PART. LIVR. I
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Malceris et Isoré défendirent énergiquement ce boulevard de la race païenne. On a vu de quel courage
le coramenccineiilj. — thèquc Albani. — Char- de Pavie. — A ne ra- Discordcs au sein de Tar- lemagnc, tandis qu'il e^t conter les choses qa*au mée victorieuse. Combats sous les murs de Pam- moment où commence la sanglants entre les Lom- pelune, apprend que les Prise de Pampcliine (telle bards et les Tiois. — Mayençais veulent le dé- qu'elle est pan'enue jus- Prise de Pampelune : le trôner. 11 part précipi- qu'à nous), la lutte des roi vaincu de cette ville, tammcnt .^ Paris. — Toute Lombards avec les Fran- Malceris, sollicite Thon- son armée proAte de son çais est ici racontée Ionneur d'entrer dans l'or- départ pour se disperser, guement. Pour montrer dre des douze Pairs. — et tous ses barons retour- ce qu'ils savent faire, les Refus hautain de Roland nont chez eux : Charle- Lombards, qui ont été et de ses compagnons. — magne est mis en de- fort injustement outragés Malceris s'enfuit de Pam- meure de faire un nouvel par les Français, donnent pelune après avoir tente appel à toute la chrétienté tout seuls l'assaut à Panade tuer son flis Isoré, qui et amène lui-même vingt pelune et s'en emparent, est chrétien de cœur et mille chevaliers de Paris. — Capitulation et bapd'àme. — Poursuite de — Les païens font une téme de Malceris et Malceris : duel entre le sortie terrible hors de d'isoré. — Corsabrin de père et le flIs; défaite Pampelune. — Chiron, Carthage est le seul qui d'isoré; son baptême. — que l'Empereur a laissé refuse de se faire chré- Guerre des Français cun- comme son lieutenant à tien. — Réconciliation de tre Altumajor : ils s'em- Paris, commet la faute Didier et de Charles. — parent de la Stoille et du grave de quitter son poste Les Français sont chargés Groïng. — Charles envoie et arrive au camp de d'emporter la Stoille ; à Marsile deux messagers, Charles avec six mille mais ils n'y réussissent Basile et Basan : ils sont hommes. — C'est alors pas, et deux mille d'entre assassinés sur l'ordre du aussi que Didier accourt eux restent sur le champ roi sarrasin. — Seconde à l'aide de Charles, et de bataille. Nouveau ambassade : dévouement c'est ici également que triomphe des Lombard.<i. et mort de Guron. — nous pouvons commencer — Marsile alors rassemble Prise do Toictclle et de à faire la comparaison de une armée de deux cent Cordes. — Quatre autres la Spagna avec le poëme mille païens, et se disvilles tombent succcssi- français, dont nous n'a- pose à les conduire en voment au pouvoir des vons pas le commence- France, pour faire une Français : Charion, Saint- ment. Les Lombards cou- diversion. Celte immense Fagon, Masele et Lion. — struisent des machines et armée arrive sous les Prise d'Astorga. donnent l'assaut. Ils en- murs de Luiserne. — Té-
Irent , vainqueurs, dans mérité d'Algirone de Bre- Pampelune. — Malceris tiigne, qui traverse toute parvient à s'enfuir. — l'armée des Sarrasins Ambassade de Chiron que avec onze chevaliers. Il Malceris fait tuer dans peut se traîner jusqu'aux une embuscade. — Con- pieds de Charlemagne et quête de la Stoille. — meurt après lui avoir an- Duel entre Roland et Ser- nonce cette nouvelle impentin. — Baptême des portante de la situation païens.. . stratégique des païens. —
Didier conçoit le projet d'entrer à Luiserne avec ses Lombards ; mais, moins heureux cette fois, il se laisse envelopper. Grande bataille. Mort de sept mille chrétiens et de vingt mille infldèles. — Courage héroïque de Roland, qui se meurt de faim, et que la
ASAI.ÏSE Db; LA PRISE IlE PAMPELVSE. \U1
était capable te jeune Isorè, presque aussi noble, aussi beau, aussi brave que Roland lui-même. Tact de vertus
nUe de Mar»i1c vient att>i-il<<r. C'eit cette mdnie païenne qui, lur la dcnintide lie Rolanil, Tiiit avertir CharlemaBn" 'l'^ l'exlr^me péril où se trouve Rnlanil. — Arrivée de l'Emperirur lur le champ Je bataille. Nouvelle mSIée. Rulunil est ■Iclivré, et U ville cic Luiterne est miraculé uecment coniiimée par le Teii il» cîfil. Cesl Hlon (|ue Marsile se renferme âans SnmiiMse et que commence Id t'.hamon He ttolatid. = On trouvera plu« loin un résumé beauennp plus ihliilli!' d'' la Spagna cl du Viaggio (voj. aux Varianla et Hodipcalicn* de la ligendtl, — ' Dn dernier mot sur l'auteur présumé de la Prise de Pampelune- (Mni te Catalogue Rouardqat a été pabUé en Février 1870, on trouve, >oui le (I* 147!), la mention d'un Poème sur l« Pasûon en vers rranfaii par un certain HiCOLAS DB Verdie (ms. do la lin du xiv'aiiL-le). Or, le* quelques vers qui l'auteur du Calalogue en a elles ressemblent singulièremenl A ceux ût- la Prife de Pampelune. Nuui en ferans juges nos lecteurs : i Et, s'il vous picil. priéi la lantisme Sustanco — Por eelu Nicholais ch'a rimé pnr cert^nce ~ Ceslo lantiimc fouse..., — Jusquemctil A cist point ceale (ouse a espnnue — Ni£olntt Vtntioit e pour rimeeslendue. — Hais de ceM Feii n'est plus de luy rime veile. — Pour ce, plus n'en dirai, che. i la departuo, — Jhesu vous beneie ehe en bien Ter nous argue. Amen. • Cf. les premiers el les derniers vers de f Entrée en Elfagne, qui snnt â peu pris les seuls dont on puisse dire qu'ils rcisembleut A la PriM dt Pampelune. — 3° Nombre de vers et hatdbe ds h\ vehsificatio^. Le la