‹ Bibliographie des chansons de gesteChapitre 57 sur 150 · C1I\P. XIV · texte numérisé non relu

C1I\P. XIV

ANALYSE X^'ACQVIN. 357

g6néri((iie de Païens^ A' Arabes el de Turcs, Un tel fait u'a rien qui puisse nous surprendre, et il est conforme aux lois i^^énérales du développement de la Légende. Néanmoins, dans certaines chansons, on trouve encore ' le nom de Norois, et Acrjuln est Tun de ces poënies. Celle œuvre du second ordre a si peu de caractères originaux, qu'il était tout d'abord nécessaire de ne point passiM' celui-là sous silence...

Ac(niin est un « enin(^reur des Sarrasins » nui a débar- Arq.iin, que sur les côtes de la petite Bretagne avec une armée Ju doïîî«ro!î. i^edoutable, et qui s'est facilement rendu maître de tout ci comlÙH.t l*î pays. Le païen vainqueur a choisi pour résidence la ^« p*"^*^^ "'■**^'e"° ville de Guidalet : il y habile un merveilleux palais que l<^ trotivére nous décrit longuement, mais qu'il aurait pu s'éviter la peine de décrire et (|ui ressemble à tous ^^^ palais de nos romans. Le bruit de l'invasion et des ^'Jnquètes d'Ac(|uin arrive aux oreilles de Charlemagne, ^^^ moment même où il vient de triompher en Saxe des vïiçoureuses résistances de Guileclin; car Acciuin avait P'^ofiié, pour s'établir en Bretagne, de Tabsence et des *'U(Jos occupations de Charles : il avait fait ce qu'en ^li'atégii» on appelle « une diversion ». Mais voici que le *'tji de Saint-Denis s'(Minuie déjà des joies de la paix; '•'repos lui j)èse. Il appelle le maiéchal de l'ost, Fagon,

cl Sun lierlt.nj;(',d rcust s:ins failli»^ fait : rar !«' roy Henry luy vonloit prcster n'ins à pleiilé on bons navires pour aler vn iîon^io, et s*(mi doubla moult Rnndcinent le roy de llou^'ie ; mais ung cmpescliement luy vint, qui rompy toiil, »•! fui «[unnl le princi^ dr dalles jruerroia b' roy Henry, cl il ramena le roy Jani Piètre, el i»ar pni?isance il le n'inist en Castille. Adont tut prins à la granl baUii.Ue de Nazre Iv dit nu'ssire Berlran par messire Jehan (iliandos, qui le raenrli«)nna de cent mille frans; et aussi un(> autre fois de la prinse * de Aulroy, il avoit e>l«î raenriionné de cent mille frans ; et pour ces causes et autres siî desrom|iirent b's propos de niessire Berlran : car la jçucrre de Franc*' «'t d'Angb-terre rennuvella. Si fut tellenierd oecupé ol ensonnié que il ne pot on<M|u«'s ailleurs entendre; mais pour tant ne demeure mie qu'il ne MÎi ynsu du droit esloe du roy Aqnin, qui fut roy de Bougie et de Barbarie. Or vous ai-je raeompté de l'aneienne geste et extrassion de niessire Bertran du Glay-Aquin. » — «C'est vérité, beau sire, et je vous en sçay bon gré, et jamais ne roubliray. »

3r,8 ANALYSE hWCQUfX.

"aiîî; x7v. ' ^^ '"î commando de rassomblnr tout aussitôt soixanl

mille» hommes : <r Droit vers Bretagne chevauchent pa iiwniMî ))irour\ » On arrive a Avranches, et I Empereur va do j!iMiilii-' iiiiuo ^^'^"'^ pieusement ses dévolions au Monl-Saint-Michel*. Sraljî. Enfin l'armée chrétienne s'arrête à Dol : Tarclievêque '*'' Kih''''"' de cette ville sera l'un des héros de notre poëme^....

