CHAPITRE XVIII
i/eNTRÉE KN ESPAGNE
L*Enlrco en Espagne, chanson de geste •.
\nMso Charles se reposai t, ses barons se rei)osaient, la France
*''Ks'i','aine'" sc rcposait. La légende nous assure i\ue ce repos durait
depuis c\\u\ ou six ans. On n'entendait plus, au conimen-
* KOTICE BIBLIOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE SUR L' « ENTRÉE EN ESPA(;!VE ». — I. HIBMOGKAPIIIE. — V DATE DE L.\ COMPOSITION . VEntrte en Espagne est une compilation des premières années du xiv* siècle. Mais, eonunc nous aurons lieu de le montrer tout à Theurc, celte œuvre d'emprunt renferme des parties consid6rabl«*s qui remontent au siècle précédent et ont «Hé servilement transcrites, sur des manuscrits français, par le compilateur italien. = ^* Auteur. L'auteur de V Entrée en Esjyagne était de Padoue, dans la marclie de Trévisc : il nous Tapprc id au folio 214 de notre manuscrit : « Mou nom vos non dirai ; mai sui Patavian, — De la citez que fist Antenor le Troian, — En la joiose marche del cortois Trevixan, — IMcs la mer, à 'X' lieues, o il est plus prosan. » Malgré la modestie qui l'cmpûchc à cet endroit du poëme de nous décliner son nom, le romancier sc ravise et, dans s*s derniers vers, nous révèle qu'il s'appelait Nicolas, ce qui assurément ne valait pas la peine d'être caché : « Ci tourne Nicolais à rimer la com|)lue. n (Ms de Venise, fr. XXI, f'30l r*».) Nous pensons d'ailleurs que Nicolas de Padouc doit être surtout considéré conAmc un compilateur, et non comme u:i autour original. C'est ce que nous nous réservons de démontrer tout à
ANALYSE DE VESTRÉE ES ESPAGNE. 4a5
cernent de chaque printemps, la gmnde voix de Charles jeter le cri de guerre ; on ne franchissait plus, à la fin
rhcure. — A roccasion de ■ Nicolas de Padouc », il convient peut-ôtre de citer un f Nicolas de Vérone » qui est rauteur d'un Poème sur la Passioiiy dont il nous reste un manuscrit de la fln du xiv* sit'cle (Cataloguo Rouard, février 11^79, n* 1179). D'aprci les quelques vers que nous connaissons, ce Nicolas di^ Vérone nous semble écrire dans la mt^me langue et avec le mémo style que l'auteur de \a Prise de Pampelune : « Et, s'il vous pleil, priés la santisme Suslance — Pour cclu yicJwlais ch'a rimé par pert:ince- - ('este sanlismc couse... — Jusquement à cist point cestc couse a csponue — Nicolais Veronois c pour rime eslendue; — Mais de cist feit n*est plus de luy rime veiie. — Pour ce plus n'en dirai, chc, à la deparlue, — Jhesu vous bcucïe clie en bien fer nous argue. Amen. » Ce style est à peu près le mémo aussi que celui du Prologue et de la fln de VEntrée en Esimgne. Mais, malgré la ressemblance entre les deux Nicolas, on ne saurait affirmer leur idenlité. (Voy. la Notice de la Prise de Pampelune.) = 3" Nombrk de vers et nature de la versification. W Entrée en Espagne contient environ 20 000 vers. Dans ses coupli'ts monorimos, l'auliMir a lanljît employé l'alexandrin, tantU le vers de dix syllabes. Il va plus loin, et ne se génc pas pour mêler parfois dans un même couplet ces deux espèces de vers. C'est une néjçligenc»' ([u'aucun autre de nos trouvères épiques, à notre connaissance, ne s'est jamais permise. =^ i" Manuscrit oui est par- VEHD JUSQU'A NOUS. Un seul manuscrit nous a transmis VEntrée en Espagne : celui qui, parmi les manuscrits français de la bibliothèque Saint-M.irc, à Venise, porte le n' XXI. C'est un in-folio de 30i feuilleis, qui se trouve dans un bon état de conservation. L'écriture est du xiv* siècle. Le stvie assez large de ses nombreuses miniatures et les caractères de l'écriture «lémontrent clairement que le manuscrit a été exécuté en Italie; n^ais il semble qu'il ne soit pas Tœuvre d'un seul scribe, et l'on peut signaler en particulier au r* 229 r*, vers 11, un notable changement île main. On avait Commencé à corriger la langue du poëme, comme il est facile de s'en convaincre aux folios 1 V*, 2 r*etv'; mais on n\i pas achevé ce travail. = o'DiFFisiON A l'étranger. C'est dans la Notice de la Chanson de Roland i]iie l'on trouvera une histoire complète de la légende Rolandienne en Italie. Mais il est nécessaire d'en poser ici les principes et d'en dessiner les grandes ligues : -- ' Il est deux livres, il est deux œuvres qui ont eu une influence décisive sur la formation de notre légende en Italie. La première, c'est VEntrée en Espagne y de Nicolas de Padoue, laquelle était suivie d'une Pnsede Pampelune ^ du même auteur, qui n'est pas arrivée jusqu'à nous. =' Ce Nicolas de Padoue n'était guère qu'un compilateur, et il avait composé sou œuvre, ainsi qu'une mosaïque, avec certains débris considérables de poèmes antérieurs, de poëmes français du Xiii* siècle. Ces poëmes, »|ue nous n'avons plus, devaient être inlitulés: Roland et FerraguSj la Prise de Soldes, Roland en Perse, la Guerre dU'lspagne, et'*. = ' Le second livre, la seconde œuvre qui eut sur la difl*usion «h» noln^ légende en Italie une influence décisive, avait une antiquité |)Ius reculée et une autorité plus haute : c'était \[i Chanson de Roland, telle qu'elle se trouve danslenis. fr. iV de la bibliothèque Saint-Marc à Venise. Or ce Roland se compose de trois éléments (|u'il est irtile de signaler à l'altenliou du lecteur : a. L* version primitive du Roland (même rédaction que celle d'Oxford, jusqu'au vers 3683). b. Une Prise de Narbonne qu'un poct-: inconnu avait intercalée dans l'ancien Roland (en prenant prétexte de ces deux mois du vieux poëme : Passent Nerbone). Et, enfin, c. un remaniement du Rolayul, \\n Roncevaux, qui embrasse toute la fin du poème, la fuite et la murt de Ganelon, la mort d'Aude, etc. = * Si nous nous transportons en 1320, tel était donc l'état de
II PART. UVR.I.
CHAP. XVIII
n PART. Lrm. i.
CBAP. xriii.
406 A!«ALTSE DE L'ESTRÊE E\ ESPAGSE.
de chaque hiver, le Rhin, le? Pyrénées, les Alpes, pour aller châtier les Sarrasins ou les Saisnes; les vétérans des
notre Ifrgcndr en luilir : Deux li\Tes : Y Entrée fn Espagne (en y comprenant une Prise de Pumpelunet et 1*^ lloland «le Venise 'en t comprenant la Pnse de Xarbonne^t deux livr*:'» rircii:aient d^n* toute Tltalie et formaient nn résumé île toute la l/'^'n^le Roi m'iienne. L'- earactère propre de notre légende en Italie consiste pn'cisêment dans Passemblage étrange de ces deux éléments, qui sont pour ainsi dire iusé|ianibles. Viennent maintenant des poêles italiens qui se proposent de traduire en italien cette légende si populaire : ils seront FuRCF.s de P-mouter uniquement à ces deux sourcs, d'amplitier et de délayer uniqueui'Mil V Entrée en Efffngne et le Itoland du manuscrit de Venise. Il est Trai qu'iU y joindront quelques traits du faux Turpin ; mais surtout ils y ajouteront leurs [trupres inventions et laisseront parfois agir leur seule imagination. Le plus souvent, copistes presque servilcs des documents français, mais lâchant quelquefois les rênes à leur esprit et frouranC du nouveau. El voilà, s*ilest permis de s'expriuiiT de la sorte, voilà l'.*s éléments chimiques de notre légende dans la littérature italienne. = * La Spagtuu tel est le tiln' général que Ton a donné en Italie à cet enseinhle de la légende Kolandienne. Mais il importe tout d*abord de fain> une ilistinction. qui e<t capitale, entre les Sjwgna en verset les Spagna eu [irose. = * On a cru longtemps que la SjHigna en prose avait été antérieure à la Sftagna en vers : tel est le système qu'avait adopté M. Gaston Paris en son llustijire poétique de Charlemagne et que nous avions suivi dans la première édition de nos Epopée» françtiises. = ' Ce système se résumait en ces quelques mots : « Le compilateur de la Spagna en prose a copié directement
> les iMiëmcs français (VEuirée en Espagne et le Roland); mais Fauteur de la » Spagna en vers n'a guère fait sous ce titre : la 5/>af7»ia Mfona/a, que mettre
> en vers la Spagna eu prose, n — * Aux yeux de N. Gaston Paris comme aux nôtres, la Spagna en prose formait le huitième livre des Reati di Franâa. Âver. VAspramonte et la Secunda Spagna^ ce huitième livre avuit été découvert en 1830 par M. Ranke, à la bibliothèque Âlbani de Rome. Quant à la Spagna en vers, on Tatlrihuait à Soslegno di Zanobi (seconde moitié du xiv» siècle), et l'on était unanime, comme on l'est encore aujourd'hui, à la consiilérer comme * le prototype de la forme épi(]ue en Italie ». Personne, d'ailleurs, ne songeait à contester l'immense succès que ce poëme avait obtenu Mes 1187 il fut imprimé à Bologne; puis réimprimé à Venise en 1488, 151 i, 1531, 1557, I56i, et à Milîui en 15li et 1519) ?= • Ces théories, ({ui n'étaient que des hypothèses, ont été ultérieurement renversées par M. Pio Hajna dans son beau Mémoire intitulé : La Rotta di Roncùivalle iH'lla letleratura cnvalleresca italinna CUologna, tipi Fava e Garagnani, 1871). = '" La principale découverte de M. Hajna peut être condensée en deux ou trois ligues : « La Spagna en vers est antérieure à la Spagtui en prose. Et « relle-ci, qui n'a pas réellem<^nt fait partie des Reali, n'a pas été le trait » rl'union entre les poèmes français et les poèmes italiens. > Voilà autant d'aflirmations qu'il s'agissait de prouver. = " M. Rajna n'avait pas à sa disposition le manuscrit en prose du commencement du xvr siècle, découvert par M. Ranke à la bihtiotlièqiie Albani : car ce manuscrit avait disparu. Mais le jeune savant italien eut le bonheur d'en découvrir un autre à la bibliothèqiii^ Médicis (3" volume parmi les quatre qui sont cotés CI ; Supplément au Catalogue ilc Raudiui, lll, 2UÔ, 29G). Ce manuscrit de la seconde moitié ilu xV siècle renferme une Spagna en prose, analogue à celle de la bibliothèque Albani et dans laquelle on cite souvent la Spagna en vers. Il est vrai que le prosateur ne la cite guère (pic pour la réfuter et la critiquer; mais l'antériorité de la Spagna en vers n*en est pas moins
ANALYSE RE LEXTIiEF, E(V ESPAGNE. 407
armées de l'Empereur, les chevaliprs couverts de blés- ' sures et épuisés avant l'âge s'assoupissaient dL^lcieuse-
dénwntrée. ^ "C'était en 187 1 que H. PioRajaa publiait à Bolofine le résultat lie ICI rechcrcbei (1. I., pp, 30-35). Or, la uiSine ann(W, à Bologne niisaj, Mt Cerulî éditait, d'après un manuscrit de Pavic, une autre Spagna en prate dont il ne parail pal, du reste, avoir compris tDuto l'importiince (H Yioggîo di Carlo Mvgno in lipagna ptf amquUtare il eammino di S. Giacamo; Balogna, Ronuignoli. 1S71). Dans la prHaee de celte éditinn, M. Ceniti raconte qu')! a tgalemenl trouvd tur «on eliemin cet autre manuscrit de l.i Spagna nn pruse qui a tié d'courarl par H. Rajna, et il alflrmc Clément, nyfrt citations A l'appui, que le compilateur du manuscrit Hédicis cite souvent, pour In eomballre, VliloriadiSpegiam rima (p. XLinet tt.). =^ "On peut ju^r, d'après ces citation*, >i M. Rajna n eu raison de conclure en ces termes : i L'fiipo^nc en prose est postérieure à VEupagne en rimes, p Ainsi tombe rhypolhtsB de M. G. Paris, qui, de la Spagna en prose rlass^ par lui BU nombre àei Iteali, Taisait le trait d'union entre les chansons ft^nfaisM et li-s premiers pa^mo» italiens. ^ "Pour en finir avec la Spagna en vers, U. Rajna tlablil qu'elle a été composée entre lei années 1370 et 1380; — qu'elle est conservée dans le manuscrit de ta Laurenlienne |pl. xc, inr. Fod. 39, achevé le 20 mai U70) ; - qu'un ne lui a donné le nom cli> Spagm itloriala qu'i cause des miniatures dont elle ftait • tjisloriéi^ •. ~ et que suo auteur n'est pas Soslegno di Znnobi, mais un poËlu populaire toiean qui n gardé t'anonvnlc (Hujna, I. I., pp. 30-351. =• " Les auurres de rc potime sont : 0. VEntrêe en Eupagne, par .Nicolas de l'adoue, auquel le pnële ILilicn décerne le titre de ■ Turpun Tranfais • ; b. une Prixê de Pamjirtuar qui n'est pas parvenue jusqu'i nous, et ennn r. un llolanil ironforme "au ma. fi-. IV de Venise, li>quel contenait la Prise de Sarbonne ei un dénomment qui est celui de tous les roraanicments du Roland. ■^ " CeH<- S/iagna m rima n été remaniée ou plulûl imitée envers du xv siècle, et do là un'- nountlls famille de ce texte \ laquelle H. R;^ua attribue légilimcmi'nl ]•■ niiiu <t« : Ih Rolla Ht Rondivalle (t. 1., p. 109]. L'auteur est anonvinc, <-l c'était certainemeiil un poëte populaire. Deux manuscrits nous ont transmis son <mivr« : le inï. 2Siâ de la hibl. Riccardiennc (Un rlu xv* siècle) el relui de la bibliot Iliaque cnmmiinaln de Kerrare (second tier$ du xv* iiicle). L'un et l'astre remanient, d'aprËs M. Rajna, à un original qui serait antérieur i 1130. Onf trouve, parmi les comp.iii;nons de Chnries. les ducs d'Armagnac, d'Alençon H de Bourbon : ces noms sont siKniDcatifs et servent i dater t'neuvrc. TanlAI l'auteur do In Rolla calque le lexle de la Spagna en vers, tantAt il le remanie el le modiâe. C'est ainsi que le inunuscrit de la Riccardiennc t'accorde avec la Spagna en vers du manuscrit de la Laurent! en ne depuis le passage oA Charlenugnc reçoit par Tliierri la Irislc nouvelle de la mort de Roland ; c'est •ioai qu'A partir de ce mâme passage, le manuscrit de Ferrare s'en écarte. — ■' II est temps d'en arriver aux Spngna en pros#, et c'est ici i|iie je me ptrmeltrai do présenter un «yttJinic nouveau. Donc, je divise ''n dpux familles les manuscrits de la Siiagnn ru prose. La première r.millle est l«préa«Dtée par deux mnnuurils. L'un d'eux, celui de la bibliolhoquc Alhani i Rome, qui avait élê ilécouvcrt eu IH30 par M. Ranke, a malhcun'u<rmr'nt dlqiani, et nous en posnédons seulement Icé rubriques, qui ont i-K- publiées par H. Micliclant (Jahrbuch fur ramaniiche und r.nglîKhe Literalur, XI el XU, 1870 el 1871). C'est un manuscrit du cntumcnccmcnt du xvi* siècle, et la copie d'un original nolollemenl phis ancien. L'œuvre est anonyme. — '" L'autre ;elle première faroille fui découvert il y a quelquei années llajua : il iipparticnt à I,1 liibliollicque Hédici», et c'est lui
IIPART. MVIt. I.
eu «P. XVIII.