reste de la PrUe île Pampelune est incomplet pnr nnlienl.daiis l'^lal actuel, 6113 vers dodérasyllabiques, awonaneés par la dernière syllabe ou rimes. = 4* MjkniiSCiilT ODI est PARvena JDMIU'A XOl's. C'est le manuscrit de Venise qui porte le n' V parmi lus manu- ■erits rrantaisde la biblinihique de Saint-Mnre. Il est du xit* siècle el contient 101 feuillet). — 5* Edition imphivëE, M. Adoir HussaOa a publié la Prise de Ptmpelune en 1864, rians le même volume que J/oeairï (Vienne, in-8'|. Il a fait précéder son texte, très-bien établi, d'une Préface où il traite turlout la question phllolDgique. et l'a fait suivre d'un prtit Glotsatre. — H. Michelanl, en 1SS6, avait di*ji copié è Venise la Prise de Pampelune, dont il nous donnera sans doute une nouvelle édition dans le [teaieil des anciens poite* de la n«Ree(9'série). «6>LA!<GiiEDAits laqdelle a ëtë écrite la Prise dePaupe- 1XM. On a déjà beaucoup discuté la question de la langue dans laquelle ont ili: écrits les romans franco-italiens, tels que l'.li/imiiont. le Roland de Vrnise, le Maraire, l'Entrée m Espagne, la Prise de Pampelunt, etc. A nos yeux, la ipieMian n'est pas une, mais complexe. At^enutnl, Maeatre, Roland, ne sdnl, suivant nous, que des poi^mes français, servilement copiés el indigneini^nt dé- Bgurit par dea icribi^s italiens qui travaillaient sur des miiniiscrils français noue Tavons àé'ih (ait voir au 'ujet de VAspremont, et nous le démontrerons bienidl A l'oDCasion du Maeatre. — L'Bnlree en Kspagrte renferme, * ce point <le vue, deul éléments distincts, comme nous a\'ous essayé de le démonlrer Inut i rheure : l' Son début, ses transitions, sa nn, que nous croyons l'ouvre d'an Italien, écrivant originalement en français; et !•, le reste do son texte, qui eil une copie italienne de plusieurs originaux franfais. — (Junnl A la Pr'ttr , Â Pampetvnr, nous pensons qu'elle est t»ut entière l'ieuvre originale d'nn UmbMtl écrivant en rransait et voulant écrire en français. Nous ae Hurlons admettre (et nous dirons pDur(|uoi dan* notre Notice de Macaire) r*iiMence d'une langue lombarde oMfranlie, d'un dialecte purticiilier i l'usage des tiabitanta lettrés de ces provinces de l'Italie du Nord. En réalité, l'auteur de la Prite dt Pampelune vite au ■ beau français >, et ai l'un compare son (exie i celui de Slacaire, on verra qu'il n'emploie presque jamais ces formes
II PART. LIVR. I
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ne furent pas pour la ville une défense suffisante. Les Français y . entrèrent, Charles et Roland à leur tête,
italiennes pures que les scribes ignorants ont laissées dans Afacaire, dans Aspremonlt dans Roland, comme « èfachario, davarUi, fallo, bêla, moUOt ^*^ tornOy dalmaçOt avolteriOj glavio, graveda », etc. A comparer notamment la conjugaison des verbes dans nos deux chansons, telle que M. de Hussafla Ta mise en lumière dans les Préfaces de ces deux œuvres (Prise, p. vii, et MO" caire, p. ix et suiv.), on s'apercevra aisément que les deux systèmes verbaux ne se ressemblent aucunement. La conjugaison de la Prise de Pampelune est, à peu près, purement française ; celle de Macaire est effroyablement italianisée et toute barbare. Ce n'est certes pas la même langue. C'est que les compilateurs ignares qui copiaient nos poèmes français voulaient les mettre à la portée des Italiens, leurs compatriotes, et y multipliaient à dessein les formes italiennes, dans l'intention de se faire mieux comprendre; tandis que rauteur de la Prise de Pampelune, se proposant de tirer de son cerveau et d*écrire en français un poëme français, n*a jamais pu avoir aucune préoccupation de ce genre. D'un autre côté, rien n'est plus facile que de restituer l'ancien texte français caché sous les italianisations de Macaire* de Roland, d*Aspremont; et l'on sait avec quoi succès M. Gucssard l'a tenté pour le premier de ces poèmes. Mais, par cela môme qu'il est original, qu'il ne copie pas une chanson française, et qu'il ne peut cependant se défaire absolument de ses habitudes italiennes môlées à l'ignorance de certaines délicatesses de notre langue, l'auteur de la Prise de Pampelune n'a pas fait une œuvre qui puisse aussi aisément être ramenée à un texte français complètement régulier. Nous avons essayé de faire pour la Prise de Pampelune ce que M. Guessard avait- fait pour lfacatre,et nous avons été plus d'une fois arrêté, nous voyant dans l'impossibilité de traduire littéralement, vers pour vers, ce poëme incontestablement original. Il s'y trouve notamment un système d'élisions qu'on ne rencontre à ce degré que dans cctt*! chanson (et dans le début et les transitions de VEnirèe en Espagne), M. Mussafia a relevé les plus importantes : « Lour escriA Asicn homes (vers 48); iln'alera jA Knsi (166); et tuclt le cicf A un autre (vers 9); la ou Dieu nos condura (vers 4213) »; etc., etc. Comme on le voit, des monosyllabes entiers sont audacieuscmcnt élidés; et cette particularité, dans un texte d'ailleurs si correct, est à nos yeux une preuve nouvelle de roriginalité de ce roman. L'unité de sa langue, de son style, de sa versification; le genre de beautés littéraires qu'il renferme; la connaissance de l'antiquité qu'il accuse, tout nous révèle une seule main, une main italienne et qui n'est pas celle d'un simple scribe transcrivant un manuscrit français placé devant lui. = ?