrait estre ennuieuse et langue • ((■ 339, etc.). On comprendra sans peine qu'avec de tels caractères, celle ceuvre du xv* siècle nous ait médiocrenierit servi i reconstruire celle ilu Xlir. Il nous reste, néanmoins, k donner une analyse exacte du Voyage, tri qu'il OEt raconté dans le manuscrit de l'Arsenal. C'csl ce que nous allons faim... = Conwnenl Charlemaine fkt premièrement moly d'aler en E^igKe faire la cntuiufSe en laquelle morureni OUtneret RntantfC f!»}. L'Empereur est sur Ir point de partir i Jérusalem, lorsqu'on lui annonce l'arrivée de Basin et de ita^ile, • frères et bons amii, lesquels s'esloienl partis de France i gros prMiple pijur "lier guerrojrer la gent saraaine ■- L'auteur du roman sa lance

■ in il.ins une langue dignission. 11 expose comment l'Espagne était alors divisée eu plusieurs royaumes lous les rois Balïgant et Marslle, et comment ce dernier possédait tout le pays depuis Bordeaux jusqu'.'ï la Gillice. »vcc S.irugosse pour

A JKRfSALEU ET A r.OSSTASTI\npLE SW

cuIp. Le voil^ qui s'irrile sottement parce que $.1 femnii' Iroure, hélas ! qu'il est un homme au monde mieux coiffé

api\a\e. Ce Mirïilc anii imr bdic dtioe, • lupieUc hil Unt tmonKUW île lupi iTligrcinoai. que Uiir \e conirini du pal& pour <» qu'il fui Irnurf ttcbii ta %na lit avec die •- Cai à crll^ <I«-nièrt^ méMTrntnre itue l'on iMihM ici b haine de Nar«il« contre In chiliens «tia olaitropbe île Ronce- Tox. Quoi qu'il en mit, et apris que le rcmanieur a pris soin de naos mrajer nranuii ée JAngii (fiti^rmuinl, il nont (ail assiiler lu départ de Basin el ie Ruiln en Eipngiui, oti il) Rirent tués arec lom leura geni sur l'ordre de Itmile, du mi t^upilie Itic'l el de BaliganL Enfin notre protalrur en arrive » yt^tgt « Jéraaletn ; maîa il juge tout d'abord nfeesHiire de mettre son leci"ii ta gard* eonire la Ttnt£ des faits qu'il r* raconter : * Avant ce que l'isl°Rni entame la matière qui pupt par nature estre meniongiere oii Torle i ttirin iceulx qni la liront, il proteste que les mois ne lui nnent iinpulta pour h»n«. Car ho inlentiao n'eil aueuneuMnl d'5 mf^tre ne adjou»ler rien <lu ■im, nais que seulenii^nl efcripre et ramnipler joieusement ce qu'il a veù n ■■nné vn plaùenn livres asseï rpvennns run i l'autre. • F.t il h déride i mm- ">™wf (("178-18(1 *■).= t Commtnl Otimtrilt Vienne eHgendra 6'iUnien iit ^ d« [Empereur de CotutatitàmbU ai revauml de /enuoleni • , C'est sous Mie nibriqoe que le remanieiir place, asseï maladroitejncnt d'ailleurs, presque M le n<rlt du Yowi*. L'itinéraire de Charles i travers l'Europe ne l'arrAle ^kiDgl«nps.et il fait trèa<rapidanentarriTFrrEnit>erruri Jérusalem:* Point ** dit ristrâm quel jour ne quel mois •, dit-il en plnisantaot. Or, l'élise était "^'n'*: • Si se mist l'Empereur i genouli adoncq et, Ik plut dpTiilfinrnt qu'il fvU, Oit sa prière i Noetre Seignear, M s'ourrircnl les partie. • Ce n'est pas ""Juif Ici, mais c'est no chrélienqni sperroit ChaA^el les Pairs assis dans In *'ta}«rm> du Christ «l de ses ApAlres, cl qui va avertir le Patriarche. Cchii-ei '■«PftHe de s'inelioer devant le roi de France et lui donne immfdialeoient se* flu beltts reliques : • le brat de Mini Simeon, le chief de saint ladre, du ''KtdesaiatcMsrïe, unech<<miJ« qui? vcsii kuu benoît enbnt; une sainlure que ■iagni la tierge Marie; d'un de ses loliers; le coutel dont Plie se servoit en Mtnpnl, avsc de l'eseuelle en tatpielle nllc oicltoil sa viande. Sjr on piict l'en ^"v Hoir i Saint-Denis partie que Charlemnine y donna pour vérité, et se ■rnal ceolx qui j vont chascun an gaignier les pardons. ■ Et l'auteur JURO i pipM d'ajouter ici quelques remarques que lui suggèrent la multiplicité rt l'orideifdiquet caïuervéGs i Sainlr-Denis, ■ au Palais 1,3 Paris et ailleurs: ■£( Oéparti Charlemaine, distribua ou donna autre paK, ne dit poinl l'istnirc QMdnlt où ce Tut. Car asset d'aulr«s riches, dignes et belles [reliques) en j ~ tint au Palaii à Paris comme aillciirs, qui est le plus noble trésor do qiioy u puisse parler. Kl qui demanderait dont elles vindrent, dit l'iiloirc que arkmain» mcimcs en conquisi partie sur l'amiral Balan en la cité d'Aigre- M. au royage que lui et ses pers et barons firent en collui tenu que lu roi irahras d'Alexandre nit conquis par Olivier de Vienne. El si dient aucuns «rirns que Rcgnault de Moril«ubaa en aporta d'Angorie, lorsque (^arlcmaine lui furoiil pncilléi' enaamblo de la graitt guerre qu'ils avoient menée l'un ilr* l'autre... • (K* 182 v*,) (^endaulCharlemagnc quitte Jéniialem et prend I chemin • pnr Crece 1. C'esl alors seulement que le rajeiinicseur pense A ■s raconter l'histoire de l'Impératrice, disant à Chnries • qu'il ;t a de par le Nule un prince plus riche que lui et que ce prince est le roi Hugues di> HtlMillfiople >. Nuire rom;ineieravouenaïvemGiitque.:e fait s'élait passé' au panemmt de l'Empereur • : iledt élu plus sincÈre encore en confessant qu'il ut oublié de nous le ra^vorler. Bref, Charles bb décidn A revenir par Cou- >ntin>iple. alln de vnir ce roi si Viinlé. Celle pnrlie ilu Voi/age plnll à mitre

que lui. Il se hftte de faire son offrande au moiUiei' el revient h Paris aveu Roland, Olivier, Guillaume d'Orange,