4«8 A?iALYSE DE LEXTIŒE ES ESPACSE.
ment dans la paix, dans roubli. La France respiimit un peu, et rien ne paraissait plus étrange aux autœs peuples
qui a servi il*.* ba»e aux étiuios du savant ilalion. < Bibliothèque Médicis, 3* volume «les quatre CDtés Cl, Supplément au Catalogue de Randini, 111, lîD'», i%, seconde moilié du \v* siècle ; anonyme.) = ** Or, nu moment même où M. R«ijna publiait son livre sur la Déroute de HonceraujCy un autre Italien, M. Ceruti, publiait in ertetiso le texte d*une autre version de la Spaçna on prose. M. Ceruti avait eu connaissance du manuscrit do la bibliothèque Médicis qui avait été découvert par M. Kajna, et il en parle assez longuement fp. XLfilii; mais il avait de son côté découvert un nouveau manuscrit à Pavie, et c'est d*aprcs ce manuscrit d*origine milanaise, également anonyme et écrit vers le milieu du xv* siè(!le, qu'il publiait en 1871 une autre Spagna, sous le titre de: // Viatjgio di Carlo Magno in fs/Hitjna. Le Viaggio forme à lui seul la seconde famille des maiiuscri ts de la Spagna en prose. — ** Le Viaggio présente avec la première famille (mss. Albani et Mcdiris; des ressemblances |ir.irondi*s qui sont constatées par N. Ceruti : « Un allro codice (celui de Modicis) va di pari passo col Pavcse, tranne alcune > variante denonpoca iinporlaiiza, inevilabili in narrazionedi questo génère.» (1.1., LXLViii.) Le niaiiuscrit de l\ivie s*éloigne très- visiblement du manuscrit Médicis en un certain nombre d'épisodes vi de passages plus ou moins importants, et notamment dans le récit de h mort de lloland. Nais ce qui est le caractère le plus disliiictif du Viaggio, c'est l'addition d'un Galieny ou, pour parler plus exactement, d'un Galeant que le prosateur intercale au milieu de sa narration de la déroute de Koncevaux.=*' Les éléments communs à toutes les Spagna en prose sont, comme nous l'avons dit, VEntrée en Espagne suivie d'une Prise de PampelunSj le faux Turpin, et le Roland sous la forme qu'il a reçue dans le manuscrit de Venise, fr. IV. = '- On verra plus loin en quoi diffèrent les deux familles de manuscrits de la Spagna en prose; mais, par malheur, nous ne pouvons guère donner une idée de la première (sauf certaines indications fournies par M. Rajna dans l'ouvrage précédemment cité) qu'avec les rubriques qui ont clé publiées par M. Micbelant {Jahrbuch de Leincke, XI et Xll, 1870, 1871j. — Uésumons tout ce qui précède. Il existe deux familles de la Spaqna en vers que l'on peut appeler : a. la Spagna m rima, et //. la Kotla di lioncisvaUe. Il existe deux familles de la Simgna en prose : (/. la Spagna proprement dite (niss. Albani et Médicis) ; b. le Viaggio (ms. (le Pavie). — VEnlrée en Espagne, de Nicolas de Padoue, est plus ou moins cxactcinniit reproduite dans toutes ces familles et avec des variantes plus ou moins importantes que nous nous ferons plus loin un devoir de mettre en lumière (voy. aux Vnriantes et }fodifica lions de la légende). — On peut dire, d'ailleurs, (\\u'. (sauf un lloland and berragus aujîlais qui a été public en ISiK par (îeor^e Ellis dans Earhj mclrical Homances, et qui sans doute dérive directcmenl du faux Turpiii) loule la dill'usion de VEnlrée en Espagne •d eu l'Italie pour théâtre. Kl loule l'histoire de cette diffusion est contenue en abrégé dans les deux pages qui précnlent. — G** Édition imhhimée. VEnlrée en Espagne est inédite. Dans nuire yolice, dont il sera question ci-dessous, nous en avons publié environ un millier de vers. = 7" Travaux dont l'entrée en Lsi>A(:ne a été l'objet. Ce roman n'a été jusqu'ici l'objet que d'un assez petit nombre de travaux véritablement scientifi(|ues. — a. Eu 185G, l'auteur du présent livre lit partie avec M.M. Gucssard et Michelant de la mission littéraire qui avait pour tâche d'explorer les bibliothèques de la Suisse et de l'Italie au proHt du futur Hecueil des anciens poêles de la France. A Venise, cette U^che était rude. M. (iucssard analysa la compilation franco-italienne à laquelle nous avons donné le titre de Cliarleniagne, et copia le Macaire, qu'il a publié depuis
,\SALVSE DE VF.STItËE UN ESPAGSE. m
ue ctî sommeil iiiaccoiiluiiié eL cctifi [iliuiililé de !a Vance. Roland s'ciinuvail.
reeona lirara perfcBlioa, M. MiclielBHt tranicrivit la Priée de Pampelune. VEnlrée en Bupagne nous £cliiil en purlnge. On ne eonnaïtsail Hait ni la .valeur, ni le litre, ni mime l'vKistcncR de cette clmnsun île gi^ste, qui • ennible dM lictinM W.% plui importantes de lu Icgenclc de lluland >. Nous iICiiik T de longi joii» i l'analyser et A en hîre ilea oïlruita. Deux va B(irii,J it résultai de riotra Irnvnil fut publié sous ce lilru : > L'Entrée en EtfmQM,^ i c lin n Min de geik inutile renfenniic dunaun ninnuscrit di: 1» blliljullil'qtw ■! t do Sutat-Harc, i Veniie. Nalieo, Knalyie et exlriiita. Puria, Terlii'imr, 1M58. > Exlrail de la BMMkêque it l'École de* Clitirte», i' série, t. IV. ■ Nom ' ' r la Unie do en pormc, de Axer le nom de son autour, de «Ignalcr lei luurceK uuxquellM il avnit |iuïïi', Noul en eîtiniii enviiiiii un analyse trËs-ddlnlltér, page par pnge et presque un é\oge du padme. 11 ne nous i^oftle ]puînt il'avoucr que nuui regardions nior* Nicohii du Padoue comme un auleur original, et qu'une élude plus altenllve de loii œuvre ne neus Tall mijour- 'tfluiî voir eii lui qu'un cotnpilaieur médiocre. M. RnjiiHi dans sa Itolta lU Iton- HuvaUe |tl«liignn, ISTI). n ^alvinenl ivli-Té quelques Taules do lealuri? ilont nous somiaDs renilu coDpable. Ln plus impurlanle est dans les vvrs suj- I : ■ (.'t tourne Nieolait i rmier ta complue — De l'entrée de Spagm ijiti e »Ue etcandiUe •, que nous avions en tort 4e lii'c : .£[ cornnie Nieolait à timer Va complue — lie rentrée de Spagne gve tant trt esconitue, etc. — ■A. M. 0. Paris, dans son HUtoire poétique de Clmrittnagne, a allaehé à \iE»lrée '«H Ktpagne une importance plus considérable, Sun Idée mire est lu lulvanlc, i.A laquelle il a cousacri.' de long« ddvcluppenietils : ■ VEntrêf en Eti>agne et 'h f'riie de Pampttune Mnt toutes deux l'œuvre du même puelc, Nieolas de , et appartienne lit tuutvs deux à la mémo coinposilion cyclique, donl lu '«ni litro terail t'Etpayne. — L'Etpayne de Nicolas de Pailouc, d'une pnrl, el, '* l'aulre, le CHarltmagne de Venise, ont été le Irait d'union onlrc nos Clian- Il de gmte» et les fjuli rfi Franna. Celle filiation expliqua tout dam l'bis- >|l)if« dilBcilc de noire IJtléralure épique en Italie. • (Voy. Ilintoite poétique de igne, pp. 173-178.) Nous aurons lieu <lc combiillre tout & riienre la preuiièré de ces IhËses ; nous avons esuyé plus haut de réfuter la tecando 'rs lei récent* travaux de M, Bajna. — c. Depuis IS115 jusqu'en 187!1, il ■thi gahn paru plus de quatre publicalions imEiortanles sur l'fc'nlre'e en Etw. En IltTU et 1871, M. Miclielant fit paraître dans lu Jahrbadi IHr romake unrf engliicbe Liteinlur (t. \l rt \1l) les rubriques si inli'restaiitei de lunascril de la bibliothèque Alliani à Hume que H. Itunki! aviiîl iliiouvcrl .fumnie ans plus tél. — il e. Eu 1871, deux travaux i-on-l l.'i.il>[.'~ |. >i nnii
" , oelni de H. Ceruti, nous aRrail la [.nii'-.. - lu
Viigçio, qui est une des formes de la Spogna en pm-"- ' ' ' ' ..'')
"' , *i lipapia; Dologna, Iloiuaj-nuli, 1M7I]. I '. ■■ .■.. il
tHuarquAle , était l'ntuvre de M. t'i'i t:njii:i, .|iii. .] >< - i . ' .' ni,
hRoUadiHoncÙH>allenetlat'-ll''f't'i'.:..<:' ■■■ r ■ i<|ii
l|ii»«.a C»rai!nani,1871), .1 mis n, I, ■ ■ ■ .!<!
tJWrta «1 Banane ilans la ruriiiLU.K, ,!.■ I , |. ■ .,,«
■*tl»mMl*B«"''«"'n llaliu. ~f. Il.ir.- I- \\M .. .■ . i .' ■ ;,■,
<N. Paulin l'aris a donné, d'apn •■ ii.. i . \. ■ ■ l . -.■ ,^a
ieVBHlrèeenEiipagite. — g.On' ■ ■ ■ "■-
lliiloiredu cycle t«''"M' " i: i , i ■,,-(
tiendra êviiloniiin'iii 'i ■ - "i !■ [■■ '■ - i ■■: i. :"r.- m'i;
ÏR Bipagne y < 'iOpatiencu. =
410 ANALYSE DE WENThEE E,\ ESPAGUË.
Cependant ce repos commençait à être fatal aux chevaliers eiix-mômes, et surtout au peuple de France. Les
EH EspACHE. ■ La Chronique de Titqiin et lea deux Chroniqu'M de Jean de Navarra el de Gaiilier d'Aragon a, tels lonl, si l'on en croit Nicula* ds P^ldoup, le) documents oii il a puïsi Ions les éléments de iim pafmt. Pour la Chronique de Turpin. on n'on laiirnil douter, el la première partin de X'Eittriê m Etpogne'M a été certaine ment empruntée. Hnis on ne peut rion dira de précis au lujet dei deux ouvrages de Jean cl de Gautier, où l'on trouvail, parntt-it, le récit complut de l'expédition d'Espn^ne anlérieuremenl à la trahison de Ganelan, Kc leraicnt-ce pas là deux noms supposés? Bllticolasde Padoue, qui pillait trop réellament nos vieux poc'tes. n'n-t-il pni feint d'imiter deux annalistes... imaginai res? Nous serions Tort tpntédc le croire. Quoi qu'il en soit, voici les passages Tort curieux oii notre cumpilaleur ncut inol au courant de ses procédés lilléraires; on peut se tenir on garde contre In bonne foi d'un auteur qui nous raconte gravement comment il h rcfu de Turpin lui' m■^mË rordre exprès d'écrire un poëme de vingt mille vers : ■ L'aroovesque) Trcpins. que laol feri d'espée, — Enscrît de sa man l'estorie croniquéc : — K'nloil bien onle(n]duc tors que da gîsnt letrée,~Gns noit, on durmand me vint en avisée — L'arcpvcjque meïme cun la csrte aprestéc ; — Comanda moi e disl, avant su desevrée, — Uue por l'amur saint Jaques, Tust l'dstorie rimée : — Csr mn arme en seroît scmpres Becorue et lùAée; — El por ce toi *i je reMoric cDinencée, — Aceqeclesait entendue et jantée. i (Fol. lv",) = « Se dam Trepin list bref sa Iccion — U je di loug, bleismer ne me doit bon : — Ce que il trova bien le vos canteron. — Bien dirai plus à chi'n poito o clii non ; - Cor dous bons cicrgi*, Çnn-gra» el Gauleron, — Çnn de Nnvaire el tiauter d'Arragon, — Ces dus prod ornes ccschuns saïst pont à |toLi — Si uonie Carlos o la flore riranpnn — Entra en Espnigne conquerra le roîon. — Li enmcnsa je, trosque la flnlsun — Do jusque ou point de l'euvrc.CancInn ; — D'iluec avant ne firent mendnn; — Cnr bien contra Trepin la Irnïson — (Jue Gucncs (Isl, li encroïmo félon, — Com il vendi o roi Marsitlion — En Ranceval Roltinl et se baron. — G» Irai otor che nomd vos avon -~ Se sunt Irovez de voir ilir conpagnon; — Mais cil Gauler dist plus de nus aulr'on. — Chi danque voull intandre par raison — Vient avant, car jt! loi dirai com — Li ber Rollant, le flii al duc Milon — Peragu oucist que tant estoîl prodoii. — El les batsilcs che parcroniée son — En ver franfois, n'a mol de bergoignon, — Vos dirai taies par bune inteaeiun. > <F- bi r*.) = 9* L'E«trëE eh Ëspagrg est-elle une m^viiE ORWiNALEOii vsr. coMMLATioN? EsT-ELLE DUE Atr HtxE POETE QUE L* Prise de Pahpeuine ? Le sjstËme de M. Gaston Paris louchant les drax pommes qui nous occupent peut, avons-nous dit, se résumer en ces deux propositions fort claires : a. • La prise do Pnmpelune et l'Snlr^e en Eupagne • s'ont d'un seul et tnenie auteur, qui est Nicolas de Paditue. •
— t.f L'a^nvre
e MeuUsde Pudoue, VEipagne, » servi de trait
e les Chansons de geste françaises et les ntali.»
Nous ne saurions
arlmetlre la première de ces propositions; mai», >prËs un«
longue élude de c
problème difQcile, nous pnnsons, tout au conlnire, pouvoir
établir les propos
I Eipagne et e
elle de la PrUe de Pampelune sont neUblenent
. différentes. .
i! ■ ! '■'■ ■■" alexandrins rorlréguliers; V Entrée e»
gspnflne est r, . ,
.1 ' .'liri^cdesdeuxversfr- IK;, ctiln'jaguère
que la BihU ./•■ ■
. 11. 1 m m de ViilenciPHncB, od l'on pourrait trouver
un tel mél^uRf.
.m' "sjHT-ns |i"iiKiir dresser un jour la l.ible coniplèle des
ANALYSE DE VEyTHKË EM ESPAGNE. 411
chevaliers occupaionl leurs loisirs k chasser, h faire de larges dépensos, h tîruger leurs vassaux, à dépouiller
lirailM de CDltfi œuvre lïngulièrc oii les deux rhjtbcnes ont iHé «iiccoBsîvement einployits (du I* I au P iO environ, aleianctrin-i; — itu T 30 su riOO environ, JtoM]rUab« BTce ijuRlriiiM miïlanges d'alexandrini ; — du f* 100 au I* ITO, M- '»<iyll.ibes; — duf 176 & 31,'i (éiiiiode de Nobles), iilcxandrini ; — au ^ Î13, tk^andrin»; — du ^ 314 au f 304. Ici deux rhjthmes tant niaTé*. — U Rn du poëmc eil en alexandrins). Si nous iivians le maiiuscril aous les jeux, nuua dnnnerluns des indications beaucoup plus prérisej ; mais le l^iît de l'eniplul des deux vers n'en est |ias moins au-dessus de toute eonteslalion. = Le sysl^nie des érisions e>l abtnluinent dilTÉrent dans la PrUe et dans i'Bnlrée. On trouve mille fuis daiu le pri'niirr de ces poilmi-s des vers comme le luivnnt ; ■ Quand l'aube ro ap*mi*e. Roland plus ne tarda • (v. 5475). Rien do tel dam VEntrft, si ce n'est ignelque* exemptions fort rares, qui eonllrmenl l» règle. = 11 ; s dei enjambementa dans la Pr'ue de Pampeluni, ei l'on n'en cuiislate point r«nploi dans l'£nlree. = AjaulDiis que In Prise lie Pampelutie est au luioibrc de ces poèmes ofi, cojumele dit H. VauWlcyer ittechercJitt iiur i'Ëpopée fraiii:, pp. 313. 313), il j a tendance i la cobla cop/InMa. Oii, pour parler plus clniremcnt, les premiers vers d'une liesdn répftlent souviml, et presque dans tes niAïuei lermes, les derniers vcri du couplet priicédenl. Par exemple, voici |e* deux ilerniors ver» d'une tirade de b Priim de Painpehate : ■ El quand il la enlendi, ou tout le buen bi'and nus — Ver la plane s'en vint, dolanl de tiel lalitt.i Et voici les deux premiers vers do la laisse suivante : i Dalanl Tu le (Il Mile quand la novelc oi; — Lour t'en vint vers la plaeo ou tout le brand Torbi... I Dans In Prine de PatnpeluHe, ce proci^dé littéraire cil employa si rrèiuemmeut et avec une telle ri^gularlt^, que e^lie cliiinson pourrait passer pour le Ijrpe des poJ>niea capfiniU. Dans l'^lrée en Etpagne, que nous avona analyste avec le plue grand soin et copiée en pivite, nous n'avons remarqué rien de semblable. Celte seule différence nous semble cspllale. ^ • Onpeutajouler aux arguments précédents, dit H. Barlseb {Revue critique, 1867, p. 3G3), que le fait du déplacement de l'accent pratiqué pour le besoin de la rime par l'tuteiir de la AViM de Pampelune, et qu'a lifrualêM. Muss^Da. nese trouve pas 4aot VEnlrée en Eipagne.—b. . La langue de la Pri«e de Pampelune
• n'est pas la même que celle do VEnliée en Eipagtie. ou, du
• moins, de la partie In |ilu> considérable de ee poËme. ■ C'eitiei peut-itrele point le plut diilîcat de toute octlc cunlroverse. Nous prétendons que Niculasde Cadoue, cuni|iilnteur de t'finlrt^ en Eipagne. avait tous les yeux plulirurs manuscrits • en bun rriin(aisi,el qu'il les cupiail presque lilléralemeni, en leur fiiisant seulement subir des variantes orth<^rapliiques ; nous prétendons qD'iln'yavérilaldeMiPntdeNieiilas, dans toute l'Ëntn^e en Etpagne, t\ne\e début, la an el quelques transitions (PI r°;— P5*r*et v*; — C2ia v;— l"30lr*,'elc.). Kn d'autres termes, le l'adouan n'a eu qu'à trouver le 111 pour lier entre i>ux le* dlDireul» poËuie* qu'il compilait et dont les Jilres devaient Atre les suivant* : fEntrée en Etpngne. ou Holaiid et Ferraijta ; la Prise de .Vohies ; RolÊnde»Perrie. Et parmi ces poËmei, lesunsélnientcn déeatyllnbesetles uulrvt m alexandrin*. Telle est du moini rhjrpothèse qui nom parait la plus piaule. La rrise de Pampelune, au contraire, est un pudme composit d'un v.ui Jm, parun seul auteur; c'est Évidemment uneteiivr^: orieiniile, et qui Tul, suivant UHU.éerilueurrancaispar un l.undmrrl. Ëii ciiniparaiit en efTet Ik lanjpiedes deux ^otaes, im «e eonvaincm aisi'ment : - yu'il j a dans l'finlree en Espagne dos UHideli purement rriu^iiisetsans m>'-l:iiigi< d'italianismes; — que, dans la même ohanton, il ya de c<.-rl»incs liiiiue» rutU'inent italianisées, el que celles-li sont l'oiivre d» Nicolas de l'nduui'. qui reli:iii par
IPART. LIVR.I.
