FAUT. LIVR. I
CHAP. XV
de Fours; ou a découplé les chiens; ou a gaiement hiiltu les bois et les montagnes ^ Ce ne sont que fêtes et tumultes joyeux* . Tout à coup, on entend un grand bruit de foule en mouvement : c'est un vaisseau que Ton vient de signaler à Thorizon. Ces arrivées de vaisseaux sont toujours, comme on sait, un véiitable événement dans un port de mer. On se précipite sur le rivage, on attend • le navire s'ap[)roclie, le voilà. Le maître de la nef à^-^' cend à terre et, pAle, demande à être conduit à TÉmi^ «J'arrive des côtes romaines, dit-il. Nous avions qU^' » torze vaisseaux qui marchaient de compagnie et poi*' » laient dix mille païens. Le vent nous a jetés à Roni^-s » par mi le Far. Les habitants du pays se sont sur"" y> le-champ rués sur nous et ont massacré tous nos )) compagnons. Je suis le seul survivant de cette belle jù armée. Vengeance ! y> L'Émir s'indigne, se révolte, jette des cris de rage ' : (c Je jure de ne jamais me » reposer un seul jour avant d'avoir détruit Rome. — » Mais le Pape, lui dit-on, le Pape est parent de Char- » lemagne, et vous savez que Charlemagne est terrible. » — Je détruinii Aix-la-Ciiapelle après avoir détruit » Uomc, elj(». crèverni les yeux à voire (]h;irlemagn(% s'il » ne tombe aux irenoux de Malionu'l. Vengeance**! » Là-dessus Balanl cunvo(iue son conseil, où paraissent Ilrulljiiit de Muntniiré, Sorlibran deCoïnibre, Clamaton, Mordant, iMilznnt, ïenipcsté, Briilan, Parsjigoif, fiaubu, Tenebré et le vieux llaufunié. L'Emir expose ses griefs contre les Romains et leur lait déclarer la guerre par tous les membres du conseil K II ne reste plus qu'à
• Deslruclion ilr l{rwt>, wrs 'XUMr.i. - - Ihul.. vers 11)1-1.^2.
' //y/«/.,vns 1.'{:{-I."»0. L«' |nM*l(;:ijoiilo : " >I.«is li vil liiis le dit moult bien on icprovcr --- Qii«' iiidiiH .i ;;raiil ili^cordf «Mitro fair»' el piMisor; - El lit'ls so anl et hriiil (jiii si* (jiiid»; «'liaiinM-; — tt micus vall bon taisir «ju»' iic fait fol parbT. »• (Vers l.")!-!,*)!.)
* Destruction île Rome, vers 155-^00.
trouver une flotte immense, une « invincible armada » païenne, qui puisse transporter à la fois sept cent mille chevaliers sarrasins. C'est une race tout entière qui s'embarque pour aller exterminer une autre race. Les vaisseaux sont bientôt prêts, et l'on y jette les engins et les pierrières avec lesquels on va faire tomber les antiques murailles de Rome*. Au milieu de tout le bruit que fait cet embarquement sans pareil, au milieu de tous ces cris et de toute cette agitation, la foule s'écarte soudain et laisse passer une jeune fille à dicval. Elle est vêtue d'un drap diapré; ses cheveux, plus brillants que l'or pur, sont splendidement étalés sur ses épaules ; ses couleurs sont vermeilles comme rose de rosier ; la neige de février est moins blanche que sa peau, et ses yeux (beauté rare) sont plus noirs que faucon ttwntenier. On n'a jamais vu ici-bas rien de plus beau, ni de plus pur. C'est Floripas, c'est la fille de Balant. Il y a là, à la cour de son père, un Lucafcr de Balfas qui ^'cst épris pour elle du plus violent amour : « Pour avoir :»> Floripas au clair visage, je ferai prisonniers Charle- :3D magne, Roland, Olivier, Naimes de Bavière, Richard :2i^ de Normandie et le Danois Ogier. » Et, dans un transport soudain, il se précipite vers Floripas et la veut embrasser ; mais celle-ci lui donne un coup terrible sur le visage et le fait reculer: ce Ce n'est pas ainsi, dit-elle, :j^ qu'on traite une pucelle. Faites Roland prisonnier, >» avec Ogier, Roland et Gui de Bourgogne. Amenez-les; ^ puis, nous verrons. » Mais l'heure est venue de ne plus s'attarder aux soupirs d'amour : la flotte va lever Vancre ; toutes les trompettes sonnent en môme temps ;
' btslruclion de Rome, vers 201-237. Lu description de celte flotte est assez intéressante • «Li mast sont hait et gros, quant houi pot enbracier; — Hll. voiles i a de paille de quartier. — La forme d'Appolin fist sur le mast drecier, ^Eq sa main un baston pour François manacier. — Là sus le fait li vcns plus menu tornoicr — K'aloue ne guenchist, quant fuist pour l'espervier... «
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le sable grince sous les carènes, la mer bondit sous 1^ fardeau, le flotécuine; les vaisseaux s'éloignent. ïlt le3 voilà en pleine mer*...