proBatïUf, pl il y suit \isiblc'meiil cl'asMï près le romnn on ver» du KiiCïitale, qu'il a trÈs-probablemenl son» le» yeux. On »'cn aperçoit aiii rimei qu'il eonservo (à cl lA, el c'eit ici que U oomparniMn entre le munuscvil île l'Anenil el le maauicril UTO de It Bibliothèque nnliDonk tfm peul-£tre le plm inlrirewanle. Les chrétien* s'avaniM>n( donc à travers les longups plaines de J'Asir cl font parler les reliques devant eux. Et, i en passant Imr eliemin, ainsy ciimmc par le plaisir de Dieu, esloienl les souri qu'ilz rcncontroîenl fa leur eliemin gari« de leur inflrmilé, les nvugics renlomin^, elc. • {f tf(3 r). Hais, rontmeTubservesagirment notre auteur, Tienne peut longtemps demeurerciEh^ en CD lias monde, cl voici que les Samuini apprennent le voyage de Chvleniagne. Vile Brairnanl s'arme et chevaucha contre les Français i la tSle de deo» mille paTens. L'Empereur l«a aperçoit soudain et, comprenant U p-andeur du danger, eoniulle ne; barons : ■ Voici les païens devant nous ; que fïnl-il (tire? « — Courons-Ipur bus, dit Roland, el battons-les. ■ Ogier partage brulakment le mémo avf*, et le remanicur en prolile pour faire un beau porlrail du nanoîs. • Or ostoil Dgîer criminel plus ou aulanlque chevalier du monde : il estoilians merci quant te veoit de ses ennemis oppressé ; il esloil sans miserieordo quant il M trouvoil avaniagié plus qu'eux; il estoil sans raison quant on lui taiav'il aucun tort, cl à ceste heure lui enflamba le visage de fin argu, sy que qui l'eûsl A bonnes cert<-s veii, il lui eitsl il'un homme onragié souvenu, i Mais le vieux Nai mes, le plus sage des conseillers de Charles, ne partage pas l'avis d'Ogïer, cl d&lare la résistance impossible. > El 1 ces paroles respondi Naimes qui plus ne voulu nul des autres escouter, el dît i l'Empereur : • Ne crayés ees gens-cy, aire. ■ r»il-i), car ils nous conseillent nostre perdieion. ■ MaislesjeuncsPairsne veulent pas se rendre aux sages conseils du dnc de Bnviire el se prAcipïtenl imprudemment contre les païens. Charles fait déposer les sainies reliquei à terre et se contente de se mettre à genoux: Dieu l'exauce, et tous les Sarrasins sont changes en staluos de pierre, au grand élonnemenl de Roland, d'Ogïer et d'Aimerf. dont le courage insensi! est moins récompensé que la conllanie piéU de l'Emppreur. I El dcvindrent tous les païens piores de rochier. ((-IMv* 4186 VJ. Notre prosateur, après s'être volontiers étendu sur ce récit, si' remet de plus belle à abréger son original. < (Jui vouidroit, dil-ïl, toutes leurs avanturfs racampter, ce serait chose tropennuieuse; pour ce, s'en taist l'isloriep delà plus granl jiarl, mesmemenl que ce lui semîile fantosmc ou dcre mon{«ngo trop entendible c fl* 186 v'). Là-dessus, ce sceptique passe Irès-rapidemenl sur la fameuse histoire des porcbers, des vachers et des bci^ers qui, comme nous le verrons tout à l'heure, s(-ra si lang<iement racontée par l'auleur du manuscrit 1470 : < Ils trouïi'reni porchiers, vachiers el bergiers gardans leur» besles, couchans el reirayans en paveillons si richement appointii'a et ouvrés que ce pouroîl sambler chose faéc ou menleresse. Et non pour tant parlera l'istoire du roy Uugon pour avoir souvenance de ce que la Reyne avoil dit à r.harlemaine i son deparlemeni. ■ Ce narrateur si déliant se plall à nousarr^ter pins longtemps devant le bon roi Hugon, devant ce roi agriculteur dont le labourage (ïit l'occupation et la joie. Mais aussi, quelle charrue que la ■ieniic '. K Dit l'istoire que les rouelles estnient de Un or, le loc do fin argent, les manchercaulx de lin ciprcs et tes rays de la plus fine soye du monde. • Le* compagnons de Charlemagne s'irritent contre les godts roturiers du roi Hugon; mnis l'auteur passe asies prestement sur celle indignation qui sera plus longuement expriuiée dans le manuscril l'ITO. il s'empresse de conduire ses liénisÂConatantinople el de nous Taire assisler aux commencements de t'nmonr d'Olivier pour la llllc du roi, pour la belle Jacqueline (r- INg v"!. L'ami de

.1 mWSALEM ET A UJ.ysrAXTL\UI'U:.. 'M

A'aimes, Oyier, Gcriii, Béraiiger, llernaul, Aïincr. l'artlievêque Ttirpin, Bernard de Brebant et Bertrand.

floLind en perd la t#lB tout d'abord. 11 ne mange plus : • cHi' il esluit replel d HDult de In beauté Jacqueline >. Le romancier, qui rient d'abr^gpr ai tlnlinicot son original, mill qu'il entre ici dans la partie la plus scabreuse [ poëme et qu'il va amuser ses lecteurs. 11 le acnt, et redevient long 1 plaisir. Charles et les doute Pairs vont, le soir, se coucber dans la vaste ■Un que le roi de Constantinopic leur a fait préparer; au milieu de ce tloi^ Ur iaiprovisé est un pilier creux dans lequel ce prince soupïonneux a fait m espion. Alors, quelques-uns des l'airs se mettent & • nindor ■ : le mot «[ de notre auteur. Mais la plupart ne peuvent dormir. Quant i Olivier, il était LTCUX I qu'il avcdloit et baisoit son oreiller i. Ici commence la scËne ^^ ,— » (P 190 ï"), et elle cit à pou prts la inîme que dans le manuscrit 1470, que nous aualjsons plus loin. Il va sans dire qu'i chaque vantardlso des i)lin(>U, le bon espion s'indigne IrÈs-fort dans le creux de son pilier. Hais, parmi Jms Iw gabs, le plus monstrueux est celui d'Olivier, qui, avec un langage moins ftuvert que dans le manuscrit UTII, se vante ici • de faire .xv. fois sans durmir bjeu dont amant et amie s'esbalcnt en prenant plaisance l'une avecq l'autre ■ (^ 191 r" V*). Ces gasconnades un peu lourdes donnent lieu au rajeunisseur de ir une Tuia de plus contre le vieux poème qu'il copie :£iiIenifrr7uec'Mfçri" —^dHlf autant 7ueil«/Iai«r, s'ikrie-t -il dans un ■ notable'. El remarquer fn'oii trouve de ces notailti, de distance on distance, dans toute cette longue R ilraoge compilation. * Et llaber, ajoute-l-il, est dire mençunges et r^iter iMi non advenues • : ce qui n'est bon qu'à guérir les ■ merancolies ■ . Après le prol«slalion nouvelle, il se reprend à nous rîicanler la scène des gabs, qu'il il inlnrompue. L'espion tort de son pilier et court raconter au roi Hugoii tout ce tn'll a entendu (MU5r*) : colère du roi, qui se plaint amùremeut à Charlemagne tf Mt lerrasté soudain par un regard terrible, par un seul regard du grand Emper. Haïi il j a pris de Hugon un traître qui rexcite contre les français : c'est aberl de Bordeaun, • lequel avoit, par sa forraiture, esté banny de France >. Em hiUe terrible s'engago entre les Français et les Grecs: deux mille de ces der- ' n sont couchés i, terre; les autres sont dans l'épouvante ment, el un bourlitde Conslantinople. parlant au nom de tous les autres, demande i Hugon tenalion d'une lutte si fatale à ses coneitojent (P* I9&-I97 V). Le roi consent t bir« sa paix avec Charles, nmia â la condition que les barons français exé- M«roul leurs gabs. t Or, observe notre auteur, le «eul qui fût réeîlement exêcu- We A»\l celui d'Olivier. • Toute cette partie du manuscrit de rAreenal est Itraerdïnairement étendue, et l'on ; peut retrouver plus facilement qu'ailleurs jk trteei de la chanson du xtu* siËcIc. On sait, d'nilleurs, le reste de l'histoire, Il Jacqueline, la fillf du roy, fut delivrie à Olivirr de Vienne pour g lui une nujf. C'est le titre mâmc que notre narrateur doimc i l'un I tei chapitres. Olivier, en cITet, ne manifeste aucun repentir de son gali, se it i reiécuter, et ajoute: ■ Si me ose bien de ce vanter â l'aide |ui aux amans fait maintes choses entreprendre. • Le roi, plus cf nique file fois qu'Olivier, soumet alors sa Qlle à cette ignoble épreuve, et l'auteur ■ tv* siAele est le premier i s'étonner hautement de cet épisode de son récit : C*l1e nul fut cose moult merveiUcuse â faire et accorder; MAIS A Choire PI4:s. Ile iMmongne l'Istolrc. laquelle je no puis mie dssdire. > 11 est vrai que le ciel Ue(!) el qu'une voix d'en haut annonceàChnrlemagne endormi que tous «des Français recevront aisément leur exécution... même celui d'Olivier * iiMOD r*}. Mais Olivier n'en est pas moins asscs embarrassé pour réaliser (ien, bien que Jaciiiiclinc s'y prête avec uni> oUéissaiice par trop (lll^ile. S'il exécute pas tout son gali, c'est la mort, et le roi Itugon ne lui fera point grAce.