aiAP. XVIII.
les orphelins, « à donoier pulcelles et dames en secrois », c'cst-à-dii e à séduire les jeunes filles et à corrompre
difTérentes parties de sa compilation (t^ 1 r"; f* 213 v'; f* 304 !*•, etc.); — quo, dans la Prixe de Pampelune, tous les couplets s^ms exception sont écrits dans la même langue, ot que c<^'ltc langue ressemble tout au plus aux tirades italianisées de VEnlrée en Espagne^ mais à cnlles-Iù seulement. » — ' Reprenons chacun de ces trois point?, et abordons-en la démonstration. — Qii*îl y ait dans V Entrée en Espagne des couplets rrancliement et purement français, c'est ce que prouveront les citations suivantes. Certes (à part quelques léjçères variantes orthograplii(|ues), un trouvère « de France a ne se fût pas refusé ù signer ces couplets :
« Or oit bien, ce croi, sis ou cinc Ans puses Qu'on |icriloz rc|)ois ot plains <lc vanilë<t Kt nos ot lot cVstor siint cMot ot rogii'S, Et à do5<»ritor los iiovros orfanôs.
Los rrimiiiniis fun^oz snnt sor vo« aninssi^s. Los armes et los cor* de voz sunt onj^a^és Au Hiahlos «l'iwfors. Quant les racinloivs. S'a rist pont orcmlniit no vos onln*|»onst«s ? Et jo <li et ronsoil que lo nrinier soii*.? A «Mitror ou Kspa^no, no ]>inH uiot n'eu parb'^s. No vos ainonii uiay^ por vostro uialvaistes. Ifliolz valt sovoul lalsir qu'eslre trop avorbôs. Sopior barons, disl-il, qn'esti's ci asonblôs, Romonbn^ vos lo (rrant dosloiautt^t Quo noz a fait Marsillc dès lo tonz trcspassô".... Barons, i-o vos fiisse «lo mon dit ajçrevi***. Pri voz que dou nicillors tntros vos avisitîs. »
{Entrée en Espagne, ms. do Veuiso. P> 4 )
• Savés por qoi sui on cist diz onln''?
Por vos barons qui tant sont es^art^
Qu'iut por di'fandrn vus dmiz. Si>. vos l'avë,
(inuit no polit n* i a un mot >onc^ !
Mais pues qo sui par destin arivé.
Dont je vos di qo jo suis aprosté
Do la bataille de bonne vidante.
Et pr(»vor:ii, par vivo voril»'*.
Que niariau'o qui se foit contro ;i^r«^
l>'oui ni do f.uuf, n^vdli» la loi Diî!
N'en dirai plus; qar «lit m ai a*'. »
Alaiil se laisl, mais nVst mie oroh-.
De son estant tant no (|uanl remué. {Ibid., f" 23îV '■
P.tr déliez uns l)osr;»,;o ont la pla^no pa<Si''.',
l>el lcrlr«* de Jerouie poiereiil la moulée...
D'autre part ilrsifudirenl en l'ascure v.dre ;
Par une ^^aslc lande >'o<t l'osl acbamiu*').'.
Hernars biiMi les ronduit «pu savuit la eontn'O.
Les banins cevairereut rfscuns te>le basée;
Ne savent eu qu»! part soit lor voie adn'oéo.
Li uns regardent l'autre coiemaul. à eelée :
« E Dicx! feil l'uus à l'autre, cuiu frite dosrvréc
a Frit lUdlatit d(« sou ouclr, sainte \ov^en loée.
■ par lui piii'l rnrui e>ln' lolf losl jM'rillt'e.
• Quel part aluuii;8 nos? Où est nostre ouborgde*
» Ne Irovrnimcs terre no s«»il desi'ritée. »
Al livspassiT d'une cive s<' fu l'osl arrslée :
Avant que totc l'osl soit d'imlrc part pasée,
S'auroit maintes paroles dites et divisée. (Ibid., f» 178 v*.)
Et, dans la môme œuvre, ou plutôt dans la iiicmc compilation, on trouve des tirades tout entières qui sont énergiqucmcnt italianisées. Est-il permis de supposer, par exemple, (luc !cs laisses précédentes soient de la même main que les deux couplets suivanls, le premier ot le dernier de VEntrée en Espagne :
A!«ALYSE DE VESTKEE EN ESPAGNE. ilS
les femmes mariées : occupation de garnison. C'étaient, à dire le vrai, les délices de Capoue, et Ton pouvait
Kii lionor cl en bion ot en gran ramenbraaçe
Et nflVTanl |Ntr ce boiior o relcbmicc
I>c Ci'liii clie fior nos fu feric de la lance
l'or trcr n)^ o nos nruies d«; la enfornal poî^'tanço
|Ët par son] saint Apo^lrc qi tant oit penetanç*.*,
l'or fi'ir qe rexun» fu en veraic créance
Oc I*cr e Fiiz, Espirt sunt in une Siistançe ;
Cest li barons saint Jaques de i|i fazun la nicntanzc ;
Vos voil cantor et dir |ior renie et por sentançc
Tôt ensi couic Caries el* bem4i;e de France
Entrèrent en Ëspaçm» et par ponte de Iniiçc
Conquistrent de ^aint Jaques la plus mestrn hahiUinçe.
No Usèrent por stornie ne por autre pesanze.
S'il u ansml leisié por une difiniaRzc
Qc lor tist Cacnelos, le »irc de lla;;anze.
Coronez en sera, n'en serez en dotanzo,
Uolaiid par clio l'estonc et lo canlcr conianzc,
Li inclors chevaliers qui le^rist en sianzc.
Ben li voz dirai, s'un jKii fêtes sillanze. (Ms. de Venise, ^ 1 r*.)
Ci tourne Nicolais à rimer la complue
I)e l'entrrâ de âpa(^ne, qui tant e sUm; esconduo
Par ce ch'ellc n'e«loit par rime componue.
Da cist pont en avant, ond il Ta proveiie
Pour rime, cum celui q'en latin Ta leiie.
Our cantons de l'istoiro qc doit être entendue
Da cnscun q'en bonté ha sa vie dis|K>nue. (F* 304.)
Dans la Prise de Pampelutie, au contraire, toutes les laisses t avec une remarquable unité de style, de rhythnie, d'inspiration cl de langue, sont écrites par le môme poi3tc, par un Italien rimant en français. Nous venons de citer quatre ou cinq tirades de V Entrée en Espagne; toutes celles de la Prise de Pampelune ont quelque rapport avec les deux dernières, mais n*ont pas la môme physionomie que les trois précédentes. C'est ce que prouveront les citations suivantes, faites au hasard :
^uand Rolland vit de Slorjipes l.i porte en^i scrde E lo pont sus levé e la j^iant aprestée Par defandro lo ni:ir c la tour e rnntri'c, I)i*sour l'our de la fu c sour sa l.inc<! m-erée S'»iH>ia. c dist en aut vers lu giiMit desfa«M : fl Nulles randre la vile, sans prandre aiiln* moslde, A l'Ëmpericr, vers cui n'i a nulo rien ducée, B ne |»er(lriés duu velro vaillant une do|ii|r('0; Ains vous sera dou notre doirnis à griiiid plnnU5e Ou autrement avds vetre mort pourcharée. * E celour repundrent : c Folie avcs pensée Quand cuidiés clio la ville vous soit >i to.il donéo Pour iKirolei contior; mes rlèrciunil araNM*
L'aiires. avant clie vous l'nirs don tout ii^naç^née;
Car bien la défendrons vi>r» lu gionl hutizée.
Jusque tant que E:<turi;ant fera ù nous retournée :
Car mont lost li sera la novele noncée.
Ond il revindra à nous sens nuln demorée,
A tel p.int che fera la voire coruucée. »
Quand Ilulland li en'.eniii, si dist con ricrc iréo :
« Foy che je doi Ypsu e la Verzno loée,
NouC vous esproveruns avant ti-rre journée. »
Lour retourna ù sa giant ch'csluit t«Mit ascembida
lluec voisin de lu ; purs, di<l ù su ma>née
Clio suen paveiloi fu<«t e sa enR:i;;n«' drccéo
Devant lu mètre p<irte voi«in à une anw'c.
Adunc. fu sa [lurouie nianlinant ulrnii'i;;
Car iluec fu sucn trief e sa ensu^'ii<> fcrmëo.
Huer tant atendi la personn ■ hoitoréo
Che Zarlli-muf^nc fu et sa (^iunt arivéa. {Prise de Pampelune, ms. do Venis<*, fr. V,r' UO a «l 6; édU. IfussaHa, pp. it)\, UVi )
Il FAUT. UVR. I.
Cil.%P X%lll.
JU AtiALÏse DE L-EHTRÉES\ ESPAtSSS.
craindre qu'une oisiveté si mal dépensée ne fût fatale à la France. Chasle au milieu du dévemonda"e universel,
A Tial mil dniert clie pour !• GliM nvou. Alldm^iow TÏDdn ou nom, eh'll i ■ niioni, Cirpeal noui eoBdiin uni crli > leiu leanni TrdwiMnuiiit ) b <rtlle et 1 reai irt diâu»; Moi hn orrir U parts diiDl cIm ihhu mtoiii Le Hcon roi Hanills, cl cnii <l«u enlrurai». lIbid..paBa. tM. Huu
M. Piiiil Mcjor (RnAercAtt sur l'Épopée frnnpBùe) fait encore reraani"Pr, BU tujcl de la langue des deux poËmi^s, que te mol ourf (autsi, c'est poun|irni) eit un mal îLalien qui niviFiil à tout moment duni la Prise de Pamprlune (v. tS, 63, 81, 9e, lOT, 115, eu.). • El ce niol lie <r trouve qu'une seule foi» <laiis les 900 vers de VEnIrêe en Espagne qu'a piiblièi N, L. Gnulier. Il en est de mèiue Je trou (trop). • = De loiis le> lexlw qui priiciîilciil pi du li-ur rspprovliement. il nous »era permis de conelure ■ que l,i lur^m- il- ni* ili-iix poëmes n'offre *érilahlomonl les mâniei caraeliro» que ditii? .iir.'l.jn. - (ii:iil<- de \'Entrée en Eupagne >■ El encore ne donnoni-naiis ri'ii<' <l 'i hh'i i' ^imiliiuclc que comme une hvpolhèic qui n'a rien de véritBblem'inl,^' i>'iiiLtîi;iii.'.— c ■ Le sljle
• de VEnl'rie en Espagne et celui de la Prite de Pampetitne
• n'ont riendc commun. >I1 (ïiucIruiLici renvojer à la lecture ilei deux (KiJjnies. L'un, ïEnIrée en Eipagne, est dam sa première j)ariic (ftoland el Ferraguti calqué sisez Eervilement lur la Chronique du faux Turpïn, dont il a loulus les allures lliéologiques et l«n(e«. L'autre, la Priit de PampelKne, a partout le style niililaire, Dnn« ci'Lta olianion qui, suivant nous, est rmuvre d'uu Italien contemporain de Dnnle, il le mAle i ce Ktjile militaire une érudition curieuae, une certaine connaissance de l'antiquité qui éclate preuluo â toutes te> pages : • Trosquempnt l'cndemain cli'il fui lievé Febus — El quant l'Emperier villa clarté de rtCtu,— Vestir se lis! ■ (vcrs5S8l-83). — >Roi Tarquin ijuand Porsf ne pour péor le fkili .(vers 1190). — • Sacrer le temple YetiUK i l'onour ïhesu Crisl s (vits 1300). — « Clie ne fu Âmiliu$ pour le primier
• Roman ■ (vers 1407). — Oii<|uei meis Criaron ne fu en lie! cafrois — Ao Durât, quand Pompiu li venqui siens beirrois ■ (IGT6, 1ST7). — • Cornent Camitiai desconlist li Gallois i> (idS). ~~ • Pensiés corn riva â buen destin — MiUiridatei, le roi crniin, — Ctie se cuidail défendre entin — Contre Panpieu le palatin • |30!l-303.1). Etc. J'en appelle à tous ceux qui ont lu lieaucoup de Chantons de gosle : ces allusions i l'anliquilé ne sont-ellGs pas des plus rirei dans tous nos autres poëmca? On me citera deux ou trois allusions de ce genre dans r£nfr& en Ëtpagnt: '^oti e'enpera Eneat deCartahibge •fPiSOt'i. ■ Quant il veutl contreferc le OU mi Philipon ■ (f 5). Hais ces allusions m rapportent aux deux légendes d'Alexandre el du Troie, qui, par unu Torluna si ngul lire, ont été très-pôpulaires du moyen ftge. — Autre observation. L'auteur do VEntrie en Etpagjie est très-partisan des longs prologues el des longues tranaiiions oiï il indique ses sources; il est bnvnrd. il nïnie à parler de lui; i nous cncber, puis i nous dii'' ^im luini. (Ii> ii<> tniinf iinlie préoccupation de
■ danslii Prite de P'i"')'-'l'"ii', <\ , il i-i \i,n, nmi'i ne pntsédon» uns
le c
- On .1
(ehoM assurément trùs^lrann
£ de K'
frémissant d'impatience au milieu de l'assoupissement "^X^xvih.'* général, le seul Roland s'indignait.
Nous ÇarUemapic, ao Dieu honour.
De Rome droil cmpercour, Et roi de France, o eiicour seignour, De crcslicnté sens nul irour...
{Prise de Pampelune, v. 2969-72.)