Charlemagne est a Dol ; l'archevêque, homme énergi(|ue (»t que le poète a servilement copié sur le Turpin de notre Roland, ce prélat guerrier est d'avisdc commencer sans retard les hostilités : <îr Nous n'avons d'autre » seigneur que vous, dit-il à Charles, si ce n'est le Sei- » gneur Dion qui soufirit passion, et le Pape, à qui nous y> devons obéissance. Kh bien ! je me plains îi vous » d'Acqnin, le roi félon*. i> Or, Acquin est a Guidalet; son neveu (îrimoardest maître de Dinart; Gardainne est assiégée |)ar les païens : tout va mal pour les chrétiens. « iXous vaincrons, répond le roi de Saint-Denis ; mais, » pour vaincre, (pie devons-nous faire? — Il faut tout » d'abord envoyer des ambassadeurs au roi païen et le » sommer énergiquement d'avoir a quitter le pays et à an "S Vm^^^^^^^^^^ *^ re('.(iv()ir le baplémo. — Et quels messagers choisirons- ''^y^^'' ^> nous ? — Hi<'n n'est j)lns aisé qu'un tel choix. Envoyez ' H.ni .iqM.irs » a Ac(|uin^ le juM'e cw, lioland, I ion, avec Kicher, Kipe ïïiiîiaiU.'im"; » de Dol (ît Haudouin du Vannes*'. )> Les (iuati*e messanniiMHH;..!.'. (roFs partcul, lout i'a|)i(leinent le voyage et arrivent a (Juidahît^'. On devine, aisément ce qui va suivre. Les am-

' Acquin, BihI. nation., fr. i-23n, P 1 r". — * //>«(/,. f' 1 v".

** Hoiiiai'(inoz bien co. mot: archcràjac. Dol a <';t('» nitHropolo jusqu'au 1" juin l!iM>, oi c'<rst sonloinont à ci'IIj* dal" i\\n' \o IVipo Innorent III soumit cotte «'•jpîlisn à la uKHropoh^ <lo Tours. Il ost donc à p«Mi pn>s certain que la première nMlactiiui (lu poilue, ««st anlcrieuro à I l'JO. Mais, lu'las ! nous nVn [>ossc(li>ns (comme nous l'avons dit) (piun misrralile manu.^c^it du XV' siècle, œuvre d'un copiste inintelligent qui u*a pas rcs|»cclé Ttui^Mnal et qui, sur trois mille vers, en a bien estropié plus dtî mille. Les futurs éditeurs de ce poëme auront une lourdi^ besogne.

* Acquin, Bibl. nation., fr. 2-233, f'^ 2 r-' el 3 r. — •' Jhiil., r 3 r" et \^ v". — •//m/., r" i V" et Ti r".

ANALYSE l\ACQUL\, 3r,0

bassadeiirsdo Charles ne manqueront pas aux traditions de la diplomatie de nos romans; ils seront, ils sont en effol prodigieusement insolents. Acquin,dont on injurie les dieux, sent sa colère s'allumer; il lance un javelol contre l'imprudent orateur, contre Ripe de Dol : celui-ci n'échappe que par miracle ^ Mais les Sarrasins prennent déjà la défense de leur roi et vont faire un mauvais parti aux messagers de Charles, lorsque, fort à propos, paraît la femme d'Acquin. Sa beauté illumine tout le palais : « On n'a jamais vu plus belle dame : elle a la face plus blanche que fleur de lis (»t en même temps colorée comme rose de prix. Dcsur le blanc est le rcnnail assis^. j> Elle jette un beau sourire à l'Émir irrité et lui reproche doucement sa colère : a: On doit le respect aux > ambassadeurs ; il ne faut pas que ceux de Charles 5 périssent. » Le somûre de la dame, plus encore que la raison d'État, arrête le bras d'Acquin ; il se contente de rendre aux députés insolence pour insolence. Il les charge de dire îi Charles qu'il ne quittera point le pays^ et qu'il n'éprouve aucune envie de se faire baptiser. Les messagers S(î retirent et se vengent de ce mauvais accueil en tuant quatre Norreins à la porte du palais d'Acquin : action peu diplomatique, il faut en convenir. Les païens, plus furieux que jamais, se lancent à la poursuite des Français, qui vont être atteints, qui vont misérablement périr. Mais Dieu int(Tvient et enveloppe les quatre barons dans une nuée qui, trés-opportunémenl*, les dérobe à tous les yeux. Nous demandons presque i)ardon à nos lecteurs de l(»ur raconter si longuement une scène si banale et qui se représentera tant de fois dans la légende de nos Chansons dp geste ; mais le sujet exigeait qu'ils la subissent cette fois encore. Nous n'y reviendrons plus.