• Diffusion a l'étranger. La Prise de Pampelune a suivi exactement les mêmes péripéties que V Entrée en Espagne^ et il serait inutile de nous répéter longuement. Qu'il nous suffise d'émettre ces quelques propositions : a. La Prise de Pampelune n'a eu de diffusion réelle qu'en Italie. — h. La caractéristique de notre légende Itolandienne en Italie, c'est précisément le mélange intime de VEnirèe en Espagne et de la Prise de Pampelune avec une Chanson de Roland où l'on avait intercalé une Prise de Narbonne. — c. La Prise de Pampelune accrUiinemcnt donné lieu en Italie, non pas à un seul poi'ine français, mais à plusieurs. C'est ce que prouve surabondamment la comparaison de la Prise de Pampelune parvenue jusqu'à nous avec les Spagna en vers et en prose. Leurs affabulations sont différentes, et on l'a fait voir plus haut d'une manière sensible. — d. La Prise de Pampelune est, en effet, un élément très-important de la Spagna in rima qui fut écrite par un poète anonyme, entre 1350 et 1380 (ms. Laurentien) ; de la Rolta di Roncisvalle en vers, qui n'est qu'une imitation ou un remaniement de la Spagna in rima (mss. Riccardien et Ferrarais); de la Spagna
ANALYSE DE LA PRfSE DE PAMPELUNE. 459
Isoré se déclara prêt à courber le front sous l'eau du "cïïlV.'ilx.' baptême : Malceris se contenta de promettre une conver-
en prose des manuscrits des bibliothèques Albanie! Médicis, et enfin du Viaggio du manuscrit de Pavie. =: 8"* Travaux dont ce poemë a été l'objet. Ce sont, en général, les mêmes que ceux qui ont été consacrés à V Entrée en Espagne^ et ces deux œuvres sont véritablement inséparables. Après le bel ouvrage de M. Pio Rajna {la Rotta di Roncisvalle nella letteratura cavalleresca italiana , Bologne, 1871), après la publication du Viaggio par M. Ceruti (Bologne, Romagnoli, i87i), après les Rubrique<« de la Spagna en prose du manuscrit de la bibliothèque Albani, publiées en 1870 et 1871 par M. Michclant, dans leJahrbuch fur romanitche und englische Literatur (t. XI cl XII), il importe de signaler ici, dans le tome XXVI de VHistoire littéraire de la France, une intéressante analyse de notre vieux poëme. M. Paulin Paris, qui est Fauteur de cette analyse, ne se montre pas satisfait du titre que nous avons jadis donné à cette chanson : la Prise de Pampelune. Il lui en donne un nouveau, et l'appelle la Guerre d^Espagne. = 9" Valeur littéraire. La Prise de Pampelune est une œuvre où abondent de véritables beautés épiques. L'auteur, suivant nous, connaissait quelques auteurs de l'antiquité. Son œuvre est simple, grave, et néanmoins égayée par de bonnes scènes d'un franc comique. Le courage de Roland y est tempéré par le rire d'Estous, et la vieillesse de Charles par la jeunesse d'isoré. Le portrait du vieux roi Malceris et sa séparation d'avec son fils, l'admirable dévouement de Guron, la prise de Toletelle par Estous, peuvent compter au nombre des plus beaux passages de notre antique épopée. Nous dirions volontiers que c'est une œuvre bien plus moderne que tous nos autres romans, et que l'influence de Dante s'y fait sentir. Nos Chansons, en cflet, manquent généralement de style, et la Prise de Pampelune ne mérite pas cette critique. L'épithète y est bien choisie, avec une certaine préoccupation de la justesse, et le poëte, à tout le moins, y manifeste des prétentions à l'art d'écrire. Ce n'est certes pas le plus naïf, mais c'est peut-être le plus artistique de tous nos vieux poëmes.
II. ÉLÉMENTS HISTORIQUES DE LA PRISE DE PAMPELUNE. — On peut établir les propositions suivantes : 1** Vauteur des Annales longtemps attri" buées à Eginliard atteste que le principal épisode de la campagne de Charles en EspagnCy durant Vannée 778, /u( la prise de Pampelune : « Prim) Pompelonem Navarrorum oppidum aggressus, in deditioncm rccepit.» Et^ à la fin de la cam" pagne : • Pompelonem rcvertitur. • — 2* Mais la ville fut reprise par les Sarrattiu ety en 806, le même annaliste dit de nouveau : t Navarri et Pampilonenses, qui superioribus annisad Sarracenos defccerant, in fidem rccepti sunt. » — 3* Durant tout le régne de LouiSy fils de CharleSy en Aquitainey Pampelune fut souvent le centre des opérations militaires des Français contre les Sarrasins. — 4* Cest à Pampelune que Louis réunit en 812 une assemblée pour arriver à connaître les besoins de ces populations mal soumises, (Voy. l'Astronome limousin, J 18, dans les Scriptores de Pertz, II, p. 615.) — 5*£n résumé, durant toutes les guerres de Ciuirles et de son fils en Espagne y Pampelune a une importance capitalCy et il n'est pas étonnant qu'un de nos romans puisse recevoir ce titre : la Prise de Pampelune, bien qu'il contienne le récit de beaucoup d'autres faits d'armes et de plusieurs légendes. » Les textes historiques relatifsà Pampelune et à toutes les guerres d'Espagne ont été publiés plus haut (pp. 452- 454), dans le Tableau qui fait suite à notre résumé de V Entrée en Espagne,
III. VARIANTES ET MODIFICATIONS DE LA LÉGENDE. — La Prise de Pampelune est l'objet des récits suivants, où l'on ne trouve, en résumé, que troU ou quatre variantes vraiment dignes de ce nom : 1* Dans la Chanson dk
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CHAP. XIX
m ANALYSE DE IX PRISE DE PAMPELVNE.
sion qu'il espérait différer longtemps. Mais, enfin, les chrétiens vainqueurs occupaient la ville vaincue.