Il r4Kr. Lirk. i.

Tels .^ofit, en elf'et. les douze Paii^ dans cette chanson du \ir siêi:le : ^ Vous allez, leur dit Charles, parth* sans

Oli%i«rr «aith^te •■! «'«-ffirjyf: idciik il ta joaqa'à citer, dans sa douleur, les papil^s d'un Mjjr^. qui dit noléblemeni m deux t«ts : « On «loiM bien kûifr le v>vla* — ImjhI oh dit a Ufn: HéU* ! P d>l r*. • Par bonheur, Jacqueline lai \*r*Miu:i lie nantir et de têin'>igner derant son père qu'il a, loyalement et jusqu'au iKiut. accompli toute sa rantardife et teno tontes ses promesses. OlÎTier, en re\ancb<', lui prumet de Vé^iuvr T dli r;. Après qu'Aimeri a été rais en demeur»; d'exécuU^r son gab. et qu*il a brisé d'un seul coup quinze toises de muraille, cocnme il i'était engagé à le faire, le romancier nous raconte la réconciliation de« d**ux rois et décrit les fêtes de sept jours qui suivirent eet heureux événeineiiLCharlemagne et ses Pairs n'ont plus désormais qu'à quitter Cofistantinople. lis partent en effet, et Jacqueline, qui est enceinte de Galieo, accompagne de ses regrets le trop placide Olivier, qui lui fait de nouvelles prumesses de mariage t p 204 \^ . A peine de retour en France, Charles • assanble ses grans compaignies f»our aler en Espace, où il fut par longtems ■ (^ âOI t*). Il s'agit d'aller venger sur les païens la mort de Basile et de Basin; mais les barons français se disent que cette guerre sera terrible et hésitent à partir. Charles s'indigne «.*t les jette énergiquement sur le chemin de l'Espagne. L'auteur termine cette partie de son récit qui correspond au Vo^ge en renvovant ses lecteurs au livTf qui r a été composé sur les conquestes des Espaigncs • {^ !305 v*). ^ Le miiiiuscrit fraii<;ais l-iîu de la Bibliothèque nationale tGalien restorè, \\* itiècle^ est l'œuvre d'un remanieur en prose qui avait sous les yeux une chanson du xiu* siècle, laquelle renfermait sans doute ces deux éléments juxtaposés et fondus : 1* le Voyage ^rajeunissement, en vers rimes, de la chanson primitive), et ^ le Galien ^rédaction en vers, de la fin du xiu* siècle). = L'auteur du manuscrit 1470 est un homme exact, régulier, égal, qui suit de fort près son original et ne ressemble aucunement à ce capricieux auteur de la compilation du manuscrit de l'Arsenal, lequel abrège ou délaye à l'excès et qui compile, d'ailleurs, plusieurs autres romans. Dans la seconde partie du manuscrit 1470, dans le Galien (bien plus que dans la première partie ou dans le Voyage), il est aisé de retrouver un assez grand nombre de vers ou de fragments de vers. Or, vers Iciiièiiic t/*mj)s, un autre reinanieur se livrait au même travail d'après le nièiuc original, d'après ce môme Galien en vers de la fin du xiir siècle. C'est l'œuvre de cet autre rajeunisseur qui nous a été conservée dans les plus anciens Galien incunables. O Second prosateur nous a aussi conservé dans sa prose un certain nombre de rimes, de fragments de vers ou de vers entiers; mais ce ne sont pas, on général, les nn^nies que ceux du manuscrit 1170. Si bien qu'en utilisant ces deux versions, le Galien incunable d'une part et le manuscrit 1470 de l'autre» nous soniiiies arrive à reconstituer plusieurs centaines de vers, et que l'on pourrait arriver à restituer, presque à couj) sur, tout le Galien en vers du xiii* siècle. = Quoi qu'il en soit, l'auteur commence par relier son récit à Girars de Viane et, par conséquent, au cycle de Garin de Montglane : « En ce tems que Cliarlemaignc rcgnuit et après ce qu'il eut veiics maintes batailles mises à fin, et aussi que Kolant et Olivier eurent bataille ensemble en la cité de Vienne, pour laquelle bataille le roy Charleniaigne voua à Dieu que, s'il luy plai soit garder de mort son nepveu Rolant en celle bataille, qu'il yroil le Saint-Sepulchre adorer, Charlemaigne entreprinst son voiaige et fisl appareiller son bcrnaige. n (F* 1 r*.) L'histoire de la Reine est singulièrement modifiée : cUc n'a plus ici rien de primitif ni d'étrange. La femme de Charles, entendant son mari s'écrier : « Je » suis le plus riche roy de toute crcstienté », se contente de dire : « Sire, sans » faulte,j'en seay ungplus riche que vous de la moitié. — Et quel est-il? dist le » Roy. M - Et lu Royuc respont : « Osl le roi Hugues de Constantinoble. n

,1 JURlS.UeH ET A €OSS'ÏA.\ri-\l}fLE. aiiu

retard ù Jérusalem, et adorer le saint Sépulere. J'irai avec vous : car je veux voir un roi dont j'ai ouï parler, a

iurs Cli;u'leiiiaignr jura que aincoy» qu'il rtlournc ila son voiaige, qu'il yra »ooiileroj Hugues, ■(P'i V.) Charles part, n'einmenanl ovim; lui que les douze Pairs. Leur voyage psI raconté en deux lignes. Les voïlA ù Jérusaleni : les porles rtu Sauil-Sépuliu'e «uni closes; mais Charles m met en prière, et cllei s'uuvrenl miraculeusemeul. Paiu cette |irièrc sont déjà ces mots ligniBcatifs, que nous relrouTeraus duns les incunables : • J'ay laissé, dit Cliarles, mon pays de t fiance, d'AJemaîgnc, de Champaignc, de Flandres et de Brie ■ (I* 'i r* cl -i'). L'Empereur et les daiue Pain ï'iissuianl • dans les treize chaixcs du Clirist et des ApAtrea t : celle du Christ ' se abt'ssa oncontre Charleuiaîgnt', cl il s'assit dedcni a. Jtventuri! du Juif qui aperçoit l'Empereur et qui voit • en sa liouchr.' ntluirc une lumien! en la Tonne des rayes du soleil moult cleni t. Vite il court priveoir \f Patriarche. Celui-ci ■ va devant l'eagliic i. grant procession de pres- Ines i, et c'est alors que Charles se Tait connaître : > Je suis Roy de France et suis