La iiuiuî iKiiVimo. Si cellc chansou était jamais dramatisée, il faudrait
placer le second acte do ce drame à bord du vaisseau amiral. La description de ce vaisseau serait un merveilleux programme pour un peintre décorateur. Cette nef légendaire est immense : elh; a quatre mftts; elle renferme des étables énormes où sont attachés les destriers de Syrie ; on y voit aussi <i des perrons, des cheminées d'or massif et des châteaux où il v a des salles voûtées p. L'Kmir a emmené avec lui sa fille Floripas avec trente pucollcs, et il a donné à ces jeunes filles la plus belle chambre du vaisseau. Cette chambre donne l'idée du j)rintemps; cette chambre est un jardin. La rose y est en fienr; on y sent la délicieuse odeur du baume et du mentastre. « Qui vit en cette chambre connaît la joie de la vie"-. »
Au moment où la toil' se lève, Floripas est fort gravement occupée, comme une enfant gâtée, à jouer avec son fou, ([ni lui clianto des Sfmnots'^, Le poëte a mis quehine soin à peindre ici non-seulement le visage, mais encore Tàniiî de son héroïne, et il faut d'autant plus lui savoir gréde cette préoccu|)ation, (pie nos poètes ne sont pas des obsiirvateurs et ([u'ils ont rarement songé à faire des études véritablement psychologiques. Ils ont un type
' Ddslnirtiou de Rouie, v«^rs i:îX-:Ul. — •' //;/'/., vers IMo-SrM.
' 0 Laons <'st Finripiis, la -iiMili» ol ri*s('.(ni(;. - h;iplus bcle nayon»^ que soit ju^c' à Uiis>i<»; — Ovi^r li s*^s folles à ki cl s'.'shanio, — Ke lui chanlc soiiès à houn* (le couiplie, — Et fable* cl c.liaiii;oiis, tant qu'elc csl cndonnic... i» (Vers 3oG-3G0.)
de femme, un type de chevalier, un type de traître, et " ^^'^hJp.^xv. '• tout se borne pour eux à la peinture, plus ou moins réussie, de ces quelques figures typiques. Mais Floiipas, elle, n'est pas banale, et l'auteur de la Deslrnclion de Rome a essavé de nuancer délicatement ce caractère. Comme elle doit un jour se convertir à la foi chrétienne, il a voulu nous préparer à ce dénoùment. Il n'a pas voulu que cette conversion fut aussi rapide et brutale que celle de tant d'autres princesses sarrasines de nos romans. Bref, il nous montre Floripas comme ayant déjà certaines aspirations vers le baptême. Et sa maîtresse Maragonde les lui reproche avec quelque vivacité sur ce vaisseau plein de païens qui vont détruire Rome, la grande ville des baptisés*.
La traversée n'est pas longue, et voici que les pilotes signalent les côtes romaines. Voici le «far de Romenie ». Rien n'est plus brillant que le débarquement de cette belle armée, de ces sept cent mille chevaliers. On est au 2^ janvier. A peine descendu à terre, on y plante des milliers de tentes et de pavillons, au sommet desquels étincellent des {ligles d'or. Le camp païen a dix lieues de long. Rome est perdue-.