Roland, nous trouvons plusieurs allumons à un épisode important de notre roiiian, à la mort des comtes Rn^n et Basile, messagers de Cliarlemagnc auprès de Marsile (vers 201-209, 291 ; 488491). — 2» Dans la Chronique de Tdrpin, il est fait mention de piusinurs prises de Pampelune. Le premier auteur de cette Chronique, au chap. iv (De mûris Pampilonewtibus per semeiipsos îapsis), raconte comment les murs de cette ville tombèrent miraculeusement aux pieds de f /harl(*magnc en prièros. S<*lon le deuxième chroniqueur (au chap. xi), le roi Agoland vient se réfugier à Pampehme après ses défaites à Agen, à Saintes et à Taillebourg. C*est sous les murs de cotte ville qu*a lieu la fameuse controverse théolngique entre Agol:«nd et Charles et la grande bataille entre les Sarrasins et les Français. Les Français vainqueurs tuent tous les païens (chap. xn- XIV). Toute cette guerre reçoit du légendaire le nom de : Bellum Pampilthnenxe. Et quand l'Empereur traverse de nouveau les Pyrénées pour livrer aux païens cet assaut qui doit, luMas! se terminer par la défaite de Roncevaux, c*est à Pampi'lunc qu^il va prendre séjour : Redienit Pampeloniam^ cum «lui exercitihns hospitatns est (chap. xxi). — 3" Philippe Nodskks reproduit et délaye la Chronique de Turpin, et parle aussi de deux sièges de Pampelune : a. vers 4798-4835, et b, vers 5256 et suivants. — 4**- 10* La Chronique de Turpin est également suivie par les CflROiNiQrEs de Saint-Denis, Cirard d'Amiens, le KarlMeinet, le Charlemagne ETANSFisdu manuscrit B. L. F. 2t4b de l'Arsenal, Jehan MANCRL(en sa Fleur des histoires), les Neuf Preux et les Chronioues de France de Cuillaume Crétin. Nous avo-is donné plus haut, dans la Notice de VEntrée en Espagne, les indications bibliographiques très-exactes de ces différentes œuvres. — 11* D*après la plupart des documents espagnols, Charlcmagne et ses Français furent battus dès leur entrée en Espagne. A proprement parler, il n'y a donc pas de faits qui, dans la légende espagnole, correspondent exactement à notre Entrée en Espagne et à notre Prise de Pampelune. 11 faut noter, cependant, que Lucas de Tuy (t 1250), en son Chronicon mundi qu'Alfonse X a suivi dans sa Cronica général, place avant la grande défaite de l'Empereur dans le val Carlos plusieurs faits qui sont évidemment empruntés à lu tradition française : « Charlemngne, dit Lucas de Tuy (reproiluit par Alfonse X), assiège Tudela, dont il se serait emparé sans une trahison de Gîinelon ; puis, il emport'* Najera et Monijardin, et c'est après ces trois con queutes qu'il se dispose à revenir dans les Gaules. • (Voy. Mila y Fontanals, De la poesia heroico-iiopular casleUann^ pp. 147 et 151. — Cf. plus haut, page 422, notre No icc sur VEnlrèe en Espagne, qui complète celle-ci.) — 12* Les Coxqi'ESTES de Charlemaine, de David Aubert, renferment trois chapitres consacrés aux deux sièges de Pampelune : Comment Pampelune fut assegièe par le noble empereur Charlemaine qui y séjourna longtemps ((^ 202). Comment la cité de Pampelune fut prinse par assault et puis rebailliée atix paiiens par le noble Empereur quy les pensoit convertir par amour (f^ 206). Comment le puissant Charlemaine recoiiquist Pamjyelune par la haut te prouesse du duc Rotant et des jeunes chevaliers (t^ 209). — 13* En Italie, la « Prise de Pampelune » a été l'objet de plusieurs récits que nous avons déjà essayé d'opposer plus haut l'un à l'autre. Mais la matière est importante et vaut la p<'ine d'être plus longuement étudiée. Nous allons donc offrir ici une analyse détaillée de la Spagna en prose, du manuscrit de la bibliothèque Albani, qui fut découverte en 1830 par M. Ranke et dont M. Michelant a publié les rubriques; puis, nous publierons un résumé encore plus étendu de cette partie du Viaggio qui correspond à notre Prise de Pampelune. On verra que cette dernière Spagna en prose, publiée par M. Ceruti d'après le manuscrit de Pavie, ne ressemble que d'asset
Ils ne savent pas d'abord user de la victoire. A peine triomphants, ils se tournent les uns contre les autres