• uonuni Charlemaigne. Et vei cy moa liepveu Roland, et aussi Olivier le vailliant, •(f<>3r*.)LePatri»rches'caiprc9Scde donner au rui de France les reliques qu'il lui demande, et tfi reliques sont le • brni de sainct Simon [aie) et le cliierdo saint Ladre, du laict Moslre-Damc et la sainte escuelle oii Dieu uicngea ton poisson ■. Point n'est question de la eaioLe couronne, ni du saint clou, qui saut spjciûës dans les dociunenls antérieurs ■ (C ^ v°j. Adii'ux du Patriarche et de Chorles ' • Gardcl-voul bien des païens • |r° i r*J, Miracles upércs |iQr les saintes reliques. Les franciiis passent miraculé uieme ni toutes les riviires à gué. Comme ils traversent un bois ■ qui duroil bien deux journées ■, h païen Brcmunt les attaque avec six lUtUe Turcs a. Oi^ueil de Roland et d'Olitiar devant ce danger ; sagesse de Haïmes : ■ Faites mettre les saintes reliques

• > terre et priez. • Et Roland de s'écrier : i Or, priet tant iiue vous vouidrea ; •car je ne demande MuUement que mon cspée. i Urïce à U prière de l'Empcn-ur, mieux avisé et plus conQant en Dieu, les païens sont chant;és en rochers •r 5 r* cl y). C'est au sortir de ce bois que les douxe Pairs aperçoivent soudain BU paTiUon, un • trertre» bel >. Et • estait catref au roy Hugues de Constant iuoble, lequel ne luist jamais son entente à esperviers, i autours ne ù chasser en bois; nuis alloit chascun jour labourer à la charrue et motlfill toute son entente i nourrir porcs et vacbeseï moutons. • Les porclicrs du roy Hugues sont les iwrsonnages les plus iibportanis de sa cour, et ils babilont aux champs 1 en des tre/i aussi riches comme si ce fust pour ujig roy ou pour ung prince > (f° 6 r*J. £tonncmenl de Roland et des Pairs quand ils apprennent qulls ont devant eux les porchers du roi Uugue». • Sire •, dit orgueilleusement Rolind à 100 oncle qui accepte volontiers l'hospitalité dans le tre(, • sire, s'il

• wtoit MU en France qu'en Tostel d'un [lorchier vous eUssiei logé, itousjours > mais vous serait reprouché. — Rolant, dist Cliarlomaigne, or ne m'en parlei ■ plus; car de tels porchiers n'a gucres en Franoc. ■ (F°'6 v*, 7 r".) Plaisanterie de Roland contre Ogier, que le porcher charge da faire le service de la table : I Dieu, dit-il, a taict nu jour il'uy ung moult bel miracle, quant il a Riit Ogier

• m^tre d'oslel d'un porchlor. i |F° T r*.; Le roi et les Pairs se remettent e>i route et, i trois heures de l'après-midi, trouvent • un tror moult riche; et avoit pu dessus leiref un pomuiul moult Hamboiant ». L'Empereurcoinmcnceâsc dire que sa femmi: pourrait bien avoir raison et qu'il y a vraiment de grainles riclMMea eu ce pays. Or, ce Iref n'est pas encore celui du roi, mais d'un vacher. Hwiiatk réception, nouveau repas, nouvelles plaisanteries de Rolunil, qui ruît ■us eesM h) bel esprit (r* 7 V, S r"). Le lendemain, rencontre d'un troisième partUon, qiti o*t celui d'un berger de brebis. C'est la même aventure, trois (ois retMHivolAc. ■ Où est l« rui Hugues'/ • demande enlln Chorieniaigne- — • Vous lu

3U1 ANALYSE UU VVYAOE DE UIAULEMAGSE

Vile on pari; la pauvre Reine demeure en France ' fl cloloruae et plurant ».

i> Irouverci par deçà Conslantinaable, eii une grant vallée, là u£i il manie sa

■ charruodorée. qui csl toute fa icte d'argent olde fln or. ■ L'Empereur s'indigne contre civile occupation û |ieu digne d'un roi, et on lui répond qu'il faut s'en prcndrei une Kc qui l'a doué ainsi ûks son enfanca. Colèro de Cbarics : ■ Qu'en

• uns I^" pui*^ ^■'re BTcc la. putain deslionncsle qui ainsi le de«lina. • £(, 'juand il aperçoit la charrue du roi Hugues : • Fojr que je duy à Dieu, dit-il, ic ' je tcnoïe ceste charrue, je In feroie rompre et mettre en monnoie pour païer

• souldaiersencontrelromeEcreans. • (f- S-IOr".) Quant à Roland, il ajoute qu'il la • Teroil sur le Pont en monnoie changer >. ' LePunt i, c'est le pont au CUnnge, uù Louis VU avait établi le change dits lUt (JaiUot, I, quartier de la Cité, tlîl). C'est alors que Jacqueline, la fille du roi, fait son apparition dans la légende ut qu'elle frHppe les regards d'Olivier : t Si avoict Olivier en elle incessamment

> l'iEil el ne povoït estre saoullé de la regarder, i Annonce de la naissance de Gulien el ilo tous tes événements qui vont suivre jusqu'à labalaillc de Ronccvaux (I" 10 ï", li r"). Olivier, très-amoureux de Jacqueline, en perd le manger et le boire. Roland le plaisante là-dessus, et c'est cette même plaisanterie qui se retrouve dans le manuscrit de l'Arsenal: lOgier.dist Roland, escautezdupellcrin. b Quel preudoms il est, qui vient le Saint-Sépulebre adorer! • (PI! r.) La scène des gabs va commencer. Dans ta chainbrc où sont les Pairs et Charlemngne, il y a un pilier creux, el dans ce pilier un eipû:, qui racontera bienlAl au roi Hugues toutes les vanlardÎMS des Krancaii ((*■ 13 v*, 13 r°). ■ Il n'j a pas, dit CbuHes. <■ un seul homme dans la cour du Hoj, fikt-il vtlu de deux hau-

> berts el armé de deux heaumes, que je ne (ut trattchtuie la lettt juiquai

• aux pie* et teUementqaemQabranttnlrera dedaratrrrt d«inipiê. •(P13v*.)

— Gab de Roland : • Je sonnerai mon cor, et le son en fera trébucher la cité.

■ El, si le roi Hugues n'est pas content, je lui brûlerai la barbe et le grenon » Ileuri. • A chacun de ces gabs, X'espU, caché dans le pilier creux, éprouve une frayeur plaisanta (f»14r*). — Lcjuii d'Olivier est obscène. 11 se vante, si on lui liTrs Jacqueline, la Illle de Hugues, > de lui faire .xv. Tois sans repouser la >• besolgne qu'on no doit mie dire t (1 J 1°). — • Vous vojreE ce gros pilier de ■> marbre I, dit Ugier. • Je l'embrasserai si forldcmain malin, qu'il sera brisé en

• morceaux et que toute cette maison tombera. • (K' 14v°.)— • Moii.ditBer-

> traiid, j'abattrai le palais et trouverai le moyen d'en sortir sans danger. ■ I (PIS 1'.) — Cette énorme pierre que vous apercevez dans la cour i>,dit Aiiueri, ir je la soulèverai sans peine, et d'un'ïeul coup renverserai trente toises des murs u de ce palais. • (F° 15 r*.) — Cnnelon est plus odieux encore que tous les autres :

• Pendant que le roi Hugues sera à son dîner, je lui doneray tel horion du poing

> Burlecoulquejeluyromprajlegavion. "(PlSï*.) — t Que le ruj Hugues i, dit Naisiues, ■ me baille deux heauberls forts el menus et esmaillés, et, nonobstant

