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II PART. LIVR. I
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jardins superbes que les Mores aimaient, et tous les ba rons de France se reposent avec lui. Les voilà épars
(3 volumes in-folio). Leibnitz, avec la claire vue de son intelligence, devance de plus d*un siècle la science moderne, et le chapitre dont nous parlons peut passer pour un parfait modèle de critique. 11 flétrit le faux Turpin et raccable des épithètes les plus honteuses : « Pseudo-Turpinus, ineptus et prodigiosus gestorum Caroli scriptor » ; il cherche à établir que Wenilo, archevêque de Sent sous Charles le Chauve et accusé de parjure devant le concile de Savonnières» en 859, adonné naissance au Canelon de nos vieux poëmes, et va jusqu'à écrire que Torigine de nos légendes épiques pourrait bien remonter au ix* siècle conjecture fort juste, mais très-hardie si Ton considère répoque où vivait Leibnitz. C'est avec la môme sûreté de critique qu'il traite la question délicate des « statues de Roland » et qu'il discute la solidité des traditions relatives à Ogier. Ce grand philosophe est un grand érudit. = ** En 1694, un savant allemand publie, à Leipzig, un livre sous ce titre singulier : Rolandum magnum varUs fabularum involucris explicavit verilalique resfituU M. C. Schumann (?}. = " M. de Lamoignon, en France, datait du 15 décembre 1707 sa Relation manuscrite des Pyrénées et de RoncevauXt et se réjouissait de faire une sorte de pèlerinage à la vallée et à la chapelle de Roncevaux. == ** Le monument de Saint-Faron était de nouveau décrit et critiqué par D. Toussaint Duplessis en son Histoire de Céglise de Afeaux (Paris, Gandouin, 1731, in-4% t. I*', pp. 75-76). = *^ Dans le tome II des Mémoires de V Académie royale des inscriptions et helles4ettres (173(), t. II, p. 673 et suiv., et notamment p. 682), M. Galland fit paraître un Discours sur quelques anciens poètes et sur quelques romans gaulois (!) peu connus. Il y consacre quelques lignes à notre chanson : « C*est dommage, dit-il, que le roman de Charlemagnc et du comte Aimeri soit imparfait au commencement. Le nom du poule, qui ne se trouve pas dans le recto, y estoit peut ôlre marqué. Il est en vers de dix syllabes, par où on peut conjecturer qu'il n'est pas si ancien que les précédents. En effet, il paroit que les poésies de nos poètes les plus anciens ne sont qu'en vers de huit syllabes ou de douze. » Le manuscrit dont parle Galland, et qui se trouvait dans la bibliolhèque do M. Foucauli, était un de ces rifacimentioù Ton avait fuit entrer l'épisode de lu prise de Nurbonne. Galland donne ailleurs (1. 1., p. 880) le nom (le Roman de la bataille de Roncevaux au Charlemagne de Girard d'Amiens. = " Il faut avouer qu'on ne peut comparer que de fort loin le médiocre esprit de Galland avec la belle intelligence de dom Rivet. Ce bénédictin, qui trouva tout le plan de VHistoire littéraire el qui mena à bonne fin les premiers volumes de cette œuvre considérable, a deviné, j'allais dire flairé, loiigtiMups à l'avance, les conclusions de la critique au sujet de notre poëme {Histoire lilléraire de la France, t. VI, 1742, pp. \t et suiv. et t. VII, 1746, pp. Lxiu-Lxxxii de Y Avertissement). 11 distinjçuo très-nettement la Chansonde Roland du Roman de Roncevaux, et attribue au xi® siècle ce dernier texte, qui est en réalité un remaniement du xiii". Certes, il vieillit un peu trop nos remaniements, mais c'est une mince erreur en comparaison des vérités qu'il découvre. = " J'aime moins le dédain superbe avec lequel s'exprime, au sujet de Roncevaux, Jean de Ferreras, auteur d'une Histoire généralede VEspagne, qui fut traduite en 1751 par M. d'IIcrmilly : « Ce n'est, dit-il, qu'un tissu de fables et de contes de vieilles. » — " Il y avait déjà plus de vingt ans que le P. Uaniel était mort; mais en 1750 le P. Grilîet publia une nouvelle édition de son Histoire de France, la meilleure de toutes celles qu'on a doimées de ce livre exact, sage el vrai. Pourquoi faut-il que notre héros soit à ce point sacrifié par le P. Daniel, qu'il en vienne à dire de lui : « Il n'est renommé que dans les contes de l'archevêque Turpin. » Et le texte d'Eginhard? Et notre chanson? = "En 1763
dans ces belles campagnes, sous ces beaux arbres ; ils " chap. ^;Sa.' '* sont assis sur la soie blanche, ils jouent aux tables et aux
Cazottc fit paraître, sous le titre d^OUivier, une sorte d'imitation de VOrlando furioso. Le livre ne fut pas sans avoir une certaine vogue ; mais nous n*en parlons ici que pour constater Tinfluence persistante de TAriostc. = **'*' Dom Carpentier, quelques années auparavant, avait complété le Glossaire de du Cange (le Supplément parut en 1756). VEncyclopédie elle-môme (au mot Roland) était forcée de discuter la signification des c statues de Roland », et enfin Lacume de Sainte-Palaye (t 1781) commençait ses gigantesques travaux, faisant transcrire nos Chansons de geste et y puisant mille exemples pour ce Dictionnaire qui devait paraître environ cent ans après sa mort. = * Voici quelque chose de plus décisif. En novembre et décembre 1777, parurent deux des livraisons les plus intéressantes de la Bibliothèque des romans, de M. de Paulmy : elles comprenaient toute une « Histoire poétique de Roland », bizarrement empruntée aux sources les plus variées. Aux romans français on avait demandé les légendes de Girard de Viarne, des quatre fils Aymon, de Galicn, de Ficrabras. Aux Italiens on avait pris le reste, et Ton avait i^^umé, vaille que vaille, le Morgante de Pulci, VOrlando innamorato de Boiardo, la suite de ce poëme par Agostini, VOrlando furioso de rArioste, continué par Grotta, la Mort de Roger par Pescatore de Ravcnne, etc. M. de Tressan complétait cet ensemble par sa fameuse restitution de la Chanson de Roland, dont nous avons longuement entretenu nos lecteurs (1'* édil., t. I*', pp. 583-585; cf. la Chanson de Roland, de Léon Gautier, 1'* édiliuo, pp. CLViu, eux). = » Dans ses Canterbury Taies of Chaucer (1772-1778), Thomas Tyrwhitt signalait aux érudits le manuscrit le plus ancien de la Chanson de Roland, dont personne encore ne soupçonnait Texislence et dont personne ne devait encore s'occuper pendant un demi-siècle. =: " Durant la Révolution française on n*eut guère le loisir de songer à nos héros épiques. 11 convient cependant de noter que le fameux refrain : « Mourir pour la patrie, — C*est » le sort le plus beau, le plus digne d*envic », n'est autre chose que le refrain d'un Roland à Roncevaux, de Rouget de risle. D'autres romances faisaient écho à cette romance qui a failli devenir un chant patriotique, et l'on y célébrait particulièrement « Roland, l'honneur de la chevalerie ». = '* On sait ce qu'il faut entendre par le style troubadour-empire. M. Baour-Lormian, qui peut passer pour l'un des représentants de la poésie officielle sous Napoléon I*', écrivit l'épithalame pour le mariage de l'empereur avec Marie-Louise. Cette élucubration, qui parut dans le Monileur du 18 juin 1810, est intitulée : Les Fêtes de Chymen, et contient ce vers étrange : « Ah ! du chant de Roland le cirque a retenti. » M. Baour pcnsait-il au chant de M. Tressan? C'est bien à craindre. = '* Cependant une nouvelle école littéraire, jeune et vigoureuse, faisait tous les jours de nouveaux progrès en Allemagne. C'était l'école romantique, dont les Schlegel étaient les porte-bannière. En 1812, au moment même où l'Europe tout entière était dévorée par la guerre, Frédéric de Schlegel professait placidement un cours d'histoire littéraire, dont la septième leçon est en partie consacrée à la Chanson de Roland (Geschichte der alten und neuen Lileratur, édition de l'Athenœum de Berlin, t. 1", pp. 203-205). Je vais offrir une traduction abrégée de cette belle page, si hardie et si originale, et qui n'est pas suffisamment connue en France : « La poésie du moyen âge a adopté avec amour l'histoire de Charlemagne et Ta transformée en épopée chevaleresque... Certes la bataille de Roncevaux, où l'armée frankc subit une grande défaite et où Roland mourut de la mort des héros, était plutôt un événement malheureux que glorieux pour Charlemagne et les Franks. El, malgré cela, le souvenir de cet événement fut très-cher au peuple, au point mémo de devenir de bonne
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échecs; ils plaisantent, ils rient. Sous un pin, près d'un églantier, on a placé le trône de Charles : c'est un grand
heure un sujet favori pour la poésie. C'est qu'on envisagea chrétiennement cette catastrophe. Ces chevaliers étaient morts dans un combat contre les ennemis de la chrétienté, ils étaient morts en héros pour la cause de Dieu, et furent ainsi regardés comme dos martyrs. C'est dans ce sens que fut certainement écrite l'ancienne Chanson de Roland ^ dont on fait si souvent mention. . . Durant les croisades» l'histoire de la geste de Charles» la bataille de Roncevaux et la mort de Roland furent tout à fait représentées comme une croisade, dans l'intention d*ofrrir aux croisés un grand exemple qui lcsexcit:\t vivement. » Et Frédéric de Schlegel complète cet exposé si juste et presque divinatoire, en montrant ce qu'est devenue la légenile carlovinglennc de Roland sous la plume de l'Arioste et des poêles italiens : « Ce sujet d'un poëme épique sérieux perdit alors toute base solide et ne resta plus qu'une sorte de cadre où toutes les poésies purent trouver leur place, une espèce de véhicule pour le jeu hardi de la fantaisie avec le merveilleux. » On ne saurait voir plus net, on ne saurait mieux dire. = " M. Rartsch nous a signalé, dès 1866, un travail d'Uhland sur Tancienne épopée française, qui parut en 18 li, dans le journal U$ MuseSf publié par Fouqué. Le savant critique allemand {Coûtait que ce trâ* vail devait paraître dans l'édition, commencée en 1866, des écrits d'Uhland sur la Poésie et la Légende. Nous avons vu ailleurs comment Roland avait inspiré Uliland poëte, et nous ne parlons ici que d'Uhland érudit. a " C'est vers 1810 que furent publiées, à Londres, chez Edwards, Pall Mail, les TabUi généalogiques des héros de romans^ avec un Catalogue des principaux ouvrages de ce genre (sans date, sans nom d'auteur). Ces Tables se composent de 21 feuillets imprimés d'un seul cdlé, format in-i** oblong. Le tableau 11 est consacré à rénuméralion (?) des Romans de chevalerie de Cliarlemagne et des douze Pairs : douze ouvrages ! Le tableau 6 offre la généalogie de Pépin, Bernardo de Chiaramonte, Beuves d'Authone, Naimes, Sansonetto, Marsilc, Baland, etc. L'auteur anonyme est M. Dulcns. = " Malgré les horreurs de la guerre, Frédéric Henri von der Hagcn et Jean Gust. Biisching, écrivaient placidement leurs Notices sur le Ruolandes Liei et le Stricker {Literariscker Crundriss »ur Geschichte der deulschen Poésie, Berlin, 1812, in-^, pp. 164* 170). s " Dans son Dictionnaire universel (1812\ Prudhomme nous renvoie à la « jolie Chanson de Roland » qu\ivait su|)plééc M. d(^ Tressan « à défaut do ranciennc qui sVst perdue par l'injure du temps ». = " Qui pourrait croire que cette épouvanlabic année 1815, où coulèrent tant do flots de sang chrétien, fut une des plus heureusement fécondes en ce qui touche notre légende? Rien cependant n'est plus vrai. C'est en 1815 que M. de Marchangy commença la publication Je sa Gaule poétique^ ou Histoire de la France considérée dans ses rapports avec la Poésie, F Éloquence et les Beaux- Arts. C'est au tome 11 (pp. 177, 180, 115, 418) qu'il s'ucoupc de Roland. Nous avons publié ailleurs {Epopées, 1" édit., 1, p. 609; Chanson de Hol and, 1" édit., pp. CLXiii, clxivj le Chant funèbre en l'honneur de Roland. C'est un ftarfait modèle de galimatias et d'emphase. = " Mieux inspiré, Uliland écrivait en 1815 son Taillefer que nous avons cité ailleurs {Poésies de L. Uhland, traduites par L. Démonceaux et J. H. Kaltschmidt, iivec une Introduction par Saint-René Taillandier, p. 21â). Ccmf., dans le môme recueil : « Roland el Aida », p. 261 ; « le petit Roland », p. 202; « Roland porte-bouclier », p. 205. -- "Dans son Etal de la poésie française aux xir et xiii« siècles, qui parut à Paris la même année, M. de Roquefort-Flaméricourt se contentait de nous apprendre que « l'on chantait encore la Chanson de Roland sous la troisième race ». Et nous ne citons qu'à litre de curiosité la publication, on cptlo m<^mo année, du poëme de
fauteuil d'or massif, et le héros s'y assied. Son corps a une beauté fière qui frappe tous les yeux, et sa grande barbe
iacien Bonaparte : Charlemagney ou V Eglise délivrée , cl de la pauvre épopée de Creuzé de Lester (1'* édition) sur « la Chevalerie et les Histoires du moyen âge ». = ** Cependant rAcadémîc des inscriptions avait repris, pour la continuer, VlHsloire littéraire de la France des Bénédictins. Le XlV* volume, qui parut en 1817, était Tœuvrc de MM. de Pastoret, Brial, Ginguené et Daunou : il renfermait une Notice sur Geoffroy, prieur de Tabbaye du Vigeois. C*était, comme on le voit, loucher de bien près aux origines de la Chanson de Roland^ puisqu'il cette occasion tout le problème de la Chronique «le Turpin se dressait devant les continuateurs de dom Rivet. Us ti*étaienl pas encore de taille à Taborder. = " La même année, Wilken pulïliait à Heidelberg des fra{::ments du Ruolandes Liet. » " La même année encore, M. Louis de Musset, dans le tome I*' des Mémoires et Dissertations 9ur les antiquités nationales et étrangères, par la Société royale des Antiquaires de France (tome 1'*, pp. 145-171;, publiait sous ce fllre : la Légende iu bienheureux Roland, une analyse du Roman de Roncevatix, accompagnée de quelques fragments du manuscrit ■ dit de Versailles » qui avait appartenu jadis au roi Louis XVI et au comte Garnier. Môme il annonçait la publication prochaine de ce texte par M. Guyol des Herbiers. = ** En Angleterre, cependant, avait déjà commencé la vogue desMagatines, et M. J. P. Gonybeare, dans le numéro d*aoûtl817 du the Gentleman's Magasine, traitait le môme sujet que M. Louis de Musset, et annonçait, lui, rimpressiou également prochaine de quelques extraits du manuscrit d*Oxford. Ces espérances ne devaient pas ôtre si rapidement confirmées, et, quelque bonne volonté que Ton eût, on ne pouvait vraiment s*en consoler avec la Caroléidedu vicomte d*Arlincourl, qui parut en 1818. Somme toute, rimpulsion était donnée, mais le mouvement était loin d'ôlre rapide. = ** Rien à signaler en 1819, ni en 1821. En 18i0, bien peu de chose : les Rolands Abenteuer, publiés par F. W. V. Schmidt. Quant aux projets de publication de M. Guyot des Herbiers, ils n'avaient pas eu du suite, et c'est seulement en 1822 que M. Bourdillon se mit à l'œuvre pour publier ce fameux manuscrit de Versailles. = ** Si ce savant modeste fut encourage et aide, ce ne fut certes point par les continuateurs de l'Histoire littéraire. Quelques pages du tome XVI se rapportaient bien a nos Chansons de geste (pp. tOS et suiv.); mais elles étaient de M. Daunou, qui ne comprit jamais Tiniportunce, môme historique, de nos vieux poëmcs. 11 y a vraiment ici un temps d'arrêt. = *^ 11 est vrai que, sans parler de la Bibliothèque bleue, de petits livres populaires circulaient en Allemagne et en Franco, qui donnaient encore le goût de la légende rolandienne : tels étaient les Contes de Musœus, dont une traduction fut donnée chez Moutardier, dès 18i6, et où l'on trouve un récit intitulé : Les écuyers de Roland. = '* A Copenhague, paraissait, l'an d'après, une nouvelle édition de la Kronike om Keiser Karl Magnus^ qui doit ôtre considérée comme un abrégé populaire de la Karlamagnus-saga. =■ *' En Italie, Mclzi publiait la première édition de sa Bibliografia dei romami e poemi cavallereschi ^Italia (1829;, où Ton trouve l'indicaiion de tant do poënios servilement empruntés à la France. = ^ Vers le môme temps (1828-1829), paraissait à Milan rouvrage du docteur Ferrario : Storia ed Analisi degli antichi romami di cavûlleria, con Disserlaiioni suW origine, sugl' instituti, sulle cerimonie de* cavalieri (4 vol. in-8*j. = " Un de nos meilleurs érudits, Rnynouard, eut l'intelligence de comprendre sur-le-champ toute l'importance du livre de Ferrario, et lui consacra, dans le Journal des savants (novembre 1830), un de ces articles qui sont plus induenls que bien des volumes. — "~" L'Allemagne cependant nous donnjiit l'exemple, si longtemps attendu, d'une publication d? no$
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blanche s'étale sur sa poitrine. Comme il est plus grand, plus beau et plus majestueux que tous les autres Fran-
textes épiques : Imm. Bckker insérait, à la suite de son FierahraSt quelques extraits iVAspremont (Der Roman von Fierahras provemalischy herausgegebeo von Imm. lû'kkcr, Berlin, 18:29, in-i*"). Et c'était vers le même temps que H. Hoffmann étudiait le Ruolandes Liet et le Strickcr (Funâgruben fur Geschichte deutsciier Sprache und LUerainr ; Brcslau, 1830, t. I, pp. 211, 212). Mai« de notre vieux poëme, rien. = '^'~^'' C'est Tannée suivante que la France enfin 8*évcilla. Deux esprits primesautierë, MM. Michclet et Quinet, semblèrent se donner la làclic d'entraîner l'opinion vers la littérature abandonnée du moyen âge : l'un écrivit sa Lettre sur les Epopées du moyen âge {Revue des deux mondeSy juillet 1831); l'autre, plus ofllciel, publia son Rapport au ministre de l'Instruction publique sur les Épopées françaises du xir siècle, restées jusqu'à ce jour en manuscrit dans les Bibliotlièques du Roi et de t Arsenal (voy. la Revue de PariSy 1831, t. XXVIi, pp. 129-U2). (k; Rapport donna lieu, dans le journal le Temps^ à une polémique entre MM. Paulin Paris et Edg. Quinet. = ^ M. Paulin Paris, dont nous venons de prononcer le nom, devait être le véritable initiateur de la France à son épopée nationale. Le 30 décembre 1831, il publia sa Lettre à M. de Monmerqué sur les romans des douie Pair* de France. C'était le commencement d'une longue suite d'excellents travaux : le premier est de 1831, les derniers sont de 1879. s= " Néanmoins toutes les œuvres que nous venons d'énumérer ne présentaient encore aucune unité, et il était temps que l'attention publique fût concentrée sur la plus ancienne de nos épopées par des travaux véritablement scientifiques. En cette môme année où M. Paulin Paris publiait pour la première fois le texte d'une de nos chansons françaises {Berte aus grans piésjj en 1832, un jeune élève de PÉcole normale, M. Monin, fit paraître sa Dissertation sur le romande Roncevaux (imprimée, par l'autorisation du Roi, à l'Imprimerie royale; Paris, 1832, plaquette de 116 pages). L'auleur ne connaît pas le texte d'Oxford et donne au texte de Paris, à ce remaniement, une importance qu'il ne peut avoir, qu'il n*a point. Mais enfin il l'analyse et lui trouve une date à peu près exacte. Il va plus loin : il s'élève jusqu'à lu notion des lé^oiules rulaiidiennes qui circulaient oralement aux ix'' et \" siècles. Il attaque nettement les fables du faux Turpin, et le roman original est, ù ses yeux, antérieur à la Chroiiiciue. Bien qu'il ne connaisse pas le manuscrit d'Oxford, M. Monin avoue volontiers que le texte primitif n'est pas celui dont il fait l'objet de son travail. El, devançant de plusieurs années les érudits de son temps, il ajoute que les peintures exactes de la vie féodale se trouvent dans ces œuvres trop dédaignées de la littérature de nos pères. C'est par là que finit la Dissertation sur le roman de Roncevaux; l'auteur est loin de tout savoir, mais il a tout entrevu. = ^ Les quelques pages de l'élève de f École normale eurent de l'écho, et Ton en parla longtemps dans le petit cénacle des érudits qui s'étaient mis bravement à fétude du moyen ûge. M. Francisque Michel consacra à la Dissertation de M. Monin un Examen critique qui parut d'abord dans le Cabinet de lecture (octobre 1832), et ensuite chez Silvestre (Paris, 183:2, Kl pages, in-H^j, où il allait ^6 témérité !j jusqu'à avancer que le plus ancien manuscrit de notre poëme pourrait bien être celui d'Oxford. 11 n'en était [)as bien sur. = "" .M. Saint-.Marc Girardin, frappé par cette discussion, en lit le sujet de (piatre articles dans le Journal des Débats, — '^ Kaynouard prit à son tour la parole, et on fécoula comme un maître, comme le Maître. Dans le Journal des sarantSy de juillet 1832, il étudia rélément bistori(iue de la légende de Roland, et traita la grave question des cantilènes. Il établit surtout que le Roman de Roncevaux, du xiii' siècle, ne pouvait pas être lo texte chanté par Tuillefer à la bataille d'Hastîngs.