' Acquin, Bibl. nation., fr. ii'^:], f" 5 V et 6 r". — » Ihiti., TG V. — ' ibid., (^ 6 \-* cl 7 \^ — • IhhL, P 7 v« «'t 8 r.

Il PART. LIVK. I.

rn\p. xfv.

Il PART. I.IVH. I.

rjixp. \iv.

OTiO ANALYSE bWCQUiy.

La guerre eoinmence, et, dans une première renconli^e^^ 1^^ Sari'asins sont battus : mais le duc Naimes, lesagi^' 'Ik^s^rSl'' conseiller, le Fabius Cunclalor de Tarmée chrétienne^: -

n'est ici partisan ni des demi-mesures ni des retards r*^ (f Sire, dit-il à TEmpereur, il faut commencer la cam- ^ » pagne et la finir par le siège de Guidalet*. » Charles écoute complaisanmient les avis de son ministre et va mettre le sié^^^e devant la ville occupée par Acquin. Sortie (les Sarrasins, bataille horrible; longue oraison de Charles, harangue de rarchevèque de Dol, qui tient décidément à être le Sosie de Turpin et qui crie aux soldats français : « Ceux qui mourront ici auront le Paradis-, » Et Tarchevéque se jette lui-même au plus fort delà mêlée. L'attaque des Français est vigoureuse, les Sarrasins plient; Acquin s'entuit épouvanté, et les chrétiens rentrent dans leur camp, épuisés et joyeux de leur victoire^. C'est ici que se place le très-curieux épisode de la femme « au vieux Iloël de Nantes* ».

Cette dame eut ime folle pensée: — Elle croyait vivre toujours jeune. — Elle fit l'aire un p^rand chemin ferré — Par où Ton pût aller à Paris la cité : — Car le pays était tout couvert de bois. — A Carhaix, la chose est certaine, — Fut le chemin commencé et fondé. — Par celle dame fut u)aint chêne coupé, — Fut abatlu • maint grand arbre ramé. — Quand le i^promier travail] fut fait et achevé, — Le chemin ferré était long de plus de vingt lieues. — En peu de temps on avait fait beaucoup de besogne — Jusqu'au moment que je viens de vous conter, — Lorsqu'un jour la dame trouva j)ar hasard] un merle mort. — Elle 1^ fait passer d'une de ses mains dans l'autre, elle le tourne et le retourne. — Puis a jeté un soupir: — « Ah! ce siècle n'est que vanité, dit-elle. — » Plus on y vit, plus on a de peine et de souci. — Il n'y a si riche » qui n'ait adversité. » — Lors a la dame moult grandement pleuré. — Sur-le-champ nuinde un clerc — Qui était maître en théologie :

• Acquin, liibl. nation., fr. 2^233, f" 8 r°. — « Ibid,, f'-Sr*' i\ il r«. — » Ibid., fp« Il yo ji Kjpo. — « Ihid., f» IC r° v". Ot rpisodo avait frappé avant nous les \('ux PX(M-(és (le M. Paulin l*ari<.

ANALYSE h\\CQUI.\'. 3G1

ïllle s'informe aupWiS de lui, — «Si Ton pouvait mourir sans "nMu^'.mV'

** *^ Ire tué, — Sans recovoir coups, plaies ou blossuros. » — El '<^* <-lorc : « Sans aucun doute, lui répondit-il : — Tous roux qui »> ï^ ont nés de mère mourront. — Pas un n'évitera ce sort. — La ficliesse n'en préservera p.is un, — Ni Tari^^^nt (|u<* Ton peut «amasser : — Il n'est pas de ville, pas de hourj^:, pas de deniers » «lonnayés [qui nous puissent i^arder de la mort', — Pas do drap <- le soie, pas de salin, pas de riches étoiles, — Ilien enfin de tout ^■^e que Dieu a fait. — Car Dieu Ta ainsi décidé. » — Alors la dame fionssé un autre soupir : — «Hélas! dit-elle, pourquoi sommes- » tous nés? — Je ne me prise plus seulement un denier, — Ni ^ lia richesse, ni ma grande puissance. — Mais je me dois tenir en * 5^rand mépris. — Le chemin ne sera point achevé par moi*. »