• que je soie ung vieillard tout chenu, je ferai un bond de vingt loises |iar des- 0 BUS ces murs, cl puis me secourra]' par si grant force que les deux hauberts

■ desrompray. u {F" 15 v*. 16r°.)— ÂTurpio : • Je ferai ■, dit-il, 'sortir la mer

• de son lit et la ferai venir par cette ville à si grant roideur qu'il n'y aura

• bourgeoys vieil ne jeune que je ne face Oolter en eau. • (P* 16 i' et v*.J

— 1 Qu'on me donne trais destriers >, dit Bernard de Hontdidier, i ctqu'on me

• couvre de trois hauberts : je sauterai au dessus des trois chevaux; puis, je

• retomberai sur eux et les mettrai en mille pièces, • (F* 16 v*.) — Le gab de Richard est encore plus Tort : < Je porterai six hommes sur mes épaules

• et sauterai avec eux dans un cuvier plein de plomb tondu. Le plomb ne me

— touchera pas, uuis les six hommes seront bi'ùlés. • La terreur du Vexait est à son comble, mais il ne lui reste plus qu'à entendre le gab de Bcreiigier ((• 17

.1 JBItUSALEM ET A COSSTANTINUPLt:. 3u5

5, du reste, ne s'aventure pas seul en ce loin- ' I tatii pèlerinage : il est accompagné de (juatre-vingl mille

t* cl V*) ^ ■ Que le roi Hugues fasse licher en terre lix de ses meilleurci épéea,

■ |KKnme:iux en bas, poinlei en l'air. Du haut du piilnii, je sauterai si li^^èrc-

B iiMnl sur les èpéei :|ue je \ai briserai aani me blesser.^ Beraiigier, diil RdUnd,

I « fo; que je doy à Dieu, je ne vous baiUerajr pas Durondal, mon espéc, pour ainii

• (P** 17 V, 18 r'.lLetgabs lonl finis, et l'espion va tout raconter

■- à Hupies (f^ IS r'). Colère de Hugues, qui va (muver Charkmagnc et le uienacu

¥ de lui rair« couper la Ute, i lui et à ses Pairs, s'ils n'aicomplissent pas tuui leurs

fùa. i ces mots, Charles le regarde, mais • par tel regart qu'à peu que le ru]i

Rngutt n'«n cheût, de paour qu'il en euit, i terre ■ (f 1S v°|. Or, Hugues avait

à un service un • moull riche baron ■, qui avait été jadis au service de l'Ent-

pertiir de France; on l'appelait \sembart de Bordeaux, et il avait été banni

i' ('ronce ■ pour une mcsprison qu'il bvoîI nùctc •- • Votis n'ivei, dit-il Ji

■ Hugaet, qu'a Taire armer tous les bourgeois de Yolrc cité, i assaillir les fnn-

'WKlileur faire couper la tête. • Le roi de Conslantînople s'y décide; mais,

W bonheur pour les Pairs, il y avait là • ung jeune vallelon, lequel nourissoil

»ii [iuc«n el estait de France, cl avoil aussi esté bannit de Laon, pour avoir

"Kl! ung mejne qui le vouloit frapper >. Il entend l'entretien de Hugues et

nwRibirt.el court avilir CharleinBgne(r' 1B v,<Q v°].Les Pran^ais s'appri-

^^ tia résiitance (90 r° et v*J. Bataille entre Ice Pairs et les gens de Canstan-

'"■i^le. Les Pairs font un vrai carnage de bourgeois, et l'un de ce) derniers

•upplic le roi Hugues d'arrt>ter un combat si douloureux et où les Français

<aiAt\ nunib4lcment secourus par le ciel. Hugues . faict sonner la ratraicle ■,

it il a atec Charlemagnc, au sujet des gabs, une explication des plus claires :

' '"ui n'avons voulu que plaisanter, dit le roi de France; mais enlin, puisque

' '"Ks r«xige(, nos gabs seront accomplis.! Tout natureltemeal, Olivier t'afSn,

^ [•renier, 4 accomplir son gab avec Jawiuelinc iP° SO ï°, 23 v"). Cn nngo appa-

"*' 1 Cliirles qui estallë prier au moulier, et lui dit ■ qu'il fust tout asseilré que

'" gtlii seroient parfaii et qu'il les lelsl cominancer quant il vouldroicti

' ^ulement, que l'Empereur ne recommence pus. > El par Im gax qui /iirnil

!'^(*i mgendré Catien le Restori en la telle Jaijiieline. Et, tt ne futt le ilkt

'•"lien, tre»tienté eiisl eii beaucoup à {ère, lori que tes Pen furent occu par

'''nieiuàRonefVttHx.pariatrakitoniiuefiitGanmi (fîifeiy). Récit trËs-

""^M de la nuit piuutée par Olivier auprès de Jacqueline. Celle-ci mijnt elll'an-

l^ii^nt pour sauver Olivier. Hugues, cependant, ne se monirc pas encore satisfait

'^ wi Âimeri en demeure d'accumplir eun gab ; puis, Turpin . Celui-ci va sur

le bord de la mer, fait le ligne de la croix, et Tcau entre dans la ville ite

INI cStés. Cette fois, Hugues est satisfait et rend hommage i Charlcmagiie ;

• Lors Sit Charlemagnc sa couronne mettre sur aa testa et se Dst servir comme

wnpereuri (r°*!3v,'ifli*). Départ do Charlei; douleur Ue Jacqueline, qu'Olivier

tbùdaanc sans hiîsitur : • Je reviendrai plus tard, et vous épouserai ', lui

I dil-il.Et il part. Lomé partit Charlemaigne avccquateiXIl Peri et demoura

%t» ^omoiMeUe groume ifuti mouU beau /i(* (f" tl f). A peine Charlemagne

(nal-il de retour en France, qu'il rassemble eei barons et part pour sa grande

MpMition d'Espagne {fïl r', 38 r*).

SI* La plus ancienne Adition du Galien retlioré incunable est, 1 noire con-

t, celle de Vérard, en 1500 (in-fol. goth.); mais il est certain que cette

letion e>t fort antérieure, et nous cn placerions volontiers la composition

;ond tiers du xv siècle. Les premiers imprimeurs de nos Houians se

MtKénfralement contentés d'imprimer les rédactions niaauscrilosen prose <|ui

ouileuft jeux cl jouissaient alors de la vogue. 11 ou u il6 ainsi de

sous L'etle nouvelle funne, a conquis une pupuhiritù nouvelle Les

ANALYSE DU VOYAGE DE CIlAHLEMAi

pèlerins... armés. Le poète tie décrit pas longuement le ' voyage, et, nous épai^narit un itinéiaire de Saiiit-Dcnis