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çais, ceux qui ne l'ont jamais vu le distinguent au pre- "^^^t- «-'v. i. mier abord : S'est ki rdemandci^ ne Vestoet enseignier.
= **' Ëmu de tant de critiques qui étaient on môme temps des hommages, le jeune auteur de la Dissertation s*cxécuta de bonne ^ràce, et publia immédiatement quatre pages de Corrections et Additions (1832). = ** Comme on le voit, la vie reprenait possession de nos romans oubliés. Un professeur aimé du public, vif, spirituel, éloquent, vint plaider leur cause eu bons termes devant un auditoire d'élite : Fauriel entreprit de débrouiller les origines de notre Épopée. Par malheur, la science n'était pas encore assez avancée pour que l'on pût faire un bon travail d'ensemble. Fauriel fut ingénieux : il devina souvent la vérité ; mais il n'arriva point à la connaître. Les quelques lignes qu'il consacra au Roland^ dans la deuxième de ses leçons, sont de tout point insuflisantcs (De Vorigine de I^Epopée chevaleresque au moyen âge. Revue des deux mondesy n* du 15 septembre 1832). = " Fauriel, d'ailleurs, n'avait pas parlé en vain : le grand Guillaume de Schlegel fit au brillant professeur l'honneur de discuter ses idées en une série d'articles auxquels un journal politique fit le meilleur accueil {Etude sur le travail de Fauriel intitulé VEpopée dievaleresquef par A. W. Schlegel, Journal des Débats, des 22 octobre, U novembre, 31 décembre 1833, et 21, 22 janvier 1834). = •* La l'*-2^ édition de YHisloire de France, par Henri Martin, fut commencée en 1833 et achevée en 1836; la troisième fut commencée en 1837, et la quatrième exécutée entre les années 1855-1860. Le nouvel historien accusait de « féodalisme » tous nos vieux poëtes, sauf l'auteur de Roland. Ce fut, dit-il, c le seul chantre de la France ». = '^ Nous ne saurions nous résoudre à en fînir avec l'année 1833, sans signaler quelques pages du grand Ferdinand Wolf, dont la Dissertation de Monin fut encore l'occasion ou le prétexte {Ueber die neuesten Leistungen der Framosen fur die Ilerausgabe ihrer National-Ueldengedichte ; Wien, Beck, 1833, in-8"). = "»•-" Par malheur Wolf, en parlant de notre RoUml, ne pouvait encore avoir en vue que son remaniO' nient; mais le moment était venu où le texte d'Oxford allait enfin être produit au soleil. Un homme de grande valeur et dont on a trop oublié les services, l'ubbé de la Rue, en publiait quelques fragments dans son bel Essai sur le% bardes, les jongleurs et les trouvères; Caen, Mancel, 1834, in-8*' (voy. surtout tome P', pp. 131-145; 1. 11, pp. 57-65). Même il avait prononcé le nom de Turold et déclaré que la famille de ce poëte était normande. Le poëte figure, disait-il, sur la tapisserie de Baycux. Dans un article du Journal des savants (juillet 1833?), Raynouard combattit les idées de l'abbé de la Rue (pp. 714- 720) sur la rhylhmique de la Chanson de Roland. — *" En 1835, au tomeXVllI de VHistoire littéraire, M. Ainaury Duval consacrait une Notice à Turold, I auteur du poënie de la Bataille de Roncevaux » ; il accordait enfin à cette œuvre le nom d'épopée et en citait des fragments. L'opinion publique, comme on le voit, s'éclairait peu à peu, et les nouvelles idées faisaient malgré tout leur chemin. = ^ La même année, (icrvinus parlait longuement du Ruolandes Liel dans son Geschichle der poetischen Nationalliteralur der Deutschen (Leipzig, 1835, in-8", I. pp. 146-152). — '^ Un libraire inlolligent de Paris publiait, vers le méiue temps, une reproduction de l'édition gothique* de la « Chronique de Turpiii translatée en français » (1835, in-i"). — '' C'était encore le tein{)s où Ranke publiait, dans les Abkaiullungen do rAcadêmie de Berlin, une Dissertation sur ce manuscrit de la bibliothèque Albani, qu'il avait découvert quelques années auparavant, et qui contient VAspramonte, la Spagna et la Seconda Spagna en prose. Or, la Spagna, comme nous l'avons vu, n'est autre chose qu'une compilation où entrent surtout les éléments suivants : VEntrée en Espagne, de Nicolas de Padoue ; une Prise de PampelunCf la Chanson
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Il PART CHAP
'.xxi.'^' Dès que le rogard rtiperçoit, la bouche dit : c C'est Charles. j>
de Roland et ses remaniements. = ^* En France, on était moins énidit; mats on pouvait déjà s'apercevoir, à plusieurs symptômes, que l'antique enthousiasme pour le héros de Roncevaux, que cet enthousiasme véritablement national reprenait une nouvelle vie. Un grand poète, quelque peu gourmé et solennel, Alfred de Vigny* écrivait à Pau, en 1837, sa fameuse pièce intitulée : le Cor, dont Roland est le héros et dont le refrain consiste en ce vers mélancolique : M Dieu! que le son du cor est triste au fond des bois! • Ces vers graves et beaux, mais où il y a tant de prétentions à la couleur locale qui sont si peu justifiée?, ne parurent qu'en 1838, chez beWoyei Poèmes antiques et modernet, in-8', p. :273 etsuiv.). = *' M. Guizot, lui, n'était pas poëte; mais il avait une vue nette de notre histoire et était digne de comprendre Timporlance de nos poëmcs : c'est en 1835 également qu'il donna à H. Fr. Michel celte mission en Anglelcrre, qui dovait bientôt aboutir à la publication du texte d'Oxford. (Cependant, une vive discussion fut bientôt soulevée par la publication d'un texte étrange attribué aux Basques, aux vainqueurs de Roncevaux, et que l'on appelait « le chant d'Altabiscar ou des Escualdunacs ». L'attention était surexcitée par celte poésie à laquelle on trouvait je ne sais quel air farouche (Dictionnaire de la conversation, t. XIII, p. 25; Journal de VlnsiUut ht»' torique, 1835, Paris, tome 1", pp. 176-179). L'auteur de ce dernier article était M. £. de Montglave. 11 avait vu une copie du chant d'Altabiscar cliei l'exministre Garât, qui la tenait du grenadier la Tour d'Auvergne, qui la tenait luimême du prieur d'un des couvents de Saint-Sébastien. Le manuscrit, (/iaaif-ON, appartenait à la fln du xii* siècle ou au commencement du xiii*. Par malheur, ce chant si primitif, si sauvage, était de fabrication toute moderne. C'était une mystification, et M. Bladé eut l'honneur de la dévoiler. 11 ne nous reste qu'à citorquolques-uns de ces vers qui conquirent soudain un succès inattendu : « Ils viennent {les Français], ils viennent. Quelle haie de lances!... » — Combien sont-ils? Enfant, compte-les bien. • — t Un, deux, trois, quatre, > cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze, douze... — Vingt, et des milliers » irudtres encore... » — « Ils fuient, ils fuient. Où donc est la haie de » lances?... — Conihicn sont-ils? Enfant, compte-les bien. — Vingt, dixi» neuf.. . douze, onzi*, dix, neuf, huit, sept, six, cinq, quatre, trois, deux, un. » — Un! Il n'y en a in(>ine plus un! w II va sans dire que le prétendu poëte primitif n'oublie pas le neveu de Charlemagne : « Fuis, roi Carlotnan, avec tes » plumes noires et ta cape rouge. — Ton neveu, ton plus brave, Roland H est étendu mort là-bas. « Il y a encore quelques centaines d'âmes candides, en France, qui croient à rauthenticité de ce document; et ce sont généralement les m»imes qui croient à Clémence Isaure et à Clotilde de Surville. Mais les savants reconnaissent que la légende de Roland chez les Basques n'a rien d'original et qu'elle y vient uniquement de nos propres traditions et de nos poëmes. — - ■' L'année 1830, entre toutes, fut favorable à la réhabilitation de notre vieux poëme. (îc fut celle où Francisque Michel publia, pour la première fois, le texte d'Oxford. Tout encoura<;eait le nouvel éditeur. Pendant qu'fl était installé à la Bibliothèque d'Oxford devant le fameux manuscrit 23 du fonds Dighy, pendant qu*it préparait sa copie pour l'impression, tandis qu'il corrigeait ses épreuves, plusieurs savants éclaircissaient les problèmes qui avoisinaient la question de Roland. Dans ses Invasions des Sarraùns en Frawe (1830), M.Raynaud émettait, au sujet de Roncevaux, cette ingénieuse hypothèse que les Sarrasins avaient pu prendre quelque part au combat où périt Roland. -- '^ Avec une ardeur et un entrain juvéniles, M. Paulin Paris commençait la publication de .<»es }ffinuscrits franiais de h HiMiothèque du /?oi (1836-18.38.
ANALYSE DE LA Cll.y.VSU.\' UE IWLAXll. .')«
Toula coup les jeux cessciU, les riress'éleignenl elles "| messagers de Marsile font leur entrée dans le verger au ~~
7 «olumoi in-8'). = " H. Wirth fuimit paraître, i Berlin, son trniti Veber die Xordfnmtàùtehe» HtldaigedichU da Jiarolmguchtn SagenkreUe (1836.1. = " M. (le Reinemberg publiait, i Bruxeltes, sa Chronique rimie de PhilijqK tloiaket (18.10, mS; Supplémeiil en IMS; 3 volumes \n-i'. dans la ColUxtUm de$ ChromqHeii bttgetj. Le snrant beiKC y ilonnail une noureUc Mitioii de U Clironiquo de Turpin eL dc« i<xlraiti de la Chronique de Tournui ; on ; pouvait lire BU»i te> rubriques des Conqueitu de Chiirlemaîne, par David Aubrrt, de cctlc compilation importante du xv* sitcle qui n'était pat encore coaauc dut le monde snvaiil. Entiji, dans son lntrodu€lion du Lomo II, M. de RelFhniberg allail bientdt étudier la légcude de Roland, de Gnnelon, d'Olivier et de tous nos héros épiques. — " Le momonl était donc bien chaiii pour publier l'ôdilion princepsdu Itoland. Elle parut sous c-; litre : La Chatuionde hobmd OK de llonctvaiu , du Xir aiecfe , publiée pour la première [oim tëpra le niaPiuitcril de la Bibliothèque d'Oxford, par Francisque Michel {Paris, IS3T, in-8'j. Il ne Taudrait pas utuicber trop d'impoiinnce i cette dale • 1837 >. Il e«t certain que d6« les premiers jours de 1836, et mAuic dis le( derniers jours de 1S3.'>, les bonnes Teuillcs avaient dû être distribuées i quelques savants et criliques. C'est ce qui explique comment Hajnounrd put en rendre compte dans le Journal des tavanft de février 1830, et comment, en oette même innée 1S3G, un autre article critique put paraître dans le Bulletin du kibliophile. Le livre de Fr. Hicliel est aujourd'hui trop tïicile à critiquer, Knirii quarante ans de nouvelles recherches et de travaux approfondis. Hait ■il y aurait une véritable ingratituilc 1 ne pas lui rendre justice. Unnt une Mangue Préface, l'auteur essaye de montrer quels sont les fondenienls histo- Vriquei de h h^gende; puis, il fait une utile revue des travaux dont elle a été Tobjet, et, après des conEidéraliuns sur les Chansons de geste, expose le plan de ion tnvajL L'éJilion e»t complétée par un (ilomaire, par un /nde.r et par la publication d'un certain nombre • de textes anglais, latins, allemands, italiens et espagnols relalirs à nuire légende >. Cette partie du travail de pM, Fr. Michel alteatc une largeur do vues qui n'était pas commune ù celte époque. " On put croire alurs que le moment de publier un travail iiyntbétique sur Il Chansons de geste était enlln venu. De 11 VEpopie franfite de H. Edgar BQiiiaet (Revue des deux monitet, I* janvier 1837;; de là surtout le) BpopétM M^MmUrtupiet de M. Chabaille, qui parurent dans la /tenue /'canfaise (I. III, ■1^ décembre 1837, pp.31!^3Gl|. =*• Do telles espérances étaient prématitrées, n ît inporlalt de se remettre i l'analyse, avant d'aborderla synthèse. C'est ce
e comprirent tous les érudils de l'Europe, sans avoir besoin de se donner la A-' jiiol d'ardre. En IttlIS.W.Grimm publia enAUemagne la première édilio^du/tno- U Lttlide celte imitation allemande de notre Roland (AHO/imdei Ltet, helusgegabon von Willielm tirimm, Ctiltingen, Dietench, in-B° : voy. sur notro ÂanMH, les pp. xxxvn et lulv.). = " En Italie, paraiisait nno nouvelle éttiiîon 'e U B'Jtlioçivlia de' romanti e poemi eiivalUre*!hi ilafiitni, de Helsi (Hibn, "), itv4*f . = " Kn Belgique, M. do ReilTemherg publinil la second volume de k ClknnùfM rimiede l'Mlippe Muuiket (Bruxelles I83B, in-4* : voy. surtout le* et suiv.). = " En Fraiiro, M. A- Maxiiy, traducteur de l'Ariusle, hasariblt la publication de son Inlroduclion el Notice mr Irironiantrbtvalereiquet. a Irvtilioiu orientale.'', le» chronique* el le* ehanh dei IronrtreK et deulroujmparào r.lrioife (Paris,lB3S). = *'-"M, Aïojién?. avec sa parole oable et facile, ciiDisiuait, piiiir sujrt de son cours, la Poétli; épique du moyen Met hiiait paraître ses k-cons daiiila Rtiruefranpaiie(ioùl 1838, t. VIII, pp. 93- Vij. Et enllli, H. Francisque Mielicl, qui n'a jamais su se reposer, publiait oRi-
5!î6 ANALYSE DE LA CHANSON DE ROLAND.
» 'ART. LivR. I. milieu de la curiosité et de l'empressement universels. Blancandrin arrive au pied du trône impérial, prend la
cicUement son Rapport à M. le ministre de V Instruction publique 9ur les andem monuments de Vhistoire et de la littérature de la France qui sont conservés dans les bibliothèques de VAngleterre et de VEcosse = •• L*an d*aprè8, nouveaux travaux. AdalbcrtKeller, dans son livre intitulé Altfraniosische Sûçm (Tubingcn, Osiander, in-12, t. I, pp. 5U-189), donne, comme nous ravonsdit plus haut, une traduction du texte publié par M. Fr. Michel. = " Dans VHistwt de la poésie Scandinave (Paris, Brockhaus et Avcnarius, 1839, in-S"), M. Edelestand Duméril a Toccasion de toucher à la légende rolandiennc (pp. 479-500). = " Immanuel Bekker, dans son Mémoire sur les manuscrits français de la Bibliothèque Saint-Marc, A Venise (Die altframôsiscken Romane der S. Marc Dibliotheky Berlin, 1839, in-i"), rencontre tout naturellement sur son chemin les deux manuscrits français IV et VI, dont l'un nous offre en partie la version primitive de Roland et dont Tautre renferme seulement un de nos remaniements (voy. surtout pp. 291-293). = '' Il est à peine utile de rappeler qu'en cette même année paraissait une nouvelle édition du poëme inénarrable de Creusé de Lcsser : La Chevalerie ou les Histoires du moyen âge. Le Roland ne forme qu'un acte de cette énorme trilogie où la Table ronde et les Am«idis occupent une large place; mais cet acte est long, et le poëme, dont Roland est le héros, n'offre pas moins de quarante chants et de cinquante-quatre mille vers. Le texte d'Oxford a juste cinquante mille vers de moins. Mais... = '*''" M. Bourdillon s'était attardé dans l'étude trop approfondie d'un remaniement qu'il considéra toujours comme un texte primitif. En 18i0, il publia enfin, non pas les vers du xiii'' siècle dont il s'était épris, mais une traduction dont il était l'auteur {Le poëme de Roncevaux, traduit du roman en français, par Jean Louis Bourdillon ; impr. à Dijon, chez Frantin, petit in-8"). Ce fut seulement l'année suivante qu'il fit paraître son cher poëme, d'après le manuscrit de Versailles, arbitrairement modifié, et sous ce titre étrange : Aoncisimls mis en lumière (Paris, Treuttel et Wurtz, Techener, 18il, petit in-8*, 206 pp.). = *'~°' En 1842, parurent en Allemagne les deux Répertoires bibliographiques de Grasse et d'Idelcr : Griisse, Die grossen Sagenkreise des Mittel^ allerSf etc., von D' Johann Gcorg Thcodor Griisse, Dresde, 1842, in-8* (la bibliographie du Roland se trouve aux pp. :293-301 et 3H-32G). Ideler cl Nolte, Geachichte der oUframùsischen Nationalliteratur. C'est une partie du Handbuch der fnmiomchen Sprache und Literatur, von L. Idfler and H. Noltc... bearbcitct von Julius Ludwig Ideler, Berlin, IS-i-J, in-S" (p. 93). = •* Nous en aurons fini avec l'année 1842, quand nous aurons signalé, dans les Essais littéraires et historiques de A. W. de âclilogol, une Dissertation intitulée : De Vorigine des romana de chevalerie (pp. 341-406). C'est (?) la réimpression des articles publiés dans le Journal des Débats en 1833 et 183 i. - - " D'un autre côté, M. Adalbert Kcller, dans son Romwarl (Deitrage iur Kunde mittelalticher Dichtung aus italianMien Bibïolheken^ Manheim, 1844, in-8^), publiait très-incorrectement de précieux fragni<Mits des manuscrits français de Venise, et notamment (p. 11-21) du /îo/{i w(/ contenu tlans le ms. fr. IV et (pp. 27-29) du Roncevaux conservé dans le ms. fr. VII. = '^ C'était le moment où Charles Lenormant professait à la Sorhonne son Cours d'histoire niodernc ; c'était le moment où il publiait ses leçons qui donnèrent lieu à do si vives discussions {Cours d'histoire mo^ derne : Questions historiques, v-ix" siècles; Paris, Waille, 184H8^15). Dans sa deuxièuK^ partie (pp. 342 et 366-379), le savant professeur dut aborder la question de Roncevaux. -^ " Roland et la Chevalerie, tel est le titre d'un livre de M. E.-J. Delécluzc, publié en 1845 cl qui est d'assez médiocre valeur (Paris, 1845, 2 vol. in-8®, chez J. Labilte). Mais le tome II est consacré tout entier à une tra-
ASAI.ÏSE DE LA CIIANSOS ttE UOLASI). 527
parole, expose l'objel de son ambassade cL, avec une ' simpliciLé qui devrait ouvrir les yeux de Charles, termine
ro Rnlanil, et il l^iit siitnir gri i 31. Delécluic d'Aire le premier entré dans cette voie. Cf. un article de M. N.-ignin sur Roland et la dtÊVattiie, la Rwue des detu: mondes du 15 juin I8JS. = "'" nous ne pouvotm que ■ignaler en passant le ■ Truite sur le vers épique •, doDiei (Ueber den epaelien Yrrié, û la Buile de Attromanische Spraehdenkmale. ISIU), qui rentre imlirei:- 'femeiil dans notre sujet, et ta Biogrephia brUauiika fAiiglu-norman Period), de Thoma» Wright (Londres, Parker, 1846, in-8*. pp. 1Î0-1J3). — '"Il importe ,d*vantngG de signaler un article de H. Littré sur t la poésie liomérique et poésie rrani;.ii!C u (Revue den deux mondes,]" juillet lAlT; reproduit im\» le tome l" de filirloire de la langue françaîte, p. 31)7 el suiv.). C'est une des psgps les plus intellig'.-ntes et les plus vivantes qu'on ail écrilei sur eotre nationale. ^ '" M. Roiirdillon, avec un esprit bien moins lai^c, conlinuail à se perdre dans l'adoration de son cher manuscrit, el publiait un Appendeux premiers volumes fSupf'lémenl au Poëtne de Roneevaux miâ M lumière par Jean-Louis Bourdillun, Coneclion» et AddilUm», varianleê el ttxU négligé ; Souvaàrs de Roland; Paris, 1847, impr. de Crapclel, Tilliard, 4i pages). = '" La révolution de I8i3 ne fut pas plus favoralileàla icience qno les autres rëvolulioni. Cependant, au milieu de la bagarre, lA. Francis Vej aelievail de corriger les preuves do son livre aiir VilUtoire de» révolu- KoM dulimgage en France (Paria, Didol, 1818, ïn-8°), qui renfermait (pp. 130- 148) tout un Essai sur la Cfiaïuan de Roland. ~ ™ En Allemagne, Masimann idiUit, rannéc auivanle, la Kaixrskronik du XEi* siècle, oiï l'on trouve toute histoire légendaire de Charlemagno (Quedlinburg, 1H49, 3 vut, in-S°). ' C'était vers le même temps que M, Hichelanl, un des premiers érudits intais qui aient fait preuve en ces études d'une sérieuse compétence, publia, 'dans le Jahrbuch de Lemckc, les rubriques de cette Spagna en prose, qui avait 1830. déeuiivcrte par Ranke dans un manuscrit de la bibliothèque AU bani. H. Miulidanirut bien inspiré dans celle publi<:ation : caria bibliolbèque Albaniaélé disjieriiée. et l'on ignore le sort de ee précieux manuscrit. = "'Dana «elte longue histoire de notre grand poème national, l'année 1850 est une des ^ua Illustres el des plus fécondes années ; elle est signalée par l'édi lion nouvelle -«t latraduetiondu Âoloxrf qui sent l'œuvre de F. Génin (La Chawum de Roland, MëmedeThËroulde, texte criUque accompagné d'une traduction et de notes, par 7. Génin; Paris, Impr. nal., 1850, 1 vol. in-K°). UaJgré de nombreux défauts, ne est celle it laquelle on doit véritablement la popularité de notre plus , de notre meilleure épnpée. Génin était, par excellence, un vulgarisapeniée était nette, son sljlu clair; mais surtout il était sincèrement ''MlhnuiBste el croyait i, ion Roland, De 11 le succès très- légitime de cette ■a<rre lumineuse et cliaude, = '"''" Les contradicteurs, cependant, ne manpiirent pas & H. Génin. qui élnit, au reste, un esprit lotyours armé en guerre ilTtdonlten agressif. Une poléniiquo très-vive s'engagea sui^le-cliamp. MM.Gucs- Mrd (Mire nr lei farianlei de la CKanaon de Roland, adressée d'Oxford, le ''tO avril 1851, à H. Léon de Baslard; Paris, 16 pages in-8*|, Paulin Psris (La Chotuon de Roland, critique de l'édition de H. ¥. Génin, Bibliotlieque de l'Écote dei OtaHen, G. Il, pp. £87 et suiv., 393 et suiv.) el Mugnin (Journal du mvtntt, sept, et déc. 1853, pp. 541 et 7GU, et mars 1853) y prirent une pari g. = iH-ii° fn liÉnin n'était pas de ceux qui laïasonl passer une attaque } répondre. Le 30 mars 1851, il publiait chez l'utier, â Paria, une Lettre Jf. Paulin Péril, tnembre Je l'Irutitut (30 pages in-S*), cl dix jours après. In» lettre â un ami lur l'article de il. Paulin Parié iiuéré dans la Hiblio- ■Ihèfuede l'Ecole des Cltartet (PoiicT, in-8*, 51 page»; réimprimée dan* les
5!28 ANALYSE UË LA CHANSON DE liOLASD.