Et dans VEnlrée en Espagne : « Nos, Marsilc par la Dcx grâce », etc. (f* 8). l^lais dans noire système, rien n*est plus facile à expliquer que cette analogie, |ftuisquc, d'après nous, Tauteur de la Prise de Pampelune aurait connu VEnirée en Espagne et aurait pu rimiter en certains points. = Du reste, nous avouons que le meilleur de nos arguments n*est pas suéceptible d'être exposé ici : nous croyons qu'une lectuic attentive des deux poëmes convaincra le lecteur de la profonde dissemblance de ces deux œuvres. La Prise de Pampelune, œuvre vive, italienne, correcte, régulière, proportionnée, sans traits, sans 97lo^v, ornée d'une majesté tranquille; VEnlrée en Espagne^ œuvre de plusieurs auteurs, française, disproportionnée, facile, pleine de traits, semée de mots cornéliens; traité Ihéologique à son début; chanson presque rude et presque primitive, militaire et antique en son milieu ; roman d'aventures par son dénoùment... — d. « Cependant on retrouve dans VEnlrée en Espagne »ct dans la Prise de Pampelune les mêmes personnages présen- »tcs sous le même jour et la môme action continuée dans le «même sens. » C'est ce que M. Gaston Paris a mis en lumière, et l'on ne peut ici que lui donner tout à fait raison. 11 est un personnage qui joue un rôle important dans VEnlrée en Espagne^ et qu'on ne voit pas figurer dans nos autres poèmes : c'est Samsonnct, le fils de l'amiral de Persie, qui est converti par Roland durant le séjour de ce héros en Orient, qui accompagne en Occident le neveu de Cliarlemagne, et qui est mis par l'Empereur lui-même au nombre des douze Pairs à la place d'un autre Sainson, dont on pleure la mort récente. Eh l>ien ! nous retrouvons dans la Prise de Pampelune le même Samsonnet avec les mômes aventures dans le passé, avec la même physionomie dans le présent:
Ë Saruon le Pertant contre lu randuna Sour un delrier d'Kspa^ne que Isorids envoia A Rolland, nuits le duc à Sanson le dona. Quand il d'outre la mer à Zarlle repeira.
(Prise de Pampelune, vers 4521-4521.)
« Sanson sui », dist Sanson, « je n'ai soing do moutir. Fil sui aou roi de Perse cui Di*Mi puisse xamplir. » Quand Maozeris l'oï, Ireloul prist à rogir : Car Gercmanl le aoit par le suen convertir.
(Ibid., vers 4974-4977.)
L'auteur de la Prise de Pampeluïie met ailleurs Samsonnet au nombre des douze Pairs (vers 120-i). Bref, ce lils de l'amiral de Persie a, dans les deux poëmes, une importance que ne lui donnent point et qu'ignorent même les auteurs de toutes nos autres Chansons de geste (vers 2149, 2182, 2329, 4^8ô, etc., etc.). = Il en est de même d'isoré, fils de Malceris, prince sarrasin de Pampelune. Les deux chansons que nous comparons sont d'accord pour donner a ce jeune païen une physionomie très-aimable et pour lui prêter une conduite très-noble. Or, nous ne trouvons nulle part ailleurs ce personnage tout à fait imaginaire [Enlrée, r» 02 r" à f" 12.'i i'\ etc. ; Prise, vers 174; CSl à I2GU; 4152 et suivants; 42^; 4252 et suiv., etc.). = Dans les deux poëmes, Malceris est également présenté connue le beau-frère du roi Marsile {Entrée, f» 107 r'*; Prise, vers 642). = Il est bien d'autres rapprochements que 1 on peut faire.
"auî.ïVlu/* Il était temps de réveiller l'Empereur et l'Empire. ~ Lwir^ Saint Jacques apparut, une nuit, au chevet de Charles,
Miint JncilUOA apimmil à Clinrlcs K>t()us, dans les doux romans, csl cxactemeiil présenté sous les mômes cou-
d'aUrr fin Fs""^ ^'^"" " ^'***' ''*"* **'^^ ^'^"'^ poi'mes que sa gloire de mauvais plaisant s*ép inouit drlivriT ^ ^^ P^"^ complètement sans nuire aucunement à sa gloire militaire {Entrée, «on lomboaii. f-il v* à 211; f^ I3G r; f iiô y"; f» 178 i**; f« 218 r; f 24i r*, etc.; Prise, vers i:»Of)-iî2iO; i2(MI et suiv.; «35 et suiv.; 4323 et suiv.; 4331 et suiv.; 4450; 448U-4497; 4050-i880, etc.). = L'amiral Fauciron ou Falceron est mentionné dans les deux œuvres (Enlrèc, f" 155 r*; Prise^ vers 3274). = Les Allemands, les Thiois y S(mt offerts au lecteur dans le même rôle, qui n*cst point brillant (A/itrfe, f» 128-236; Prise, vers 218-220, etc.). Dans les deux poèmes» Roland commande vingt mille hommes pour TÊglise romaine; dans les deux poëmes, il est sénateur romain. C'est, du reste, et ce sera sd physionomie dans tous les poëmes italiens. = En résumé, comme on le voit (et malgré quelques nouveaux personnages introduits par Tauteur de la Prise de Pampelune)^ ce sont les mêmes héros (|ui, sous les mêmes traits, font figure dans les deux chansons. L'action de la seconde continue d'ailleurs très-exactement l'action de la première, et les deux parties principales de YEnirée en Espagne, la prise de Nobles et le séjour di^ Roi md en Persio, sont très-clairement mentionnées dans la Prise de. Pampelune (vers 21M)3 et 4524). Mais de toutes ces analogies, ou plutt^t de toutes ces ressemblances, faut-il conclure que les deux poëmes sont dus au môme auteur? Il nous semble qu'on doit, en saine critique,- se borner aux conclusions suivantes : — ' L'autkir hv. la Prise de Pampe- LUNK A <:ëktainkmknt conm: le puemk de l'entrée en Espagne et s*est PROPOSÉ DE LE CONTLM'ER. C'est cc qui res:iort de toute la démonstration précédente. = • Mais, quel oie soit l'auteur de la Prise de Pampeli'NE, il ne s'est pas servi des mêmes procédés urE l'auteur de l^Entrée en ëspacne,
COMME l'attestent LES DIFFÉRENCES QUE NOUS AVONS SIGNALÉES PLVS HAUT DANS LE RHYTHME, DANS LA LANGUE, DANS LE STYLE ET DANS LA COMPOSITION DES DEUX OEUVRES. — ' L'AUTEIR DE L'EnTRÉE EN ESPAGNE EST UN COMPILATEUR AYANT SOUS LES YEUX PLUSIEURS M.VNUSCRITS QU'lL COPIE ALTERNATIVEMENT; L*ADTEDR
DE LA Prise de Pampelune est un poetk profondément original et ne COPIANT aucune authk iKivRK. M. Paul Mcyer dit ici pour conclure : « Les difTérmccs que je trouve entre ces deux textes sont telles qu'il est impossible qu'ils !>oicnt du môme auteur » (l. 1., p. 312). Et M. Bartsch adopte sans réserve les mômes conclusions (/ici'Me critique, 1807, p. 203). = *»Mais si Nicolas de Padoue n'est pas l'auteur de la Prise de Pampelune qui est parvenue jusqu'a nous, il a certainement composé une autre prise de pam- PELUNE, ou, POUR MIEUX PARLER, UNE SECONDE PARTIE DE L'ENTRÉE EN ESPAGNE.
Nous en trouvons la preuve, absolument irrécusable, dans ces vers de VEntrée en Espagne, que nous avions inexactement publiés en notre Notice et en notre |)remière édition des Epopées. Ces vers, notez-le bien, sont les derniers de VEnlrée : « Ci tourne Nicolais à rimer la complue — De V Entrée de Spiifine quêtant e siée cscondue — Par ce cirelle n'estoit par rime componue.
— I)a cistpouten avant, ond il l'a proveiie — Pour rime, cum celui (feu latin l'a leije. — Our cantons de l'istoire qe doit être entendue — Da cascun q'en boulé ha sa vie dispoiuie: Avant q'à Roll. soit. 0 Ce dernier liéniistirhe est la moitié du premier vers de celle Prise de Pampelune dont Nicolas de Pa«ioue fut rautem-, mais ((ui n'fst pas relie dont le texte est parvenu jusqu'à nous. ElMcolas «lit ailleurs qu'il poussera son poëme : « Trosque la finison
— l)o jusqu'où point de l'dMivre Caneton. »> Il n'ira pas plus loin parce que Turpin a raconté le reste : « Car bien contra Trepin la traïçon - - que Guenes fist. >> Mais il ira jusque-là. Rien n'est plus clair, et
ANALYSE DE VENTRÉE EN ESPAGNE. iil
et, tout éblouissant de lumière, lui rappela le vœu qu'il "''^«^ ï^'^» »• avait fait jadis à Vienne d'o^/o^^r sur lagent de Tutelle ei
Ton peut conclure en deux mots que Nicolas de Padoue a été l'auteur d'une suite de V Entrée en Espagne^ d'une sorte de Prise de Pampelune; mais qu'il n'a jamais rimé de Roncevaux. — * La Prise de Pampklune, de Nicolas de Padoue, a été reproduite et défigurée dans les différentes Spagna en vers £T y:s prose. Nous avons vu plus haut (sans parler ici de la Spagna in rima et de la Hotta) qu'il y avait eu deux familles de mss. de la Spagna en prose : l'une est la Spagna proprement dite; l'autre est le Viaggio. Or, nous aurons lieu de résumer plus loin ces deux documents, et l'on se convaincra qu'ils ne ressemblent pas à la Prise de Pampelune qui est parvenue jusqu'à nous : on verra mémo qu'ils ne se ressemblent point entre eux. A coup sur, la Prise de Pampelune de Nicolas de Padoue, celte œuvre aujourd'hui perdue, a été reproduite et remaniée dans les différentes Spagna en vers cl en prose. Mais il est aujourd'hui fort difQcilc de déterminer quelle est celle de ces rédactions où elle a été conservée avec le moins de changements. =10" Valeur littéraire. Voy. les pp. 414, -415.
11. ÉLÉMENTS HISTORIQUES DE VENTRÉE EN ESPAGNE. — L'Entrée EN Espagne peut se diviser en trois chants, en trois parties principales : 1* Roland et Ferragus; 2* la Piise de Nobles; 3° Roland en Persie. Ces trois épisodes de notre poëme n'ont en eux-mêmes aucun fondement historique. Nais deux faits profondément historiques sont racontés par Nicolas de Padoue et servent de cadre à son poëme, et ces deux faits sont : !• l'expédition de Charles en Espagne; 2* le siège de Pampelune par l'armée des Franks. Eginliard en sa Vita Caroli et l'auteur des Annales qui lui ont été longtemps attribuées, l'Astronome limousin, le Poêle saxon, et vingt Chroniques qui reproduisent les Annales^ sont unanimes sur ces deux faits importants. « Caro-
LUS HiSPANIAM ADGREDITUR ET PAMPELONEM IN DITIONEM ACCIPIT » : CCS paroles,
tirées des Annales qui ont été attribuées à Eginhard (ann. 778 : cf. la Vita d'Eginhard, cap. ix), contiennent en germe tous les cléments historiques de nuire Entrée en Espagne. Mais, dans l'histoire, Charles est surtout guidé par des vues politiques et, dans la légende, par des idées religieuses. D'après les Annales, il profîte de la soumission et des avances d'ibinalarbi, gouverneur de Saragosse, pour envahir cette Espagne qu'il veut annexer à son royaume; dans la légende, saint Jacques lui apparaît et lui dit : « Mon tombeau est aux mains • des païens. Délivre-le. » L'Aslronome limousin parait concilier entre elles l'histoire et la légende, en disant que Charles, dans son expédition de 778, avait en vue la défense de l'Église et des pauvres chrétiens d'Espagne : « Labo-
RANTI ECCLESI^e SUD SARRACENORUM ACKRBISSIMO JUGO, CHRISTO FAUTORE,
suFFRAGARi STATUIT. » — Quant au siège de Pampelune, nos vieux poêles ont vraiment eu à en inventer tous les détails : car l'histoire ne leur fournissait que le fait brut, en deux ou trois mots. = Nous avons jugé utile de dresser à la fîn du présent chapitre un tableau offrant : 1<* tous les textes historiques qui se rapportent aux difTérenles expéditions de Charles ou de son (ils en Espagne; 2* toutes les légendes épiques auxquelles ces textes ont donné lieu. = U ne faut pas oublier que la guerre d'Espagne est le centre de l'hisUjirc poétique de Charlemagne, et que nous ne devons rien négliger pour mettre en lumière les origines d'une légende aussi considérable.
m. VARIANTES ET MODIFICATIONS DE LA LÉGENDE. — La légende de
VEntrée en Espagne a donné lieu à un grand nombre de récils que nous allons
d'abord énumérer rapidonuMil, et qu'ensuite nous passerons successivement en
revue : 1"* La Cliansonde Roland, composée entre 1066 et 1095.-2'* La^Chro-
I( PART. LIVR. I
CHAI». XVIII
de rendre libre le chemin des pèlerins: «Le temps est venu d'accomplir ce vœu. » Peu de temps après, Charles racon-
nique du faux Turpin. (Les chapitres i-v sont probablement rœuvrc d*un moine de Cûinpostclle écrivant vers le milieu du xi* siècle. Les chapitres vi et suivants, œuvre d'un moine de Saint-André de Vienne, n'auraient été écrits, suivant M. G. Paris, qu'entre les années 1 109 et 1 1 19.} — 2^'* La Chronique anonyme dédiée à Frédéric i" vers 11G5, et intitulée: De la sainteté des mérites et de la gloire des miracles du bienheureux Cliarlemagne, ne fait que reproduire le faux Turpin. — 3« La KoUerscronik (xiP siècle). — P La Chronique saintongeaise (Bibl. nation., fr. 1 ai-, commencement du xiii* siècle). — 5*" Un vitrail de la cathédrale de Chartres (fin du xii» siècle). — 6* La Karlamagnus-saga (compilation islandaise rédigée sous le règne d'Haquin V (1:217-1^63). C'est d*aprfes une autre source peut-être qu'au xv** siècle fut publiée en danois la Keiser Karl Magnus's Kronike. — 7* Etienne de Bourbon (t 1261). — 8" Lucas de Tuy (t1250) en son Chronicon mundi. — 9* La Chronica Hispaniœ de Roderic de Tolède, mort en 1247 (livre IV). — 10» La Cronica gênerai d'AlfonseX (t 1284).
— Il" La Chronique du manuscrit de Tournai (xin* siècle). — 12* La Chanson des Saisnes (fin du xii" siècle). — 1))" Le roman de Jehan die Lanson (xiii* siècle).
— 14" La Chronique de Philippe Mousket (t 1283). — 15" Le Charlemagne de Cirard d'Amiens (commencement du xiv" siècle). — 16" Le Karl èleinet, compilation allemande analogue à celle de notre Cirard (premier quart du xiv* s.
— 17" Le Charlemagne et Roland^ compilation anglaise analogue aux deux précédentes. — 18" L'Office de saint Ciïarlemagne, à Girone (vers 1350). — 19" Les Chroniques de Saint-Denis. — 20" La Spagna en prose du manuscrit de la bibliothèque Albani à Rome, œuvre du XV' siècle, postérieure à la Spagna in rima. — 21" Le Viaggio^ autre Spagna en prose du \\* siècle (manuscrit de Pavie). — 22" Une Description des églises de Grenoble au xv" siècle. — 23* La Fleur des Histoires de Jehan Mancel (xv" siècle). — 2i" Les Neuf Preux^ compilation du XV" siècle. — 25" Le Charlemagne et Anseis^ en prose, de la bibliothèque de l'Arsenal (anc. B. L. F. 2U*>, xv" siècle). — 26" Le Catien du ms. 3351 de l'Arsenal, celui du ms. de la Bibl. nation., fr. 1^70 et celui des incunables (xv"-xvr siècles). — 27" Le Garin de Monlglane incunable (xv*-xvi* siècles).
— 28" Les Conquestes de Charlemaine, de David Aubcrt (li58). — 29" La Chronique de Weihenstephan (xv" siècle; l'original est peut-ôtredu xiv"). — 30" Les Chroniques de France en vers, do Guillaume Crétin ;1525). — 31" La Chronique française du manuscrit 5003 de la Bibliothèque nationale (xvi« siècle; l'original serait tout au plus du xiv" siècle), dtc.
Reprenons maintenant, un à un, les plus importants de ces récits, et donnons-en une analyse.