L'auteur de notre chanson avait le sens décoratif, s'il commcggncut m'est permis de m'exprimer de la sorte : il comprenait *'''"' iS^j^/""' le décor. Sa description de la tente de l'Émir est de na- "'" *'"''*'• ture à faire impression sur nos peintres contemporains. Devant cette tente, le sol est tout jonché de glaïeuls et de menthe. Les ce Achoppars^ » forment autour de ce
' * Destruction de Romey vers 361-383. — '/foirf.,vers 381-407. — ' Voyez, sur les Achoppars, un article de Paul Mcyer dans la Romania (VU, p. 4-37) : • Aiopart est visiblement un terme de langue vulgaire en usage chez les chrétiens d'Orient {/Ethiops avec le suffixe art). »
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maître pavillon comme une sorte de garde du corps (\\x0veille nuit et jour sur l'Émir. Derrière, là, tout près, se tient sans cesse une fanfare composée de dix grailes^ de dix cors, de vingt trompettes et de vingt tambours. Quant à l'Émir lui-môme, il ne nuit pas à l'effet de ce tableau oriental : c'est un géant à barbe blanche, qui, comme tous les géants de nos chansons, a les deux yeux (k séparés par l'espace d'un demi-pied » et dont on dit, comme de tous nos héros païens, que, « s'il creïst en Dieu, le roi de majesté, — El siècle n'eûst roi de si très grant fierté. » Mais jamais haine aussi farouche, jamais fureur aussi impitoyable n'est entrée dans l'Ame d'un Sarrasin. Ce que Balant poursuit de tous ses désirs, ce n'est pas l'amoindrissement, non, c'est la ruine de la race chrétienne. Il veut l'effacer du monde ; il veut l'écraser tout entière sous les débris de Rome. Ses soldats, sans plus attendre, se mettent à l'œuvre et organisent la tuerie, le pillage et le viol. Us se répandent dans tout le pays, et c'est alors qu'on entend un cri énorme, un cri de désolation formé de cent mille autres cris. Les païens bnV lont tous les mouticrs; ils coupent les «baulevres» de tons les prêtres; ils déshonorent toutes les religieuses ; ils arrachent les mamelles des femmes ; ils ouvrent le ventre de celles qui sont enceintes et tuent leurs enfants dans leurs entrailles. Sur un espace de quatorze lieues, tout est brûlé, tout est tué. Du haut des murailles de leur ville, le Pape et les Romains contemplent avec effarement cet universel incendie V
Alors (et notre poète est ici d'accord avec toutes les données de riiistoirc), alors le Pape se tourne du côté de la France, et c'est de ce côté, en effet, que se sont tournés tous les Papes des viir et ix'- siècles ou, pour mieux
• Destruction ftp Home, vor<t 408-.'>02.
parler, de tous les temps. Donc, on se décide, dans la Avilie assiégée par les païens, h envoyer rapidement une ambassade à Charlemagne. Mais il y a ici quelques représentants decette chevalerie fanatique, de cette «che- ^'alerie de théâtre » que flétrissait naguère en termes éloquents l'auteur de la Jeunesse de Bertrand Du GtiescUn: « Une ambassade serait une lâcheté! s'écrie le comte Savari. Aux armes! aux armes! Honni soit qui premier pensera eouardie. » Voilà bien cet esprit d'orgueil et d'aveuglement qui, quelques siècles plus lard, devait perdre les Français à Crécy et Ji Poitiers ^
Le discours de Savari a , d'ailleurs, une péroraison inattendue. Les portes de Rome viennent de s'ouvrir devant quatorze mille fuyards, devant quatorze mille mutilés; tous ont les lèvres, le nez, les oreilles ou les poings coupés: « Vengeance! nous demandons vengeance ! » A cet épouvantable spectacle, Savari s'arme, plein de rage, et monte sur son urand cheval blanc. Les Romains font comme lui, et il se passe alors quelque chose de trèscmouvant. Ces chrétiens qui vont mourir s'inclinent sous la bénédiction du Pape : ils sortent de Rome et vont s'enfermei' dans le château de Montchevrel. C'est au sommet de ce château que se trouve le miraour^ connu dans le monde entier, Vi miraour d'où l'on découvre trente lieues de pays-. Une bataille s'engage sous les murs de Montchevrel : Savari est battu et s'enferme dans Rome. Cette [)remière défaite fait aisément pressentir de plus grandes catastrophes; chacun se dit que Theure suprême de Rome est arrivée, et voici que tout prend un air solennellement lugubre. Le Pape monte à l'autel et, dans le moutier de Saint-Pierre, célèbre en
« DeMruction de RoniP, vers r»03-<)08. — ' Ibid., vers 600-072 : « Là est H Miraour, dont hoin a tant parlé. — Ki, par le hait estage a son chef hors bouté, — 'XXX- lieues voit bien et de lonc et de lé. »
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37(i ANALYSE DE LA DESTliUCTlOy DE HOME.
larmos lu dernière peut-ùtrc de toutes les messes que roii cùlébreia jamais à Rome. Un vieux chevalier à barbe blanche s'écrie qu'il faut défendre la ville jusqu'à la dernière exlrémilé ; Savari et tous leschevaliei'S chrétiens jettent le même cri, et TxVpostole, levant gravement la main, les absout et les bénit. Il ne veut pas, d'ailleui-s, se bornera celte fonction pacifique; il revêt lui-môme le heaume el le haubert, et saisit une lance sur legonfanon de hupielle est représenté « le baron saint Pierre ». Mais (pi(î peut-on allendre de ce vieillard qui n'a pour lui (pie son courage? Au prcMnier heurt il est renversé, il va périr. Sans le dévouement de Savari, il serait resté sur le champ ih bataille; mais les chrétiens sauvent le chef de leurs Ames, et le ramènent à Rome*.