" j^^^/'^î '• sa petite harangue en ces termes : « Vous avez assez
» demeuré en ce pays ; il est bien temps que vous
Htcréationi philologiques), = *" La presse hebdomadaire et la quotidienne se mêlèrent aussi de la lutte (voy. V Illustration du 19 avril 1851, pp. 250, tb\j et du 2 août de la môme année, p. 70; la République du 11 aYril 1851; VUniuerSy etc.;. = "* Génin, loin de se décourager, s*cntétait dans sa besogne de vulgarisateur, et publiait, dans la Revue de Paris (mai et juin 1859), la traduction de notre vieux pocme sans le texte et sans les commentaires; puis, il faisait tiror cette traduction à part sous ce titre : Roncevaux^ traduit du poème en rers de dix syllabes composé dans le milieu du xi* «êde, par Théroulde (Pillet, 1853, in-8«). = '" Un second vulgarisateur parut alors, qui voulut condenser le travail de Génin. L*excellente analyse de M. Vitet peut passer à bon droit pour une traduction nouvelle, et la Revue des deux mondes, qui la publia le 1** juin 1852, fît connaître Roland dans Tunivers entier. Cette analyse fut plus tard résumée dans Y Histoire de France de Bordier et Charton = :i*~*>^ Jean Louis Bourdillon n*avait pas renoncé à faire parler de son Roncisvals : en mars 1850, il publiait, sous le voile de Tanonyme, une nouvelle brochure pour faire suite au Supplément de 1847 {Autorités, rap^ prochementSf remarques philologiques, Genève, impr. Rambon^ pp. 45-00). =r "* En août 1851, deuxième suite au Supplément de 1847, sous co titre : Remarques sur quelques pages de Védition du poème de Roncevaux, sortie récemment de l'Imprimerie nationale^ à Paris (sans noms d*auteur ni de lieu, ni dMmprimeur, pp. 61-08). = *'^ L*année 1851 venait d'être marquée par un fait important. Un jeune érudit allemand, dont personne encore ne connaissait le nom, M. Theodor Millier, avait fait paraître une édition du Roland d'Oxford, qu'il se prit à regretter et à refaire presque aussitôt après sa publication. Il allait consacrer douze longues années à préparer une seconde édition de cette chanson à laquelle il a vraiment donné sa vie. Et il devait un jour dépenser encore quinze autres années à en publier une troisième édition qui ne sera peut-être pas la dernière. Voici le titre de la première édition, qui semble être devenue assez rare : r La Chanson de Roland, t berichtigt und mit einem Glossar versehen nebst BeUriigen iur Geschichte der framosischen Sprache, von D'Th. Miiller, Asscssor der philosopliischenFacullat zu Gotlingeu (crstc Ablheilung); Gottingen, Verlag der Dietericirschen Buchhandiung, 1851, in-S". On attend encore, en 1879, Vhitroductio7i que M. Millier annonçait en 1851. — "" Loin de s'alentir, le travail en France s'activait heureusement. Dans le XXll" volume de V Histoire littéraire de la France ^ M. Paulin Paris analysait, avec une science très-ingénieuse et très-luciile, la plupart de nos vieilles chansons de geste. Ces analyses sont, suivant nous, le chef-d'œuvre de cet érudit, envers lequel on ne saurait être assez reconnaissant, et qui a, pour ainsi parier, créé parmi nous la science de notre Épopée nationale. Voy. ce que M. Paris dit du Roland, aux pages 267, 270, 42Ô, 437, et surtout 727- 755. := «»»-'«« Après une œuvre si vaste et si décisive, c'est à peine si l'on ose citer des articles de Uevue, comme celui de P. Drouiihet de Sigalas. Ronce^ vaux, qui parut dans la Revue contemporaine du 31 août 1853 (IX, pp. 294- 330), et comme Une légende laonnaise d propos de la Chanson de Roland, de M. Duchangc, qui fut publiée dans leliuUetin delà Société académique île Laon. 1853 (t. Il, pp. 165-189). Cf. sur celte légende, d'après M. Banquier, VHistoire de la ville de Laon, par Dcvisme (Laon, impr. Courtois, 1822, in-8*; I, 29, 30; 11, 69). = '*' Fùt-il publié dans une Revue, un travail de M. Littré mérite toujours qu'on le signale avec soin : c'est ce qui nous fait attacher une importance spéciale à un article de la Revue des deux mondes^ qui parut le 1'' juillet 185i, sous ce titre : La Poésie épique dans la société féodale, et qui fut plus tard
INALïSE DE LA C//.l:V5aV DE ROLASD. 5M
■elourniez à Aix. s Le fils de Pépin, qui a coutume de i Bujours parler k loisir, se recueille quelques instants, ~
féimprimé dans r//ii(oir« tie \a langue françaite (I, |>. 356 ul suiv.)- — '" !■« tutim année, In Reuue d'Anjou nuusoiïrait, en 33 page?, de Nouvelles Obtervtlion» tur Rotaiid ei In Clianioii de Roland (Angers, Cosiiîer ut Luelièie, [T. la-S"). L'Hiileur était H. Eugène Bnrel, qui devait plus tard l'attacUer prticulièrempnt i l'étude des iïtlériklures provençale et espagnol!'. — "' Dnni «on Uitloireda livrei popuiairet (Paris, Am^tit, 1854, 3 vol. in-S*), H. Charles nûaid ne pouvait mitnquer de te lieurter aux livres de la BibliothîiquD bleue, ■t par conséquent au louvvnir de notre cbansan. Les Conquala du grant Chârltmaigne et Galien le restauré l'ont alliré et retenu. = '" Cependant iM. GelTro}' était tout nouvellement revenu de son vojage diins les bibliutlièques du marli, de la Suède et de la Norvège; il en rapportait Ici tri9-ulile) éléments Mémoire plein de Tails nouveaux et ou étaient mis en lumière les rapporta ijlt cerlàinei Sagas avec nos anciens poëmea (Nalicet et Extraiti de manutcritt lumt l'histoire de la Lttiralurc de la France qui sont cotuervà en S^éde, en Danemark eten Norvège, Paris, Archivei des Hissions, IB5S, in-B°). Ce qui était peul-élre \t plut néeetsaire, c'était abin de vulgariwr les donde la leience : les vulgarisateurs ne manquèrent i leur devoir ni eu Allele, ni en France. Tandis que Siinrock Taisait paraître, à Francfort, une Murelle édition de aon beau livre ; Kerlmgiichet Heldenbach, que lisent avec ' tous les cnranls d'oulre-Rhin, tandis que Collin de Plane; niellait à U portée de nos cnTaols la Table de Berte aux grands pieds cl quelques autres IndïUuna earlov ingïen ne >, l'abbé Henry continufiil vaillammenl, au Tond de sa j^rovince, son Hiitoire de fo poésie, et publiait, en 18ôS, sa Poêiie francaîte du '" i âge (chci l'auteur, i la Marche, Vosges). Ue n'était qu'une compilation, flinia une compilation intelligente de ce que l'un nvait jusquc-lâ écrit de meilur noire Epnpiie IVanfaise, et en particulier sur notre Roland: toute la tnduotion de Vilcl j était littéralement inaérée. N'oublions pas quo ce livre était 1 ruaage des cluMes, et qu'il était infiniment supérieur i tous les classiques du temps. = '" En l'annéo llfôâ-lS56, H. Paulin Paris, avant du uionler'dana chaire du Collégi! de France, distribuait i soi audileurs un rusciculo où ilKent imprimés quelques conU vers du Runcevaux. Il consacra une parlio de Km cours i les expliquer, et rien ne fut plus utile que celle excellente inno- I. Partout, aujourd'hui, on suit le même système. — '"""■ L'année 1856 tlUit d'ailleurs Sire plus Féconde que les précédenloa. Sans accorder trop «l'attention au Hecueil deL. Uerrigelil. P. htirgtt] [France littéraire, Morceaux I de littérature françaite el moderne), ni mâme il'Etude lilléraire tur la CiMUOn de Roland, de H. H. Daupbin (extrait de la Picardie, Revue liltéinrira el tâenlifique, Amiens, Lcnocl Berouort iinpr., IIJ5C), il cenricnt de ■ou« arrêter au Décrel du li révrier 185C, qui, rendu «ur la proposition de Bippoljle Fortoul, minisire de l'InstrucliDn publique, ordonnait la pubticatloa d'un Recueil det ancient poitet de la France, etohargeait H. Uuessard de I* direction de ce recueil. Notre Roland n'est paa entré danscctte Collection; vingt autres poëoies y ont été Euecetsivemenl publiés, et leur publica- 1 donné aux études rolandienncs une nouvelle el précieuse impuliioo. w "* Oéaorroais, il va j avoir entre la France et l'Altemagnc une sorte de ou do rivalité pacinque : c'est i qui publiera, sur le HotanJ, le plus de •S.vtt» de vulgarisation ou do science. En ISST, Uartsch imprime, i IjuedlinkiHir(, le Kart du Stricker. C'est ce même savant qui, quatre ans après, devait jMbller une dtude remarquable sur le Karl IHeinet, sur celle médiocre compila- Uva du XIV* lièctc, dont Adalhcrl Kellcr avait édité le texte en 1858. = ■" En TntOMt la TUlgarisalion allait bon train. Le plus diSlié do nos critiques. Sainte-
5a0 ANALYSE DE U CHANSON DE ROLAND.
Il PART. LivR. L étend les mains vers Dieu, baisse la tôte et commence
CHAP. XXI. '
à réfléchir. Tout le destin de la France va sortir peut-
Beuve, donnait à la Revue contemporaine une douzaine de pages sur i le point de départ et les origines de la langue et de la littérature françaises * (1858, lV,p.!22i-36). = *" Charles d*Héricault,qui essayait alors dans rérudiaoo ces brillantes facultés qui ont trouvé leur épanouissement dans le roman historique, écrivait, en 1859, son f^^ssai sur V origine de V Epopée française etiur Mon histoire au moyen âge (Frank, 1859), ou Ton trouve tant de vérités à cdté de quelques paradoxes. = *" Dans son Histoire de la littérature française^ qui peut passer pour un de nos meilleurs manuels classiques, M. Demogeot faisait une large part à notre épopée et au Roland (édit. de 1^57).= "* M. Damas-Hioard, qu'il faut à la fois considérer comme un vulgarisateur et comme un érudit, publiait son Poëme du Cid (Paris, Imprimerie impériale, 1858, in-4*). Dans sa longue et lucide Introduction, il abordait la comparaison du Cid avec le Roland, et l'étude plus difficile des caractères de notre ancienne versification épique (p. xu et suiv.). = '"""'LMW en province (juin 1858) faisait paraître un véritable livre de M. Eug. Baret, sous ce titre : Du poëme du Cid dans ses analogies avec la Chanson de Roland. Bref, notre vieille épopée avait, en 1859, conquis une assez vive popularité pour que le plus grand poëte de noire temps lui fit de notables emprunts dans sa Légende des siècles (1859). Voy. surtout le Mariage de Roland et Aymerillot, où il est si souvent question de Roncevaux. Un tel poëte est, à coup sûr, le meilleur des vulgarisateurs. = **^~"' En 1860, c'est en Norvège et au Danemark, chose curieuse, que le mouvement est le plus intense : M. Ungcr public, à Christiania (Jcnsen, in-8*), cette fameuse Karlamagnus-saga, dont la huitième branche n'est qu'une traduction ou un résumé de Roland. A Copenhague, G. Rosenberg publie une sorte de Traité sur les caractères de notre vieux puëme, sur sa rhythmique, etc. (Rolandskvadet et normannisk Heltegedigt dets oprindehe og historiske Betydning, Kjobenhavn, F. Hegel, 1860, in-8*j. = **•'*" En France, nous n'avons guère à signaler qu'un roman d'Assolant : La Mort de Roland, fantaisie épique (1860), et un Mémoire sur le mont Ganelon, près de Compiègiic, par M. Edm. Caillette de l'Hervilliers (Compiègne, Dubois; Paris, Duraïul, 1860, 126 pages, in-S**). C'est peu. ui-i4j iadépendiunment de rétudo de Bartsch sur le Karl Meinet, dont il a été question plus liuut et qui date de 1801 {Karl Meiiiet, ein Deitrag «ur KarlsagCy Nuremberg, in-S"), celte aimée nouvelle nous apporte deux traductions nouvelles du Roland : mais combien différentes! L'une, eu français, est celle (le M. Jdnain, dont on aimerait à ne point parler {Roland, poëme héroïque de Théroulde, du xr siècle, traduit en vers français par JOnain, sur le texte et la version en prose de M. F. Génin ; Paris, J. Tardieu et Chamerot, 1861), et l'autre, en allemand, en iambiques libres, de M. Hertz, qui est fort goûtée en Allemagne {Das Rolandslied, das àlleste franwsische Epos, ucbersetzt vou D^ Wilh. Hertz, Stuttgart, 1861, Gottesc'her Verlag, 1861, in-8'). Le Literarisclies Cetitralblatt en rendit compte Tannée suivante (col. iiOj. — C'est en cette môme année 1861, le 6 février, que l'on procéda à la vente des manuscrits de la famille Savil«^ Parmi les manuscrits vendus et dont on ignore aujourd'hui la destinée, fi^jure (?) un remaniement du Roland en vers de douze syllabes, « sentant fortement leur xiv*" siècle et, pour le moins, aussi mauvais que ceux du Girart de Rouffsillon français, publié par M. Mignard ». Telles sont les expressions de M. Paul Meyer, dont nous rencontrons ici le nom pour la première fois, et que nous retrouverons souvent sur notre passage. Mais s'agissait-il vraiment d'un Roland? Et n'y aurait-il pas lieu, avec un autre érudit, de supposer plutôt un Garin de Monlglane ? C'est ce qu'on ne saura peut-être jamais. = **'"**' Sans nous arrêter à une nouvelle Dissertation, de
être de ces réflexions du grand Empereur.... La soirée h élait magnifique, le soleil jetait encore de beaux rayons. -
H. KaFpn. sur l'ëterneUe qucUlon ilcs AotondMÏuicn (1861), demandon» i riuii^« 18(1! ce qu'elle nous puul apparier de nouvenii sur noire légende ou nir uoire poiine. Ce fut alor» qu'un vajiageur inlelligent el instruit, M. Fran- (ois Ssinl-Haur, visiln pieuscmenl le clismp do balaillo de Kuiicevaux el ccrivil ses iniprenians de giïotn-aphe et de pèlerin iCi'n; jouri (Tim fu-Uita 4aia la Navarre tipagnole, CmL. Vignancuurt, IUCI). Ce^iL alori qu'un êrudit fnn;aii, H. de Puyioilgrc, nous aflril l'an^yse uu la traductiun du rumances espagnoles sur Itobnd, lur In liolle Aude ol U Ijaiuille de Roncevaux (La vieux auteuri caitiUam. Pari», Didier, 18SS, 3 vol. in-S*, I. II, p. 33d-318). = "* Mais cunibien l'anaée IHtill ne devait'ells pas être plus féconde et plus inlltienin? Il faut d'abord bien se lendre coni)ile de la eituatïon i celte éjMique. A vrai dire on ne possédait pas encore une édition véritiblraient correcte du uianuscht d'Oxford : M. Theodor Huiler nous donna, en ltlS3, cette édition M lungtcoips attendue et qui, pendant quinie ans, a été le meilleur laslrument aux mains de tous les érudils. C'est AI, MuUcr qui sut le premier Utiliser, pour Établir son texte, le manuscrit IV de Venise et tous nus rema- Biemenls, le naolanda Liet ot le A'arl du Slriïker; c'est lui qui, le premier, ■ iu, d'un ceil net, tuutei les lacunes de la version d'Oxford et qui a tenté de 1m eocnbler avec autant d'extraits empruntés aux textes d« Venise, de Paris, de VerMiUesi c'est lui qui, le premier, a corrigé, par centaines, les fautes 4videol«s de ce Bcribe médiocre et distrait auquel on doit le texte de la Bud- Uienae; c'est lui qui a remis sur leurs pieds cinq cents vers titubants ou boiteux. Kuus ne saurions Jamais lui en témoigner aiseï de reconnaissance (i LdClitBtoitdeHotaud '.nach der Qxforder Ilattdielirift von iieueiii herawi~ fltgeteii, erlautert uni mil «ûiein ratUtàndigem Gionar cet-aeJMn, von Thcador ■aller, profcMor nnderUniveniUt zu Ciitliuguii; erse Uliinc,i;allmgen, 1863). L'Introduction n'a jamais paru.^ '"'"' Après une Ulle publication, on ne peut rien citer d'important, Voici cependant le nom d'un nuuvcl érudil, voici un nom que nous aurous H répéter souvent dans cette langue nomenclature que nous essajoni de rendre aussi vivante qu'il nous est possible. C'est en 1K63 que H. Gaston Paris publia, dans la Revue germanique (XXV, 1" avrilj, un article sur la Chatmn de Roland et les NibeUngen ; c'est un 1863 que, dans la fiibfio- Ué^M de rSeetedes Cbartee.il commenta à faire paraître cet excellent résumé de la Karlemai/ttut-iaga, dont les Érudits ont tiré tant de parti (La Karlamignu^i £aga> i/inloire iilandaae de Cluirlemagne, Hiblwtlieqae de l'Ecole dei{:/iar(M,nov.-déc. I8<i3 cl scpl.-oct. 1864). = "^"* En Belgique, un Belge trop entliousiaslc et qui voyait tout en Belge, eitajalt de Taire lionneur à «on pajs do la première rédaction de la Chanton de Rolantt \1. II. Burmans, la Ciumâon de Roland, fragmenli d'ancieitHei ritlaelions Ihioitu, avec une Intmduclinn el Aa Remarque*. Bruxelles, Usj'ci iinpr., 1801; extrait du t. XVI des N^nioinu couronna el aûtrtt Mémoire» publiée par F Académie roj/ale de fielguiut). Et il éliiil réfuté vivement par H. Gaston Paris {Bibliothegur de l'Ecole detChartet, tM6.'>, p. 3S4-3Uij,qui restituait aux Oagmenls néerlandais publiés pu- M. Burmans leur caractère véritable, celui d'une Induction, et nOn pas d'un original de nos vieux poèmes. ~ '" Tlcknor, dans son llintoire de ta litlëratitre etpagnole, avait touchi^ i notre Roland, cl son traducteur français, M. Hagaabal, nuus met a même de prolller do ses dirus (Paris, Durand. IttSl, ia-8*,t. 1", p. ÏUj.= "*'"* Clisians sur la Chreilomathie de l'atiôen françau, deJ. P. MÔgniu (Berlin. 1B63. in-8-). et constituiis plutAt le grand bruit qui te lit autour de notre lièrus, le 3 octobre I8&1, alurs que le AolaniJ ile Hanctvaux, rliinl X. HiTUKl avait écrit les parole» l'I la musiqui-, fyl juuê, pour la pre-
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Il PART. LIVR. I.