1" La Chanson de Roland nous introduit, dès ses premiers vers, dans l'Espagne où Charles est occupé depuis sept ans à combattre les Sarrasins. « Caries » li reis, noslre Empercre magnes, — Set ans tuz pleins ad eslet en Espaigne » Trcsqu'en la nier conquist la terc allaigne. » (Vers 1-3.) D'ailleurs, cette épopée primitive ne nous parle pas en détail de l'entrée en Espagne et no sonne pas un mot du combat de Roland avec Ferragus, ni, à plus forte raison, de ses aventures eu Perse. Mais il n'en est pas de môme pour la prise de Nobles, à laquelle il est fait plusieurs fois allusion dans la Chanson de Roland. Roland lui-même dit fièrement à l'Empereur : t Set anz [ad| pleins qu'en Espaigne venimes; — Jo vus cunquis e Noples e Commibles. m (Vers 197, 198.) Et ailleurs Ganelon, jetant cauteleusement des accusations contre son beau-fils, dit à Charles : « Ja prist il Noples soinz le voslre cumant. — Fors s'en eisr.irent li Sarrazin dcdenz; — Si s'cuuihatirent al* bon vassal Reliant. — Pois, od les ewes lavât les prez del sanc : — Pur ço le fist, ne fust aparissant. *
tait, tout ému, celte vision à ses chevaliers, dans un con- ";;;"J i*;^'"
O • 1 £\ m • •\ * lia'
seiltenu à Aix-la-Chapelle, et il mettait aux voix cette pi o- "
(Vers 1775-1779.) Ces vers seraient absolument incomprchensiblos, si nous n<; possédions pas un texte précieux de la Karlamagnus-saya, où Ton voit Roland et Olivier prendre Nobles sur Tordre de rEmporcur. mais tuer le roi Fouré que Charles leur avait enjoint d'épargner, lis cherchent, mais en vain, à effacer les traces de ce sang répandu contre la volonté du grand roi. Et c'est alors que Roland reçoit au visage ce fameux coup du gant impérial: c'est alors qu'il se retire sous sa tente. (Voy. V Histoire poétique de Charlemagne, p. 263.)
2» La CURONIQI-E DE Tl'rpin. Le faux Turpin, dès son chapitre second, raconte « comment Charlemagne fut exhorté par Tapôtrc Jacques à délivrer des Sarrasins l'Espagne et la Galice >. Charles est épuisé, et veut prendre un repos auquel la conquête de l'Occident lui a donné qnel(|ue droit. Tout à coup, durant certaine nuit, il aperçoit dans le. ciel une belle voie d'étoiles qui part de la mer de Frise et passe au-dessus de la Gaule et de rAi|uitaine, pour aboutir à la Galice, où repose, inconnu, le corps de saint Jaeques. Plusieurs nuits de suite, le grand Empereur considère cet élranj;e speclaile. Enfin l'.ApiUre lui apparaît, et lui dit: « Je m'étonne que tu n'aies pas encore pensé à délivrer k des païens le pays où mon corps est enseveli. Va donr, et eutre|)rends e»*tu* » œuvre. Cette voie d'étoiles est le symbole du chemin (pii conduit à mon toin- 9 beau, et ce chemin, grâce à toi, sera bientôt couvert de pèlerins. « Charles t*appréte; il part. (Chap. ii.) — Les murs de Pampclunc tombent miraculeusement devant les chrétiens vainqueurs. Tous les Sarrasins qui reçoivent le baptême sont épargnés ; les autres, tués. L'Empereur visite le tombeau de saint Jacques; puis, va à Padron, sur le bord de la mer, et plante sa lance dans les flots, rendant grâces à Dieu et à saint Jacques de l'avoir conduit jusque-là. Padron (il convient ici de ne pas l'oublier) est la ville signalée par la légende comme le Ueu où débarqua saint Jac({ues quand il vint évangéliser l'Espagne. (Chap. ni.) — Charlemagne détruit toutes les idoles de l'Espagne • prêter idolum quœ est in terra Alandahif, quod vocatur Salamcadis. » Mais, « à Cadix, il y a une idole de Mahomet nommée Isalam ou Islam, c'està-dire Dieu en langue arabe ». Cette idole est pleine de dénions, et nul ne |)eut la briser. Sur le bord de la mer est une pierre anli(iue, ch'vét; aussi haut dans le ciel que le vol d'un corbeau, et qui soutient la statue d'un honnne tenant un bâton (clava) dans sa main droite. Ce bâton doit tomber le jour où naîtra le roi de France qui doit conquérir la terre d'Espagne. Il est tombé à la naissance du fils de Pépin; les païens, épouvantés, s'enfuient. (Chap. iv.) — L'Empereur construit une belle basilique en l'honneur de saint Jacques; il bâtit d'autres églises à Aix, à Toulouse et à Paris. (Chup. v.) — Ici se termine le récit vraiment primitif de la Chronique de Turpin, celui qui fut écrit au xi* s. par un moine de Compostelle. Le reste est d'une autre main, et pourrait être considéré, suivant M. G. Paris, comme l'œuvre d'un moines de Saint- André de Vienne, écrivant au commencement du siècle suivant. Les chapitres vi-xiv sont consacrés uniquement à ces guerres de Charles contre Agolant dont nous avons déjà donné le résumé. L'Espagne est en partie le théâtre de cette grande lutte, et le faux Turpin donne le nom de hélium Pampilouense à la dernière partie d'une lutte dont Pnnipelune est le prix. Certains chrétiens, trop avides, s'attardent à recueillir du butin sur le champ de bataille ; Altumajor les surprend avec ses Sarrasins et les tue jusqu'au dernier: tel est l'objet du chapitre xv. — Charles demande un jour a Dieu, fort indiscrètement, de lui faire connaître ceux de ses solti^ts qui d«ùvont mourir dans une guerre qu'il entreprend contre le roi Fouré. Une eroix rouge apparaît sur l'épaule de ces prédestinés. C'est en vain que l'Empereur veut les dis[iuter
420 ANALYSE DK VEXTREE E\ ESPAGNE.
Il PART. LivR. I. position qui allait diviser les barons : « Faut-il faire la
CHAP. XVIII. t' T
» guerre aux Sarrasins d'Espagne? » Deux partis se for-
au ciol el les cache dans son oraluire; il les y trouve iiiorls à la fm de la gui'iTi*. Quuiil au roi Fouré, il est vaincu et iiieurl. (Chap. xvi.) — Ici seulement nous entrons dans le véritable sujol de notre Entrée en Espagne: la Cfironiiiue de Turpin, en efTot, n'admet pas qu'une seule expédition de Charles en Espagne. Elle nous en olîrc jusqu'à trois : celle du grand Empereur après l'apparition de saint Jaciiucs, celle contre Agolant, et celle cnûu que nous allons racont«T. — Le chapitre xvii de Turpin est intitulé : De bello Fernuitti gigantis et de optima disputalione Holandi. La scène se passe à Natlres (Najera), où le géant Ferragus délie les Français à la tôte de vingt mille Sarrasins. Charles s'^' rend avec une rapidité qui ne coCkte rien à Taut«Mir de la Chronique. Cinq mots, c'est tout : ■ Quapropter Carolus ilico Nageraiii adiit. » La lutte de Uolaud contre le géant est encore plus théologique dans le faux Turpin que dans notre Entrée en Espagne et dans le Charlemagne de Girard d'Amiens. Croirait-on que le neveu de Charlemagne entreprend une démonstration en règle de tous les dogmes catholiques, et notamment de la Trinité? « Fais-moi voir, dit le Sarrasin, comment trois peuvent faire un.t — « Rien de plus simple, répond Roland. Dans une lyre, quand elle sonne, il y » a trois choses: Tart, la corde, la main du musicien, et ce n*est cependant » qu'une seule Ivre. Dans une amaïuie, il y a Técorcc, le noyau et la coque, » et ce n'est qu'une seule amande. Dans le soleil, il y a blancheur, chaleur et » splendeur, et ce n'est qu'un soleil. » Etc., etc. On sera peut-être curieux de savoir comment l'auteur de VEntrée en Eapagne a rendu ce passage. Il a reculé de>ant l'érudition doctrinale de Uolaïul et lui a mis sur les lèvres une comparaison plus militaire: « Vois ce bouclier; fais-y trois trous; puis, regarde » au travers. Tu croiras y voir trois soleils, et cependant il n'y en a qu'un. » (F" 71 r**.) Bref, le géant est vaincu et mis à mort, et c'est ainsi que se termine le long récit de Turpin, comme celui de notre chanson. (Chap. xvn.) -- Une nouvelle guerre s'engage contre les païens, à la tête desquels on retrouve le Himeux Altumajor et Hebraïm, roi de Séville. Pour mieux triompher de Charles, ils emploient un vieux slralagème dont les Chinois seuls pourraient aujourd'hui se servir : les [)aï«'ns se caclK'iit le visage avec des masques cornus, barbus, horribles. Les chevaux des Français ont peur, et s'enfuient. Mais le lendemain, Charles fait couvrir b's yeux de ses chevaux et leur fait boucher les oreilles, pour que leur fray<*ur ne compromette plus sa victoire. Cette fois il est vainqueur, et partage l'Espagne entre les difl'érents peuples de son empire, ((iliap. wiii.) — Telle est l'affabulation de cette partie de la Chronique de Turpin qui correspond à noire Entrée en Espagne et à la Prise de Pampelune. Le reste se rapporte à la Chanson de Roland.
3** Dans la Kaiserscromk, TEmpiTCur, après avoir pris Arles et Cirone, entre en Galice où tous les chrétiens sont massacrés par les Sarrasins. Charles survit seul, et le voilà «jui trem[>c de ses larmes une pierre qui, encore aujourd'hui, est tout humide de ces admirables pleurs. « Courage, Charles, courage», lui crie la voix d'un Ang«'. Sur l'ordre du messager céleste, le fils de Pépin rassemble alors 53 066 j<'unes filles dans une vallée qui s'appelle le val Char- Ion, près des défilés de Sizer. A la vue de celte armée, dont ils ne savent pas la composition étrange, les Sarrasins tremblent et se soumettent. Le miracle des lances fleuries, que la Karlamagnus-saga place à l'époque du siège de Montjardin et dont elle fait honneur aux soldats français, se renouvelle ici en faveur des jeunes filles, et une belle église s'élève au lieu de ce miracle, sous ce vocable nouveau : Domini sanctitas. ,Voy. G. Paris, 1. 1., p. 271-279.)
4* La Chhoniol'E saintomgeaise (commencement du xiu* sicclcj n'est qu'une
ment, celui de la guerre et celui de la paix, celui des impatients et celui des prudents. Gales de Vermandois
interpolation de Turpin;mai8 on y remarque certains épisodes qu'on ne trouve presque nulle part ailleurs. Tel est celui de la délivrance de Bordeaux par les P'rançais et delà lutte de Roland contre le roi de Lihye,queM. G. Paris a voulu «^pro<Juire tout au long dans son Histoire poétique de Charlemagiie (p. 271).
5** 11 existe à la cathédrale de Chartres un vitrail de la fin du xii** siècle ou «lu commencement du xiri*. Ce vitrail, dont nous avons déjà parlé, est consacré ^ la figuration de Vlter Jerosolimitanuniy de la (ihroni(|ue de Turpin <>l d*un épisode de la Vie de saint Gilles^ de ces trois documents apocryphes qu'un "moine de Saint-Denis avait voulu, dès le xii* siècle, inlercalr dans le corps officiel des Chroniques de Saint-Denis (voy. l'article de M. Juh»s Lair, dans la bibliothèque de l Ecole des Chartes^ 187i, p. 5-15 et ss.). Dans le Charte- -^nagne de M. Alphonse Vctault (Tours, Maine, 1877, in-S**), on a rejiroduit, siu irait et en couleurs, le vitrail de la cathédrale de Chartres. Les médaillons ^10 y représentent, d'après le faux Turpin, les principaux épisodes du commencement de la guerre d'Espagne : a 8. Charlemagne aperçoit la voie lactée dans » le ciel et demande en vain rex[dication de ce phénomène céleste. 9. Saint
* Jacques apparaît à l'Empereur endormi et lui ordonne d'aller délivrer son » tombeau qui est aux mains des infidèles. 10. Départ de Charles pour l'Espagne
* avec l'archevêque Turpin. » Un vitrail analogue existait à l'abbaye de Saint- 1>enis. (Voy. notre gravure de la page 290.)
6* La K.iRLAMAG NUS-SAGA (sccoud tiers du xiii' siècle) nous offre ici, plus que partout ailleurs, une ressource précieuse, nous allions dire unique. C'est avec elle que l'on peut combler les lacunes les plus regrettables de notre antique épopée et restituer d'anciennes légendes conservées jadis en des poëmes français que nous avons perdus. Le commencement de l'expédition d'Espagne est raconté par le compilateur islandais avec des détails qu'on chercherait inutilement ailleurs. Il nous montre (d'après une de nos chansons sans doute) le grand Empereur se précipitant sur f Espagne à la voix de l'ange Gabriel, et miraculeusement conduit par un cerf blanc dans le passage de la Gironde (1,50 et suiv.). — Quant à la prise de Nobles, nous avons vu tout à l'heure avec quelle originalité notre Scandinave la raconte (I, 51, 52>; mais il en fait ailleurs un second récit dont la forme est différente.... L'Empereur et son neveu, durant trois ans, assiègent en vain cette fameuse ville de Nobles. Découragement de TEmpereur; douleur que Roland se refuse à partager. Un jour enfin, Charles frappe son neveu, qui ne veut pas abandonner le siège { Karlamagnussaga, V* branche, Guitatin). — Après la prise de Nobles, le compilatour islandais raconte le siège de Montjardin (Mongarding). « Donc, le roi de Cordes s'avance contre Charles avec une forte armée. L'Empereur ordorme à ses gens de bristrr le bois de leurs lances et île les ficher en terre. Aussitôt, par miracle, il y pousse de la verdure et des feuilles, et, là où il y avait un champ, il y aura désormais un bois. Le roi de Cordes s'enfuit. Charlemagne prend d'abord Montjardin; puis, Cordes, dont il lue le roi. » (I, 53.) — Cf. la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, XXV, 102, 103, article de G. Paris.
7* On doit à Etienne de Boukbon, frère prêcheur (t 1261) un Recueil d'anocdotcs (Bibl. nat., lat. 15 970) dont M. Lecoy de la Marche a récemment publié une partie importante pour la Société de l'Histoire de France (1878). L*aub'ur latin a évidemment connu le faux Turpin, et cite souvent Vllistoria Karoli. Un des épisodes qu'il se plait à rappeler le plus fréquemment est le combat de Roland contre Ferragus(r» 399 v% f i2C, f 487 v% r 529 v").
8* D*après la plupart des documents espagnols, c'est uÈs leur entrée en Espagne que Charlemagne et les Français furent battus à Roncevaux. Il n*y a
II PART Mvn.i.
ClIAP. XVIII.
Il rKiii. Livn. 1.
CHAK XVII I.
«2 A!SAL^SE DE VEXTRÉE E\ ESPACSE.
et, tout naturellement, Ganelon sont à la tête des habiles, des diplomates, des partisans du repos. Mais Roland se
donc p:i<, à proprement parler, de faits qui correspondent exactement, chez ks légendaires d'Espagne, à Taffabulation de notre Entrée en Espagne. — Lcas DF. TiY l't liô*!; place ATA5T la défaite de Charlemagne dans le val Carlos plusieurs faits qui sont empruntés aux traditions épiques de la France... • LXm* l»er«'ur assiège Tudela qu'il eut prise sans une trahison de Ganelon ; il s*enipare (!<' >'ajera et de Nontjardin, et s'apprête alors à revenir dans les Gaules. • (Voy. Mila y Fontanals, De la poesia keroico-popular casteilana, pp. i-47 et iôl.)
9' RoDEBic DE ToLËDE it \til ) admet dans ses récits la légende i côté de riiistoir'\ et Alfonso X lui a emprunté presque tout le tissu de sa ChronifU «•n oc qui louche la guerre d*Espagne. Il est à peine utile d'ajouter que RfHleric a soin d'écarter tout ce qui pourrait être préjudiciable à la gloire des Espagnols et de l'Espagne. De là sa célèbre sortie contre les jongleurs: " NonnuUi histrionum, Fabius i!CH.f3KE5TE$, ferunt Carolum civitates pluriroas, • castra et oppida in Hispaniis acquisiisse multaque praelia cum Arabibut « perpétrasse et stratas publicas a Galliis et Germania ad Sancturo-Jacobum « recto itinere direxisse. » (Chronica Hispanicty IV, cap. 10.)
l(r La Cboxica genebal d'Alfons«^ X (t liSi) s'attache aux récits de Lucas de Tuy et ile Rodcric de Tolède; mais elle est beaucoup plus explicite, et en même temps beaucoup plus fabuleuse : ■ C'était la trentième année du règne d'Alfonse le Cliaste. Le vieux roi demande du secours à Tempereur Charles contre les Mores. Les Espagnols se montrent fort irrités de cet appel à une nation étrangère: le plus indigné est Bernard del Carpio. Bref, Alfonse est obligé de se dédire et mande à Charleniagne qu'il pourra se passer de lui. Colère du grand Empereur, qui entreprend la guerre contre les Espagnols au lieu de la faire aux Sarrasins. C'est alors que Bernard del Carpio ne rougit pas de s'allier avec le païen Narsile. D'un autre côté, les Navarrais, les Gascons, les Aragonais, s'unissent contre ce Charles qu'ils sollicitaient tout i l'heure, qu'ils délestent maintenant. La défaite de Roncevaux est l'œuvre de ces deux liainrs et de cos doux armées combinées : chrétiens et musulmans sont enfin il'acconl, et c'est pour écraser la France. Ainsi nionnircnt Roland et les douze Pairs. Charles répara cet échec : il vint, bientôt après, mettre le siège devant Saragos'^e et trioinplia cette fuis de Marsile, malgré le secours de Bernard <lel Carpio, dont l'Enipereur fut assez bon, dit-on, pour faire plus tard un roi rritalie. » (Voy. 0. Paris, Histoire poétique de Charleniagne, pp. 58^-205. et Mila y Fonlanals, Jje la poesia heroico-popular castellanûy Barcelone, 1874, [». \7}i) et suiv. ) — Alfonse X renouvelle contre les jongleurs les anathèmes «le Roderic dr Tolède : « Les jongleurs chantent en leurs chansons et disent en leurs fable> que Charles l'enipereur conquit en Espagne maints châteaux et maintes cités, et qu'il y livra maintes batailles contre les Mores; mais cela ne peut être, si ce n'est qu'il conquit quelque chose en Cantabrie. Il y conquit Barcelone, Cirone, Ausoue et L'rgel; mais le reste qu'ils racontent n'est pas à rroire. » (C. Paris, 1. l., p 28i.j El voilà ce que l'orgueil castillan a fait de noire légende : il a inventé Bernard del Carpio. Puis, il a imité ce héros, fils de l'imagination espagnole. Plutôt que d'arconler quelque gloire au nom français, il a glorifié Marsile et s'esl allié avec les mécréants.
