ANALYSE DU G AU EN
" aMP-'iuL'* l'iûiirir et lui cric : « Jo suis Galieu, je suis le fils de
y> Jacqueline, je suis votre fils. » Le pauvre Olivier se
(le sa fftmnift (oliap. Lxxvn, Lxxvin). Avant de partir do Montsurain, il y laisse Maupriii rominc roi et seigneur. Mais, ainsi qiK* dit riiisloiro, « Padmiral de Oordes hiy osta depuis cl conquesta tout le pays, après que le roi Galien fut allé de ce >i('cle à l'autre ; puis, après, le conquesta le roy Gharlemaignc, qi^iiit il alla au vnya^e saint Jacques, là où il fut trente et trois ans avant q\ie expulser ne uicttre les païens hors du pays ne réduire à la sainete foy chrestienne. Or, retournerons au demourant de notre Rommant pour en avoir la fin. » Notre auteur s'empresse iei de raconter en quelques lignes le couronnement de Giiyuiande e( la mort de (ialien : v Si bien régit et gouverna son royaume et ses .sulijeclz (ju'en l.i lin acquist perpétuelle Imienge. Sainete foy catholique de tout son pouxuir il delTiMidil, el exaulsa 1(* droict des pauvres femmes veufves et or|»lielins. Si bien servoit Nostre Seigneur qu'en la fin il acciuist sa grâce : Iaqu>dle nous vueille donner le iVre et le Filz et le benoist Saint-Esprit. Si ne trouve point iey l'an de son diffîneinent. Par quoi je n*y en nielz riens pour cause. » ((Ihap. i.xxviii.) Le roman se, termine par le récit du procès et de la mort de (ianelon (cliap. lAXix-LXXX). =- D'après une autre version du (idiim hpie représentent l'éditioti lyonnaise «le lâiâô et celle de 1575, etc.), Calien meurt de douleur sur le tombeau fie son [)ère : • Galion se revêtit de pauvres habits et partit de Constantinople secrètement pour mener une vie pauvre et huunliaiite à l'imitation de Jesus-Christ. Il chemina tant qu'il arriva à Koncevaux, où Olivier son père cstoit enterré. Quand («alicn fut près de la sépulture de son pcre, il pleura amèrement et .se serra si fort au cœur qu'il tomba en faible-^se. Quand il fut un peu revenu, connaissant qu'il alloit mourir, il déclara à ceux qui estoient auprès de lui qu'il cstoit Galion, fils d'Olivier le Marquis et de Jaquelinc, fille du roi Hugon. Après qu'il se fut ainsi déclaré, il fit s;i prière à Dieu, à la fin de laquelle il rendit les derniers soupirs. Ainsi mourut ce généreux défenseur de la religion chrestienne. » (Cliap. Lxxxiii et dernier.) — Voy. l'analyse complète de la version de 1525 et 1575 dans la première édition de nos Kpo^tées framaises, t. 11, p. 281. C'est au Galien de 1575 que nous avons emprunté la citation précédente.
H. LcGurui de Mnulijlnvt* incunable dérive du manuscrit de l'Arsenal que nous avons analysé plus haut. Le narrateur s'éleud fort longuement sur Girai'x tif. Vùme., Jlcrnaut de liennlande «t l{t>nkr de Gnnies, el ces trois récits, dans l'édition d'Alain Lotrian, renq)lissent les soixante- treize premiers feuillets. Mais, en ce qui touche Galien, le romancier <*sl bien plus bref et évite les longueurs du manuscrit de l'Arsenal. I/éilucalion de Galien n'offre ici aucun élément intéressant; la lameu.se partie d'échecs, le mot « b;\tard » jeté à la této de Galien \n\v un de ses oncles, l'arrivée du (ils d'Olivier à Genncs, son départ pour le cafnp de Charlcmagne, tous ces événements sont racontés en deux |iag<ïs (f* 75 ro et v"*). L'auteur s'attarde plus volontiers dans le récit de Roncevaux : il sent trop bien qu'il |)ossède l'attention de ses b;cteurs, et en abuse (f'* 77- 83). .Nous assistons aux dernièr(^s heures d'Olivier et de Rolanil, au message de («odidteuf, au combat de Galien avec Pinart. Le jeune vainqueur .se trouve enlin devant son père Olivi r, «|ui se meurt, n Ha! sire chevalier, vous mouj» rez. » Et Olivier lui respf»ndit que le cufur lui failloit. « Or me dictes, dist a Olivier, qui vous fiict porter ci; bl isoii. — Sii«», disl Galien, je vous le diray • '» je le porto d«* mou droit par mon père Olivier qui jadis m'engendra dedans »■ Constantinople en la lille du roi llugon, Jaquelinc la belle. » Quant Olivier l'ouyt, il appelh^ Roland et lui dist: « Beau couqjain, c'est mon filz que tu vois M cy. » Quant Galien le vit, il l'alla baiser. » Nous sommes bien loin, comme on le voit, de la prolixité du manuscrit de l'Arsenal ; mais cette rapidité n'est
ANALYSE DU GAUEX. 311
relève e( de grosses larmes sortent de ses yeux sanglants : « Roland », dit-il d'une voix (|ui s'éteint, « Roland, voilà mon fils. y> Et il meurt*.