édilioni en sont Tcrl iiouibrciiKt. Après celle d'Antoine Vârard, il taal lignalcr |^ celles ûe V Jehan Treppcrel, à Paru, en t. ^11 0"-^' Eoll^jî de Uaude Nonrrjr, i Ljon, en 1535 {in-i' golh. avec des variantes importantes) ; de Pierre S«rgent, ■i Paris, «ansiliite(in-4*Ëolli.);deNictiliisBonrotis, i Paris, en IS38(in-4' golh.); lie Johdn Itonfons, i Paris, en 1550 (in~l°guth.|; d'Alain Lolri un et D. Janol, ii " l'uris, «ans dalc; de Ben. Itigaiid, à L50IJ, en 15T5; d'Oliviir Amoulleti A Lyon, ïana date (in-4° golh.; conforme ù celle de Claude Nourrji citée plus Iiaul) ; des héritiers do Fr. Didier, à Lyon, en 1588; de Hieolas Oudot, i Tmycs, en tfîOfl, IBîS, 1670; de Jean Oudot, en 1619, sans parler des éditions plus récentes de Carnier. à Trojei |1793-t8ai) et do Deekherr. A Monlbéliard, etc. C'est encore aujourd'hui celui de nos anciens romans qui a gardé peut-être le plus de lecteurs iiopulaires. = L'auteur de coite version s'est Irès-évidcninient servi || d'un poënie antérieur qu'il avait sous Ici yeux cl iraduisail fort eiacleiuent en prose. Beaucoup de vers et surtout de rimes sont restés dans son travail. Or, vers le m^me temps, un ite ses confrères faisait le mâmc travail sur k u)èmo poëme, et de Id celte version du mnnuscrît UTO de U BibliothiMiue na- '' tionale, que nous venons d'omalysor et doni on peut dire qu'elle est paridièle i ta nAtre, mais qu'elle en est tout à fait indépendante. Nous avons dit plus liaul qu'avec ces deux venions combinées, il ne sera pas impossible de reconriituer un jour tout l'ancien poëme de Gatitn, et l'on verra plus loin que nous avons tenté l'entreprise. = Au point de vue de la légende, l'Hiitoire du tuiUoiil et preux çbevolifr GatUn retkoré ne nous offre, dans l'incunable, que peu de diHïrencos notables avec le ms. 1170, Dans le miracle que Dieu fait pour Cbarlemagne, nlors que les portes de l'éftlise du Saint-S^ulcre s'ouvrent d'eUes-mÛmes devant lui, le romancier met sur les lèvres du roi de France les mémea paroles: • J'ai laissé jilc royaume de France, FlandrcselAlemaigne,0riB el CinmfWftte. • Cca d^~ lÙLTs niolF sont caracléristiq-ues. Se trouvant dans les deux versions, il est Évident qu'ils ont été puisés à la mâme source, et c'est une observation que l'on peut appliquer niaémentàcent autres passages de ces deux versions, qui, l'une et l'autre, serrent leur original d'asse» près en l' interprétant chacune i la façon. I.c roi Hugon, dans les deux leiles, apparaît exactement sous les mêmes traits. 1 11 ne désiroil autre chose en ce monde fors que d'avoir beau labeur pour nourrir son bestial : car tant en avoit qu'il foumissoit toute Turquie et Sarra~ xinesme de bleu, de ctiair et de vins, et jamais il n'esloit aise, sinon quant il vcoit les vaches ou pourceaux, moulons, bœufi, etc. 11 faisoit plus de cas d'un porclier que du plus gr.ind seigneur ilu monde. En cestc manière il cstuit prédestiné on s» n enfance d'une fi'-e, ele. > (Chap, vde l'édition de Nicolas Bonfons i-l de toutes les éditions.) Ce lajjuuragc perpétuel agace le roi de France, qui '' s'écrie ; ■ Par Dieu qui Ht le Drmamenl, si je tenoje en France ceste charrue, . 0 de pic et de martel la feruie despeccr pour en faire de la monnoic puur II ■ anuldoyer gens d'armes que je meneroie en Espaigne pour mener; guerre ' u contre les mauldicti jiaycns. ■ (Chap. vi.j Les plaisanteries de Roland sur les <i aniours d'Olivier cl de Jacqueline sont également les mêmes : > Quel pèlerin, „ " quHlc dùvncion d'un prud homme qui vient du Saint-Sépulcre, qui est ja devenu :< nmuurcux. ■ (l'.liap. vu.) La seine des gabs se passe rigoureusement de la tni^me fafoii. En parlant de Te^ion caché dans le pilier creux, l'auteur dit qu'il ■ ne mist pas les gabs en l'aureille de veau, comme on dit par manière D de parler, mais les mist tous par escHpt > (chap. vii). Et le roi Hugon dit à flhvics et aux pairs: • Enire vous, François, vous scavex agseï vanter : ce ' > n'est que vostre couitume, > Tout le reste est semblable pour le fond, cl les . ditrérences de forme ne préscnlcot rien de remarquable. '

A JERVSALKM ET A CO.tSTAMIJVOPLE. 307

I Jérusalem, conduit Irès-rapidemeiU ses héros dans la Ville sainte. Ils y font une halle de quatre mois.

> Les Gu^in de Monlglt Inngfi qui procède du

ilcment, dt^rive de U m&axe e (nous prenons pour Ijpe

incunnbles Tonnent une eompilnUoD assez as de l'ArsensI, ou qui, pour parler plus iirce que ce manuscrit. Les Guerât de Montd'Abin Lotriiin,s. d.t rcnrcrmcnt, tout

rÂriciia], une version en proie de Girars de Viane

(d*bul), d'Ilfmaul de Btautandr, de flenier de Gennes, de tiirari de Vione

(Mite el Un), du Voyait cl du Gatien, le tout se lorminanl, fort moralement

llleors, par le châtiment et la mort de Gauelon, d'aprbs la Chronique de

■pin. Le Voyage ne âpire guère ici que pour la montre, et il est ràiuinf

dix lignes.... Après la paix du roi avec Girard de Viaac, Charles rcfoil la

ite de Raiin et de Basile, deux compagnons > qui exaulccrenl moult la foi

l'A* J^us-Christ I. Ils tiennent, devant l'Empereur, crier vengeance contre les

^ens qui ont tué ton* leun chevaliers; mais il leur répond qu'il veut tout

d'ibord aller faire le pèlerinage de Jérusalem. • S'en alla l'Empereur et monta d

Brandis, et ses doute Pairs furent avec lui. El quant ils eurent Ihit leur voyage,

ils l'en parLirent pour tenir par deçà, et vont par Constantinople. Là. il y nvoil

empereur moult hard; qui avoït nom Hugon, qui avoit deux flli, dont l'un

i nom Thibert cl l'autre Henri, et une belle fille qu'on noramoil Jique>

Seigneurs, or escoutei. Vous a\et aïsexouy lesgiibs qui Turent jurez par

Hoi, par les doute Pairs, par Roland et par Olivier, et comment Dieu les gn-

conlre le roi Hugon, el comment Olivier engendra ung Qls en

«tlleJnqneline, qui eut nom Gollen, lequel tUl moult preux el souflVil tnoutt de

(F* 74.) C'est tout, et c'esl bien jieu de chose L'auteur s'élendra

lien plus longupmenl *ur GaJien; mail la citation précédente «uDil pour

nonlrar que celte œuvre médiocre est de la même famille que te manuscrit de

rAnenil. Le Voyage y esl trâs-tiolemmcnl abrégé ; mais le rSle joué par Baiin

«I par Basile au début de ce récit noui paraît signiftcntif : on trouve aussi cet

épisode dans le manuscrit de l'Arsenal, et la parenld des deux versions n'en

est que plus évidente, s^ Les Guerin de Motitglave incunables onl été presque

populaires que les Galîen relhoTé. Une des plus anciennes éditions ost

de Michel Lcnoir, en tSIS, où la trés-plaitanle hUtoire de Cneiiu de

ilglm^ est réunie à celle de Mawgii (le privil^e de Francis 1' est de (617).

les éditions de Nicolas Chresljen, in-4> gothique, s. d.; Jean Bonfous,

-4* gothique, s. d.; McoInsBonfoiis; Alnin Lolrjan, in-4' goUiiquc, s. d.;elc.

i* siècle, Guerin de Uonlglave faisait partie du la

iblioUitque bleue. Uueéditlun populaire un paraissjiil encore chai Louis Cuslé,

Rooen, en I6S6, etc.