11" La Chboxique ur maxi scuit dk Toirnai (xiii* siècle) raconte ainsi qu'il Miil les conunencements d«' la guerre d'Espagne. Après avoir rapporté le combat de F<:rragu8 et de Roland à Nadres, le chroniqueur anonyme suppose que Charles retourne en France et qu'il y revient sur l'ordre de saint Jacques. " N'i ot gaires deinoré quant il lu amoneslés par vision de saint Jakc de Composlerneque il délivras! son pais de la main as Sarrazins. Quant Caries ot esté
lève, et, plus terrible qu'on ne Ta jamais vu, la face en "cimp.xvT,V feu, d'une voix de tonnerre, prononce un des plus nobles,
pluisors fois amuricstcs, il ne volt plus atargicr; ains assembla grant ost et
entra en Espaigne et ot pluisors batailles contre les Sarrazins. Dcdcns le
terme que il i dcmora, il i avoit -II" frères sarrazins qui manoient en la cité de
Cesar-Augustc, qui puis fu noméc Sarragouche. Li uns avoit non Marsiles, ot
2î autres Baligans. Cil estoient venu des parties d'Aufrique deflTendre la tierre.
Mais ils ne s'osèrent deffendre contre l'ompereor Carlon. Si li fisent entendre
par boisdie qu'ils avoicnt grant tallent d'estre cresliien et que il se batypse-
roient quant li Rois seroit repairiés de Galisce, là où il véoit à aler. Caries, qui
cuida que il deissent voir, passa outre en Galisce et délivra tout le païs. Après
flst raparelier la glise Saint-Jake et pluisors autres. Et quant il ot les Sarrazins
<^ciés hors du règne, il s'i mist au retour viers Franche. » (De Reiffemberg,
Chronique de Philippe Mousket^ I, 470.)
llb'SHuMBERT DE Romans, qui fut général des Frères prêcheurs de 1257 à 1263, écrivait, en 1273, dans son De tractandis in conciliOy les lignes sui- Tanles, qui prouvent à quel point le récit légendaire de l'entrée en Espagne était devenu historique : « Fervor potest accendi ex eo quod Turpinus, in Epislola de » actis seu gestis Cnroli, refert quod beatus Jacobus apparuit in somnis eidem > Carolo, ter invitans eum quod, sicut alias terras multas subjugaverat, ita iret B in Hispaniam et locum suum liberaret a Saracenis, utesset via fidelibus ad ipsum » perpétue visitandum.» (Martène et Durand, Amplissima Collectio,\ltiH3.)
if Dans la Chanson des Saisnes (dernières années du xir siècle), le poëtc raconte que Guiteclin « va ferir Karlemaine, qui se fu relevez, — Sor Teaume qi à Nobles fu jadis conquestei, — Quant Karlesen bataille conqist le roi Forrei... » (Coupl. 197.)
13* L'auteur de Jehan de Lanson (xiii* siècle) fait allusion à la prise de Nobles par Roland et Olivier, et adopte la légende qui attribue à Olivier la mort du Doi Fouré. (Arsenal, B. L. F. 186, f 116.)
li' Philippe Mouskes (xiii* siècle) traduit le récit du faux Turpin, dont il suit la chronologie arbitraire (vers 4720 et suiv.).
15' Girard d'Amiens, dans son Charlemagne (commencement du xrv* siècle), ne sait également que traduire et délayer en mauvais vers la Chronique du faux Turpin.
16° Il en est de même de l'auteur du Karl Meinet (xiV siècle), qui, pour cette partie de la légende de Charlemagne, remonte uniquement aux sources latines,
17° Dans la compilation anglaise à laquelle M. G. Paris a donné le titre de Charlemagne et Roland (xiv* siècle), la première branche est consacrée au combat de Roland et de Fcrragus et aux débuts de l'expédition d'Espagne. L'auteur suit le faux Turpin.
■ 18° L'Office de saint Charlemagne a Gikone, qui fut compose vers l'année 1345, ne raconte pas cette guerre d'une façon aussi servile.... Saint Charlemagne va en Espagne sur l'ordre df» saint Jacques, et c'est pendant ce voyage qu'il prend et fortifie Narbonne. Au moment où il va franchir les Pyrénées, il a une belle vision: Notre-Dame, saint Jacques et saint André lui apparaissent et lui promettent la victoire : « Seulement, prends soin, dit la Vierge, de me con- » struire une belle église à Girone. » Charles s'empresse et, partout sur son chemin, élève dos églises ou construit des chapelles. Il rencontre enfin les Sarrasins près de Sent-Madir et les bat. Pondant qu'il assiège Girone, une grande croix rouge reste, pondant quatre heures, au-dossus de la mosquée de Girone, et il tombo une pluie de sang. O.n peut lire, dans VUistoire poétique deCharlemagnfy la traduction complète des huit premières leçons. = Cf. le Recueil d'hymnes de Gall Morel qui complète les Ilymni latini de Mone. Voy. aussi
«i ANALYSE DE VESTllKE ES ESlWiiSK.
'nm.^ x'vVu '* "" ^'^^ P'"^ généreux discours qu'on puisse trouver dans
nos Chansons de geste :
Ins Rapports de l'église du Puij avec la ville de Girone en Espagne et le camU de Uigorrey par (Charles Rocher (Le Piiy, Béraril, 1873, in-8", 28-i pp.). M. Rocher y publie l'Acte (rinstitution de rOflîcc de Charlemagnc à Girone, par Arnaud de Moiiredoii (13ir>). « Dans ce document, dit M. Gaston Paris (Rotnaniay III, 310), révt^que résume la légf*nde du Voyage ù Jénisalem et le faux Turpin. Un Bréviaire manuscrit, conservé à Girone et daté de 13:29, contient les neuf leçons de TOflice de S. f.harlemagne : Arnaud de Monredon n*a donc fait que confirmer un usage antérieur, l'n acte de 133â parle déjà d'une fontaine appelée Font de Caries ^fagne8. »
19' Los Chronioi'ks dk Saixt-Denis, pour le règne de Charlemagnc, comhinent les Annales d*Eginliard avec la Chronique de Turpin. En ce qui touche rex[iéditioii d'Kspagne, elles suivent Tur|»in pas à pas, depuis le songe de Charlemagnc : « De Vavision et du signe que Charles vist au ciel et comment saint Jacques s'apparut à lui », jusqu'à la mort de Roland et au châtiment de Ganelon. Mais, à la suite de ces récits d'emprunt qui n'ont pour nous aucun intérêt orijçinal, se trouve un épisode (liv. V, chap. ix, Ti) que nous ne pouvons pas omettre : « D'une aventure merveilleuse qui avint à HolanSj tandis comme il viroitf avant qu'il entrast en Espaigne, quant il délivra son oncle Kallemaine des mains aux Sarrasins^ et comment il conquist la cité de Grefwple par miracle. » Depuis sept ans Roland fait le siège de Grenoble. Tout à coup il apprend que son oncle est tenu en échec par les Vandres, les Saisnes et les Frisons dans un chAteau de Dalmatie. Roland ira-t-il délivrer l'Empereur? Abandonnera-l-il la conquête de Grenoble? Il se met en prières, et Dieu fait miraculeusement tomber les murs de la ville assiégée. Après quoi Roland court délivrer le roi de France (cliap. ix). Et, tout aussitôt, commence la guerre d'Espagne. — N'oublions pas que c'est seulement sous le règne de Charles VI qu'on a osé intercaler le faux Turpin dans le corps officiel des Grandes Chroniques (voy. l'éd. Paulin Paris, tome II). Mais, dès la On du xir siècle, un moine de Saint-Denis avait déjà proposé cette audacieuse intercaifition. (Bibl. nat., lat. 15710, (*34.)
"liy II y a trois Spacna kn prose : celle qui est renfermée dans un manuscrit aujourd'hui disparu de la bibliothèque Albani, à Rome (commencement du XVI' siècle); c»'lle que M. Pio Rajna a découverte en 1871 dans un manuscrit de la bibhothè(|ue Médicis (fin du xV), et celle enfin que M. Ceruti a publiée en 1871 , à Bologne, sous le litre de Viaggio di Carlomagno in Ispagna (fin du xV). Ce n'est pas ici le lieu d'insister sur les tniilscomnuins de ces trois versions. = La Sjtagna du nianiiscrit de la bibliothèque Albani à Rome, que M. Ranke avait découverte eu 1830 et dont M. Michelant a piiblié les rubriques iJahrhuch de Leim"k(», \l et XII), ne <loit pas être corisi«lérée;mjonrd'hui (non plus que les autres Spagna) comme faisant partie des Heali di Francia^ et c'est ce que M. Pio Rajna a victorieusement dérnonlré. Mais elle n'en offre pas moins un intérêt considérable, et sans nous ullacluT ici à la Spagna en vers qui lui est antérii'ure, ni à la Hotta di IlonàsvallCj (jui est un remaniement de la Spagna en vers, nous allons donner une analyse de la Spagna en prose du manuscrit Albani, et nous la ferons suivre d'une analyse de celte autre Spagna qui porte le nom de Viaggio. = La Spagna en prose du maruiscrit Albani (celle que l'on faisait entrer jadis dans le corps des ileali) commence ainsi qu'il suit : » Inchominsia la nobilissima Storia délia Spai^na e prima, secondo un libro » frant'ioso rechato in lingua latina, nella quale si trattava dello achiusto chc » fecie Charllo c la morte di dodici paladini de Francia. Prœmio primo cho- » minciasi a di 7 novembre 1508 à ore 4" circa. » Elle se termine par cette autre rubrique qui n'est pas moins curieuse : « Qui finisce lo libro délia prima
« Il y a bien, je crois, cinq ou six ans passés — Qu'en "paullivr. i
CHAP» XVlII.
périlleux repos et plein de vanité — Nous et toute Tarmée, nous
» Spagna, chopiato per me Bartolomco di Franco Cimatore fornito a di dicci • Otto di febrajo millk cinque cento otto a orc dici otto pcr grazia di Dio ella » sua madré Vcrginc Maria. Dco gracias. Amcnne. » = Les chapitres 1-82 de la Spagna répondent exactement à YEnlrée en Espagne. Mais, dans le ms. de Venise, fr. XXI, qui renferme V Entrée en Espagne ^ nous avions signalé dès 1858 une lacune qui est encore plus considérable que nous ne l'avions cru. Or, cette lacune est comblée par les chapitres 83-124 de la Spagna^ dont nous- allons donner un résumé.... Roland, donc, est à la cour du Soudan, qui l'a fait c capitaine et gouverneur * de toute la Perse. 11 prend au sérieux ses nou- Yellcs fonctions et parvient à soudoyer vingt mille chevaliers d'élite. Voilà une bonne armée permanente pour le Soudan. (Cap. 83.) — Roland visite les pays dont il a accepté le gouvernement et vient à la Mecque, où le Soudan le reçoit avec grand honneur. (Cap. 84.) — Cependant Malquidant approche avec une armée de huit cent mille hommes, et le Soudan ne peut lui en opposer que doux cent cinquante mille ; mais il a Roland. (Cap. 85.) — Celui-ci, après avoir prudemment organisé le service des vivres, adresse une belle exhortation à ses troupes, fait Samsonnet chevalier et entre en bataille. (Cap. 8G.) — Ici l'auteur italien, avec une certaine habileté de feuilletoniste, nous laisse en suspens, et nous entretient un moment de Charlemagne, qui a partout envoyé des espions à la recherche de son neveu. L'un d'eux, précisément, arrive à la Mecque et reconnaît Roland. Préludes de la grande bataille. Malquidant dorme à Polinore le titre de « capitaine », et celui-ci dispose son immense armée en neuf ■ échelles». La bataille commence, et le récit en est interminable. Exploits du païen Nestor, qui tue le cheval de Roland et renverse Samsonnet ; mais qui luimême est tué par Roland. On ne connaît toujours celui-ci que sous le nom de Lionagi. (Cap. 87-94.) — Le pauvre Samsonnet va périr sous les coups de Polinore, quand Roland vient à son secours. Duel de Polinore et de Roland ; mort de Polinore. (Cap. 95-97.) — Douleur de Malquidant en apprenant cette dernière nouvelle : il désespère de vaincre, et se rembarque. Victoire du Soudan; grands honneurs rendus à Roland; joie universelle. (Cap. 98-99.) — Malquidant, toutefois, n'est pas au bout de ses malheurs : il apprend soudain que la Syrie s'est révoltée contre lui, et veut se tuer de douleur ; mais le roi « Charadusso » le réconforte. Alors il se rend A Jérusalem, où il a un neveu, et ne songe plus qu'à venger sa défaite. Le narrateur, ici, nous ramène sans transition dans le camp des vainqueurs. (Cap. 100.) — Roland, dcvantqui le Soudan porte l'épée, ne se laisse pas éblouir par tant d'honneurs : il pense à ceux qui viennent de se battre si vaillamment et leur distribue tout le butin. Le Soudan veut lui donner sa fille en mariage : « Non, dit-il, continuons d'abord la guerre avec » Malquidant. » (Cap. 101-102.) — Nouvelle entrée en campagne : c'est vers Jérusalem que Roland se dirige. (Cap. 103.) — L'action, soudain, se transporte en Espagne. Charles y est en grand danger: car Malceris \ demandé du secours à Marsile, et a obtenu de lui quatre-vingt mille Sarrasins. « Comment faire? Ah! si Roland était là! » Olivier n'hésite pas; il se montre dans la bataille chol guartieri d'Orllando et avec l'oriflamme que portait ordinairement le neveu de Charlemagne. Bref, païens et chrétiens le prennent pour Roland. Défaite des mécréants, qui s'aperçoivent, mais un peu tard, de leur erreur, et qui, faute de vivres, laissent un jour le champ libre aux Français. (Cap. 10i-lo8). — Cette aventure produit ce résultat inattendu de faire encore plus vivement regretter le vrai Roland, et Charles envoie Ansoïs à sa recherche. Le frère d'Anscïs, Hugues ou liuc, le cherche de son côté, et arrive à Constantinople, où l'Empereur lui fait grand accueil. Sur la route de Constiuilinople à
ca%r
43fi ANALYSE DE LEATRfE EX ESPAGXE.