fort loin à notre ancienne chanson, sa. Analyse de la Spagna en prose iui manuscrit DE LA BiBUOTBÈQi'E Albani. Uiic lettre, un hrefan'iMi de Franco à Clmrlemagne : il y apprend que lesMayençais « avevono poslo clmiipo à Piirigi piMiluru » (cap. 13i). Celte nouvelle inquiète TEmpercur. Roland veut en avoir le ccpur net et savoir toute la vérité : il consulte un livre de nécronmncie, ronjure un esprit t e sepe ogni chosa ». Charles part avec quatre conipagnouc, ot to rend à )*aris pour rétablir la paix (cap. 135). M:us, hélus! tandis qu'il est à Paris, son armée d*Espagne apprend son départ et so met ù la débandade. Chacun retourne en son pays, en se faisant excuser auprès de l'Empereur. Celui-ci leur pardonne; mais le voilà sans armée : il écrit alors à Rome et à tous les chrétiens ptmr lever une armée nouvelle. Lui-mémo part de Paris avec vingt mille chevaliers* « e Orlando andando a spasito ebo clioiiiaudamcnto chc tutti andassino la notte in su cl monlo o spari via la Nostra Donna » (cap. 136). Les païens font une sortie hors de Pampelune, « eliredendo chc i christiani fussino ancggati ». Leur défaite par Charles (cap. 137). L'Empereur a laissé à Paris Chirone comme lieutenant: Cliirori, no voulant pas rester à Paris quand on se bat en Espagne, part à la télc de six mille chevaliers pour conquérir honneur. U est condamné à mort par Charles, par Salomon (qui est son père) et par tous les barons; mais Roland et Naimes lui font obtenir son pardon (cap. 138). L'auteur en arrive alors au roi des Lombard;*, à Didier. Pour obéir à Tordre de Charles, Didier arrive d'Italie en Espagne avec dix mille cavaliers et dix mille hommes de pied. A peine arrivés, les Lombards, nur le commandement expiés de l'Empereur, comn)ciicent leurs travaux do siège (cap. 139;. Salomon, Naimes, Charles lui-même, admirent ces travaux. On se décide à livrer l'assaut (cap. 140). Didier approche ses machines, ses chuls-chastîaus des murs de Pampeluiie; il fait brèche et pénètre dans la ville, dont 11 prend la forteresse. Malceris (Mazzarigt) cl Isoré (Yscres) sont faits prisonniers (cap. 141). Le roi des Lombards ne veut laisser personne entrer dans le château de Pampelune; il demande à l'Empereur trois privilèges pour les l<ombards, et ils leur sont accordés. Baptême général des païens. Malceris parvient as^enfuir (cap. Mi). Conseil tenu par Charles; discours de Naimes. On so décide à envoyer un ambassadeur à Marsilc (cap. 143). (.iiiron, (Ils de Salomon, est chidsi comme ambassadeur. U part, au moment même où Didier part lui-même pour aller « ù gguardia d'Alischaute » (cap. 14i). Récit île l'ambassade de Chiron; embuscade préparée par Malceris (cap. 145). Chiron est mortellement blessé dans ce guei-apens; ses derniers monvnts, sa mort (cap. 146). 11 s'agit maintenant d'emporter la Stoille. Duel de Roland et de Serpentin, qui est le champion do Grandogne (Crandonio d.il Maruclio). Mort de Serpentin; victoire des Français; baptême général de tous les païens delà Stoille (cap. 147-150). Douleur de Narsile à la nouvelle de la mort de Serpentin. Ses barons lui conseillent de faire la paix. C'est alors que Bianchardin intervient (cap. 151). Ici ilnit la Piite de Pampe une et commence la Chanson de Roland. » h. Analyse du Yiaggio (d'après le texte publié par M. Ceruli, II, pp. 5-4-100). Roland est de retour au camp de son oncle; Samsonnet est près de lui, et les Pairs Or, un jour il monte sur Veiilanlif et se prend à chevaucher tout seul. Il jette nn long regard sur Pampelune : tout à coup, une femme vêtue de blanc lui apparaît dans un coin du jardin où il se trouve, t Chevalier, lui dit-elle, sache que ■ lecampdeCharlemagnes'eflbndrera celte nuit. Malceris a tout préparé. Prends • garde. • La Vision disparait: c'était l'ange Oabriel. Roland n'oublie point cette parole, et fait soudain déménager l'armée française, qui va camper plus loin, n éuil temps. Les ingénieurs de Malceris prennent des cordes et se mettent à
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II PABT. LlVn I.