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Charles relève sa tôte blanche, qui apparaît toute pleine ' de fjerté; il demande tout d'abord des garanties aux
micre fois, sur la scène de TOpéra. T.e fui un grand succès et qui fut priacipaiement dû à la beauté de lu légende. Le nouveau drame lyrique n'était qu'en partie emprunté à notre poëme du xi« siècle, et Tauteur y avait ajouté de pauvres ornements qui gâtaient tout. Quant a la musique, ce n'était véritablement qu*une suite do bons pas redoublés. Mais TeAFet n'en fut pas moins considérable. Ce drame imparfait était légendaircnicnt très-supérieur au Roland de Quinault, et il donna à plus d'une intelligence le désir de connaître nos origines littéraires. Nous ne pouvions guère lui demander r«en de plus. ss i&t-iu Belle et bonne année en 1865. Et tout d'abord, voici la première édition de la traduction du baron d'Avril, traduction en décasyllabes non rimes, trèslittérale, très-rbythmée (La Chanson de Roland, traduction nouvelle avec une Introduction et des Notes^ Benjamin Duprat, 18(>5, in-8% cxxxf-!306 pp.). Deux ans après, il en parut une édition abrégée, populaire, à un franc, dans la Bibliothèque de Saint-Michel {La Chanson de Roland, traduite du vieux français et précédée d'une Introductiony Paris, Albanel, 1867, in-18, ccu- !^6pp.). C'est ainsi que, grâce à l'intelligente initiative de M. d'Avril, la lecture du Roland devint aii^ée au plus humble, au plus pauvre des lecteurs. On venait de faire un grand pas. =^ '^ Elle ne mérite pas les mômes éloges, cette traduction en prose, de M. Alexandre de Saint-Albin, qui a été faite beaucoup trop rapidement, mais qui, placée chez un puissant libraire, a pu étendre encore le cercle de la popularité du Roland {la Chanson de Roland, poëme de ThérouldCt suivi de la Chronique de Turpin; traduction d'Alexandre de Saint-Albin, Paris, Lacroix, 18G5, in-18; faisant partie de la Collection des grandes Epopées nationales). = '" A la même époque, un Anglais se donnait la mission de vulgariser l'Épopée populaire du moyen âge, et d'analyser quelques-uns de nos poëmcs (Popular Epies of the middle Ages^ by J. M. Ludlow; London, 1865, 2 vol. in-16 carré;. = "*""• Le D*" Zinguerlé publiait dans lŒstetreichische Wochenschrift (1865, n*" 33 et 3-i) une étude sur la légende germanique de Charlemagnc {Karl der Grosse nach der deutschen Sage), et enfui, cliez nous, M. Roux essayait, dans les Actes de VAcadémie de Bar" dedux {!" trim., 18C5, pp. 73-108;, de faire vivement saisir « la transformation épique (lu Charlemagnc de riiistoire », -- "" 11 nous sera peut-être permis d'ajouter «[ue le 31 déc<Mnbre 1805, paraissait à Paris (Victor Palmé, m-S", sous la date 1866) le premier volume de nos Epopées françaises. Nous y faisions une large part à la Chanson de Roland; nous y donnions la traduction des plus beaux passag(>s de la plus ancienne de nos épopées, et nous terminions, enfin, par ces mots trop enthousiastes et qui de> aient bientôt soulever un orage : « La Chanson de Roland vaut VIliade. » C'était mettre, fort imprudemment, le feu aux poudres. — ""-«•'- Le 15 juillet précédent, M. Victor Leclerc, doyen de la Faculté des lettres de Paris, avait donné le visa :\ une thèse de xx-i6i pages, intitulée : Histoire poétique de Charlemagnc (chez Franck, in-8"'). A vrai dire, cette thèse formait une œuvre considérable, bien ordonnée, complète, pleine de science allemande et de clarté française, et où étaient étudiés de près tous les problèmes auxriuels donne lieu la Chanson de Roland . (voy. notamment p. ^270 et suiv.). L'auteur était M. Gaston Paris. — Dans la Dissertation sur le faux Turpin, ({ui lui servit de thèse latine (De PseudO" Turpino disscruit G. Paris; in-S", ciiez Franck, 1865), le jeune docteur établissait, dans le même temps, que cette œuvre étrange est due à deux auteurs dont il déterminait clairement la nationalité et la date. Nous avons ailleurs résumé ce bon travail. =^ '" "'^ Les deux livres dont nous venons de parler, les Epopées françaises et [Histoire poétique de Charlemagne,
ANALYSE DE LA CHANSOX DE ItOLAM). 5113
représentants du roi Marsile, il offre ensuite une riclie i hospitalité aux messagers et remet sa décision au len- -
furenL l'objet de nombreux Compte» rendus, Vojei, t^ii parttculit^r, sur les épopée* fnmçaiits, l'arlrele de Bartscti danc la Rrvue crUùfao, iXGS, li, pp. 4U6-~iU, et sur l'Ilistoire poétique, l'article du mâme critique dans la Ccrrruinùt, fH-îîS, etc. Hait les arliclci les [ilus rfmarquéB sur ces deux livres Turent, à coup sûr, ceux de M. Paul Mcjcr (Kecherclifê «ur VSpOpie [rantaiit, dan.t I» Bibliothêq^ie de l'Ecole des CharUt, XXVII, p. $8 et suiv., XXVIII, p, 3(U et Buiv. ; yay. surtout lr« pigns .')J9-3iâ). = "■ Cepcndanl, en M Chrtutamalltie de l'anciim (rancaa (Leipiig, Vugel, I8GG), H. Aartsch insérait un fragment cunsidérabie Ae. Roland, toi. 37-iO), et inlercalnit nurtaeieuseineiil dans son texte critique les additions ni3i?essairGs qne H. Thpodar MôUer avait empruntées aux aulres manuscrits, mais qu'il avait timidement reléguées dans ses noies. = '" En ctllo inémL- annt'e, une traducliun polonaise de flolond paraissait dans la Bibliothèque de Varsovie (janvier I8I>6), sous la sîgntlUTB de M*" Ducliinska (M. Prusiak). = '" Si nous signalons un travail de H. AdolTTobler, a L'eber das l'Olkshûmliclie Epos dtr FrantO'en •, qui parut dans le Zettidirifl fur Vôlkerpsychologie vnd SpraehmiaemehaH [IV, I8II6, pp. 13&-iI0), nous en aurons Dni avec l'année IBUfl, qui est moins une année de pruduetïon qne de critique. Nais de telles années ne sont pas les moins 'prutttables. = '" F.n 1867, parut le second volume des Epopieâ (raitfaiiei [f édition) qui contenait (pp. 390460) une longue analyse de notre vieux poemo, el une Holice Tort développée où nous cssajîons de répondre à toutes les questions qui concernent : 1' la bibliograpliie du Rotand ; 2* tes él'imcnts hiatoriquea; 3* les variantes et modiflcations de sa légende. C'est cette marne Notice que nous venons de refaire, presque entièrement, pour notre seconda édition. = <"'"' Cependant la série des articles critiques, dont le premier volume des Epopéu avait été l'objet, n'était pas encore épuisée. Parmi les plus remarquables, il canvieni de signaler ceux de HM. Boissier (le» flièoiitt noutélei du potnte épique. Haute des deux monde*, Iâ janvier 1867, p|); HiS- 879), et Siméon Lune (Lt génie {raaçais daxa la Chaïuon de Itolaud, Bévue eatlemporaine. iW, t. LV, pp. 630-li4â). = ■" Dans la Beeue critique (tâU7, t. H, pp. 250-367), M. Barlscli rendait compte du second volume, et H. Panî Hejer prenait le temps d'annoter l'article de M. Bartscli. = '" Vers le même uKment, H. Léon Gautier publiait, dans la Hevue des queitions hiitorique» (t. III, 1B6Ï. pp. 345-382), une longue étude sur la Chevalerie d'aprii le» texte» poétique* du moyen âge, où il avait souvent l'occasion d'invoquer le témoignage de la Clianson de Roland. = '" l'armi les thèses qui furent, «n 18B7, ofTertes i la discussion par les jeunes élèves de l'Ëcolo des Chartes, il y en avait une intitulée : De la forme el de la composition de* Chantant de gffle. L'auteur était M. C Pelletan. = "' C'est nlors que parut aussi le Catalogue rotMHM^ des livres de la bibliothèque de M. Ambroise-Firmin Didot (cliei A. F. Dfdot, 1" livraison, 1887 ; S> livraison, 1868). 0» Catalogue esl, sous une apparence modeste, an vûridiblc traité de nos Chansons de geste, oli l'ao e'cil prini^ipali-munl donné pour but d'exposer la niialion de nos romans el la formation de w)t cycles (le fascicule de 1808 a pour titre : Essai de clastification mellioilii/ue ri synoptique des roman* de chevalerie inédit* el publiai), = '" En cette mâine année 18fi7, Curl Elherting rééditait i Copenhague laXeiser A'erJ.I/ogniu Crmûke,cB petit livre danois, du xv* siÈclc, qui esl con~ Mcréi la gloire de Charlemagne et su souvenir do Itoncevuux. = '""'" D'au- Itm travaux parurent vers le même temps, qui étaient moius importants. Tels •ont : l'Essai de Dielil (f>ie Kartuagein der ail franiô*i*elien Poésie, namenllich im IMdengeilicM. Marii<nuerder, 1867. in-i'): un article de C. Paris dans la
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II PART. LivR. I. demain. C'est qu'en effet l'Empereur ne ressemble pas
aux antiques Césars; c'est qu'il ne décide jamais rien
Revue des cours Uttéraires (IV, 1867-1868), sur les Originett de la littérature française: un travail de M. Simon : Ueber den flexivischen Verfalldei Substantifs im Rolandsliede (Bonn, 1867), et un Discours de M. Femand Autié, sur le Caractère français de la Chanson de Roland (Pézénas, 7 août 1867). Si je fais mention de ce dernier travail, c'est que c'était tout simplement un discours de distribution de prix, prononcé dans Thumble collège de la petite ville de Pésénas, et que Ton peut juger parla des progrès qu'avaient faits dans le pays la connaissance et l'amour de notre Épopée nationale. — *** Cet amour cependant n'était point partagé par tous les beaux esprits, et il y avait des résistances à un enthousiasme aussi nouveau et qui parfois avait pu être exagéré. Le monde universitaire ne se rendait pas. C'est en 1868 que parut la première édition du livre de M. Paul Albert : La littérature française, des origines à la fin du xvr siècle. Le premier chapitre est consacré aux Chansons de geste, qui y sont assez malmenées. Dans la Poésie du même auteur, on se piait à reproduire, en les accentuant, les idées <ie H. Boissier; et l'étude sur la Chanson de Roland se termine par cette protestation qui paraîtra peut-être excessive : « Qu'on se demande si ce petit poëme, de 4002 vers-, dont on a osé dire (?7) qu'il était bien supérieur à l'^net^ et (??) qu'il valait VEnéide^ peut seulement supporter la comparaison la plus lointaine avec ces deux chefs-d'œuvre. » = '*' Pas de travail important cette année. Dans une œuvre où l'originalité ressemble trop à de l'hallucination, M. Hugo Neyer explique la légende de Roland d'après les mythes Scandinaves. On n'a jamais poussé plus loin le système mythique (Abhandlung ueber Roland, Programm der Hauplschule iu Bremen^ Hrénie, 1868, ^ pages in-4*). Cf. TaiHicle de G. Paris dans la Revue critique du 12 février 1870. p. 98, et l'article du Zeitschrift fir die Philologie^ 1869, f, p. >i89.s« •""••' Dans la Revue du moHde catholique, de novembre 1867 et de janvier 1868 (tirage à part, chez Victor Palmé, 80 pages, gr. in-8'*), l'auteur du présent livre publia un travail développé sur Vidée re/igieuse dans la Poésie épique du moyen âge. Le Roland y était cité presque à toutes les pages. L'année d'apriNs, le m(^mc auteur faisait paraître dans la Revue des questions histori(pieSj <lu 1'*^ juillet 18G9 (pp. 79-114j,un complément de son Idée religieuse sous ce titre : L'idée politique dans les Chansons de geste. Ces deux éludes, jointes à la Chevalerie dont il a élé parlé plus haut, seront un jour publiées à nouveau dans le tome Vil des Epoi)ées françaises. — '*• En 1869-1870 (?j, M. Boris Aluiasof publia une traduction en vers russes (voy. le Viestnik Erropi). — '*'-«^» La seule géographie de la Chanson de Roland fut alors l'occasion de quatre ou cinq travaux dignes d'attention. C'est M. Tamizey de Larroque qui souleva n la queslioii topographique de Roncevaux • dans la Revue de Gascogne (X, 1869, p. Xi'i). L'air hiviste des Basses-Pyrénées, M. P.Raymoud, répondit tout aussitôt îk cet appel par deux pages nerveuses et concluantes {Revue de Gascogne, septembre 1869, t. X,p. 365). Voy. aussi la réponse de M. Léonce Couture {ibid.j X, p. 379-380). M. François Saint-Maur jugea cepcndantqu'il était utile d'acconlucr davantage une réponseàceux qui plaçaient Roncevaux en Ceniagne, et il écrivit sa brochure sur Roncevaux et la Chanson de Roland : simple réponse à une question de géographie historique (Pau, Vignancour, 1870). Mais ce débat avait élé déjà résumé avec clarté par la Revue critique (1809, t. 11, p. 173-170), et M. Gaston Paris avait ajouté quelques arguments à ceux de M. P. Raymond. Le débat fut clos. = '*•-«•* C'est alors que, dans un but de vulgarisation facile à comprendre, .M. Francisque Michel donna la deuxième édition de son Roland, en joignant à ce texte auguste le texte intéressant du Romari de Roncevaux qu'il avait emprunté aux
ANALYSE DE T.A CIIANSOS DE ROLMD. 535
sans avoir consulté ses barons : « Par cels de France » voell-i! de 1' tut errer, b Le lendemain, les barons se
deux manuseriU de Versailles et de Parts [La Chaïuon de iioland et U Ramaa dt Ronctvaux. des Xi:* ci un* siècles; Paris, Finnin Uidol, 1869, pelil In-S-). Nous avuns p«rlé ailiiMirs lie cette édition où. H. Hieiiel a prélenriii in>drL<i' une tradiielion, eu expli(|uai)t dans la ninrge loua les mots qui oITi'aiedt quelque difficulU. £l nos lecteurs suvpnl éenlemenl ce qu'il faut penser de l.i Iraduetioa • en vers mi>dcrnc> ■ de M. Alfred Lehuiceur (Hnchette. 187D, in-IS). = ■" Pour en finir nvee cette Iriale année iSTO, dont le* déiaitrei allHient iDlerromprc « brutnleraanl «s nobles études, il ne reste qu'à mentionner une Diiscrtilion od est traitée une question qui touelie A U rhythniiquo du RoUmd : Phonétique française : un ri en toniques, par H. Puui Hejer (extrait des MêmoireM de la Société de Unguiitique de Pari», t. I", ISTO, p. 25S et suit.). ■n-iH Quelques tnvnux analytiques en 181 1. C'est d'abord l'étude dnD'Traul' mann sur les temps et les modes dans la Chamoit de Roland {Bildnng und Cebrflwrft rfer tempora undinodl in der « Cliataon de Roland >, Halle, Lipperl, 1B7I) : Th. Hiilter en a rendu compte dans Gollingiiche getekrte Anaeigen (1HT1, p.eOG-GT]). C'est ensuite, dans les Rnp ports de H. Paul Mejer sur les manuieritt comcrvés en Angleterre (p. Bi du tirage i part), la mention d'une Iradoclion du Turpin en provençal (Brit. Mus., «ddit. t79âU). C'est l'anvrage de Tli. Braga, Epopeaide rafa motaiabe (Porto, 18J1 .- voy. notamment les pp. 908 et suiv., 213, !31, elc.J. C*est, dans la Revue des queilioni AiilortfM«a (1, X, 1ii71, p. 156-163), un article de H. Harius Sepet sur le Drapeau de Ut France, où il est question de l'enseigne HunLjoie dans le Roland. Ou pouvait lire dans Artltivf^ dai Studium der neveren Sprachai und Lileraturen [XLVIII. 1B71, pp. 391-306}, une étude intitulée : Reclilialterlhâmer (Antiquités juridiques) Qui dem Rolandtliede. Enlln le Dullelin de la Sociéfi Franklin, Journal dei bibliothéqueâ populairei, qui parut le 35 novembre 1S7], renfenniilt un très-long article de M. Clmrlcs Robert sur un cbapitro de nos Bpcpiet franfaite» (I. Il.cliap. t). M. Cborles Robert voulait bien approuver le •ysttme de nos • analyses arec Iraduetions •, et il émettait le voeu que l'on imprïmtt i part cliacuno de ces analyses sous une forme accessible aux ouvriers et aux paysans : • Pour que l'œuvre entreprise par H. Léon Gautier porte ses fruits, il ^ut qu'une édition populaire et à bon marché permette aux admirateurs habituels de nos vieux pocmes de connaître leurs vaillants héros autrement que par les éditions d'Ëpinnl. • Nous pouvons assurer iM.C, Robert que son *(ea est sur le point d'être réalisé, et que la Société bibliographique va publier une nouvelle Bibliothèque bleue, où H. d'Avril fera d'abord paraître une analyse populaire de Girard de Roimeillmi, et M. Gaulier un AlinOiai^ Et la Chatttm dt Roland suivra de près. = "' Mais c'est i l'Italie que nous sommes, en cette année, redevable de la plus vive et de la plus profitable activité. Tandis qne H. Ceruti publie ee Viaggio dî Carlo Uagno in lipagna qui est une des fbnnea de la Spagna en prose et qui nous olDw toute une Rolandéidc arrangée à t'ittlienne (Bologne, Romagnoli, tS7l, ! vol. petit rn-8"), un des érudils Ih plus pénétrants de oe Irmps, M. Piu Rajna, bit paraître sa Rolta di AoneltiiaUe, qui est, i vraiment parler, une bist'>ire eoinplèle de noire lêgvndc M Italie (La diroute de Rûncevaux daita la litlèrature clievaliresque de titattê. Boingne, Favs el Garagiiani, 1871, 189 panes; extrait du tome IV du Propugnatore). — "' C'est à la lin de 1871 que parut la pn'mière édition de notre Cftiiiison de Roland (Marne, Tours, deux forls volumes gr. in-S'J. Bous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons dit plu) haut sur les éléments et sur les déraut* de celle édition. La publicalion de ce livre dans la • Collection des grands classiques français ■, éditée par H, Mame, ve seul fait s pu