-Après celle étrange légende, qui renferme les seuls ^'v^vs (le ce pauvre porme vérilablenienl dignes d'être ^* tés; après cet épisode oi'i il faut voir, suivant nous, la ^^"^tduclion d'un très-ancien chant populair(% nous ren- ^^"ons dans la banalité de notre action é|)ique. Est-il ^^^soin de dii*e que la guerre recommence avec inie plus *^ ^"iielle et plus sauvage vivacité? Sur trente uïille païens, H'^îatre mille seulement surviventà ces atroces combats'-, ^vcquin, la tète basse et la rage dans TAme, rentre dans ^on palais, et la Reine est proibndément arfligée de cette *^Uitude de vaincu^. Les Français cependant payent ^'lièrement leur victoire : le père de Roland (qui dans Mmi '««i i';'«v Cette chanson n'est pas Milon d'Angers) ineiut glorieusement sur le champ d(î bataille, où les |)aïens reprennent roiïi^nsive. Charleniagne prononce Toraison funèbre de Tiori: « Franche personne, nobli» et puissant i> duc, — A cause des services que tu me rendis aulrelbis, » — Je te donnai pom* femme la noble Raqueherl, — » Ma sœur, la belle au clair visage, — La voila veuve ï maintenant, et voilà Roland orphelin K » Les Français,

* Aajuin, llibl. nation., fr. it'lX], C 10 r" \\ — • Ibid.y f" K» V el 17 v^ - ' Ibid,, f» 18 r. — * Ibid.y P 18 i» \\

no ivi'll»» \irloii'o

tlt'> rhri'liiMis ;

si('j;f lie (iiiiii-ihi.

Il PART. LIVR. I.

CHAP. XIV

302 ANALYSE \yACQJj1N.

furieux, se précipitent de nouveau contre les païens, qui sont une seconde fois vaincus. Mais il ne faudrait pas boaucouj) de siMnblables victoires pour épuiser l'armée de Charles : il demande en France des secours devenus nécessaires ; il s'apprête à mettre le sié(j:e devant Guidalet^ Notre poiHe profite de la trêve entre les deux armé(»s pour raconter lon^çuement nn beau miracle de saint Malo, quia ressuscité un Sarrasin, et pour rappeler

la fondation d'une abbav(î rovale à CliAteau-Malo'^

Cependant la guerre éclate de nouveau. Les Bretons, quiontleplus beaurole dans tout ce récit poétique, s'emparent vigoureusement de Dinart : le feu grégeois rend inutile la résistance énergique ([ue fait aux chrétiens le neveu d'Acquin, nommé Grimoard^ Acquin ne saurait se consoler de cette nouvelle défaite : « Laissez ce deuil, » lui dit la Reine, dont le courage ne se dément point un » seul instant. La tristesse n'a jamais fait recouvrer un » bien perdu. N'avez- vous pas encore un grand nombre ^ de chi\teaux?» Acquin soupire, et secoue sa tristesse*. Ce ne serait pas, d'ailleurs, le moment de rester dans rinaction : car voici qu'on cntiMid le bruit des Bretons (jui conmiiMicenl à inv(;stir Cuidalet. L'archevêque de Dol, dont le cœur bal j)lus souvent sous le haubert que sous les vêtements pontificaux, cet autre Turpin aperçoit toute une flotte qui appoile au roi Acquin et aux paifens de magnifiques et innombrables trésors : des perles, des riclato)fs, du satin, de la soie, et, ce qui vaut mieux encore, d'('xcellent('sprovisions,du blé, du vin, de l'avoine,

* Acquin, WiUl nntion., fr. 2!233, f- 18 v" à 21 r^.

* Ibid.j f' 21 r" v. N'inis ne si'rioiis pns (Honiir^ quo rautciir d* Acquin eût él<î on pir«'t lin rli.Tc du diucôsi» di* Siiiiil-Malo : un «'lerc, disons-nous, ei non pas un laïqur;, conlraircniont à ro i|ui s'est [tassé pour la plupart do nos Chansons de gosto. Tout concourrait à le prouver : riiiiportance donnée à Tarchovéqufi de Dol, les digressions filandreuses sur lys fondations de mou tiers, les léfçendes apocryphes auxquelles on fait une place considérable, etc.