CHAP. XIX
462 ANALYSE DE LA PRfSB DE PAMPELVNE.
avec cette même rage qu'ils ont tout à l'heure dépensée contre les infidèles. Les Lombards d'un côté, et les
tirer éncrgiquemcnt pour renverser les colonnes souterraines qui étaient sous le camp de Charles. Tout s*érroule et, au lieu d*un camp, on n'aperçoit plus qu*un grand lac profond, où Ton voit aujourd'hui dos vaisseaux. Colère de Malceris à la vue des Français qui ont décampa et à la pensée de leur délivrance. — Quand Charles était parti de France, il avait confié son royaume à Anseîs de Mayencc : « Carde bien mon royaume, lui avait-il dit, et honore la Reine. » Mais, quand Anscïs apprend que Roland a quitté le camp français et qu*on ignore ce qu^il est devenu, le traître se dit qu^avant trois jours Charles sera déshonoré : « Je prendrai la Reine pour femme et ferai bannir TEmpercur de » toute la France. » Par bonheur, Roland apprend les desseins d*Anseïs par son » follet ». Et il dit au follet : « Je veux que tu dises tout à Charlemagne. » Sur ce, Tesprit part comme une tempête et, sur son passage, tout tremble, il arrive ainsi dans le pavillon de Charlemagne et lui apprend la trahison du Mayençais. « Que faire pour empêcher ce mariage ? s'écrie Charlemagne. — Si tu consens, » lui dit le démon, à ne pas prononcer le nom de ton Dieu, je te vais conduire » à Paris. » L'Empereur y consent; mais, arrivé à Paris, il s'oublie un moment, et à la vue d'un do ses écuyers qui passe, s'écrie : t Que Dieu soi l loué. » Le follet alors le laisse tomber, mais non da alto. Il élait temps, pour lui, d'arriver au palais : la grande salle est toute étincelante de lumières, cl Ton attend le passage d'Anseïs, qui va * dormirc con la rcgina p. Charles entre dans la salle et s'assieil majestueusement sur son trône. Il regarde autour do lui et aperçoit lè sénéchal de la cour, qui s'appelait Aïgirone: c'était le fils de Cimongello et le frère du bon loi Salomon de Rretagnc, et il avait un frère qui se nommait Baudouin. Grand étonnement dans le palai», quand on voit ce grand vieillard assis sur le trône royal. Algironc le reconnaît; la Reine accourt, et Charles lui adresse de sanglants reproches parce qu'elle n'a pas envoyé de vi\Tes à l'armée chrétienne en Espagne. La Reine alors veut réparer cet oubli : elle mande Aïgirone et Baudouin et les charge de conduire des vivres à Tost de Charlemagne : d Prenez vingt mille chevaliers avec vous; allez. » Mais le traître Anseîs apprend la nouvelle et, avec cinq mille chevaliers de sa gent, se précipite vers le Midi. Or, il y avait une belle ville forte, Monpeslere, sur le territoire de l'Aragon. L'Empereur y avait mis cinq mille chevaliers : car c'était un des meilleurs chemins qui conduisaient de France en Espagne. Qu'imagine Anseîs? Il se fait passer, lui et les siens, pour les gens du roi, et pénètre dans le château. Aïgirone ne trouve rien de mieux que d'iaiitcr cette ruse et se fait passer pour André, frère de Ganelon, qui arrive au secours d'Anscïs. Celui-ci se laisse aussi fiicilement tromper qu'il a trompé les autres, et Aïgirone, avec son frère Baudouin, extermine les Mayençais, y compris Anscïs. Puis, Aïgirone et Baudouin continuent leur route vers la Navarre. Quand les Français aperçurent, au camp de Charles, l'armée de ces bons chevaliers, ils les prirent tout d'abord pour des Sarrasins : « C'est Baligant, s'écrièrcnt-ils, qui vient secourir Marsile. Aux » armes I aux armes ! » Mais l'erreur est bientôt reconnue, et c'est un embrassement général. A peine arrivé et sans prendre le temps de se reposer, Aïgirone rêve de jouer un méchant tour aux païens de Pampclune : « Nous allons, dit-il » à son frère, nous faire passer pour les fils de l'Aniustant de Cordouc. Je sais la » langue sarrasinc. La chose sera aisée, et tout ira bien. » Aussitôt dit, aussitôt fait. Baudouin se présente en efl'et devant Malceris et lui dit : « Je suis fils de » l'Amuslant de Cnrdoue,et voici que je viens h votre secours. » Puis, tout à coup :« Vive l'empereur Charles! Meure, meure la gent sarrasinc! » C'était trop se presser, et Baudouin, dans son orgueil, avait eu tort de ne pas attendre le secours de son frère Aïgirone. Il n'a que le temps de fuir ; mais Aïgirone
Tiois de Tautre, trempent de leur sang le sol qu'ils viennent de conquérir. Roland se jette entre eux, plein
arrive à son secours et bat les Sarrasins. Cependant, malgré la victoire (IcAnittvc des chrétiens , Charles regrette Timprudence de Baudouin. Cinq mille chrélicns sont morts, et l'Empereur ne peut se consoler de celle perle, même à la pensée que trente mille païens ont partagé leur sort. {Viaggio, chap. XLctxu, éd. Ceruti, p. 54-73.) — C'est à ce moment que Roland reçoit une lettre du Pape, qui a appris la conversion de la Perse, de la Syrie et de la Babylonie, et qui, sachant Roland de retour auprès de Charlcmagne, Tinvite avenir à Rome, pour prendre les i0 66() chevaliers de la sainte Église, dont le neveu de Charles a le commandement. Roland, sans plus de réflexion, s'apprôte à partir à Rome et emmène avec lui tes Pairs et trois cents chevaliers : « Je vous recommande > Charlemagne », dit-il à Algirone et à Baudouin. 11 part et traverse la Navarre, la Provence, la Lombardie. Arrivé à Rome, il y reste un mois, toujours en fête. Puis, il demande son congé au Pape et emmène ses 20 666 chevaliers : c cd » erano li piu alli baroni che mai fosseno veduli, ed eraci sette re da co- » rona », etc. En revehant, le neveu de l'Empereur passe de nouveau par la Lombardie et invite le roi Didier à venir à l'ost de Charles avec tous ses Lombards : c lo faccio eu) che ti place, b En moins d'un mois, il réunit dix mille « chevaliers à pied », armés d'arbalèles et d'arcs à la mode lombarde. C'est avec celte suite superbe de Romains et de Lombards que Roland fait sa rentrée au camp de Charlemagne. (Chap. xui, 1. 