xvîr** ^^'"^"ï^^^ oisifs, — Ofcopfs seolemenl à dépouiller les panvrcs orphelins. — Les péchés, les crimes s'accaroolent sot
Jénifalem il reiK'ontr*» «on frère Anseï«. Ils arrÎTent, à travers les amié^^ ennemies, ju<qu'à B^thlô^m. <*i >la!r]ui«Jant les prend i sa solde. Ils Tont . Ji'niMlem fri ehrmo In meta niella terra. El, sur la plus haute tour, Anseis ^c^*^ une ens'-i^p, un drip<^u à quartiers, una inindiera à quartieriy mm non guetta d'Orttando. <Cap. I<>^1 13. » — Grande bataille entre Tannée du Soudan, st troiire Roland, et c^'lle d»" Malquiilant, où sont Ansoîs et Hue. Duel de Ht aTecSam«onnet. «Cap. Ml. • — Au moment de commencer un autre duelari Roland, Hue lui demande fon nom et finit par le reconnaître. Pendantce temp Malquidant. qui se délie de Hu? K d'Anseïs, cherche traîtreusement le moji de sVn df'faire. Fin de la bataille : Ans^^îs tue Malquidant; les chrétiens s*eni rent de la ville et plantent la croix snr s^s muraillw. Vr^p. il5-lt9.) — Ce alors que Roland est reconnu par tout le monde: c'est alors qu'il confère le ba tém«* au païen Aqnilant ol à Samsonnet, et qu'il demande au Soudan de laisse Jérusalem aux chrétif>ns. Le Soudan le lui accorde, et Anseîs est fait seigneu de Jérusalem. Départ d^ Roland, qui s'embarque (tour la France. Mort d'Aquilan au pa.ssage d'un fleuve. /Cap. liO-li'».) — C'est ici que nous retrouvons noln Entrée en Espagne du ins. fr. XXI, mal< avec des variantes assez importantes II faut notamment signaler l'aventure de Termite, qui prédit la mort de Rolan et meurt après avoir dit la m<^sse: Roland Tensevelit. Miracles qui confirmen Samsonnet dans la vraie foi. Roland et Sanisonnet aperçoivent enGn Tost d Charlemagne. fCap. IâG-127.) — Un chevalier reconnaît Roland et cOurt porte cette nouvelle à Charles : Roland tombe aux bras de son oncle ; allégresse gêné raie. Les païens de Pampelune s'ahrmentdr» cette joie, es'armarono perri quello cheera che chrixtiani erano m allegrena, (Cap. 157-130.) — Bataille o Hue trouve la mort; duel d'Ysoré et de SamsoTinet. (Cap. 131-135.) — Ce alors qu'arrive à Charlemagnc une lettre de France par laquelle il apprend que les Mayencais se sont emparés do Paris; cVst également ici que s'arrête VEntrêe en Expagne, ot qu'après Tépisodc dos Mayencais, va commencer le récit de la prise de Pampelune. (Cap. I3'î et suiv.) On en trouvera plus loin le résumé* 21" Le ViAG(;io est une autre Spagna en prose qui a été découverte par M. Ccruli et publiée par lui d'après un manuscrit de Pavie de la fin du xv* sièrlc (Bologne, Romagnoli, â vol. petit in-8^). Elle présente une affabulation notablement différente de celle des autres Spagna : c'est ce qui donnera peutêtre quelque importance à l'analyse suivante. — Le chapitre i débute par une invocation rcli;;ieu-e : v Al vnnie del Snstro Sigtwre messer Cesû Cristo e delta beatixxima madré vergine Mnrin, che me presti grazia tiel core miOj che dal principio fin à la fine délia verace Ist irin délia intrata, cJie fece Carlo imperadore con Il soi haroni in terre eraslelleper conqnistare il camino de santo JacomOy possa scrivere e nnrrare. >» Ele. Ou voil par ces quel(|nes mots que le titre « Entrée en Espafçne » est relui qui eonvieiit le mieux à cette partie de la légende de Charleinajîuo, et que nous avons eu raison, il y a vingt ans, de le donner au poëme franeo-itnlien où sont racontés les mêmes événements. Ce potMiie, Tauteur du Viaggio Ta sons les yeux et le traduit pn;squc LITTÉRALEMENT. Voyez plutôt :
En honorct en bien et en jrran ranienbranrc' Perreverenziadi quello
Et offerant par c»^ honore eelehranee Gesonostre signore, che
1)0 Celui che por nos fn ferie do la lanee foe ferito nel costale Por trcr nos e nos armes de la enfernal poissançe, délia lanza^ pcrredemcrc
(Et par son) saint Apostro (|i tant oit penotuuço, da le pêne delT inferno,
Por feir qe cexuns fu en voraie créance e dolli sanli Apostoli, noi
Qe Pcr e Filz, Espirt sunt in une Sustançc ; scrivoromo corne Carlo e
VOUS ; — Vos âmes et vos corps sont engagés — Aux diables " ^^^ "y^- *• d'enfer. Quand les rachèterez-vous, — Si vous ne saisissez
C*cst U barons saint Jaqes de qi fazon la mentans^ ; il baronagglo de Franza Vos voit canter et dir por reme et por sentançe, per punta de lanza ac-
Tot ensi corne Caries el* bernagc de France quistonno il caniino di
Entrèrent en Espagne et par ponte de lance santo Jacomo , e non
Gonquistrent de saint Jaques la plus mestrehabitançe. Inssarono per stormo ne Ne laserent por storme ne por autre pesanze, per altra possanza, se elli
S*il n'aiisent leisié por une difirnanze non lassonno per uno
Qe lor fist Caenelos, le sire de Maganze. grande tradimcnto, che
Goronez en sera, n'en serez en dotanze, fece Gaino di Maganza; e
Roland par che l'estorie e lo canter comanze, si averebbcno incoronato
Li mclors chevaliers qui legist en sianze. délia Spagna il conte Ro-
lando che era le megliore cavalière clie mais montasse in sella.
Gomme on le voit c'est une traduction littérale; mais voici un exemple encore plus frappant. II s'agit du discours superbe que Roland adresse à Gales de Vermandois et aux partisans de la paix :
« Se Diex m'ait, fet Rolant, que bcn parle Gales, « Se Dio m' aiuta, bon » Il et cescuns qi sunt d'altretel voluntés ! aviti parlato, Galles, e voi
» Car qi dit son voloir non doit estre blasmcs. c ciascheduno che siti di
« Dan Gales, ge voi bien qe une rien savés cosi fatta volontade, chè
9 Que nos vos conoisomes (ne vos en corocés) ciascheduno che disse il
» Vos et vostre lignage, et cornent nos amés. suo volere, non è da essere
» L'onor vostre seignor ne amastes jamés. accasonato. Ser Galles ,
V Mal ait qi vos fist duc de son consoil privés ! » disse Rolando, ora sapic
che noi ve cognoscemo,e di questo noi ve corrucciate, corne voi e lo vostro lignaggio non amati lo onore del voslro signore. Giamai non lo amaste voi, c maie aggia chi mai vo fece duca ! »
Encore une fois, c'est une traduction mot par mot et qui sera des plus utiles, quand on donnera une édition critique de V Entrée en Espagne. Plus tard, d'ailleurs, le prosateur italien prendra plus de libertés et abrégera son modèle. — Malgré tout, il serait fort inutile de donner ici une analyse de tout le V ïfl^gio; mais ce texte, trop longtemps ignoré, va nous devenir très-précieux pour combler cette fameuse lacune qui se trouve dans le texte de VEntrée en E&pagney au f 268. = Or donc, Roland est en Perse, et il s'est mis au service du Soudan. La fille du Soudan, la belle Diones, est demandée en mariage par un vieux roi païen nommé Malqidant. Refus de Diones (Dionisia) ; refus du Soudan. La guerre éclate entre Malqidant et le Soudan, et Roland, après avoir tué le neveu du vieux roi (il s'appelle Pelias), en vient à lutter contre Malqidant lui-même. C'est ici que le manuscrit de VEntrée en Espagne nous offre cette longue lacune que comble le Viaggio (chap. xxxiii et suiv. ; édit. Ceruti, t. I, pp. 146 et ss.). — Quand Malqidant voit que Roland a tué Pelias, il fait mettre le corps de son neveu dans une bière, laisse Florent au camp avec deux miUe Sarrasins et s'embarque pour Jérusalem. Bataille de Roland contre Florent. Cependant la reine de France apprend que Roland a quitté le camp de Charles; mais où est-il, mais où est le Paladin, c'est ce qu'elle ignore. Elle envoie alors Ugone di Floranida (sic) et son frère, Ansuise, à la recherche du comte Roland avec vingt mill j chevaliers. Départ de Hugues et d' Ansuise. (Chap. xxiv.)— Malqidant, cependant, arrive a Jérusalem avec le corps de Pelias, et Polinore vient au-devant de lui, Polinore qui est le propire frère de Pelias. Sa douleur, quand il
Il PART. LIVR. I.
CHAP. Wlll.
aujourcrhui celte occasion? — Donc, je dis, et je conseille que vous soyez les premiers — A entrer en Espagne. Et n'en
apprend la mort de son frère qu*il s'imagine, ainsi que Malqidant, avoir été tué par un paysan, par un vilain. Funérailles de Pelias. Malqidant invite Polinore à retourner avec lui à la Mecque, pour se venger du Soudan : « Celui qui a tué mon frère, répond Polinore, ne peut être qu'un comte ou un marquis. » Et il se promet de venger Pelias. Pendant ce temps, Roland et Samsonnct tiennent la campagne contre les Sarrasins, contre Florent. Quand Malqidant arrive au secours des païens, Florent s'en montre très-joyeux. Quant à Polinore, il n'a qu'un désir : c'est de voir, c'est de connaître celui qui a tué son frère. Samsonnet, qui connaît la force et le courage de Polinore, essaye de détourner Roland d'un combat avec un tel adversaire. Mais voici que Samsonnet luimême est en très-mauvais point : entouré de toutes parts par les païens de Malqidant, il demeure à pied, l'épécau poing, sur le point de périr. Un chevalier s'rmpn'sse ot court annoncer à Roland l't'xtrémilé du danger où se trouve son ami Samsonnet. Roland s'arme : « Vive le grant Connétable ! » s'écrient les soblats et Samsonnet lui-même en le vovant accourir à leur secours. Il remet Samsonnet à cheval; mais Polinore, dans le môme instant, aitivesur le champ de bataille, près de Roland qu'il prend toujours pour un vilain et qu'il injurie. A ces injures, Roland répond : a h à fallo como fa H poven scudieri che vanito per lo mondo prerulendo soldo e facrio lo onore del mio signore, che io combattu volonlieraper suo amore. » Le grand duel de Roland et Polinore est remis au lendemain matin. (Chap. xxxiv.) — Le lendemain malin arrive. Samsonnet prie Mahomet de donner la victoire au grand Connétable. Diones embrasse Roland a e pregollo che sia costante alla battaglia ». Combat de Roland avec Polidore ; mort de celui-ci ; fuite de Malqidant. Florent essaye à son tour de lutter contre Roland, et c'est un nouveau duel dont le récit est long: il n'est pas besoin de dire que ce duol se termine [lar la mort de Florent. Triomphe de Roland; fêtes qui durent dix jours. Le onzième jour, Roland dit au Soudan : « Allons mettre le siège dcvatit Jérusalem, qui est au pouvoir de Malqi- » dant et de son (ils Liadrax. » C'est ce qui se fait tout aussitôt. Une armée immense s'avarice vers Jérusalem : la voici tout près de la ville sainte. Disse lioUmdo a Sansnnetto : « Che monte è quello clC è appresso alla cittade? b Hespose Sansonelto : « EIV è (piello monte, onde fo crocificcato quelle profeta délit Cristiani e fo appellato il monte Cnlvario. » (Chap. xxxv.) — Le lendemain, Samsonnrt, qui s'achemine visihlern«MU vers la vérité chrétienne, dit à Roland: « Si nous allions tous »lcux voir la montaj^jne où a été cnicifié le Prophète des * chrétiens.?» Roland y consent. Mais, arrivé an pied de la montagne, il descend de cheval, laisse Samsoimet et monte seul. Arrivé sur le haut, il y trouve (!) des meretrice, des filles de joie (|ui étaient là, dit l'auteur, depuis la mort du Prophète. D'une voix terrible, Rolan»! leur crie de partir sur l'Iîcurcî et de ne plus jamais revenir : « Da poi in <pia nessuna non r' é ahitato. » R(»lle [trière de Roland sur le Calvaire. 11 plante sa Durandal en terre et se prend à pleurer. C'est pour son onde surtout, c'est pour Charles qu'il prie, et il demande également à Dieu de vaincre Malqidant. (Chap. xxwi.) — L'auteur ici laisse un moment Roland, et en revient à lingues de Flora villa et à son frère Anseïs qui, à la tête de vingt mille chevaliers, courent le monde à la recherche de Roland. C'est la mission qu'ils ont n»çue de la Reine. Un jour (on ne sait trop comment) ils arrivent à Béthanie, « onde dimora il Patriarca ». Ils ont appris qu'on allait se battre près de Jérusalem, et ce bruit les a attirés. Leur vaisseau porte les armes de Roland : « // onte Vgone... aveva fatlo coprire tutte le nave a quartiere di Rolande, v Le Patriarche n'avait pas besoin de leur aide : car Béthanie, dit notre romancier, n'était jamais tombée au pouvoir des
sonnez plus mol; — Ou je ne vous aimerai plus, à cause de hpart. livu.i.