3 Acquin, r- 21 r à 2i r^ — * //m/., f 21 r".

ANALYSE h'ACQUIN, 303

et môme (car il n'y manque rien) du poisson et de la venaison. L'archevêque jette un cri de joie, fait attaquer les païens dans le moment même de leur premier débarquement. On fond sur eux, on les met en fuite, on les taille en pièces, on s'empare de leurs barges et de leurs dromons. Voilà les Français riches et l'Empereur joyeux* !

Mais Guidalct est encore au pouvoir des Sarrasins, et la guerre ne doit finir que par la prise de cette capitale d'Acquin. Naimes observe le terrain ; en stratégiste liabile, il se convainc que la meilleure position, aux environs de la ville assiégée, est l'île de Cézembre*. Il faut ^1 tout prix conquérir cette position. Une bataille terrible, ^sanglante, s'engage au milieu de la nuit ; dans ces ténèbres, les lances se brisent, les hommes meurent. Les Sarrasins ont surpris les Français; les Français sont vaincus. Le sol de l'île est tout couvert de leurs cadavres ensanglantés ; deux seulement échappent à cet effroyable carnage, à ce premier Roncevaux, à cet autre Aliscans. INaimeset Fagon survivent seuls, pour conter la nouvelle de ce désastre \ Mais le duc de Bavière, qui peut passer pour le héros de tout le poëme, ce conseiller de Charles, ce sage et ce vaillant agonise et va rendre l'Ame. Fagon le cherche parmi les morts, et le poote ici s'est trop aisément laissé aller à imiter l'auteur d' Aliscans^ qui nous représente Guillaume cherchant avec les mêmes angoisses le corps de son nev(îu Vivien sur un champ de bataille où les Sarrasins ont été également vainqueurs. Enfin Fagon rencontre Naimes, inanimé, blanc, sans souffle : <r Sire, vis-tu, par sainte charité? — Oui, répond > Naimes, mais j'ai peu de santé. — Je suis resté long-

II PART. LIVR. I

CHAP. XIV

Défaito lie» Français

dans l'ilo

de Cézeinhrc.

Naimc» et Faj^on

Aiirvivoiit seuls

à ce di'saslrc.

* Acquin, Bibl. nation., fr. 2233, r» 25 r" W

* Ibid., f 26 r*. L'île de Cézcmbre est située sur \os caMcs (rillo-et-Vilainc, i cinq kilomètres environ et en face de la baie de Saint-Malo, près du fort de la Conchée.

* Acquin, î^ 20 r" à 30 r\

30i ANALYSE liWCQUlN.

II PAflT. LIVU. I.

"iw x!?. * >^ tomp? on pAmoison. — J'ai tant perdu de mon sang* » quo la vie m'a presque quitté, — Car je .suis rudement y> blessé dans t(»ut mon corps. — Nos gens sont-ils viy> vauts? Ne me cachez rien. — Ils sont tous morts, sei- » j^nieur; tous ont pris fin : — En vérité, il ne reste que )^ nous deux. » — Naimes l'entend, il pense en devenir fou — Et, de grande douleur, le Ijaron s'est pftmé. — Le comte Faijjon Ta relevé, — L'a saisi par le milieu du cor|)s, — Et l'a porté ainsi loin de la rive*. »

li'i^st un beau Ijibleau ([ue celui du duc Naimes sanglant, |»anlelant, sans mouvement, porté sur les épaules d'un de ses c<)in|)agnons, qui lui-même perd de son sang, perd de sa vie. Fagon sent qu'il ne peut poi'ter plus longtemps ce précieux fardeau ; il dépose le pauvre blessé sur le rivagjî de la nier, il s'empresse, il court annoncer N.nm.'s .vii.i|,po à Charlemagne la nouvelle de cette grande défaite. Cei'"«ni.r-. pendant le reflux conduit W^mi jusque sur les pieds de Naimes mourant; Teau monte, monte, monte toujours; elle couvre les ])ieds, elle couvre les éperons dorés du chevalier ; elle couvre les jambes, I(*s genoux, le bas du haubert ; elle avance, avance toujours, elle inonde déjà les (l(Hix tiers du hauberl. Naimes sent (pi'il va mourir (M ne j)enl échap|)er à cette mort horrible. Il voudrait se

n^lever: il ne le peut Mais Dieu veillait sur le duc,

el (Mifin les secours arrivent. Il était tenqis" : sans celle délivrance inespérée, Nainn^s, dit le poiMe, n'aurait pu |)rendi'e j)ai't à la laineuse expédilion (rEsj)agne, ni aux victoires de Charles contre Marsile el lîaliuant.