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II PART. uvR. I. réunissent a\i pied du trône d'or sous le pin : c'est Ogier
et c'est Turpin; ce sont Olivier, Acelin de Gascogne,
heureusement contribuer à la popularité de notre vieux poëme. On aurait frémi autrefois à la pensée de donner à Racine et à Boileau le voisinage compromettant d'une chanson de geste : on ne s'en étonne plus aujourd'hui. Frappé, d'ailleurs, par certaines imperfections de notre texte critique, nous finies immédiatement imprimer à nos frais une édition nouvelle (187â, gr. in-^, à deux colonnes, Impr. Mamc; en vente, à Paris, chez Larcher). La plupart des Comptes rendus furent à la fois consacrés aux deux éditions (Gaston Paris dans la Romania, I, 1872, p. 1 13 et suiv. ; — Aubry Vitet, Revue des deux mondett 15 juin 1872; — A. Mussafla, Literarisches CentraWlait^iSlt, col. 560 et suiv.; — Goedeke, Gottingische gelehrte Ameigetit 10 septembre 1873, p. 1453-73. = *** En 187'2, parut l'édition critique du texte d'Oxford, publiée par Edouard Bœhmcr {Renceavalf Paris, i87â, A. Franck). = *** L'Angleterre ne marchait pas du même pas que l'Allemagne, et, durant toute l'année 1872, on ne peut citer que la publication de George W. Cox et Eustace Hinton Jones : Popular Romances of the middle Ages, Londres, Longmans, in-8*'; voy. surtout, au tome 1*, les pages 357-421. = '^^ Mais c'est dans les Cours publics qu'on peut surtout constater le progrès immense qu'ont fait les études rolandiennes. A Gœttingen, en 1872, M. Th. Miiller prend pour sujet de ses leçons la Chanson de Roland; M. Hoffmann fait de même à Munich, et M. Schipper à Kœnigsberg. Le mouvement se fait sentir jusque dans cette Suède qui est restée si imprégnée des traditions françaises, et le professeur Geyer, en cette môme année, place la seule Chanson de Roland sur le Programme de son cours. Ce n'était pas pour nous une bien grande consolation après nos malheurs ; mais c'était, à tout le moins, un témoignage de vive et cordiale sympathie. = "^ C'était Theure aussi où M. Bartsch publiait la 2* édition de sa Chrestomalhxe française (Leipzig, Yogel, 1872). == '^ La Vie de saint Alexis^ poème du xi* siècle, etc., par MM. Gaston Paris et Léopold Pannicr (qui parut à Paris, chez Franck, en cette même année 1872) était précédée d'une très-savante Introduction do M. G. Paris, où étaient discutés les principaux problèmes relatifs à la phonétique des dialectes normand et français : Roland y était souvent cité. = *^ Nous ne pouvons que mentionner en passant le cours de M. Lenient, professé à la Faculté des lettres : « De la poésie patrioiii(ue en France, depuis les invasions normandes jus(iu*au xvi" siècle. • = ^ Cependant nous avions donné, en avril 1872, notre troisième édition du Roland (Mame, in-8°; Paris, Larcher), et M. G. Paris en rendit compte, en même temps que du Rencesval de M. Bœhnier, dans la Romania de 1873 (t. 111, p. 97-111). = *'° Une petite, mais enfin une intéressante et véritable découverte fut celle de M. Diimmler, qui, dans le nis. latin 48il de notre Bibliothèque nationale, trouva l'épitaphc d'Eggihardus, guerrier franc, mort à Boncevaux le 15 aoiH 778, C'était, à vrai dire, une confirmation du récit d'Eginhard, et l'on savait enfin le jour exact de la mort de Boland. M. Gaston Paris revit et annota le travail de Diimmler (ïlomaniay 11, p. 116-158). = "'""^ Les Dissertations pleuvaiont. C'étaient celles de Sachse, Ueber den Namen Roland (Archiv fur dos Studium der neueren Sprachen und Literaturen, 1873, p. 459-102); de Hans Loeschorn, Zum normaîinischen Rolaiidsliede (Leipzig, BnMtkopf et Hiirtel impr., 1873, in-8*, 35 pp.). C'était un Tableau des assonances du Roland, dressé par M. Gaston Paris dans la Romania dl, 263, 4), et rectifié dans le même recueil par M. Gaston Baynaud (111, 290, 291). C'était le travail de M. Pio Bajna, publié dans la Romania (II, 49), sur Deux Inventaires du xv* siècle pour la famille d'Esté, où l'on voit figurer : « un libro chiamado Rolando in francese ». Et c'était enfin l'étude de M. Gaston Paris {Romania, 11, p. 329-334 et p. 480) sur les
ANALYSE DE LA CIIASSON DE ROL\yn, 537
Thibaut de Reims, Gérier, Gérin, Richard le Vieux et " JiîJJ; " x?.* '' Henri neveu de Richard ; ce sont enfin Roland, chef
• Noms des peuples païens dans la Chanson de Roland ». «« '" M. Gustave Ncrlet ne prétendait pas, lui, à rhonneur de publier de ces travaux de première main; mais du moins, en sos Origines de la littérature française du w* au xvir siècle (2* partie, Poésie, Fouraut, 1873, in-IH). il avait l'esprit d*oflrir à ses lecteurs un long fragment du Roland, traduit et commenté d*uno façon très heureusement élémentaire. Dans cette chrestomathie intelligente et hardie, la littérature du moyen âge n'occupait pas moins de cinq cents pages. Or, les lecteurs de M. Merlet étaient et sont encore nos collégiens, et il n'y a vraiment pas de plus utile, de meilleure vulgarisation. Il est à souhaiter que de tels livres conquièrent un vaste et durable succès. = '" Dans les Universités, même mouvement rolandien. A r Académie littéraire de Milan, on créait, pour M. Pio Rajna, une chaire de langue et littérature romanes, la première de ce genre qui ait été fondée en Italie. A Leipzig M. Ebert, à Halle M. Schuchardt, à Christiania M. Slorm, choisissaient le Roland comme le sujet de leurs cours durant rannéc 1873-1874. A l'École des hautes études, c'étaient les remaniements du Roland' qui formaient aussi la matière du cours de M. Gaston Paris. Bref, il y avait en Europe presque autant de cours sur le Roland que sur VIliade, = '" L'année 1874 serait albo nolanda lapillOt alors même qu'elle ne nous aurait apporté que l'excellent travail de Mila y Fonlanals : De la poesia heroico-popular caslellana (Barcelone, Verdagner, iii-8*; voy. surtout pp. 130-144 et 455-459). Ce livre est un des meilleurs et des plus clairs que nous devions à l'érudition contemporaine. La grande catastrophe de Roncevaux y est étudiée avec un tel esprit de justice et de vérité, que l'on peut dire que l'impartialité devient ici Pune des formes de la fierté espagnole. La légende de Bernard dol Carpio y est mise en une lumière décisive; les témoignages de Lucas de Tuy, de Roderic de Tolède et d'Alfonse X, y sont très-scientiflquement utilisés. Pas de page nébuleuse, pas d'incertitudes : tout est ultra-lumineux (voy. rarticle de M. de Puymaigre sur l'ouvrage de Mila y Fontanals, Bulletin du bouquiniste, novembre 1876). sa '■* M. Bartsch donnait, en cette môme année, une édition du RolandsUed. = *** Mais, dans la France, qui est par excellence le pays de la vulgarisation, les choses doivent se passer autrement qu'ailleurs, et c'est au théâtre que se conquiert la vraie popularité. La Fille de Roland de M. de liornier, qui a déjà eu près de cent cinquante représentations au Théâtre-Français, a été la consécration la plus populaire de tous les efTorts des érudits français depuis vingt ou trente ans. L'auteur a bien voulu nous dire qu'il en avait puisé le sujet dans les Épopées françaises. On ne peut lui reprocher que d'avoir, dans une œuvre bâtarde, môle imprudemment la légende et l'histoire. Mais quoi qu'il en soit, la gloire du neveu de Charlemagne venait d'être véritablement rajeunie, et la Fille de Roland a donné à plus d'un le désir de lire ou de relire la Chanson de Roland. == '*' Les savants, cependant, continuaient modestement leur œuvre moins glorieuse, mais aussi utile. M. Stcngel publiait dans les Romanische Studien un travail important f sur les manuscrits de chansons de geste dans la Bibliothèque d'O.xford » (1, 3, p. 380 et suiv.). = "' Dans son livre sur • le c dans les langues romanes » (Biblioth de l École des hautes étudeSy 16* fascicule; Paris, Franck, in-8% liv. III, chap. m, p. 250 et suiv.), M. Joret soutenait vivement la thèse suivante qu'il appliquait au dialecte de ^Chanson de Roland : ■ Le c velaire, devant l'a latin, même quand cet a devient € en français, se prononçait toujours k, qu\ — Le c palatul «= c devant e et t se prononçait j = ch — tch. » Il convient d'ajouter que cette constatation était, en particulier, dirigée contre nos éditions du Roland,
" îîîî. ''SS; '' habituel du parti de la guerre, et Ganelon, chef du "^^ parti de la paix. Le grand conseil commence.
envers lesquelles M. Joret s*est toujours montré exceptionnellement sévère (voy. aussi lu Rnmania de juillet 187i). = "^ Après les travaux sur la langue du Roland, venaient ceux sur la versification, et M. Hill publiait, à Strasbourg, une excellente étude sur le mètre de la Chanson de Roland {Uéber das MHnm der « Chawfon de Roland », von Franz Hill, Strasbourg, 1874; voy. le Compte rendu de la Romanitty III, 398-401). = «* A Bonn, M. H. Andresen faisaH paraître, sur la question de la vieille rhythmique française, une thèse de doctorat qui était intitulée : Ueber denEinflusa von Metrum, Assonan* und Reim, auf die Sprache der allfrantosischen Dichter^yon Hugo Andresen, 1874, in-8*. M. Gaston Paris en a donné un excellent résumé dans la /{oiminia d*âvril 1875. = «^*M II ne faudrait pas mettre au niveau de ces Dissertations approfondies le travail tout littéraire publié par M. Cœuret, dans VInvesligateur des mois d*août, sept., oct. 1874 : Ganelon, d'après Théroulde dans son poème de Roih cevaux, et d'après Pulci dans son poème de Morgant (pp. â09 et suiv., tirage à pari). Ces élucubrntions à la française sont parfois charmantes, mais gén^ ralement peu utiles, et de bons cours scientifiques leur sont certainement trèspréférables. Or, en 1874, M. Schollc prenait la Chanson de Roland conmie si^et de son cours à TAcadémie de philologie moderne de Berlin, et M. Stengel choisissait « l'Épopée française * comme objet de ses loçons à Marbourg. as»**** En France, les livres classiques se ressentaient heureusement de la nouvelle popularité de notre vieux poëme. Sans parler du f Cours de littérature» d*Ambroise Rendu, de cette Rhétorique où l'on fit enfin pénétrer des exemples empruntés au Roland, il convient de citer les Origines de la langue et de la poésie françaises daprès les travaux les plus récents ({'• édition, Paris, Belin, 1874). L'auteur, qui est M. Aubertin, se contente de donner une analyse exacte de notre antique Chanson. = '** M. Aubertin était un ancien maître de conférences à l'École normale, et son livre attestait upe véritable conversion aux idées nouvelles . La môme année, un professeur du lycée de Versailles, M. Auguste Noël, consacre trois pages au Roland dans son Histoire abrégée de la langue et de la littérature françaises depuis leurs origines jusqu'à nos jours (Paris, Jules Deialain, 187i, in-18, pp. 50-5J). Gomme on le voit, chaque éditeur français tenait à honneur d'avoir son « Histoire de notre lilléralurc depuis les origines n. — "<> En Suisse, môme tendance. Mais par malheur, le « Manuel (riiistoirc de la littérature française, depuis son origine jusqu'à nos jours, à l'usage des collèges et des établissements d'éducation », de M. Marcillac, maître de littérature à l'École supérieure des jeunes fille^s, à Genève (Genève-BAlc-Lyon, chez Georj;, éditeur, 1874, pp. 11-12), n'est véritablement pas une œuvre au courant de la science, et les deux pages qu'on y veut hien consacrer à Roland sont d'une faiblesse décourageante. Il suffit de rappeler que l'auteur appelle notre chanson « la Marseillaise de la chevalerie M (V.). — "' En Angleterre, on se montrait plus sérieux, et M. G. Masson donnait, dans la The educational Review of the French language, un résumé vulgarisateur des French médiéval Romances. Mais, malgré tout, la science de notre littérature épi(|ue n'était pas encore très-répandue en Angleterre, et c'était à un Français (M. Paul Meyerj que l'on confiait, fort légitimement, la tâche de rendre compte, à la Philological Society, dos progrès accomplis dans cette branche des connaissances liuinain«'s. = »"-'" En 1875, nous publiâmes deux nouvelles éditions de la Chatison de Roland. L'édition classique, qui est la quatrième, est celle à laquelle nous attachons le plus de prix {la Chanson de Roland, Texte ctilique, Traduction et Commentaire, Grammaire et Glossaire; Tours, Mame, 1875, in-S**, lv et 663 pages, 15 dessins, un fac-similé). Nous
A peine l'Empereur a-t-il exposé d'une voix grave n part. livr. i. et impartiale l'objet des débats qui vont s'ouvrir, que • — -—
nous sommes proposé d*en faire un classique, dans toute la force de ce terme. Une sorte de Commentaire perpétuel est placé au bas du texte et de la traduction, et nous Tavons illustré de dessins représentant les différentes pièces de rarmure chevaleresque aux xi-xii* siècles. Des Éclaircissements sont consacrés à la légende de Charlemagne, à Thistoire poétique de Roland, à la géographie et au costume. Dans les Notes pour Vétablisseihent du texte, sont expliqués, un à un, tous les changements que nous avons fait subir au texte d'Oxford. Une Phonétique, une Grammaire, une Rhythmique, un long Glossaire, complètent cette œuvre qui est précédée d'une Introduction où est résumée toute Thistoiredc notre poëme national. La cinquième édition (qui est bien réellement la cinquième, quoi qu'en dise M. Banquier en sa Bibliographie de la Chanson de Roland, p. 12), ne contient que le texte, la traduction et le commentaire. C'est une édition populaire tirée à grand nombre. C'est cette année également que le prix Guizot fut décerné, par l'Académie française, à l'ensemble de nos travaux sur la Chanson de Roland. Le secrétaire perpétuel, M. Patin, sut, dans son Rapport, rendre un éclatant hommage à la beauté de l'antique chanson. B su->«s Xous nos efforts se portaient alors sur un point : « Faire admettre enfin le Roland comme un classique, dans tous les lycées et collèges. » Deux lettres *
d*évôques, fort développées, qui furent rend^ues publiques par la presse, nous encouragèrent dans cette voie où nous nous obstinons à marcher. M*' Freppel, évéque d'Angers, nous disait : n Vous avez raison de penser que In jeunesse de nos collèges ne doit pas rester étrangère aux monuments de notre vieille poésie nationale » (27 nov. 1875). M"' de Ladoue, évoque de Nevers, ajoutait très-nettement : « La Chanson de Roland n'est pas encore devenue un classique, et elle doit le devenir » (23 nov.). L'homme du monde qui s'est le plus occupé du Roland, M. Theodor Millier, joignait ses encouragements à ceux de nos évèques : « Il y a encore bien des points discutables, nous écrivait-il; mais il y en aura encore quand cent autres critiques auront consacré leurs soins à une tâche aussi difHcile » (20 mars 1875 et 21 mars 1876). = ^ Malgré tout. la révolution n'était pas facile, et c'était, c'est encore une bataille qu'il faut continuer de livrer. Si quelqu'un devait nous aider à remporter cette victoire nécessaire, c'était certes M. Autran, qui publiait en 1875 sa Légende des Paladins (Paris, Michel Lévy, in-18), dernière œuvre, hélas! de cette intelligence élevée et délicate. Or, la Légende des Paladins n'est autre chose qu'une sorte de traduction poétique de la Chanson de Roland : traduction très-libre et très-moderne, mais où abondent les traits brillants. M. Autran continuait l'œuvre de M. de Bornier. Lire surtout la Belle Aude (p. 188) et VÊpttaphe (p. 179). = "^ C'était aussi un vulgarisateur que M. d'Avril, en son petit drame intitulé : « Le Mystère de Roland, composé d'après la Chanson de Roland • (1875, in-8'», Nimos et Paris). 11 se donna la joie de le faire représenter, et je me persuade aisément qu'il dut être satisfait de cette représentation. Le seul défaut de ces drames, dont les paroles sont littéralement empruntées à des poëmes narratifs, c'est qu'ils ne sont pas suffisamment dramatiques. Une œuvre littéraire n'est vraiment bonne que pour le but spécial auquel elle a été primitivement destinée. = '" Il serait inutile de chercher une transition pour passer d'un essai dramatique à une dissertation philologique. La Dissertation de M. Bœhmer, qui est intitulée : a, e, t, im Oxforder Roland, parut d*abord dans les Romanische Studien de 1875, pp. 599-620. Cf. 1876, pp. 236- 239. Lire également dans le cinquième fascicule des Romanische Studien l'article intitulé : Anmerkung ùber die angenommene Abhàngigkeit des Bohmer- Khen Rolandtextes von den Hofmann'schen und dm Gautier'schen, Une œuvre
TkU) analyse de la chanson de nOLAND.