Cependant les Sarrasins avancent, avancent toujours; ils resserrent autour de Rome le cercle de fer qui l'étreint. L'heure de l'assaut est h la fin venue. L'Émir consulte ses ingénieurs et fait disposer ses machines. Les fossés de Rome sont comblés avec des branches et des ti'oncs d'arbres, et les vaisseaux des païens, leurs vaisseaux eux-mêmes sont utilisés pour ce siège sans précédiMit. Dans Rome, c'est un épouvantement général. Toutes les cloches des églises sont en branle; les fenunes pleurent, les nounaiNs sanglotent. Un cor aigu retentit: c'est celui de Fierabras; c'est le signal du grand assaut. Pluie de llèches, pluie terrible, et qui dure jusqu'à la nuit. Mais, quel que soit leur nombre et quelle que puisse être l'impétuosité de leur courage, les païens ne parviennent point, ce jour-là, à s'emparer de Rome par la force-. Eh bien ! va pour la ruse. Il faut que la vieille Rome succombe sous cet effort suprême de l'islamisme, il faut qu'elle soit effacée de la terre.
' Dcstruclion de Home, vers C73-880. — • IbiiL, vers 881-980.
ANALYSE DE LA [fESTRUCTiON DE ROME. 377
La ruse que les païens emploient est bien vieille, leur " n^V^v^'* stratagème est vraiment primitif. Mais qu'import(\ |.iourvu (pi'il réussisse. Donc, le Sarrasin Luealer s(^ l'evèt (l'armes qui ressemblent à celles du comte Savari, ot ses compagnons endossent des hauberts et des heaumes c jui sont d'apparence chrétienne. Puis ils se présentent, ninsi aiïublés, à Tune des portes de Rome. On prend Ijucafer pour Savari; on prend ces mécréants pour des chrétiens. La porte leur est ouverte : ils entrent. Voici dix mille ennemis dans la place*.
Et lorsque le véritable Savari se présente à celte même porte (jui vient d'être livrée l\ l'ennemi, ce sont, hélas ! ce sont les païens qui lui répondent et se jettent sur lui. Savari voit cpie son heuie suprême est îirrivée et trouve aisément le secret de bien mourir: < Que chacun de nous se confesse, et que personiK^ > ne cache un seul péché. Puis, lançons-nous dans la y> mêlée; tuons chacun un païen..., et Dieu recevra nos )> Ames, le roi de majesté-. » Ainsi font-ils. Un coup de massue étend le comte Savari sur le sol ensani^lanté. 11 étend ses. bras à droite et à gauche ; il se met en forme de croix, et Gabriel descend du ciel pour recevoir cette Ame intréj)ide qu'il porte soudain dans la gloinî céleste^.
Néanmoins les païens ne possédaient encore qu'un ivii^odo uomo; quartier delà grandevdle. Une tralnsonleur livre 1(mm»,sI<\ «» inass^nes etFierabras entre en vainqueur dans la cité des Papes,, dans la cité de Jésus-Christ ^ Vous rapi)elez-vous, lecteur, ce beau tableau d'un jeune peintre de notre temps représentant l'entrée de Mahomet II dans la Constantinople de 1453? Placez- vous en ce moment ce tableau sous les yeux, et augmentez-en l'horrible et sanglante
« Destruction de Rome, vers 981-1058. — » Ibid., vers 1059-1079.— ' Ibid., vers 1080-1098. — * Ibid., vers 1099-1^30.