* Aaïuin, \V\h\. i\i\i'\nn.,(v.il'2'.]^,ï" *>1. W'I: « Sin\ vir>-lii pmw sainte cliaritô. . ■ — Oiiil, siro, MH'< pouay ai d»* satilr,.— Kii pasin.iisou ay loiijîiinih'ut cstr; — » Tatil ai saij;in' i\\w. ■(>rès ii»» «)>' «It'vrr, — Qiiar «lurciiifiit suy on mon corps ») nafln''. — Sont nos j;»mis vifsV N<' inc soit pas rr|.«. — Nonnil voir, siri\ touz » sonl mors t't lin(^. — |Kors| «pu» nmi.sf|i'u\, (•<> vous dy pourvcrU*. i» — (N!iism<r<| IV'nlant, à pouay n'c^l l'orriMH*. — Lors «''••<t le hir ilft ^ranl dolonr [insiné; — \A quons Fajftm Ton a sus relevé. — I*aruii le corps l'avoil esiroit couplé... — Jus à lit lern^ ra ore li ber posé. »

' AcQuin, r- 3i et XI

Ganiaiiiiic.

ANALYSE b'ACQULX. 365

Il faut en finir. L'Empereur, suivant les conseils d'un " 'i:^"'. mvV

des plus vieux chevaliers de Tarniée, coupe les conduits '

qiu amenaient 1 eau vive dans les murs de Guidiilol. ^'l'J^.

Ifcnlôt la ville est emportée et l'émir Acquin est en

fuite*. Gardainne, à son tour, subit l'assaut des Bretons

el (les Français ; un orage miraculeux fond sur cette

^'ille; les éclairs brillent, la foudre gronde, Gardainne

disparaît : les Français 'eux-mêmes sont épouvantés, et

lîï tempête ne cesse qu'à la juicre de rarchevecpic» dtî

DoP. Tout frappés encore de ce miracle, les Français

se lancent de nouveau contie les Sarrasins et arrivent

Jovant Carliaix. Un duel formidable, un de ces combats

tj'ii rappellent ceux d'Homère, se livre sous les yeux des

deux armées entre les deux héros du roman, le duc

Aaimes et Tempereur Acquin. Kst-il nécessaire d'ajouter

f(iie le Sarrasin est battu et se dérobe par une? fuite

liouteuse aux poursuites des Français victorieux*^?

En revanche, la femme d'Acquin est faite prisonnière

et courbe son beau front sous bîs eaux du baptême ^...

El c'est ici que s'arrête le seul manuscrit que nous

possédions de ce très-médiocnî roman. Ltîs derniej-s

vci*snous font assister à un audacieux anachronisme : les

païens attaquent un ermite, un saint du nom de Coren-

lin, et Dieu délivre .snrnaturellement son serviteur en

détresse.

Le scribe qui, au xv'^ siècle, a coi)ié cette chanson et la déplnrablement délignrée, n'a pas eu le couraLie de pousser plus loin sa transcription'* : nous serions tenté de l'en riîmercier'*'.

' Arqum, ïiibl. nution., fr. '2^, i' IJ.l à il r'. — ' //>/</., T" H i-> à f,0 v\

— • ihhi., r 51 ;'i :>:\ \\ — * ihifi, f ^ r.t oi :.:>. — • //;»//., r - :>:,, :,<;.

* Kii iv.iliti', l'action <lii roin;iii dM^v/H;» s* pa^HC iiiiiii<''<Ii.(liMihMil a\.iiit lu jcm^rri^ rotilre Ajjolaiil. «'l, si ii>>us avons rlr. forrô par W> !ii.*crssil('s ih» iMlrr suji'l «rcn roporli.T lo ivriL un pcn \A\\< lai*«l, nous n'on ih'vons pas moins «'.ilcr in U'S v«'rs «!<» la •haii'i »n lir«*to:iM • on il i'<t ipK's'i'in tlWspn'inmt. Il> so il peul-Otn; los pins r.\pli'il«'s (;l les plus prcci«'u\ tl«.' lous ceux iiui atlestenl la

II PART.LIVR.I

CHAP. XV

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