"ïiîî: ï X i"! * '^s d^"^' partis se dessinent très-nettement au sein des
barons. Ici nous sommes en pleine poésie primitive, et
dfî débutiint, mais qui, à défaut d*une érudition très-originale, offre un trèssincère enthousiasme patriotique, c*est VEtude sur Vhistoire poétique de Roland, de M. Otto Jahn (Celle, imprimerie Grossgebauer, 1875). M. Otto Jaha résume toute la légende de Roland en y mêlant quelques interprétations téméraires, et proteste surtout contre la définition que nous avons donnée de la Temme germaine dans les Épopées françaises (page 4). « Nous ii*aimons pas, dit-il, à voir défiguré, avili ou ridiculisé ce qui a été et sera toujours digne et élevé à nos yeux. • Et il nous oppose principalement la fiancée de Roland, la belle Aude. = "* Dans V Investigateur de septembre-octobre 1875, M. Cœuret faisait paraître (pp. 218 et suiv.)dcs f Documents historiques relatifs à btChtah son de lioland ». -= '^En 1875, l'Institut genevois offrit un prix à la meilleure traduction en vers français de quatre ballades allemandes, parmi lesquelles il faut m^'ntionner le Klein Roland d*Uhland. Un des concurrents évincés, M. Kistelhuber, fit paraître, deux ans après, sa traduction où Ton remarque de bonnes stances, rendant bien l'original et conservant Tempreinte de nos vieux puëmes. = '" Tandis que M. Etienne, en son Histoire de la littérature italienne (Hachette, in-18, 1875), ne rendait pas justice à rinfluence de nos chansons sur le développement de la [loésie italienne et ne savait pas remonter aux véritables sources de TArioste, Si. Charles Gidel, dans son Histoire deU littérature française depuis son origine jusqu'à la Renaissance (1875, Alph. Lemerre, in-18), consacrait à TÉpopéc française en général, et en particulier à la Chanson de Roland j de longues pages où il vulgarisait heureusement les travaux de ses devanciers. = <ii-3>« Dans sa Bibliographie de la Chanson de Roland y M. Banquier prétend que notre sixième édition n'est qu'un tirage de la cinquième : le plus simple examen Taurait détrompé. Notre sixième édition, qui parut en 1876 (Manie, Tours, in-S**), est absolument nouvelle et offre de nombreuses améliorations. Vers la môme époque, nous faisions imprimer notre « Essai de traduction interlinéaire à V usage des débutants » (12 pages, in-18, impr. Mamc), et nous composions, sur Roncevaux, un tract en quatre pnges, destiné à ôtre Tobjct de distributions populaires et où nous citions, in extenso, le récit <lc la mort de Roland emprunté à notre vieux poëme ^ (Paris, libr. de la Société bibliographique : chaque édition est tirée à dix mille
exemplaires). >'ous employions tous les moyens pour donner à notre chère chanson une nouvelle popularité et qui fut aussi étendue que Tancienne. = •** Les Allemands vulgarisaient moins que nous, mais creusaient peut-être davantage. Les quelques pages de Ouido Laurcntius, qui sont intitulées : Zur Kritik der « Chanson de Roland », ne sont qu'une « Inaugural-Dissertation zurErlangung des Doctorgrades der philoso()li. Facultiit zu Leipzig (Alterburg, Bliicher, 1876, in-8% in pp. Voy. les Comptes rendus de Stengel, /e/îaer LiteraturMitungy 1877, pp. 157-158, et de Scholle, Zeitschrifl fur romanische Philologie, 1, 1877, p. 159-100). Nos lecteurs savent quelle est l'idée mère de Guido Laurentius : c'est que la Chronique de Turpin représente un état plus ancien de la tradition que noire Chanson de Roland ; c'est qu'on y retrouve, en cherchant bien, le plan d'iuie chanson plus antique. = *'" VEtude sur la composition de la Chanson de Roland, par le D' 0. Weddigen, est une œuvre d*un intérêt moins vif, d'une facture moins originale (Schwerin, 1876). — Un romaniste éprouvé, M. Adelbert Relier, dans son livre : Altfraniôsische Sagen (Heilbronn, Henninger frères, 2* cdit., 1870, pp. 43-13i), rééditait vers le même temps sa traduction du texte d*Oxford. La première édition avait paru en 1839, et l'auteur y avait alors pris pour base l'édition de Fr. Michel (t. !•', pp. 59-187). = '" Cependant M. Schmilinsky proposait un système pour
ANALYSE DK LA CtlAXSOy DE ROUNU. hi\
Ihouscroyons assister k un conseil tenu par Agamemnon. Les héros français ne s'injurient pas moins violemment -
Gluss«ire du Roland [Probe einet Glomws mr • Ghamon de Roland ', Halle, :ke et Beycr iinpr., IMTG, Jahresbcrieht des Stadlgyinnasiumi. CT. Slen- Itaaer literaluneiluag, 1377, p. ihl). — '" M. Fianz SchoUc puHiait s le Jahrbuch fir romanisabe und englincbe Spraclien und LiteratV' (nouTello aétK, MI. I87Ë, pp. B5-8I) m travail iiilitulâ : a, ai, an. At»oitonen m der ■ Chanion de Roland ■ <vuj. Romania, 187U, p. IMj. ■■* Dan» U thèse qu'il soulial, le t7 janvier 1H7G, à l'Ëcole •Ita Cliarie» sur CAonton itAimeri de Narbotme, M. Deinaison doniacraît un clmpilrc ipèl'étude do tel L^pisade de la Priic de Narttanne ijui le trouve dans k IV de Venise {Pmitiam du tSàei pritenties par lei Hevei de la •lian lS7fi, pour obtenir le diplûnte d'arcbieiite paléographe, p. 14). Suijeuno fruUil, k compilateur italien a eu entre les maint la Chanion ntn, telle que nous l'avoni aujourd'hui, el lus diverijences ne lont que le le son imagination. = ■" A la jeune Univertilé catholique d'Angers, M. Talprareseait ion premier cours sur Us ËpopËes Tran^siKs et le Holand. "' A la conrércnce Wua Fuucaull, M. Félix Brun cuusacrail une élude à U Ctentan de Rolaml (Paris, Pion impr., 1876. in-S>). ~ ■" Comme spécimen de son Dictionnaire dei littèraturti qui allail paraîtra ahci llaclielte, M. G. Viipercau Taisait imprimer U page coriMcrâu i la Chuiuoii de Roland. Ce seul Tait, si minime qu'il puisse paraître, a «on éloquence, — ■" Au <omraenceencnt du mois de décembre 1 876, purut le Cbarlemagne de H. Alphonse Vikault (Hame, Tourt, gr. in-8'), auquel l'Académie franfaise devait, l'année ïuivanlc, décerner le grand prix l^obert. Vu des Eclairciuemenli jr est con- Meré i la légende de Gharlemagne el de Roland, el un autre, de H. Anatole de Barthélémy, aux monnaies de Cliarlemagne. Parmi ces monnaies, il en est B oi) le savant oumiaoaale voit, avec quelque raison, le nom de nolro Koid. Nous la reproduisons plus loin. = "' Nous n'hésiterons pas i regnrder dition • paléogiaphique > du Roland de Venise, par H, Kiilbing, comme la nnlribuLian la plus utile à l'élude de notre pufste pendant l'année 1877 {■ La Chamon de Roland >, Genauer Abdruck der Venclianer Uandsclirin IV, Heiltiruim, Henninger, 1877). Le goùl de ces éditions ■ paléographiquei * se répand de plus en plus, el elles sont véritablement appelées â rendre les plus grandi services à nos éludes. = " La Société bibliographique venait de ctirt nouvelle cal lecl ion populaire i 50 centimes, intitulée : ClaaiquripOHr (oui. A ! de ComeUle et de Sévigia, on ; publia tout d'abord les Ptaume* et la Chanét RiAattd, de M. d'Avril (faris, Soc. bibliogr., 1877, pelil 10-18). C'était mer un grand, un salutaire exemple ; c'était décerner le litre de • uinsnquca • H lenvres qui le mérilaient mille fois et auxquelles on n'avait pas encore osé Ltribuer. Un grand progrès venait encore d'élre réalisé, et le surcès récomisa les auteurs de celle courageuse initiative. A la seule fuire de Marseille, IHT7, 140 exemplaires du Roland Turent vendus, et ce petit volume reçut lui k mSme accueil. = " Rien de plus mêlliodique, rien de mieux distribué plus clair que la BibliaQraphie de la Ckamon de Roland, par Joseph Bau- , auquel nous avons Tait ci -dessus quelques emprunts (lieilbrenn, Henr fWre», 1877, petit in-8" carré). Nous espérons queM. Bauquier voudra comn uUle travail, y combler quelques laeunej. j corriger quelques erreurs, diorce, son ceuvrc deviendrait un véritable NauuL-l à l'usage des jeunot Vit. = "' Dans son Recueil d'anciens lexle* bat latine, provençaux el (* (iwcieule. 1877, pp, 203 el suiv.), H. Paul Meycr publk nu long de Roland, d'nprJn cinq manuscrits (Oxford et Cambridge, Taris et .t]rni,Uiateauroux). = '" le D' Lidfurss, dans Sun Chou (Taiident lexM, cite
Ide I me iai rédi nnl
CRAF. XXI.
54i ANALYSE DE LA CHANSON DE ROLAND.
nrART. LivR.i. que les héros d'Homère, et leur langage n'est pas moins énergique : c Pas de trêve, pas de paix avec Marsile >,
longuement rancicn poënic d*après notre qualrième édition (1877, in-l^ = '^ En novembre 1877, parait le tome I*' de la â* édition des Epopées ^nni^ises. Nous y donnons, comme dans la première, la traduction des plus béas passages de laC/uinson de Roland; nous avons lieu d*en citer à tout instant k texte décisif, et, dans notre chapitre sur le Style de» chamons de getiCy non essayons d'en faire saisir la véritable beauté. Une Chitstomaihie épique^ doat nous donnons le plan, a pour principal ornement de nombreux extraits di Roland, Ce nom revient à toutes les pages de notre livre, et il y revient naturellement. C'est le |K)ëine-type. = ^ Mais les questions que soulèvent cet quatre mille vers sont, pour ainsi parler, inépuisables. Dans une Inëugunl' Dissertation d'une incontestable importance, M. A. Rambeau propose un clanement nouveau pour les manuscrits du Roland et une nouvelle division ea familles {Ueber die als echt nacktueisbaren Auonamen der « Ckantcn et Roland •, Marbourg, 1877, ii^^**;. 11 se livre ensuite à Tétude d'un certaÎD nombre de leçons qui lui donnent l'occasion d'offrir aux futurs éditeurs plM d*unc heureuse et nécessaire correction. = >*" Le Patois normand du Bessin, tel est le titre d'un nouveau travail de M. Juret, dans les Mémoires de laSodéU de linguistique (1877, t. III, fasc. 3). M. Joret y établit de nouveau la prononciation gutiurale du c devant l'a latin, alur« même que cet a est devenu e ea français, et il attaque, à ce point de vue, le texte critique de nus éditioni (voy. pp. 21 1, 227, tiH). Nous avons répondu plus haut. = *** L'épisode de Baligant fait-il partie intégrante de l'antique légende rolandienne et de notre vieux poëme, tel qu'il a été originairement composé? Cet épisode n*a-t-il pas été ajouté par un rcmanieur V Telles sont les questions auxquelles M.Frans Scbolls s'est proposé de répondre dans ZeitHchrift fur romanische Philologie (I, 1877, pp. 20-^), sous ce titre : Dis Baligantsepisodey ein Einschub in dos Oxforder Rolandslied. Le jeune érudit croit à Tinlercalation postérieure de cet épisode, i^t nous avons déjà eu l'occasion de dire notre pensée au sujet de ce système. ^ *^ Dans Kon discours sur le Pèlerinage de Charlemagne à Jérusalem' et ConHlautinopley qui fut lu à la séance publique des cmq Académies, en iiuvenibre 1877, M. (ia>ton Paris revient sur une idée qui lui est chère et qu<', jus(iu'ù nouvi'l ordre, nous ne saurions aucunement partager : • C'est probabliMueiil, dil-il, dans les hautes sphères du muiide parisien, sous l'influeiicc dir(;cU3 de la rovaulé, que la Chatison de Holaml a pris la forme qui nous e^l parvenue (pp. ^1,25 du texte in-i" publié par rinslitut).= *** Quelques mois auparuvunl, Tlieodor Auracher avait publié une rédaction poitevine de la Chruui(|ue de Turpiu (Die Hugetiannle peilevinische Ueberseliung des Pseudo- Turjiin nach den HaniLscliri/ten mttijeiheiU^ Halle, 1877 ; — extrait de Zeit' Kilirifl fur romanisclie PhiUjbyie). — -'"' Il n'y a peuti-élrc pas eu un seul fascicule de la Hoinania où il n'ait été une ou plusieurs fois question du Roland. Dans le fascicule de juillet 1877, M. (Gaston Paris, rendant compte de l'ouvrage de M. Auberlin, dont nous avons signalé plus haut la première édition, trouve encore notre vieux poëme sur son chemin (voy. notamment p. 4G1). = ^'*'' Parini les groupes d'étudiants qui se réunissent à Paris pour travailler ensemble, il en est un qui s'intitule « Conférence Olivaint ». On y choisit, en 1877, le Roland pour sujet de discussion, et le jeune rapporteur de la conférence, M. René Saint-Maur, donna une forme véritablement éloquente au Compte rendu de ses travaux. — ^^ C'était le moment où M. Gaston Paris se faisait conférencier par amour pour le Roland, et donnait sur ce sujet une conférence au Havre. 11 avait, pour celle circonstance, traduit en vers assonances plusieurs pas&ages de la chanson du xr siècle, et tel est
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s'écrie brusquement le neveu de Charlemagne. <t Nous hpart.livr.i. 3> les connaissons, nous savons ce qu'elles valent, les pro-
anssi Te système qu*a adopté M. Petit de JuUeville, dont nous allons tout à rheure mentionner Tédilion. = *^* Autre conférence : mais celle-ci à Naples. L*abbé Belhancourt la donna au Cercle philologique de Napies, sous co titre : Des chansons de geste en général el^ en particulier ^ de la Chanson de Roland (Naples, impr. frères Tornese, 1877). = *** La popularité du Roland allait grandissant, grandissant toujours. Les collèges furent envahis. Le il mai 1877, une séance fut donnée par rAcadémic d'humanités à l'École libre de la Providence, à Amiens, et, pour dire la chose en deux mots, chez les Jésuites. La Chanson de Roland en flt tous les frais : on eu essaya l'analyse, on en joua plusieurs scènes, on la discuta publiquement. J'ai là, sous les yeux, le programme imprimé de cette petite fôto (Amiens, typogr. V* Lambert-Caron), et il est d'autant plus digne d'attention, que les Jésuites n'avaient jamais passé jusque-là pour des admirateurs irès-enlbousiastes de notre littérature du moyen âge. = *** Mais voici quelque chose de plus significatif : le canton de Vaud, pour les examens du Baccalauréat de 1877-1878, choisit quatre classiques français : le Cid, de Corneille; VAvarCj de Molière; les Premières Méditations, de Lamartine, et. .. le Roland. Jamais choix ne fut plus intelligent. La Suisse nous donnait là une leçon et un exemple, et la France ne tardera pas sans doute à en tirer profit. = '^' L'année 1878 a bien commencé. Cette troisième édition de MiJller, que l'on attendait depuis 1863, elle parait enfln (février 1878» in-8*). Nous avons déjà pris l'occasion de dire que son principal caractère est un respect de plus en plus profond pour le manuscrit d'Oxford. B "* Autre édition : c'est celle de M. Petit de Julleville (Paris, Lemerrc, in-S**). Hais ici c'est la traduction qu'il faut considérer, et non pas le texte. La traduction est en vers décasyilabiques, que l'auteur a pris soin d'assonanccr. Nous avons dit, ailleurs, notre sentiment sur les avantages et sur les inconvénients d'un tel système. Moins favorable qu'on ne le croit à l'exactitude littéraire, il nous parait décidément fatal à la beauté. = '^' II y a des articles qui valent des livres : tel est celui de M. Fôrster sur la nouvelle édition de Niiilcr dans Zeitschnlt fur romanische Philologie (II, 1878, pp. 162-180}. M. Fiirster, qui est, à coup sur, l'un des premiers romanistes d'Allemagne, critique assez vivement le système de Millier et son classement des manuscrits du Roland, Il résume en un tableau le système de Miillcr et, en un autre tableau, le sien. « D'après Millier, le manuscrit d'Oxford est la source commune, déjà troublée, de tott<e« les rédactions; il se lient, en face de toutes, comme un témoin digne de toute confiance, tandis que (toujours d'après Muller) l'accord de tous les textes contre Oxford ne décide rien. » Et M. Forster ajoute, à Tadresse de Muller : « Quant à examiner chaque plus des autres manuscrits, par rapport à Oxford, et à accepter ce qui est commun à tous, M. Millier y pense aussi peu qu'à étudier ce qu'il y a de plus dans Oxford par rapport aux autres rédactions. » Enfin, il reproche à l'éditeur du Rolandt • do ne se servir des autres rédactions que pour améliorer Oxford. » Le travail de M. Forster mérite d'être lu et relu. Critique franche, solide, bienveillante. = '^* Voici encore une Inaugural-Dissertation. Elle nous vient «le Marbourg, où M. Slciigel a créé un vrai centre d'études romanes et où il forme d'excellents élèves (L'eber die Ve^balflexion der dllesten framosischen Sprachdenkmàler bis ium Holandslied einschUesslich, von Henri ch Freund, Marbourg, 1878). = "*"*'• Tandis que le Prop^gnatore consacrait de longs articles au Roland et à sa supériorité sur les poômes italiens (1877, 1878), Rilter faisait entrer un extrait de notre vieux poëme dans son « Recueil de textes » (1878), et le ti février 1878 un agrégé do rUuiversité, un professeur au lycée Charlemagne, M. Angellier, donnait à Bou-
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hU ANALYSE DE LA CHANSON DE ROLAND.
II PART. LivR. I. » messes du roi de Saragosse. Déjà nous avons reçu de lui
i> pareille ambassade. Nous lui avons ensuite envoyé deux
lognc-sur-mcr une conrércnce sur le Roland (Paris, librairie de L. Boulangtf, 1878, 75 pp. in-18), où l'ardeur du palriotisme ne nuit ni à la clarté du récit, ni à la netteté des conclusions. = "^ Le fascicule de la Romania qui a pin en juillet 1878 (p. 432 et suiv.) contient un article intéressant de I^ul Ueftt sur le « Butcntrot » de la Chanson de Roland, qui serait, d*après lui, lue vallée située en Gappadocc, près du Tauriis, où se séparèrent T<incrède et Baudouin après la bataille de Dorj'iée. M. Paul Meyer en conclut que la partie du Roland où l'on trouve ce mot est postérieure à la première croisade. A cette première discussion sur Butenlrot, il en joint une autre sur les Canelnu du Roland (vers 3238, 3269), qu'il assimile aux Canineuê, et qu*il dérive de Cananœos. La thèse est très-plausible. — *" Chez Niemeyer, à Halle, en 1878, M. A. Rambcau achève de publier son travail sur les assonances du RoUad et la classiRcalion de ses divers manuscrits. Voyez un article de Stengel dam lenaer Literaluneitung (2 novembre 1878). = *»-«« Mais M. Stengel faisait mieux que des articles, et il venait, en cette môme année 1878, de rendre aux amis du Roland le meilleur de tous les services. 11 avait fait venir d'Oxford à Marbourg le fameux manuscrit Digby 23, et en avait fait faire, par la photographie, une reproduction complète, page par page. A cette reproduction, qu'il a tirée à cent exemplaires et dont il a gardé les clichés, M. Stengel a joint une excellente édition paléographique du même texte, où il a pu corriger heureusement les fautes de tous les éditeurs précédents. Et il y avait de ces fautes qui s'étaient perpétuées dans toutes les éditions depuis le livre de Francisque Michel ! Et on les retrouvait dans colies-là même qui avaient été « soigneusement I collationnées à Oxford ! = '*' L'œuvre de M. Stengel marque, dans riiistoire du Roland, le commencement d'une période nouvelle : elle nous a été singulièrement utile. Sous notre regard, nous avons alors placé l'édition paléographique du manuscrit d'Oxford ; puis, l'édition paléographique du manuscrit de Venise (fr. n" IV); puis, enfin, les textes de Versailles et de Pari5, et avec ces trois éléments, nous nous sommes mis à recommencer tout notre texte critique, et à le recommencer sur les bases nouvelles que nous avons fait connaître plus haut. Nous pouvons dire que notre septième édition est un ouvrage presque entièrement nouveau Cent cinquante vers ont été ajoutés, avec leur traduction, au texte des premières éditions; les Notes pour Vélablmement du texte ont (lu être ref:utes. d'un bout ù l'autre; la Hhijthmique et le Glossaire ont été l'objet de nombreuses rectincalions et additions, etc. Le livre parut en juillet 1879. = '** Quelques mois auparavant (en novembre 1878), nous avions été récompensé de nos effurts et de nos labeurs de \ingt ans : l'Université de France, renversant enfin de vieilles barrières et ne rougissant plus de son amour pour ranti(|ue poésie de notre race, avait désigné notre « édition classique » comme l'un des textes oflicicls dont l'explication serait désormais exigée des candidats à l'Agrégation des classes supérieures et à l'Agrégation des classes de grammaire. =:= »" Durant toute l'année scolaire 1878-1879, M. Darmestetler prépara ses auditc^urs de la Sorbonne à subir honorablement cet examen sur la vieille chanson. = -*' Le journal hongrois £^ye(eWè.<i(?), en mai 1879, voulant dignement remercier les Français de leur généreuse sympathie pour les inondés de Szegedin, ne trouvait rien de mieux que de leur rappeler une vieille légende hongroise, dont Roland est le héros : « Si Nicolas Toldi est, comme on le dit, le frère de Roland, la France le trouvera, lorsque Roland sonnera de sa trompe pour la guerre de la liberté. » (??) == **' En France, l'enthousiasme ne diminuait pas, et les Jésuites de Sarlat, imitant ceux d'Amiens, faisaient jouer lu Chanson de Roland dans une de leurs fôtes académiques dont le programme
ANALYSE DE LA CHASSO.V DE IlOLAm. 511
» messagers, les comtes Basan et Basile : il leur a ti-an- " > elle la lêle. Vengeance, Sire, vengeance, et marchons ~
KNt MUS nos yeux (ih murs 1H79), = ■" Mais, si liumble qu'elle soil, loute rétolution proioiiue une réaclïon. La rdaclion contre le Roland allait commencer. Déjà, à la Un d'une de ses leçon* en Sorboane, H. Crousté aVait proiesld . Moire la nouvelle popularité de notre vieux pocmc, qu'il avait comparé au ' £0|/aJ wrviteur et plncô bien au-dessous Je cet excellent et candide récit dei prooeues de Bajard. C'était le signe précurseur de l'orage, et l'orage éclata .bientdt... dans la Revue dei deux monde». En un article d'une violenea e (IS juin 1879], H. F. Brunelière allaqua violemment ■ l'érudition ' e et la littérature franf^iie du mojen Age >. Hous n'avons pas 1 analyser ici ces trente pages auxquelles nous répondrons un jour. Mmîs nos ' lecteurs sauront à quoi s'en tenir sur l'impartialité et le goût de H. Bruuetiïre, quand nous leur aurons cité les lignes suivantes qui contiennent lejuge- I nent de cet ipre critique sur la CAnnion de Roiaitd : < Le poëmc est mal com- , posé. La chanson n'a pas de commencement : car la trahison de Ganelonyest ~~~it cause; elle n'a pas de Un : car Iv retour de Cbarlemiigne y demeure quati I* elTet ; elle n'a pai de centre : i-ar la mort de Roland n'y occupe pas plus , de place que ta liataiUe de Cliarlemagne contre les Sarra^ns... Les person- < Dages ne vivent pas : les Olivier el les Turpin de France n'y diSiront que par ' le aom des Eelorgant et des Estramarin d'Espagne... Je cherche consciencieue que les préraces m'assuraient que jo trouverais eo eux ; des wtdals qui combattent pour les autels et les foyers de In patrie, des chrétiens ir leur Dieu. Daui les ■ eschieies ■ de l'armée de ■ nostre emperere magnes •, comme aussi dans ■ t'ost des païens d'Arabie >, je ne trouve que de hardis aventurien, violents et sanguinaires, qui ne croient qu'à deux choses : la trempe d'un glaive enchanté, la vertu d'une bonne armure. • Xtc-, etc. La meilleure réponse que l'on puisse faire à ces allégations tém^ nires et antiscïentiliques, c'est de relire sur-te-champ notre vieux poème, et nous j invitons notre lecteur. = " Après une si injuste et si brutale attaque, qui (Ut spirituellement relevée par H. Harius Sepet, en sa Chronique de la «vit« des gueiliom liittoriqaei |t" juillet 1S79J, les amis de notre viciUo épopée resuront de nouveaux encouragements. Nous apprîmes qu'un professeur de frantais, i l'Cnivcrsité de Jolm Uopkins, â Baltimore, s'occupait 1 achever luie traduction du Roland en vers anglais. U. Léonce RabiUoo nous envoyait le texte des premiires laisses : • Le vers anglais, disait-il, a une couleur archaïque el convient à ujie traduction littérale. • Et le traducteur ajoutait : • qu'il serait heureux de conlribuer, poursa part, k faire répéter par des Anglais les mots : douce France >. =^ ^ En Allemagne, on s'enlétait à approfondir chacune des questions que soulevait la publication d'un texte aussi difllcile. Dam une Inaugarat-DUiertaliott, U. Hugo Ottounn (encore un élève de H. Slenget) essayait de préciser, i Harbourg, la place qu'occupe le manuscrit IV de Venise dans la tradition du Rùland (Heilbronn, chez âenninger frères, juillet-août 1BT9). La conclusion du jeune savant est dans ces quelques mola : ■ Le manuscrit IV de Venise doit s'appuyer sur deux manuscrits, dont l'un appartient à la famille d'Oxford, tandis qus l'autre découle de la source d'où est sorti le reste de ta Iradilion. ■ = "' Au moment où nous Écrivons cea lignes, nous recevons un travail du D' Ludwig Eichelman sur les • adjectifs • dans le Roland : Vtbtr FUxion und allnbiilice SleUung dei AdjecUvi in dem Utetten framùiucHea Spraclulenkmalern bis mm RolandstUde eimMietiUch (Heilbronn, llennmger frères, 1879). L'opuscule est dédié à M. Stongel. = "* Cependant, en un Compte readu de notre septième édition (Union du l"iep> tembre 1879), M. Marius Sepet nous donne une traduction nouvelle do plu- Ui. 35