1., p. 73-77.) — Mais, à poinc les Lombards arrivés, les querelles vont commencer. Ces pauvres Lombards sont l'objet des railleries des Allemands et des Français. Colère du roi Didier qui veut se retirer. Roland cherche à Tapaiser en fixant aux Lombards une pince spéciale dans le camp ; mais rien n'empêche les Français de venir attaquer les Lombards. Un jour, ceux-ci se fâchent et tuent plus de huit mille Français. Roland approuve les Lombards et se montre ouvertement l'ami du roi Didier. Celui-ci, pour montrer quelle est la valeur de sa gent, veut tenter un coup sur Pampelune, sur cette Tille dont Charles ne peut s'emparer. Le roi lombard fait dresser les échelles contre les murs de la ville ; cinq mille chevaliers à pied et cinq mille archers sont là, tout prêts pour la grande bataille. L'entreprise, dès le commencement, est sur le point d'échouer : car Isoré, fils de Malceris, fait une tournée sur les remparts et, passant tout près de Didier, le prend pour un des siens et lui dit : ff Faites bonne garde. » Quelques instants après, l'assaut est donné et les Lombards entrent dans la ville. Il ne reste aux païens que le château. Charles, cependant, n'est pas aussi heureux qu'on le pourrait croire en apprenant cette nouvelle : « Sainte Marie, s'écric-t-il, je suis depuis dix ans à assié- ■ ger Pampelune, et voici qu'en quelques heures les Lombards s'en sont em- B parés ! » Didier, d*aiUeurs,ne permet qu'à grand'peine à Charlemagne de pénétrer dans une ville qu'il a conquise : il faut que son ami Roland lui en fasse la demande. C'est alors que, cernés dans le château, Malceris et Lsoré se rendent à Roland et se font baptiser : Corsabrin de Carthngc est le seul qui refuse le baptême, et il s'enfuit à Saragosse, où il apprend à Marsile la triste nouvelle de la prise de Pampelune. La scène se transporte de nouveau dans celte ville, et voici que le roi Didier s'y réconcilie avec Charles. Il demande à l'Empereur trois grandes grâces pour les Lombards : « La prima grazia che vi domando, si
• è cheli Lombardi, vogiiascudicre, vo^lia cavalière, possa portarc la sua spada » cintaal suo gallone da lo sinistro costale. La seconda grazia si è rite ciasca-
• duno possa portarc oro cl argenlo, voglia c-ivnliere, vogliu scuiliiT^'.' La terza » grazia si è che cia«oaduno possa portare e andare vestiio di vt^rdc; e altra
• grazia non vi domando. • Charlemagne accorde tout ce qu'on lui demande, et la paix est faite. =» Il s'agit maintenant d'emporter la Stoille, et ce sont les
II PART. LIVR. I
CHAP. XU.
CHAP. MX.
iU ANALYSE DE LA PRISE DE PAMPELUNS.
Il PART. LivK. I. de pensées de paix : « Sire, dit-il à l'Empereur qui s'é-
» lançait furieux sur Didier et les Lombards ; sire, ce
Français qui sont chargés de l'expédition. Deux mille d*eiitre eux restent sur le soi, percés de flèches par les défenseurs de la Sloille. C'est encore aux Lombards qu'est réserva la gloire de prendre la ville. Roland les en félicite bien sincèrement, « e dice che li Lombardi son bona gente e magistri di prendcrc » cittade e casttelle ». (Chap. xliii et xliv, 1. 1., p. 77-90.)— Conseil tenu par Marsilc. Les païens, menacés par Charles, se décident à allnr faire une diversion en France : c II n'y a plus de chevaliers dans le pays de Charles. Je prendrai ce royaume » et m'en ferai couronner roi. » Ainsi parle Marsile d'Espagne, et deux cent mille païens se mettent en marche. A la tôte de cette immense armée, arec Narsile cl Baligant, on voit Lalgallia (l'Augalie), Algarise de Sibilia, rArou»tant blanc et l'Aumstant noir, Alfaris, Stramaris, Sinagon et Corsabrin. Cette multitude de païens, cette marée d'hommes arrive un jour sous les murs de Luisernc. L'heure est solennelle ; mais l'orgueil d'Algirono de Bretagne va compromettre la cause des Français : ce jeune chevalier ne rêve que de devenir l'égal de Uoland. Avec onze compagnons, tout couverts comme lui d'armures d'argent, il traverse toute Tost des Sarrasins, et chacun d'eux tue un païen. C'était trop de témérité : Sinagon prend une lance et tue un des douze Françai.n; l'Amustant blauc en abat un second; Grandogne un troisième. Tous les compagnons d'Algirone sont frappés l'un après l'autre, et Algirone lui-même est couvert de plaies. Tout ruisselant de sang, il se traîne jusqu'à la tente de Charles : «Que faites- vous, grand roi? Nô savoz-vous pas qu'il y a, tout près d'ici, » deux cent mille païens, avec Marsile cl Baligant, qui s'apprêtent à passer en » France pour y conquérir tout votre royaume. Je les ai vus, j*ai traversé leur » camp. Oui, voilà ce que j'ai fait, et Roland n'en a jamais fait autant. • A peine a-t-il achevé c^s mots, qu'il tombe roide mort. Pleurs de Charles, de Salumon de Bretagne et de Baudouin. Cependant Didier conçoit le hardi projet d'entrer à Luiscrne avec ses Lombards; mais cette entreprise lui réussit moins bien que les précédentes, et il se laisse envelopper pur les païens. Bataille, mêlée furieuse. Didier se bal comme un lion : « Dcsidero, con sua gente, intra » in li Saracini corne lu liune in le bestie salvaticiie. » Vingt mille Sarrasins succombent sous les coups des terribles Lombards; mais sept mille chrétiens tombent sur ït cliamp de bataille ensanglanté, et Didier est forcé de battre en retraite avec trois n)ille Lombards. D'un autre côté, Roland n'est pas beaucoup plus heureux. Il est criblé de flèches, perd son cheval, reste à pied. Avec lieux cents chevaliers, Marsile le menace; il est corné. Alors il met Durandal ;\ S'»n poing et se défend en héros. Mais qu'il a faim! La fille de Marsile, par boii- Iicur, s'éprend soudain d'un grand nniour pour lui. Sous son muiiteau, elle cache du vin et des vivres : Roland se meurt de faim, mais il ne veut pas accepter des présents que la jeune païenne veut lui faire payer trop cher : V lo li prego chc tu mi prcnda mogliere à tua volunladc. n Le neveu de Charles se souvient qu'un jour, en Hongrie, la iille du roi lui a oflert à manger de la même faron, à lui cl à Olivier : et il en résulta que Roland fut jeté en prison, où il resta un an. Ce souvenir le décid<!i à refuser les dons de la fille de Marsile : « Dites seulement à Charlemagne de venir à mon secours. « La demoiselle (elle s'appelle Gaidamonte) s'en va et rencontre son père : « Qu'avez- » vous été dire au comte Roland? — Je lui ai demandé, répond-elle eflron> u tément, de se convertir à nos dieux. » Elle s'en va, et envoie un messager à Charlemagne pour lui dire de venir en aide à Roland. Le messagvgr, qui se nomme Fouchcr, remplit son ambassade auprès de Charles. « Vite, vite ; Roland est en danger. » Charlemagne monte à cheval avec Ogier le Danois et Olivier de Vienne. Celui-ci brandit Hauteclaire, « laquai fo del bon Bovc d'Antona ».