13* La Flmir dû bUtoint de Jehan Hanscl reproduit en général la légende

"~~ mais non uns quelques traits, câ et li, qui lui appartiennent en propre:

, d'enfant. Dis et filles eust (Charles) de dlti-rses femmes espousérâ et

Onqnesde ses filles ne voult mie les mariera nul, tant feiislgranl prince,

'plé une qu'il donna i l'empereur Constantin. ■ (Bibl. naL, fr. Î99. f* 348 v*,)

fkiilatre de l'oiseau qui sert de guide à Charles est racontée ainsi qu'il suit :

Tanlost ung oisel tint i eux, qui se prinl à dire ■ * Franc roy, suyés moi. •

dieat aucuns des pèlerins que en ce lieu, en alanl en JiJrusalem, les

mil parlent a itLsy comme par ncouslumance. > {lbid.,Pïil\:} En somme,

originsJilé vérilal>I«,

■ Les Neuf pre»*. • Nous possédons des images xylographique s du

iicle qui représenleol nouT penonnages, neuf guerriers illustres, dont les

premiers appartiennent iiranliqullé>acrée(Jusué, Dotid, Judas Macchabée),

''.intiqiiilé profane jHectur. Alcxanilrc, Jules César), les trois

308 ANAUSK Dl! VOYAGE DE CUAHLEMAGNE

Une scène imposante se passe dès le premier jour. On voyait à Jérusalem la table, l'autel où « Dieu chanta la première messe avec les Apôtres ». Les douze chaièrcs y étaient encore, et la treizième, au milieu, bien scellée et bien close, était celle où Jésus-Christ s'était assis durant laCène. Charles entre dans le moutier où ces très-précieuses reliques étaient conservées. Il voit le siège sacré, il s'y assied, et les douze Pairs prennent place sur les douze sièges apostoliques. C'était la première l'ois qu'on osait s'en servir depuis Jésus, et jamais plus on ne s'y est assis depuis ce jour' :

Uit Juif entra dans ce moment, et bien regarda l'Empereur. — A peine eut-il vu Charles qu'il commenta k trembler. — L'Empereur avail le visage si lier, que le Juif n'osa le regarder. — Peu s'en faut qu'il ne tombe : il s'en retourne, il fuit. — Il monte vïle les degrés de marbre,— Vienl au Patriarche et lui dil : — « Allez, " sire, allez au moutier préparer les fonts. — Je veux me faire n baptiser sur-le-champ. — J'ai vu entrer douze comtes en celte > église, — Et avec eux le treizième. Je n'ai rien vu de sî beau. " — Par ma foi ! c'est Dieu lui-même ; — C'est Dieu, ce sont ses

ilcrnïeri aux siiclei uhrélien) (Artui, Charlcniagne, (ladefroi de Bouillon). Cette étrange imagination cul un étonnant «uccï», et, nprès que lei xjlograplics ù Lun marché lei curent largement populariséa, plusieurs des neuf preux passèrent dans lo jeu de cartes, où ils sont encore et resteront toujours. I^'est sans douto au Kv* aiiolo aussi qu'un auteur inconnu coniacra aux • neur praux ■ uu petit Dpusculs sans valeur qui eut d'aM«x bonne heure les lionucurs Ae. l'impression (7'rïoinpJie da neuf preux, Abbeville, Pierre Gërard, 1187, ïn-fol.; Paris, NiclieJ Lenoir, 1507, in-ful., etc.)- Il ne Taut pas confondre celte œuvre avec Le* trou graiu, c'eil à scouoir Alexandre, Pompée et Charlemagne, nvec cet opuscule qui Tut également imprimé au xvi* siècle, sans lieu ni date. Hais Il contient de la comparer avec les Neuf preux, qui nous uni élé conserrës dans le manuscrit Ir, Î!5W de la Bibliothèque nationale. Ce manuscrit est du xvir siècle; mais il est manifeste que c'est la copie d'un original du xvi* ou même du iv. Dans le chapitre qui est consacré à Charlemagne, le voyage à J&'usaiem est raconte d'après Vller Jerowlimitanum. Il n'est pas inutile d'ob* serverque, parmi les saintes reliques, l'auteur parle t d'un des souliers de Nolre- Unrae •. Ce trait pourrait peut-^lre servir i faire connaître l'origine de cette compilation ; Il su trouve dans la Chronique de Philippe Mouskes.

i5' Nous ne pouvons que renvoyer nos lecteurs tt la Bibliotlieque de» Itomatu (octobre 1777, I, p. 131 et euiv.) s'ils veulent savoir • comment finit une légende >, et comment, en particulier, a Uni la nuire.

' Voijaije de Charlemagne à Jénualcm, vers l-iiî.

h JEnVSALEM ET A COXSTANTIXOPLE. SOU

« doiizfi apAtres qui vous vieunent faire visile. u — L';ircliev*?(iiie l'eateoi et s'apprête '

Curies, cet épisode ne ressemble en rien à tant d'autres dont la vulgarité rend si difficile la lecture de nos Chansons de geste ; cette partie de notre récit est véritablement d'une grandeur pi'imitive. Le Patriarche, averti, se préiïipite dans le moutier. L'Empereur se lève pour lui faire honneur, le baise et s'incline profondément devant lui. « Qui êtes-vous? » dit le Patriarche. € J'ai nom Charles et je suis de France^ » Dès lors le séjour du Roi dans la Ville sainte n'est plus qu'une fâte. C'est en ce moment qu'il se fait donner la sainte couronne, UD des saints clous, le calice eucharistique, du lait de la sainte Viei^e. L'authenticité de ces très-précieuses reliques est attestée par un beau miracle : leur seul attouchement guérit un malheureux paralytique'. Jérusalem est dans la joie, l'Orient respire. Mais l'Empereur a luHe d'arriver h Constantlnople; il donne le signal du départ et, au milieu des baisere de la séparalion, promet au Patriarche d'aller bientôt avec ses Pairs délivrer l'Espagne des Sarrasins. C'est h celle promesse tro]) bien tenue, dit le poêle, qu'est due la mort de Roland à Roncevaux *.

Nouveau voyage de Charles à travers toute l'Asie; il arrive en vue de Constantinopic. s Aux environs ce ne sont que beaux vergers plantés de pins et de lauriei-s, la rose y est en (leur; vingt mille chevaliers sont assis, vêtus de manteaux blancs et de grandes peaux de martre pendant jusqu'il leurs pieds. » Ils jouent aux échecs et aux tables. Trois mille pucelles sont dans les bras de leurs amis. On respire la mauvaise voluplé de

' Voi/agt deCharlrmagnmà Jèruialem.ven 1S9-14I. — 'US-IM. Voyci dnni h l" Wilioii (p. iTi-ÏTS) tinn Inngiip cil.ilion ilu paMn)[p correspontlani dans aniiwril ilc rArwnsl. — ' Ir.y-IUH,— ' 5il-2-lî.

m ANiLÏSE DU VOYAGE llF. CilAlUFAIMiUE

rOrienl'. Charles ne s'en émeut jjiièi'e : <t Où est le roi?» dit-il. C'est ià sa pensée fixe.