540 AKALÏSE m U CUANSON DE ROLAND.
» sur Saragosse. — Ne l'écoutez pas, n'écoutez pas ce » brouillou, répond Ganelon. Notre mori lui importe
■icurs couplet* de l'antjquo ohan*on : traduction vd ven i)iic(if<|ltobiiiu« Bssonane^i ot qui nous semblo bien prëTérable i celle de M. Psiit de JuUevîUt. = "' Les cmueui de l'&grégnliDa te sunl terminéi il j a quelques joan, (t. en M qui concerne notre vieux, poëme. Ici examinateurs ont lieu de se lïlieilet dct niponMa de U plupart des caudidalg. Le Rotatid est décidémeat mieui connu, il eiX plui aiuié cl, malgré l'eSort de tou» les BrunetjÈre du monde, il pénétrera, il va pénétrer dans noire enaeiRneni en t secondaire heureusemenl el défini livemenl élargi. Quant i nous, ajnnt été i la peine, nous nous réjouîtsens aujourd'hui d'être un peu i l'iionneur. Mais nous avons d'autres ambïtioai et avons rormé cent autres projets : alphabets, tracts illustrés, gravures d'^ïnal, Douvelto Bibliothèque bleue, nous voulons tout Tnirc servir A la vulgaftlation de notre vieux poëme. et noua ne nous estimerons sitiafail que le jour où il sera aussi populaire qu'au ir siècle,
Itt* DirrostoN K l'Ethugkh.
La légende de Roncevaux eat celle de toutes nos traditions épique* qui i conquit k |ilus de popularité, noo-seulement en Fronce, luais chei toutes les nations chrétiennes du mojen âge.
n. En Allemagne. — ' Notre Cfunton de Roland traversa le Rhin de trèsbonne heure. Les esprits élaienl déjà prévenus en faveur de notre légende par la publication de la Kaaericnmik (xir siècle). L'origine bavaroise de oe poème est hors de doute après le travail de H. Wcbihofer dont H. Scberer a rendu compte dans Zeihclirift fur deutiehet AllerUiMm, N. F,. VI, 9. On a prétendu que la JTdiierm'oruili était du même autour que le ftuofandea Uel, dont nous allons parler : H. Sclierer ne l'admetpos.^ 'Quoi qu'il en soit, i répoque ide Henri do Lion (c'est-A-dire avant llTTj ou sous le rigne de ton pire Henri le Superbe (c'est-h-dire avant 1139), un prêtre allemand du nom de Conra<l, qui écrivait sn Souabe ou en Bavière, résolut de (hiro puser dans la langue les beautés épiques du ftoland transie. Il compOM la /laofandei Utt, où le texte d'Oiford est en général suivi d'asseï près, mais où l'esprit militaire est remplacé par une piété enthousiaste et presque mystique. Le vieux traducteur allemand ne cherche pas, du rcsle, à cacher son véritable raie et confesse que l'original de son poQmc est Français; mais, par malheur, il l'avail d'abord traduit en lalin, et un clerc, faisant passer en latin notre vieille chanson, devait de toute nécessité lui donner une tournure cléricale. Le Ruotandei Litl a été publié par W. Grimm {1838 ; M. Gaston Paris, dans son Ilittoire poétique de Charlemagne, n résumé r/ntrodttcfion du savant allemand, pp. ISO-tSi) et par Borlsch (1874 : voy. £,iler<iriseA«t Cenlrvlblatl. n* !0). = ' L'œuvre du curé Conrad, comme celle qui est parmi nous attribuée & Touroudc, devaitétre l'objet de rajeunissements inévitables. Sous le titre de A'art, un poète dont le vrni nom est inconnu et qui s'appelle lui-même * l'Arrangeur >, le Stricker, a versiQé en vers él^ants le RuoltuuUi Ltet, devenu trop nusiire au goût d'un siècle plus délicat. Le ^Iricker écrivait vers 1230 ; son œuvre, qui devait être nu xiv* siècle reproduite dans la Chronique de Weihenitephan, a été publiée par M. Barlach (1857). = ' L'Allemagne, comme on le voit, passait par les méin«a phases littéraires que la France. Aprts avoir eu sespoëmeapritnitifs, après avoir possédédes rajeunissements de cespotmes, elle devait encore avoir des compilations comme celle do notre Girard d'Amiens. Dans le Karl lUeinet, un compilateur allemand dont le nom mérite de reater inconnu, el qui écrivait au commencement du Ilv< siècle, s'est proposé de résumer (on 35S00 vers, hélas '.) l'htitoirc Jégcndairc du grand Empereur. Lors-
» peu, je le sais; mais vous, réfléchissez, seigneur. Son- " î gez que Marsile est vaincu, et qu'il est à vos pieds en ~
qu'il arrive à la balaille ie RoncevaiUL, le compilalGur fuit tout simplement entrer iluiB son (Dutrr, avec Tiiripeudeehangemnnts,' un paSmo du XIII' siècle, rajeuni pour la plus grande partie de celui do Conrad, et augmenlj <;!i et U de quelques li-aiti eniprunlis au franfuis > (G. PiiriSi 1- 1<. P' I35J. M, A. Keller a publié le A'drI Mànet en 1858, et M. Bartscli an a MX le sujel il'un excellent trarail en 1861. Telles lonl les trois œuvres principales dans leiquelles t'eit fixée, de l'nulri^ td\6 du Rliin. lu légende de Ranccvau)i. Mais il importe de constater, en outre, cctta popularité prodigieuse dont Roland a élé l'objet dans toute l'Allumagne du moyen tgc et de rappeler «es statues du neveu do Charlemagne {Rolandaàulen) qui ont été élevées sur lae places de tant de villes gcmianiqueB. Loibnitz a longuement parlé de ces statues (Annalsi imperii, ■nnoTTS) sur lesquelles les érudils suntloin d'être d'accord. =* La popularité de Roland a, d'ailleurs, traversé tout le moyen ige ot semble encore aussi Tratche aujourd'hui. Un des chefs de cette belle école poétique qui a précédé en Allemagne notre école romantique, Qbland, consacm à la gloire du vieux héros [ran;ais plusieurs Liedtr dont le retentissement fut considérable : TaiUefer, le PefiJ Roland, et surtout Aida iPoitiud'Vhlaud, traduction de HH. L. Demouceaui et J. H. Kaltschmidt, pp. HA, 305, 110 et 360). = ' Une dernière preuve que l'Alleaiagne a donnée récenmcnl de son aCIachemont i notre vieux poSme el à notre héros national, c'est la traduction par M. Wilhelm Herli de notre antique épopée {Dot Ratandstieil, itai àlleste frantùsitche Epaa, uebersetzt von b' Wilhelm Hertz, Stuttgart, 1861, Colla; voy. un article de M. Adolf Wolf, dans le/oArbucA /)ir romanûcbe, etc., IV. 1863, pp. 309-337).
d. fin Aagteterrt, — t 'Au tlii' siècle, et surtout au xn*, nos Cbansans de liesb: n'avaient pas bosoio d'être Iraduitos pour être comprises en Angleterre de tous ceux qu'elles intéressaient. > (Paul Mejrer, Recherche! tur l'Épopée (rantaiêe, Bibl. de VEcole da Charles, 1867, p. 309.) = ' Un Holanit en vers anglais parut au xiii' siècle. L'auteur s'était principalement inspiré de la Chronique de Turpîn qu'il avait essayé do -combiner avec notre vieille chanson. On trouve, dans le Roland de Fr. Hicbel, une analyse et des extraits de ce poëme (pp. 379-384). Les Anglais, comme l'ajoute M. Paul Heycr, n'ont même pas eu le mérite d'uvoir ici choisi de bons modèles, et les poStcs qu'il! ont remaniés appartiennent i \» décadence (1. 1., p. 309). — ' Dans ta Chanson da Hom (Bodléienne, Douce, ma. 133, I- 15, et Harléienne, ms. 537, r 61), on lit ce vers qui atteste i tout le moins la grande popularité ^e Roland en Allfleterre : ■ Heillurs (chalces) ne chalcat une Rollant l'impérial ■ (Fr. Hicliel, CHarUntagtte, p. 136). Cf. à la Landsownicnne, 388, un poiime en vers anglais «UT Charlemagne et Roland (fragment du xV siËcic, treize feuillets de soixantesix vers chacun). = * Il iie reste plus â signaler que T^ Lyf of Charlei Ue GrMi qui sortit le IS'juin 1185 des presses de William Caxtoa. C'est, nomme nous l'Rvons dit plus haut, une traduction de la Con^ueite dit grMt Charlemaigite dei Espaignei, ou, pour mieux parler, rie notre Fierabras. On y trouve, i la fln, le récit de Roncevaux emprunté au bux Turpin. = ' EnHn, M. Léonce Rsbillon, de Baltimore, va publier (1880) une traduction littérale du Aolond en vers anglais.
C. Dans la Payt-Bu. — • Nous possédons, dos xm* et xiv* si&cles, quatre fragments néerlandais sur Roncevaux. H. Barmans, qui leur attribue une valeur beaucoup trop considérable, les a publiés sous ce litre : La Chaïuon de Roncevaux, fragments d'ancienne! rêdaclion* Ihioiiei. = ' Ils se refèrenl tous «n texte d'Oxford. = ' Au xvi' siècle, il n'y eut pas en circulation, dans les tilles et les campagnes des l'ajs-Bas, de livre plus populaire que la Solaille de
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» suppliant. N'y aurait-il point de la cruauté à le dés- » espérer, et la guerre ne dure-t-elle pas depuis trop
Hoticevaux. Le lilre Ae IVdilion d'Anvers, en 1&76, est le auivanl : Hier beghiiil rSen droepijeken ttriji opten berch van den Bonetvale in Spaengitn ghtidet, rfoer Roelant rnd Olivier metlen fieur van Kenlenryck venlagen uwfn. = 'En Hollande canune en Allemagne, il y nvnit ilcs slatiiea de Ruland {Hotlandittftn, a Ainstwdani).
d. En Scaïutinavie. — ' Les foiimt» frincaie val pénétré do bonne heure (p«ut-ilre au xu* lièclc, i coup tùr au xcii'J daiu Isa pais Scandinaves. Par quelle voie y sont-iU venus? H. GelTru;, dans un Rapport sur le* m«nuKri(i de Slockholra (Archivf* da Miisiom, IV, tS5el tt.), ■ parait dupoié àeipliqner celte importation par les relations continuelles qui existèrent au moyen Age entre la France et la Norvège, relie opinion est fondée dant un grand nombre de cas ; maia peut-être Irouvenil-on certains motirs de croire ([uo beaucoup de manuscrits, qui ont servi de leite aux traducteurs norois, sont venus de U Grande-Bretagne, laquelle fut en rapport coniUot avec les pays Scandinaves et où existaient au mojen Age des colonies noroiies, noLimmenI sur lescaies du Nortbumberiand. • (P. Mejer, Itechtrchei sur VEpopée (rantoif, Bibl.del'EcoledeiCliarta,l8Gl,p. 309.) = ' La hmliimc brandie de ta KarUtmatpiut-iaga (vaj. l'édit. Unger, Christiania, 1B60, in-S") est consacrée à Honcevaux, nt celte brandie de la compilation islandaise a i\i traduite en *ujdais. = * Au XV siècle, elle passa dans la Keiaer Karl Magnut Kronike, (Euvr danoise tris-populaire du it* siècle cl dont une édition â bon marcbé a encore paru à Copeiihiigue en 18B7. Celle dernière œuvre est même plus complèlc que l'original islandais en son élal actuel, et noua oITre une branche qui semble continuer la CAonson de Roland : t Le roi lioein. ■ = ' On trouvera dans nolra première idition du Roland (IS7!, Tours, Marne, gr. in-S°, t.ll.pp, 247-352) U traduction d'une grande pnrlic de la Karlamagmu-iaga el de toute la Ktiitr Karl Uagniu Kronike,
e. En Huisie. — Depping afQrme {'fj avoir entendu chanter en msse, par IH paysans de la Sibérie, une traduction de la célèbre romance espagnole : Vote 11 l'isleù, Franetia, — La caia de Roncetvallet. • = Dant tA Riuiie épique itV19, iaS', pp. ^39-i33}, H. Alfred Rimbaud ne signale aucune Iradilion ou légMA rolandienue.
f. En Bohême. — ' ■ La gloire de Roland s'est répandue chet les Tchtquai. Dans une Chronique tchèque du xiv* siècle, dite de Dalimil, chronique rimée 1res curieuse et qui aèlé publiée par Jos.Jirecck (Prague,- 1877, in-18, p. BBJ, on purle d'un. célèbre guerrier nommé Beneda : ■ Le roi fait venir le cheir«li«r Bcneda — Et lui demande ce qu'il sait (ïire de son épée : — • Je paia ettupor deux meules. • — Peut-être vouUit-il se vanter pour épouvanter le roi — Qnf
pris ce propos pour vrai, '- Ainsi qu'on lit de /tulonl — Quand H malheur à Charles. ■ (Communication de H. Louis Léger. Cf. ftnriM eriligue, t«7IJ, 1, p. t^'J, article de M. L.. Léger.) = ■ U est connu, d'autn part, qu'on trouve deux statues de Koland en BohSme : l'une sur la pont d« Prague (dans un groupe nvec saint Vincent el saint Procope), et l'autre 1 ThOlel do ville de Leulmerils (Lilomcrîcie).
g. En Hongrie.—.' HatthissCorvin, d'après son biographe {OnleotlMartii Narniensis, De diclii et fOclis Mallhiœ regii, c-ip. Xii, Scnyloret rerum Htutg»rti»ru'n,ed. Joanne G. Swandnera, Vindohona?, 1746-1 748, 1. 1, p. M3I, uubtUft le boire el le manger pour écouler les chants où élait célébré le nom de Charlamagne. 11 te levait alors, plein d'entbousiasme, et faisait de grands gesleieoutna s'il avait eu dix mille ennemis devant lui el une armée 1 sa suite [voj. la l" édit. de noire Chamon de Roland, I, p. cxxxj. t^. ■ Noua avons parlé plus
ANALYSE DE LA CIIAiVSOX DE ItOUHÛ. 5«
» longtemps? i> Un murmure d'approbation accueille "j; ces paroles de Ganelon : les Français, en effet, étaient —
haut de vello légende liotigroise où te nom de RoUnd esl auocié k celui de Hicolaa Toldi : • Si Nicolas Toldi e»l, commo on dit, le frère de Roland, la France le trouvera, lorsque Roland sonnera de sa trompe pour la guerre de la liberlé. . (?? Voj. ï Egyetertèt, jourail lion^rois, mni 1879.)
A. Eh Orieal.— • Les Grecs du Bas-Eeipire n'élaienl pas fails pour avoir l'intelligence de notre épopée nationale. Une atluston à la mori de Roland qu'un a découverte i graiid'pcine dan?, le Dt rebut Turcicit de Laonicus Ctialcocotidylas, qui eal un des historiens de la Bytantine, voili tout ce que nous trouvons chez celte race en perpétuelle décadence. Cest peu. Voy. AkovikoO XaJmonoïioûiou A'Biivaiou ànA^uïi; itTopiuv SExa (ParifiU, eTypographia rcgia, 1650, in-r"). Le chroniqueur grec admet (pp. 45, M] la fable de Roland mourant de soif. — ■Thfvenol, dans SCS l'oifâjrei, rapparloqu'â Burse (aulrefoU Prutaou Pnaiat. ud Otympiam), • ville de Nalolie, un ermite turc lui montra l'épée de Roland,, et, en outre, les tombeaux de ce neveu de Charlemagne et de son Dis, qui, d'après une légende orieiitale, seraient morts musulmans • (!!). Vej. Horeri, AU mol Surte.
t. En Eapagiit. — L'histoire de la légende de Roland en Espagne peut se diviser en quatre grandes époques qui ont chacune un caractère très- nettement détermint : 1° Epoque française ; 3° Réaction espagnole ; 3* les Romances; i'itt Romans en prose. Nous les allons étudier l'une après l'autre. = 1° Époque française. ' La mort de Roland avait provoqué un si grand dégagement de poésie, que la France ne suflH pas i. contenir la gloire du neveu de CtkarleniBgno. Les jongleura la répandirent dans tous les pajs voisins, et princjpalement en Espagne. Or, lu plupart de ces jongleurs étaient Français et chaataienl à la tranfaise cette légende Irts-Trancaîsc. H. Mila y Pontonats explique fort bien ce succès de nos jongleurs et celte inHuenco de notre littérature : I Dès le n* siècle, on voit sans cesse des pèlerins étrangers se rendre i Snini-Jacques de Compostelle. Bien plus, depuis le commencement du XI* ûtelc, on constate en Caslille la présence do guerriers franfals. A la Un da ne mime siècle, Alfonse VI épouse d'abord Agnès d'Aquilaine, puis Constance de Bourgogne, et marie ses Illles avec deux princes de Bourgogne et un comte de Toulouse. Enfin, sous le règne de ce mémo Alfonse, de nouveaux moines, de l'ordre de Cluny, arrivent en Kspagne, où plusieurs d'entre eux sont élevé» i des sièges épiscopaux. Dès lors. la connaissance des chansons héroïques françaiset ae répand parmi les classes militaires et populaires de la Cistille. Enfin, vers la même époque, la Chronique du faux Turpin initie les classes lettrées lui traditions de la France. >> IDelapoesia hei'oieo-poptilar autellana, Barcelone, IB74, p. 140.) Bref, on peut dire qu'au III* siècle, les légendes francaisas triomphaient en Espagne. = ' La Chronique en vers du siège d'Almaria |composée en ItSTj ne parle qu'avec admiration de Charlemagne, de Roland et d'Olilier. L'auteur ; compare Alfonse VII au llls de Pepin : < Facla sequen* Caroli ' cui cooipelil «quiparari. > Et, après avoir rappelé les glorieuses a< ' petit-DIsd'Alvar Fanai, il ajoute: 'Tempère"
■ PosI Oliverum, fateor sine crimine verum, * Agarenorum, — Hecsocii cari jacuissenlir 1. I., p. 143.) El. au commence e, 4IS) appelle le roi Rainira t un noble caballero — une noi veninen ne
■ esRieno Raldan ni Olivero. > •• ' Au siècle suivant, nos romans se trouvaient encore partout, et le prestige de Roland n'étail pas encore effacé. Dans un document de l'Escurial attribué h Alfonsu le Sage, De ii'i fue uml ntetsiaria ad ■laftilimMltiin coilri trmpore obiidiona. on n'oublie pas de mentionner un
■eRoIdani si terlius Alvsrus essel, - - Subjuga Francorom fuerat gens irte perempli. ■ (Mila y Fontanals,
e même siècle, Berceo (San Hïllan,
n PAAT. LITR. I.