ï> ne sont pas là des Turcs ou des Arabes : ce sont des j> chrétiens, et qui déjà vous ont bien servi. » Et
L'cpéc d'Ogier, c^estCourtain, cl cotte épée appartint au bon Tristan de Lionix, chevalier de la seconde Table ronde. C'est ici que Tautcur nomme les douze Pairs, qui sont (sans parler de Roland) Olivier, Ogicr, Astuiro di Ingalterra, Avino, AvoUio, Oltone e Bellingere (li quatlro figlioli del duca Naimo di Baivera), Bcrnardo di Monpeslerc, Girardo da Rossilione, Angelino da Bordella, Angclcro suo fratello, Gualticre di Monlionc. D'autre côté, Charles s'arme de Joyeuse, • clie fo del forte Febus, clie fo cavalière délia prima Tavola rotonda ». Bataille. Roland est délivré, tous les Sarrasins s'enfuient, et, pour surcroit de bonheur, le comte Thierry d'Ardenne (Tcrix di Erdenga) lui ramène son bon cheval Veillantif. « Quando il conte vide Valentino, non fu mai piu gioioso. » Alors, les Lombards tentent de nouveau un assaut contre Luiscrne; mais, cette fois encore, ils échouent. Grâce à une trahison, sept mille autres chrétiens sont massacrés ou faits prisonniers. Douleur profonde de Charles; sa prière. Miracle éclatant : Dieu détruit Luiscrne. « Ora oditi novo miracolo, clic de- » mostrù Cristo per la orazione di Carlo, che una grande flanzella desccse dcll* >airo in lo grande palagio dclla piazza, per modo che lo disfcce e non la pote-
> vcno asmorzare; e in poca d'ora la ciltade fo lutta desfatlae bruciala, si che li » ait! mûri cadevcno per lo grande foco. » Devant un tel prodige, Marsiie et son armée battent en retraite cl s'enferment dans la cité de Saragosse . (Chap. XLV, pp. 90-109.) — Charles campe sous Luiscrne; puis, il entre dans la grande vallée dcRoncevaux : «t E adunô lutta sua genlc in questavalle in una grande sclva di
> pome, e questa si appella la selvadi Roncivalle. Allora la gente di Carlo pre- » seno di quesle pome, c ne fecenovino. (Chap. XLVi, 109.) — C'est ici que commence, d'après la Clianson de Roland^ le récit du Conseil tenu par Charlemagne, de ce Conseil où l'on se décide à envoyer une ambassade à Marsilc. = Pour toutes les autres variantes et modifications de la légende, voyez la Notice de VEîUrée en Espagne^ où l'on trouvera beaucoup plus de détails sur la Prise de Pampelune. Les deux légendes ont été Irès-inlimcmcnl soudées l'une à l'autre.
IV. ANALYSE DÉTAILLÉE DE LA PRISE DE PAMPELUNE. — Ce pocmccsi long et nous n'aurions pu en donner, dans notre texte, une analyse plus développée sans nuire gravement à l'unilé et aux proportions de ce volume qui est consacré à toute la légende de Charlemagne. Mais, pour satisfaire aux justes exigences des érudits , nous donnons ici, en notes, un sommaire plus scientifique cl plus développé de la Prise de Pampehine. — La scène s'ouvre par le récit d'une véritable guerre civile qui a éclaté parmi les chrétiens, d'un combat entre les Lombards et les Tiois ; m lis nous n'avons pas le commencement de la Prise de Pampelune, et celle scène est malhcurousemcnt incomplète Le roi lombard se jette à la poursuite du duc HiM-hcrl, qu'il renverse et lue. Les Allemands sont en fuite : Ond maint Tiois fuient com pour ciens le renart. Quatre mille sont massacrés. Les autres se dirigent vers l'enseigne de Charlemagne et, dès qu'ils aperçoivent le grand Empereur, lui demandent vengeance contre les Lombards. Naimes s'émeut du malheur de ses compatriotes et s'élance pour les venger. Charles fait de môme, cl lo voilà en présence du roi Didier. {Prise de Pnmpehine, édit. Mussafia, vers 1-(U.) — Allocutions de Charles et de Didier ; chacun excite son armée à la bataille : « Courage, cric > Didier à ses Lombards, et que les jongleurs ne chantent pas sur nous de » mauvaises chansons. » La mêlée commence, cl les Lombards se défendent si bien, che François ne ipooientgaagnier dous festus. (Vers Co-l ii.) — C'est alors, mais alors seulement que Roland apprend la nouvelle de cette lutte insensée et presque sacrilège. 11 est saisi de douleur : Dolent fu le fil Mile quant la .11. 30