Mais Roncevaux n'est qu'un épisode dans Gcdicn^ et les deux grandes pages de cette vie chevaleresque portent ces deux noms : Montfusain et Constantinople. Et à ces deux noms de villes sont attachés deux noms de femmes : à Montfusain, celui de Guinarde, qui sera la femme de Galien; à Constantinople, celui de cette Jacqueline qui fut sa mère.
Montfusain - est ce chAleau que vous apercevez là-has, tout là-bas, dans une contrée de l'Espagne que les poètes n'ont pas voulu ou n'ont pas su nous signaler exactement. 11 est superbe autant que fort ; il domine toute une ville immense. ^îais rien ne vaut le trésor qu'il abrite en ce moment. C'est là que vit a: la plus belle créature de toutes les Espagnes», la propre fille du roi Marsile, la belle Guinarde. Sans penser à l'amour et rêvant seulement de grands coups d'épée,
rien si nous In comparons à la brièvclé avec la(]uclle notre auteur raconte le fameux épisode de iMontsurain et la délivrance de Jacqueline. Ce n'esl môme pas un sommaire; six lignes sufrisent an lieu de cinquante ou de ami pages : 'Comment Galien^ après la descntifilure de Roncfvaujc, conquesta Montsuniin,
* et comment il espoum (Unmanîe la pucrlle qui estait nièce île Baligant. » Ainsi Galion conquebta Montsnrain. Kl fui seigneur de la ville el la garda bien.
* Ruis, Cliarlemagiie retourna en France, et (ialion régna puissannneiit et de-
* livra sa more Jaquelinc de mort et porta la couronne <le (^.on>lanlinople ;
* puis, ennnena sa niere à MontMirain avec sa fennne Guimarde. En cellk
* Gl'IMARDE ENGKNDHA GAUJKN HKSTOMK Ol'I EX AI ÇA MOl'LT NOSTUE LOV. CclluV
» fut père Mallart, le compagnon Loliicr, qui endura moult de mal. Mais de ce
* me tairay pour cause de briefvelé.i» ip 0:2.) Ces «lernières lignes sont les plus précieuses de toute celt<; pauvre r.ipso<lie. Le com|)ilatenr est visiblement fatigué, et veut en finir ; mais il ne termine pas son récit sans avoir étaj)li une distinction entre (uilitMi père, d'une part, et, de l'autre, (lalien, lils ou Galien, restoré. Cette distinction est de .M)n lait (>t ne m; retrouve nulle part ailleurs. Le lils d'Olivier est appelé par lui iP' 74 v"; « Galien de Valrestre ».
* Galien en proso, Uibl. nation., fr. 1170, f-* 78-l)(l.
* Dans le ms. de l'Arsenal, ce cb:\teau est en elîet appelé « Monlfiusain ». Mais dans le Galien incunable, « on le. ninnme Montsurain sus Hrifueilie >; dans le manuscrit 1170, « Montsurain sur Brisseub» » ; dans le Guerin de .Montylave, « Montsurain » ; et enfin « Monlfuseau » dans l'édition de 15:25 (Lyon, Claude Nourry) et celle de 1075 (Lyon, Kigaud;; etc.
II PAUT. MVR. I.
ciiAP. xni.
Il PART. LIVR. I.
r.H\P. xin.
3fi ANALYSE DU G A LIEN.