GHAP. XXI.
dégoûtés de la guerre et soupiraient vers la paix. La paix est décidée.
certain nombre de livres : t Item sint ibi romancia et libri gestorum, Tidelieet Alexandri, Karoli et RoUandi et Oliverii... et de Otonel (c'est Ofinei), et de Bethon (c*cst le Betonnet fils de Beuves (VHanttanne, que nous avons le premier fait connaître au public et qui est aujourd'hui dans la bibliothèque Firmin Didot), et de cornes de Mantull (c'est Gui de NanteuU sans doute), et libri magnorifm et nobilium bellorum et preliorum que facta sunt in Hispania. • Il est vrai que M. Mila y Fontanals ajoute ici que ce document est peut-éin d'origine provençale ; mais il ne le prouve pas, et le succès de nos poèmes français est attesté par bien d'autres preuves. = * Ce succès ne devait pas durer toujours, et, comme nous le disions dans notre Roland de 1871 : « Il arriva que de très-bonne heure, en Espagne, une réaction fut provoquée contre ces récits trop glorieux pour la France, trop oublieux de la grandeur espagnole. La passion s'en môla; la jalousie nationale éclata. • (IrUr., p. CXL.) H. Mila j ' hntanals a exprimé la même idée à peu près dans les mêmes termes, lorsqu'il . a dit en 1874 : « Ces narrations poétiques blessèrent l'amour-propre national des Espagnols. Ce sentiment s'accrut sans doute par un esprit d'opposition à l'influence française, laquelle était prépondérante au temps d'Alfonse Vi. • (L. 1., p. 143.) Dès le commencement du xii* siècle, cet esprit antifirançais se fait jour dans la Chronique du moine de Silos. Ce chroniqueur, plein de fierté espagnole, nie que Gharlemagnc se soit réellement emparé de différentes villes en Espagne, et ne craint pas d'ajouter ces paroles aigres et injustes : t More » Francorum auro corruptus, absque ullo sudore pro eripienda a Barbarorum » dominatione sancta Ecclesia, ad propria revertitur. • Mais on ne devait pas s'en tenir longtemps à ces aigreurs, et, comme la gloire de notre Roland offusquait décidément les yeux espagnols, on allait lui opposer un héros espagnol, un autre Roland, plus grand que le nôtre et destiné à le vaincre. Ce héros, c'est Bernard del Carpio dont nous avons maintenant i raconter la légende. — Deuxième époque : Réaction espagnole. Le trait caractéristique de cette réaction, c'est donc Vinvention de Bernard del Carpio. Faire Thistoire de Bernard, c'est faire l'histoire de toute cette seconde époque, et l'on ne saurait mieux la résumer qu'en analysant, sous une forme nouvelle et populaire, l'excellenl travail de Mila y Fontanals. = a. Cause originelle de cette légende, c Les jongleurs espagnols, ayant eu connaissance des chansons françaises sur Roncevaux, ne voulurent pas attribuer aux seuls Sarrasins le succès de la bataille et' la défaite dos Français : ils cherchèrent à donner un corps à la tradition nationale et opposèrent Bernard del Carpio aux paladins français. » Ils en flrcnl surtout le pendant de Roland. = b. Date de la légende. « Les premiers chants relatifs à Bernard del Carpio ne sauraient être antérieurs à la fin du XI* siècle. En effet, le comte de Saldana. qui figure dans ces chants, n'a pu être imaginé plus tôt et, au début de ce siècle, il n'y avait pas encore de seigneurs de ce titre. » Cette observation est encore de Mila y Fontanals. s c. Exposé et modificalions de la légende. La légende de Bernard del Carpio est principalement contenue (avec des variantes assez considérables,) en quatre documents que nous aurons lieu d'analyser plus loin d'après Mila y Fontanals. C'est, tout d'abord, le poëme de Fcrnan Gonzalez, où on la rencontre pour la première fois; c'est, en second lieu, le Chronicon Mundi de Lucas de Tuy (t 1250), où elle est exposée d'une façon complète (f* 75 et 79) ; c'est VHiito^ ria de rébus Ilispanicis de Rodrigue ou Roderic de Tolède (t 1247) (lib. YI, cap. VIII et suiv.) ; c'est enfin la Cronica gênerai d'Alfonse X (seconde moitié du XIII* siècle, II, f^ 30). Nous nous contenterons de résumer ici, fort rapidement, le récit de Lucas de Tuy que nous prenons pour type et avec lequel nous
ANALYSE DE LA CIIANSOX DE nOLAND. 551
Il ne reste plus qu'à choisir parmi les Français un ' messager qui se rende à Saragosse el porte au roi Mar- '
coDiparoronB plui tard tous les autres. Donc, la. sctne se passe du lemps d'AIfonse le Cbasle (vin-jx's.). Bernard esl (Ils du comle Saifche et de cette Chimène qui esl 1» propre sœur du roi Alfonsc. Celui-ci, que ce mariage avait TiramenI irrité, enfeni)'; Ssnchi? dans le chileau de Luna el Ghimèoe dans un monastère ; mais il prend soin du jeune Bernard et la l^t élever avec la pins grande lolliciluJe. &o 1res bonne heure, le jeune homme révèle son courage et SA prudence. Cependant Charlcmagne, roi do Franco et emparcur romain, vient de délivrer des Sarrasins le midi de la France, Il a Iraverîé les monts de Bonceraux; il a vaincu les Gollis, ainsi que les Espagnol! de la Catalogne et de la Navarre. C'est alors que ce triompliatour Écrit au roi Atfonsc pour lui demander sa soumiision. Tout aussitôt, Bernard s'allie aux Sarrasins, et. lorsque après avoir échoué devant Tudela et emporté d'assaut Najera etMontjardin, Charlemagne est Torcé de repasser les Pyrénées,- c'est Bernard le cbrétÎBD el Hafsile l'inlldèle, ce sont ces alliés qui tombent en mSme lempB sur t'arrièregarde do l'Empereur. LA meurent Roland, Eg£ihard, Anselme : mais Charles les venge rormid.iblement et revient en Espagne, v.-iinqueur... Le reste de rhisloïre de Bernard n'a plus qus des rapporta fort éloignés avec notre légende rolandienne. Le point capital de tous les récits espagnols, c'est l'alliance de Bernard avec Harsilc. Fcrnan Gonzalez at la Cronica gênerai sont ici d'accord avec Lucas de Tu; et, seul. Rodoric de Tolèda se conlente astci vagucmenl de faire battre Roland par Bernard del Carpio el les seuls Espagnols. — à. EUmenti hàtoriques de ta légetute. 11 n'entre pas dans notre sujet de traiter, aussi longuement que Mïla j Fontanals. une question aussi difficile, et il nous suffira de donner ses conclusions : • Nous considérons, dit-il, l'histoire de Bernard eoniine uue simple légende poétique. > Plusieurs Bernard ont contribué i former le Bernard de la légende, de même que plusieurs Guillaume ont contribué i former le Guillaume de nos chansons de geste. Hais, entre lous cas Bernard, un seul est vraiment historique. • Cest cdui qui, d'aprïsZuritafI, n'i) •t d'autres annalistes, vivait au temps d'AEnar(Asinarius) el de ion nisCalindo, MOites de Jaca.. C'était un vaillunl, etil citait (ils dere comte Ramon qui était parent de Wiarlemagne (?). Le principal exploit de Bernard fut la priu du comté de Ribagona dont il l'empara avec l'aide d'une armée française. Il se maria avec Toda, lllle ilu comte Galindo, ne cessa de faire aux Sarrasins une guerre nclorteuse et fonda au diocèse d'Drgel le monaalère d'Ovarra. « (Mila j Fontanals, I. I., p. 16t.) En résumé, ta légende de Bernard reposerait au r un seul personnage réellement bïsloriquc, Bernardo de Ribagona, et cette légende s'est développée sous l'influence des chansons françaises. •= e. CauieÈ du sucei» el de lapopiUarité de cette ligemU. Indépendamment de l'amour-proprc espagnol dont nous avons eu plus hauti signaler rintluencc, M. Hilaj Fontanals signale le ttit suivant qui semble avoir échappé A tous les autres érudïts : • Le Bernard bïsloriqne, dïl-il, a été, dans son propre pays, l'objet de traditions orales qui se •ont répandues dans les contrées voisines, grâce aux liens de parenté et d'amitié qui unissaient la maison de Ribngorra avec celles de Navarre et de CastiUe. Plus tard, Sanche te Grand ayant occupé te comté de Ribagona par droit de conquête et par droit de naissance, ses successeurs durent l^Toriser, comme nalionalei el domeslîquea, les traditions qui célébraient Bernard. > (L. I., pp. 163, 113.) Hait voiei que nous terminons ici tout ce qui concerne Bernard del Carpio, et que nous allons reprendre ['histoire de la légende rolandienne en Espagne. — TVoiiJéme fpmpiex Les Romances. H. Hila y Fontanals ne cite sur In bataille de Roneevaux que les romances suivantes: t" Domingo tra de ramai. Les Français désespèrent de la victoire, mais RoLind Irur rend l'rspair et te cœur.
sile la réponse du roi Charles. Pareil message n'est point fait pour tenter les barons de France. Ils se rappel-
eHe roi Minim prend la fuile en mituiliisani Hahemct. Cette romance a dû birt partie d'une série plus CDmp|i^te. (Vof»-en plus bm la Iraduclion ; et. île Pujnnnigre, La vieux avleura caitillaHt, i. Il, pp. 313,} — 3" fin Paru etU dona Aida |voy. te lextc dans le Rolatid de F. NkM, p. 2S1 ; nous en donneni plug loin la traduclion d'aprfes les Vieux auteun eailillans de M. de Pujmaigrr, l\,in).~3' Porta melaruavaelBigo. — i'Porloteampotdt Ali/enloia(foy.\e texte dans le Roland de Fr. Michel, p. 316). Le pèro de dom Bcllran cherche le cadavre de son Hli lur le champ de balaille de Roncevaui; un Maure le lui indique. Quel est ce Bertrand? Ce ne peut guire fitre ni le Âls de Naîmei, ni le neveu de Guillaume au court nei : car, d'après nos Chantons de geste, ni l'on ni l'autre ne se trouvaient à noneevaux. — 5- Mala la vitteit, Franeeiet, U coMrfe Ronctnatlti (\oy. le texte dsna le /tolund de Kr. Michel, p. 3S3). Captivité et mise en liberté de Guarinos. Ce Guarinos est Garin d'Anniine. M. Mila pense que cette romance est imitée d'Ogitr It Daitoii, et non pas, comme nous l'atoni écrit, de Simon dt Pouilte. Cf. de Puymaigro, La vieux auteurs aulilbmi, II, 3Î3. — 6" Par muchat porta herido (voy. le teita dans le Rolanit ds Fr. Michel, p. !50). C'est cette belle romance que le P. Tailhan a traduite (£liulesre%*eiuM, Vlll,p. Il) et où l'on ^-oit Roland tomber mort A RaacevaHX, mort do douleur, dès qu'il aperçoit le visage désespéré de son oncle Ch»rlemagne. Ce morceau de prix semble, suivant M. Mila, être d'une époque peu antérieure A celle des romances ■ artistiques • (1. !.. p. 353). Cf. la romance del llanlo que hiio dafia Aida por la muerte de m fipoio : • C^tando la triite don' Aida >, et la romance ; Apartado drl camino, dans le Romancero hùtoriada de Lucas Rodrigues (Madrid, Fontanel, 1875, pp. 174 et 176}. Soui ne citerons ici que pour mémoire les romances sur Durendal : Darendarte, Durtndarle; 0 Belerma. o Belerma; Muerlo yact Durandarte. (Mila, p. 350, 351. Cf. la Silva di romancet viegot de J. Grinim, 1831.) Dans ces Iroîa pièces, Durendal est devenu le nom d'un héros, et ce fait indique, suivant Mita, un* époque relativement récente. CT. enfin les romances de Bernard del Carpio relevées par Fr. Michel (flolond, 1" édil., pp. S59-Î75), et, i un point de vue plus étendu ; le Romaneero d'Auguste Durant, II, pp. !î9-3t3 ; le Rofuanctro ffflifrai, I, p. Î6I, Primavera y ftor de romance» de F. Wolf et C. HofRnann, I. 30-17, II. 313 ; La vieux auleurt castillans de H. de Pu]rmaigrc, II, 333 et tuiv. ; Roland de Fr. Michel, t" édit., p. 315. En achevant ce qui coneerne le) romances, noua devons répéter l'observation que nous avons faite aitleura. > Il est deux classes bien distinctes de romances : celles qui sont espagnoles, et celles qui sont françaises d'inspiration. Les premières, comme la Uala la vii(ei$, appartiennent au mSme courant d'opinion que Lucas de- Tuj et la Crùnica générât; les autres sont sorties de nos Chansnnt de geste. Durant la période suirantp, ce dernier courant sera le plus fort. — (Quatrième époque ; Les romani en prose et les traducliont de l'italien. > L'Espagne eut aussi sa Bibliothèque bleus, et le livre le plus populaire de cette bibliothèque, c'est VHitloria del emperador Carlomagno y de loi doce Parti de Francia, de Nicolas de Piamoate. qui a consei'té sa vogue depuis 1538 jusqu'i nos jours. Or, ce livre célèbre, dont les éditions se multiplièrent l&éville, iSiS; Ciienca; Barcelone (xvi* aièclcj; Lisbonne, 1613; Barcelone, <TM, etc.), n'est autre choM! qu'une traduction pure et simple de notre L'onqucule du gront tharlemaine det Eipagnu, ou, pour dire le vrai, da notre Fierabra*, auquel on avait déjà ajouté chei nous quelque» chapitres sur Roncevnux, emprunté» au fauxTurpin, = ' Lorsque la célébrité de la nouvelle école de» poètes italien», lorsque la renommée de Boiardo et de l'Arioste franchit la mer et parvint en Espa-
ANALYSE DR LA CHANSON DE liOLAUD. fiSS
leni alors, non sans quelque effroi, la mort des comtes " 8asan et Basile; ce souvenir néanmoins ne glace pas le
te trouvR une Toule de poêles espagnols pour traduire VOrlando iniui- WÊoralo elVOrlandofiirioto. Cn» Iraduclions puUultrenl, et il convinnl de citer s deriniuiiioralo qui parurent à SéTiUeen I5i5, 1519, 1550 (saui ce litre : /o if«c<ii<alt«riiiij; à Lérida, eii 1578 (par Hurlin Abarca); à Alcola, en ; à TalMc, en 1583 (par Francesco Garrido de Villena). L'Orlando furioK it traduit p.nr Fernando de Alcixrr (TolÈde, 1510); par D. Jeran. de Crrea, 'nvers, 15l!lj; par Dii^a Barques de Contreras (Mndnd, 1505, etc.). Il fui ntinué, Tort longuemunl, par Me. de Eipinosa fSegvnda parte ilel Oiiando, m tl vtrdadtTO tucoQ de la balaltade RoiKesvalla, Saragosic, t!>K; Anvert, fi6 ; Aleala, tST9|. Cf. El verdadero sucesd de la lialatla de RoneuMlta, par titrido de Villena, Tolède, 1583). = ' Pendant que ces poSmes liiipano-ilaiieni tonquJraienl un succès éclatant dans los classes tettrdec, le Fierabroi espa- «ol, l'Nalona del tmperador Carlomagno, ravissait loujoura le commun de* «leurs, et c'est encore aujourd'hui, comme le dit H. G. Paris, • le litre la
K a populaire de TEspagno ■. Les huit romancps de Juan Jase Lapez n'ont au xvu' siècle qu'un résumiï poétique de cet éternel Fierabrat (Romanett bCharlemagtu et dei doau Pairs de France, qui eonlifnnent la combat* tOtmier et de Fierabrai, tte. On y rapporte mini la hataiUe de Roncevaux, Il mort de Roland et d'autre» Pain de fraiiee, le IomI suivant l'Hutoire de ~ ' magne tt la Chronique de Tarchevëqae Tu-rpm). Les premières années, W enfances de Roland étaient elles-mêmes l'objet de la curiosité du public. X Hàloriadelnacimtnio y primerai empresas dei conle Orlundo, par Enriquei B (^alajiud, Vatladolid, 158S et 1594, qu'il Taut rapproclier de l'œuvre itilennede Dulce(15TJ): Prime emprese delc.Orlando.} — ■ Cependant le théïtre Iiit envahi par la légende de Ronccvaux et par celle de Bernard ; dans la prelière édition de son Roland, p. 376, M. Fr. Hîchel a donné la liste de tous M drames espagnols ah il ett question de Roland. — ' L'épopée, d'ailleurs, ne htotait pM moins vivement notre héros. Voy. Verdadera HUtoria de Bemardo H Carpio, poSme en octaves d'Aug. Alonio de Sataraanque, I5S5) ; EipaSa ifmdida, poema herojco di Christoval Suarez de Figueroa (Madrid, 161!, et Û Bemardo a Victoria de RoneeMcallei, poema herojco del doclor don Ber- Wrdo de Balbuena, etc. iNadrid, tS34} ; etc. ^ ' Mais In décadence venait de meer. En 1605, avait paru lu première partie du Don Qvieholle de Bervantei. Ce pamphlet (lit principalement dirigé, nous le savons, contre les tant d'aventure a et contre eeux de la Table ronde. Hais, malgré loul. noua ne rions aimer ce livre • qui a tué la véritable chevalerie en mSme temps que liuase, et déshonoré la légende de Roland en m&me temps que celle d'Arlus •■ . £n Portugal. — ■ Le livre qui eut plus d'intluenee sur l'esprit public Il tes rapports avec la légende de Roncevaux Tut cette traduction étrange M langue espagnole de notre Conqaate du grant roi Charlemaigne det Eipais, celte HittùTia del emperador Carlomagno que Nicolas de Piamonte 01 «tire en 1518. C'est d'Après le livre espagnol que l'on lit une traduction porlise. Or, r^uforia de Carlomagno se terminait, comme son original Tran- I, par quelques chapitres sur Roncevaux, par un résumé du Taux Turpin. le traduction de Nicolas de Piataonte conquît une véritable vogue. Vaj. ta éditions de Lisbonne, 171S; Cuïmbre, I73i, etc. Le traducteur est Hierou Moreymde Carvalbo » 'On lui avait donné deux Suites. La tegunda eeatl'auvre de Domingo Goncaivos ; nous avons seulement la mention e édition de 1737 et des réimpressions de l7S4etl8U,A Lisbonne. Quant k la Iroisième, en voici le tilrc exact : > Verdadera terceira parte de Carlù- Wtgnoat quescescrivan uigloriosas accoesevicUiriaa de Bemardo del Carpio,
r»i A5ALYSE DE U CHASSON DE HOLAXD.
" îîfî ^ '• zt'Ie des douze Pairs. Naimes, le \ieux Naimes se pro-