Enfin on aperçoit ce fameux roi Ilugon. Il est trèsnoblement occupé à labourer ses champs; mais sa chaiTue ne ressemble guère k celle de Cincinnatus ; elle est d'or, et le laboureur lui-même est sur un char superbe. Singulière façon de comprendre et de pratiquer l'agriculture- 1 « Qui êtcs-vous? » demande Hugon aux pèlerins. — o Je suis de France; je me nomme Char- » lemagne, et ai pour neveu Roland*, n Le roi de Coustanlinople accueille ces hôtes inespérés et laisse là sa charrue : « Mais, dit Charles, ne cra^nez-vous point B qu'on ne vous la voleV — Sachez, répond Hugon, » qu'il n'y a pas de larron dans ma terre. Ma charrue » resterait là sept ans sans que personne y osât tou- B cher*. » Souvenir de Rollon.

Ici le poète, qui ii su contenir sa verve descriptive, lui donne enfin un libre cours. Il décrit le palais^, et peint vivement un foi'midable orage qui porte la terreur jusque dans l'àme de Roland*'. Il semble que Charles aurait dû moins trembler devant cette tempête et devant ces sortilèges de son hôte, lui qui avait en sa possession de si puissantes reliques, hii qui pendant tout son passage à travei's l'Asie avait vu au seul aspect de ces reliques tous les paralytiques marcher, tous les sourds entendre, tous les muets parler'. Notre trouvère, d'ailleurs, n'est pas à bout de descriptions. II raconte encore le repas véritablement homérique que le roi Hugon offre aux Français; il esquisse surtout avec beaucoup de grAce l'amour naissant d'Olivier pour la fille du roi, « qui a le visage clair et beau, et la chair aussi blanche que la fleur en été* ».

A JEHUSALEil ET A COSSTASTmnfl.E. 311

•Cependant le repas est terminé; la nuit esl venue, et 'iJ ixii Hiigon esl allé prendre son repos. L'Empereur et 'esdouze Pairs se couclienl aussi, et c'est ici que tout à coup, sans Icansitîon, sans nuance, le poëte va changer de lûn. Les barons français, ne sachant comment passer leurnuil, se mettent îi faire je ne sais quelles vantardises et à jouer enfin à une sorte de petit jeu qui devait souvent charmer les ennuis de nos pères durant leurs longites veillées d'hiver. Le seul récit de ces ^^abs va remplir le reste du poëme'.

LcflffA ou la plaisanlei'ie de Charleraagne n'est pas dugoiU le plus fin : «Donnez-moi l'épée du roi Hugon», tlil-il, « et qu'il fasse monter à cheval le plus fort de ses •^chevaliers. Je trancherai d'un seul coup le haubert et » le heaume, le feutre et la selle *. i>

C'est au lour de Roland : Roland est encore moins iittique. Il nous apparaît ici comme un hercule de foire, comme un matamore qui veut niaisement faire montre de sa force : a Je souiflerai sur la ville », dit-il, « et j'ex-

> citerai une tempête avec mon souffle. Si le roi Hn-

> pon se montre, c'est l'ail de ses moustaches, d —

* A vous, Olivier ' ! u — Olivier est tout brûlant d'amour : ■- Que le roi me donne sa fille; qu'il nous melte V Ions deux dans le même lit... et l'on veri-a*. »

Mais Turpin va parler, et propose son gab ; « Que le

* roi lAclie trois de ses meilleui-s destriers, je les pour-

* suivrai à pied et monterai sur l'un d'eux. Alors je jon- ■ glerai avec quatre pommes et, si j'en laisse tomber une » seule, je veux avoir les yeux crevés. » Turpin, comme

'on le voit, pouvait être un grand évoque et un fort batailleur; mais ce n'était certes pas un homme d'esprit^', a Moi», dit Guillaume d'Orange, «je soulèverai d'une

ANALYSE DU VOYAGE DE CIIAniEHAGUE

V seule main cette pelulc que cent hommes ne peuvent » mettre en mouvement; je la lam^ei-ai sur le palais et B j'abattrai quarniiie toises de mur '. ï — « Voyez-vou^; B celte colonne? » dit Ogier qui cherche à imiter Samson : « elle soutient tout le palais du roi; je la saisirai entre » mes bras et renverserai tout le palais îi mes pieds ^- » — « Que le roi me prête son haubert », ajoute le duc Naimes. a et j'en ferai, d'un seul effort, éclater toutes » les mailles, si serrées qu'elles puissent être '. n — a Faites enterrer, la pointe en l'air, les épées de tous les » chevaliers deHugoii », s'écrie Déranger; a je monterai » sur la plus haute tour, me laisserai d'en haut tomber B sur les épées, et les mettrai en pièces*. » — a Tenez ». dit Bernard, a vous rappelez-vous cette belle eau qui fait » tant de bruit en coulant? Je la ferai sortir de son Ht, » et elle inondera toute la ville. Gare aux celliers^. » — tt Prenez du plomb, faites-le fondre dans plusieurs » chaudières, emplissez-en une grande cuve où j'en- » trerai. Quand le métal sera refroidi, je sortirai sans B garder sur moi la plus légère trace do plomb". » Amïer parle ii son tour, mais j'avoue naïvement ne pas saisir le sel de sa plaisanterie : il se fait fort de mettre un certain chapeau, de se présenter ainsi aiïublé à la table de leur hôte, de manger le poisson et de boire le clairet de Hugon, puis de lui donner par derrière un tel coup, que le pauvre roi tombera le nez sur la table'. J'ignore si les auditoires du xii= siècle riaient beaucoup h ce

a Donnez-moi trois écus; je moulerai sur un pin, je B choquerai l'un contre l'autre, et je tuerai par ce bruit, » par ce seul bruit, tout le gibier de la forêt. » Tel est le pelit discours de Bertrand", qui mériterait une place dans

A JF.nVSALESI ET A CONSTANTIiWPLE. ai'J

les Aventures du baron de Mùnchhausen. — a Mettez » deux deniers sur celle lour de marbre », dit Gprin ; « je m'en irai à une lieue, je lancerai de Ik un forl » épieu : j'atteindrai l'un des deniers et le ferai tomber

> de la tour; l'autre ne bougera '. »

Tels sont les gabs de Charlemagne et des douze Paire, et il convient d'avouer qu'ils donnent une assez pauvre idée de l'esprit français au xii" siècle. Ils n'ont rien ni de bien ingénieux ni de bien fin : ce sont de grosses plaisanteries d'hercules de foire et de tréteau. Quels qu'ils soient, ils effrayent le bon roi Hugon de Constanlinople, qui avait eu la prudence foi't orientale de placer un espion dans la chambre des barons français. Ce malheureux espion joue même un rôle assez comique dans le poëme : il pousse de petits cris de terreur fort étranges, il a des épouvantements naïfs à chacune des forfanteries du roi de Finance et de ses compagnons, et il ne cesse de répéter ce mot de comédie, vraiment digne d'un vaudeville de notre temps : « Décidément, mon maître a eu

> tort de recevoir ces gens-lii, » Hugon s'indigne, en ( efTel, et parle de faire trancher la tôle aux premiers barons de l'Occident. Charlemagne se fait tout petit devant l'irascible empereur : a Je vous ferai remarquer,

» seigneur, que tous mes barons étaient pris de vin*.

• — Qu'importe? dit Hugon ; je les mets aujourd'hui en » demeure d'accomplir Ions leurs gabs, et, s'ils n'y réus-

• sissent pas, je leur fais séparer le chef du bù. » Grand embarras de nos matamores français, qui sont complélemenl dégrisés et se voient dans une situation fort critique. Le ciel vient à leur aide, on ne sait trop pourquoi. Un ange apparaît h Charles dans la lumière et lui annonce que Dieu va faire de beaux miracles en faveur

' Fii/age ilf Charlemaiitw n Jéruviltm. 6(U vi

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