(îalieii s'approche do Moiitfusain, qu' Il semble con (lérer comme la clef de tonte l'Espagne*. C'est héros nn peu grossier f[ne ce Galien et qni aur qnelque peineà s'inilier aux délicatesses de l'amoui Une première bataille se livre au pied du château et Galien vainqueur l(»rrasse le païen Mauprin, qui vc devenir le meilleur de ses partisans, le plus dévoue de ses anus. C'est Mauprin, en effet, qui apprend la (jalien l'existence de Guinard(» ; c'est lui qui, avec uncî complaisance d'assez mauvais goût, le pousse ardemment vers cet amour ; c'est lui qui parvient à lui livrer le château"-. Et voici enfin Galien en présence de la fdle de Marsile, (jui déjà pensait h lui et songeait h se faire <( chrestienner '* )>. Les rayons (|ue jette ce beau visage transforment soudain Galien. 11 s'empare de la ville de Montfusain *, et voit sans terreur le redoutable Baligant venir faire le siège du chiilean à la tcte de soixante mille païens '\ Ses deux oncles, Ilernaut de Beaulande et Girard de Viane, sont auprès de lui, et leur vieille expérience allermil ce jeune courage. Mais, o (lonleur ! ces d(Mix vieux chevaliers sont un jour vaillaiils jns(|n'ii (leviMiir lémérainv"^, el ils tond)entaux mains des Sarrasins'"'. Cette, fois, Galien se sent frappé, et jure (ju'il ne mangei-a pins de pain et ne boira plus de vin jnscju'à ce ([u'il ail déliviv cr's chers prisonniers, (iuinarde aidant, il les délivre ri s'affranchit ainsi de son vœu"^. Par bonheur [»onr (Jalien, Baligant a bi(în d'autres liesounes sur h^s bras : il lui faut courir
" CmuIu'h on prose, lîibl. nation., fr. ! 170, r i(M-I05 v. — - //>i</., T^ KWi v"^ à 100 r".
' (idlien, V"* 100 r', 110. Kilo r^i appoléo ^'Mimiftt/t» dans le ms. de rArscnal, fiu'uniiude nu Cuimaulde dans le nis. Û70 ; lUniuuinde dans le italien incunable ; (iuiuuirde dans Gueriii da Monlylave, Guinarde dans les éditions lyonnaises d(î 15:25 et 1575, (île.
• Gnlini, ^^ 110-11;] v'\ ^'lbul.,t' 113-110 v". -* //m/., f' 110 v"àl3! r'. — '■ Ihid., f- i:n-i:i« r".
ANALYSE Dr (lAUKS. :U:J
au-devant de Charlemagne, el c'est priV^sénienl en ct?i liiomenl qn'a lieu le fameux conibal de Saragosse, ce combat que nous lirons bientôt dans la CJkuïsou de Jiff/aitdiH pendant lequel, nouveau Josué, Charlenuigne arrêta dans le ciel le soleil obéissant. Sans prendre le U-Mups de se reposer de cette victoire, le grand Empêtre iir, dontassurément ce roman ne grandit pas la taille, ^nitte soudain le cbanip de bataille où sont étendus les «^'t^M-ps de cent mille païens et consent à venir assister, diîtns le cliAteau de Monlfusain, aux noces de Galien *'t (le (iuinarde. La beauté de la jeune fille, le courage 'loiit Galien vient de' faire preuve auprès de Charle- 'najrm»^ l;i présence du grand roi à la barbe lleurie, ïoui donne à celte scène un éclat incomparable, et *1 y aurait plaisir à s'arrêter devant ce spectacle ^ Le ï'^iiian devrait finir là.
Mais l'auteur nous arracbe à cette joie et nous ^ï'in)sporl(» à Constanlinople, où de plus tristes speclîirles nous sont réservés. Le vieux roi Ilugon vient d'y 'ïïonrir, et la mère de Galien, qu'il avait durant toute ^^^ vie couverte de sa proteclicui et de son amour, la puuvre Jacqueline, est accusée d'avoir empoisonné son Pi>re. Sqs deux mortels ennemis, ccsont sesdeux frères, ^'\'sl Tliierry et c'est ce Tbiberl qui a jadis jeté l'épi- Uiète de biltard à la tète de Galien. Leur jalousie, qui ^îale de loin, et leur baine barbare ne seront apaisées ^iie |)ar la mort de cette innocente, a On'elle clierclie)>, disent-ils, ce un cbampion pour la défendre. » L'inforliuiéc jette en vain ses regards autour d'elle : pas un chevalier, pas un ne ]'é[)ond à son appel. Klle est trop malbeureuse pour avoir des amis. Kt voici (jue le cbampion de ses frères jt»tte déjà un cri vainqueur, voici ijue l'accusée va être rontlanmée et mourir. Mais quel est ce
* Galien en prose, Bibl. nation., fr. 1170, f - 138-ir4r.
Il P\UT. Ltvn.i.
ciiAP. x:ir.
PAUT. I.IVIl. I.