* ' •* . CHAP. XVIII
voire méchanceté.... — Mais souvent il vaut mieux se taire
Sarrasins, et d'ailleurs, le prélat avait à son service quinze mille templiers : quindici mila cavalieri crisUani che si appellavano li cavalieri del Templo. Cependant Ou^ues demande des nouvelles. On lui apprend, en détail, que le Soudan est en guerre avec Malqidnnt ; qu'un certain vilain est venu au secours du Soudan, lequel a tué les deux fils de Malqidant, et que ce vilain a un bien grand air. El Hugues en lui-inùmc se dit : « Ce doit être Roland. » Cependant Malqidant veut confier à son llls, à Liadrax, la direction d'une làclic entreprise contre Roland et, pour tout dire, d'un abominable guet-apens. Malqidant s'ima> gine (à cause de l'arrivée de Hugues et de ce vaisseau qui porte les couleurs de Roland), il s'imagine que Roland lui-même est à Béthanie; il veut l'y surprendre et l'y tuer. Par bonheur, ce Liadrax est un grand cœur, et qui ne veut pas se rendre coupable d'une vilenie. Du reste, Hugues et Anseïs se font reconnaître, et acceptent l'alliance de Malqidant : celui-ci va jusqu'à leur donner la moitié de Jérusalem. Mais le traître ne les accueille ainsi que pour les mieux tenir sous sa main, et il médite une nouvelle, une infâme trahison. Quelle n'est pas cependant la surprise de Roland, le lendemain matin, quand sur les murs de Jérusalem il aper(;oit les enseignes des Français, les enseignes de Hugues et d'Anseis qui sont à ses couleurs et à ses armes ! L'imbroglio est des plus étranges, et il se complique de plus en plus. Hugues de Floravilla, devenu presque inconsciemment l'allié de Malqidant, lutte avec Sainsonnet et en triomphe. Mais son idée fixe est de trouver Roland, et il s'en ouvre à Samsonnet, à celui-là môme qu'il vient de vaincre. Duel entre Hugues de Floravilla et Roland : celui-ci frappe sor^ adversaire du plat de son épée pour ne pas lui faire de mal : sempre Rolando lo feriva di piatlo per non volergli fare maie. Enfin le neveu de Cliarlemagne, quand la nuit tombe, finit par lever son heaume, et par dire à Hugues : « Tu ne me reconnais pas, chevalier? » Hugues le regarde, reconnaît le neveu de Cliarlemagne, et est sur le point de tomber en pleurs dans ses bras. Mais Roland lui impose le silence, Roland veut encore demeurer caché. 0 Cette nuit même, dit-il à Hugues, Malqidant a résolu de te faire périr, » toi et tous les chrétiens. Mais, à minuit, je me trouverai sous la porte de la B ville pour punir Malqidant de sa trahison.» Sur ce, Hugues rentre dans la ville et met son frère Anseïs au courant des événements prochains : ils s'arment et font armer leurs quinze mille chevaliers. Minuit s'approche. C'est Liadrax que Naldiqant a chargé d'exécuter le complot contre Hugues et Anseïs; mais, encore un coup, ce Liadrax a un cœur de chevalier et s'écrie à haute voix : • Mora il conte Ugone e li cristiani », pour les prévenir des desseins de son père. Puis, ayant ainsi mis sa conscience en repos, il se met à l'œuvre et attaque les chrétiens. Grande bataille. Hugues est prêt, ses quinze mille hommes le sont aussi, et d'ailleurs voici Roland qui, fidèle au rendez-vous, parait sous les murs de Jérusalem. Hugues rencontre Malqidant et le tue. Il voudrait bien venir à bout des Sarrasins avant d'ouvrir les portes à Roland; mais ce sentiment orgueilleux est fatal aux chrétiens, et dix mille d'entre eux périssent. Horrible mêlée. Enfin on se décide à ouvrir les portes au neveu dç Cliarlemagne : il tétait temps. Hugues se bal, dans un duel terrible, avec Liadrax ; mais Roland arrive et remplace Hugues. Au second coup d'épée, le voilà maître de Liadrax, qu'il pourrait mettre à mort, s'il le voulait : ma non lo voleva alciderfy perche ello voleva che ello prendesse il satito ballismo. « Rends-toi ! 9 rends-toi ! dit-il, je suis Roland, v Et il lui découvre son écu où sont ses armes. Depuis qu'il avait quitté l'Empereur, cet écu était resté couvert d'une drappo bianco. C'est alors, mais alors seulement, que Sainsonnet lui-même apprend que « son connétable » est Roland. Tout aussitôt : « Faites-moi baptiser »,
II PART. LivR. I. qu'élre trop plein de paroles. — Seigneurs barons, qui êtes ici — ~ assemblés, — Rappelez-vous seulement la grande déloyauté
dil Liadrax en tendant son épée à Roland. « Faites-moi baptiser », s'écrie «'•jraUMuent Samsonncl. Sur ers entrefaites, arrive le Soudan qui le félicite vivcniciil, avec, sa lillo Diomsia, qui s'agenouille devant Roland : « Si vous le b voulez, dit Roland au Soudan, nous la marierons à Anseïs, au frère de Hugues » de Floravilla. b — « >'on, dit la belle, je ne veux d'autre mari que vous, fleur N de la chevalerie. » Et Roland de sourire : c J'ai pris une autre femme, qui est » la sœur d'Olivier et la plus belle dame de France. » Diones consent alors au mariage qu'on lui propose : « Farà ciô che ti pince. » Tonte cette scène, sans «loute, est copiée uttkralement sur les vers de Nicolas de Padoue. Roland, au reste, ne s'arrOle pas à ces scènes d'attendrissement : il proclame, au milieu de Jérusalem, que tout le peuple de la ville doit recevoir le saint baptômc. Plus de cent mille hommes sont baptisés en moins de dix jours, et par amour pour le comte Roland, la Perse, la Syrie et la Babylonie se font chrétiennes. Noces d'An^eïs et de la belle Diones (chap. xxxvii). Anseïs est fait roi de Syrie, et c'est alors que Roland songe à retourner à Pampelune. Mais ici finit la lacune du manuscrit \Xl de Venise, et l'auteur du Viaggîo se met sur-le-champ à nous raconter le retour de Roland en Espagne. 11 part avec le comte Hugues, avec Samsonnet, avec Liadrax. Une tempête s'élève sur la mer, et les passagers sont sur le point de périr. Ils débarquent et se trouvent dans une ile déserte où il leur est impossible de se frayer un chemin, et le pauvre Liadrax regrette déjà (/ bo7U) letto suso il quale soleva giacere. Mais Roland se met en prière et fait un grand miracle: l'île s'ouvre en deux, et felli una via per L'isola che dieci cavalieri poieveiio cavalcare a uilo sembianle. Les quatre voyageurs arrivent ainsi au bout de l'île, devant une grande montagne qu'on ne peut tourner : ils meurent de faim. NouveUes plaintes de Liadrax, nouvelle prière de Roland, nouveau miracle; la montagne se sépare en deux, e fece uno piano che qualtro cavalieri averenno passato a uno semblante. Les voilà dans un grand bois, et trente lions en sortent. En tête, marche un lion plus grand que les autres, che portava in sua testa una corona di pUi e era il liotie tulln canuto. Roland se met à genoux devant eettc bêle énorme, et lui demande son chemin. Le lion le lui iiidiciue d'une façon étrange, et se retire ensuite avec ses trente eonipa^nons. En continuant leur route, ils rencontrent les corps sanglants de quatre j;éanls, qui sont couverts de blessures énormes. Les meurtriers ne sont pas loin : ce sont sept géants dont chacun porte un arbre démesuré entre les mains. Nos quatre chrétiens les tuent en peu d'instanls; mais durant le combal, Liadrax a reçu un coup terrible, et meurt. Il est enterré miraculeusement par deux lions qui lui creusent une fosse. Comme on le voit, il y a là des divergences avec le récit original (?) de Nicolas de Padoue dont nous avons jatlis publié une analyse développée ; mais ces diviTgcnccs sont peu iinporlanles, et en somme l'auteur du Viaggio a toujours VEntrée en E^xiguc sous les yeux et la copie toujours. — Pendant que Charles est arrêté devant Painpelune, Anseïs de Mayence, parent de Ganelon, apprend en France que Roland a abandonné l'armée clirélienn(?. Le traître alors se fait couronner roi de France et fait garder tous les passagers du royaume afin que les vivres ne puissent plus arriver à l'armée de rEinpercur. Et il y a une grande famine dans le camp français. Or, c'est en ce moment, précisément, que Rcdaml arrive près de Vost de son oncle, et prend un moment de repos avec ses deux compagnons sur le bord d'une fontaine. Le fauconnier de Roland, qui avait très-faim et n'avait rien à manger, venait de lâcher le faucon de son maître dans l'espoir de prendre quelque gibier. Roland reconnaît le faucon et le faucon reconnaît Roland : la bête s'abat sur le poing du bon chevalier.
— Dont Marsile, depuis si longtemps déjà, a toujours fait preuve "part.uvr.i envers nous... — Barons, si mes paroles vous ont fait quelque
Grande colère du fauconnier qui ne voit pas revenir son faucon; mais cette colère se change rapidement en joie quand le brave homme reconnaît Roland. Vite il se précipite vers la tente de Charles et lui apprend Theureuse nouvelle. C'est ainsi que Roland fut reconnu (chap. xxxix du Viaggio, édit. Ceruti, t. H, pp. 46 et ss.), et c*est amsi que le prosateur itilicn achève c^p^aleincnt de résumer le poëme de ^'icolas de Padouc. Ce qu'il y a de plus important, c'est l'intercalation, dan« cette fm daVEntrée enEspagnSy d'une dos \ersions du Macaire; mais nous n'avons pas à la résumer ici. = Somme toute, l'auteur du Viaggio a commencé par imiter [)resquc litléral(»ment VEntrée en Eipagne dont il avait le texte sous les yeux ; [)uis, petit à petit, il s'est lassé de cette imitation servile. A mesure qu'il avance dans son travail, il devient de moins en moins littéral, et il abrège de plus en plus son modèle, jusqu'à ce qu'il sepermeUe, vers la fin de notre roman, de modiller certains épisodes d'une façon plus hardie et presque originale. Tel est le caractère de toute cette œuvre.
22® c Nobles avait été ^^au commencement du xir siècle) Iransioriné en «Grenoble • par l'auteur probablement viennois de la seconde partie de la Chronique de Turpin. Un de ses chapitres est intitulé : De liotulando Graiianopolim obsidente (De RcifTemberg, Chronique de Philippe Mouskety I, 6:21), 630). Dans ce chapitre, le faux Turpin rapporte qu'à la prière de Roland, les murs de la ville s'écroulèrent. Or, dans une « Description des églises de Grenoble », composée au xv* siècle et publiée |)ar M. Marion comme appendice au Cartulaire de samt Hugues de Grenoble^ on donne Je résumé de ce chapitre de Turpin. On y ajoute que ré^çUse Saint-Vincent de Grenoble a été fondée par Charleniagnc en mémoire du grand prodige que nous venons de rappeler et, môme, que l'on peut voir encore les traces du miracle auprès du monastère de Sainte-Claire (Cartulaire de Saint-Hugues de Grenoble, pp. 209, 300). — Cf. Paul Meyer, Recherches sur l'Epopée française, p. 306.
23* Dans sa Fleur des Histoires, dans cette vaste compilation écrite par ordre de Philippe le Uon, duc de Bourgogne, Jehan Mancel (Bibliothèque nationale, fr. 2119, r 216 v**) suit en général la Chronique de Turpin. C'est après ravoir reproduite tout entière, que Jehan Maneel raconte le siège de « Garnopoly » par Roland « Le héros ne veut pas rcioiuer à cette entreprise diflicib*. 11 prie, et les murailles tombent » (f* 256). L'auteur «lu xv* siècle se met ensuite à raconter les aventures de Tfjnir de Cordes qui envahit un jour l'église de Compostelle. Mais ce païen ne jouit i>as longtemps de son triomphe : Ips infidèles sont frappés d'une maladie horrible, et perdent les boyaux ou les yeux. L'tjuir lui-niènie perd la vue et ne la recouvre qu'après avoir invo(|uélc nom des chrétiens. 11 n'en continue pas moins ses exploits haitieux contre les amis du vrai Dieu et arrive un jour à une cité nommée Cornus, où se trouve une église à l'honneur de saint Romain. Un des princes païens veut démolir les colonnes ilorécs de la basilique : il y porte son maillet, mais est changé soudain en pierre {t* 261 Vj. Après avoir raconté toutes ces fables, Jehan Mancel commence imperturbablement un récit très-historique du règne de Louis le Pieux.
24" « Les Nelf Phei:x », tel est le titre d'une rapsodie en prose dont la com[)osilion ne remonte pas plus haut que le xv» siècle et qui a conquis une assez grande vogue à la Iîh du moyen âge. Au xviT >iècle, le succès n'en éUiit pas encore épuisé, et nous possédons à la Bibliothèque nationale (fr. 12, 598) un maimscrit de cette époque, où l'on transcrit "rncore ci*tle Irès-métliocre compilation icf. le Triomphe des neuf Preux, Abbcville, Pierre Girard, 1487; Paris, Michel Lenoir, 1517). En ce i\m concerne la h'gende de l'entrée en Espagne, il nous >utTira de dire que l'auteur des Meuf Preux suit d'assez près
II PART. LivR. I. peine, — Je vous prie de vous aviser entre vous et de prendre le meilleur parti. »
la Chronique de Tiirpin et qu'il y môle seulement quelques réminiscences de nos anciens poëmcs.
25° Le Charlexagne et Anseis en prose (Bibl. de l'Arsenal, B. L. F. 21^) est on grande partie une imitation, et presque une traduction du faux Turpin. Seulement le compilateur, qui s'impose la tâche étrange de combiner entre ellcH les deux légendes de Charles et d'Anscïs de Curthage, se donne beaucoup de peine pour introduire de bonne heure son second héros dans Thistoirc du premier. Au f" 12, après le récit d'une première défaite d'Agolant, se trouve la rubrique suivante : « Ce dist comment, aprcz que CharL>maine eust séjourné à Sainl-Fagon, il institua roy d'Espagne Anseïs, son propre neveu, pour le bien de tout le pays. Et comment, pour le bien de lui et de son roiaulmo, il lui L'iissa de ses barons. Puis, print congiet et s'en revint en son règne et païs de Franec. » A la suite de cette étrange inlercalation, le Charlemagne et Anséi» revient à la Chronique de Turpin : « Cornent, aprez le retour de cel Charlernaine, Agoulant s'en issi du Grosnc et vint en Gascoingne, où il subjugua les Angoriens et [trint leur cité. Puiz, dist comment par trayson il manda celui Charlemaiiie, lequel vint à lui iucongnu, et perçupl celte trayson par laquelle il s'en retourna; et vint qucrre moult grant puissance, et s'en ala en Angoric qu'il repriiil, et en enciiassa cil Agoulant malvais traytre... » (F** 16.} Et aussitôt après commence le récit de Honccvaux.
!£<)", tl" Dans les trois Galien en prose (mss. de l'Arsenal 3351 et de la Uibliolh. nation., fr. 1470 ; Galien incunable) ; dans ces trois versions distinctes, mais qui sont également composées d'après un pocme du Xlii* siècle, on a intercalé un récit de l'expédition d'Espagne d'après les sources latines. =. Il en est de môme à la fin des Guerin de Montglane incunables.
28" Les CoNuuKSTES DE Charlemaine, par David Aubcrt (vers 1458), nous fournissent quelques variantes notables : « Coment saint Jacques apparu par trois fois à Charlemaine et l'incita d'alcr conquérir les Espaignes et les délivrer des mains des infidèles (bibliothèque des Ducs de Bourgogne, à Bruxelles, n° DOOC), f 174). — Comment les grans oslz de l'empereur Ciiarlemainc se asemlihTent, au jour devant dit, pour aler conquérir les ts[>aignes et les terres voisines (f-* 181). — Comment les Fran<;ois passèrent Geronde, par la grâce de Dieu, et conquirent Bordcllc la cité à l'eniprise du noble duc Roland {V 103). — (îomment le roy Fouré fu occis contre le gré de l'empereur par Olivier de Vienne quy venga la mort de son frère Gerier, (|ue Fouré avoit occis, et comnuMit la cité de Nobles fil coïKjuise par le noble duc Uolaïul (C* 193). — (Comment la paix du bon roy Gouldebœuf el du noble duc Roland fu faille à l'empereur Charlemaine (f* 200). — Comment Pampelunc fut assegiée par le noble empereur Charlemaine qui y séjourna longtemps (1"^ 20-j. — CoimnciU la cité de l*ainp(?lune fu prinse par assanlt el puis rebailléc aux paiiens par le noble Empereur quy les pensoit convertir par amour (f' 200). — Comment le puissant Charlemaine reconcpiist Panip(>lunc par la haulle prouesse et entreprise du duc Roland et des jeunes chevaliers (f" 201)). — Comment Charlemaine conquist Monljardin et le frerc du roi Fouré, nommé David, qui depuis fu bon crestien à merveilles el amy de Dieu (f" 212). — Conunent le duc Roland conquist un jaian<l terrible, nommé Fernagud, et conquisl Natires la grant citéf cl de SCS haultes emprinses (f 215). — Comment aucuns roys païens se assamblerent en grant compaignic de Sarrazins et vindrent à bataille contre les cresliens (pi'ilz mirent en fuite (t ' 222). — Conunent le roiaulme de Navare fu conquis par le bon Charlemaine (^ 220). » — De ces rubriques précieuses, que nous avons cru nécessaire de publier in extenso (d'après le Philippe
Il PART. LIVR. II.
CHAI*. XVIII
Ce discours, où une énergique fierté s'unit si parfaitement à une touchante modestie, devait mettre un terme à la discussion. C'en est fait : le parti de la guerre Tem- dMÎÎîSîii porte. Naimes, la sagesse même, se déclare pour Ro- ''"iù 17^3"° land. « Il faut, dit-il, conquérir un royaume au neveu MiTcîdéc 3> de Charles. Il contrefait Alexandre à mei-veille ; mais, ^ véritablement, il n'a que la bonne volonté. Donnonsy> lui le restée » Tous les barons votent pour la guerre, et Gales de Vermandois, qui s'était le plus compromis contre le parti belliqueux, met son baudrier à son cou et, tout en pleurs, va s'agenouiller aux pieds de Roland. « Et li cons lui pardonne, tant l'en prie Olivier^. »
Peu de temps après, une belle armée toute fraîche, ^^^^^*^ toute jeune, toute pleine d'élan, se dirigeait à travers la *''"*^l^^rrivAj'''' France vers les porls d'Espagne. Roland ne devait plus p^ru dEspas^crevoir les beaux pays qu'il traversait. Il marchait superbe, à la tôte des contingents romains : car il était sénateur de Rome et gonfalonier de l'Église^. De l'autre côté des Pyrénées, Marsile apprenait l'arrivée des Français et écrivait à Charles une lettre, un href plein d'insolence, 'où il
àiousket de M. de Rciiïemberg), on peut déduire les faits suivants : Saint Jac* ques apparaît à Charicmagne, qui part en Espagne et conquiert Bordeaux sur son passage. Roland et Olivier s'emparent de Nobles et tuent le roi Fouré. Les Français assiègent ensuite et prennent Pampelune. L'Empereur remet cette ville aux païens, qui feignent de se convertir; mais il est obligé de la reprendre à ces traîtres. Puis, il s'empare de Montjardin que défend le frère de Fouré, nommé David. C'est alors que commence le combat de Roland et de Ferragus. Nadres est prise, la Navarre est conquise, et nous arrivons à la trahison de Ganelon, aux préliminaires de Roncevaux.
29* La Chbonique dd manuscrit 5003 ne nous offre qu'une reproduction du faux Turpin (P* 112 r« et 113 r**).
30** Dans ses Chroniques de France en vers (Bibl. nation., fr. 2820, xvi« siècle), GiiLLAUME Crétin (t 1525) se contente aussi de traduire platement la Chronique de Turpin.
' VEntréeen Espagne^ Bibl. de Snint-Marc à Venise, mss. fr. n' XXI, f" 1-5. t Trois conquises façomes, la prime en venjason — De Deus, le rois cellcstre et de sa passion ; — La secunde por Caries, que Ton doit por reison — Mantenir ses honors, en qcl part qc il son; — La terce por cestui che moi senble à bricon, — Quant il veult contrefcre li filzroi Philipon : — lia bienlevolocr; mais trop li fait li don.» (P5.) ' L'Entrée en Espagne, 1. 1., f« 6 r". — • Ibid.y r* 6 v*. C'est là une idée qui est particulière aux poèmes franco-italiens.