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majesté. A la place de Mfihomet.II, mettez Fierabras failes-le marcHcr sur des corps de prêtres et d'évêques^ avec celte épouvantable joie de la haine assouvie. Quelle que soit, d'ailleurs, la richesse de votre imagination, vous ne sauriez parvenir à concevoir des horreurs comparables à celles que raconte Fauteur de notre chanson. Il nous montre les païens massacrant, sans en épargner un seul, tous les habitants de Rome, oui, tous, jusqu'aux femmes et aux petits enfiinls. Des fleuves de sang coulent dans ces rues et dans ces chemins qui jadis, sous les Césars persécuteurs, avaient été déjà trempés de tant de sang chrétien. Le chef de cotte bande de sept cent mille barbares, Fierabras, entre dans l'église de Saint- Pierre, où se sont réfugiés des milliers de pauvres gens. Il nes'émcul pas, va droit à Tautel et coupe la tôte du Pape qui était resté lîi, à son poste, près du tombeau du prince des Apôtres ' . Alors s'allume un immense incendie, un seul, mais qui dévore à la fois toute cette ville de dix lieues de tour. On n'avait jamais vu tant de flammes, ni de telles flammes. Mais Fierabras n'est pas encore satisfait: « Los reliques, où sont les reliques? y> Il aperçoit un vieillard qui se trahie au milieu des ruines : a Montre- )) moi, lui dil-il, où est la couronne, où senties clous,'où » est le saint suaire, où est la vraie croix? ))Le vieillard, à moitié hébété par la pour, lui livre sans mot dire ces incomparables trésors, et Fii^rabras s'en empare avec une avidité fiévreuse. Et c'est là qu'il trouve aussi ce fameux baume qui a seivi jadis à onibaumor le Sauveur Jésus et qui a la vertu niiraculonse de guérir sur-lechamp toutes les plaies et blessures mortelles. Ce baume est enferriîo (M1 deux barils que Fierabras pend à sa selle^. Rome, cependant, Rome brûle toujours.
* Destruclhn de Rome, vnrs 1237-1265. - '- IhUl., vers 1200.1314.
II PART. LIVR. I
GHAP. XV.
Pas un homme n'y est resté vivant; pas un mur n'y est resté debout. I^'œuvre de destruction, l'œuvre d'anéantissement est accomplie. Les païens peuvent s'éloigner.
Et ils s'éloignent on effet, chargés de dépouilles et le cœur en liesse ^
Or, h peine le dernier païen s'est-il embarqué, qu'un ,,rriv*„'Î7roîuarci grand bruit se fait entendre au nord de Rome. Dans la dcTRomail^; vallée débouche toute une armée : cinquante mille ch.y"eTingiie hommes. A leur tête marche un jeune chevalier qui « iVs'vJngcr. paumow fièrement la bannière de Charlemagnc. Ce sont des chrétiens, ce sont des Français. Au moment où Rome allait succomber, le Pape avait fait partir deux messagers vers le roi de Saint-Denis : ils avaient pu franchir les lignes païennes, et, après un long voyage, étaient arrivés auprès de Charles. Celui-ci avait jeté son cri de guerre et, comme avant-garde, avait envoyé à Rome cinquante mille chevaliers commandés par Gui de Dourgogne. C'est cette avant-garde qui arrivait enfin aux bords du Tibre ; mais trop tard.
On était au printemps, et c'était le matin. Le soleil était joyeux, l'alouette chantait. Les chevaliers de Gui de Doui^ogne cherchaient de leurs yeux, à l'horizon, les cent clochers de Rome et celui de Saint-Pierre entre tous. Mais leur attente ne fut pas de longue durée. Le pays qu'ils traversaient était ravagé, désert, horrible. Tout h coup ils aperçurent une lueur énorme au milieu de grosses fumées rougeàtres : c'était Rome qui flambait encore, et cet incendie était affreux à voir. Plus de reliques, plus de Pape, plus de Rome*'.
Quelque temps après, Charlemagne et son neveu Roland arrivaient h leur tour sur le théAtre de cette pro-
« Dextruction de Rome, vors inir>-l35i. — • MiV/., vnrs 137)3-1382.
II PART. LIVH.I.
r.HAP. XV.
digieuse destruction, et Gui de Bourgogne leur montrait en silence le grand incendie de Rome qui durait toujours. 11 ne faut pas songer à peindre la colère de Charles. Sans plus tarder, il embarque son armée et se précipite en Espagne. L'amiral lialant esta Morimonde: c'est à Morimonde que le grand Empereur dresse ses lentes*. Au bout de quelques heures, les deux armées sont en présence et une première bataille s'engage, où éclate le courage de Roland et d'Olivier. Mais la nuit sépare les combattanls et le roi de France : « Je jure, s'écrie-t-il, » je jure de ne pas revoir la France avant d'avoir con- )) (piis les saintes reliques. » C'est par ce cri généreux que se termine la Destruction de Rome; c'est par ce cri (pie pourrait commencer Fierahras.
Nous allons mainlenant raconter ce Fierahras, dont nous ne connaissons que le prologue. Et, avec le poêle du xiii*' siècle, nous dirons à nos lecteurs : « Quelle belle chanson vous allez entendre... si vous la voulez, écouler"! y>
« Destruction de Rome, vers 1383-1135. — * lltid., vers 1 i36-io07.
ANALYSE DE FfERABRAS. 381
II PATIT. LIVR. I.
CllAP. XVI.